LUNDI 16 MARS 2020
[Présentation sur YouTube]
📍Chers Abonnés 🖤 

Je sais, ce n’est pas ça que vous attendiez… mais un épisode avec une « vraie » personne. Ce ne sera pas pour maintenant, pour plein de raisons veillées par le docteur Laetitia Luisetti 2.0. Mais en attendant un come-back, on va repartir dans le même style que les Inktober, avec une série dédiée au virus pour tracer une ligne inédite à travers l’océan de commentaires qui se déversent de par le monde.
Pendant tout le confinement, chaque jour, PUCK publiera un article, ici et sur le blog mediapart, et ça ne sera pas toujours sur un ton grave ou théorique, il y aura, je suppose la même diversité qu’avec les thèmes d’Inktober.
J’espère que vous êtes tous encore là, parce qu’on continue. …On ne lâche pas.
Claire
CORONA PROPAGANDA | BABY YODA. 1/X


L’unanimité est, en 2020, intolérable et terrifiante. Pas celle reconnaissant le Covid-19, qui n’a pas besoin d’un temps, mais celle reconnaissant l’inexistant. Le monde pourrait n’être plus qu’un, je ferais un pas en arrière et je rirais quand il aimerait, édifié, entendre prêcher son désastre. Le Covid-19 n’a tué ni Shakespeare, ni Victor Hugo, ni Musil, ni Joyce, ni Homère, ni Baby Yoda.*

À 10h, vendredi matin 13 mars, j’ai vu des rayons de pâtes et de sucre, vides. Une femme paniquée depuis la veille, depuis le discours de Macron, parce que son mari est diabétique, qui a préféré sa panique à la moindre logique. Les vieux pleurent dans les pharmacies, les médecins demandent des halls de tests, hors la cité, un par un, des moyens impossibles, de toujours impossibles, sauf quand il fallait trier vers la mort : et on sait alors quelle organisation inouïe il a fallu pour ça. L’humanité ne se braquerait pas si on lui proposait à nouveau, pourquoi ? J’ai vu un homme prendre son air le plus sombre et grave pour dire qu’on ne pouvait plaisanter avec la santé et quand il me parlait toujours « avant », se détourner de moi et fuir mon regard ; un autre me répondre comme devaient converser les Égyptiens de l’antiquité : de profil, et reculer, raccourcir le dialogue, avec frayeur et malaise. En quelques minutes, dans un univers que je connais : j’avais été isolée. Pas à cause de la suspicion que j’attente physiquement à la santé des gens, mais à cause de l’immédiate peur que j’attente à leur peur devenue leur trésor, leur vie, leur personnalité, leurs mots, leurs familles, leur travail, leurs projets, leurs loisirs, leurs pensées, leur présent.
Parce que je souriais.
Si ces personnes étaient les seules que je côtoie, dans toute ma vie à la petite semaine, si elles étaient mon seul lien social : il n’existait plus et la solitude sociale avait gagné en moins de quelques heures, ses conséquences indénombrables, dont la mort d’ailleurs, aussi.

Tendre la main par réflexe, bêtement par réflexe, pour en serrer une autre qu’on voit passer avec précipitation derrière le dos a quelque chose de déséquilibrant et de si violent que la honte submerge, injuste, et l’isolement dans la seconde est poignant et inoubliable. L’autre main n’est pas restée inerte, elle est en une fraction de seconde passée derrière le dos. Des deux personnes, celle la main tendue, l’autre la main dans le dos : l’une avait oublié, l’autre ne pensait qu’à une chose, l’une continuait d’oublier quand l’autre avait montré la fulgurance de sa seule préoccupation, l’une avait un corps perdu soudain dans le vide, l’autre était d’aplomb. L’une mourrait par oubli, l’autre survivrait. L’une démontrait qu’elle ferait partie des premières charrettes, l’autre qu’elle se féliciterait longtemps de sa vigilance. L’une ne devait pas faire partie de ce monde, trop sotte pour protéger sa propre vie, l’autre savait agir comme il fallait pour sauver son monde. L’une était sûrement une grande pollueuse et l’autre pro-climat, l’une était sûrement une meurtrière, et l’autre une sainte, l’une était sûrement mauvaise à l’école et l’autre brillante, l’une était une grande fumeuse et l’autre avait des poumons sains. L’une était blanche et l’autre noire, l’une était juive et l’autre blonde et quoi après ? L’une savait rire de tout ce qui méritait un rire et l’autre quoi ?

Ce n’est pas grand-chose, une main qui disparaît dans le dos, sauf quand c’est peut-être la 10000e, et que pour la première fois on le voit réellement et qu’on comprend que de toute sa vie, on a seulement vu ce geste, face à soi. Et je ne sais pas combien de millions vont être concernés par cette solitude-là, mais ceux-là ne reconnaîtront jamais le principe de sécurité des états parce qu’ils savent qu’il ne changera rien à leur vie, et jamais ils n’auront de reconnaissance pour lui. Jamais ils ne croiront avoir échappé à rien grâce à lui. Il faut tenir à la vie, pour ça, et il faut que cette vie soit soudain si comble et si comblée ? Je ne peux pas le penser, je n’y parviens pas, et je ne suis sûrement pas la seule, mais je suis peut-être une des rares à pouvoir l’exprimer avec une partition inédite.
Je sais que j’ai les moyens d’une part de ressentir cette solitude, et d’autre part de la raisonner, je sais qu’après la tristesse, j’embrayerai sur la colère, je sais que je ne m’arrêterai pas à la stérilité du vide, je sais que quelques secondes plus tard, la machine va s’enclencher, et qu’il en sortira un bouclier démonstratif.
Mais si je n’étais capable que de ressentir la solitude et incapable de la raisonner ? Je ne crois pas que je serais arrivée en 2020 et que j’aurais attendu le Covid-19 pour la ressentir, je crois que depuis très longtemps ou j’aurais abandonné de la ressentir ou j’aurais abandonné ce qui la causait. Il aurait fallu alors, un jour, dans mon passé, que je fasse le choix entre être du côté de l’opinion générale pour ne plus jamais être seule, ou quitter cette vie.

Puisque je suis encore là, j’ai encore les moyens de penser que cette avidité à savourer la peur ne peut convenir qu’à ceux dont le confort, même dans son marasme, reste assez grand pour ça, alors de quel confort s’agit-il ? Je ne peux que concevoir avec horreur que ceux dont la vie n’est que peur n’auront pas l’occasion du luxe de la peur du virus. Je sais que des théories naissent en ce moment qui attribuent au virus beaucoup de pouvoirs, comme celui de réguler finalement les écarts faramineux, économiques, par maints biais, et on peut tout avancer : des effondrements boursiers, des inflations, des rapatriements de production, un développement des avantages sociaux où ils n’existaient pas. Mais le virus ne redonnera aucun esprit à ceux qui en manquent, il ne fera pas naître de pitié supplémentaire, il n’inventera pas d’humour pour ceux qui ne savent pas rire, il n’ira pas jusqu’à inspirer une générosité miraculeuse. Il ne va que rendre incroyablement évident ce qui existait déjà et il n’y aura jamais plus de personnes pour le voir, l’analyser et le comprendre. Et je ne parle là pas des déplacements des masses économiques.
Le premier ministre anglais a dit que beaucoup de familles perdraient encore de ceux qu’elles aiment. Mais qui a dit qu’elles les aimaient ? Pourquoi les futurs morts seraient forcément aimés et leur perte pleurée ? Dans quel monde de petits nounours colorés sommes-nous en train de vivre ? Pas le mien. Pas le mien. Pas le mien depuis toujours.

Vendredi matin, je souriais, moqueuse. La veille, Macron était Macron, impuni, incapable de maîtrise, son discours à faire rire, peu importe son sujet : son sujet ne le redressait pas, ne lui donnait pas de fond, pas de carrure, pas d’importance, pas de conscience, pas d’ampleur, pas d’intelligence, son discours ne pouvait, comme tous avant celui-là, inspirer de la confiance ou du respect. Pour sa forme, il était traître de son fond, et lui, lui seulement, devait effrayer, comme depuis son élection, ainsi de son gouvernement, ainsi de son assemblée. La veille, Macron était Macron, le lendemain, il l’était encore. Un virus ne peut rien à ça. Rien. Pourtant, le lendemain, de Citoyen, Citoyenne, nous en étions à Covidien, Covidienne, et il fallait faire pénitence, subir le recueillement, avoir l’œil tragique, la phrase vide et il fallait admirer ceux qui avec confiance livraient leur peur avec une bêtise ahurissante. Et c’était comique. C’était drôle. Tous les discours de Macron sont drôles depuis le premier, tout ce qu’il écrit est drôle, tant ça ne peut pas exister sous cette forme à cet office-là. Ils sont drôles et entraînent un rire immédiat qui devient celui de la colère. Personne n’a ri quand il fallait, de ses discours. Ceux qui se sont révoltés contre eux, quand bien même ils n’ont pas saisi le comique et soient passés trop purement à la colère ce qui leur a retiré une dimension cruciale pour leur lutte, ont été moralement et parfois physiquement exterminés. Il me semblait impossible de ne pas sourire. Ça n’enlevait rien à la vérité, rien, mais ça la repositionnait pour ce qu’elle était, et à priori, le virus n’était pas connu pour attaquer les fondements humains, des siècles de culture, l’Histoire même, l’individualité ni la personnalité, ni la capacité de jugement, l’esprit critique. Le Covid-19 n’a tué ni Shakespeare, ni Victor Hugo, ni Musil, ni Joyce, ni Homère.
Sourire et se moquer devant d’autres personnes n’était pas manquer de sens civique, de conscience scientifique et encore moins de compassion pour leur peur : c’était pour moi leur alléger un peu la vie, c’était mettre à leur service quelques mots très rassurants, c’était peut-être leur proposer une explication pour que leur connaissance reprenne le dessus et fasse son œuvre. Mais ils n’en voulaient pas. Ils voulaient leur peur, leur tragédie, leur gravité. Pourquoi ? Scientifiquement, précisément, pourquoi ? Aucun n’aurait pu me le dire. Quel symptôme les inquiéterait ? Aucun n’aurait pu me le dire. Le lien entre le Covid-19 et le diabète ? Dans quel état sanitaire commun était la Chine il y a un an ? Combien y a-t-il de pharmacies à Pékin ? Quels médicaments sont vendus en Chine ? Que révèle l’autopsie des victimes ? Quelles sont les statistiques ? Aucun n’aurait pu me répondre. Je ne peux même pas affirmer qu’ils avaient peur de la mort. Ils avaient peur de quoi, alors ?
Je crois que peu importe. Je crois que c’était leur dernier souci de savoir de quoi. Je crois que c’est une fin de l’humanité, quand elle en est là. Et que c’est si grotesque que ça doit inspirer de la colère à ceux qui peuvent encore en montrer, après le rire, après la compassion, après la honte, après la tristesse, après la terreur : il doit venir de la colère.

Une société, comme celle de la France, inconnue du Pouvoir, inconnue de tout d’elle, hurle sa fatigue et sa désolation depuis plus d’un an, sa protestation est connue du monde entier, 0,6% d’elle, mais aussi son inertie : 99,4%, qu’est-ce qui explique ces deux pourcentages ? En plus d’un an, personne ne s’y est seulement intéressé, ni socialement, ni culturellement, ni historiquement, ni médiatiquement, ni politiquement. Or, tout est là.
Et soudain, le virus ? Et soudain, effaçant tout, la peur de la société ? De quoi : elle n’en sait rien, rien, ce n’est pas même celle de la mort, mais ça ne lui importe pas. Quelle société peut admettre ça « en 2020 » ? « En 2020 » ?
Un semi shutdown sociétal peut entraîner une hausse de natalité dans 9 mois, et une hausse des avortements, des divorces, x faillites économiques mais aussi une hausse incalculable des crimes privés ou familiaux, qui bénéficient avec vice de l’ombre des portes fermées, des morts tristes par une vie isolée quelques heures fatidiques de trop, le secret des dépressions, une raison faussée à des suicides, et des enfants ne mangeront plus à leur faim, sans cantine, des familles vont s’effondrer, à bout. Des statistiques indémontrables ou très faibles uniquement basées sur le pouvoir de l’inconnaissance, vont en générer d’autres, importantes, réelles, mais elles : à jamais inconnues. C’est simple pour un gouvernement de faire cesser un mouvement quand il ne sait rien de ce mouvement et donc rien des conséquences de la cessation. Rien de ça ne terrifie la société, rien de ça ne recevra son mépris, rien de ça ne la choquera, mais qu’on lui retire sa chère peur commune la terrorise ?
« En 2020 » ?

Cette peur ne date pas du tout de 2020. Les raisons de cette peur ont grandi et se sont propagées depuis des décennies avec une régularité et suivant un parcours qui est identifiable mais qui est complexe à décrire et argumenter et qui doit, pour être compris, pour être réfléchi, pour que ses conclusions soient à la source d’un progrès mondial, et d’une révolution inédite, compter sur l’intelligence, la conscience et la connaissance. Le Covid-19, en révélant l’infinie bêtise du monde, les fonds bas de sa conscience, de sa connaissance propre et scientifique, semble retirer tout espoir qu’il soit jamais prêt à entendre un diagnostic de son état, en 2020. Alors que le monde avait réussi à naïvement se persuader que tout son mal provenait de trois structures impalpables seulement : le capitalisme, les réseaux sociaux, les monstres technologiques, il n’a pas encore compris que tous ses systèmes d’échanges macro ou nano, s’absentent totalement devant des limites humaines, d’une évolution qu’il faut remettre cette fois en question quand on la pensait irréversible et sous-jacente, un processus naturel.

La faillite était présente bien avant 2020, et la couverture de quoi que ce soit qui puisse enrober le monde était parfois appelée par les plus idiots, depuis 5 décennies, sous la formule connue de « il faudrait une bonne guerre. » Chacun croyait secrètement et mystiquement que quelconque unification, par un moyen pire, si possible, relançait quelque chose de l’humanité, épurait même le mal, parce qu’il était soudain nommé, ennemi : un front net, pour remettre les idées en place, pour que les gens comprennent bien ce qui est important. Une niaiserie insupportable à entendre, mais non rare.  Tous ceux qui souhaitaient une unification telle étaient si sûrs d’être « du bon côté » sans même penser qu’ils seraient à l’évidence de celui d’une Collaboration. Le climat a porté ces derniers mois, dans une grande accélération, les espoirs de cette unification, « pour la planète, pour nos enfants. » Les enfants : les mêmes qui depuis la naissance se font massacrer par un système inconnu de leurs parents et qui participe de l’intégralité de leur vie, donc auquel ils collaborent.

Le virus montre aussi l’incapacité du monde, non à agir malgré ses élites, mais à agir sans ses élites. Mais rien ne parvient à faire déterminer à la masse ce qui manque si crucialement face à elle, parce que, tout simplement la masse ne le possède pas. Elle compte sans le savoir sur la démultiplication des médias, et les médias comptent sur leur propre démultiplication : l’ensemble croit que la vérité est bien quelque part, dans une sorte de sas entre le su et le non-su, et dans un sens cette vérité serait tamisée par le bon sens, dans l’autre par ce qui est déterminé pour être le plus audible et lui-même démultipliable facilement avec la plus grande attention donnée à un seul facteur : rien ne doit être dit qui puisse trop rester dans les mémoires si c’était une erreur. Et tout ainsi tout reste dans un circuit fermé, auto-alimenté et allant vers nulle part. Un nulle part jamais envisagé parce que dissimulé par un mouvement qui semble d’une absolue diversité, même éternel et sysiphien. Le principe de précaution qui est aujourd’hui demandé : se laver les mains, est celui dont usent les élites et les médias depuis des dizaines d’années. D’un côté, on limite une propagation, de l’autre, on limite toute l’humanité. Mais il semble que ce soit ce qu’elle désire. Sa limite, et si possible imposée. Quoi que ce soit qui la norme, qui la dicte, qui la mette à égalité en elle, qui annule pour elle une évolution intrinsèque. Elle n’a pas un regard pour la démonstration mondiale qui prouve, depuis un grand moment et de plus en plus vite, que « pour » le principe d’égalité, elle doit se séparer de ceux de liberté et de fraternité. Ce n’est pas à elle, dans sa masse, de penser ce regard pour l’avoir, mais elle ne le sait plus. Ce n’est pas à elle de comprendre qu’elle ne le sait plus.

Une immense partie du monde est parvenue à répondre à la focalisation soudaine que les élites lui ont demandé le plus facilement. C’est donc possible. Mais l’objet vers lequel le monde s’est tourné n’a aucune matière, aucune intelligence, aucune vie propre, ni passé, ni futur, seulement un présent. Et cette concentration soudaine tournée vers lui est insupportable. Insupportable. Le discours que le virus fait se partager avec une égalité jamais obtenue, jamais, pas même sans doute pendant la Seconde Guerre mondiale, à l’instant de la lune foulée, les morts brutales d’auras, l’élection de Trump, la chute du mur de Berlin, la place Tian’anmen ou chacun de ses événements devenus iconiques parce que saisis par la foule comme leur appartenant, pouvant siéger partout : dans leur salon, chez le coiffeur, dans les assemblées nationales, est vide. Il n’est rien. Il a appauvri le vocabulaire de 99,99%, il ne fait se projeter nulle part personne, il ne remet rien en cause, il ne demande rien de plus à personne, quel que soit son pouvoir, il ne bouscule aucun rôle, pas une génération face à une autre, rien, rien, rien, ni la vie, ni la mort, ni rien. Rien. Le vide.

Et une partie de l’humanité adore aveuglément ce rien. La catastrophe est là.
Le premier problème est qu’elle ne date absolument pas de la déclaration de présence de ce virus, très loin de là, elle a 75 ans, addition de deux segments dont un de 50 ans, donc historiquement largement analysable avec une grande assurance, mais que cette analyse ne parvient pas à se faire entendre, alors qu’elle existe, je le sais, de par le monde, assez incomplète partout, à cause, et c’est phénoménal d’avoir à le dire dans un monde qui se croit si puissant par sa communication à 360° : de la sottise, de la surdité et de l’opacité de cette communication qui est incapable de générer un esprit critique d’une élite inédite : pourquoi ?
Le deuxième problème est que l’état d’hypnose dans lequel est une partie du monde n’est même pas exploitable pour justement lui faire entendre une autre réalité le concernant, ce n’est pas parce qu’un canal unique est ouvert qu’il est empruntable : pourquoi ?
Le troisième problème est le niveau de conscience du monde devrait en ce moment faire hurler de terreur n’importe quel intellectuel ou ceux se prétendant artiste, mais ça n’arrive pas : pourquoi ?
Le quatrième problème est qu’il n’est réellement pas évident qu’il reste vraiment à des places qui pourraient servir de pupitre le moindre intellectuel ou artiste capable de ce hurlement : ils sont ailleurs et ces places leur sont inaccessibles : pourquoi ?
Le cinquième problème est que la mémoire sur quelques semaines de l’articulation de la propagation de la compréhension du problème-virus, par la masse, est déjà perdue, et que sa propension à ne garder en mémoire que la dernière minute est non seulement de l’ordre du réflexe mais souhaitée : le risque que cette crise de somnambulisme passe sans que les gens se souviennent seulement d’eux-mêmes est déjà acquis, ça ne laisse donc aucune marge à quelconque analyste capable de gérer la situation de manière conceptuelle, en prenant le comportement mondial comme preuve ou simplification de celui qu’il peut avoir depuis des décennies, parce que personne ne peut compter sur une mémoire planétaire ou individuelle : pourquoi ?
Le sixième problème est qu’il semble que l’éducation mondiale ait échoué à un niveau si gigantesque qu’elle frôle de signer son éradication pour inutilité : pourquoi ?
Le septième problème est la crédulité. Cette crédulité, c’est indéniable, pourrait bien être qualifiée par quelque illuminé sot de « révélatrice » et il ira chercher du côté d’un dieu mort et de l’absence de cible pour la foi, pour bavarder sur le principe de foi, en tant que nature humaine inaltérable, et on ira jusqu’à déifier le virus qui par défaut capterait la croyance nécessaire, et sans plus de support avant lui, dans une partie du monde. Quelconque unification trouvera forcément sa religion nouvelle. La défense du climat l’a tenté, d’ailleurs. Cette vision courte formera vite ses adeptes. Cette crédulité ne peut être accusée par un intellectuel ou un conceptuel et ce pour raison d’humanisme, mais la haine et la colère naturelles qu’ils peuvent ressentir contre elle doit être ressourcée et générer une autre force de soutien. La crédulité est un virus qui sape l’évolution historique mais elle n’est pas considérée comme anachronique : pourquoi ?
Le huitième problème est que ces sept problèmes sont liés entre eux comme des organes, chacun tributaire de la cause et de la conséquence de l’autre et que leur cartographie ne saurait se faire dans le plan, dans un gentil schéma explicatif avec des flèches dans un seul sens, mais avec une vision qu’on espère soutenable par un cerveau adulte, une vision admissible par la science, alors qu’elle doit intégrer des mystères, et une grande somme de questionnements, eux-mêmes à prendre comme un bien, comme une joie, même. Or, cette cartographie butte totalement devant la nécessité de la configuration même de sa proposition : elle doit être dans l’espace, avec l’obligation de l’intégration d’une troisième dimension, enfin, à quelconque discours, elle doit être et rester complexe : ça s’appelle une « recherche », et cette cartographie doit être le job de « chercheurs ». Aucune élite actuelle ne supporte ni ne permet cet état de « recherche » pour le monde. Aucune. Pourquoi ?
Le neuvième problème est que la conscience des 8 précédents ne donne aucun pouvoir sur eux, et que le seul facteur sur lequel on peut compter encore est le Temps : pourquoi ?

Ce qu’on sait du virus lui-même, en ce moment, soit rien, montre que c’est un effort terrible pour le monde, comme un enfant boude devant un problème qui paraît si simple, de le comprendre dans une totalité physique qui ne soit pas plane, qui n’ait pas un discours fait de lignes successives et même séparées de tirets, et qui n’ait pas de solution, même si on voit comme le monde, à nouveau unanimement, compte, peu importe avec quel flou, sur une « recherche », sur les « chercheurs ». Contre le virus, le monde voudra une solution simple, vaccin, médicament, il se foutra de toute la recherche mise en œuvre pour parvenir à cette simplicité. Il est en droit de s’en foutre, il n’est pas chercheur, il est en droit de ne bénéficier que des résultats d’une recherche : il paie pour ça, il a progressé pour ça, il vote pour ça, il pose en chantage sa survie : sans lui plus de 1% mais plus de 99% non plus, il fait poids. Mais concernant le virus même, alors que le monde devrait reconnaître le vide concernant son descriptif, sa portée, ses symptômes, ses statistiques, son seuil de mortalité, et demander au moins plus de détails, il supporte parfaitement de ne rien savoir du tout. Rien. Aucun lien d’un organe à un autre. Aucune hypophyse pour gérer ça, pas d’hypothalamus, pas de cerveau. Rien. Pas même le sien, il semble. Pour le bien de son humanité, le monde devrait tolérer la difficulté en trois dimensions d’une recherche pour résoudre ses problèmes, mais il ne met en place que des systèmes simplificateurs donc vains et tolère amplement son vide aussi illogique soit-il, et tout particulièrement, il le tolère de ses élites, parce qu’il croit que ses élites, elles, sont dans le secret d’une « recherche ». Le monde n’est pas capable de mesurer qu’il n’existe pas de recherches scientifiques qui soient séparées de recherches intellectuelles et éthiques, qu’il n’y a pas de niveau de progrès séparés dans sa propre humanité, que les causes conséquences vont et viennent de tout de lui et en tout de lui, et qu’un virus ne saurait avoir seulement une réponse sanitaire et médicale, en 2020. Le monde arrive tout juste à penser à des conséquences économiques. Des élites, elles, devraient être capables de confier la globalité de la recherche à des chercheurs, vouloir le faire et le permettre, et ce n’est en rien le cas. Les élites sont en train de démontrer que les organes restent des cases dans le plan, avec de gentilles flèches unidirectionnelles, c’est faux, c’est une insulte à la science, à l’Histoire, c’est même hérétique, tout le monde le sait, mais tout le monde l’accepte et pire, le désire. Le monde veut des élites qui lui affirment qu’il est simple, simplifiable à volonté alors que sa survie ne peut provenir que de sa complexité et donc d’élites qui puissent soutenir et promouvoir cette complexité.
Cette complexité n’a absolument pas à être comprise par l’humanité tout entière, mais elle doit exister et choisir comment elle se simplifiera pour le bien de l’Humanité. Aujourd’hui, de façon assurée : elle n’existe pas. Elle est, au péril de tous, confondue avec la possibilité du monde de s’exprimer non dans sa diversité mais d’un à un dans son nombre, dans sa multiplicité.


Si quelque chose est en train de se mettre en place, et j’y crois, qui puisse figurer, selon certains concepts, un temps équivalent à celui qu’a déjà connu l’Histoire et qu’elle a fini par appeler Renaissance,  si, donc, le temps que nous sommes en train de vivre est assimilable à un néo-Moyen-Âge avec ses épidémies — physiques ou non — de « pestes » et depuis très longtemps, alors il faut que puisse au moins se faire entendre une série de voix rassurantes, conscientes qu’elles n’auront de valeur qu’avec la force d’une démonstration par récurrence, mais qu’elles ne seront pas prophétiques. Plus simplement : s’il y a une ouverture qui ait sa lumière, son intense progrès, sa révolution induite : elle existe déjà, mais elle est inconnue, anonyme et d’office elle ne viendra de rien, strictement rien qui aujourd’hui à droit de paroles publiques et droit d’agissements sur le public. Par contre, ce qui sortira de cette ouverture sera l’annonce d’un temps nouveau, réellement. Il faut alors compter sur le Temps qui seul, va démontrer l’existence de cette ouverture, qui est le fait du monde actuel. Tout est contre lui, ce Temps, et tout est encore pour lui, à condition qu’on entende « historiquement » ce qui s’est passé et qu’on ne compte plus sur un futur apparaissant et fait de rien. Il ne faut plus compter sur une annonce, du neuf, une prophétie, mais sur la connaissance de ce qui a été : toute l’Histoire dont le XXe siècle a semé des esprits prophétiques, de grands esprits qui ont tout donné pour préparer cette analyse par récurrence, toute l’Histoire et l’Art nous ont laissé de quoi très largement réfléchir notre temps, pas sur la seconde, mais dans son entièreté et à l’échelle d’une vie, donc de beaucoup de générations encore vivantes et pour un moment. Nous sommes dans un non-Temps, mais absolument analysable, aucune panique ne devrait plus émerger qui soit assez forte pour le bousculer puisqu’il ne peut pas être bousculé, ni physiquement, ni moralement, le monde ne cesse d’en faire la preuve, et ces dernières semaines, magistralement : il ne parvient pas à se créer autre chose que son immobilisme apeuré quoi qu’il tente de faire bouger. Quelque chose bloque. C’est qu’il ne doit rien espérer de la suite, c’est qu’il est face à son vide. C’est normal. C’est son état. Il n’y a aucune inquiétude à avoir. C’est un temps d’une parfaite logique. Mais il faut expliquer pourquoi, et ça prendra un autre temps, encore 25 ans, sans doute, ce n’est rien à l’échelle du monde, mais d’un seul humain ? Est-ce que le monde va se donner le Temps de revenir sur lui pour se donner un avenir ? Est-ce qu’il a encore 25 ans devant lui ? Vendredi 13 mars au matin, la réponse était non. Qui a peur de ça ? Retour aux 9 problèmes.
Il faudra donc sans doute un siècle entier pour que l’humanité se relève d’elle-même. Ce n’est pas impossible à penser, deux fois 50 ans, donc 50 ans de trop pour les statistiques intellectuelles de l’Histoire, donc combien de générations qui n’en auront pas eu une ?


Je crois que pour la énième fois, le président français, dans toute son immaturité humaine et intellectuelle, a prononcé le mot de « destin » pour tenter de dépasser le spectre si large de la situation et ainsi l’envoyer à un autre impalpable, fictionnel. Tant que quiconque dans l’élite non seulement ne verra pas où est le problème d’utiliser tel mot, mais qu’il ne soulèvera pas dans la seconde contre lui (puisqu’éclater de rire ne paraît plus du tout possible) un discours conceptuel immense pour la défense de ceux auquel il s’adresse, rien, rien, rien n’évoluera. Que le monde tourne n’est pas et n’a jamais été une preuve de progrès, mais que l’élite puisse sans frémir, sans honte, parler de « destin » pour qualifier cette révolution terrestre inexorable, reste une preuve de sa régression et de sa stabilisation confortable par le vide d’elle. C’est terrifiant et inadmissible et mortel. Et les victimes ne seront pas celles pour l’instant ciblées vaguement.
L’état d’unanimité actuel est une falaise au bord infini, quiconque pense qu’un pont apparaisse doit en appeler à son dieu, quiconque pense que le bord s’élargisse pour que tout le monde y tienne sans tomber doit aussi en appeler à son dieu, quiconque espère ne pas être de cet empilement de corps qui permettra un jour, assez haut, l’élargissement du bord, doit en appeler à d’autres élites que celles actuelles.

L’humanité n’a pas à rougir de sa peur du virus mais de sa honte à ne rien posséder pour lutter contre elle et à aimer sa peur, comme un soulagement. Ça, c’est dangereux, ça, c’est mortel. Je sais depuis des décennies qu’il faut un soulagement à l’humanité, notamment en France puisque je peux parler depuis elle, mais je ne m’attendais pas à celui-là, sous cette forme-là. Je savais que la bêtise était à ce niveau de propagation, mais je ne m’attendais pas qu’elle soit si fière d’elle. Je ne pensais pas que ça puisse se révéler, à cette échelle-là, si vite, si totalement, si incroyablement simplement. Pourtant, je ne compte plus tout ce que j’ai pu écrire pour prévenir et décrire le totalitarisme inédit sociétal que vivent sans le savoir les sociétés. Je suis effarée et horriblement inquiète que les consciences ne prennent pas la mesure de leur propre invraisemblance ni qu’il n’y a pas de différences entre le pré-mort et le post-vivant, que la situation de paralysie actuelle ne fait pas sourire avec amertume devant ce qu’elle ne produit pas, qu’il n’y a pas un effroi plus dense pour tout sauf ce virus, que personne ne voit pas avant tout ce qu’il ne crée pas. Alors qu’il devrait.

Le monde serait unanime et avec moi que je trouverais quelque chose contre moi, uniquement parce que l’unanimité doit rester à mes yeux un au-delà, une immanence, un idéal, un mystère, pour que le progrès apparaisse. Le virus est stérile et c’est, intellectuellement, à abandonner tout espoir. Mais puisque c’est inédit, c’est donc un instant où, connue ou non, se fonde une création qui affirme à l’Histoire : je te prends en charge, et on passera à travers le vide, retiens ta respiration encore un peu, relève-toi, avance. Quelle création ?

Claire Cros, auteur conceptuel

*Ce texte est le premier d’une série sur le modèle des Inktober, sur YouTube sur la chaîne PUCK, facebook sur la page PUCK, ou lire sur le blog Mediapart.
clairecros.com puck.zone
MARDI 17 MARS 2020
[Présentation sur YouTube]
📍Chers Abonnés 🖤 

Il va falloir sérieusement que je revoie mon protocole pour ne pas toujours mettre en ligne si tard, le rythme Inktober est trop intenable. D’un autre côté, vous lirez que quand le gouvernement la joue Brazil en pleine nuit, c’est difficile d’être super efficace et rapide le reste de la journée.
Si vous avez des questions, concernant les phrases issues de l’allocution du lundi 16 mars, demandez ! Ce n’est pas une interro.
Allez, la suite demain !
 
Claire
CORONA PROPAGANDA | MACRON ET LE TEXTO DE LA MORT (1ère partie). 2/X


PUTAIN ! 01:19 ! Une merde de texto du gouvernement ? Je suis en rémission de crise d’angoisse continue, avec une reprise d’insomnie chronique, j’allais m’endormir, en une fraction de seconde j’ai tout imaginé pour mes proches et rien qui concerne le virus et c’était un putain de texto du gouvernement ? À 01:19 ? Mais… Mais putain ? …Mais putain ? *

C’est ce texto qui décidera finalement de la façon dont je traiterai les thèmes que je pensais aborder aujourd’hui largement autrement. Je reviendrai forcément sur eux dans d’autres articles, vu leur gigantisme, mais pour les lignes qui suivent, ils seront secondaires. Puisque, cette nuit, j’ai été agressée par de la communication vaine, je vais aussi faire une sorte de plan marketing, vu par un auteur conceptuel.

Cet article est en deux parties, la suite demain.

Le chapô fait état, exactement de ce que j’ai ressenti, et s’il est à présent 01:53, c’est parce qu’il a fallu que je me calme, que je desserre les dents, que j’en suffoque juste un instant d’angoisse et de colère presqu’à en pleurer, que je me relève, rallume l’ordinateur, repasse en revue toutes les notifs, et voilà. La nuit est d’ores et déjà foutue. Peu importe pour ceux qui n’ont jamais su ce qu’était le sommeil perdu sur 10 ou 15 ou 20 ou 30 ans et qui tolère à peine une mauvaise nuit, mais pour quelqu’un qui lutte contre le phishing de l’insomnie, c’est toujours grave.
On va aussi compter les morts de crise cardiaque cette nuit à cause d’un texto de Little Brother qui soumet les opérateurs, et pour quoi ? Tout le monde l’aura reçu le long de la journée du 17 mars. D’ici de soir. En pleine nuit, c’était insupportable, cette intrusion idiote, à la limite du légal, passant par le marketing direct, il semble, pour redonner une information intégralement déjà répandue, elle, et qui, du coup, en devient suspecte. Il était 01 :19 et le bien de l’Humanité et les raisons sanitaires, à cette heure-là, regarde ma conscience, peut-être quelques prostituées encore plus inconscientes et stupides que les autres nuits, mais plus personne au monde n’a à me les rappeler. C’était naïf, ce texto, et ce gouvernement est une série B et Z. « Va te faire foutre », ou une série d’emojis parlants ou des mèmes à la con, c’était tout ce qu’inspirait en réponse cette bêtise qui m’a fait chercher mon souffle de peur et de rage et de dépit et de saturation. Il semble que le gouvernement soit persuadé que nous sommes tous ensemble, et que nous agissons ensemble, et que ce texto serait accueilli, encore une fois, avec un aveuglement de fidèles moyenâgeux, il ne sait donc pas du tout à quelle France, ni à qui, individu par individu, il s’adresse, il ne sait donc pas que l’absence d’individualisme, ne nous laisse pas ensemble, mais nulle part et qu’il a transmis du vide au vide.

Le jeu d’un auteur conceptuel, c’est, en une fraction de seconde, sur la base d’une seule idée, de l’éclater en la centaine qui s’en approche le plus et que n’importe qui pourrait avoir. Ce n’est pas une histoire d’intelligence, de brillance, il n’y a pas de mépris dans ce « n’importe qui », un auteur en est un de n’importe qui, c’est une histoire de plan large pour se créer un paysage de cette idée, et, à partir de là, par contre, voir ce qui manque. L’auteur devient en un instant pas « un seul » mais « cent n’importe qui ». Ce n’est pas quelque chose de simple, ça se travaille sur des années, il faut une expérience humaine vaste, une connaissance des époques et de son époque jusqu’à sa dernière tendance. Si le monde s’agrandit, alors il faut agrandir cette expérience et cette vision.
Quand on travaille sur un texte fictionnel, ou un essai, l’indépendance des idées est « extraterrestre », on peut se passer, à la condition d’être sûr de tout l’inédit qu’on travaille, de ce plan commun, de ce test continu, à mettre en jeu des centaines d’idées identiques et parallèles. Mais quand on travaille sur un article, et dans le temps même qui se joue, comme en ce moment, il faut faire tourner à bloc la machine.
Cette capacité de l’auteur est appelée par ceux qui y croient « inspiration », ce qui lui laisse ainsi quelque chose de très romantique avec une muse soufflant doucement le texte, mais elle ne possède pas du tout ce flottement, elle n’est pas une sorte de cueillette rêveuse, dans le néant, de fleurs soudain apparues. C’est un procédé lourd, exigeant, épuisant et qu’il ait sa fulgurance qui le fasse paraître léger et harmonieux est la preuve de sa maîtrise et d’un fond d’archives conséquents.
Par exemple, le texte qui précède, depuis le chapô, possède une série de phrases qui de près ou de loin, refléteront les pensées d’un peu n’importe qui, ce que lui « inspirera » la situation décrite, la réception de ce texto. Et à part ceux qui veulent s’agenouiller, beaucoup de personnes devraient se retrouver dans le rejet de l’abus du principe de sécurité qui est d’ailleurs dénoncé internationalement depuis longtemps et donc non utilisé. Mais à l’intérieur de mes petits paragraphes de ressenti, il y a une analyse, qui elle, n’est pas courante et ne peut faire partie du sens commun : c’est celle concernant l’absence d’individualisme.

Le jeu d’un auteur conceptuel existe depuis qu’il y a des auteurs et des créateurs et des éléments humains de progrès, depuis toujours. Mais depuis quelques années, il bénéficie d’une autre surface d’archives immédiates, qui permet d’accélérer la réflexion, quand il s’agit d’écrire un article : les réseaux sociaux. Les réseaux ne vont rien exprimer de plus que ce qu’un auteur peut supposer assez assurément des réactions et pensées de ses contemporains, il n’y aura pas plus d’indices, il y en aura même moins, d’ailleurs, parce que toutes les configurations d’esprits ne vont pas communiquer sur les réseaux, loin de là. Mais ils ont quand même un avantage : si quelque chose manque dans la masse totale, les réseaux le démontreront.

Twitter est pas mal pour vérifier la justesse du paysage d’idées qui ne doivent pas être utiles à mon propre travail. Je ne peux qu’y retrouver toutes celles imaginées, et souvent dans l’ordre, que ça concerne Macron ou Trump ou une remarque d’un quidam : les réactions seront toutes prédestinables. Il n’y a donc, concernant le virus, je vous l’assure, aucune remarque qui manque que quiconque puisse avoir. Ça a l’air assez évident et plat, dit comme ça, mais c’est intéressant : rien ne manque que quiconque puisse penser. On trouve toute la gamme. De l’hypocrite à la rebelle, de la tragique à la comique, de la maligne et à la niaise, de la pathétique à la lâche, et l’inverse. On lit « une foule », dans ses pourcentages les plus fins, presque composée d’individus aux idées originales, pleines de rebond et même designées entre la typo et les emojis dans la limite que permet Twitter. Il y a du grossier, du vulgaire, de l’élégant, tous les registres. Le spectateur-lecteur de ces idées tweetées peut être heureux de trouver immanquablement ce qu’il pensait, qu’il soit d’humeur grincheuse ou riante, en colère ou las. Il se sent ainsi moins seul. Si on a besoin de plus de longueur concernant des vues plus internationales, il y a le pendant de Twitter : Medium, mais pas en français. Et si Medium est moins léger, si le travail d’écriture y est forcément plus étudié puisque sans limite de nombre de caractères, le tour de manège de toutes les idées est vite fait quand même. On peut y trouver sa propre pensée, plus longuement, on peut y définir tous les angles du même cristal, et toutes ses facettes. Et ça recommence à propos de quoi que ce soit d’autre, dans la minute, dans l’heure, le lendemain.
Qu’est-ce qui manque comme idée à propos du virus, dans tel paysage qui, il semble, les rassemble toutes ?
Rien.
Sauf la mort.

À 19 heures, hier soir, je disais en me moquant (…encore) que Macron aurait annoncé une guerre que ça aurait été reçu de la même façon et qu’il ne lui manquait plus que ça dans son répertoire lyrique d’histrion. Une heure après : il le dit. Comment voulez-vous que ça ne m’amuse pas ? Juste un instant. Parce qu’ensuite, je regarde mon paysage d’idées, et je vois que la mort manque.
C’est tout de même bien ça, non, au final, qu’il faut empêcher que le virus crée, par un lockdown, un couvre-feu ? Une défaillance respiratoire telle, et sans doute plus, qu’elle entraîne la mort ? Pourquoi on n’en parle pas, alors, de cette mort ? Qui ne veut pas en parler ? La jeunesse qui tweete en est trop loin ? Peut-être. La population française dominante des ok-boomers ne supporte pas d’en entendre parler ? Plus sûrement, oui. Mais reste que le seul problème est là, non ? La mort ?
D’étranges images ont circulé, elles semblaient évidentes à lire, montraient de la mort, il semble, en Italie. Je n’ai pas compris ces images, je n’ai pas compris ce que je voyais.
Des familles n’ont pas pu voir, d’après un reportage, le corps de leurs proches, des vieillards, sortis d’un EHPAD déjà emballés dans leurs cercueils, prêts à être enterrés. C’est un peu le même rayon que le riz précuit, les frites au micro-ondes et tout ce qui se termine par « plus qu’à ». D’ailleurs, puisqu’on en parle, il faudrait faire des tarifs bénédiction incluse, pour les cercueils. Il n’y a déjà plus assez de prêtres pour avoir un enterrement un peu digne et il faut se taper les diacres et les grenouilles de bénitier, donc quitte à faire, avec un petit supplément, on pourrait moins s’emmerder et ne pas passer une heure à regarder une espèce de civil de la religion mener la danse macabre comme son loisir et plus vite aller cacher tout ça ou le réduire en poudre. On a donc vu des cercueils contenant des vieillards de plus de 90 ans, sortis vite fait d’un bâtiment, et ensuite une interview d’un directeur de pompes funèbres, à propos de ces cercueils et du protocole de cette étrange mise en bière qui n’appelle personne de la famille en témoin. L’EHPAD avait-il un service pour faire une autopsie ? De quoi sont mortes ces personnes vraiment très âgées ? Quelle famille a toléré qu’on lui vole sa propre mort si facilement ? Pourquoi c’est le cercueil qui était le héros, dans ce reportage ? Il est la boîte de la mort, mais il n’est pas la mort. Personne n’a donc parlé de la mort, personne ne l’a vue.

C’est dur de parler de la mort, parce que qu’il faut y croire encore. Mais quand elle s’absente totalement d’un discours dont elle est le centre, alors qu’on va s’amuser à parler de guerre, ça peut poser un problème historique, intellectuel et éthique. …Encore.
C’est cool de la part du président, d’avoir parlé de guerre. C’est super. C’est super cool. Trop cool. Comme ça, si un jour, il y a une guerre, il faudra inventer un autre nom. Une guerre comme ailleurs dans le monde. Une guerre genre la moitié d’un enfant là, et l’autre moitié à quelques pas. Ou une guerre genre 35 hommes violant une seule femme devant ses enfants et la terminant au fusil. Ou une guerre du style mon dieu t’emmerde, je te ferai sauter pour te le prouver, ou une guerre avec des enfants drogués qui apprennent à tirer, ou une guerre du genre camp de travail pour les prisonniers, avec des bâtiments bien proprement alignés, qui fument. Il y en a tellement des guerres, pourquoi pas contre un virus. Avec « ces héros en blouses blanches. »
La guerre, la mort s’en charge, et vice versa. Dans une guerre, il y a un ennemi qui a un ennemi. …Mais pourquoi je serais contre le virus ? Invisible ? On vit dans un monde où tous les ennemis se rendent invisibles. Toute la difficulté d’une démarche intellectuelle est d’ailleurs de mettre en forme, de donner corps, de trouver une série de concepts, pour rendre visibles et palpables ce qui n’apparaît pas, et peut-être déterminer au bout du compte si réellement il s’agit d’un ennemi, ou d’un leurre.
Le président a décidé que nous devions mener une guerre contre un ennemi invisible. Ça a semblé évident au « paysage d’idée ». La formule a été prise comme juste et allant de soi, les répliques critiques n’ont donc su que reprendre les termes mêmes et rester dans le champ lexical historique de la guerre, voire de nos guerres. Ainsi, on a pu lire « drôle de guerre », « mal préparée, sans armes », et le parallèle a été vite choisi avec l’embourbement français de la première guerre mondiale suite au départ des soldats la fleur au fusil. Il n’y a pas eu dans le paysage d’idée un recul face aux seuls mots employés, un à un :

« Nous sommes en guerre, en guerre sanitaire, certes : nous ne luttons ni contre une armée, ni contre une autre Nation. Mais l’ennemi est là, invisible, insaisissable, qui progresse. »

Tout le monde se concentre deux secondes, là, et relit ces phrases. Je veux bien qu’on ne soit pas capable à une première écoute de tout entendre, mais là, il faut relire. Se concentrer un instant et lire chaque mot, et bien appuyer sur son sens, essayer de voir comment les phrases s’enchaînent. Avec de l’entraînement, on peut, face à tel discours, et aussi grâce aux fautes qui n’ont pas été corrigées, par personne, malgré la multiplication du texte, exactement dire quel était son premier squelette, qu’est-ce qui a été inséré, quel bout de phrase a été retouché, quel mot a entraîné l’utilisation d’un autre plus loin, quel délire a fait courir le stylo (le stylo) sur le papier (le papier), comment et pourquoi des poids ont été rajoutés, qu’est-ce qui est boursouflure du dernier moment, qu’est-ce qui n’est que notes fournies par le préparateur de copie. Et même quelle littérature flotte en tête, un instant, qui inconsciemment conduit le rythme, quel fantasme, quelles images pathétiquement normées, quelle culture limitée et l’âge de cette culture.
Là, je voudrais juste, parce que c’est là, sans piège, c’est écrit et tout le monde l’a entendu, que pour chaque phrase, soit relevé quelque chose qui en trahit la fausseté et donc le vide et la dangerosité. Peu importe de ne pas savoir bien exprimer pourquoi quelque chose ne va pas, il faut juste se dire en lisant : d’accord, je cherche ce qui me met mal à l’aise. Je cherche à voir le mal, tout simplement. …Je sais, « juger », ce n’est pas un truc que notre siècle approuve, ni le dernier, depuis 68. Et c’est très bizarre, d’ailleurs, pour un temps où le pardon et la pitié n’ont plus cours. Autre chose : il n’y a pas à « traduire », il n’y a pas à chercher à dire « il a voulu dire », c’est un discours de président de la République, il n’y a pas de « versions » ou ni « d’interprétation », les mots sont les mots, les phrases sont les phrases, les phrases entre elles sont entre elles. Souvent, quand je tente l’exercice, on se met à m’expliquer la phrase, comme si je n’avais pas compris : on me fait un joli paquet, avec une étiquette. Par exemple, pour ce discours, j’ai eu dix fois le paquet « confinement » « qu’il dit pas mais ça veut dire ça ». …Ouais, mais ce n’est pas le problème. Pas de paraphrase pour sauver le sens. Il n’a pas besoin d’avocat mais de procureurs. On y va :

Celle-ci :
« Nous sommes en guerre. La Nation soutiendra ses enfants qui, personnels soignants en ville, à l’hôpital, se trouvent en première ligne dans un combat qui va leur demander énergie, détermination, solidarité. Ils ont des droits sur nous. Nous leur devons évidemment les moyens, la protection. Nous serons là. Nous leur devons des masques, du gel, tout le matériel nécessaire et nous y veillons et veillerons. » 

Et celle-ci :
« En restant chez vous, occupez-vous des proches qui sont dans votre appartement, dans votre maison. Donnez des nouvelles, prenez des nouvelles. Lisez, retrouvez aussi ce sens de l’essentiel. Je pense que c’est important dans les moments que nous vivons. La culture, l’éducation, le sens des choses est important. Et évitez l’esprit de panique, de croire dans toutes les fausses rumeurs, les demi-experts ou les faux-sachants. » 

Et celle-ci :
« Mes chers compatriotes, la France vit un moment très difficile. Nul ne peut en prévoir précisément la durée. À mesure que les jours suivront les jours, que les problèmes succéderont aux problèmes, il faudra, en lien avec les éclairages donnés par les scientifiques, des expériences de terrain, il faudra nous adapter.»

Et celle-ci :
« Les armées apporteront aussi leur concours pour déplacer les malades des régions les plus affectées et ainsi réduire la congestion des hôpitaux de certains territoires. »


Et celle-ci :
« Nous sommes en guerre, oui. Le pays accompagnera dans cette période les régions les plus touchées aujourd’hui comme celles qui le seront demain. »

Et celle-ci :
« Je vous demande des sacrifices pour ralentir l’épidémie. Jamais ils ne doivent mettre en cause l’aide aux plus fragiles, la pérennité d’une entreprise, les moyens de subsistance des salariés comme des indépendants. »

Et celle-ci :
« Beaucoup de certitudes, de convictions sont balayées, seront remises en cause. Beaucoup de choses que nous pensions impossibles adviennent. Ne nous laissons pas impressionner. Agissons avec force mais retenons cela : le jour d’après, quand nous aurons gagné, ce ne sera pas un retour au jour d’avant. Nous serons plus forts moralement, nous aurons appris et je saurai aussi avec vous en tirer toutes les conséquences, toutes les conséquences.
Hissons-nous individuellement et collectivement à la hauteur du moment. »

Dans le discours du lundi 16 mars 2020 :
6 fois « Nous sommes en guerre. » en début de paragraphe
Nombre d’occurrences du mot « combat » : 2
« armées » : pas « une armée » pas « l’armée », mais « des armées », « les armées » : 2
« armée (une armée, en tant qu’idée, non réelle)» : 1
« symptômes » : 2
« malades » : 1
« mort » : 0
« décès » : 0
« perte » : 0
« coronavirus » : 0
« SARS-CoV-2 » : 0
« COVID-19 » : 0

Dans le paysage d’idée, comme depuis toujours concernant les discours de Macron, il manque : son discours. Et pour le coup, dans son discours, cette fois, il manquait même son sujet, mais ça, encore, ce n’est même plus du tout le plus grave. C’est évidemment un discours de fantasme, qu’une analyse pourrait crucifier sur place, projeter dans la honte et, par pitié, faire qu’il inspire ( …encore) de la rage et du rire, le second empêchant le drame possible de la première. Mais c’est un discours hors sujet. Il pourrait être collé tel quel sur totalement autre chose. L’ennemi y est effectivement « insaisissable » et « invisible ».
Donc, incroyablement, il faut, intellectuellement, historiquement, conceptuellement, éthiquement, être de son côté, du côté de l’ennemi. Il faut défendre le virus, la mort, et les liens matériels et pratiques qui les unissent. Je sais que c’est un retournement qui peut être un peu pénible à ressentir et complexe à réfléchir. Mais si on ne soutient pas la vérité du virus : des gens vont mourir pour rien, le plus anonymement, si on ne se fait pas l’allié du virus, il va rester dans une dimension théorique, pratique, accessible à « n’importe qui » et qui continuera à faire bavasser Twitter et les médias, tandis que le virus, isolé, deviendra peut-être autre, et poursuivra une histoire qui restera inconnue donc dont les conséquences seront particulièrement difficiles à reconnaître.
Je l’ai dit déjà, mais c’est niais de ne parler que « des gens qu’on aime », à protéger. Et ceux qu’on n’aime pas, alors ? On en fait quoi ? On s’en fout ? On les dénonce ? On les crame ? En appeler aux liens d’amour, quelle que soit sa force, familial ou non, pour éveiller les consciences, en 2020, c’est une folie. Mais ne pas en appeler à la mort, et aux liens de mort, c’est très inquiétant. Est-ce qu’elle est vraiment là ? Et quelle est-elle encore, en 2020 ? La mort n’est pas la vieillesse, et n’est pas la faiblesse, elle n’est pas un cercueil, elle n’est pas une famille qui ne peut voir la mise en bière, elle n’est pas une image bizarre sur Twitter, elle n’est pas la com’ d’un paquet de cigarettes. Pourquoi la mort, en 2020, n’est pas appelée en renfort, en menace, en réalité, pour soutenir tout un procédé qui bouleverse la totalité de la vie du monde ? Quelle mort ? Pour quelle souffrance ? La mort de qui ? On parle de guerre, mais pas de mort ? On a un ennemi, et, lors d’une guerre, déclarée, affirmée, il ne tuerait pas ? Il veut quoi, alors ? Négocier un bout de terrain ? Démontrer le pouvoir d’une religion sur une autre ?
À force de tirer trop loin sur des images et sur leurs champs lexicaux, de se laisser embarquer par la sphère métaphorique de tel et tel terme, un discours passe d’hors sujet à incroyablement dangereux. Mais à force de ne pas vouloir entendre ce qui est dit et de seulement entendre ce qu’on croit avoir entendu, on fait que ce discours se pare d’une immunité historique qui demandera, pour être remise enfin en cause : une autre histoire, donc du temps qui passe, faits d’autres événements. Ne jamais, depuis des décennies, s’arrêter uniquement à ce qui a été écrit, fait, dit, mais persister à tout interpréter, c’est à chaque fois décranter l’Histoire et s’enfoncer dans une fiction. Et ça ne sert à rien de croire que « ça va passer », ou de se persuader bien naturellement que, si, si, on est en train de vivre un temps qui deviendra de l’Histoire. Non, nous sommes en train de vivre un temps par défaut dont le manque de vérité va devenir tel qu’il sera insupportable à vivre, et dans lequel la mort même n’aura plus aucune valeur : on s’en foutra. On se foutra de la mort, de la sienne, de celle de quelqu’un dont on ne saura plus vraiment si on l’aime ou pas. Ça ne sera évidemment pas si brutal, si net, si évident, dans toutes les consciences, mais le désengagement sera manifeste, il sera sans recours, tout manquera pour l’empêcher.
Arracher le sens à un mot en dehors de la poésie, nier l’insensé d’une parole publique, refuser l’analyse crue, lexicale, sémantique, grammaticale, de ce qui est avant tout lexique et grammaire, faire sans valeur jamais, sans poids, sans portée, et se borner à ne comprendre que ce qu’on peut comprendre sans même plus reconnaître ses propres limites, sans même plus supposer que le champ soit bien plus vaste que le seul petit bout qu’on est capable de discerner, uniquement parce qu’on a sa propre parole et ses propres idées à faire passer : c’est vraiment prendre l’Histoire pour une conne. Et, à partir de là, c’est haïr les gens, tous, dont ses propres enfants.
L’Histoire se fait dans la masse, dans le « n’importe qui », dans le paysage d’idées : il y a bien des guerres, de telle à telle date, et des populations entières les franchissent. Mais ensuite ? L’Histoire ne garde pas, individu par individu, chaque heure en mémoire, chaque pensée, personne ne fait ça même pour lui-même. L’Histoire va demander une logique argumentée : qu’est-ce qui m’a conduite à être appelée, sur telle période, guerre ? Pourquoi « guerre » ? Quels sont les actes, quels sont les mots, quelles causes, quelles conséquences ? On ne laisse pas un peu de temps avant de réellement se mettre d’accord sur l’Histoire pour rien : elle ne peut pas tout dire alors qu’elle est en train de se faire, sinon, elle serait autre, sinon, depuis toujours, l’Histoire n’aurait été qu’un grand ajustement de l’erreur commise la veille, elle n’aurait été que progrès. L’Histoire va pour être qualifiée demander expressément ce qui a manqué dans le paysage connu d’elle-même. Il faudra qu’elle justifie qu’on appelle « ennemi » celui qui aura perdu, par exemple. Et si elle veut être unique aux yeux du monde, il faut que cet ennemi reste à jamais l’ennemi. Il y a x instants, dans l’histoire, où le futur ennemi n’était pas ainsi considéré dans le « paysage d’idées », on le sait tellement bien qu’on dénonce à tort et à travers l’émergence de nouvelles dictatures et nouveaux dictateurs, pour se prémunir, justement, de la honte planétaire et de cette question insupportable : « comment personne n’a rien vu venir ? »

C’en est à un point, d’ailleurs, que, finalement, notre paysage d’idées, en ce moment, se fait un devoir de débusquer ce qui manquerait et qu’il croit n’être plus que ça, même. Il se croit une avance, une vision, une justesse, une grandeur, et même un certain génie. Au pire, il a foi en son bruissement, en son nombre, en sa multiplicité : avec un tel filet, rien ne peut être oublié, rien ne peut passer à travers les mailles, on racle jusqu’au fond et même trois toises en dessous. Le paysage d’idées est persuadé qu’à lui seul, rassemblant autant, si futé, si prévenu, si vigilant, il ne peut pas manquer ce que l’Histoire un jour pointera : c’est impossible puisque toute la journée il rabâche le champ lexical terrible « dictateur », « autoritaire », « monarchique », et la farandole « capitaliste ». Il est en avance sur l’Histoire, et si elle devait se produire et livrer des conclusions, personne ne serait surpris. On est tout de même drôlement plus malins qu’en 39, dites donc. Hein ?


À demain ?

(Cet article est en deux parties, la suite demain.)
MERCREDI 18 MARS 2020
[Présentation sur YouTube]
📍Chers Abonnés 🖤 

Ohlala, il va quand même falloir que je trouve le temps de mettre puck.zone à jour, moi. Et la page facebook. Demain. Ainsi que le site de cenacle2020.com. C’est distancé mais sûrement pas abandonné.
Vous savez que de toute façon, quelque part, la série CORONA PROPAGANDA va aborder les mêmes concepts et thèmes que les PUCKs ou les INKTOBER, mais en les abordant encore une fois par un autre versant. Le différence, peut-être, c’est que je vais faire monter un « je » dans les articles, histoire de préparer le suite globale, qui devra quand même trouver un acheteur, ou un mécénat, ou je ne sais quoi.
Mais le « je », n’est pas le mien, il est partagé avec mes personnages, et avec vous. Je vous mets toujours à part.

Allez, la suite demain !
 
Claire
CORONA PROPAGANDA | MACRON ET LE TEXTO DE LA MORT (2e partie). 3/X


« Nous sommes en guerre contre l’insaisissable et l’invisible » donc pas le coronavirus, visible et saisissable par la science. Macron a été salué par l’international pour avoir parlé en « chef de guerre ». L’État fictionnel est validé. Ok. Alors, dans ce cas, je précise que je suis la nouvelle élite qui a déclaré réellement la guerre, contre quoi, pas besoin de le dire, mais je suis l’ennemie.*

Cet article est en deux parties, voir CORONA PROPAGANDA | MACRON ET LE TEXTO DE LA MORT (1ère partie)

(Le mot « guerre » a été utilisé aussi par le préfet de police de Paris « Nous sommes en guerre, le front est entre chacun de nous. » Chacun est donc l’ennemi de chacun ? Parce que le front, c’est pas l’ennemi, hein, faut le savoir, mon p’tit gars. Mais bon, ça doit être un détail. Moi, ça me va d’être l’ennemie de tout le monde, j’ai l’habitude. Allez, trooop cooooool, on y va.)

Le mot « guerre » : soit il est utilisé dans le cadre du réel, soit dans un cadre métaphorique. Sachant que le second est illimité. Si un chef d’État utilise le mot « guerre » et qu’il va rythmer, pour son seul plaisir personnel d’enfant jouant, pour son seul fantasme d’adulte immature, pour son seul délire de Pouvoir totalement anachronique, son discours de formules et d’un champ lexical qui ne cessent plus de faire basculer le mot de « guerre » du côté du réel, c’est à ceux capables de manier intégralement l’espace métaphorique de la guerre d’attaquer.

Je voudrais revenir sur cette phrase de l’allocution du lundi 16 mars :
« Nous sommes en guerre, en guerre sanitaire, certes : nous ne luttons ni contre une armée, ni contre une autre Nation. Mais l’ennemi est là, invisible, insaisissable, qui progresse. »
Le « certes », vient déplorer que ce ne soit qu’une guerre « sanitaire », il n’y a pas d’autre sens, ne cherchez pas : c’est le regret de devoir donner un bémol à ce grand et beau mot de « guerre » de « vraie » guerre, de guerre tout court, celle du réel, qu’un adolescent rêve de vivre. Le mot « certes » sert aussi de charnière. Suivi d’un point, il ne peut faire partie d’un discours présidentiel, de toute façon. Suivi d’un point, il ne survivrait qu’à l’écrit ou dans une conversation :
« Nous sommes en guerre, en guerre sanitaire, certes. »
«  – Nous sommes en guerre.
– En guerre sanitaire, certes. »
Mais ici, le « certes » appelle un « mais ». Toute la France, au moins 35 millions, a déjà compris que le mot « guerre » était utilisé dans un sens métaphorique. 35 millions ! Qui n’ont pas tous le bac ou un doctorat en lettres. Alors que vient foutre là la double explication derrière : « nous ne luttons ni contre une armée, ni contre une autre Nation » ?
Non, mais sans déconner ?
Qu’est-ce que ça vient foutre là ?
Ça, ça sert à alourdir le mot « guerre », par défaut, et c’est une trahison de ce qui se passe dans le petit cerveau adolescent du président qui roule tout seul, tout contrit que la guerre ne soit que « sanitaire » et qui trépigne dans sa phrase. Et tout le discours sera comme ça, horrifiant de transparence à propos du mental d’une seule personne, de ses incroyables limites psychologiques et de son incapacité totale à les dissimuler. Le problème n’est pas cette personne-là, c’est la masse critique en face qui ne parvient pas à s’unifier pour ou faire silence et l’isoler par ce silence, ou attaquer dans le texte même et qui n’a plus les moyens, parce qu’elle les a supprimés, de juger, ne serait-ce que dans le choix des mots et l’articulation des phrases.

Là, les 35 millions vont s’en foutre, sans doute ? Parce qu’ils ont cru écouter un discours du chef de l’État : ils ont voulu entendre un sujet, des directives, des décisions. Ils ont eux-mêmes, aussi vite que c’était dit, réécrit les phrases, ils ont laissé tomber ce que, peut-être ils comprenaient à peine. Ils ont retenu ce qu’ils voulaient et pouvaient seulement. Ils ont vu où était leur intérêt, ils voulaient savoir comment ils devraient se comporter, comment souffrirait leur vie commune, leurs finances, ils étaient à peine concernés par leur santé même, mais ils ont écouté ce qui les concernait. Ils les intéressaient de savoir si une case avait été prévue pour eux, dans quelle file ils devraient moralement se ranger.
C’est normal, c’est le « paysage d’idées », c’est une réception de discours tout à fait standard.
Bon, alors, je fais partie des 35 millions, en retard, parce qu’étant donné que je ne tolère même plus la voix du président, je ne fais que lire les intégraux des textes, plein de fautes. C’est vraiment bien, les fautes, ça donne un côté toujours en live, comme ça. Non, vraiment, j’insiste : le cumul des fautes, même dans les trucs les plus officiels publiés par l’Élysée, c’est magique. D’abord, ça me fait rire. Ensuite, c’est une dénonciation fascinante de l’état d’incurie administrative et culturelle de toute une équipe, et de son impunité.
Bref, je fais partie des 35 millions, mon job, c’est justement, intellectuellement et conceptuellement, d’être chercheur au niveau de l’invisible et de l’insaisissable, le trouver, le décrire, et proposer des traitements. Je suis auteur conceptuel, donc profession libérale, je me fous donc un peu des lignes de rangements sociétales. Je déclare des déficits depuis presque toujours, et je n’ai aucun lien professionnel avec personne. J’ai fait le choix de reculer de la société et notamment de ses sphères culturelles, avant qu’elles ne me massacrent. Je suis en retrait de presque 100% de ce qui fait une vie assez commune. Je n’ai pas de famille à charge, et, pour le coup, je suis immunisée contre ce drôle d’amour qu’il semble que nous partagions tous à veiller les uns sur les autres. Le confinement, c’est un peu mon quotidien depuis des années. J’ai payé presque de ma vie ma liberté intellectuelle et j’ai, à la demande, toutes les preuves les plus magistrales, pour la démontrer particulièrement rarissime et d’autant plus agressive pour sa survie. Donc je vais recevoir le discours, constitutivement et exhaustivement, en tant qu’esprit critique libre quasiment désincarné. Je ne peux pas, sous prétexte qu’il s’agit d’un discours présidentiel, me glisser dans la peau de la masse. Je ne crains rien contre le poids de la masse, contre l’unanimité. Je sais tenir debout à côté d’elle et continuer à ni voir ni entendre la même chose qu’elle. Alors, à moi seule, que me disait ce discours ?
D’avoir peur de la masse et de son unanimité. D’être terrifiée par son inertie devant la déclaration d’incompétence infantile de la présidence. Et d’être figée d’angoisse devant l’esprit face à moi, par pour lui, mais pour la place qu’il occupe, ses causes et ses conséquences.

Ce n’est pas parce qu’à nouveau exhaustivement je peux expliquer pourquoi Macron est président sans qu’un seul de mes arguments ait quoi que ce soit à voir avec toutes les versions qui ont été données, qu’il ne continue pas de me terroriser et que l’absence de formation du seul ennemi possible contre telle position, tel contenu, ne continue pas de me faire réfléchir. Savoir ne résout rien, même pour soi, ça ne calme pas, ça ne fait rien mettre de côté, c’est invivable et ça continue de l’être. Ce n’est pas parce que dans tout ce que j’ai pu dire depuis un loooooong moment, je persiste à ne pas tenter de séduire la compréhension large en utilisant ce qu’elle veut ou peut seulement entendre, que mes propres arguments de lutte contre ce qui est en train de se passer en France n’ont pas une dimension largement plus importante que de savoir où en est son PIB et que bouffent vraiment les gens qui touchent le RSA, et ce n’est pas parce que je suis capable d’ignorer totalement le virus, la crise sanitaire, même internationale, que ma propre bataille n’a pas droit de cité très exactement ici et aujourd’hui et qu’elle ne pourrait pas, au niveau historique, dépasser infiniment celle que le monde croit mener en ce moment.
Et puisque tout le monde n’ose l’avouer mais doit s’ennuyer très sérieusement, puisque son corps a été mis à l’abri et qu’il semble que ce soit tout ce qui importe à chacun, alors peut-être que ce serait le moment d’aller à peine plus loin au niveau de la réflexion, et de pousser un peu les pouvoirs du truc spongieux qu’on appelle cerveau qui, a priori, n’a pas été confiné, lui, et ne peut l’être.

Certains rêvent être face au président pour brailler un nouveau plan économique, expliquer la faillite de trop de privatisations, le retour de Chine de la caravane de la sous-traitance, et défendre preuves à l’appui chaque créneau sociétal, qu’il soit professionnel ou concerne la survie de famille entière. Ça fait des mois et des mois et des mois que beaucoup de monde a fait tout ce qu’il a pu, dans un registre de contre, pour obtenir ce face-à-face, par des manifestations, évidemment, par une déferlante d’actions, de tweets, de vidéos. X para-médias sont nés tous ayant choisi un champ ultra-restrictif de lutte en privilégiant l’activisme, qu’il soit de gauche, de gauche dur, philosophique ou même écologiste. On a vu les cygnes de l’Opéra protester en tutus, la Comédie française jouer à la fresque vivante à ses fenêtres, relayer, sans les considérer un instant, des ouvriers tendus de bannières devant leurs usines.
Il n’y a eu aucune unification, et tant mieux, tellement, si elle avait lieu, elle serait le résultat d’un lissage de la colère, d’une répartition de la protestation, et qu’elle en détruirait l’essence. Je suis pour le manque d’unification et il était bénéfique dans le mouvement Gilets Jaunes : il fallait qu’il reste historiquement ce qu’il était. Son organisation l’aurait rendu inutilisable pour la suite et pour lui rendre hommage. La France s’est rêvée bloquée pour que Macron cède et parte, et Macron vient de démontrer que lui seul avait ce pouvoir-là, de blocage. Aucune démonstration de contre n’a été suffisante pour qu’il la considère un ennemi digne de lui et qu’il ait à se battre. Personne, encore, à présent, ne l’a poussé à déclarer sa faiblesse parce qu’il est en position de mettre tout le monde en état de faiblesse et se préserver de montrer la sienne. Ça a craqué partout, ça s’est suicidé, ça a été tué, ça a marché, rudement, crié et chanté, chorégraphié, la mitraille du contre a été continue dès le moment où quelques-uns ont retrouvé la parole. Résultat ? Rien.
Tout contre en est aujourd’hui à attendre la faveur de l’événement pour pouvoir rebondir, le roulement de fond s’est épuisé sur lui-même parce que c’est ça qui a été fait, pas voulu, mais fait. Obstinément, on a opposé aux divers contres, un immobilisme, une non-écoute, un non-dialogue. Les contres ont cru qu’il s’agissait d’une manœuvre, que cette position était réfléchie, ils ont imaginé un « ennemi », et imaginé sa « stratégie ». Et ça peut se comprendre, sinon, c’est le désespoir qui gagne, teinté d’humiliation. Lutter et comprendre que personne ne s’est jamais préoccupé de cette lutte, c’est terrible. Regarder son bras où une main manque et que ce soit pour rien ?
Les contres ont créé l’événement, ils ne se sont pas aperçus réellement qu’en restant l’événement et seulement l’événement, leur sujet, leur cause, leurs causes, et leurs conséquences, leur fond même étaient ignorés. En ce qui concerne le mouvement des Gilets Jaunes, pendant un an les médias ont titré inlassablement, de près ou de loin : « Qui sont les Gilets Jaunes ? » Et sinon ? …Rien.
Les nouveaux médias, hors mainstream, qui ont voulu « soutenir les événements », à défaut de quelque chose qui ait une existence propre à faire jaillir une autre ère (dont ils rêvent, eux aussi, par fantasme, ce qui la rend, du coup, improbable, alors qu’elle pourrait effectivement exister), pour passer cette question inlassée de « Qui sont les Gilets Jaunes ? » ont décidé qu’il s’agissait du « peuple. » Ça a bien plu au peuple, du coup, qui s’est senti à nouveau reconnu. Et une fois que ce mot de peuple avait été prononcé, hé ben, y avait pas trop l’choix, fallait que tout colle au pôple, donc les idées aussi. Puisqu’apparemment, même ceux qui le soutiennent, jugent qu’il est trop con pour comprendre autre chose que ce qu’il a démontré en foirant son brevet. En un an, les nouveaux médias se sont donc précipités dans une impasse intellectuelle. Ça a été très impressionnant. Dans le « paysage d’idée », il suffit d’aller lire les tweets de leurs représentants, tous munis d’un doctorat ou d’un autre, et de voir à quel point ils ont dégringolé dans l’attaque vulgaire, dans le délire historique, l’anachronisme, et ont appris un « parler routier », il semble, dont ils sont très fiers. C’est réellement lisible, et ils ne regrettent jamais leurs mots, ni même en rient comme les jeunes de Twitch le dimanche matin à relire ce qu’ils ont tweeté la veille. Non, le sérieux se maintient, de plus en plus crotté et le marteau en main, en marcel, avec un gilet jaune dédicacé d’un peu de sang. …Enfin, moi, ça me fait rire, mais ce n’est pas drôle : une bande de docteurs en ci et ça n’a pas vu ni l’instant où ils allaient enfermer une partie de la société dans un registre même pas historiquement dépassé, mais qui n’a jamais eu lieu, d’une façon parfaitement méprisante, ni qu’ils étaient, eux aussi, hors sujet, ni, par là, qu’ils allaient redevenir dépendants de l’événement. Ils ne se sont jamais coupés du Présent.

Dès l’apparition à Wuhan de l’information « coronavirus », le paysage d’idée a révélé que les premiers vrais articles, les premières réactions, la première peine de l’abandon face au risque venait …du milieu de l’art. La première économie qui s’est inquiétée de la menace du coronavirus, c’est le marché de l’art. La foire internationale Art Basel Hong a périclité. Les acheteurs n’ont pas afflué, les conséquences ont été évaluées. Le milieu est tout petit, c’était simple à faire. L’art lui-même, la culture, a mis son masque et s’est lavé les mains, il semble, il n’y a pas eu de retour de sa part, ou je ne l’ai pas trouvé. Depuis plus d’un an, en France, comme d’habitude, la culture était visionnaire : elle a un masque et se lave les mains, de façon officielle ; dans son extension intellectuelle, il y a un an exactement, le « grand débat des idées » mettait à terre, définitivement pour moi, ceux qui se considéraient d’une élite intellectuelle. Déjà en mars l’année dernière, ça n’a pas gêné grand monde. Je me suis bêtement acharnée des mois, voire un an, voire encore là, en ce moment, à faire mon alerte à moi, aussi, à ce sujet. …Qu’est-ce que je dis, des mois ? Non, ça fait des années que j’alerte ! Putain, c’est fou comme le temps passe, tiens. « Nous sommes en guerre. » a répété 6 fois le président de la République, (c’est depuis « J’écris ton nom », d’Éluard, ou « I Have a Dream » de Martin Luther King, ça fait des dégâts, la répétition…), mais en mai dernier, c’est la culture qui répétait « Nous ne sommes pas dupes ! », dans une bafouille minable postée chez Libération et signée par une bande d’illettrés. Et depuis, à part un clapotis metoo, rien. Moi, je suis à fond metoo, toome, temoo et motee, d’ailleurs j’ai proposé qu’on ne dise plus que Ture et pas Culture, tellement ça porte à confusion, surtout avec tout ce qu’elle produit depuis 60 ans. …J’ai dit que je n’étais pas féministe ? J’aurais peut-être dû le dire avant, zut. Ben, je le dis maintenant. Et d’ailleurs, c’est incroyable le nombre de portes que les femmes arrivent à fermer devant soi une fois qu’on a dit ça. Suffit jamais, jamais, jamais d’être une femme alors, faut être une iste. Enfin, c’est pour dire : le contre n’a plus, avec lui, celui de ceux qui tiennent l’art à la gorge depuis longtemps. Ça a été compris avec tristesse par le pôple : fini l’engagement, fini le feu, la guitare et les moustaches, fini Here’s to you, Nicola and Bart et l’agonie n’a pas été un triomphe et rien ne restera jamais au cœur.

Alors, qui, face à Macron ? Et pour quoi ? Maintenant, on va peut-être pouvoir se poser la question, on n’a plus que ça à foutre et pas besoin d’attestation pour ça. L’économie ne peut rien, les assemblées politiques ne peuvent rien, ni françaises, ni internationales, les manifestations ne peuvent rien, les morts ne peuvent rien, les vivants non plus, quelque part aucun média, et un putain de virus non plus.
Toutes les tables ont été dressées, il n’a jamais paru. Il n’a daigné s’asseoir qu’à celle qui lui donnait le rôle de Jésus devant les docteurs, ou celle où tout un parterre de presse n’avait plus qu’à rendre sa carte pour incompétence.
Si on veut bien se projeter un peu plus loin, on peut admettre que même si l’élection présidentielle suivante mettait quelqu’un d’autre à sa place, il serait toujours là parce que le problème n’a jamais été Macron, c’est ce qui l’a mis en place et qui a créé, à part (et encore) le virus, 100% de la situation actuelle. Dès lors que les phénomènes qui, historiquement, ont conduit à ce 2020, à aujourd’hui, sont non dénoncés, non analysés, et continuent de progresser il n’y aura jamais de rémission, jamais. Une histoire, et pas l’Histoire, continuera de dériver dans un surplace mortel.
Tout est dans ce petit problème : confondre le front et l’ennemi. Le préfet de police de Paris confond mais pas pour rien : tout ce qui ressemblait à un rassemblement marchant et sans doute de manière criante et musclée a été jugé, depuis plus d’un an, « ennemi », alors que c’était uniquement un rassemblement allant vers un front, son front, son propre front à l’intérieur d’une démocratie. Entre deux fronts, il y a un espace qui peut devenir un champ de bataille ; dans une démocratie, il n’y a plus besoin de deux fronts, et l’espace devant un seul front, l’espace déterminé par la constitution de ce front, doit être comblé par des arguments, des discussions. Quoi qu’il en soit, dans cette disposition, il faut que l’État lui-même aille au-devant du front, sans, d’une part se constituer lui-même en front, et évidemment sans qu’il se définisse « ennemi », puisqu’il sait qu’il ne peut pas faire ça à l’intérieur de lui-même et de sa démocratie ; il ne peut pas se définir « ennemi » d’une partie de la population, c’est un non-sens, à moins que cette population devienne l’ennemie de l’État tout entier et donc de tout le pays. Pour éviter la discussion démocratique, il fallait faire établir à tout le pays que les Gilets Jaunes étaient son ennemi et que le pays lui-même demande à l’État de réagir contre eux ; de toute la France, les seuls qui ont demandé haut et fort à l’État de former un front et de réagir contre les Gilets Jaunes comme face à l’ennemi, ce sont les intellectuels.
C’était infaisable, donc l’État a biaisé : il a dit « d’accord, j’admets que je dois aller au-devant du front », il a créé le dialogue avec la grande illusion du « débat » avec toute la population, sauf les Gilets jaunes, tandis qu’à côté il chargeait sur les Gilets Jaunes qui immédiatement ont répondu en chargeant. Un champ de bataille réel d’un côté, rendu incroyablement anecdotique, un dialogue démocratique de l’autre et l’État a gagné puisqu’il parlait à lui-même : il n’y avait effectivement pas de front face à lui, …parce qu’il n’y en avait jamais eu. Le mouvement Gilets Jaunes a bien saisi la manœuvre, mais elle n’a jamais été démontrée et dès qu’il a commis l’erreur, de toute façon, de perdre son statut de front pour devenir lui-même le lieu de la bataille, c’était fini. Dès que les petits médias le soutenant se sont trompés aussi et ont accéléré par tout un vocabulaire et une imagerie terrible en appelant jusqu’au nazisme, la décision que l’État était « l’ennemi », avec son front noir de policiers, le mouvement Gilets Jaunes était condamné à, en miroir, devenir celui de l’État et il n’a pas lutté contre ça.
À sa décharge, il était si peu et si mal soutenu qu’il ne pouvait pas se maintenir longtemps sous forme de front, et ses propres rangs avaient une hétérogénéité qui ne pouvait pas longtemps tenir sans être au moins encadrée d’un discours conceptuel. Porter le même uniforme ne suffisait pas. Même dans son positionnement physique à remonter les boulevards ou assiéger les ronds-points, le mouvement ne pouvait se faire figure de front. Tout ce qu’il a assez bien vu de lui c’est plutôt qu’il tenait un siège, mais il n’a pas vu l’instant presque simultané où c’est lui qui était assiégé. Et hélas, par lui-même.
Le mouvement Gilets Jaunes est un mouvement extrêmement complexe, parce qu’il est contemporain, et que seul le passage de l’Histoire va pouvoir le simplifier et lui donner ses raisons réelles, ses causes réelles. Ce mouvement, sans l’appui de la culture et des intellectuels qui auraient dû être les seuls à pouvoir le maîtriser et le protéger d’une coque conceptuelle, le faire embarquer, aussi hétérogène était-il, dans le même bateau et en ne gardant qu’un seul gilet jaune comme pavillon, était perdu dès sa troisième semaine, dès la première fois que le titre « Qui sont les Gilets Jaunes ? » était apparu ou l’autre, grand classique aussi : « Allons à la rencontre des Gilets Jaunes ». C’est même l’un des derniers articles du genre, paru dans Libération à la fin de l’été, qui démontre à quel point le mouvement a été ravagé par l’absence d’un bouclier intellectuel : son titre était « À la rencontre des derniers Gilets jaunes » et pour en décrire « une », dans l’article, deux mots étaient utilisés, une description physique, « jeune et tatouée ». Pour un chien de la spa, on en dit plus dans n’importe quelle annonce.

Alors qui, face à Macron ? Ceux capables de manier intégralement l’espace métaphorique de la guerre, de détecter un anachronisme et démontrer en quoi tel événement est freinant dans le présent même, de prendre la défense de ceux incapables d’accéder à leur propre concept, ceux libres des cadres imposés par les médias mainstream et para, capables de faire sécession avec la culture actuelle, et ceux capables de décrire l’actuelle configuration sociale.
Quiconque soit exactement ce qui manque dans le paysage des idées, à cette seconde. Et ceux-là sont la nouvelle élite.
C’est sans choix, c’est inexorable. Toutes les autres formules de contre ont échoué : soit exterminée, soit abandonnée à elles seules, soit conduites par elles-mêmes dans des impasses. Au mieux, chaque formule ne peut que rentrer en répétition, avec usure assurée, à l’intérieur d’un paysage d’idée total qui se renouvelle sur lui-même sans variante chaque seconde. L’espace démocratique est prisonnier de son propre espace démocratique, il ne peut que se répondre infiniment à lui-même. Il est impossible dans cette configuration de monter un front, de se désigner un ennemi. La seule chose possible et que le président a démontré faisable : c’est l’immobilisation physique, elle ne peut être demandée que par le haut, celle demandée par le bas a échoué totalement. Elle ne peut aussi avoir lieu que sous la pression d’une mise en danger.
Une nouvelle élite peut « réfléchir » ce constat et lui apporter une raison. Le virus donne l’occasion inespérée, comme l’a été un temps le mouvement Gilets Jaunes, et comme il l’est encore, « inespéré », de pouvoir observer dans le plus grand calme le paysage, comme un jeu, pour trouver ce qui y manque. Pour l’instant, l’immobilisation physique révèle aussi une immobilisation psychique. On se borne à ne penser qu’au confinement, à regarder les informations, et entendre des chiffres qui ne correspondent pas tout à fait aux annonces des journalistes : « devant l’ampleur de l’épidémie », journalistes qui doivent à présent démontrer l’état de guerre. Et s’y emploient avec ferveur, évidemment.

Si j’avais Macron face à moi, je lui demanderais de justifier l’ajout, après « nous sommes en guerre », de son « certes », et ensuite de l’explication « Nous ne luttons ni contre une armée, ni contre une autre Nation. », une phrase entendue par 35 millions de personnes. Je lui demanderais au nom des 35 millions, pour commencer.

…Ensuite, je lui demanderais comment va Vésuve de Brekka.

Ça n’arrivera pas, mais en attendant, qu’il l’entende :
Si, nous sommes en guerre, et nous sommes l’armée, et nous sommes l’autre Nation. Nous sommes aussi en 2020.



À demain ?
JEUDI 19 MARS 2020
[Présentation sur YouTube]
📍Chers Abonnés 🖤 

Bon, vous savez que ces articles sont aussi postés sur mediapart… Je ne sais pas si ceux qui les recommandent, (au nombre de Tinliiiiiin : …………        2), viennent aussi de PUCK YouTube ou facebook, ou sont uniquement sur mediapart. Toujours est-il que j’ai eu aujourd’hui une demande de contact via mediapart, qui comme les autres avant elle, vient d’un cinglé. J’espère que c’est parce qu’ils cliquent tous un peu au hasard, parce qu’il y aurait vraiment de quoi s’inquiéter. Heureusement que vous êtes là pour me persuader que je n’attire pas que les fous, les hallucinés et les complotistes, par mes discours.

Allez, la suite demain !
 
Claire
CORONA PROPAGANDA | ENNEMI COMMUN. 4/X

Mais que c’est beau, que c’est grand, que c’est trop coooool d’arriver à caser dans le même titre : Histoire, Humanité, Première fois, Ennemi commun !!!! Ça n’arrête plus, là. Va falloir sérieusement penser à agrandir la cave du Panthéon, parce qu’y en a beaucoup qui se voient déjà morts grands auteurs grâce au virus. Toto, sers-toi contre le mur. (Moi, j’ai le droit d’appeler Victor Hugo, Toto.)*

( …Attendez, juste un truc avant de commencer. …Je me rends compte d’à quel point je suis à la ramasse, dans cette histoire, avec mon public Dream Team. Y a une romancière qui va tenir son « journal du confinement » « C’est comme être la Belle au bois dormant », relayée par Le Monde « tous les deux ou trois jours » …j’ai pas compris en lisant ça, d’ailleurs, un journal tous les deux ou trois jours, c’est… enfin, bref, et des poètes qui tweetent pour qu’on aille lire leurs poèmes dans un Libération des écrivains. Ouhla. Ooooouuuuhlalalalalala. J’ai bien pensé dès le début que les maisons d’éditions allaient crouler sous les coronamanuscrits, et que la pandémie du témoignage lettré mutant quiconque en apprenti auteur serait encore plus terrible que le jour d’avant l’apparition du virus où l’épidémie était déjà exponentielle depuis 30 ans. Je vais avoir un mal fou à survivre dans un monde où chaque caissière ou infirmier sera un héros dont la bravoure est louée avec une émotion magnifique et avec grâce sur les réseaux, et où quiconque aura appris à écrire à l’école prétendra à la prose ou aux vers. …Ça va être mon anonyme aristie, cette connerie. C’est d’un niais ! Mais merde quoi !)


Il y a un des articles du genre « Histoire, Humanité, Première fois, Ennemi commun », d’ailleurs, paru dans le journal de droite, où il y a deux fois le mot « incontinent ». Y en faut, je vous le dis, pour caser ça, dans un texte qui rigole pas, évidemment, vu qu’on parle du coronavirus. C’est pas qu’incontinent veuille pas dire autre chose que ce qu’on pense d’abord, hein, bien sûr. Voire c’est plutôt, dans ce cas, un mot d’un registre assez soutenu, ben oui. Mais bon, comme on nous cause en ce moment que de vieillards de plus de 90, 92, 95 ans qui meurent du virus, dites, dans des EHPADs, (…enfin soi-disant, vu que personne n’aura vu les corps dans les cercueils), le mot « incontinent », on a un peu de mal à lui faire garder sa définition de démesure. On voit plutôt un truc qui peut plus être retenu… Un peu comme le lyrisme histrionaire aigu de Macron, quoi. Et même si on se retient, nous, parce qu’on peut encore, de lire « incontinent » comme ce qu’on penserait d’abord sinon, …ben, le fait qu’il soit deux fois écrit dans le même texte, c’est une vraie épreuve. …En plus, c’est le « tourisme de masse » qui est dit « incontinent ». …Alors, de là à penser à la tourista, y a qu’un pas. Et ensuite, c’est un procès qui est dit « incontinent ». Le « procès du keynésianisme et de l’État-providence par les 30 dernières années ». …Hé ben, il est « incontinent ». C’est pas évident, pour les ultravisuels, de lire ça, je vous le dis. Mais je suis quand même arrivée à voir le procès avec une couche. …C’est une épreuve. Vraiment.

Y a aussi deux fois « en mode ». Ça, c’est un virus de langage, « en mode ». Je ne supporte pas trop. Et ça pète un peu la grandiloquence. Y aurait plus manqué qu’il soit écrit « en mode incontinent », tiens. Excusez-moi de vous faire rentrer assez brutalement (cessez de penser à ce que vous pensez !!!!) dans une certaine face de la littérature française contemporaine, mais… Enfin, …que dire ? Bon après, il y a des passages plus …comment dire, plus… moins… Enfin, par exemple :
« Les scènes observées ces derniers jours, sont tout autant marquées du sceau de cet individualisme qui est le délétère symbole de l’époque, que de l’irresponsabilité d’un grand nombre de citoyens. »

Alors, ça, mais ça, mais c’est pas possible, ça. Ça, mais moi, je l’dis tout l’temps ! Les gens, y pensent qu’à eux. Qu’à eux ! Tu parles. Y s’en foutent que les autres crèvent, va. Y vont dans les parcs ? Hein, tu les as vus, dans les parcs aux infos ? Comme des cons au soleil, comme si y z’avaient jamais vu le soleil, hein ? Tu parles d’un spectacle quand t’es mort, va !

Mais je suis bien d’accord, l’individualisme, c’est un symbole délétère de l’époque. Ce n’est pas ça que l’auteur a voulu dire, il a voulu dire que l’individualisme était délétère, voire l’époque, je sais bien, mais zoup, il n’a pas vu qu’il le collait à symbole et que du coup, il disait que le symbole lui-même était néfaste, corrompant l’esprit.
Ce n’est pas le seul passage où la surcharge de vocabulaire bousille le sens, ou le duplique et donc l’annule, et dénonce ainsi un manque d’esprit scientifique dans l’écriture. C’est forcément assez « insaisissable » et « invisible » pour les lecteurs, parce que, encore une fois, comme dans les speeches écrits et oraux de Macron, ils vont foncer dans ce qu’ils croient le sens, et interpréter avec naturel le « vouloir dire », ils vont spontanément traduire, être abusés par la présence de mots et de constats historico-économico-philosophico-politico-sociaux, par le balayage si vaste qu’il semble faire un scan du monde total et presque pour le futur, qu’il donne la sensation que l’auteur domine non seulement son sujet mais la planète. Les lecteurs ne verront pas que l’auteur est paralysé dans les propres minutes de sa prose, qu’elle est marquée par la tendance, que tel texte ne survivra jamais, qu’il ne dit rien du tout, qu’il n’existe pas, et qu’encore une fois, le virus y est un prétexte, mais ce n’est vraiment pas le plus grave.

On en est à écouter toute la journée parler d’un truc qui au mieux ne peut être compris que par une très faible part de la population et sinon, dans le pire cas : subi. On dirait qu’il n’intéresse pas forcément les masses d’avoir les détails de la maladie, elles se bornent à de grands descriptifs et des chiffres, les deux très flous, agissent avec ce sujet comme elles lisent et entendent et vivent la minute de son information comme inédite, alors qu’à 99,99%, non seulement elle ne l’est pas, mais elle-même est sans aucun fondement et même pour une terrible partie : fausse et si incomplète qu’elle est révoltante et ce depuis (et particulièrement parce que Wuhan en « Chine »), Wuhan. C’est une attitude des masses qui est parfaitement décrite dans la littérature et depuis des siècles. Il n’y a rien, mais alors rien, qui fasse exception, nulle part. Raison de mes bémols, toujours, quand je pars en chasse critique : je n’accuse jamais, jamais, la masse, jamais. Je la considère innocente d’elle. Je dis très rarement « les gens, ils », et encore plus rarement avec sérieux. Innocentes, et même victimes, je persiste à voir les sociétés ainsi et à définir qu’il y a un vide entre elles et elles-mêmes, qui, par contre doit être critiqué et accusé.
Les raisons des réactions uniformes des masses, elles, sont par contre variables dans l’Histoire et dépendent en tout de ce dont est faite leur époque. De même, la littérature a toujours renseigné sur les raisons de l’unité des sociétés, mais elle n’a pas encore attaqué le sujet de l’unité que nous sommes en train de vivre, alors qu’elle aurait dû le faire au siècle dernier. L’unanimité réactionnelle actuelle n’est pas inédite et elle est anachronique. C’est dans cet anachronisme qu’il faut déterminer l’état réel de notre époque. Mais il faut déterminer d’abord en quoi c’est un anachronisme. Ici, aujourd’hui, il sera juste effleuré la thématique de l’individualisme concernant cette démonstration.

Tout l’article «Nous sommes peut-être confrontés pour la première fois de l’Histoire à un phénomène pouvant être considéré comme l’ennemi commun de l’humanité. » est typique des tribunes : sans élan, appliquée, très scolaire, soucieux de bien dire tout ce qu’il faut avec un rien d’engagement, ce qui tend les phrases vers la condescendance et qui trahit soit une non-maîtrise de l’exercice, soit de son sujet. L’article en soi, j’aurais pu le laisser passer en me foutant de son fond qui a déjà usé jusqu’à la corde pour le pendre. Si je devais éplucher toutes les tribunes et les articles libres qui paraissent chaque jour sans plus tenir compte que rarissimes sont ceux qui ne sont pas, avant quoi que ce soit, dont leur sujet, avant tout un réel combat, parfois sur des années, de leur auteur pour parvenir à enfin avoir un papier dans la presse, je ne ferais que ça et sur 6241 ans, 174 jours, 19 heures et 7 minutes. J’ai calculé.
Quand on lit une tribune, il faut garder le filtre de ses premières raisons : une arrogance candide et ce jeu de réseau et cour parisiens, politique ou non, dont Balzac aura intégralement tout dit dans Les Illusions perdues. Si la tribune passe ce filtre, souvent dénoncée par son titre ou la bio de l’auteur, on peut alors revenir au sujet. Et déjà que les places sont chères quand il n’y a rien à dire donc des millions de sujets qui se croient prioritaires, imaginez un peu en ce moment où il n’y a qu’un sujet. À l’évidence, cette tribune-là est empêtrée dans le filtre, mais le titre et les phrases en exergue étaient en trop, pour moi, et du coup, j’ai lu, et l’erreur, par l’emballement dans l’écriture, concernant l’individualisme a décidé du reste, ici.
(Je passerai par contre sur le côté moralisateur du ton de beaucoup d’interventions dans les médias, parce que c’est vraiment un autre sujet.)

Si c’est un total contresens dans la tribune, que l’individualisme soit jugé en tant que mal de l’époque est réellement néfaste.
Dans le « paysage d’idées » présenté dans les deux posts précédents sur mon blog, l’individualisme n’a aucune remise de peine. À l’unanimité, encore une fois, il supporte une grande partie des maux du monde et il sert d’explication à presque tout.
Les Parisiens réunis au soleil dans leurs parcs qui ont été pointés partout comme « individualistes » et « irresponsables ». Aucun individualiste, tel que l’individualisme est défini aujourd’hui, ne serait allé mettre sa propre vie en danger, même au nom de son loisir doux, à profiter du premier grésillement du soleil. Aucun. Le wagon suivant, de « l’irresponsabilité », toujours selon la définition unanime, est donc impossible à accrocher au petit train commun de l’individualisme.
On peut imaginer que l’individualisme jugé ait été vu comme une sorte d’inconscience, aussi, de méconnaissance de soi, de bêtise, qui induisent un orgueil bizarre, un bouclier contre tout, même un virus. Ainsi, les Parisiens dans leurs parcs étaient assez individualistes pour se sentir au-dessus de tout et inaccessibles à tout, l’aléatoire, jusqu’au déplacement du pollen dans l’air, le premier feu sur les joues après la gifle du soleil, et tout l’insupportable des cris des gamins se courant après, à part ceux des leurs. Les Parisiens savent vivre leur individualisme en communauté ? Qu’est-ce que c’est que cet individualisme-là qui soit de groupe ? C’est lui, l’ennemi commun.
J’ai lu un truc expliquant que le message qui était un peu l’inverse de ce qu’on entendait sinon était complexe à comprendre, pour « les gens ». On peut le résumer à ça : « ne soyez pas individualiste, cessez d’aller vers l’autre ». Tu m’étonnes que ça laisse un peu bête à cligner des yeux.
La définition unanime de l’individualisme ne tient pas, elle n’a jamais tenu, et la tentative de forcément l’accuser en période de crise, quelle que soit la crise, le montre par défaut et par l’aberration. Nous sommes tellement habitués à ce qu’il soit de toute façon pointé qu’il est simple de rater que de toute la définition qu’on lui prête, il ne reste rien.

L’individualisme [ou pour le différencier ici de « l’ennemi commun », je parlerai parfois de néo-individualisme], est presque seulement sur quoi on pourrait compter pour une révolution dans les masses, dans les sociétés, sans qu’elles dépendent du bon vouloir d’un Pouvoir, d’une économie ou des discours des médias.
Le Figaro présente la tribune avec laquelle je m’amuse ainsi : « Selon [l’auteur], cette pandémie, et les grandes menaces transnationales à venir, ne pourront être surmontées sans unité et fraternité. » Ouaaaaaaiiiiis… mais sans individualisme, l’unité et la fraternité sont impossibles puisque sans individualisme, l’autre n’existe pas.

L’individualisme est particulièrement lié au matérialisme et la matérialité première d’un individu, sa première « possession » est le corps. (Alors, j’exclus là tout discours concernant le corps psychologique, religieux, mystique, ou en tant que volume de résonance de la nature et de l’esprit, etc, ce n’est pas que je n’y crois pas, mais là, c’est hors sujet.) Majoritairement, personne ne sait vraiment où sont ses poumons à part « là », à quoi ils sont reliés, quel système les fait s’ouvrir, comment cet air devient de la vie. Même quand on est malade, on s’arrête souvent à montrer vaguement l’endroit, à nommer un organe, à dire rhume, gastro, otite, et la même inconnaissance est reportée sur le traitement. On meurt comme ça, aussi, sans savoir rien, on meurt et les autres disent que c’était du cœur, du cancer, du foie, des reins ou on donne un nom de maladie sans précision, …comme le Covid-19, par exemple. Les femmes ne savent pas vraiment pourquoi leurs règles, ni comment, et quand elles sont enceintes, elles étudient un livre d’images, ou télécharge une appli du jour après jour pour savoir ce qui est en train de pousser là-dedans ou quel mauvais sort pourrait toucher leur bébé à la onzième semaine. Elles ne savent pas du tout ce qu’est la pilule qu’elle gobe chaque jour, sur quoi elle agit. La plupart pensent qu’un médicament va « directement à la source du mal », avec son petit GPS inclus, comme les lessives qui n’en ont que pour les taches d’herbe. Même pour leur plaisir sexuel, hétéro ou homo, hommes et femmes ignorent presque tout d’eux et des autres, et d’autant celui qu’ils ne pratiquent pas. Est-ce qu’ils veulent savoir vraiment ? Pourquoi non ? Ce qui est mangé et bu disparaît dans un grand mystère qui ressemble un peu à un manège de fête foraine, avec un grand huit, et sort par un autre sous une forme qui indique pourtant un sacré paquet de choses.
Internet fait que les gens se mêlent plus des détails, les médecins s’en plaignent assez, et la suspicion concernant leur science si unique a augmenté. On veut plus savoir, mieux savoir, ça ne rend personne beaucoup plus scientifique. Quand on n’a rien suivi en sciences naturelles à l’école, ni en physique, ni même en maths, aussi bon lecteur adulte soit-on des sites populaires de médecine pour les nuls, on en restera à une vision totalement ridicule de son propre corps, de la maladie et du traitement. Les grands hypocondriaques n’obtiennent toujours pas de diplôme de diagnostic en ligne. Physiquement, presque tout le monde ignore tout de lui. En 2020.
On se moque des médecins avec Molière : « Clysterium donare, postea saignare, ensuita purgare. » « Bene, bene. » (remède ou lavement, puis saignée, puis purge : bien, bien.), les médecins sont autres dans ce siècle, mais pas les individus, qu’ils soient malades ou en bonne santé. On achète des baskets pour ne pas s’abîmer le dos en courant, on mange bio pour ne pas manger du poison, et on paie des crèmes faites à partir d’une algue qui n’a pas une ride depuis des siècles. Donc bon. Toute notre vie physique à laquelle on accorde tant et tant, de temps, de finances, de travail, de soucis et encore plus quand il s’agit de la vie physique de ceux qui vraiment ne peuvent pas en prendre soin seuls, enfants surtout, les très âgés vraiment moins, nous est presqu’inconnue. Mais nous ne la voyions pas forcément comme un mystère pour autant, parce qu’une partie de la population en a fait son métier et que des recherches sont assurées permanentes, que les lobbies pharmaceutiques tiennent les partis américains par la peau du popotin et qu’on adore le gars qui nous cause depuis l’espace. Toute une connaissance réellement basique qui pourrait être purement individuelle est laissée à la connaissance des autres. Où est « l’individu » physique dans tel système qui le rend dépendant d’autres individus ? Où est l’individualisme, ici ? Il n’existe pas. L’inconnaissance oblige chacun à livrer sa confiance, avant même son corps, à ceux qui prétendent posséder la connaissance. Quand cette connaissance est soudain absente, quelle personne « individualiste » peut admettre de livrer sa confiance, avant même son corps à quoi que ce soit ? Hé bien, apparemment : tout le monde. Où est le « moi d’abord et moi seul », là ?

Un individualiste devrait être en mesure d’affirmer avec conscience qu’il veut être maître de sa vie et de sa mort et se préférer à quelconque système qu’on désire lui imposer. Il devrait avoir un certain potentiel anarchiste, pas dans les faits, mais dans ces convictions. Un individualiste ne dirait pas, dans une rame de métro bondée : « Je suis prêt à sortir de là avec la grippe et la refiler à toute ma famille. » Il ne prendrait pas le métro. L’ennemi commun est vu autrement, lui dirait : « Je suis prêt à refiler la grippe à toute une rame de métro. » et pourquoi ? « Parce que je suis obligé de prendre le métro pour aller travailler et que je suis malade et que je ne peux pas être arrêté et me soigner chez moi. » Et la société lui dirait « Espèce de sale individualiste, à refiler la grippe à toute une rame de métro. Tu n’avais qu’à rester chez toi ! » La même société dirait aussi « Les gens sont vraiment des individualistes, ce pauvre mec est obligé d’aller travailler, malade comme un chien, et il se fait gueuler dessus. »

Le corps néo-individualiste n’est pas cultivé du tout, sa connaissance, sa conscience de lui qui devrait être assez impressionnante, en 2020, n’existe pas. Il ne s’est pas encore placé historiquement, il n’a pas trouvé où était son bien social, son intelligence commune. Il ne s’est encore jamais offert son équilibre, l’étude ses limites. Il ne peut donc pas permettre à un autre que lui de naturellement palier à ce qu’il sait qu’il ne possède pas. Une immense partie de l’incompatibilité homme-femme qui est atrocement et avec désastre renforcée et même exigée depuis quelques décennies, provient directement de l’archaïsme de la notion « d’individualisme », et avant ça « d’individu ». Deux corps néo-individualistes ne peuvent que s’accorder, parce que l’opposition serait vaine et stupide, elle ne peut pas exister. Un corps néo-individualiste connaîtrait ses limites, et notamment par un seuil de souffrance atteint, par une certaine violence faite à lui-même, sans excès insensés mais juste par développement naturel, il ne pourrait pas l’infliger à autrui en sachant le reconnaître comme différent de lui, plus faible par exemple. Le néo-individualisme, ne serait-ce que physiquement, déterminerait qui est fort, qui est faible, où sont les égalités, où sont les différences profitables si palliant. Et donc, où sont réellement les inégalités. L’individualisme actuel est fondamentalement incapable de telle maîtrise des forces et faiblesses, presque moins par inconnaissance qu’il se base sur une égalité qui est désirée, sloganée de toute part, imposée par des lois et qui va aujourd’hui jusqu’à nier la différence entre les sexes et la physique et la chimie des cerveaux de sexe opposé. Plus de grave, plus d’aigu : tout le monde a la même voix. Un individualiste va forcer la compatibilité ou laisser tomber avant le moindre effort. Un néo-individualiste va chercher la meilleure compatibilité afin de lui-même se respecter d’un bord à l’autre de lui et donc respecter l’autre de même. Si ne veut pas de cette quête, il est conscient de ce qu’il abandonne, lui, et n’ira pas le reprocher à l’autre.

Le même écart entre ennemi commun et individualisme peut être établi à un niveau plus théorique, volatil, et cette fois mystérieux à l’infini, qui concernerait l’esprit, les sentiments. Un individualiste tel qu’on le voit aujourd’hui est égoïste, supérieur, borné, sa vision courte, sa tolérance très faible, sa pitié inexistante, son don de lui avare, ses efforts limités. Il est prioritaire, selon lui. Son opinion, d’abord. Sa compréhension. Sa traduction de ce qu’il perçoit seulement et qu’il juge le tout. Son plaisir, son bien-être, la meilleure place. Il ne se retourne pas, il avance. Vraiment, en quoi telle personne est dérangeante ? Pour elle-même, en quoi est-elle condamnable ? Rien. Mais telle personne devient un individualiste, aujourd’hui, dès lors que pour exister elle doit repousser quelqu’un d’autre, elle doit lui prendre quelque chose, ou lui voler.
Tant qu’elle agit comme si les autres n’existaient pas, tout va bien, mais si pour exister elle doit retirer leur existence aux autres, alors elle est déterminée comme individualiste, si elle doit leur barrer, pour passer elle, moralement, cérébralement, sentimentalement la route, elle devient individualiste. Ainsi est-elle jugée par ceux qui se seront sentis repoussés, qui hériteront, moralement, intellectuellement, d’une place plus basse, moins bien exposée, de moindre envergure, dont l’espace de sentiments sera voilé et fripé, dont l’épanouissement manquera de soleil un peu généreux.
L’individualiste, aujourd’hui, n’est déterminable que dans son rapport aux autres et par ces autres. Un néo-individualiste n’a pas besoin de prendre aux autres pour exister et il ne devrait pas être discernable et accusable par les autres. Son rapport aux autres ne pourrait être que ce qu’il en décide et son cœur, ses opinions devraient lui suffire parce qu’exacts pour lui. Ce qu’il ne fera donc pas, c’est céder, ni à une personne, ni à l’opinion générale, il refusera de se départir de ce qui le compose sous prétexte que d’autres ont une autre opinion plus massivement représentée. Et c’est là qu’il devient très intéressant de mesurer ce que « les autres » font des néo-individualistes. Ils cherchent à les tuer. À tout prix. Les détruire.
Un individualiste n’en aura strictement rien à foutre que tout le monde ne pense pas et ne ressente pas comme lui, et rien à foutre d’entendre les arguments opposés. Il ne se mêlera pas au sentiment total par désintérêt pur, il ne comprendra même pas ce qu’on lui veut et oubliera aussi vite, il risque très peu à vivre sa vie comme il l’entend, aveuglément. Mais le néo-individualiste, lui, n’en sera pas à ne pas se mêler, mais à le refuser. Et ça, c’est intolérable, pour les autres. Pourquoi, en 2020 ?

L’individualiste va rester confiné chez lui à écouter les mêmes médias que tout le monde et lire les mêmes tribunes dans un journal de droite, de gauche, du centre. Personne ne saura qu’il existe, personne ne l’accusera d’être un individualiste alors qu’il était jugé ainsi à son travail, par son ex-femme, voire ses enfants, et sur la route quand il faisait une queue de poisson à risquer la vie de deux ou trois autres conducteurs. Il aura acheté les vingt derniers flacons de « gel » (parce que, maintenant, y a même plus besoin de préciser hydroalcoolique, y en a plus qu’un au monde, de gel) alors qu’il y avait une queue de dix personnes derrière lui qui en avaient peut-être plus besoin que lui, hein ! Et voilà. L’individualiste, maintenant, il est chez lui, comme tous les autres. Il a tout loisir de tweeter à ses abonnés qu’il se sent un peu patraque avec pas forcément de fièvre, et qu’il se demande si ce n’est pas le Covid-19 dans sa forme bénigne. …Bénigne. (Je ne vous dis même pas les conversations de ce type, leur longueur, et leur aaaaaaaaaffligeante niaiserie, c’est à dégueuler. …Prends soin de toi ! Oh, merci, toi aussi ! Oh, mais si tu es encore comme ça dans 15 jours………… Putain.) L’individualiste ne va jamais rien remettre en cause de ce qui est en train de se passer, qu’il aille bien ou mal, d’ailleurs. Et quand ce sera fini, « un jour » qui ne sera pas, d’après l’expertise de Macron, « celui d’avant » (jusque-là on serait presque d’accord), l’individualiste sortira de chez lui le même qu’avant que la moitié des femmes de Wuhan se fasse raser la tête.
Il va donc falloir m’expliquer en quoi « cette pandémie, et les grandes menaces transnationales à venir, ne pourront être surmontées sans unité et fraternité. » avec une société qui sortira de chez elle la même qu’elle y est rentrée, sauf les morts, et pas ceux dus directement au Covid-19. Aucune variante économique n’y fera rien, rien. Tout le monde sait que s’il faut un accord mondial pour remettre les comptes à flot, il se fera. Que s’il doit y avoir des règlements de comptes concernant la capacité d’un État à soigner la nation, il tombera vite dans les mêmes ornières que précédentes. Aucune variante concernant la connaissance de son corps, de son esprit. Le président a dit que ce serait bien de lire, pendant le confinement, mais comment tu veux faire sans livre chez toi et si tu ne peux pas lire à l’écran, et que t’as pas les moyens de commander sur Amazon, hein ?

Le néo-individualiste va rester confiné chez lui, à écouter les mêmes médias que tout le monde et lire les mêmes tribunes dans un journal de droite, de gauche, du centre. Ce qu’il en pensera : vous le lisez en ce moment. Quand il sortira de chez lui, il sera exactement le même qui y sera rentré. Mais il aura établi un immense différentiel entre lui et « les autres », il aura cherché dans le paysage d’idées d’autres voix, et à ce jour, elles n’existent pas. Ça ne sera pas si grave pour lui, puisqu’il sait ce qu’il pense et n’a pas besoin d’un retour son de la masse pour que ces idées existent. Il n’a pas besoin d’entendre d’autrui la même chose qu’il pourrait dire.
Mais il sait que d’ores et déjà, si par malheur il parle à quiconque de ce qu’il pense, de ce qu’il a ressenti, il sera isolé. Donc, il ne le fera pas. Il sera indiscernable dans la foule qui répétera en boucle « cette pandémie, et les grandes menaces transnationales à venir, ne pourront être surmontées sans unité et fraternité. » Il y aura unité, il y a déjà unité : tout le monde est chez lui, et ensuite ; tout le monde sera dehors. Voyez ? À égalité. Ce n’est pas ça, l’unité ? L’égalité ? Le néo-individualiste ne croira jamais à cette unité et encore moins à une fraternité venue comme un miracle, conséquence d’une pandémie. Quand il parlerait pour dire peut-être le contraire de ce que tout le monde pense, ce qui s’abattrait sur lui, avec une unité parfaite, ne serait pas lié en soi par de la fraternité, mais la peur. Le « groupe », le « tout », n’induit aucune fraternité, et le « groupe d’individualistes » est un non-sens. Alors, qui sont ces « autres » capables de désigner les individualistes et s’unir contre eux ? Ceux qui ont peur, et sinon ?

L’individualisme « est » un « délétère symbole » de l’époque. Et ce symbole retient l’analyse des sociétés, il empêche toute évolution de la connaissance privée, il réduit à néant tous les efforts d’équilibrage historique, il empêche ce qui manque d’apparaître, il tire vers la moyenne jusqu’aux montagnes, il massacre homme et femme et leurs enfants, il fait échouer l’éthique, rend le progrès ingérable, et ne reconnaît ni la compétence ni l’ambition. Il maintient l’individu dans son inconscience de lui et dans le minimalisme de ses pensées, il le drogue à son insu, il lui fait croire qu’il pense seul tandis que sans effort il lui fait absorber une pensée unique, simplifiée, et anachronique. L’individualisme, seul coupable, donne une immunité mortelle à ceux qui toujours le désignent tel.
Il n’y aura pas de néo-individualisme qui repousse les individus de l’intérieur d’eux vers leurs limites, qu’elles soient physiques ou morales ou mentales tant que l’individualisme immunisera les masses et les absoudra de porter en elles leur propre fléau.

Le néo-individualisme n’est pas un passe sublime vers le Bien, ce n’est pas une sorte de nouvelle religion avec un programme du style écolopsychique, dynamisme du corps ou quoi que ce soit qui répondrait de façon trop tendance à une recherche de son réel moi ou je ne sais quoi, il est notre corps et notre capacité intellectuelle, il est l’humanité, il ne peut pas se départir d’elle et se trimballe tous ses siècles, il a haine et tristesse et amertume, il saigne et il frappe. Mais il prend indéniablement un risque : celui de la vérité, et on ne saura pas avant longtemps si elle est réellement un bien pour soi. Mais pour les autres : d’office, elle l’est. Avec le néo-individualisme : les autres existent et pas par tolérance.

Y a pas si longtemps, c’est à l’école qu’on apprenait à être néo-individualiste, mais ça ne s’appelait pas comme ça, c’est vrai, on disait « un individu ».

Hein, Toto ?


À demain ?
VENDREDI 20 MARS 2020
[Présentation sur YouTube]
📍😷🏴😷🏴😷🏴😷🏴😷🏴😷 🖤 

😷😷😷 😷 😷😷😷😷 😷, 😷 😷😷😷 😷😷😷😷😷 😷 ! 😷😷😷😷 😷🦠 😷😷😷😷 😷 ? 😷😷😷😷 😷 😷😷😷😷 😷 : 😷 😷😷😷 😷😷😷😷😷 !!! 😷 😷😷😷😷 😷 😷😷😷😷, 😷 😷😷😷😷 😷 😷😷🏴🏴🏴🏴😷😷 😷 😷 🤣🤣🤣🤣🤣🤣😷🦠😷😷😷😷😷😷😷 😷 😷😷😷😷 😷 😷😷😷😷 ! 😷 😷😷😷😷 😷 😷😷😷😷 😷, 😷 😷😷😷 😷😷😷😷😷, 😷 😷😷😷😷, 😷 😷😷😷😷 😷, 😷😷 🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣 😷😷 😷 😷😷😷😷 😷 😷 ? 😷😷😷 😷😷😷😷😷 😷 😷😷🏴😷😷 😷 😷😷😷😷 😷 😷😷😷😷 🦠😷 😷😷😷😷 😷 😷 🤣🤣🤣🤣🤣😷😷😷 😷😷😷😷😷 😷 🏴🏴🏴🏴😷😷😷😷 😷 😷😷😷😷 😷 😷 !!!

🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣 !
 
🏴🏴🏴🏴️​​​​​​​
CORONA PROPAGANDA | CHA-CHA-CHA. 5/X

Il va y en avoir des tours de reins. Et des trucs cassés. Même si on pensait avoir fait assez de place dans le salon pour suivre les pas enseignés sur YouTube. L’ennui va totalement massacrer les vertèbres et les dauphins en céramique bleu et paillettes, causer des brûlures où il ne faut pas, à force, et placer des objets dans des endroits inappropriés. Ils ne doivent pas rigoler, les pompiers.*

(J’adore les pompiers.) (Et Batman.)
En plus, je pense que tout le monde doit sacrément s’excuser d’appeler pour autre chose que la suspicion d’être en train de mourir, même sans fièvre ni toux ni gêne respiratoire, du Covid-19.
La télé dit que les parents heureux et responsables jouent avec des gosses, (l’école leur a affirmé que c’était les leurs, la nounou aussi, les grands-parents aussi, alors, bon, ils sont rentrés avec eux) qui jouent avec leurs nerfs qui vont lâcher.
Les institutrices, vaillantes, gardent les enfants des infirmiers et médecins, car c’est leur devoir. Oui, leur devoir. Oui. Oui, c’est leur devoir. Hé oui. Elles le disent avec dignité et émotion elles-mêmes, à la télé. Un sens du devoir pareil, ça, pffff, ça, moi, je dis, ben, chapeau, tu vois.
On enregistre un taux record de suicide chez les échangistes. Il en restait peu, d’après Houellebecq, et là, ça va être l’extinction. …Si ça pouvait être celle des romans de Houellebecq, enfin, bon, on peut pas tout avoir, non plus. Faut pas rêver.
Quand je pense que certains croient que les gens sont des individualistes, hé ben, tu m’excuseras, mais partout, partout, c’est que du soutien, que de l’entre-aide par texto, qui coûte rien et qui passe le temps.
Stay Safe, ils disent tous, dans le monde entier et même le Christ Rédempteur de Rio de Janeiro, il s’est tout habillé de lumière avec les drapeaux des pays touchés par le coronavirus. Je veux dire, tu vois comme le monde est uni avec bonté, là ? Le Brésil est avec nous, et pense à nous… Lui, il a seulement son président, comme problème, nous on a le président, ET le virus, alors bon.
Les agriculteurs ont une attestation dans la poche qui certifie sur leur honneur qu’ils doivent se déplacer pour leur travail, sur leur tracteur, dans leur champ, sur leurs terres. Les flics qui sont allés vérifier n’y ont pas cru, du jamais vu : le mec arrive au bout de son champ, il fait demi-tour : délit de fuite, au moins 47 fois d’après les traces au sol, parallèles.
Nous sommes en guerre.
Les pigeons voyageurs en sont à 135000 euros d’amendes, c’est la faillite assurée, ils ont pris un avocat, d’ailleurs. Mais c’est normal aussi, que l’État n’ait pas pensé à tout, attends. Attends. T’imagines ? Déjà qu’il ne pense jamais à rien, alors là ? Je pense que ça va s’arranger, pour les pigeons. …Enfin, j’espère, quoi. D’après le protocole de l’État, de toute façon, au début, il dit : ce sera pour tout le monde pareil, point barre poing matraque, pis après deux jours, c’est à la tête du client avec des fleurs, alors.
Mémé avait une dame de la poste, pas facteur, de la poste, qui venait tous les jours vérifier qu’elle était pas morte. C’est son fils qui payait la vérif’. Mais bon, on peut comprendre que puisque maintenant faudrait une dame de la poste par foyer, Mémé, elle est à égalité avec tout le monde, et tout le monde n’a pas une dame de la poste, hein ? Donc le fils a arrêté de payer. Ça peut se comprendre, aussi. Mémé, maintenant, elle tousse et y a le samu à sa porte ! Alors bon. Le Président a dit de prendre des nouvelles de ses proches, il a pas dit combien de fois par an, d’abord, et ensuite, il a qu’à la payer, la dame de la poste, lui.
Je parle pas aux voisins. C’est des proches, d’ici à leur paillasson, y a quoi, 1 mètre 20, 25 ? J’ai pas mesuré, non plus. Mais je m’en tape qu’ils crèvent ou pas. Je sais pas c’est quoi, la mesure, pour « proche » ? Ils disent 1 mètre, c’est ça, non ?
On peut pas être plus de 7 par appart’, mais personne a dit qu’on pouvait pas être moins de 15.
Il fallait choisir où on voulait résider et y rester. Le Ritz n’a pas voulu de moi. Mais l’État a dit qu’il allait payer ! Que de la gueule, comme d’hab.
Le président l’a dit : nous vous devons du gel. Il n’a pas dit quel gel, il n’a pas dit pour quoi. Mais les Gilets Jaunes ont tous une petite idée.
La vraie question, c’est qu’est-ce que font les Avengers pendant le confinement ? …Et les boulimiques. Putain, les pauvres boulimiques. Ha ben, c’est ça, les Avengers sauvent les boulimiques. Cherche pas. C’est ça. …C’est sûr, même. Tu crois pas ? Si, si, ouais, c’est ça. …C’est sûr. Plus j’y pense, plus je vois que ça.
Rappel : Nous sommes en guerre.
Ma voiture devait passer au contrôle technique, je lui ai dit, écoute : tu y vas, si ils te prennent, tant mieux, sinon, tu reviens. Et si on t’arrête, l’attestation est dans ta boîte à gant. Ma femme a dit que c’était quand même pas prudent, toute seule comme ça, mais bon, je lui ai dit, hein, faut savoir couper le cordon, pis c’est une Tesla.
Le président, il a dit : qu’il fallait « des masques en priorité pour la médecine de ville et la médecine de campagne. » …Y a une différence ? Genre comme le rat de ville et le rat des champs ? C’est quoi la médecine de campagne ? C’est plutôt avec des herbes et des cataplasmes d’argile ? …Je comprends pas.
Le président, il a dit : « Vous l’aurez compris, vous le pressentiez, cette crise sanitaire sans précédent aura des conséquences humaines, sociales et économiques majeures. C’est aussi ce défi que nous devons mener. » …Mener un défi, ça veut dire quoi ? …Je comprends pas.
Le président, il a dit : « que l’ensemble des travailleuses et des travailleurs puissent avoir cette sécurité aussi en termes de pouvoir d’achat, de continuité de leur vie ». Arlette, sors de ce corps.
Le président, il a dit : « Je vous demande des sacrifices pour ralentir l’épidémie. » Pis après, il a dit : « Plus nous agirons en citoyens, plus vite nous sortirons de cette vie au ralenti. » …Alors, attends, …l’épidémie, c’est la vie, ou quoi ? …Je comprends pas.
Le soir, depuis le confinement, en famille, on se met à genoux et on demande à Dieu de protéger le personnel soignant, et tous ceux qui nous permettent de rester en sécurité en confinement quand ils sont au front. Bénis soyez-vous, tous. [Là, c’est sans rire, je lis ça sur Twitter tous les jours, écrit par des journalistes et docteurs en économie. Un-be-fucking-lievable.]
On ne peut pas être plus de 7 par appart, on a tiré à la courte paille et maman est partie. Papa dit qu’elle attendait que ça, cette salope. Il a bon dos le virus.
La vraie question, c’est que feront les Avengers quand ils auront sauvé tous les boulimiques ?
La SPA a récupéré 568321 enfants, la mère ou le père sûrement persuadé(e) qu’ils étaient chez l’autre. Des fiches descriptives sont disponibles, assez précises, concernant les enfants qui ne parlent pas encore, zozotent ou ne connaissent que leur prénom, dans la mesure du possible, afin d’éviter toute confusion, une description du doudou est ajoutée. Une collecte sera organisée dans les grandes surfaces le samedi 21 mars, pour leur assurer assez de nourriture, couches et tétines pendant le confinement. Pour l’instant, aucune mesure n’est envisagée s’ils ne retrouvent pas des parents. Une pénalité de retard sera appliquée lors d’une reprise en charge dépassant 10 jours. Les nounous peuvent venir les retirer en présentant une attestation de déplacement de la préfecture, une attestation de droit de prise en charge signée de l’un ou l’autre parent, une pièce d’identité valable, et la copie de la carte d’identité à jour de l’un ou l’autre parent, il sera demandé une participation forfaitaire de 500 euros pour les frais occasionnés, déductibles des impôts, à régler au moment du retrait, espèces et CB visa acceptées, pas de chèque, échange sous 10 jours augmentés à 30 exceptionnellement en raison des mesures gouvernementales concernant la pandémie.
Pour les enfants que l’État a enfermés avec leur violeur, il s’excuse.
Pour les femmes que l’État a enfermées avec leur cogneur, il s’excuse aussi.
Pour les enfants que l’État a enfermés avec leur cogneuse, il ne s’excuse pas, les femmes ne frappent pas, d’après les femmes, elles sont seulement frappées. Folcoche, c’était l’exception qui confirme la règle.
Rappel : Nous sommes en guerre.
Et en général, pour tous ceux que l’État a enfermés en pensant que la France était avant tout à 100% un pays de familles bobos ou bobos 2.0, molles, saines, et un peu bêtes mais pas méchantes, avec un compte en banque bien wealthy, et qui ne répondent pas à ces critères, l’État avouera sans honte avoir découvert leur existence. Il n’a tout de même découvert « les femmes seules avec un enfant » qu’en mars 2019, donc bon. Deux minutes, aussi. Merde quoi, il n’a pas que ça à foutre.
Les scientifiques vont pour la première fois de l’Histoire de l’Humanité pouvoir observer le comportement des humains face à des bébés nés en captivité. Il n’est pas assuré que les humains sachent s’en occuper, que les mères les reconnaissent, que les pères ne les bouffent pas. En liberté, la mère sait isoler le père lors du début de la gestation, ou le père choisit de se barrer, mais tout peut varier dans ces conditions inédites.
La NASA indique que la planète respire mieux. …Donc, ça y est, y a un vaccin, ou quoi ?
La vraie question, c’est si les boulimiques vont devenir anorexiques si les Avengers ne peuvent pas circuler ?
Il paraît que les Tesla n’ont pas besoin de contrôle technique. J’ai vu ça sur gouv.fr. Comme quoi, elles auraient dérogation si elles ont moins de 10 ans. Donc, je vais lui dire qu’elle revienne, ça ne sert à rien, ils la prendront pas même si c’est ouvert. Je l’appelle.
Les cancéreux inopérables, ainsi que tous les malades en fin de vie, sont priés de respecter la vie d’autrui, faire preuve de civisme, et couper court à leur individualisme insoutenable en ce temps de crise sanitaire mondiale, inédite, pour la première fois dans l’Histoire totale, entière et intégralement exhaustive de l’Humanité tout entière concernant toute la planète, et céder leurs lits aux malades soupçonnés d’être atteints du coronavirus dans l’attente des tests fabriqués en Chine.
Les journalistes, ils portent un masque pour pas filer le virus à la caméra.
Le masque en bec de canard, toutes les femmes d’Hollywood l’ont depuis longtemps.
…Chérie, la Tesla a écrasé un pépé. …Mais je suis bien d’accord ! Ne crie pas ! C’est ce que j’ai dit aux flics aussi ! Qu’est-ce qu’il foutait dehors celui-là ! Hein ? Putain ! On est comme des cons enfermés à cause d’eux et ils vont se balader ? …Hé ben, voilà, exactement, c’est ce que je leur ai dit aussi : il l’a bien cherché.
Le premier jour, c’était trop super bien. Le deuxième, ça allait. Le troisième, j’en peux plus de ce conard. J’te jure, il est trop super nul, quoi. Le quatrième, y a Netflix et des miettes de chips dans le lit.
Le #Covid19 est devenu #Covid2019 depuis quand ? …C’est le même ?
La vraie question, c’est pourquoi tu me prends le chou avec les Avengers, alors qu’on sait pas ce que fait la Ligue des Justiciers pendant le confinement. Tu m’excuseras, mais c’est un tantinet plus grave.
Petit Jésus, protège ma maman qui est médecin ophtalmologiste et mon papa qui est médecin orthopédiste, fais qu’ils soient pas malades alors qu’ils sauvent des gens de la mort des personnes à risque et que je suis en garderie à l’école, comme tout le reste de l’année et que je vois pas trop la différence, et que les maîtresses le disent depuis des générations et des générations : c’est un gosse de médecins, comme si ça voulait tout dire qu’y a jamais personne à la maison. Merci, petit Jésus. …Et aussi, ils m’ont promis que j’aurais mon écran 4K, fais qu’ils oublient pas. …Merci.
Paraît qu’il faut aller donner son sang que les hôpitaux en manquent. …On peut en ligne ou faut y aller ?
Rappel : Nous sommes en guerre.
La vraie question, c’est comment Batman va nous sauver sans le Batsignal, vu que maintenant même Jim Gordon croit que c’est une chauve-souris qu’a foutu cette merde !
Prenez soin de vous et de vos proches, même ceux que vous n’aimez pas, ce qui, au passage, aujourd’hui semble une hérésie, une incivilité, une irresponsabilité à peine pensable. Quand on a des proches, on les aime, point, sinon, c’est pas des proches, c’est la famille.
Si Shakespeare avait écrit Roméo et Juliette pendant la crise sanitaire due au coronavirus qui concerne le monde entier de façon inédite pour l’Humanité pour la première fois, hein, hé ben, ils seraient jamais morts vu qu’y se seraient jamais connus.
La peste et le choléra, c’était de la gnognotte.
– Quand tu vois un pangolin, t’imaginerais quand même pas qu’y fasse autant de mal. – C’est l’eau qui dort, ça, on lui donnerait l’bon dieu sans confession et ça t’poignarde dans le dos.
Parmi les questions les plus fréquemment posées, l’une particulièrement revient souvent : Peut-on avoir le Covid-19 au bras. La réponse est : ça dépend. Si au bout de 15 jours, il tousse toujours et que la fièvre est persistante, appeler le 15.
Non, le coronavirus n’est pas chinois, les Chinois ne parlent pas latin.
Non, le coronavirus n’a jamais été centurion de César, même dans un Astérix à paraître, l’État interdira qu’on rie de ça, vous vous croyez au temps de Goscinny ou quoi !
Toute attestation ne respectant pas la casse (bas-de-casse : minuscule/ haut-de-casse : capitale) du SARS-CoV-2, sera jugée nulle.
Paraît qu’il faut aller donner son sang que les hôpitaux en manquent à cause du Covid-19, mais je savais pas, moi, que du coup, ils opéraient et tout ça ? …Aaaah, c’est parce que plus personne va donner son sang à cause du Covid-19 ? …Mais y s’occupent encore des autres maladies, là ? Alors, tu m’étonnes qu’ils manquent de personnel ! Faut peut-être revoir les priorités, tu crois pas ? N’importe quoi, je te jure. Non, mais, je dis pas, y a des trucs, genre accidents de la route tout ça, mais d’un autre côté, y a plus personne sur les routes, alors ? Y reste quoi ? Quand t’as l’appendicite ? Tu vois quoi. Faut s’calmer.
La vraie question c’est est-ce que, vu l’ampleur de la pandémie, ce serait pas le moment d’enfin réunir les Avengers et la Ligue des Justiciers ?
Si y a une urgence, tu dis que t’as le Covid-19, sinon, ils viennent pas, et après, quand ils sont sur place, t’expliques comme t’as échappé la tronçonneuse.
L’autopsie a révélé que Marco Polo qui aurait été le premier occidental à revenir de Chine n’est pas mort du Covid-19 selon la croyance populaire, sous prétexte qu’il était Italien, né à Venise. Cette nouvelle bouleverse le monde scientifique qui annonce que nous serons probablement amenés à revoir tout ce que nous pensions.
De même, un scientifique suèdo-argentino-australien a fait une découverte en étudiant le poumon du squelette d’un brontosaure de l’Oural qui tend à prouver l’existence du coronavirus depuis le Jurassique supérieur. La fonte des glaciers due au réchauffement climatique aurait libéré ce virus. Le brontosaurus, ancêtre direct des manidés dont le pangolin, et des colibris dont la chauve-souris, avait tendance à éternuer sur n’importe qui, le virus expliquerait donc pourquoi. Il est probable que le Covid-150Ma ait joué un rôle dans la disparition des dinosaures.
Rappel : Nous sommes en guerre.
Il n’y a aucune raison d’attraper le virus si tu… AAaaaaaaaarrggghhhh.
Un économiste propose de « tripler les salaires de toutes les professions utiles au fonctionnement de l’économie de guerre (personnels des hôpitaux, du nettoyage, des supermarchés, de la production de gel, etc). » [sur Twitter, véridique] Heureusement que tous les poilus sont morts et qu’il reste plus grand monde de la Seconde guerre mondiale non plus, y restent les Syriens, l’Afrique et tout ça, mais bon.
Je réclame personnellement depuis plus de 16 ans un système de tournebroche électrique pour soulager tous ceux qui se retournent de leurs seules forces dans leur cercueil depuis au moins 50 ans, depuis le Nouveau Roman, Twitter, Macron et les économistes et médias de gauche.
Feu le perroquet ! (Monty Python) (…Rien à voir, mais ça me fait toujours rire quand je pense au sketch.)
Cet immense visionnaire, …J’ai oublié son nom, merde. Enfin, il l’avait dit, que ça arriverait. Tu crois que quelqu’un l’aurait écouté ? Que dalle. Tu vois le bordel, maintenant ?
La vraie question c’est est-ce que la Ligue des Justiciers arrivera à prouver l’innocence de Batman sans l’aide des Avengers ?
La crise sanitaire en chiffres. J12 : 64128 Léonard de Vinci ont été formés grâce à « Apprends à dessiner » sur YouTube, 75% des hommes affirment avoir retrouvé des plaquettes de chocolat grâce à « Remodèle ton corps » sur YouTube, 62% des femmes ont décidé de vivre avec leurs racines apparentes pour toujours, 58% des drogués à l’héroïne affirment avoir vécu les pires manques de leur vie, 32% sont morts de crise cardiaque, 41% des alcooliques ont connu un delirium tremens à J4, 21% sont morts avant l’arrivée des secours, 0% de SDF sont morts de froid, 0% des Français salariés se sont posé la question de la difficulté à vivre confiné toute l’année comme les RSAistes, chômeurs longue durée, auteur conceptuel, 50% de ceux qui pensaient au suicide ont abandonné l’idée à cause de la réduction du nombre de trains et de la trouille que les secours n’arrivent pas à temps, 50% des autres ont maintenu avec beaucoup d’astuce leur projet malgré les consignes gouvernementales et la réduction des TGV.
Je pense que sans l’aide des Avengers, c’est mort.
J’ai tenté de faire l’école à la maison, je vous jure, mais je comprenais pas ce que voulait la maîtresse. De mon temps, on faisait pas comme ça.
85% des professeurs ont été arrêtés pour dépression au 3e jour de téléenseignement. Certains ont été retrouvés asséchés d’angoisse devant leur écran à lire les travaux de leurs élèves. Jamais, ont-ils dit pour ceux qui en avaient encore la force avant de tomber dans le coma, ils n’avaient eu sous les yeux l’ampleur de leur nullité à ce point.
Non, le gel ne sert pas à nettoyer les écrans d’ordinateur, de téléphone portable ou la lunette des chiottes. #antigaspi
Tom Hanks et Idris Elba ont eu le virus, c’est toujours pareil, comme si ils avaient déjà pas tout dans la vie. C’est dégueulasse.
Le gouvernement a fait passer un message d’urgence : « non, il ne faut pas boire le gel. » À force de ne pas dire que c’était pour les mains, ce qui devait arriver est arrivé.
Rappel : Nous sommes en guerre.
La vraie question, c’est si Batman en a quelque chose à foutre d’être innocenté, parce que les Avengers vont pas se déplacer pour rien, tu vois.
De tous mes séjours à l’hosto ou quand j’étais là pour un « proche », j’ai jamais vu une infirmière ou un médecin courir, même aux urgences, et même plutôt que ça pouvait pas être plus long et plus lent, alors tu m’excuseras, mais là, ça compense, hein.
Tant qu’y pas un mec qui s’trimballe avec une batte entourée de fil barbelé, ça va.
Le virus doit respecter la parité ou risquer soit une amende conséquente soit que les morts soient comptés nuls.
Non, je fais pas la gueule ! C’est que tu m’gonfles à rien foutre de tes journées !
Si jamais tu attrapes le virus, la première chose à faire c’est …Aaaaaaaarrrrghhhhh.
En Chine, c’est l’étranger qui leur ramène le virus, c’est sûrement la première fois de leur vie qu’on leur refourgue une contrefaçon.
Les proches du pépé écrabouillé veulent nous faire un procès, notre avocat leur a bien dit de le faire à la Tesla mais vu que la marque se casse la gueule à la bourse, là, si ça se trouve ça va être à nous de raquer. Non, mais, je te jure, putain de virus ! …Mais si, l’avocat leur a dit que le vieux avait rien à foutre dehors, mais il a Alzheimer ! On va l’avoir dans l’os, je le vois gros comme une maison.
L’impact du virus sur le spectacle vivant s’élèverait à 590 millions d’euros. Comme quoi, il y a quand même des bonnes nouvelles.
La Chine veut plus des journalistes de grands journaux américains, Trump non plus.
Ricard va filer des tonnes d’alcool pour fabriquer du gel. L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. Et LVMH change ses usines de parfums en fabrique de gel. Alors là, là, si y en a pas un qui twitte pour « l’effort de guerre » avec une pensée émue pour les usines d’un autre temps qui avaient changé leur production pour faire des obus, ça va manquer dans le paysage.
Les pharmaciens seront obligés de filer le test générique, même si le médecin souligne six fois et passe au fluo le nom de la marque. Soi-disant que c’est la même chose.
Le ministère de la Santé s’allie au ministère de l’Éducation dans une grande campagne visant à prévenir les parents et les enseignants qu’il est plus que probable que les adolescents n’aient même pas vu que le pays était en confinement et qu’ils n’étaient pas en cours, ou qu’ils pensent que c’est du fake : il pourrait y avoir un choc terrible dès l’instant qu’ils quitteraient des yeux leur portable. Il est donc demandé aux parents d’y aller très doucement pour leur annoncer la vérité, bien que les ministères fondent de grands espoirs sur le fait que les ados n’en aient rien à foutre.
Ha ben, ça, ça, ça arrange bien ceux qu’on un baobab dans la main, tiens, le confinement. Tu parles, comme si les gens travaillaient sinon. Y en a que ça va pas changer.
Le risque d’obésité pourrait augmenter de 32,21% pendant le confinement. Les obèses sont considérés personnes à risque. L’État demande à tous ceux risquant de devenir obèse pendant le confinement d’aller faire du jogging pour leur sécurité. Les agents chargés de vérifier les attestations de ces joggers seront munis d’une balance ou d’une application pour calculer la masse graisseuse et des laissez-passer seront accordés selon des critères définis par le ministère de la Santé. Pour votre santé, manger 5 fruits et légumes par jour.
C’est pas comme ça qu’ils font, les labos. D’abord ils trouvent le vaccin, après ils trouvent le virus qui va bien avec le vaccin, et ensuite ils balancent le virus quelque part l’air de rien, et ils attendent pour faire croire qu’ils cherchent et paf, ils vendent le vaccin. C’est comme ça et c’est pas autrement, y a aucune banque sinon qui te prête le fric si t’as pas bien cerné le marché, l’offre et la demande, et tout ça. Sinon, c’est comme si tu disais, je vais faire ça pis je verrai bien si ça marche. Genre start-up ou pneu bio fait à la main. Faut arrêter. C’est sûr qu’ils l’ont le vaccin, depuis le début. Y font mariner.
La vraie question c’est si Batman va revenir quand y aura un vaccin ou si ils vont continuer la série en faisant croire qu’il est mort pour l’instant, comme Bobby dans Dallas.
Les Millennials attendent avec impatience de savoir quel film de Disney aura été le plus téléchargé pendant le confinement.  
En cas de pénurie, l’État demande aux familles de sacrifier le collier de pâtes de la dernière fête des Mères. Grâce aux sacrifices demandés par l’État, la Nation franchira ce défi qu’elle doit mener, jusqu’au jour d’après celui d’avant. Nous rebâtirons nos certitudes ensemble, tous, main dans la main, de toutes nos âmes.
Rappel : Nous sommes en guerre.
Nous avons eu la preuve, et personne n’a pensé, malheureusement, si loin, que le Pape était au courant pour le coronavirus. Effectivement, tout le monde se souvient de ces vidéos qui ont fait le tour de la planète, montrant le pape refusant qu’on lui baise la main et même tapant sur la main d’une fidèle qui ne voulait pas le lâcher : il savait. Le Vatican, pour l’instant, se refuse à tout commentaire.
On a voulu faire comme avant : se rassembler au salon devant le feu, à tricoter et se raconter des histoires que les vieux se transmettaient, tu sais, pour le bois, on a pris des bouts d’une chaise Ikea cassée, mais on a pas de cheminée, alors tout est partie en couille.
L’avocat dit qu’Alzheimer ou pas, nul n’est censé ignorer la loi, mais l’avocat des proches du pépé a répliqué que tout le gouvernement l’ignorait, c’était pas un argument. Ça va mal tourner cette histoire, mais on a encore une cartouche : le pépé avait son déambulateur, c’est quand même bizarre qu’il se soit souvenu de le prendre. Donc faut savoir.
Covidiens, Covidiennes, vous êtes des survivants. La Nation vous rend hommage. Le 14 juillet 2020, sur les Champs, vous défilerez alors que nous porterons la main à notre cœur, entre les médecins, les infirmiers et les caissières, avant les chars et après les avions. Nouvelle bosse déjà sur les plans de votre musée, on créera un appel d’offres pour faire croire que c’est pas lui qui a été choisi d’office, et Depardieu a déjà signé pour le rôle d’un hôpital et Clavier du virus, Tautou fera le masque et pour le gel, on n’est pas encore décidé, peut-être Huppert ou Marceau. Ça dépend du vide de leur agenda, s’il est juste total ou abyssal.
Il faut sans doute parler des leçons à tirer de cette épreuve, à part qu’il faut se laver les mains ? …Y en a au moins ou on brode encore ?
Le président a déclaré qu’il travaillait d’arrache-pied sur le discours de la victoire, avec des mots à placer obligatoirement comme : nous avons combattu, sans relâche, admirable, pleurerons longtemps nos morts, la Nation n’oubliera pas, la Nation reconnaissante, plus jamais ça, quitter les tranchées, revoir la lumière du jour, âme, profond, profondeur, profondément, faire sens, donne sens, sens, régiments blancs, front, sous les canons, résistance, résistants, torture, exécution, remplir un stade, wagon blindé, nuits et brouillards, humanité, au cœur, émotion, bravoure, inouï, nos armées, nous étions en guerre, vigilance, culture, lire, dénonciation, collaboration. Et plein d’autres, sûrement.
Tu crois pas que si vraiment c’était si grave, y aurait des tours entières dans les banlieues qu’auraient le virus d’un coup ? Ou bien c’est qu’ils osent pas le dire ? Tu fais comment quand il faut monter au 8e sans prendre l’ascenseur ? J’y crois pas, si ça se trouve c’est des putain de foyers qui couvent et ça va nous péter au pif.
La vraie question c’est si Batman peut quitter la Ligue et passer chez les Avengers, du coup.
Chérie, je suis en garde à vue, je n’avais que la monnaie pour le tabac et pas mon attestation, est-ce que tu pourras venir me chercher après le confinement ? Ils ne veulent pas avant, c’est trop risqué, je vais être transféré dans une prison, je ne sais pas laquelle, prends un rendez-vous au centre laser où tu te fais épiler, je suppose que j’aurai des tatouages à me faire enlever ensuite à moins que tu préfères avec. Je t’aime, Chérie, embrasse les enfants, dis-leur que papa est toujours parti mais que papa est toujours revenu, et je te jure, je te jure que cette fois, je ne t’ai pas fait le coup de je vais acheter des allumettes.
Un malade du Covid-19 affirme avoir vu la Vierge dans la radio de ses poumons. Malgré le confinement, les pèlerins affluent vers l’hôpital où il est soigné. Des CRS et les armées ont été délégués par le président, de toute urgence, pour contenir la foule. La vidéo de Dombasle écorchant à vif l’Ave Maria pourrait être projetée sur grand écran pour disperser la foule, une traductrice est prévue pour les malentendants en incrustation dans la vidéo. Cependant, devant le redéploiement de la foi, la réouverture de Notre-Dame pourrait être avancée, du gel sera disponible dans les bénitiers.
Les affiches d’E.T. ont été jugées corruptrices et irresponsables, présentant un immense danger pour la jeunesse par son message allant à l’encontre des mesures exigées par l’ONS. Quiconque possède une de ses affiches est prié de la détruire sans délai. Des perquisitions pourront être sans mandat effectuées aléatoirement. Quiconque sera pris dissimulant une de ses affiches, risque la peine de mort dont le Parlement vient de voter le rétablissement.
Rappel : Nous sommes en guerre.



À demain ?
Back to Top