VENDREDI 27 MARS 2020
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Note : Chaque texte des épisodes de la série PUCK’S | CORONA PROPAGANDA est disponible quelques instants après la mise en ligne sur YouTube sur le blog PUCK Claire Cros’17SWORDS sur Mediapart et sur le site puck.zone.

Ouhlala, on est près de minuit, là.

Allez, la suite demain !
 
Claire
CORONA PROPAGANDA | ET DIEU (2/2) : « OPÉRATION RÉSILIENCE ». 11/X

« Nous ne devons avoir qu’une obsession : être uni pour battre le Covid-19 » a tweeté Macron hier, alors qu’il lançait aussi l’« Opération Résilience ». Virus Cyrulnik. …Putain. Oh putain. Non, non, NON ! …S’il y a un dieu et qu’il laisse ça aller jusqu’au bout de son ridicule, j’espère que c’est parce qu’il a honte de nous. Honte. Macron est notre création, pas la sienne, il s’en lave les mains.*

Cet article est dépendant de CORONA PROPAGANDA | ET DIEU (1/2). 10/X

Je n’y crois pas.
Je n’y crois pas.
Combien de fois je l’ai dit, déjà ? Je sais que l’Histoire va faire le tri. Ça ne passera pas, ça ne peut pas. Impossible. Il faut que ça s’arrête, je redoute comment, je redoute le temps que ça pourrait prendre, je redoute, conceptuellement largement pensable, les étapes  gigantesques pour y parvenir, jusqu’à un roulement générationnel, sachant qu’un colossal échec peut encore advenir et sous une forme que peu pourront être capables de penser et de prédestiner. Je sais que la société n’a pas les moyens, du tout, de relativiser, de comprendre ce qui est en train de se passer, d’être dit. Elle ne sait pas comment, elle ne sait pas pourquoi, elle ne sait pas d’où, elle ne sait pas depuis combien de temps, elle ne sait plus rien. Rien. Elle n’a pas suivi, elle ne pouvait pas. Et pour la énième fois, ce n’est pas à elle de savoir !

J’ai un jour de retard, sur ce coup-là, à propos de l’ « Opération Résilience ». Ce n’est pas grave pour la datation de mes articles et pas même pour ma seconde partie « ET DIEU », puisque je ne parlerai pas d’autre chose que prévu, mais ce retard est de ma faute : je ne peux réellement plus entendre la voix de Macron, ni le voir sur les écrans au moins dans l’exacte seconde où l’action se passe. C’est la Minute inversée de la Haine, pour moi. J’attends donc toujours un peu que le temps l’archive pour moi, preuve que j’ai encore conscience que mon sentiment n’a rien à foutre dans une démarche intellectuelle.
Je n’arrive pas forcément à être fière de cette maîtrise alors qu’à considérer l’effort que ça me demande, je devrais, pour commencer, et ensuite : cette étrange puissance-là aurait dû m’aider, il y a des années, et la preuve qu’au contraire elle n’a rien pu contre mon lynchage est la démonstration de l’autre puissance que j’avais face à moi, qui ne jouait pas du tout avec les mêmes outils que moi : l’Histoire, la mémoire, les bibliothèques séculaires, la réflexion et la création, la conscience. Ce n’est pas pour rien que je case ça ici : il y a 16 ans, je suis arrivée dans le milieu culturel avec une « armée » entraînée, massive, ultracompétente, logique et endurante, intelligente ; je pensais qu’il y aurait un affrontement qui libère au moins un espace à la liberté de penser, à la critique, et rétablisse un équilibre élitiste peut-être mais au nom de la société, et ce que j’ai trouvé face à moi a été le silence, le mensonge, l’hypocrisie, la lâcheté, une mollesse insaisissable par les meilleurs muscles, la négation, et un néant irréversible. Irréversible. Mon armée s’est figée et depuis attend. Elle a tenu parce qu’elle était entraînée, parce que ce qu’elle voulait défendre dépasse tout, parce qu’il n’y a plus d’autre choix quand on décide de se battre pour ce qu’elle comptait défendre. Elle est immobile dans le temps et le passe sans perdre une force et au contraire, son entraînement permanent.

Mais devant ce qui est en face, de nous tous, il me faut juste à chaque fois un peu plus de temps pour surmonter ma colère. Et là, un jour. Le voir une fraction de seconde sur fond de toile de tentes montées par l’armée, de nuit, devant son pupitre, avec sa traductrice en langue des signes ? L’image, pour une ultravisuelle, suffisait à me lever le cœur d’une nausée de rage.
Donc le coup de son « Opération Résilience », je l’ai reçu le lendemain. Je n’y croyais pas en voyant le titre, j’ai dû l’entendre le dire que j’en avais les yeux secs, ouverts depuis trop longtemps. …Non ? Non, non, non, non, non, non, non, non. Non, non, non, non.
Non.
C’est bête, je venais juste d’arrêter de rire, un vrai fou rire, au titre du Telegraph : « Un conseiller du gouvernement a dit que les 2/3 de ceux morts du coronavirus seraient morts dans l'année de toute façon. » Tant qu’il y aura des Anglais… Et ensuite, la résilience de Cyrulnik version Macron.
C’est une mascarade, c’est une plaisanterie, et il n’y aura pas d’amertume assez grande. L’école maternelle de la pensée et de la psychanalyse qui s’allie avec l’infantilisme de la présidence, depuis le « grand débat des idées », c’était officiel. L’immaturité intellectuelle du président était déjà déclarée depuis bien avant son élection, mais je n’ai jamais admis ce que je savais pourtant par défaut mais que je n’avais pas « vu » : la faillite intellectuelle, réelle, sincère, délimitée, et irréversible de toutes les « élites » de France en mars 2019.

Je ne disserterai pas longtemps de la « résilience », terme volé à l’anglais qui alors signifie platement « résistance ». Je ne peux pas lutter contre un best-seller que toutes les femmes de 50 ans et sans le moindre bagage de connaissance ont compris. Au bout d’un moment, je suis obligée de signaler que je ne joue pas tout à fait dans la même cour que ce qui se prêtant des élites françaises et qui n’a comme public que la masse qui pense que Luc Ferry est philosophe. Je ne peux rien dire contre ça, rien. De malheureux lecteurs se trouvent plus intelligents, sont heureux d’avoir une thèse qu’ils puissent répéter facilement et parviennent à se convaincre que quelqu’un les aime et les comprend ? Parfait ! Parfait ! D’accord ! Mais il ne faut pas que ce genre de bêtise existe seule.
C’est un peu comme s’il n’y avait que Dan Brown en tant que littérature. Dan Brown est acceptable uniquement si on sait qu’il s’agit de littérature populaire, d’une écriture à chier, d’un scénario minable, avec des erreurs à hurler de rire concernant même les tableaux de Vinci, ce qui est un comble et n’a gêné personne : même le Louvre est parvenu à communiquer à mort grâce à Dan Brown qui a confondu, sous prétexte qu’ils ont le même nom, un tableau du Louvre avec un autre de la National Gallery à Londres, et ce n’est pas une petite erreur : l’héroïne soulèverait, en fait, un tableau de plus de 300 kilos après l’avoir décroché hop comme ça, comme si les œuvres dans les musées étaient pendues avec une petite corde à un crochet genre le salon de mémé… Ensuite, l’héroïne menace un gardien du musée de crever la toile d’une œuvre pareille en enfonçant son genou à l’arrière, sauf que le tableau de 300 kg qu’elle tient facile, et qui doit aussi la dépasser de 50 centimètres a une vitre, pour le protéger, y en faut de la force, dans le genou, hein ? Mais bon….
On sait que Dan Brown ne vaut vraiment pas grand-chose parce qu’à côté, en France, il y aura Zola ou Flaubert. Le problème n’est pas de les avoir lus, mais juste de savoir qu’ils sont là. Tout objet qui gagne trop facilement la compréhension populaire n’est pas un mal du tout : sauf si le pouvoir qu’il a sur la société provient du fait qu’il use uniquement de ce qu’elle est seulement capable de penser. Il y a des objets qui parviennent à remporter la compréhension de la société parce qu’ils lui font lever la tête de force au point de la remettre debout et la société sait faire la différence entre les deux : ceux qui la laissent en place, qu’elle soit assise, couchée, à terre, ceux qui la relèvent. À condition que les seconds existent.

La « résilience » de Cyrulnik est un objet populaire, admissible sans aucun problème par les masses. Il ne devrait pas être utilisé par une élite parce que ça ne « devrait » pas être un outil qui l’intéresse du tout pour son propre job : il est impropre, trop court, d’un grand ennui intellectuel, et provient d’une personnalité dont l’attitude avec le politique, la critique, et son propre regard sur elle-même sont réellement à rire quand on n’est pas en colère. Mon inquiétude concernant la réception de l’œuvre de Cyrulnik a 20 ans. Ce n’est pas réellement à cause de lui, ou ce qu’il a écrit dont je me fous, c’est à cause du contexte dans lequel il a été adoubé, à cause de sa manière d’en être flatté, à cause de ses professions qui faisaient la démonstration qu’elles ne servaient plus à rien, mais rien, rien, au milieu d’un jeu de cour où il préférait glisser de plaisir en souriant plutôt que planter son métier en bouclier jusqu’à ce que sa vibration obtienne le silence.
Je mesure le succès dans les élites, quelles qu’elles soient, à ce qui constitue l’élite même : pourquoi « elle » ? Comment « elle » ? Et à la totalité de l’objet+auteur qui reçoit l’agrément de l’élite.
AUCUN auteur qui respecte la critique aujourd’hui et soit ému ou flatté de l’assentiment de ceux qui actuellement et depuis quelques décennies formeraient ce qui se croit l’élite en France n’en est un. On ne peut pas accepter de frétiller de la queue comme un fou à l’idée d’être reconnu par les élites actuelles et celles sur plusieurs décennies. C’est la trahison d’un amour de la servilité, d’un non-dépassement de son propre ego, d’une inconnaissance terrible de soi et de la nature humaine et d’un aveuglement encore plus dommageable concernant l’état sociétal français, sa psychologie, aussi. Alors quand on se prétend neuropsychiatre ?

Mon job est effroyablement infaisable. Je le sais, ça ne m’empêche pas de le faire. À cause des dates : il me faut des dates, non niables, qui prouveront toujours un état intellectuel, critique et offensif et une existence. C’est à un point que je joue pour l’Histoire, là, je compte sur elle. Mon job est le même, quelque part, que celui de la drôle de gauche ou des complotistes de toute nature que j’ai pu décrire fouillant un tas de fumier, mais ignorant qu’il s’agit d’un tas de fumier, et dont ils ne voient que la position qu’il leur offre : ils sont au-dessus : alors ils pensent voir mieux, plus large, et plus loin. Ils tirent de là des petits vers de 280 caractères qui tous assemblés font des fois un livre. Ils fouillent dans le passé acidifié sur lui-même parce qu’il est balancé là sans soin depuis très longtemps et jamais n’a été aéré. Ils cherchent de quoi édifier : des chiffres révélateurs, qui a pris telle décision à quel poste, la faute à qui. Ils cherchent dans un univers qu’ils maîtrisent, ne vont pas très loin non plus, trouvent toujours ce qui parlent facilement au plus grand nombre qui se croit toujours concerné. Ce n’est pas faux : tout le monde est concerné par l’économie, la politique, sa vie régionale, communale, surtout quand ça ne va pas et qu’il faut mâcher son dépit, son ressentiment, et son impuissance, aussi. Moins il y a un pouvoir réel à quelconque « contre », moins il a de portée dans les actes, plus il trouvera de l’édifiant. L’ex-Front national et toute engeance de ce type n’ont jamais travaillé autrement et les « actes » mêmes les terrifient. Ils ne sauraient pas faire, ils ont un soulagement non-avoué, même au fond de leur conscience, à échapper toujours au passage cruel entre l’attaque formelle et la pratique. Alors l’édifiant passe bien. Chacun gratte et bosse dans le cadre d’une formation et d’un job, avec la moitié d’eux intégrée à un média ou un autre, et pas si obscur que ça. Ça fonctionne.
Une de mes différences avec eux c’est que le sujet que je critique n’a aucune limite, ni thématique, ni temporelle, ni géographique et que la compétence qui me permettrait que ma critique ait par défaut une valeur n’existe pas, elle n’a aucune reconnaissance et si elle n’en a pas, c’est parce qu’elle ne peut pas être reconnue par la moindre élite actuelle. Le tas de fumier, je ne suis pas montée dessus, je l’ai démonté, couche après couche, et quand j’ai eu fini, j’ai cherché qui avait fait un tas pareil, depuis combien de temps, et pourquoi à cet endroit-là, j’ai regardé la ferme plus loin, son terrain, tout le village, la ville à côté, la région, les autres villes, les habitants, chacun, leur famille, leur vie, leur intérieur, j’ai écouté, j’ai observé, j’ai suivi, j’ai agrandi toujours plus le questionnement et je n’ai rien fait d’autre qu’y réfléchir ensuite, rien d’autre, en continu, ou presque, d’abord 3 ans, ensuite 10. Et j’ai une excellente mémoire. J’ai aussi assez lu pour ne plus avoir forcément à lire. …Ouais, c’est possible. J’ai obtenu quelque réponse, j’ai des conclusions, et le plus important : j’ai l’argumentation, la démonstration, par récurrence. Donc peu importe cette histoire de non-reconnaissance, la différence entre ma vision de la situation et celle de quelconque critique, ce sont ces années uniquement condamnées à la réflexion face à un sujet illimité et à un esprit critique qui fonctionnent sans commande, en continu.
La critique a besoin de toutes les compétences, et je ne vais pas m’inventer économiste ou médecin ou avocat ou architecte : en aucun cas une réflexion fait décrocher des diplômes virtuels ou mépriser des années d’études précises. Par contre c’est tellement un élément qui pourrait être mieux partagé et qui devrait animer presqu’uniquement ma génération que j’ai beaucoup de mal à admettre qu’elle ait choisi ses bornes et qu’elle n’ait toujours pas défini qu’elle est en train de travailler sur le même tas que ses pères, et de la même manière. J’ai un mal fou qui me rend réellement méchante face à quiconque de ma génération qui ait un minimum de portée face à un public, qu’il ne soit que ça, qu’il soit si étriqué, qu’il manque tant de hargne, de rage, de coffre et de puissance de frappe intellectuellement parlant.
C’est chouette comme quand on n’est personne être soupçonnée d’orgueil est impossible, mais si quelqu’un y pense, juste là, qu’il s’avance pour qu’on en discute.

Face à un président qui tweete : « Nous ne devons avoir qu’une obsession : être uni pour battre le Covid-19 » ou qui prévoit une « Opération Résilience » devant des tentes militaires et de nuit, les sursauts de « contre » actuels, relativement « jeunes », ne comprennent pas que le « nombre de lits fermés » par « qui » et « quand » sur les seules 15 dernières années, pour ne prendre que cet exemple-là, n’a pas la moindre importance et cette information n’aura aucun pouvoir. Aucun.

Je vais revenir avant de retrouver cette affirmation à ce que je pensais dire dans cette partie 2 de « ET DIEU. » Je pensais y donner des pistes plus fines à lire que « fraternité », « guerre » « peur » et « souffrance ».
(Je ne parlerai pas que l’univers ait pensé envoyer le virus pour que la planète respire. Ça me semble évident que oui.)

Bon, un dieu-univers balance un virus, peu importe qu’il tombe en Chine en premier et comment il va se propager. Le monde entier se retrouve face à quelque chose qu’il ne comprend pas mais qui apparemment ne touche pas tout le monde avec une égalité probante. Les chiffres donnés ne riment à rien, les conditions de santé de ceux qui sont morts ne sont pas définies, les générations sont découpées très étrangement dans les statistiques, il n’y a même pas de chiffres réels disant que plus d’hommes que de femmes seraient touchés ou inversement. Par défaut, par manque d’informations, une fausse «égalité » semble régner de toute part.
On peut, à regarder les actes d’un dieu relatés dans les textes fondateurs, trouver que cette « égalité » a toujours existé : le dieu-univers était juste et n’épargnait personne.  Qui en ce moment n’épargne personne ? Le virus ou ce que les États demandent de façon à protéger  « l’autre » ? « Soi » ET « les autres ». Le chantage d’unité est assez incroyable : il faut rester éloigner de l’autre, ainsi finalement l’autre est éloigné de soi, chacun se préserve en préservant l’autre. Le politique saurait quoi faire de ce nouvel apprentissage de la démocratie « passive », mais un dieu ? Un dieu ne saurait penser en système social, en capitalisme, en hôpitaux et en lits. On peut espérer qu’un dieu regardera un peuple pour ce qu’il est et cherchera à lui faire comprendre ce qui déconne chez lui ou lui faire comprendre ce qu’il doit rejeter de lui.
En positionnant de force tout le monde dans un état de faiblesse et d’impuissance auxquelles la première réponse possible soit l’immobilité pour un temps long, en 2020, un dieu pourrait avoir eu le projet que l’humanité reconsidère sa propre place d’un à un et redéfinisse, alors que le corps est immobilisé, ce qui lui reste de liberté. Et je ne parle pas du tout du « sens des choses » à retrouver en lisant un livre, comme l’a préconisé le président. Je parle de l’essence même de la liberté individuelle.
Tout le monde a capté l’idée ? Bon, maintenant, un dieu-univers retire la donnée « coronavirus », parce que ça, c’est le prétexte, ou le doigt dans le proverbe « quand le sage montre la lune ». Chacun est à distance d’un mètre de l’autre avec interdiction de bouger. Qu’est-ce qui, de lui, mettrait encore en danger l’autre ? En quoi l’autre serait encore un danger pour soi ? Est-ce que réellement, quiconque, même sans virus, a la moindre liberté intellectuelle et critique ?
Non.
Un dieu-univers peut avoir lancé un virus sur l’humanité, et notamment notre petite France, pour que nous dépassions sa facile grossièreté, son côté un peu simple, toujours pas rendu complexe dans aucun média parce que c’est tout simplement impossible, et pour que nous nous posions seulement la question de ce que nous sommes en train de penser, et pourquoi, et comment, et avec quelles limites, imposées par qui, comment, quand, pourquoi.
Nous sommes tous en train de regarder un stream unique. C’est inespéré. Inespéré. Conceptuellement, si nous sommes tous face à la même chose, à voir la même chose, à entendre la même chose, alors ça revient à être face au vide et à n’entendre que le silence. Tous les cerveaux, toutes les connaissances, toutes les expériences, tous les physiques, tous les âges, sont face au même « contenu » : le néant. Quelle est la part d’individualité qui va s’animer face à cette unité ? À ce rien ?
Pour l’instant : aucune.
Aucune. Il n’y a pas de « soi », il n’y a pas « d’autre », il n’y a personne. Personne. Il y a l’écart d’un mètre entre les gens, c’est tout. Et un dieu-univers la rendue obligatoire et visible. Visible jusqu’au pathétisme, au sinistre, à la honte.
Ce mètre est utilisable dans une réflexion, il devient un « concept ». Il est probable que dans ce mètre, et son évolution sur un temps court, des guerres soient nées, notamment la Seconde Guerre mondiale. Il est probable que ce mètre soit la part qui manquait aux historiens et aux sociologues, et réponde à cette question « comment personne n’a rien vu venir ? » Mais pour ça, il faut se défaire de l’idée que quoi que ce soit puisse être un doublon de l’Histoire, cesser de penser « Hitler », « Camps de concentration », « Nazisme » et cesser de croire qu’ils puissent être si brutalement dupliqués. Il faut admettre que nous sommes en 2020, un siècle ou presque, bientôt, plus tard. Il faut aussi se séparer de cette idée de « destin » abordée dans la première partie de cet article et rouvrir l’avenir à un inconnu, au lieu que le présent se boucle à nouveau sur lui-même. Parce que dès lors qu’on pose en hypothèse que la situation que nous sommes en train de vivre, (et très vite on découvrira qu’elle n’a rien à voir avec l’apparition du coronavirus) a des similitudes conceptuelles avec des instants de l’Histoire qui ont mal fini, l’unique but de la réflexion suivante sera d’éviter une suite qui a été logique dans un autre temps, pas d’attendre que l’univers valide avec un conflit indéfini ce qu’on redoutait. En travaillant « contre » le présent, on ne saura jamais ce qui aura été évité.

Dans une telle lecture de l’état coronavirusé de la société, le nombre de lit fermés ou rouverts devient une information qui part dans le néant que tout le monde fixe. Ce n’est pas qu’elle soit fausse, c’est qu’elle est sans intérêt au-delà de sa seule seconde et d’un contexte qui lui aussi est lié au virus. Ça va bien au-delà de ça : c’est qu’avoir un doctorat en droit, en sociologie ou en économie ne sert plus à rien si les seules informations et les seules réflexions qu’on est capable de manipuler sont périssables avec le sujet qui les autorise. Qu’on ait ou pas des micros à volonté pour parler n’a plus non plus de sens si les mots prononcés restent accrochés à un présent qui se pense paralysé par le virus et rien d’autre. La compétence qui permet une vision réaliste et extraite de la date du jour et du contexte du virus n’a plus à être démontrée par un diplôme, une place dans l’élite, dans un média ; quiconque a accepté la difficulté de « penser » ce mètre entre lui et un autre va vite dépasser les plus grands gourous du « vivre ensemble », et faire voler en éclat la propagande autour de la fraternité, la communauté et l’entre-aide et la fête entre voisins, aussi. C’est toute une mystification de la société qui va s’effondrer. Ça n’en annulera pas la distance d’un mètre : ce qui disparaîtra des leurres actuels ne fera jamais que renforcer sa présence.

Sans aller jusqu’à cette vision qui est difficile à maintenir intellectuellement, trop complexe, difficile à vivre aussi, et qui n’a pas à être demandée à la société, mais uniquement à une nouvelle élite qui n’est absolument pas en place, et qui ne peut pas l’être, on peut au moins s’arrêter sur cet étrange phénomène : alors que toute la société subit la volonté de l’univers et s’en trouve totalement dépersonnalisée, tout entière sans plus de grade ni hiérarchie, d’âge, de sexe, de moyens, tout entière confinée, elle ne s’aperçoit pas qu’elle écoute toute la journée des médias qui bien qu’ils aient eux-mêmes un boulevard infini de largeur pour mettre en valeur la mascarade de la présidence, préfèrent la suivre. La société ne voit pas que personne n’a lutté contre le terme de « guerre », elle ne voit pas que le personnel soignant est honoré d’être considéré comme « guerrier », elle ne se choque pas qu’on parle « d’armes et de munitions », elle ne s’inquiète pas de la monstrueuse unité thématique et n’a toujours pas remarqué que personne n’avait encore trouvé à rassurer, que personne n’avait encore assumé son job dans le soin : calmer, empêcher toute panique, limiter la douleur dont morale, ni que le gouvernement courait après les alertes et les alarmes avec une joie inouïe, ni que le président s’amusait comme un fou, au propre, à se croire un général en plein conflit, ni que tout le spectacle auquel elle assiste est une débâcle non pas à cause du manque de moyens mais à cause du manque de tenue, de force, de sérieux, de conscience, de maîtrise adulte.

La société enfoncée dans des millions de cavités oculaires regarde des humains faillir à tout. Ses idées glacées de peur, derrière ses tympans, n’entendent que geindre des professionnels, larmoyer ceux auxquels elle devrait confier un autre jour, sa vie et sa mort. Elle ne mesure pas que ce n’est pas à cause du manque de moyens qu’elle devrait paniquer, mais à cause de ces centaines de corps qui se traînent en suppliant pour un peu de repos.
Des héros, des guerriers, dont les plaintes sont démultipliées, les doigts d’honneur, derrière leurs masques, sont levés par milliers. Ils manquent de lits ? Seulement ?

La société ne peut pas déterminer seule qu’elle est en danger, et certainement pas à cause d’un virus. Au lieu de profiter du vide exceptionnel qu’a créé cette situation, elle préfère quoi que ce soit qui le remplisse et si c’est pour sa perte, elle ne le verra pas. Elle pense qu’après le virus, on reviendra tout de même à une situation ressemblant pour beaucoup à l’avant-virus. Ce sera compter sans tout ce qui se sera développé et qu’elle n’aura ni vu, ni entendu quand il n’y avait que ça à voir et à entendre pendant au minimum aujourd’hui, 4 semaines. La société est prévenue, alertée, tout entière face à une seule information hurlante, et elle va la rater. C’est certain à présent. Pas besoin d’attendre la fin de la quarantaine. C’est déjà foutu. L’univers a échoué.
Et mon problème est que je ne vois pas comment on pourrait recréer ensuite ce canal unique des médias qui fait qu’il s’en efface, ou cette permission offerte à chacun de comprendre à quel point et pourquoi cette distance d’un mètre avec l’autre est une barre d’acier qui annule les individus qu’elle lie.

La société est en train de démontrer, même en 2020, qu’elle doit être conduite. Elle le demande, en ce moment, c’est effroyable de le constater. Et elle n’a pas reconnu du tout qui l’entendait comme son « destin ».
Je peux comprendre que la société manque à ce point de bonheur qu’elle ait oublié son rire. Il est aussi, il paraît une démonstration de l’intelligence, donc son absence devient inquiétante. Je peux comprendre que la société n’ait pas le choix d’avoir peur et qu’il lui soit impossible de se poser la question « pourquoi je n’ai pas le choix ».
J’ai une foi, dont on m’a toujours démontré la stupidité naïve, en la société. Et, là, je ne suis pas en train d’écarter les bras pour dire comme la France est belle avec la voix qui tremble devant un micro, cette France-là : rien à foutre, elle n’existe pas et au mieux, c’est celle de la Collaboration ou de 68, ou du fantasme de la Révolution française, donc ça ira, on s’en passera. Je parle de ma société, conceptuelle, peut-être historiquement celle du XIXe siècle d’ailleurs. Je ne peux pas ne pas croire qu’elle ait une force, toujours, même dont elle ignore tout, et qui sache se révéler. L’Histoire récente n’est pas du tout en faveur des sociétés, et encore moins de la société française. Mais je n’arrive pourtant pas à décrocher de l’idée qu’elle n’est pas faite pour être écrasée dans sa médiocrité. Je n’attends pas que tout entière et pour chacun de ses éléments, elle touche au génie, elle soit le « Bien » incarnée. Le problème n’est pas d’atteindre une valeur absolue d’éducation angélique mais que sa propre moyenne bascule du côté lumineux de la force. La société peut être plus que ce qu’elle est aujourd’hui, elle doit pouvoir avoir une autre conscience d’elle, de façon réellement générale, pas à coups de petites associations engagées ou de ces putain de « petits gestes au quotidien ». Je ne parviens pas à croire que la société ne puisse pas avancer à une autre allure, se munir d’autres personnalités pour la conduire que ce qu’elle a fait naître seulement et qu’elle pense tombé du ciel, comme un hasard. Je ne peux pas capituler et lui reconnaître la possibilité d’un avenir tant qu’elle n’aura pas décidé de réétudier ses causes et donc de projeter ses conséquences.
Et même si je me plante, je n’ai pas le droit de croire autre chose. La question est réglée.

Dieu, un dieu, l’univers, on s’en fout, qu’il soit mort ou vivant, on s’en fout aussi, si on veut l’appeler destin ou fatalité, allons-y, finalement, peu importe. En un an, jour pour jour, on a connu je ne sais combien de fins du monde annoncées, par l’eau, par le feu, par les pangolins et les chauves-souris, maintenant on appelle ça une guerre, okay ! Ça va à tout le monde, parfait ! Vraiment, parfait.
Et dans 20 ans ? Qui aura les couilles d’expliquer cette guerre ?
Dans un an ? Dans un mois ?

Je n’ai pas terminé du tout, je n’ai même pas commencé avec l’énormité de l’ « Opération Résilience », ni avec « Nous ne devons avoir qu’une obsession » toléré dans le propos d’un président d’une démocratie, mais j’ai pu mesurer comme ces mots restent des mots pour la société. En fait, depuis l’apparition du virus, il semble que tout ce qu’elle entend soit parole d’évangile et qu’elle trouve que d’heure en heure s’écrit un nouveau chapitre. La société confond variation et déplacement mais elle n’a jamais moins analysé ce qu’elle entend et remarqué sa répétition formelle et de fond. Les mots lui arrivent, elle ne les remet pas en doute, même s’il s’agit des pires qui puissent être prononcés pour rien, même si en dehors d’une fiction, ils n’ont aucune raison d’exister.
La société démontre qu’elle fait partie d’un temps qui mérite d’être nommé néo-Moyen-âge, elle se rassemble, par ses médias, pour entendre, et cette fois ce n’est même plus une critique des palabres des médias ou de leur pouvoir : une seule parole. Elle écoute ses prêcheurs, elle regarde les vitraux qui montrent sa propre histoire immobile. Elle chante en latin, même à ne pas comprendre cette langue, réservée à l’élite. Le temps de la société est de style roman : massif, immobile et au mieux répétitif, il est pauvre en ouverture, épais, résistant aux coups, sourd.
Le temps de son président est, historiquement, une excitation : il s’est vendu au début avec un livre nommé Révolution (XVIIIe siècle), élu : c’était Napoléon devant les pyramides, deux ans à chercher à se rapprocher de De Gaulle, pour les élections européennes, il a tenté, même avec une traduction minable, la Renaissance (XIVe-XVe-XVIe siècle), il a essayé de vendre qu’il nous sauverait du nazisme en repositionnant 1933 début 2019, et on est reparti aussi sec au temps des Lumières, à cause de son « grand débat des idées » et à présent, nous en sommes à 14-18 avec « Clemenceau dans les tranchées ».
Mouais.
Macron n’a aucune idée de l’époque que nous vivons. Aucune. Il ne sait même pas « pourquoi » il a son âge. Il ne sait pas du tout quel temps vit la société. Il teste. Il virevolte, il prend des rôles. Ça pourrait l’inquiéter, cette société, mais il faudrait qu’elle sache elle-même dans quel temps elle vit, et « pourquoi » elle a son âge.
Ils se sont bien trouvés, même à ne pas se connaître l’un l’autre, Macron et la société.
Mais si l’une est innocente, l’autre non. Des deux, il n’y en a qu’un qui se croit un destin et il est en train, sans même une stratégie, c’est impératif de le comprendre : rien de rien de rien n’est une stratégie, de fabuler sa propre dimension et de décider de la société.

Si on veut croire qu’en retirant le virus de la position actuelle de la société, elle démontre qu’elle s’est elle-même laissé enclaver dans un temps obscur où la langue qu’elle entend et qu’elle chante elle-même n’est pas du tout la sienne et qu’en fait : elle ne la comprend pas. Que tout ce qui touche son corps et son esprit lui reste un mystère, qu’en dehors de cette enclave, elle n’a que le pouvoir qu’elle se donne, très faible, et avec fatalité, regardant le ciel comme s’il devait décider d’elle, ainsi que le peuple l’attendait d’un dieu.
Si on veut bien reconnaître qu’en dehors de la société, un élément qui s’octroie le plus de pouvoir pour son cirque, est temporellement instable et cherche avec frénésie le rôle le plus beau à ses yeux pour correspondre à l’idée qu’il puisse avoir de sa vie, décidée par les dieux.
Si on veut bien comprendre que la société enfermée pour son bien, écoutant une parole unique, recevant des nouvelles du monde comme il y a 100 ans, d’aussi peu de vérité, avec des cartes envoyées du front qui mentent ou lui décrivent quelque chose qui ne correspond pas avec les journaux, ne peut pas, intellectuellement, replacer dans son réel contexte les seuls mots de « Opération Résilience. »
On peut croire que la société va au-devant de deux temps possibles : ou une néo-Renaissance parce qu’elle va finir par réellement buter contre ses murs, tirer sur ses liens, et jaillir d’elle pour le meilleur : ça a déjà eu lieu dans l’Histoire, ou une troisième guerre mondiale. Soit un progrès uniforme et élevant concernant la totalité, de tous, corps et esprit, soit un temps de régression où un seul sera enfin un vrai chef de guerre, vous pensez que le président va préférer mettre en œuvre quel temps ?

« Et dieu », qu’on y croit ou pas, peu importe, jouez le jeu : retirer le virus de l’équation sociétale, politique et économique. Note : chacun est libre de jouer. Et c’est gratuit.


À demain ?


SAMEDI 28 MARS 2020
📍Chers Abonnés 🖤 

Note : Chaque texte des épisodes de la série PUCK’S | CORONA PROPAGANDA est disponible quelques instants après la mise en ligne sur YouTube sur le blog PUCK Claire Cros’17SWORDS sur Mediapart et sur le site puck.zone.

Demain, épisode spécial Batman, histoire de souffler un peu.
Allez, la suite demain !
 
Claire
CORONA PROPAGANDA | RYTHME CIRCADIEN : « À MIDI, C’EST RAVIOLIS ». 12/X

Rythme circadien : 24 heures commandées par notre horloge biologique, dont le sommeil, phénomène mystérieux. Dans ces 24 heures, coronavirus ou non, le monde ne tourne pas plus vite derrière une seule info coupée par de grandes pensées toutes soumises à l’« occasion » de « réimaginer le monde », ou celle de « réinventer nos habitudes », et celle de « repenser notre économie ». Que de la gueule.*

Et ça ne dépasse toujours pas les titres de magazines féminins à propos du week-end, du printemps, de l’été, de l’automne, de l’hiver : l’occasion de faire des soupes maison, l’occasion de prendre soins de ses ongles, l’occasion de faire une cure d’eau de concombre, sauf que les sujets se voient à l’échelle planétaire et sont conscients de l’ « occasion » de s’adresser à l’humanité tout entière. Donc il faut de beaux grands sujets, tous plus curieusement naïfs les uns que les autres : l’occasion de se pardonner, avec le rapprochement à l’instant de la prière, bien que dans deux directions, d’un soignant musulman et d’un autre juif, l’occasion d’effacer les déséquilibres sociétaux les plus injustes, avec l’entre-aide et distribution de nourriture aux sans-abri, l’occasion de se faire de la com’ avec une bonne volonté, Crocs qui filent des pompes aux infirmiers du monde, l’occasion de se cultiver, avec la place de l’Art chez soi, les fondations dans son salon.
À côté des concombres et de l’Art, sachant qu’il va y avoir un nombre limité de rythmes circadiens, il y a l’urgence dont sont conscients les gouvernements de toute taille, tous les pouvoirs, jusqu’aux communes, de faire la liste de doléances pour tenter de s’entre faire craquer au niveau des corona-prêts et des corona-financements. On peut observer que les deux plus grandes puissances mondiales ont un discours commun extrait des problématiques purement sanitaires et pour y répondre : les deux conseillent de jouer le mental. « Je vais bien, les cerisiers sont en fleurs », en chinois ou en américain, il y est moins question d’argent.
Les plus vieux sociologues au monde, genre bientôt centenaire, expliquent dans Libération que c’est l’occasion « de ressentir plus que jamais la communauté de destins de toute l’humanité. » Et ben, déjà, s’il y a plusieurs destins, ça va pas être simple et avec ce que je viens d’écrire sur le destin, je suis désespérée de lire ça, tiens. Je remarque que dans l’élite de la pensée, on ne dit pas « occasion » on dit « envisager » avec « occasion » en ellipse ou on parle d’« opportunité » « d’une crise existentielle salutaire. » Je vais me pendre, sans déconner.
Presqu’un siècle de vécu pour arriver à dire qu’à midi, c’est raviolis.

Le sociologue, c’est Edgar Morin, je n’ai rien contre lui, je m’en fous, en fait. J’ai gagné ça, quand même, devant quiconque ne me soit que lointain et écrits, de dire d’un être qui est humain dans sa vie, ça paraît logique, de dire « je m’en fous ». Ça ne le fera pas mourir, ça ne le fera pas vivre dans mes idées plus loin au niveau de ses écrits aussi nombreux et internationalement reconnus soient-ils. Il m’a lue, lui ? Non. Bon. J’ai appris à me foutre de moi, aussi, on y survit parfaitement dans une lutte perdue d’avance avec son rythme circadien. 35672 tours de rythmes circadiens, et à midi, c’est raviolis.
Et l’Humanité ? 109200000 tours x d’humains en 300000 ans pour entendre ça ?
Merde.

Dans ma révolution littéraire, il y a entre autres, inédite, la gestion du temps à l’écrit, le rythme circadien des personnages, le temps de leurs actions, et celui de leur dialogue. Le lecteur a son horloge biologique liée dans la lecture, parce que prise dans les lignes. Ça participe de l’addiction de la lecture, invisiblement, puisque c’est dans la matière même. Le Temps, qu’il soit d’éveil ou de sommeil, quand finalement il est accordé pendant des années à mesurer celui des autres pour qu’il soit réel, qu’il soit celui de personnages ou d’un être humain, devient un sas automatique de lecture, une balance sur laquelle tout peut être pesé, même les idées. Puisque j’ai géré ce temps des années en tenant compte de la seconde à l’intérieur de décennies, toujours dans la fiction et le réel, je ne compte plus depuis longtemps le poids d’une seconde seulement. Le poids d’une crise. Le poids d’un espace-temps trop normé par autre chose que le soleil et la lune, et le rythme obligé du corps. Et que le monde n’ait plus ni nuit ni jour pour lui-même ne change strictement rien à ça : se faire avoir par l’instant me semble le piège le plus vaste et sans fond de l’époque.

Notre propre corps a des hormones produites pour faire cesser une autre production qui sinon serait continue, la pause est imposée dans le rythme circadien, c’est une sorte de sagesse physique devant laquelle la science est encore étonnée et sans réponse. On pense que cette pause est nécessaire, parce que si elle manque, des problèmes arrivent psychiques et physiques, et que sa suspension provient d’éléments néfastes, du café à la drogue. La privation de sommeil est une torture. La privation d’éveil par contre, n’a pas de sens, sauf si on veut la voir de façon théorique : l’éveil concernant la conscience de soi et du monde.
Le coronavirus aurait donc un pouvoir : augmenter notre éveil, allonger cette part de nous, la grandir, lui donner « un temps » supplémentaire.
Ah ouaaaaiiiiiiis ? Troooop coooool.

12 jours de confinement, et il va falloir produire en nombre des diplômes de Dalaï-lama a un paquet de gens. Pour l’instant, je vois beaucoup ce mot que je n’ai jamais compris « optimiste » (pas plus compris que « pessimiste », d’ailleurs). Il y a une sorte de soleil obligatoire qui caresse doucement les pensées de ceux autorisés à parler jusqu’à être bien relayés jusqu’au public. Le temps donné par le virus n’a pas d’autre option que d’être rentabilisé par une pensée positive et optimiste à propos de l’évolution humaine. Juste avant le coronavirus, c’était la fin du monde, depuis, c’est son renouveau annoncé. Et ça ne gêne pas les intellectuels, il semble, de switcher comme ça ? Moi si.

Le rythme circadien du monde, c’est effectivement éveil et sommeil, soleil et nuit de poète : Bien et Mal, Beau et Laid, conscience et obscurité, et, si pour les scientifiques, il a son mystère concernant les 24 heures humaines, pour les poètes aussi depuis « une » nuit des temps. Mais un virus n’a aucun pouvoir sur la part de conscience du monde. Ça, c’est une folie à penser. Comme il serait une folie de commencer à penser en « économie sanitaire » sur le modèle du coronavirus, parce que si le virus suivant, et il y en aura un, dont la propagation sera exactement la même, d’ailleurs, qu’on soit prévenu ou non, s’attaque aux intestins, je doute que les hôpitaux auront assez de pots de chambre. Il est sexy, ce virus-là, il est « propre », il ne dérange pas, il ne dégoûte pas, et même la belle vue radio 3D des poumons beaucoup atteints par le virus n’écœure pas vraiment, avec tout ce qu’on voit sur les paquets de cigarettes. Si le monde entier avait la chiasse, je ne suis pas sûr qu’Idris Elba aurait déclaré dans les premiers avoir été testé positif. C’est comme le cancer, des poumons, ça va, du fion, c’est déjà plus délicat. Et le premier qui me dit qu’il faudra quand même bien plus de respirateurs : …Ouais, il en faudra plus aussi quand une énorme génération va se retrouver tout entière en même temps aux soins intensifs, et ça, on le sait depuis 75 ans.

C’est une folie, idiote et naïve, de penser plus loin sur le modèle de ce que nous sommes en train de vivre sur strictement tous les plans en imaginant que le monde se soit tant désaxé qu’il change les règles « durablement » de son propre rythme circadien. C’est une folie philosophique et sociologique et scientifique aussi, d’ailleurs. Le seul lieu où tel changement soit pensable est dans une fiction, et encore ceux attachés à les rendre réalistes et qui veulent développer une modification notable de comportements sociétaux, ou au moins leurs tentatives éparses, sont obligés d’étaler l’action sur un temps bien plus long qu’une quarantaine.

Les comportements humains, en 2020, face à une urgence, au 12e jour d’un confinement, dans un monde « riche » sont en phase de creux et de fatigue, de lassitude. La concentration, la compassion, tout ce qui a été exacerbé montre sa fatigue et l’apport énergétique médiatique ne suffit plus. Un coup de théâtre supplémentaire, créé (on n’en doute pas trop), ne réactivera pas la panique, le corps se charge de modifier la portée d’une information et de gérer ce qu’il y sacrifiera encore en force. Les médias vont en profiter pour parler de ce qui n’émeut pas le monde en temps normal : le manque de moyen dans les endroits les plus défavorisés de la planète. L’œil du public ne va pas se couvrir de plus de larmes parce qu’il va le voir comme une information évidente. Ceux qui n’ont rien n’ont rien, ils meurent, mais ils meurent encore du tétanos, aussi, alors… Non, le problème c’est ceux qui étaient censés avoir tout et qui n’ont pas assez, de façon générale, dans un système de santé comme celui français où, riche ou pauvre, on serait soi-disant à égalité. Le problème est aussi, dans les pays où il faut payer pour le soin, avoir une « assurance », que même s’il y a des moyens, leur distribution peut être douteuse.

Le rythme circadien face au virus sera aussi fortement fonction du pouvoir politique de chaque pays : un pouvoir qui n’a rien à prouver ne va pas se démonter, ne pas en faire trop, prendre des décisions à peine plus hautes et unifiées, tenter plutôt d’avoir la paix le plus vite possible mais il sait que le virus est trop fébrile et trop tendance comme outil politique et il le gérera en « adulte » politique, si ce n’est adulte tout court. Un pouvoir instable ne va jamais calculer que le virus doit rester à sa place et il va faire l’erreur de s’en saisir comme outil politique, il va prendre le risque de réduire au temps de « crise » la totalité de son éventail argumentatif et il n’a plus le choix : il doit « vaincre », mais, plus que ça, il doit aussi entretenir l’illusion qu’il ne cesse d’intervenir, de chercher, de « combattre ». Il doit entretenir l’illusion au-delà de la crise aussi. Il sait qu’il y a une date de péremption à ce temps du virus, et il ne doit pas la quitter des yeux, quand elle arrivera, et uniquement sur la seule décision du pouvoir, il doit maîtriser absolument son public.
Le temps du virus doit dans ce cadre devenir la proie du politique et il est hors de question pour lui de le lâcher ni de se retrouver confronté quand il rouvrira les vannes de la normalité et du quotidien, à une population qui n’en aura plus rien à faire de quoi que ce soit et de tant d’efforts et de gestes emphatiques. L’héroïsme surcréé ne tiendra jamais, il ne tient pas dans les romans, ni dans les fictions, ni dans la réalité, quel que soit le budget hollywoodien qu’on lui consacre, et dès que chacun est sorti d’un sommeil artificiel ou de la salle de cinéma, le « héros » inventé reprend sa seule place et toute son histoire est oubliée et pire : jugée avant ça. Ceux qui ont soupiré pendant des jours ou 2h, pas assez bon public, n’attendront même pas que la salle se rallume, ni même le générique de fin, pour juger.

Le pouvoir politique qui s’empare d’une « crise sanitaire » et demande à la population de respecter un confinement, avec un message d’alerte sur les précautions à prendre, les attestations de sortie, les symptômes, toutes les 15 minutes dans les magasins, doit impérativement gérer son terrain de jeu. Le pouvoir français a décidé de monter un parc à thème, corona-guerre. 12 jours de confinement, et quand il y en aura eu 40, de la France du 16 mars 2020, ne changeront rien à rien de rien, ni politiquement, ni philosophiquement, ni sociologiquement, ni économiquement. La crise est gérée en tant que « fiction », il n’en restera rien que beaucoup de bruit pour rien. Et quand je dis ça, je n’inclus pas les morts et la souffrance, ou la peur, je parle uniquement de l’utilisation de la crise sanitaire pour illusionner d’une modification du rythme circadien de la France du 16 mars 2020, et du monde du début 2020.
Le politique embarqué dans une gestion extraordinaire de ses pouvoirs et qui le montre beaucoup trop, doit le plus vite penser à l’après-crise, ou « l’après-guerre » (il y aura un article spécial « après-guerre »), un temps qui sera pulvérisé, d’abord, par l’envie de la population de retrouver un rythme circadien qui ait un sens pour elle, qui soit plus en accord avec l’entraînement de son corps, même faible, qui lui fasse espérer son sommeil d’un bon repos et pas d’ennui, et dont le moment de veille soit plus diversifié. Ça va certainement salement tirer sur les muscles les premiers jours, l’endurance et la cardio perdues, mais ça fera plaisir de rentrer chez soi, du coup, après une joyeuse vraie journée, les enfants rangés à nouveau dans leur usine aussi. Les bébés qui, eux, sans attestation mais qui avait dérogation naturelle, sont sortis de leur confinement, pourront enfin être promenés dans la super poussette d’occasion qui les attend. Ça ne mettra pas longtemps avant que la population rêve d’heures moins encombrées et déteste à nouveau une partie de la société, redevienne un humain du dehors, au lieu de cet « ange » du confinement.
Mais le politique risque de se retrouver face à une société qui trouvera que tout ce qui a été fait était « comme d’habitude » insuffisant, et surtout «la moindre des choses ». L’attention forcée de la population envers tous les actes et toutes les décisions de l’État va se dissoudre en un clin d’œil et les problématiques du 16 mars vont vite revenir comme si rien n’était arrivé, sauf éventuellement pour celles pouvant se charger réellement de la mémoire de la crise, avec chiffres à l’appui. Et cette fois, ils ont intérêt à avoir un sens. On pourrait être surpris.
Le politique doit donc réfléchir à la façon dont il va faire perdurer une crise hors crise, son théâtre des opérations hors opérations, et comment il va négocier sa « victoire » si elle ne doit être qu’un armistice, soit sans vaccin. Une fois qu’il devra replier ce qu’il n’aurait jamais dû déployer, une fois que le jouet sera sans plus de piles et que plus personne ne se battra pour tenir la télécommande, les ennuis vont recommencer. Peut-être. Parce que le monde qui aura retrouvé la liberté de son cycle circadien ne sera pas friand d’un autre spectacle. La gestion de la crise sanitaire aura aussi été le spectacle d’une crise sociale fatigante dès le premier jour de confinement, et il est probable que la société exige qu’on lui foute la paix deux minutes. Son nombre à nouveau envahissant ses rues et ses couloirs de métro, après un temps d’angoisse, préférera apprécier la tranquillité d’un train de vie retrouvé au lieu de rejoindre les rangs de la protestation. Compter sur l’unité acquise par le confinement pour qu’il en ressorte quoi que ce soit, en positif comme en négatif, à l’arrêt du confinement, c’est n’avoir aucune idée, pour la France, de quel pays s’est arrêté et n’avoir aucune idée, pour l’Humanité, de ce qu’elle a déjà vécu dans l’Histoire, et sur quelle période temps. Mais le politique ne va jamais penser ainsi, pas celui français, c’est strictement impossible, il n’a qu’une sortie possible : étendre une « théorie » de combat, comme il l’a déjà tenté, à un niveau européen, par exemple. Ou continuer à rouler sur l’invention de l’ « Opération Résilience » et donc à utiliser jusqu’à l’usure la notion de « traumatisme » comme passe systématique, social et économique.

C’est quelque chose qui semble totalement passé à l’as, le fond réel de l’idée de « Résilience », l’avoir utilisé dans le domaine propre à l’armée est un grand leurre. L’armée a sa propre définition de la résilience qui ne me semble pas adaptable, sinon l’armée elle-même ne sait plus de quoi elle parle, or il faut que ses termes soient comme elle : respectant l’ordre. Je n’ai pas compris pourquoi « résilience ». J’ai lu des articles : renfort de l’armée, ouais, et pourquoi « résilience » ? Va te faire foutre avec ta question, j’ai abandonné après m’être lu dix articles plombés de vide. L’opération se serait appelée « Mort aux strapontins », ou « Tarte aux mirabelles », c’était pareil : c’est son p’tit nom. Quand c’est « Tempête du désert », personne ne se pose de question, mais là ? …Ben, non plus.
74 millions de Français entendent « Résilience ». Et rien. Okay. Hop, on convoque Cyrulnik pour qu’il nous explique tout ça, plus la vie. J’ai cru m’évanouir de rire et d’ennui au bout d’un paragraphe. De même, en quelques très courts paragraphes, il brasse le monde entier, il faut le lire pour y croire, avec une bêtise creuse impressionnante. Mais, quand même, il y a un petit truc, dans ce qu’il dit : il y a « l’après ».
Impossible à extraire du mot « résilience » puisque c’est sa définition, sauf pour l’armée, il y a « l’après » et la capacité à l’affronter après un traumatisme. On n’est pas loin d’une certaine version de « renaissance », sauf qu’il faut y ajouter l’idée d’une « adaptation ». Il y a largement là-dedans de quoi faire pour le politique, tout ce qu’il faut c’est qu’il installe l’idée de traumatisme le plus fortement et qu’il se positionne comme celui apportant des solutions pour le dépasser et permettre à tous de s’adapter à une autre vie.
C’est très improbable. En tout cas au, 12e jour de confinement, c’est toujours le week-end. La semaine ne s’est pas lissée d’un mardi à jamais. On apprend que les Américains achètent un tas d’armes et de poussins, que l’Art est renfloué à coups de milliards, que les Clinton offrent des pizzas aux hôpitaux et que Dyson a créé en 10 jours un respirateur avec un super design, que les marques ont revu leur logo pour marquer le « social distancing », ainsi Audi en a séparé ses anneaux et Mac do les deux arcs de son M (C’est le seul truc cool, la malice des designers.) 12 jours de confinement n’ont toujours pas créé leur œuvre inoubliable, et heureusement.
Le politique va devoir tout faire pour ferrer la population et qu’elle croie à son « traumatisme », et pas celui d’être resté enfermée chez elle avec seulement des pâtes à l’emmental rapé, les jeux sur son téléphone et 3 petits, parce que ce traumatisme-là, qui ressemble beaucoup au quotidien du 16 mars, dénoncerait une quantité astronomique de problèmes sociétaux et évidemment économiques sans le moindre lien avec le Covid-19. Donc, non, hors de question. Alors de quel traumatisme va-t-il s’agir pour qu’il soit gérable uniquement par le Pouvoir et que celui-ci se présente comme le « héros de la résilience » ? Qu’est-ce qui va être dit à la société pour qu’elle se comprenne traumatisée et prête, pour y remédier, à modifier quelque chose de façon drastique et évidemment demandant un grand, grand effort ? Genre « Effort de guerre » « pour la Nation » « tous ensemble » « responsables et solidaires » hein ? On va voir.

Le rythme circadien mondial, et à l’échelle des 24 heures humaines biologiques, aurait été foutu en l’air si le coronavirus avait touché la population active en plein, jusqu’à la plus jeune, et les enfants. Et dans toute leur putrescence, « malheureusement » pour eux, les médias et le Pouvoir ne peuvent pas aller jusqu’à inventer ces victimes-là au virus. Concernant la part « active » peu touchée : c’est une des raisons pour lesquelles certains Pouvoirs gardent un calme qui a son arrogance aux yeux du reste du monde. Cette fameuse économie qui devrait être remise en question ne va pas perdre ses bras, ni ses cerveaux et la relève est là. Dans la seconde où le Pouvoir rouvrira les portes de la société : l’économie va reprendre, faire le point sur ses stocks et gérer un approvisionnement recalculé aussi vite sur les pertes et les manques et il faut douter qu’il y ait surproduction frénétique : je ne vois pas pourquoi les entreprises prendraient ce risque quand les stocks même ne seront pas à plat ni pourquoi l’économie repartirait bêtement dans une logique des 30 Glorieuses pour se reprendre l’écologie dans la tête un mois après. Je n’arrive pas à comprendre cet argument que je vois un peu partout, ni celui de surrégime de la consommation.
2 à 3 mois de salaires perdus ou le corona-chômage n’auront, pour les Pouvoirs, pas tué assez de gens, particulièrement s’ils ne sont pas comptables dans les pertes dues au Covid-19. Les disparus, retraités, sont, on l’entend depuis des années, des « poids » pour l’économie et presque toute la jeunesse, d’ailleurs, particulièrement, dans cette jeunesse, les Boomers, ce qui est à hurler de rire mais qui ne les choque pas, eux.
Techniquement, je ne suis pas économiste, mais je ne vois pas comment on peut réfléchir un « avant » et un « après » et proposer d’autres visions de l’économie mondiale en prenant le contexte du coronavirus, sauf à cause du ralentissement dû à celui de la Chine. Mais ce n’est pas un scoop que sa sous-traitance est un problème, il existait avant, et il n’avait vraiment pas besoin d’être révélé quand les entreprises européennes fermaient. Même Trump a demandé il y a des mois et des mois à ces cerveaux économistes de bûcher sur une version de l’économie « sans » la Chine. La « Chine » tant qu’elle ne sera pas dénoncée pour sa seule Histoire, est imprenable et aucun Pouvoir, hélas, n’a les couilles pour ça ou pour aucun autre souci de cette suprataille-là, qui eux sont directement liés au rythme circadien de l’Humanité.
Pour l’enfance du monde, si elle avait été sensible au coronavirus, là, tout sautait.

J’espère que personne ne va se priver de penser que la même crise, les enfants touchés, aurait rendu, en un temps qui est passé pour celle-ci depuis des jours, les plus réels tous les termes de fiction pure avec lesquels on nous bassine, parce que c’est l’unique bulle de vérité, aux parois en graphène et diamants, qui ne tient pas du tout du fantasme ou de l’urgencisme complotiste, qui ne peut pas récolter en commentaire « Han, tu vois le mal partout, faut pas penser comme ça », qui va résister au passage du temps dès la sortie du confinement, résister à l’histoire revisitée (parce qu’elle le sera), résister à tout. Tout.
D’elle, ne peut rien sortir, mais elle peut bloquer n’importe quel engrenage, dont le rythme circadien de l’Humanité.
« À midi, c’est raviolis. » après l’enterrement de mes deux enfants. « Opération Résilience » après la mort du 249e enfant. « Nous manquons de clowns dans les hôpitaux et aussi de respirateurs, pour plus de 612 lits avec des enfants ». Les parents ne peuvent pas rester à côté de leurs enfants mourant, risquant leur vie. Les enfants ont de la fièvre et meurent sans plus de souffle, en France, aux États-Unis, en Afrique : mais là, c’est normal, ils meurent déjà de faim.
« Nous sommes en guerre, la Nation reconnaissante à ses enfants. » « C’est Clemenceau dans les tranchées. » « L’effort de guerre. » « Restez chez vous, sauvez des vies d’enfants. »
Ce n’est pas la même ? Si.
Si. Il n’y aurait eu aucun autre moyen si le virus avait autant tué de vieillards en fin de vie que d’enfants. Aucun. Mais par contre, à ajouter des morts d’enfants dans l’équation, le cirque des Pouvoirs, et évidemment celui de Macron prend une autre allure encore.
Là, il y aurait eu traumatisme, celui que la société, et c’est humain, ne peut pas ressentir viscéralement quand elle perd, dans sa propre chronologie de vie, ceux qui doivent partir les premiers, dans un monde « juste ». On ne peut pas s’abîmer de compassion à hurler contre l’injustice avec la même force pour un vieillard de 95 ans sans plus de souvenirs et un enfant, c’est impossible à penser, même.

Toute cette hystérie politique, les grands braillements épuisés des soignants, le théâtre répugnant et immature de Macron, si des enfants étaient en ce moment entre la vie et la mort, et que toutes les mères et les pères regardent avec une terreur folle leurs enfants chaque fois qu’ils toussotent, ça aurait existé ? Les applaudissements aux fenêtres pour les pauvres infirmiers qui eux-mêmes applaudissent la population de rester chez elle, et les pizzas des Clinton, les anneaux séparés d’Audi, les milliards pour que l’Art survive, ça aurait existé ?

Si les chiens, les chats, les chevaux, les hamsters avaient pu transmettre le virus ?

Si.

« À midi, c’est raviolis. » Voilà pour l’instant, samedi 27 mars 2020, tout ce que l’Humanité, par ses élites intellectuelles, mais aussi leurs prétendants, est très largement uniquement capable de penser.
C’est explicable uniquement parce que la « crise sanitaire » (Note de l’auteur, jamais en des années d’écriture je n’ai mis autant de guillemets que depuis que j’ai attaqué cette série. Même pour les Inktober, ils étaient là pour soutenir un sens particulier, mais pas le sens pur. C’est dingue.) …Donc. C’est explicable uniquement parce que la crise sanitaire ne modifie pas les rôles et n’a pas de violence propre à décupler la force des mères, celle mythique.
La crise est horizontale, elle abaisse l’économie sans lui demander de mutation, son souffle est ralenti assez facilement puisqu’on ne lui demande pas encore d’effort de production et qu’elle ne subit pas de « destruction matérielle » (au hasard : comme pendant une guerre). Les pertes manquent d’injustice à l’échelle du Temps, la société qui doit le plus se remuer pour affronter la crise le fait avec ses égaux en capacités ou ses aînés dont elle reste les « enfants » voire les « petits enfants. »
La crise est dans un espace « physiquement » adulte et quasi exclusivement adulte. C’est société contre société, sans plus. L’effort qui lui est demandé est largement dans ses cordes, si ce n’est une endurance morale et physique dont on ne peut pas dire pour ceux qui devaient en faire preuve, qu’ils auront tenu longtemps sans se plaindre et chouiner. Et je ne dirais pas ça si je ne savais pas exactement ce que signifie prendre sur soi et se dépasser, ne serait-ce que physiquement, mais moralement aussi, et sur une très longue période.
La société ne s’est pas rendu compte que pour la part qui devait tenir, elle se régalait à dire que non, elle ne tenait pas. Si des familles avaient dû entendre la même plainte du personnel soignant alors que leurs enfants mouraient en s’étouffant, il y aurait eu des morts. Le cas du gouvernement aurait été réglé, aussi. Le petit général de foire aurait fait son dernier spectacle de maternelle. Et on aurait pu commencer à conseiller une thérapie ou l’exil, pour son ego infantile.

Je ne peux pas. Et plus ça va, moins je peux tolérer ça, qui est là, là, qui parle et qui joue. Qui joue. Parvenir à devoir dire à la société : imagine tes enfants morts pour qu’un effroi la prenne et que la dignité, la gravité et la vérité retrouvent leur vraie place, c’est atroce.
 
Il n’y aura aucune modification du rythme circadien de l’Humanité. « Réimaginer le monde», « Crise existentielle de l’Humanité», « ce que cette crise nous enseigne », « être en communication avec le monde et le repenser », « renouveler », « l’après », « oser imaginer un modèle de développement différent. », « essayer de mettre en chantier des projets, ce qui est un excellent dynamisant, au niveau individuel et collectif. », mais mon cul, putain !
Tout ce que cette crise révèle c’est la faiblesse adulte mondiale, oui. Son manque de reins, son manque de carrure, sa crédulité, la faillite de l’éducation et la liste est longue mais pitoyable uniquement, et en aucun cas elle ne concerne l’économie sauf que c’est bien ce monde adulte là qui la fait tourner. Peut-être que ceci explique cela, aussi ?

Voilà des décennies que le monde refuse d’être pensé « à égalité » les yeux dans les yeux, frontalement, dans sa seconde même, parce qu’il faut pour ça décider d’une Histoire, et qu’il ne veut pas l’entendre. Et une « crise sanitaire » résoudrait tout, déciderait d’un avant et d’un après ? Mais comment pourrait-on avoir la naïveté de penser ainsi ? Qui sont ces vieux et ces jeunes qui les imitent sans mettre à jour leur propre pensée générationnelle, qui parviennent à sortir une énormité pareille ?
Le monde occidental fait la preuve que chacun veut son malheur dû au coronavirus. Qui peut ainsi aimer une vie uniquement en fonction de ce qu’elle permettra de plaintes ? Sans un instant la regarder dans toute son ampleur et sa définition et son histoire ?
Qui peut, même mourant du Covid-19, ne plus voir sa vie entière que par lui ? Vendre son grand-père mort du Covid-19 sur Twitter « alors, par pitié, lavez-vous les mains !» ? Personne n’est choqué de ce genre de communication personnelle. On vend ses morts sur les réseaux, ses malades, mais on ne lutte pas pour avoir une autopsie ? C’est mieux d’être mort de tendance ou quoi ?
« À midi, c’est raviolis. » C’est le niveau de la pensée mondiale. Je m’attendais à autre chose, je ne sais pas pourquoi, d’ailleurs. J’espère que je ne l’ai pas trouvé, encore, mais que c’est là et que ça va persister. Je n’attendais rien d’autre de la France, par contre, mais elle ne me déçoit pas, ses élites creusent leur tombe et pas encore assez profonde.

Le rythme circadien de l’Humanité sait se modifier, il l’a x fois prouvé, déjà, vers le Bien, vers le Mal. C’est un rythme qui n’est pas du tout vécu de la même façon sur toute la surface de la planète, il n’est pas uni et son jour et sa nuit sont mal répartis, pas seulement pour des raisons économiques.
Au XIXe siècle, on croyait dans un progrès qui révolutionnerait le rythme circadien, notamment pour les ouvriers qui n’étaient pas encore dans le pack « Marx » mais aussi pour les enfants, leur protection, leur éducation. Ça ne date pas des psys de 68, la protection de l’enfance, qu’elle cesse de travailler, qu’elle ne soit plus battue. La conscience de l’humain, ses droits, ne sont pas du tout une idée récente. On nous la refourgue toujours comme un combat tout frais, et au résultat toujours précaire, même dans les sociétés occidentales, mais non, non. Elle est antérieure au XIXe siècle et celui-ci a pensé son temps en l’incluant le mieux qu’il pouvait et avec une force de bélier pour le faire passer mais aussi en obtenir largement autre chose. C’est un siècle qui n’a jamais cessé de désirer le progrès de « son » Humanité, il se sentait devant le néant du futur et sa force en devenait colossale. Un XXe siècle. Et nous sommes dans un début de XXIe siècle qui continue de demander ce qui est acquis depuis 230 ans et oublie totalement qu’il a son propre job de bélier à mener. La « crise sanitaire » semble ne dire qu’une chose : l’Histoire est une bouillie dans laquelle on patauge et dans laquelle notre Temps suffoque, les idiots autorisés en tirent des idées crasseuses et délavées dont ils n’arrivent plus trop à lire la date et ils décident de les retamponner à celle du jour. Personne ne vérifie les sources comme si un bibliothécaire, quelque part, s’en occupait, et pour chaque jour : le monde doit être repensé.
Ça fait des décennies que, chaque jour, le monde « doit tirer les leçons de » tout et n’importe quoi et qu’il ne sera plus celui du « jour d’avant ».

De toute façon, il faudra aller au bout du confinement, je donne quelques jours avant qu’un de nos penseurs invente je ne sais quoi pour nous comparer à des « prisonniers politiques » ou des « assignés à résidence » ou une connerie du genre et sans le moindre humour, en plus. La bêtise, elle n’a pas de rythme circadien, elle, elle ne dort jamais.


À demain ?
DIMANCHE 29 MARS 2020
CORONA PROPAGANDA | ET BATMAN. 13/X

« Pourquoi il s’enfuit, Papa ? Il n’a rien fait de mal. » — « Il n’a rien fait de mal. Il est le héros que Gotham mérite, mais pas celui dont elle a besoin pour l’instant. Alors, nous le chassons, parce qu’il peut le supporter. Parce qu’il n’est pas notre héros. Il est un gardien silencieux. Un protecteur vigilant. Un Chevalier Noir. » — « Il va faire quoi contre le virus ? » — « Rien. Justement. »*

(J’adooooore Batman, The Dark Knight)

L’État a été ferme : le risque est beaucoup trop grand pour les habitants de Gotham. Tant que nous sommes sans preuve qu’en envoyant le Batsignal se poser sur les nuages, les nuages ne seront pas infectés, donc l’eau de pluie, donc les nappes phréatiques, donc nos réserves d’eau, donc notre eau du robinet, et que les assainisseurs d’eau vendus par Amazon n’ont pas été testés sérieusement : on se démerdera sans Batman.

L’Association de défense de Batman assure que le Batsignal ne peut transmettre le virus aux nuages puisqu’il n’a pas été prouvé scientifiquement que les chauves-souris étaient à l’origine de la crise économique mondiale. Mais l’ADB est aussi soupçonnée d’avoir entretenu une communication malveillante visant à accuser Pangolinman. L’Association de défense de Pangolinman a déposé plainte pour diffamation et harcèlement. Elle-même est accusée par de nombreux soutiens à l’ADB de ne pas avoir hésité à poster sur les réseaux des fake-news concernant le refus de Batman de sortir avec un bec de canard.
L’affaire déborde les tribunaux puisque le Comité de soutien à Daffy Duck et les Amis de Donald portent plainte pour propos raciste, et là, ça fait du monde, si on compte tous ceux sous licence Disney.

En ce temps de crise, où chaque jour amène plus de questions sans réponses que la veille, et où le gouvernement de Gotham doit faire face à des questions sans réponses qui sont toujours plus nombreuses que celles de la veille, les questions sont de plus en plus nombreuses et toujours plus que celles de la veille.

Sous la pression de la population paniquée de Gotham, l’énorme projecteur servant à envoyer le Batsignal a été détruit à coups de hache publiquement. Pendant ce temps, autour de l’immeuble maudit qui portait avec une arrogance inadmissible ce projecteur à son faîte, ont été brûlés tous les livres concernant la logique et ceux apparentés. Le feu n’a pas forcément été bien circonscrit et personne n’avait calculé qu’il faudrait brûler autant de livres. La solidarité, en ces temps de crise où chaque jour amène plus de questions sans réponses que la veille, a montré sa puissance et des chaînes humaines, aux mains gantées et dont les maillons étaient bien espacés d’un mètre, se sont passé absolument tous les livres de toutes les bibliothèques, sauf ceux dont la date certifiait qu’ils avaient été publiés après 1960 et qui étaient, par le fait, dépourvus de la moindre logique.
Des jours et des jours, la solidarité a fonctionné. Des jours et des jours. Oui, des jours et des jours. Des jours et des jours. Des jours et des jours. Des jours et des jours. 12, au moins. Des photos des ampoules sur les gants montrent d’ailleurs l’acharnement de la solidarité.
Des vents contraires qui se sont soudain levés ont emporté le feu plus loin et des pompiers ont travaillé des mois sans relâche pour éteindre l’Australie. Certains sont morts. Mais ça ne compte pas à côté de ceux morts à cause du Batsignal.

Les habitants de Gotham ont jugé que dire que « Gotham est en guerre » n’était pas suffisant pour décrire la situation. Les équipes du président de Gotham travaillent jour et nuit pour trouver un terme plus fort et ainsi rassurer les citoyens. Il a en effet été reproché au président, le plus injustement, de ne pas prendre la mesure réelle de la crise et cette légère annonce « Gotham est en guerre », le démontre. Mais le président a dit qu’il saurait « tirer les leçons de cette crise », il l’a dit aussi quand il a cassé un de ses lacets, et mangé trop de chou au piment, depuis, il a des chaussures à scratch et son cuisinier a été fusillé, donc a priori, il fait ce qu’il dit.

Parmi les questions toujours plus nombreuses que celles de la veille plus nombreuses que celles de la veille toujours plus nombreuses, d’ailleurs, hélas, que celles de la veille et qui sont sans réponses, comme celle du jour d’après, l’une d’elles concerne l’avancée du cosplay du président que Bobonne lui avait cousu pour le carnaval du lycée. Il faut le reprendre un peu, pas à cause de la taille, inchangée, mais pour intégrer un masque intégral. Bobonne travaille nuit et jour pour tenter que ce costume soit enfin prêt et livrable. Des photos de ses doigts meurtris par le fil et les aiguilles circulent sur les réseaux. Chaque soir, les habitants de Gotham, au moment de la Minute des Applaudissements, l’encouragent et lui disent Merci. Merci Bobonne ! crient les plus petits à la fierté de leurs parents. Ils savent même l’écrire à présent qu’ils font école à la maison, leur maîtresse sur l’écran de leur téléphone. Les papas aussi ont leur maîtresse uniquement sur l’écran de leur téléphone. Les célibataires aussi, même s’ils ne la connaissent pas vraiment et qu’elle est russe, donc loin et ne pourrait de toute façon pas venir, donc chacun se raisonne à propos d’une relation à distance. C’est payant, en plus.

Les Avengers ont décliné avec regret la demande des Justiciers de la Ligue de venir soutenir Batman, et l’innocenter : seuls Iron Man, Spiderman, Deadpool et Black Panther sont équipés de masques conformes et ils pensent qu’ils ne suffiront jamais contre l’ampleur de la crise. Leurs syndicats affirment qu’ils sont déjà au bord de la rupture, appelés partout dans le monde à cause de la crise financière interplanétaire (même s’il n’y a pas d’autres planètes en jeu, c’est juste pour dire à quel point elle est gigantesque, quoi).

Au 13e jour de confinement de Gotham, les illustrateurs, humoristes, auteurs qui auront osé se moquer de la crise que nous traversons ont été tous retrouvés et enfermés. Ils sont indénombrables, et au moins 2 ou 3, …2, enfin 1 de sûr. En ce temps de crise, les chiffres ne comptent pas vraiment.
Ces personnes, ennemis de la République, de la Nation, de l’effort pour la Nation, déserteurs et contrevenants au deuil national permanent, ont été signalés se promenant sans attestation, nuit et jour, et n’applaudissant pas au moment de la Minute des Applaudissements. Il a été jugé et les habitants de Gotham ont applaudi cette mesure aussi, que se moquer de la coronacrise était tout simplement se moquer des morts, tous, depuis la naissance du monde.

La naissance du monde, à Gotham, a été avancée au jour où Gotham sera libérée du fléau importé par Batman, ce meurtrier.

[Libération vient de tweeter : « BD : du cul sur la commode. » …………J’ai pas compris. J’ai pas non plus suivi le lien pour lire. Mais c’est qu’on est dimanche et le dimanche y en a toujours un qui s’astique dans les rédacs abandonnées et qui en profite. C’est dans tous les journaux pareil, d’ailleurs, de droite, du centre ou de gauche, le dimanche : il y a toujours un article signalé de ce genre-là et, en général, d’une finesse qui interroge. Le dimanche, c’est le jour du cul dans les journaux. Point. Ce dimanche, c’est le cul confiné, d’ailleurs. Y en a même qui osent parler d’amour, mais ça reste culcul quand même. Là où ça m’étonne, par contre, dans cette histoire de commode, c’est que nous ne sommes pas un dimanche comme les autres. Nous sommes un dimanche de confinement, de crise sanitaire interplanétaire, où chaque jour amène plus de questions sans réponses que la veille, et qu’il semble que le virus reste vivant sur certaines surfaces pendant plus de 48 heures, et que personne ne dit, ici, que la surface de la commode a été aseptisée. Je veux dire, il faut savoir, quoi.]

Gotham City a décidé de rouvrir ses musées pour les sauver de la faillite. Des visites obligatoires sont donc organisées par l’État suivant un protocole simple décrit dans la convocation. Les visiteurs doivent se rendre en file indienne à l’entrée du musée, prendre un ticket, gratuit pour les chômeurs et tarif réduit pour les étudiants, et ensuite passer dans toutes les salles en respectant l’éloignement et en fixant chaque tableau à raison de 0,1 seconde par tableau. Pour faciliter la circulation des visiteurs, et augmenter leur motricité, la marche de la file est rythmée à coups de sifflet. Des visites nocturnes sont bien sûres organisées, et le dimanche matin, pour les sportifs, des visites de type jogging. Si le confinement se prolonge, il sera proposé un marathon des musées.

Gotham City a décidé de rouvrir ses théâtres et ses cinémas pour sauver de la faillite l’exception culturelle gothamienne. Le public doit s’installer en respectant un écart de quatre sièges, au début, deux si l’effort de guerre ne suffit pas à renflouer les caisses, un seul siège si un amendement le commande et côte à côte avec interdiction d’utiliser les accoudoirs si la trésorerie l’exige au final.
Gotham City lance un grand projet pour la Culture, et la sauver de la faillite l’exception culturelle gothamienne, devant l’absentéisme dans les théâtres et les cinémas en raison des daubes inintéressantes à l’affiche. Il sera, pendant toute la durée du confinement, et même ensuite, dans l’effort de reconstruction de Gotham pilonnée, obligatoire d’aller au théâtre et au cinéma. Afin de rassurer les citoyens, la porte-parole du gouvernement a expliqué qu’il fallait : « réfléchir deux secondes, quand même, bande de gros nases », et « que quand on avait un masque, on pouvait bâiller sans que ça se voie. »

Gotham City a effacé tous les tags « Gotham a les miquettes. » Une récompense est offerte à quiconque peut dénoncer le tagueur. Sachant que tout Gotham est pendu à ses fenêtres pendant la Minute des Applaudissements et ainsi peut voir qui circule avec une bombe, le gouvernement espère coincer cet anarchiste le plus vite.

Gotham City a décidé de faire un prélèvement sanguin à chaque visiteur des visites obligatoires des musées, afin de savoir s’il a eu ou non le Covid-19 a son insu. Étant donné que les tests pour obtenir cette information ne sont pas encore disponibles, le sang prélevé sera utilisé en attendant pour toute une autre série de tests et il sera ressorti, bien étiqueté, quand il pourra être passé à la question du Covid-19 après un tabassage en règle. Un prélèvement d’ADN sera certainement effectué aussi, pour plus de sécurité, Gotham adorant la sécurité. Un prélèvement d’urine peut être aussi demandé, et d’un poumon ou deux.

Metropolis, (où Superman qui refuserait aussi de porter un masque en bec de canard est lui-même conspué par le Comité de soutien à Daffy Duck et les Amis de Donald pour propos raciste, et là, ça fait du monde, si on compte tous ceux sous licence Disney, …en ce temps de crise), va urgemment envoyer un porte-avions de l’armée qui traversera le fleuve pour atteindre la rive de Gotham en 7 minutes avec un chargement de 3000 tonnes de masques. Gotham doit, pour sa part, envoyer un porte-avions de l’armée qui traversera le fleuve pour atteindre la rive de Metropolis en 7 minutes avec un chargement de 3000 tonnes de masques. La solidarité marque un tournant définitif de 360° dans l’histoire des nations. Devant l’ampleur de la crise, exponentielle, dévastatrice, les habitants de Gotham et de Metropolis savent qu’ils peuvent compter sur ce rapprochement inédit et qui va durer au-delà de la crise, ont assuré les deux gouvernements.

Gotham City fait tourner à plein les usines de production des badges dont le port sera obligatoire pendant 6 mois à 1 an après le confinement. « Je suis sain », badge jaune, « Je suis porteur passif du virus », badge vert. Badge rouge : « J’ai eu le Covid-19 version bénigne, Badge noir : « J’ai eu le Covid-19 », Badge orange : « Je rêve d’avoir le Covid-19 ». Badge rose : « J’ai le Covid-19 », un masque et une paire de gants jetable seront offerts avec le badge. « Je suis macroniste », badge bleu-blanc-rouge collector présidentiel pour ceux qui auront atteint les 3000 dénonciations de porteurs actifs du virus qui auront menti en demandant leur badge. « J’ai fait la guerre », « Ancien combattant » seront réservés au personnel soignant : toute personne portant ce badge, sans avoir été soignant pendant la guerre, pour atteindre plus facilement les places assises dans le métro de Gotham risque une amende de 187 à 34042,70 euros voire une peine de prison dès que les tribunaux auront classé « L’Association de défense de Batman contre le Comité de soutien à Daffy Duck et les Amis de Donald ».

L’enquête révèle que le Joker est responsable du sabotage des radars ayant entraîné le naufrage des deux porte-avions de Metropolis et de Gotham qui se sont rentrés dedans au milieu du fleuve. Il semble qu’il soit aussi le fameux anarchiste appelé par la presse le « tagueur des miquettes » : en effet, plusieurs témoins affirment que le tagueur arborait un grand sourire et saluait beaucoup les immeubles, comme si c’était lui qu’on applaudissait. Plus grave : le Joker aurait volé la Joconde pendant une des visites obligatoires des musées. Aucunes empreintes ne peuvent être relevées, tout le monde portait des gants. Quant à la reconnaissance faciale, les logiciels travaillant à pouvoir remodeler les traits d’après les plis d’un masque ne seront au point que d’ici 3 ou 4 mois. Le gouvernement de Gotham a assuré à ses habitants que les chercheurs travaillaient d’arrache-pied sur le projet. Des tests ont déjà été faits sur des souris masquées, ils seraient assez probants. Les suivants seront faits sur des chauves-souris masquées. Les avocats de l’Association de défense de Batman reportent tous leurs espoirs sur les résultats de ce test qui pourrait innocenter leurs clients. De même, la Fondation des Geeks de Gotham milite pour que ce test soit le plus rapidement en circulation afin que le Batsignal puisse être à nouveau utilisé. Cependant, des études montrent qu’il n’y a aucun rapport entre la reconnaissance faciale masquée (MFR en anglais) et la contamination des nuages. Difficile de faire la part des choses entre vérités, espoirs, mécompréhension, jargon scientifique en ce temps de crise, où chaque jour amène plus de questions sans réponses que la veille, et où le gouvernement de Gotham doit faire face à des questions sans réponses qui sont toujours plus nombreuses que celles de la veille.

Les médias de Gotham se sont mis d’accord sur un communiqué commun, d’État, pour que les citoyens n’aient plus aucun doute sur les mesures prises pour leur sécurité. Leur réponse unique est « Nous, Médias, prenons nos responsabilités, sommes solidaires des familles des victimes et voulons agir pour l’effort de guerre en communion totale avec le gouvernement de Gotham en guerre et son général bien-aimé, Gloire à lui, et nous affirmons que tous nos journalistes sont masqués pour ne pas contaminer vos écrans, ni vos commodes, DONC, si, dans les reportages, nos journalistes font témoigner une source anonyme, pour marquer la différence, elle parlera à visage découvert. »

Une rumeur affolante circule dont le cynisme fait pleurer les vieilles dames de Gotham qui ne s’attendaient pas à revivre jamais ce qu’elles n’ont jamais que vécu : une paix pourrait éclater. Tous les intellectuels de Gotham l’avaient dit : n’importe qui voudra surfer sur la vague du Covid-19 pour lancer des annonces totalement déplacées et, malheureusement, la société absorbant sans recul tout ce qui sort de l’écran (ils ont quand même arrêté de parler de « petit écran » à l’arrivée de la 4K, même s’ils ne savent pas ce que c’est), la rumeur d’une paix possible fait des ravages et élève le taux de panique. Le président lui-même a dû courir au premier pupitre pour déclarer le plus solennellement que non, nous étions bien en guerre. Il a expliqué avec une pédagogie rare : « Croyez-moi, du plus profond de mon cœur profond, je vous le dis, profondément, avec profondeur, si nous étions en paix, contre quelle armée le serions-nous ? Contre quelle nation ? N’écoutez pas tout ce que vous entendez dire par les drones, ils sont piratés, nous le savons, j’ai demandé au gouvernement de me faire une proposition visant à délivrer une attestation de circulation libre aux chasseurs pour qu’ils les abattent, en dehors de la période de reproduction. Le premier ministre m’a assuré qu’il trouverait des leviers pour lutter contre les passoires thermiques. » Après cette annonce, 95,9% des habitants de Gotham se disaient confiants dans les mesures prises par le gouvernement, 45% déclaraient une allergie au gluten, et 21,2% voulaient un poney, 0,4% GJ scandaient « Batman Be Back ! » et ont été fusillés.

Le pont le plus grand ayant jamais existé, à deux voies, va être construit entre Gotham et Metropolis, au-dessus du fleuve, afin que deux nouveaux porte-avions transportant chacun le plus important tonnage de masques ayant jamais existé, puissent y circuler et se croiser sans risquer de se rentrer dedans afin d’arriver à bon port et fournir leur livraison de secours humanitaire d’urgence. En mémoire des deux porte-avions victimes d’une attaque du Joker, les porte-avions, bientôt sorti pour l’un des chantiers navals de Gotham pour être livré dans les délais à Metropolis et pour l’autre des chantiers navals de Metropolis pour être livré dans les délais à Gotham, seront nommés En mémoire des deux porte-avions victimes d’une attaque du Joker, I et II.

Extraits de l’allocution du président de Gotham au 13e jour de confinement, 20h00, sur le canal unique de Gotham, Gotham 1 :
« Je le dis haut et fort et profondément, à tous ceux qui font preuve d’une irresponsabilité et d’une incivilité condamnables, je le dis au nom de toutes celles et ceux, et toutes les femmes et les hommes de Gotham City : Non ! Non ! Nous n’avons pas les miquettes. Et je le redirai. Nous n’avons pas les miquettes. Non. Nous n’avons pas les miquettes. Nous ne les avons pas. Ces miquettes,

qu’on nous accuse d’avoir,


je le dis,                      et je le pense,


du fond du cœur                                                                   profondément :

                        non,
                                                           Non,




nous, ne les avons pas, non.


Non.                                                   Ces miquettes


sont pour les lâches. Et je les combattrai, je les combattrai, je les combattrai sans relâche

                                               pour vous. Je le répète : non, non, nous n’avons pas les miquettes.»
Après cette allocution, 99,97% des habitants de Gotham ont été persuadés de ne pas avoir les miquettes, 36% désiraient tout de même être testés par sécurité et se disaient prêts à donner un poumon ou deux pour ça, 67% étaient mort de vieillesse pendant le discours, 17% avaient oublié de quoi ça parlait. 24% avaient fait une crise cardiaque au troisième miquettes, seulement 1% au quatrième.

Pour rendre hommage aux « gueules cassées », les soignants ayant posté des photos de leur visage avec la marque dans leur peau de leurs lunettes de protection ou des bords du masque, le gouvernement de Gotham sélectionnera les meilleures photos et fera une composition pour sa carte de vœux l’année prochaine.
Ce soir, la Minute des Applaudissements sera dédiée à Bobonne qui a fini de coudre la moitié gauche du masque sur le cosplay de Batman du président de Gotham. Plus que la même chose de l’autre côté, courage, courage. Courage Bobonne ! crie aux fenêtres la jeunesse de Gotham qui s’en veut tellement d’être épargnée alors qu’elle voudrait tant aller servir au front.

Le Courant Libérateur de la Réputation de Batman Œuvrant pour la Réhabilitation du Batsignal (le CLRBŒRB) fait projeter, sur les flancs des immeubles de Gotham, par des drones piratés, une vidéo sous-titrée où on peut voir son meneur qui parle à visage découvert, à côté de lui une traductrice en langue des signes. Il affirme que devant l’ampleur de la pandémie de connerie, Batman s’est allié avec le Joker. Le meneur a été facilement retrouvé par le gouvernement de Gotham, et fusillé publiquement.

C’est alors que la musique s’est assombrie puis accélérée et que la foule de Gotham a cessé d’applaudir pour regarder le ciel où flottait le Batsignal, balafré d’un grand sourire.

En haut d’un immeuble, le fils de Jim Gordon regarde aussi le ciel.
« T’as bien fait, Papa. Il fallait qu’il revienne. » « Je sais. Mais il fallait avant ça que Gotham comprenne qu’elle avait le héros qu’elle méritait. » « Elle a compris ? » « Non. Justement. »

[musique, musique, forces de l’ordre armées, musique, Batman, Batmoto, le Joker dans le sidecar, ils filent dans la nuit.]


À demain ?


*(La première partie du dialogue est extraite d’une scène de The Dark Night, dialogue entre Jim Gordon et son fils.)




LUNDI 30 MARS 2020

[Présentation sur YouTube]
📍Chers Abonnés 🖤 
Shakespeare, à lire deux lignes on se sent un super héros tellement ça propulse. Je suis Batman.
Bon, donc cet épisode met sur pause la série, le 15 sera une sorte de « hors-série », et je ne sais pas si je le mettrai en ligne demain ou après-demain ou même après-après demain.

À plus tard,

Claire


CORONA PROPAGANDA | EXISTENTIELLE. 14/X

« Crise existentielle », expression utilisée pour se moquer, reprend du sérieux quand elle est prédite pour l’Europe après « l’autre » crise. « Être ou ne pas être », Hamlet a la tessiture de jeu la plus époustouflante dont le comique. En 2019, en France, 9900 décès à cause de la grippe et la crise existentielle n’a pas eu lieu, pas plus pendant les 50 années précédentes, après quelconque crise.*

[Note de l’auteur : cet épisode annonce la pause de la série PUCK’S CORONA PROPAGANDA, et j’argumente dans l’article.
L’épisode 15/X aura une destination particulière et ne sera pas forcément publié demain.]

J’ai dit dans le chapô même du premier article de cette série que le Covid-19 n’avait pas tué Shakespeare. Je me doute que tout le monde connaît « Être ou ne pas être », mais il faut lire la suite, je sers à ça : voici tout ce que dit Hamlet, avant l’entrée d’Ophélie, dans la scène I de l’acte III** (Hamlet n’a jamais tenu de crâne pour le dire. Il tient le crâne du bouffon Yorick dans la scène I de l’acte V).

HAMLET. — Être ou ne pas être ; c’est cela la question :
Savoir s’il est plus noble pour l’esprit d’endurer
Les coups de fronde, les flèches, de l’outrageuse Fortune
Ou de prendre les armes contre une mer d’épreuves,
Et, s’y opposant, les finir. Mourir, dormir –
Pas plus, et par un sommeil dire qu’on met fin
Aux angoisses et aux mille atteintes naturelles
Dont hérite la chair – c’est un achèvement
À désirer avec ferveur. Mourir, dormir.
Dormir, rêver peut-être. Eh ! C’est là qu’on achoppe,
Dans ce sommeil de mort ce qu’il se peut qu’on rêve
Quand on s’est évadé du mortel tourbillon
Nous force à réfléchir. C’est d’y avoir égard
Qui fait si longue vie à la calamité,
Car qui voudrait du fouet et des mépris du monde,
De l’injuste oppresseur, de l’orgueil insultant,
Des affres de l’amour dédaigné, des lenteurs de la loi,
De la morgue des gens en place, des rebuffades
Que reçoit des médiocres le mérite patient,
Quand il pourrait lui-même se donner son quitus
Avec une simple lame ? Qui supporterait ces fardeaux,
Pour gémir et suer, accablé par la vie,
N’était que la terreur d’un après de la mort,
Pays inexploré, confins d’où ne revient
Nul voyageur, laisse perplexe le vouloir,
Et fait que nous souffrons plutôt nos maux à nous
Que de voler vers d’autres qui nous sont inconnus ?
La conscience fait ainsi des poltrons de nous tous,
Et la couleur innée de la résolution
Pâlit sous la pensée qui la rend maladive ;
Alors les entreprises capitales et de poids,
Détournant leur courant à voir ce qu’il en est,
Perdent le nom d’action. Taisons-nous, à présent,
C’est la belle Ophélie ! – Nymphe, en tes oraisons,
N’oublie aucun de mes péchés.

La scène qui suit est toujours du Hamlet (le prince), il faut le lire, l’exploit de la création de ce personnage. Tout Shakespeare devrait être présent dans toutes les pièces où se passera une fin de vie. Il est impossible, en le lisant, que les cœurs les plus tristes pensent encore avoir gâché leur vie, que les vies les plus pauvres n’en deviennent pas magistrales et plus vastes qu’un océan.

Reste que l’Europe est espérée connaître une crise « existentielle » sur la base unique de son administration et de ses finances et encore, uniquement vue de la France. L’Europe, et c’est son problème, n’a aucun esprit, aucune intelligence et elle n’a pas de nerfs, elle ne peut pas se remettre en cause ni s’abîmer dans la moindre étude de sa psychologie, de son vécu, de ses joies et drames. Elle n’a jamais développé le moindre art, le moindre auteur. Elle n’a pas eu d’enfance, de maturité, et elle n’aura pas de vieillesse, pas d’apprentissage du langage pour elle, pas de développement à l’apport d’une science et d’une culture, pas de sagesse un jour. L’« Europe » n’existe en tant que masse de sens humain que dans l’Histoire et l’Art, mais ce n’est plus jamais de celle-ci dont il est question aujourd’hui quand on parle d’elle. Impossible de se la figurer un être de puissance et d’âme, impossible. Elle est bête, elle est acéphale, elle est sans cœur, sans muscles, sans squelette, sans sens de perception, elle ne peut pas être autrement. Elle ne peut même pas se réfléchir autrement. Elle n’est pas organique, elle est une organisation.
Elle va donc regarder les chiffres et les dates et c’est tout.
Comme n’importe qui peut regarder les chiffres et les dates, les plus officiels, de la grippe en 2019 qui a fait 9900 morts en France, mais à ce moment-là, la « crise des Gilets jaunes », comme a été appelé stupidement ce moment, avait le devant des médias et de l’Élysée.

L’Europe, elle n’a pas perdu sa logique, elle n’est que ça, et elle en fait un usage le plus limité, ce n’est même pas 0 ou 1, parce que ce système-là laisse presque plus de marge que celui de l’Europe. On va attendre que cette « crise » soit sous le respirateur de l’Europe.
La tentative actuelle de la France, de faire de ses morts de morts de guerre, des soignants des guerriers, de la population confinée celle de l’arrière des fronts, pleurant, priant, en faisant passer des lettres d’amour en douce, est une folie d’une rare stupidité en soi, mais aux yeux de l’Europe, elle ne sera même pas pensable en tant que dérive absolue du sens même. Elle sera tout simplement irrecevable.
La distance-temps, elle-même, n’est pas comptable par l’Europe, nos 14 jours de confinement, pour elle, sont une donnée qui ne tient pas, qui ne veut rien dire. Elle va demander tous les chiffres sous-jacents, les seuls pour elle, ceux qui étaient là le 16 mars 2020 et qui n’ont absolument pas changé de rôle, ni de pouvoir. Toutes les contorsions actuelles de la métropole sont vaines et leur agissement profitable sur la mémoire et sur l’édification de la société fera long feu quand il faudra les défendre au niveau Européen. Macron a toujours quitté, pour se rendre sur celle européenne, la scène française avec une gestuelle tragique d’histrion et des termes de mauvais auteur jaillissant par envolée lyrique, ensuite il y avait le passage européen : rien, silence, plat, et il revenait dans le couloir aux micros des journalistes, marchant fermement, avec gloire, et reprenant son costume. L’Europe est toujours restée insensible à son jeu. Ce n’est pas qu’elle ait l’intelligence pour le considérer nul, c’est que, tout simplement, elle n’en a aucune.
Macron a été annoncé par des délirants énamourés et passablement idiots comme une espèce de révolutionairo-napoléo-christico-convertisseur d’une Europe aussi belle et forte qu’un bâtiment administratif de style stalinien en un grand parc de loisir dédié à l’humanisme. Déjà, cette vision tentait de mystifier celle que l’Europe avait toujours inspirée bien avant la naissance de Macron seulement. Mais les médias ont forcé le trait et le monde qui voit l’Europe à son échelle à lui et selon ses propres rythmes politique et économique a fait mine de croire à un changement probable des us et coutumes de l’Europe qui soudain aurait eu « une tête », une sorte de muse.
C’est à hurler de rire.
Le problème c’est que pour rire, il faudrait avant tout que dans son propre pays la lecture du comportement de Macron se fasse, pour ce qu’il est. On n’y est pas. Mais alors paaaaas du tout.
À côté de l’espoir français du petit garçon et de ses petits copains de cour d’école maternelle que l’Europe fasse sa « crise existentielle », le terme traîne beaucoup sous cette forme-là ou tout autre qui en appelle à l’introspection, chez les intellectuels et les écrivains et ceux qui arrivent à placer leur tribune et interviews un peu partout. Et il semble que devant « l’ampleur de la crise » (voir l’épisode précédent, 13/X), cet appel à s’éplucher ait totalement perdu d’être un jugement méprisant ou léger devant quiconque prostré soudain qui se prend le front façon Penseur de Rodin pour réfléchir à sa vie. Ou, façon Hamlet, quand on le réduit à de la déclamation avec un pot de glace Ben & Jerry’s Peanut Butter Cup en main, au bout du bras, et qu’on pense à sa quantité de kcals à éliminer ensuite. …Ouais, je sais, ça fait « vécu », à cause du niveau des détails.
Non, par ces temps terribles de guerre, une pause existentielle ne saurait être moquée. 14 jours de vie au ralenti et il faudrait remesurer la longueur de sa vie. Les médias titrent « De quoi avons-nous vraiment besoin ? » On est à deux jours de confinement que la réponse soit « de l’amour et de l’eau fraîche ».
Je ne sais pas si on ira jusqu’à déterrer Sartre ou Kierkegaard ou Levinas, et étudier chaque version de leur pensée par l’existentialisme, j’en doute. « Existentielle » va bien garder sa définition populaire, et ne même pas attendre une version assez popularisable comme celle de Sartre. On va jouer uniquement sur l’idée actuelle qu’on puisse se faire de ce qui est « existentiel » et il est très improbable que, comme Hamlet, on en appelle à la seule raison qui semble pousser le commun des hommes à agir ou ne pas agir : la mort.
La mort va être exclue de toute crise « existentielle », elle est bien trop encombrante pour nos sociétés et, de façon particulière, elle est niée par la part de société, les Boomers, qui est la plus importante en France. Ils ne l’ont pas considérée, jamais. Jamais. Ils continuent. Ils sont éternels et cette éternité leur a donné un droit gigantesque et gravissime sur toutes les autres générations. Ce n’est pas le sujet ici, et il est amplement traité ailleurs dans cette série, celle des Inktober et mes textes, romans ou essai.

On va juste s’arrêter à cette « mort », qui va être éjectée, encore une fois, d’un sujet/question dont, pourtant, elle donne la limite, le sens en tout sens, l’essence miroir si on veut croire que l’essence vérité, palpable, l’objet « réel », connu, soit : « la vie ».
9900 morts de la grippe en 2019, moyenne d’âge, 60 ans. La donnée qu’on va opposer à ce chiffre, c’est le confinement. Scientifiquement : ça ne tient pas, comme opposition, parce que le confinement est projetable grâce aux autres chiffres : dont presque 2 millions de consultations, 65000 personnes aux urgences, 11000 hospitalisations, 1877 cas graves en réanimation sur 8 semaines d’étude et de relevés, épidémie jugée « courte ». Les enfants en bas âge étaient concernés et risquaient beaucoup selon leur état. Les chiffres sont démultipliés, les plus scientifiques, fins, preuves à l’appui, directs : ils disent tout, j’ai donné un vrac un peu vite, mais tout existe avec un classement propre et froid qui fait que le confinement est largement intégrable en projection.
Le gouvernement chinois a sonné la fin de la propagation du coronavirus avec les cerisiers en fleurs. C’est vrai que les cas de grippe en été… ? La peste, elle, n’a jamais eu de saison.
La science va aussi devoir réexpliquer ce qu’est un virus. Quand elle aura le temps, bien sûr, il semble que rien ne presse, des siècles pour le découvrir, un autre pour que le monde entier sache que ça existe même celui sans la plus petite connaissance scientifique réelle, et 14 jours pour que le même monde l’oublie jusque dans ses élites.

La « mort » n’existera pas dans la crise existentielle qu’on appelle pour les sociétés et la planète. C’est vraiment dommage. Il va donc falloir que cette crise se joue entre d’autres bornes qu’« être » ou « ne pas être ». Et je n’ai pas un niveau intellectuel assez bas pour m’embarquer, à la place, dans « l’avoir » ou « ne pas avoir ». Vraiment, j’ai essayé en serrant les poings très fort, et je n’arrive pas à atteindre la sottise nécessaire, je pense que c’est un don, tout le monde ne l’a pas. …Nan, en fait, j’ai jamais essayé, c’est des cracks.
La mesure existentielle va donc être réduite à quoi ? Hein ? …Ben, j’attends ? À quoi ?


« Nous force à réfléchir » dans le monologue d’Hamlet : en anglais “Must give us pause.”
C’est ici que ma propre éthique me demande de mettre sur pause la série. J’avais pour elle décidé d’une loi : je ne parlerais que de ce que le « paysage d’idée » oubliait, dissimulait et tuait aussi, ou faisait mentir. J’ai fait le tour et je ne rentrerai pas en répétition. Je ne donnerai pas une vie à cet adjectif d’existentielle qu’on a collé à crise et à tout, mais duquel il faut retirer la mort : ce serait un non-sens. Ça n’existe pas. Et je n’ai pas une seconde à perdre à jouer avec un mot qui n’est plus qu’un costume en lambeaux sur du vide, il y aura assez de charognards autorisés pour en faire de la charpie.
Je vous laisse avec Shakespeare, et tous mes autres textes, voir clairecros.com pour Blanc, Ariste, Méduse 1 et 2, Le Monstre transparent et Ci-gît Paris, et puck.zone pour tous les épisodes de PUCK et les INKTOBER.


Claire Cros, auteur conceptuel

** Extrait nouvelle édition bilingue de Œuvres complètes de Shakespeare, Vol Tragédies I, Bouquins-Robert Laffon, 2013 – pour Hamlet : Présenté et traduit par Michel Grivelet, d’après l’édition originale dite d’Oxford.
*
Ce texte fait partie de la série CORONA | PROPAGANDA, sur le modèle des Inktober, sur YouTube sur la chaîne PUCK, facebook sur la page PUCK, et sur le blog Mediapart.
clairecros.com
puck.zone
VENDREDI 3 AVRIL 2020

[Présentation sur YouTube]
📍Chers Abonnés 🖤 
Épisode assez spécial : un mail et un article, l'un pour l'autre.

À plus tard,

Claire



CORONA PROPAGANDA | MAIL À NARA. 15-16-17-18/X

Je crois que je vais continuer d’écrire l’article demain. Ça ne va pas. Pas à cause de l’échange de mails, pas du tout, hier j’ai écrit 6 pages sans souci dans les mêmes conditions que vous m’avez fait subir (smiley), et ces 6 pages étaient exactement ce que je voulais.
Ça ne va pas. Et je pense que je vais marquer le coup, en jetant un article mixte, là, qui dit juste ça et pourquoi, puisque *

je pense que j’ai fini par trouver.

Après la copie de ce mail, j’ajoute celle de l’article suspendu.

J’ai une sorte de haine qui monte et je ne vois pas pourquoi elle ne figurerait pas dans un article, aussi. Je vous jure que j’ai essayé de la chasser, tout l’après-midi, et ça aurait dû fonctionner, c’était drôle, entre pâquerette et café, et la course-poursuite pour quelques mots, c’était aérant et protecteur, mais la force de ce qu’il y a dehors est effroyable. Comment ça peut tenir ? Comment ça peut vivre ? Et à quelle distance de pouvoir tuer, par un moyen ou par un autre, « ça » se situe vraiment ? (Pas nos mails, quoique, « ce qu’il y a dehors. »)

Hier était une journée heureuse, 1er avril, Fool’s Day. J’ai lu sur les réseaux, chez les médias, que personne n’avait envie de le fêter, nulle part dans le monde, de la Corée du Sud aux USA en passant par la France. Pas envie de rire. Un mec de la K-pop a fait croire qu’il avait le Covid-19, même ses fans chéris l’ont envoyé bouler, pourtant la K-pop, quoi. …La K-pop. Si la K-pop devient austère… Enfin, merde, la K-pop !
Je me suis dit en lisant ces conneries que le Premier Avril était une fête pour les enfants et qu’il n’était pas innocent que le monde qui se croit adulte, et celui qui a toujours oublié ses enfants, qui a toujours été prioritaire sur eux, depuis 50 ans, 50 ans, se dise que ce n’était pas un jour pour rire. Et pourquoi ? Parce qu’il y a des morts ?
Parce qu’il y a des morts ? Le monde est en deuil ? Pas moi. Rien à foutre. Le monde entier m’a entraîné à ça. À « rien à foutre » et à pouvoir argumenter jusqu’au bout de la nuit sur le sujet jusqu’à ce qu’il recule. Ce droit que j’ai sur lui d’avoir gardé ma conscience et ma liberté de penser.

Pour le peu que j’aie de nouvelles des ailleurs avec lesquels je suis en contact par mail ou texto : il y avait, hier, une certaine légèreté, des rires, peut-être même trop d’énergie, chez les enfants et fragiles, les intelligences fines, une belle hystérie qui fait du bien, qui ouvrait les poumons. Laetitia m’avait écrit très tard des mots qui ne voulaient pas lâcher un espoir fou parce que son irréalisme ne l’était pas et elle y tenait et elle avait raison.
Il y avait, j’en suis certaine, une victoire sur ce confinement, l’esprit reprenait le dessus, les enfants s’amusaient, eux, de cette journée, il y avait forcément quelque chose qui imprimait une légèreté saine, et je ne suis pas sûre que ce n’était pas exactement ce qui, en plus, est confiné toute l’année par d’autres pressions, qui rejaillissait avec un naturel sans méfiance.

Quelque chose, hier, était dans l’air, sorti en douce et un peu drogué de cette liberté.
Et aujourd’hui, je suis certaine que ça a été puni. Retour à la normale, en force.
Ça n’a plus trop cours de croire ceux qui n’ont pas besoin d’être dans le monde à flâner ou enquêter pour le ressentir et le connaître. Il n’y a plus que Proust qui ait ce droit depuis des décennies.

Je n’étais pas très fière, déjà, du début de journée, un truc bloquait. Je relisais mon article et je l’ajustais ; il a vraiment une espèce de ligne sèche en lui, ça tombe, c’est « c’est comme ça, pas autrement » et ça fonctionnait. Même à retravailler au final quand toute sa matière aurait été là. Mais poursuivre posait un problème, je ne retrouvais pas cette ligne pourtant sous mes yeux, elle fuyait. Et encore une fois, rien à voir avec nos mails ferraillés. Donc, quand j’ai reçu le mail réponse de cette nuit, j’ai repoussé de répondre, …enfin, j’aurais aimé croire que je ne verrais pas le temps passer, « moi », …pour vous, c’est sûr, ça allait être horrible, surtout sans café. Mais pas pour moi : comme les autres jours quand j’écris : j’ai besoin de 10 heures en continu et la journée est au chrono. « Merci d’avoir prévu de n’avoir aucune pitié pour moi, même si nous étions d’accord sur ce point, ce serait limite rude de comprendre que vraiment vous n’en avez pas. » je l’entends presque être pensé.
Bref, comme je dirais plus tard : « On est en confinement, je suis au RSA, en libérale, ma seule boss, j’écris gratuitement, pour personne ou presque (smiley), avec des délais que je m’impose, et j’ai trouvé le moyen de ne pas y arriver. »

Je suis sortie entre 13h30 et 14h30 pour faire des courses obligatoires avec mon attestation aux dates rayées parce que je n’en imprimerai pas une à chaque fois, rapport au climat qui avait encore une importance avant qu’en 15 jours on sauve la planète, apparemment. Et je crois que cette sortie m’a flinguée. Je n’arrête pas de penser au peu que j’ai entendu, ou vu, aux gens. Tout était d’un illogisme éprouvant, chaque mot, chaque geste, chaque attitude d’évitement. Je me suis retrouvée ensuite, un instant, seule dans le parking, ciel parfait, soleil sans ombre, et j’étais shootée d’incompréhension, j’étais déséquilibrée, au propre, physiquement.
Dans les PUCKs, ou quand je traîne sans rien de rien d’officiel, à la cool, je ne suis jamais comme je suis toujours, comme à Paris : en noir, et souvent fringuée très roidement même sport, on va dire élégamment, même, entre le goth et le militaire et le typé, mais bon, ça reste classe. Ce n’est pas possible dans les vidéos : ça pomperait toute la lumière, ce serait ingérable même avec les filtres, je n’ai pas du tout le studio pour ça, le noir est trop difficile à gérer en version garage. Bref. Donc, dans ce putain de parking, j’étais moi. Moi comme je suis, et comme je suis à l’extérieur. En noir. J’étais bien. J’avais des raisons : mes articles, Laetitia, vous, les échanges de textos hilarants avec ma famille et ses enfants.
Je suis comme les ados, j’ai toujours mes écouteurs, je me débranche à peine pour rentrer dans un magasin où il faudra que je parle. Donc j’avais mon Iphone, forcément, j’écoutais Breathe Me de Sia, parce que ces jours-ci je voulais me souvenir de quelque chose qui ne vous regarde pas, et je cherche quoi dans mes BO. Donc bon, j’écoutais ça et ensuite Way Down We Go, de Kaleo, et j’ai coupé. Pour entendre le soleil et comprendre où j’étais.

Je fumais, j’étais en noir, j’étais bien, jusqu’au moment où j’ai compris que je n’étais pas « bien », j’étais en train de me remettre de ma terreur, et même ce moment-là, je viens seulement de le comprendre. C’était du soulagement. J’étais seulement en train de récupérer, de quitter une angoisse. Je n’étais pas « bien », je récupérais.
J’étais sortie de cette moyenne-grande surface, le parking avait des allures de mois d’août, j’ai toujours adoré le vide d’août, en ville et particulièrement à Paris, je ne me suis jamais sentie mieux dans la capitale que quand elle était vide et chaude et sereine. J’y étais seule, j’écrivais. J’y étais bien. Très bien.
Je me suis donc retrouvée, presque la même, extérieur, à 11 ans d’écart. Parfaitement capable à nouveau de ressentir ma propre norme amorale : de la haine et un désintérêt maximal, du mépris et de retrouver l’envie de revanche dont j’ai souvent parlé avec vous, juste ces jours-ci, et d’être peut-être un peu heureuse ? Mais non, je récupérais. Encore. Encore une fois.

Le parcours dans ce magasin était une errance. À ne pas savoir dans quel sens allait le caddie, il fallait l’orienter pour qu’il ne touche pas à un mètre près celui des autres. Un moment, j’ai joué avec ça, juste pour voir, si en avançant sans laisser le choix, ça s’écartait : j’ai fait fuir un banc de poissons. Ça a fui devant moi. Et mon putain de caddie. Impossible de tenir à trois personnes dans les grandes allées, deux était déjà un malaise. Le boucher avait peur, derrière toute sa viande étalée sous verre, entouré de couteaux aiguisés, il faisait reculer les clients déjà d’office à deux mètres de lui d’un mètre de plus. Personne ne voulait sourire, aucune plaisanterie n’était admissible. Chacun croulait sous son devoir avec un je ne sais quoi de colère et du ressentiment, de la fatigue aussi. Ils faisaient la gueule, quoi.
Moi aussi, finalement, je travaillais, même en étant là, à faire des courses. Je travaillais à observer. Je ne peux pas l’empêcher, de toute façon. Mais j’aimerais, parfois, que ma perception soit confinée, même dehors.
Les rayons qui devaient être vides étaient vides, les clients cherchaient dans ce vide. C’était à se croire schizophrène. Tout l’aspect sécurité, « responsable », les bandes à ne pas dépasser, les masques, les gants, les lignes au sol, les vitres en plexi, tout, tout était vain. Scientifiquement vain. Mais là. C’est insupportable pour quelqu’un comme moi, et intellectuellement et visuellement. C’est insupportable de mesurer le niveau de supercherie, de foutage de gueule général ne serait-ce qu’au niveau médical, scientifique, de ce confinement, la bêtise des gens, cet appareillage pour faire croire que l’air qu’on respire est quoi ? Sain ? Une femme m’a souri parce que j’ai plaisanté à tenter de détendre une autre qui s’était trompée de caddie et mettait ses courses dans le mien, j’ai trouvé étrange de voir son sourire, puisqu’elle avait un masque, elle ne le portait que sur le nez. La caissière a passé mes courses sans gants et m’a tendu le ticket de carte dans un bac en plastique pour que je ne le prenne pas de la main à la main.
C’était fou. C’était fou. Le 2 avril. J’ai appris plus tard que toutes celles que j’ai en lien avaient été agressées verbalement, sans raison, au travail, au téléphone, par mail, et juste dans l’air, l’agression était là. Retour en force.
C’est une folie. Quelque chose « ressemblait » à l’addition « faire des courses ± confinement », mais ce n’est pas ça que j’ai vu. C’est une immense folie statique que les gens ne peuvent plus supporter parce qu’ils n’ont pas les moyens d’en comprendre l’illogisme total mais le ressentent, j’en suis certaine. Ils sont dans leurs propres abattoirs, ils ne peuvent pas ne pas le comprendre, comme les bêtes savent, ils savent. Ils savent lire, ils sont allés à l’école, ils savent où sont les poumons, ils sont déjà allés dans des hôpitaux, ils savent à quoi ça ressemble, ils ont vu des parents morts, ils savent, ils savent forcément, et on est en train de bousiller leurs propres souvenirs et de les rendre vains. Ils ne peuvent peut-être pas intellectuellement aligner l’analyse suffisante pour se rassurer et je suis la preuve que de toute façon, elle ne ferait qu’ouvrir la conscience sur une autre terreur encore. Mais ils le ressentent. C’est leur mémoire, en ce moment, leur instinct, qui sont violés et ça va mal finir.
Ils savent que quelque chose ne va pas. Ce qui est en train de sourdre d’eux, en ce moment, est immensément dangereux. Ça ne va pas exploser, le problème n’est pas là, ça va faire encore descendre leur résistance, fatiguer leur opposition, c’est en train de les dresser à tout admettre, même cette mort étrange qui n’a pas les bons chiffres et qui n’a toujours pas, de loin, dépassé ceux passés inaperçus l’année dernière encore, pour de multiples causes.

Tout un après-midi à me raccrocher à l’attente d’un de vos mails suivants, pour couper ma réflexion qui n’aboutissait pas, à relire les mêmes paragraphes, les trouver à leur place et sans suite. Déjà tellement d’épisodes, et Inktober avant ça, et parfois je pense à Karl Kraus qui a abandonné, à un moment, peut-être au plus mauvais moment, et je peux comprendre pourquoi. Déjà autant d’écrits, et je ne peux toujours pas aller plus loin, tellement j’ai besoin que tout le reste existe. Et j’ai repensé enfin à ces quelques minutes sur ce parking, où j’ai cru que peut-être je pouvais être heureuse un instant, comme 11 ans auparavant.  Alors que je récupérais de ce qu’on m’avait encore une fois imposé. Les deux sentiments se ressemblaient tellement. Manque d’habitude du premier, je suppose.

J’ai défendu ma liberté de penser jusqu’à l’extrême, et un tour dans un magasin m’a imprimé une terreur par l’air même, que toute ma réflexion pourtant continue, toute mon observation, mes notes mentales, ma mémoire visuelle, et tout ce que je fais tourner en permanence de ce que j’aie pu écrire n’ont pas pu arrêter, ni prévenir, ni reconnaître, ni amoindrir, ni tenir à distance pour qu’elle soit elle aussi observée, analysée. Il a fallu 6 heures de plus devant un flou qui ne se livrait pas avant de comprendre.
Il y a quelques jours, avec Laetitia, on parlait par mail qu’on ne pleurait plus. La vie faisait qu’on ne pleurait plus, l’usure des nerfs, une falaise et les larmes sont sûrement quelque part sur une autre rive. Et j’avais pleuré la veille de ce jour si léger.

J’en suis là. À cet instant-là, où il faudrait avoir une immense puissance, passant dans un canal grand ouvert, pour expliquer à la société dans quel état elle se trouve et être là pour accuser le poids, à la chute de sa terreur, la prendre en charge, juste le temps qu’un soulagement général l’emporte. Je suis certaine que c’est faisable, ça le serait, ça devrait l’être. Le « soulagement », j’en parle depuis 16 ans. Mais c’est la première fois que ce que j’avais prédestiné est dépassé, et c’est à cause de ce laboratoire gigantesque qu’est devenue la société confinée. Mon analyse est dépassée d’un sentiment que j’avais prévu mais pas sous cette forme-là : la terreur. Et je suis en train de comprendre quel rôle elle va jouer. Je me sens réellement au coude à coude avec la dernière seconde et je déteste ça, parce que mon avance n’existe pas dans le référentiel dans lequel est la société.

J’aurais aimé avoir le droit, un instant, de ressentir sans plus penser à rien, la légèreté de ma seule vie. Pour une fois, parce que j’avais la sensation d’en avoir une, un peu, à nouveau, donc un avenir. Mais je me suis retrouvée déséquilibrée au bord de la fosse commune de la France. Je me vengerai de ça.


Article prévu pour aujourd’hui, inachevé, donc : 

CORONA PROPAGANDA | LE COVID 14-18, LA MÉMOIRE, L’HISTOIRE ET L’ÉTHIQUE. 15-16-17/X

2014-2018, à fêter chaque jour le centenaire d’une guerre mondiale. 2020 : un histrion infantile persuade la France que nous sommes en guerre et se prend pour Clemenceau. Tout le monde suit. Il me tarde le centenaire de 39-45, et 2047, quand on parlera de l’Holocauste comme d’une farce, qu’il aura gagné la malle à costumes d’un fou, le rayon capotes de la Mémoire, de l’Histoire et de l’Éthique.*

[Note de l’auteur : 18,6 millions de morts en 14-18. 60 millions en 39-45.]

L’avant-propos est simple : lire mes autres textes.

Ceux qui ont fui l’Allemagne ne connaissaient pas leur chance d’avoir un endroit où fuir. Je ne saurais pas où aller, là. Tous les Pouvoirs de monde viennent de livrer leur sottise effroyable et les populations leur vide et leur faiblesse, à les suivre, les croire, les écouter 24/24 et admettre d’entendre le pire qui puisse être prononcé avec des applaudissements tous les soirs et je ne sens nulle part de la terreur monter face à ça. J’entends et je lis, de tous les côtés, une sorte d’hystérie d’une bêtise horrifiante concernant l’avènement d’une « humanité nouvelle, solidaire ». Pour deux semaines de confinement ? Pour un virus qui va faire moins de morts que la grippe l’année dernière alors qu’elle a un vaccin ? Une « humanité nouvelle » ? Une « crise existentielle », la « catharsis » (chaque jour) et la voilà qui va refleurir comme une pâquerette sortant de son tombeau ?
C’est exhaustivement insensé. Insensé. Aussi insensé que d’autres titres sur le thème « The Age of Collapse. »
En France, l’attitude de Macron est dans son registre, sans improvisation, elle est bien réelle pour lui, sans la moindre distance, il joue mais il y croit, c’est non stratégique, c’est un délire sincère, donc qui devrait être reçu avec immense effroi et ce n’est pas le cas. La société qui suit ça, qui y croit aussi, qui parle de guerre, de fronts, de guerriers, est et a, par contre, une folie, réelle, elle est vraie. Et croire qu’un nouveau monde sorte de tout ça est le pire. C’est incroyablement délirant mais c’est « cru » par les intellectuels.
Comment et pourquoi la société n’a pas plus peur de ça que de quoi que ce soit d’autre ? Parce qu’elle n’est plus capable de cette peur-là. Elle a atteint la plénitude d’un totalitarisme sociétal et permet l’épanouissement d’un autre, cette fois politique, leur alliance inexorable. La société n’a pas fait ça en quelques semaines, mais sur des décennies. Et le processus est complexe.
De toute part, il semble à tous que la « vérité » l’emporte, qu’elle soit vraie, juste, réelle : elle existe. Sans que celle-ci soit analysée, remise en cause ne serait-ce que parce qu’elle est émise d’un côté par un homme qui se croit élu par le « destin », sans borne aucune de conscience mature, qu’aucune culture n’a jamais raisonné et qui vit des fantasmes infantiles jamais contrariés, et de l’autre, elle est reçue par une société qu’on a privée lentement et sûrement d’un instinct et de son rire contre ce genre de spectacle, d’autant s’il est émis depuis une place « démocratiquement » la plus puissante qu’elle ne parviendra pas à voir sans ses attributs de pouvoir décisionnaire, et qu’entre ses deux entités, ceux qui ne devraient pas avoir perdu la tête, garants de la froideur de la Mémoire, de l’Histoire et de l’Éthique, ceux à qui aucun Pouvoir ne doit faire peur, ni soumettre, les soi-disant intellectuels, artistes, et pour le coup, scientifiques, sont des incapables. Les médias pourront toujours s’étonner un jour, alors qu’unanimement ils ont relayé les uns et les autres, inlassablement cet état, de n’avoir « rien vu venir ». 200 journalistes à Berlin en 33, 22000 en Île-de-France en 2020.

Une image facile (les crochets donnent un exemple court) : notre petit monde se préparait à donner une réponse à ce qu’il connaissait [Nazisme]. L’Histoire était vaccinée, pensait-il. Elle était prête, elle savait reconnaître les signes avant-coureurs [Hitler] et un seul [tag de croix gammée] en faisait des tonnes [société manifestant affligée dans la rue, remontrance des intellectuels, discours de tous les politiques, tweets unanimes] pour bien montrer qu’elle n’était pas dupe et qu’on ne lui ferait pas le coup deux fois. Mais elle l’était pour un virus. Contre lui, il y a bien un vaccin [Éducation], il n’a pas été assez donné, c’est vrai, il n’a pas éradiqué ce virus comme le monde a pu se débarrasser d’autres maladies, il est toujours étudié, il fait toujours des victimes. Mais le monde sait qu’il a des garanties : sa connaissance et sa reconnaissance. Rien n’est mystère.
Personne n’a envisagé que l’Histoire ne se répéterait pas, pas sous la même forme, qu’elle changerait, qu’elle « deviendrait », qu’un siècle est passé bientôt, qu’elle est en permanence « incomparable » mot pour mot, « incomparable » image pour image, et que c’était une vision d’enfant de croire que le même virus réapparaisse. Un autre est là. Et l’Histoire attend non pas qu’on fasse la preuve qu’on sait vaincre le premier virus, mais celui-là. Elle a de quoi être confiante : elle est faite d’intelligence, de repères, et elle a permis dans son flux qu’on fasse jouer des curseurs sans jamais chercher à la modifier ou la réécrire, qu’on passe à travers sa chaîne une navette qui puisse se charger de données qui savent survivre par tous les Temps : des concepts.
Les concepts sont les seuls qui permettent de reconnaître la similitude entre deux virus, et de faire admettre sans contestation que le vaccin contre l’un sera opérant contre l’autre parce que nous sommes en 2020, pas en 1920, ou 1929, ou 1933.


J’ai attendu, pour voir qui allait finir par se braquer, pointer et ruer. Personne. Les intellectuels qui ont pu dire la leur, les artistes qui ont tenu à afficher leur témoignage : tous applaudissent, tous croient au monde nouveau, pour la France : en 15 jours. Deux fois plus de temps que Dieu. Pour l’instant, il garde le record absolu. Mais il devait être shooté parce que c’est inhumain, quand même.
Le « contre » habituel, renouvelé il y a moins de quelques années, n’est même pas descendu de son manège, a juste emprunté le drapeau du coronavirus et a continué à tourner en rond, son rayon encore plus court quand il le croit incroyablement révélé pas la crise, notamment sur son diamètre économique, ou parce qu’elle respecte à la lettre les inégalités et les renforcent selon des critères de classe. Rien n’est faux, mais tout est si archaïque que ça le devient.
Quelque chose d’extrême dans le traitement général aurait dû au moins ramener ceux qui, dans une logique encore soixante-huitarde, ne savent que prendre le contre-pied pour trouver une place, mais même pas. Tout le monde a filé dans le champ lexical de la guerre. Tout le monde a oublié la réalité, personne n’a trouvé que c’était, entre autres, au hasard, l’instant où il fallait aussi parler de la Chine pour ce qu’elle est, sans même être économiste, et qu’il était irrecevable de prendre conseil et leçons d’un pays qui ne respecte pas les Droits de l’Homme. Si je devais citer tout ce qui a été abandonné pour assister au sacrifice heureux de la Mémoire, l’Histoire et l’Éthique, la liste de ce qui est oublié ferait plus de pages que j’aie écrites.

Ce qui reste le plus étrange c’est qu’on ne peut pas dire que les trois Mémoire, Histoire et Éthique aient eu la part belle ces dernières décennies. Ce n’est pas comme si elles avaient pu être ressenties comme l’oppresseur, celui des consciences, de la science, des corps. La bêtise adolescente de 68 les a foutues dehors, comme on claque la porte, sûr d’en savoir plus que ses vieux. Et, en France en tout cas, il a été impossible de négocier la réintégration de ces trois déesses de l’Humanité aux plans de table de l’Éducation en permanence corrigés par la bienséance de 68. Ne priver personne de « liberté », reconnaître tout et n’importe quoi comme « qualitatif » ne peut pas tenir dans la même pièce que l’Histoire ni même l’Éthique. Ce qui l’emporte aujourd’hui combat si fermement le passé pour exister, le revisite et le réécrit avec tant de fureur autorisée que ce n’est même plus être résistant de s’y opposer au nom de la Mémoire, c’est prendre le risque d’être vu comme l’ennemi et bientôt d’en mourir. Il est très loin le temps où quelques réactionnaires, avec une stupidité manifeste, se faisaient les plus pathétiques chevaliers de la Mémoire, pour sa perte. Ce temps-là fait partie de la bienséance de 68, même contre elle, et il aurait fallu une ampleur de vision tout autre pour que ceux qui tenaient et qui tiennent encore les micros s’en rendent compte. Ils ont précipité avec la sécheresse de leur générosité un monde dans un autre en le réduisant pour y parvenir. Il étouffe littéralement.
C’est en cours : la négation de l’Éthique, de la Mémoire et de l’Histoire est en train de faire plus de morts que la Seconde guerre mondiale et sur un champ de bataille qu’on peut toujours chercher dans l’Histoire : on ne trouvera pas. Il est à analyser. Une friche gigantesque pour les chercheurs du monde, et aucun de ceux pour l’instant désignés pour parler n’est seulement capable de l’envisager, alors l’étudier et y reconnaître des concepts, des arguments, des explications qui puissent un jour être simplifiés pour gagner le collectif : il ne faut même pas y penser.

La science n’a pas brillé non plus ces dernières semaines, en laissant la parole à un charlatanisme ahurissant. Je ne parviens pas à y voir le moindre intérêt pour elle et tellement pas que c’est un autre motif d’inquiétude. Jusque-là, elle s’en sortait en surenchérissant sur le mystère de sa marge avec la compréhension populaire. Elle avait sa magie, elle réglait ou réglerait tout, elle était acharnée à détruire tout autre sens qu’elle-même, c’est elle qui gérait ce que nous devions comprendre d’elle, et elle avait réussi à rester presqu’innocente de l’accusation contre les lobbies, comme si elle n’y travaillait pas. Elle s’était fait passer pour une jardinière du climat, une humaniste attentive, assurant tous ses voyants d’urgence toujours allumés et hurlants.
…Et en quelques jours, elle s’est laissé passer devant par tous les bonimenteurs et leurs chariots remplis de potions, les explications les plus aberrantes, les promesses de vieux apprentis-sorciers, et un très scabreux jeu avec la logique qu’elle va payer ou que nous allons payer, c’est plus probable. Une partie des représentants de ses rangs a décroché net, d’un coup, tous à pleurer à genoux les bras tendus vers le ciel demandant pitié : le personnel soignant soudain remplissant une église radicale que la science ne savait pas à elle et qu’on nomme l’estime des rues, église qui sait faire flamber soudain les saints qu’elle intimait qu’on prie la veille. Un domaine impraticable depuis toujours par la science et avec lequel elle faisait tout pour garder ses distances.
La science au sens large n’a pas lutté contre la dérive immédiate du sens pur, qu’il soit celui de la langue française, de l’Histoire, de l’économie, et même de la géographie. Elle n’a pas lutté quand le monde a fait une bouillie des connaissances de lui-même, par le bas, avec une joie féroce et des battements de peur, des hystéries collectives, individuelles, privées ou publiques, politiques. Elle ne s’est pas levée contre aucune analyse de la propagation du virus, contre les termes utilisés qui étaient si impropres, si ultra-faux déjà dans les annonces publiques, qu’ils n’avaient plus qu’à dégénérer jusqu’au comique une fois dans le salon de la société. Un comique que personne n’a relevé non plus, trop sûr d’être dans le vrai « scientifique ». Même le « pic de l’épidémie » a changé de définition dans les médias. Les médecins qui ont pris la parole sont à présent tous douteux et leur serment, s’il n’a jamais existé, a fondu sous les projecteurs. À commencer par celui de l’ex-ministre de la Santé.
La science n’est en fait jamais intervenue, elle a laissé croire qu’elle était là, dans des combinaisons intégrales, mais personne n’a ouvert pour vérifier, pas plus a-t-elle ouvert les cadavres lors d’une autopsie.
Ce retrait de la science n’a que deux lectures possibles : où elle ne sait réellement plus rien de rien de rien de la société et elle s’est fait déborder et a abandonné de corriger massivement le tir, ou plus probable : elle se fout de ce qu’on pense d’elle et pire, ça l’arrange d’avoir pu mesurer la crasse absolue de la connaissance collective, puisqu’ainsi elle est d’autant protégée dans ses hauteurs, secrets et mystères. Le monde vient peut-être d’autoriser la science à rire de l’Éthique. Je ne sais pas comment c’est vérifiable avant d’être devant un nouveau golem. Mais l’usage qui en a été fait, de la part du politique, est un drame, dénonciateur et annonciateur.


Le problème actuel n’est même pas la conscience de cette recherche du « réel » champ de bataille, mais que le lieu dans lequel puisse s’installer un « contre » intellectuel à la totalité du paysage français, (et mondial par trop d’angles), n’existe pas et ne trouve aucun moyen d’exister. Je ne mets pas dans cette enclave nécessaire les activistes de toute sorte, pas même pour le climat, et donc je ne considère pas les lieux qu’ils ont su créer comme potentiel refuge pour une révolution conceptuelle. La base d’actions des activistes est éclatée en parcelles et les liens entre elles sont soumis à des conditions, des négociations et des pertes de sens, celles-ci entraînent fatalement un allègement de l’intellectualité pour gagner le domaine pratique et affronter le présent, avec, de plus, une urgence qui n’est pas compatible avec la Mémoire ou l’Éthique. Évidemment que ces contres-là, manifestes, sont irremplaçables et que leurs actions ont une source qui ne supporte aucune remise en cause, mais ça n’en fait pas un potentiel révolutionnaire pour autant, il n’y a pas maîtrise d’un fond commun, l’action double trop la réflexion et ne peut pas s’embarrasser, pour rester efficace, de la sphère globale. Je lui reproche seulement de ne pas être capable de le reconnaître et de se croire un privilège sur la pensée, d’imaginer s’en passer à coups de slogans et, particulièrement pour les artistes qui se disent activistes, de vivre et œuvrer dans un passé terriblement court, amputé même, de l’Art, sans le mettre à l’épreuve de sa propre époque. Il saurait y répondre, pourtant.

En tout, que ça concerne les intellectuels ou les artistes, continuer à jouer avec la dernière seconde en s’en pensant le maître et en croyant la connaître sous prétexte qu’on la vit, est une erreur magistrale. Ce droit à vivre la seconde qui passe, la croire sienne, sensée, pleine, est réservé aux enfants et à la société. Les intellectuels, les artistes, ont charge de voir cette seconde entre celle passée et celle à venir, et ça vaut pour tous les temps : une heure, un jour, un an, un siècle, l’Humanité.

Il y a donc ici deux vaisseaux qui ne sont pas affrétés par le milieu intellectuel et artistique mondial : l’espace, et le temps. Sans eux : ni Mémoire, ni Histoire, ni Éthique. Personne ne peut embarquer le monde dans une seule vision, c’est nul et non avenu. Quiconque s’en pense capable est déjà recalé, et c’est déjà avec ça qu’on peut classer ceux qui vivent et pensent la seconde et les autres. Il faut une alliance de compétences, liées entre elles par chaînes alourdissantes pour prétendre commencer à parler pour l’ « Humanité ». Nous ne sommes plus au XVIe siècle, les humanistes doivent exercer en collège s’ils veulent prétendre au monde.
J’ai été vraiment amusée de voir les intellectuels qu’ils soient sociologues ou philosophes ou je ne sais quoi d’autorisé par l’université et l’intelligentsia parisienne, de 40 ou 98 ans, soudain s’amuser comme Chaplin/Le Dictateur avec le globe léger. Rangés tous dans le chœur, nos penseurs ? Ils ont pris le monde, « leur monde », et ont chorégraphié son envol merveilleux, tous les violons sortis. Dans la scène, le dictateur devient aussi léger que le globe et saute sur son bureau. Il a des ailes invisibles, l’osmose physique avec son rêve est totale.

Dans notre parodie de « vigilance », un mot qu’on aime tant, on pense systématiquement qu’il ne faut surveiller que le tracé d’une personnalité hitlérienne et quelconque acte qui prétend censurer la liberté, ficher, désigner trop violemment une partie de la population, faire des expériences avec la vie humaine : quoi que ce soit qui laisse soupçonner qu’on frôle, même à 700000 années-lumière, l’ambiance « symbolique » de 39-45.
Le XXe siècle nous a mal éduqués dans notre édification et notre imaginaire : toujours les œuvres ont démarré au centre d’un totalitarisme afin d’en dénoncer les mécanismes et la perversité, l’aberration meurtrière, physiquement et mentalement. Mais il n’y a pas de texte qui présente le « comment on en est arrivé là » et l’Histoire elle-même laisse finalement peu de traces. J’ai vu passer une étude américaine sur un travail de journaliste dans la société allemande avant-guerre, il n’y avait pas de murmure, il y avait une incroyable norme et une unité. Comment, pourquoi ? Ce qu’indique l’Histoire est trop simple et fortement orienté par la suite historique, on pousse depuis 14-18 des arguments qu’on va ressaisir depuis 39-45, et le ficelage est économique et politique, centré sur un homme et la mise au point d’un système avec des pics extrémistes définitifs. Mais la société ? Quelle société permet la mise en place d’un totalitarisme, et celui-là ? Une société comme la nôtre.
Il n’existe pas d’œuvre reconnue alertant sur la constitution de telle société, une œuvre qui ait fait son job à une échelle telle qu’elle ait sa référence pédagogique. La complexité de la formation d’une société totalitaire rend difficile de brandir sa menace puisqu’elle ne se résumera jamais à désigner un tag sur une tombe et faire ainsi hurler de mépris et de honte toute la société. Par contre, que cette société hurle tout ensemble de mépris en découvrant ce tague qu’on lui désigne, c’est un signe de totalitarisme sociétal.
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