SAMEDI 4 AVRIL 2020
[Présentation sur YouTube]
📍Chers Abonnés 🖤 
J’aimerais que se dénonce celui de mes abonnés qui ne regarde, à part les PUCKs, que des vidéos sur « comment faire du pain à la maison » !!!! C’est pas possible que ça continue ! YouTube ne me propose que ça, et donc, c’est certain, uniquement ce que ceux qui me suivent regardent……… Alors ? …………Qui ?  ………Courage.
À plus tard,​​​​​​​
Claire​​​​​​​
CORONA PROPAGANDA | VIOLENCE. 19/X

La violence sait succéder à la terreur. Mais pas si la terreur est totalitaire. Le système même de la société de 2020 la rend incapable de ce rebond, comme elle est impropre à la catharsis. L’après-confinement sera, par contre, pour quiconque l’interprétera, d’une malléabilité totale : il livrera tous les sentiments et toutes les attitudes qu’on voudra que la société ait. Elle y croira, encore.*


[note de l’auteur : j’étais en train de me dire qu’il y a quand même un truc bien, cette année, c’est qu’y aura pas eu la grippe, du coup.
J’essaie de démarrer léger, parce qu’avec un titre pareil, il y aura forcément des paragraphes très rudes à lire. Tout le monde n’en est peut-être pas capable. Il faut faire attention à l’écrit : sa puissance est radicalement autre et ce n’est pas parce qu’on croit, à voir des images de violence réelle ou fictionnelle à la télévision, qu’on sait ce qu’elle peut être, qu’on est forcément blindé et blasé pour la lire. Je peux écrire bien pire que cet article, sur la violence, sans une seconde tomber dans la perversité ou le gore du film d’horreur, mais uniquement et justement en retranscrivant la violence. Il ne me semble pas, ici, que je sois allée trop loin. J’ai fait attention, l’objectif n’est pas là. Et j’ai essayé de glisser des passages allégés d’humour. Mais ce n’est pas pour autant que ça ne restera pas choquant, peut-être.]


La première violence concernée est celle qui a une expression physique, dont, à l’échelle d’une société : manifestation en bélier, destruction, émeute, lynchage, guerre civile, révolution.

Même à quelqu’un qu’on adore on peut arriver à retourner un coup en réponse immédiate à une terreur provoquée sans le vouloir ou lors d’une farce. La compréhension que « rien n’est grave » est confondue avec une première violence : celle qui a été faite en faisant peur et la catharsis se mêle avec une seconde violence retour, de protection et d’attaque, elle. Celle qu’exprime n’importe quel animal. Elle est si rapide que difficilement contrôlable et le coup est si prompt que l’arrêter avant qu’il atteigne son but est un effort. Ensuite, il y a la colère ou le reproche, ou l’exaspération, le soulagement ou le rire, selon.

La terreur est souvent suivie de la fuite. Rares sont ceux qui « attaqueront » en réponse à une terreur. Dans le métro : un homme qui était assis à côté de moi s’est levé et a commencé à tabasser à poings fermés, au visage, une nana face à lui. La rame était comble, dans la seconde elle m’a fait l’effet d’être vide et je m’en veux encore, parce que je tenais un parapluie pliant, donc une arme, et que j’aurais pu le frapper, mais je ne sais pas pourquoi, j’ai choisi de lui hurler dessus en restant à côté de lui et d’hurler à ceux tassés aux deux fonds de la voiture de « venir » et tirer l’alarme. Il a fallu attendre que le métro s’arrête pour qu’au passage en sortant quelqu’un tire l’alarme, l’autre s’était enfui dès les portes ouvertes, lui aussi avec une certaine terreur, je suppose. La nana était hagarde, en sang, le nez cassé, la bouche explosée, elle n’avait pas eu un geste de défense ; des gens sont revenus pour témoigner de la scène. Non, vraiment ? Et tendre des mouchoirs. Il me semblait que mon jean était en métal quand mes jambes cognaient dessus et je me suis retournée contre ceux encore là, pour demander pourquoi ils avaient reculé, en hurlant encore. Ça faisait un cumul de violences et de terreurs, toutes différentes. Et il y avait plus d’hommes que de femmes dans cette rame : ça n’a rien changé. La lâcheté était un paysage, surtout à entendre les coups, son silence dépassait mes cris.
La défense des témoins, pour justifier leur fuite, a été : « On ne savait pas s’ils se connaissaient. » Et cette réponse ne m’est pas restée du tout pour sa chute aberrante, scandaleuse et inadmissible. Il n’y avait aucune aberration dans cette réponse. Elle était exacte, si on tient compte du référentiel. J’y reviendrai.

Ensuite, j’ai su frapper, je n’ai pas reconduit cette expérience-là, je n’ai plus été arrêtée par une incompréhension et une ignorance physique. J’ai su aussi plus tard ce que pouvait être d’être l’agressée, mais j’étais trop consciente pour en être victime même si je sais que penser ainsi est exclu, donc il y a bien eu mesure de la violence, et pas, ou plus, ce hasard épouvantable de voir soudain les coups pleuvoir pour rien, rien.
Ça s’apprend « attaquer » et « se défendre » et même « encaisser », il faut des étapes, parce que nous manquons d’animalité, d’instinct et qu’avant la dimension déployée de la violence, il faut une connaissance, un prérepérage, une gestion incroyable : on a un cerveau, et des siècles de culture d’autre chose qu’une réponse animale. C’est foutu, pour nous, cet instinct-là, dès qu’on est plus un tout-petit. Même les pires cons de 2 de QI doivent franchir « une » culture peu importe qu’elle soit basée sur la peur de la répression, elle existe. Les soldats entraînés ont « appris » la gestion de la violence et des réactions possibles, les pompiers le savent avec en plus une tessiture psychologique, mais pas ce dont la société a hérité à la présidence et qui se croit un « chef de guerre », ni en France, ni presque nulle part dans le monde sauf dans les pays où la violence reste « déclarée » voire étatique.
Si le mot « guerre », peut être utilisé par un « chef de guerre » sans que la violence ait le moindre rôle là-dedans, ni à l’attaque, ni en défense, ni à encaisser, c’est que la « violence » n’a plus la place qu’elle devrait avoir dans la société, que sa définition est perdue, et que, donc, une autre définition doit la remplacer, mais aussi autre chose dans les actes, qui ne serait donc pas reconnaissable en tant que « violence ». J’ai réagi x fois à ces mots de « guerre », « front », « guerriers », « combat » dont tout le monde s’est emparé avec fureur, délice et en y croyant, …en y croyant ! alors que pas une seule goutte de sang n’est même tombée lors des prises de sang. Où est la violence si une guerre se passe sans elle ? Et qu’est-ce qu’elle est en train de faire, comment, à qui ?
Ça fait x fois que je dis, sous toutes les formes possibles, et depuis des mois et des mois, …des années, que le décalage d’un registre de ton, et d’un champ lexical, en dehors de la production artistique, l’humour, et au pire d’une certaine communication (pub) maîtrisée, peut faire un tort incalculable.

D’ailleurs, je suis au bord de beugler comme Stallone, il y a longtemps, que « C’ÉTAIT PAS MA GUERRE! » avec un bandeau noir au bras à défaut d’un masque. …Même si je préfère la version de Gizmo, dans les Gremlins, qui dit la même chose. Et d’ailleurs, je me demande s’il y a quand même un mec, à Paris, qui a pensé, pour faire rire sa rue, sachant en plus maintenant que si on sort : on est mort, d’après Lallemand (c’est marrant, je n’ai pas vu de comique à ce propos non plus, pourtant, à chaque fois qu’il l’ouvre, avec son nom et sa tête, et sa casquette, il y a un boulevard… mais bon : gravité, sérieux, gravité, sérieux, okay ………Mais non, quand même, il est à hurler de rire, ce mec, tout de lui, tout ce qu’il dit : c’est drôle ! Pourquoi personne ne rit au lieu de le prendre au sérieux comme ça ? Je ne comprends pas. C’est drôle ! Il est drôle ! Pourquoi les gens s’offusquent comme ça ?) Ouais, donc, j’espère qu’un mec à trouver à hurler : « JJJJJJJJAAAAAAAAAAAANNNNNNNNNNNNVVVVVVVVVIIIIIIIIER ! ».

Je déteste en passer par mon expérience, pour quelconque sujet, j’estime que je devrais être en droit d’aborder n’importe lequel pour lui-même sans preuve d’une autre connaissance qu’intellectuelle et esthétique dont la capacité de projection est immense et quasi exhaustive. Mais tout particulièrement pour ce sujet-là, pour lequel le corps même est très concerné, je sais que l’époque saura très vite avoir son arrogance et être si sûre de son opinion et de ses expériences qu’elle n’admettra pas une analyse cérébrale. Pour casser cet orgueil-là et la simplification des arguments, il faut que moi je joue à l’inverse : tu as déjà reçu un coup ? Donné un coup ? Non ? Alors écoute-moi. Et si oui : réfléchis avec moi en écartant ce que tu sais.

La société a beaucoup rejeté, ses dernières années, la compréhension des systèmes de violence, au corps à corps, autant qu’elle a perdu, d’ailleurs, la maîtrise d’un autre corps à corps qu’elle laisse devenir un étrange mythe bientôt sans intérêt. Le rapport à la chair, saignante ou pas, de la société, est perdu. Elle ne se mesure plus, elle le vit par procuration et sa désensibilisation a atteint un stade critique : elle ne sait plus ce qu’elle a perdu, comment, ni pourquoi. Il n’y a pas de jalons très nets, dans l’histoire de la société, sur les 50 dernières années, auxquels, si elle voulait comprendre « pourquoi elle a mal au dos », elle pourrait se raccrocher et qui lui indiqueraient le plus simplement qu’elle a « choisi » d’avoir mal au dos, et qui sauraient lui dire, en plus, pourquoi, comment. La désexpérimentation de son propre physique par la société a pourtant des causes qui n’ont évidemment rien à voir avec les grands titres : sédentarisation, manque d’exercice, de repos, nourriture impropre, mollesse des jeunes, la faute aux écrans, blablabla. La désexpérimentation de quelconque corps et corps est la conséquence de celle de son propre physique.
Parfois je réponds à « ça va finir en guerre civile », par « non, la société ne sait plus courir. » Et je ne parle pas de courir à l’assaut, je parle de courir pour fuir.

Si une terreur était imprimée à la société, physiquement, la société ne serait pas capable d’une réaction de violence physique. Ceux qui ont eu, parmi le mouvement des Gilets Jaunes, soi-disant, une violence physique dont on a tellement parlé, ne pourraient pas se justifier en prétendant qu’ils ont réagi suite à de la terreur. Pourtant si, mais celle-ci n’a pas été analysée encore. Les Gilets Jaunes ont couru, se sont battus, ils ont frappé, pour certains, ils ont largement été frappés, pour d’autres, il y a eu des morts. Ils ont cassé, beaucoup, il paraît. Ont-ils imprimé de la terreur à la société ? Non. À ceux face à eux ? Non. Au gouvernement ? Non. Aux intellectuels ? Oui. Pourquoi ?
Les Gilets Jaunes ont fait des dégâts matériels, et ils ont brisé un plâtre dont on a voulu faire le symbole de leur violence, sa plus grande victime quand il s’agit le plus exactement de la démonstration du soutien de l’Art à leur cause.

Pendant des mois, tandis que les samedis se succédaient, les médias ont bavardé sur le thème de la violence, jugée si inadmissible, intolérable, condamnable, il n’y avait pas de mots assez forts. Des plateaux populaires aux émissions de France Culture, le sujet n’en finissait plus d’être là, et la violence était lapidée, énuclée, piétinée, tabassée, traînée, amputée, choquée, secouée, projetée, menottée, humiliée, affamées, assoiffées, étouffée, fracassée, pulvérisée. À la fin, il ne restait plus rien d’elle, à la jouissance de tous. Chaque invité, sur chaque plateau, chaque jour, pendant des semaines et des semaines, avait tenté avec acharnement de plus détruire la violence que l’invité précédent et rien n’existait plus que de témoigner contre elle, d’enfoncer les ongles de son mépris et de tirer vers le bas jusqu’à lui arracher tout visage, qu’elle perde toute identité.

C’était un défi intellectuel de trouver les mots qui n’avaient pas été prononcés encore pour exhorter la société à démembrer à jamais la violence, par respect pour sa culture, son éducation et sa tolérance. Cette violence avait sa traîne d’adjectifs adorateurs que chacun ne manquait pas de répéter jusqu’à ce que leurs noms soient maudits mille fois en chaque cœur : elle était raciste, homophobe, nationaliste, antisémite. Rien que pour ce dernier démon, c’est l’Histoire qu’on a convoquée, qui n’est pas venue, mais dont on a parlé comme si elle était là quand même, à laquelle on a brisé les jambes pour qu’elle tombe à genoux d’horreur et crevé les yeux pour qu’elle pleure, et percé les tympans pour qu’elle semble supplier toujours plus l’évincement à jamais, pour ne plus l’entendre, de tel mot « antisémite », car la société et même le monde étaient bien trop éduqués pour avoir à le retenir encore, le prononcer un jour à nouveau. Les causes même de l’antisémitisme étaient combattues avec assurance et fierté et leur disparition était inexorable. « Plus jamais » hurlait la société dès qu’on lui demandait. Elle est même allée manifester, dans un calme démonstratif, pour montrer l’exemple, une grande procession, grave, affligée, concernée, très fière d’elle. Alors que les Gilets Jaunes démultipliaient avec frénésie leur propre communication, leur design, leur graphisme, leurs formules et les échanges d’informations, d’archives, de réflexions, d’expériences pour résister d’une façon, oui, elle, inédite, et tenir leurs bastions, qu’ils soient réels, sur les ronds-points, ou plus segmentés et mouvants, les samedis, dans les rues, ou qu’ils soient ceux de leur propre existence, en tant qu’individus et en tant que mouvement, la société, elle, processionnaient, conduite par sa bienséance, ayant retrouvé le visage que tout 68 ne supportait plus de voir, et répétant avec régularité « J’ai honte ». Ouais ? Hé bien, …continue ? Se plaire, dans la vie, c’est déjà ça, savoir qu’on fait le bien, qu’on pense le bien, c’est cool, je suppose. Alors qu’il y a tellllllllement de violence inadmissible dans le monde. Prie. Reprends la prière aussi. Ça manque.

Les Gilets Jaunes, qui n’ont jamais tagué une tombe, explosaient à leur niveau, (leur niveau, c’est important), de créativité tandis que la société allait se purifier pour racheter leurs péchés, dans sa marche funèbre.

Le terme de violence, quand il a été le sujet des intellectuels, a été casé dans une phrase d’une rare profondeur, et qui était la preuve d’une réflexion hors du commun : « Quand on n’a plus les mots, il y a la violence. » Ma réaction contre ça a fait le tour du monde, personne ne le sait peut-être, ou encore, mais j’ai fait une vidéo que j’ai postée à tous les grands quotidiens européens et américains, australiens, signalée deux fois, par mail et par twitter.

Les intellectuels, les élites, de France, n’ont pas su reconnaître « qui » n’avait plus les mots. Je peux concevoir que ce soit difficile pour la masse de mesurer cette phrase pour ce qu’elle est : « Quand on n’a plus les mots, il y a la violence. », parce que la société va tout simplement la comprendre du premier coup. Sans question. Ça va lui sembler une évidence. Et au-delà de ça, si cette phrase est prononcée par un intellectuel et qu’elle, « masse », « société », est capable de la ressortir, jusqu’à la radoter, elle va d’autant plus la considérer d’un bloc et conclusive, trop orgueilleuse de démontrer son intelligence « capable » de celle des intellectuels. …Je hais la société quand elle fait son Jourdain. Ça dit quelque chose à tout le monde, comme référence, ça normalement.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.— La voix A, se forme en ouvrant fort la bouche, A.
MONSIEUR JOURDAIN.— A, A, Oui.
MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.— La voix E, se forme en rapprochant la mâchoire d'en bas de celle d'en haut, A, E.
MONSIEUR JOURDAIN.— A, E, A, E. Ma foi oui. Ah que cela est beau!
MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.— Et la voix I, en rapprochant encore davantage les mâchoires l'une de l'autre, et écartant les deux coins de la bouche vers les oreilles, A, E, I.
MONSIEUR JOURDAIN.— A, E, I, I, I, I. Cela est vrai. Vive la science.
(scène IV, acte II, Le Bourgeois gentilhomme, Molière, 1670)

Tombée de si haut que des élites, la phrase « Quand on n’a plus les mots, il y a la violence. », pour la société, ne peut pas dépasser son sens qui est d’une platitude totale, et si totale que la masse ne pense pas réellement à chercher autour de ce sens.  Si elle l’avait fait, elle aurait découvert que ceux qui n’avaient plus les mots étaient les politiques, les intellectuels et les médias. Qui, pendant un an entier s’est sans relâche posé la question « Qui sont les Gilets Jaunes ? » sans jamais trouver, sans jamais comprendre, et surtout, comment cette question pouvait-elle seulement exister ?
Alors, la phrase « Quand on n’a plus les mots, il y a la violence. » avait une autre portée, et cette fois éclairait quelque chose de gravissime : les deux élites, politique et intellectuelle, ainsi que leur système de communication privilégié dont ils interdisent l’accès à d’autres que ceux qui leur doivent un pouvoir, n’avaient aucun moyen, aucune connaissance, aucune éducation, aucune culture suffisants pour s’adresser à une part de la société, donc à sa totalité.
Si la société avait été capable de réfléchir cette phrase courte, si elle s’était pourvue d’assez de méfiance pour ça, de curiosité, elle aurait été capable de protéger le mouvement des Gilets Jaunes, de le réabsorber, reconnaissant haut et fort qu’il était bien d’elle et de monter tout autrement, puisque nombreuse, à l’assaut, pour exiger des mots, et pas la violence.

Une complication, de même, je le reconnais, est arrivée, qui a ruiné l’espoir que la société parvienne jusqu’à la vérité. Le président a pondu « le grand débat ». Et là, il faut réellement avoir un niveau tout à fait en dehors de la moyenne sociétale pour parvenir, alors que l’État lui-même mais en place une gigantesque scène publique d’échange, donc de paroles, relayée infiniment dans les élites, pour se hisser jusqu’à un seuil critique et comprendre que cette manœuvre est là justement pour faire oublier « Quand on n’a plus mot ». Rien de tel que de créer un nuage de fumée d’autres mots pour ça. Et aucun, les Gilets Jaunes l’ont constaté, ne les concernaient.
Cette analyse est d’autant plus impossible à faire pour la société, qu’il y a, parallèle à la complication, une donnée qu’elle ne peut vraiment admettre sans « terreur ». C’est que l’idée du « grand débat » n’est en aucun cas une volonté, une stratégie, une « manœuvre » d’évitement. Ça y ressemble tellement, et pas du tout. C’est ainsi que ça a été traduit, de tous les côtés, par tous ceux qui ont désiré critiquer l’esbroufe du « grand débat », c’est ainsi, presque, qu’il a été mis en œuvre, d’ailleurs, par le maigre et minable service de com’ de Macron, avec une sélection des meilleurs angles et meilleurs passages. Dès que l’idée est apparue, le mot « propagande » était au bout de sa laisse, si mal dressée, d’ailleurs, qu’elle tirait dessus devant.
Ça fait beaucoup, pour une société, de voiles, d’inversions, d’illusions, de vraisemblances, à écarter et si possible dans la seconde « d’avant », pour comprendre où se situe la réalité : la jalousie d’un président qui veut le devant de la scène et peu importe celle de quel spectacle, avec quelle compagnie, pour conter quelle histoire, notamment celle de « son » « peuple » comme il adore le dire aux micros européens avec un ton poignant de drame.
Le président a vu les éclairages des médias, un premier rôle qu’il pouvait prendre parce qu’il avait le pouvoir de le prendre. C’est tout. C’est tout. Ce n’est même plus la peine de parler de société, de Gilets Jaunes, de manifestations, d’essence, de RSA, de rien. Rien.
Rien.

Et la violence est où, là-dedans ? Dans la jalousie d’un président, son désir de gamin envieux et égoïste, et très bête, qui passe devant la société tout entière pour vivre son trip et l’utilise comme public prostitué.
Ça manque de sang ? Pour y parvenir, peu importait le nombre d’énucléations oculaires, d’amputations de mains, de nez cassés, de dents cassées, de crânes fracassés, de côtes éclatées, de vies ruinées, marquées et scarifiées.
Où est le problème ? La quantité de critiques de l’ensemble qui toutes, TOUTES, ont raté la vérité, et qui pourtant sont persuadées de la détenir. Une telle quantité de critiques ont équilibré parfaitement la charge illusionniste de l’attitude gouvernementale : 50/50, à en boucher la vue, à saturer l’ouïe. L’opacité était telle qu’infranchissable par la raison, par une autre voie. Cette opacité était parfaitement admise par la société, en osmose avec elle : il lui semblait qu’elle en comprenait tout : la « bonne idée » du débat, la « manœuvre » du débat. Elle-même, société, neutralisait la situation et équilibrait l’illusion et la critique de l’illusion.

Dans un tel système, totalitaire, par la société totalitaire et par un Pouvoir qu’elle s’est imposé, lui-même s’étalant totalitaire, ce qu’on nomme « violence » est nuage de fumée, cachant un vide, et la « violence », la seule, n’est plus du tout perceptible par la société. Elle ne saura pas qu’elle la subit, le plus quotidiennement. Parce que, si cet exemple Gilets Jaunes/ Quand on a plus les mots/ grand débat/etc a vraiment un « gros volume », étalé dans le temps, et a été connu, son modèle est reportable de plus à moins l’infini sur chaque action de l’État, chaque décision, chaque discours, et sur chaque réaction sociétale.
Jour après jour, la société sédimente sans le savoir la violence qu’elle subit, pour des infimes détails, pour de gigantesques affaires, pour une crise sanitaire planétaire inexistante scientifiquement et statistiquement, et l’Histoire se démerdera avec cette crise.

Une société qui est, sans le savoir, prise dans le béton d’une violence sédimentée, et même absorbée dans sa propre chair, dans son sang, à doses homéopathiques, sur 50 ans, qui aura filtré jusque dans ses idées, sa culture, ses connaissances, et acidifié et fait rouiller son sens critique, cette société-là n’a plus ni la possibilité de ressentir une terreur, ni celle de se projeter en dehors de cette commune paralysie, pour exercer sa propre violence. Elle est physiquement et mentalement incapable de courir pour assaillir, mais aussi de courir pour fuir.
On vient de la cloîtrer chez elle, parce ce que « nous sommes en guerre ».
Depuis des semaines. Chacun, chez soi, pense collectif, doit penser collectif, on ne lui laisse aucun choix et personne ne se laisse le choix. (Je reviendrai sur ça, le « collectif » dans l’épisode suivant.)

La société vient de se tester : elle est positive au totalitarisme, le sien, celui d’État, qui ne forme plus qu’un. La fusion date de 2019.
Et peut-être que le monde entier l’est, mais sans doute pas sous la forme française et je ne peux parler que pour elle. Pourtant, c’est probablement le terme qu’il faudrait savoir utiliser pour que le monde s’éclaire lui-même d’une autre compréhension. Elle est à ajuster, sans aucun doute, mais je sais que cet état est réel.

Dans un système totalitaire, il n’y a plus de violence de foule, il y a au mieux des mouvements de foule et la répression est admise. Dans un état totalitaire, la violence ne prend plus qu’une seule forme, et elle s’appelle « torture ». La société n’en a même plus le soupçon, s’il y a une rumeur, elle l’oublie volontiers, elle ne sait pas, en elle, comment ça se passe, et où, comment on est « arrêté » et pour « quel motif », comment on « disparaît ». Elle ne sait plus ce qui y mène, elle ne sait pas si on s’en sort.
En 2020, la société serait la plus incapable de définir, pour son propre siècle, pour elle-même, à quoi pourrait bien ressembler la torture dans un pays démocratique occidental. Elle ne parvient même pas à envisager l’absolue impossibilité que l’Histoire se répète et que le nazisme soudain, même sous une forme très altérée, nationaliste, la plombe.
Elle a même été rendue si brute et sans recul possible, en elle, qu’elle ne se souvient pas avoir jamais appris qu’il n’y a pas eu d’autoritarisme contre la société avant qu’un totalitarisme s’installe mais que la société le souhaitait avec ferveur.

Il n’y a pas de violence potentielle à attendre à la sortie du confinement. La terreur que la société devrait ressentir, elle paie pour en avoir sa dose en la voyant comme une protection, une « connaissance », une « culture ». Si l’État décide d’une violence punissable dans la société, la société la reconnaître sans broncher, qu’elle existe ou non : elle la verra et se rendra dans la rue manifester avec une mine d’enterrement, sa honte.

« On ne savait pas s’ils se connaissaient. »


À plus tard ?




LUNDI 6 AVRIL 2020


CORONA PROPAGANDA | TU N’AURAS PAS MA JOIE. 20-21/X

Le truc sidérant, dans les réactions des intellectuels et sociologues que j’ai déjà commentées, est leur unanimité à penser à réexploiter pour le collectif les joies nouvelles et privées qui auraient pu naître du confinement « pour un monde meilleur, fraternel ». Donc, l’effort du confinement est du communisme ou du capitalisme moral ? Encore plus stupéfiant que d’avoir nié qui était la Chine.*

Les petits disent « CoNoravirus », et se font une joie, à 20H, de faire le plus de bruit possible. Au bout du compte, ces applaudissements : mains, cris, cornes et cloches, et tout instrument, jusqu’aux cuillères en bois tapées sur les bords des balcons : ce sont les enfants qui ne sortent plus depuis des jours qui les méritent.
Le virus a décidé de sa cible principale : les adultes, les vieux, les vraiment très vieux. Les responsables de l’état de ce monde. Je suis follement heureuse, ces jours-ci, comme depuis jamais et tellement que je me fous de cette gravité qui fait s’agenouiller nos nouveaux prêtres, de quelque bord que ce soit et leurs fidèles devant eux. La politique a viré au fantasme déclaré, et le contre-politique à la religion. L’aberration atteint une strate qui est inédite et seule l’Histoire peut se souvenir de tels moments que nous peinons à nous représenter, dont on dit « à l’époque les gens pensaient que… ».

Je souhaite que si quelque chose apparaisse de cette époque si courte, ce soit enfin des néo-anarchistes, et « néo » n’est par là pour rien. Je l’ai souhaité il y a trop d’années, sur la base de concepts qui n’ont pas pu être perçus, et j’ai décrit patiemment les années passant comme ils s’appliquaient lentement et sûrement à la totalité de notre époque. Mais cette fois, il y a peut-être une chance, en parvenant à faire comprendre à la société comment et pourquoi on peut lui arracher sa joie, que se comprenne spontanément un rejet « total » de la « totalité » que nous vivons et que la société quitte à temps sa dépendance totalitaire. Une révolution par individu, inédite.

Les versions de tout qui s’adaptent chaque jour auraient dû déjà devenir un spectacle en soi. Mais la persistance d’une trop grande partie de la société, encore, à les suivre en les pensant réelles, empêche cet éclatement de liberté. La pression du monde est tout de même un poids qu’on ne peut pas reprocher à la société d’à peine supporter. Un tel poids que le croire, à part concernant l’existence du virus, irréel, est impossible.

Mais vraiment, depuis que nos grands penseurs ont émis l’idée stupide qu’il sorte de là un monde fraternel, qu’à nous tous nous le changions, qu’il y ait une crise existentielle, alors que chacun s’est retrouvé confronté à son chez lui sans choix, et enfermé dans ce « sans choix », soi-disant pour sauver presque plus la vie des autres que la sienne ?

Alors ça… Ça, c’est merveilleux. C’est scotchant. Et c’est hors de question, hors de question, que quiconque s’arroge ainsi de prélever ce qui, éventuellement, pourrait, en pourcentage, par foyer, se révéler plus important que ce qui s’y sera aussi définitivement et gravement dégradé, pour le redonner à la collectivité. Le bonheur éventuel reconstruit dans une recomposition de quelque chose un peu inconnu à beaucoup doit rester la propriété privée et inaliénable de chacun. Il n’est pas recevable que même par un lyrisme d’une niaiserie pitoyable on se permette de jouer avec une valeur qui est l’unique bien de ceux qui sont en droit de fermer leur porte, aussi, à la société, pour exister « eux ».
Cette inversion, déjà, de « protégez l’autre pour vous protéger », qu’on n’avait pas entendu avec cette couvrance exceptionnelle, jusqu’à l’opacité, depuis les grandes années Philadelphia, avait quelque chose de révoltant. Mais le « soyez heureux pour le rendre aux autres » ? Alors, là, c’est peut-être la pire démonstration du droit qu’on peut se penser sur les cœurs, les esprits, les êtres propres, et qui semble si évident que personne ne rougit de le dire à grands cris extatiques dans les tribunes de tous les journaux, tous et sur les plateaux aussi.
Même le chef de guerre en culottes courtes a parlé « d’après » et « d’avant » qui ne se ressembleraient pas. Ça ne le regarde en rien : l’État n’a pas de droit là-dessus, sur ce dont il permettrait « éventuellement » l’épanouissement. Il n’a rien à rafler, il n’a pas à compter dessus dans ses œuvres. Il n’a pas à en attendre un bénéfice. Quand bien même une société sentirait en elle un soulagement et un nouveau bonheur et que cette force sans conditions aurait des effets sur l’ensemble d’elle, sa production, sa rapidité, son entre-aide, son attention pour autrui, ce n’est même pas la société « entière » qui aurait à s’en réjouir, parce que, d’abord, il n’y aurait pas à s’en « réjouir », mais ce serait éventuellement l’individu qui pourrait seulement s’étonner de souffrir un peu moins.
C’est tellement facile et niais d’aller prendre la société et de lui compter sa facture, d’y prélever un impôt soudain, l’impôt « Happy Corona », et de décider de la répartition floue de cet impôt : on se leurre soi-même des jolis mots qu’on emploie, si légers, si beaux, si plein d’espérance, « solidarité, fraternité, renouveau », et si parfaitement ridicules.

Ça fait un moment, déjà, que l’idée que l’État, mais aussi toutes les élites, possédaient le droit de décider de l’« individuel » de la société en ses sens et sentiments et même corps, progressait. Je veux bien que le démarrage de cette manière ait été difficile à percevoir pour la société, c’était dans des strates qui lui sont vraiment impropres dans son unité, c’était au centre du milieu culturel, avec le Nouveau Roman. Donc, évidemment, arrêter quelqu’un dans la rue, Gilet Jaune ou pas, pour lui dire au fait, tu en es là à cause des Éditions de Minuit, ça ne risque pas de le pousser à hurler « C’est ça ! » avec son soulagement devant sa compréhension éblouie, comme si depuis des années il cherchait à mettre la main dessus et que dans l’instant sa vie s’en trouve révolutionnée.
Je prête une grande intelligence à la société, qui a su montrer son indépendance, je ne renie toujours pas ma confiance en elle, parce que je sais ce qui l’empêche de la hisser depuis longtemps. Elle est là, mais en taule et enchaînée courtement. Par contre, je n’ai jamais cru en cette propagande qui date des années 60 de la culture pour tous dans un sens comme dans l’autre : d’une culture capable de se dégrader pour atteindre les banlieues, par exemple, et du sauvetage des âmes par le déploiement d’un talent très relatif jeté sur une toile, ou les ateliers d’écriture à se croire auteur. En déplaçant la culture jusqu’au loisir populaire et en annulant qu’elle puisse demander un minimum de connaissances, on n’a certainement pas touché à l’Art et à son pouvoir sublime, mais on a décalé l’imaginaire collectif qui se croit à présent toutes les compétences du monde à la fois pour recevoir un art et pour le produire. Mais, le truc, c’est que ça n’a jamais, jamais, jamais marché comme ça. Et que la « société » reste totalement dépourvue, en perception et en connaissance, pour comprendre, même de loin, l’usage qu’on fait de la culture à ses dépens.

L’Art tolère quiconque devant lui, sans bac, sans pedigree, et illettré. C’est sa force. Par contre en lui-même, il va demander de plus en plus d’apprentissage pour être perçu. C’est comme ça et ce n’est pas autrement : et heureusement. C’est comme ça que l’Art échappe encore assez bien à se périmer depuis des siècles, et c’est comme ça que la nature garde son indépendance face à lui.
L’Art demande ce qu’on nomme, alors, une « élite » pour veiller sur lui et pour penser le design des marches devant lui, que le public, la société puissent emprunter. Cette élite est aussi en charge de veiller à ce que « le concept » de l’Art ne soit jamais utilisé à d’autres fins que lui-même. …Oui, je sais, soudain, ça devient plus compliqué que de tenter d’apercevoir la Joconde, mais c’est ça, justement, que la société n’a pas à gérer, ni à savoir. Elle doit se sentir en confiance : quelqu’un, quelque part, gère pour elle cet univers-là et le garde. Cet univers est le plus étroitement lié à celui de l’Éducation.
Donc, quand la France est parvenue en quelques décennies à se pourvoir d’une élite qui ignore tout de l’Art, tout de la société, qui se fout des marches de l’un à l’autre : la société va forcément ignorer ce qu’elle est en train de trafiquer pour la perdre, elle ne peut avoir en elle le recul suffisant pour se méfier de ce qui est commis pourtant à ciel ouvert, elle n’aura pas le temps, plongée dans les couches du dernier et la crise d’adolescence du plus grand, de mesurer réellement où en sont les programmes même de l’Éducation. Elle aura toujours un rapport à l’Art et à la culture en général qu’elle croira assez libre et assez cernable, elle saura vaguement que l’ensemble culturel s’est infiltré dans absolument tout d’elle, même professionnellement, mais quant à savoir pourquoi et comment : aucune idée. La société aura passé ses propres décennies tandis que ses élites faisaient ruisseler pour l’éroder, un filet continu de haine et de destruction, de misère et d’atteinte à sa sexualité, et d’agression gravissime de ses enfants. La société sait que la culture est partout ? Laquelle ? Placée et voulue par qui ? Comment ? En combien de temps ? La société croit que des élites veillent ? Et si ce sont elles qui la tuent, comment pourrait-elle le reconnaître ? Et pire : comment pourrait-elle croire qu’il n’y ait pas une autre élite pour équilibrer ?

À propos du Nouveau Roman, j’ai été assez confiante dans le milieu intellectuel pour croire que lui, par contre, froncerait un peu. Mais j’étais si jeune et naïve, c’est vrai. Passons sur des années, historiquement, économiquement, sociologiquement si nouées, nous en arrivons en suivant la piste « milieu culturel », (et vraiment, je simplifie à mort, que personne n’aille croire que je saute d’un galet à l’autre sans voir l’océan dont ils émergent), à notre ami Houellebecq. Toute fin XXe siècle.
Encore une fois, la société ne peut presque pas avoir de souvenir, ou à peine. Elle peut, éventuellement, se souvenir d’une « totalité » de la réaction critique face aux romans de Houellebecq et à ses théories de bac à sable bien collé de sperme, elle peut se souvenir d’une totalité « positive » de la critique, d’un « pour », dont la violence a été extrême, les « contre » risquaient la mort, l’extermination. Je ne plaisante pas. Il était « insensé » de critiquer le « phénomène » Houellebecq (parce que l’homme, dans l’histoire, par contre, on s’en fout).
Pour la perception d’une société entière, un « pour » unanime ne signifie qu’une chose : grand écrivain, chef-d’œuvre. Elle n’a aucun moyen, aucune raison, de douter. Si elle s’y intéresse un peu plus, par contre, elle va se demander vraiment comment des romans pareils ont pu déchaîner tant de passion éperdue. Mais comme elle sait que ne pas convoler avec l’avis de la critique, c’est passer pour inculte au mieux, elle n’aura pas trop le choix de rester silencieuse, et qui ne dit mot consent. La société, fin XXe, qui se souvient d’elle peut-être en repensant à quel président était là, où en était le PIB, quelle loi l’avait énervée, le 11 septembre, n’a pas entendu ses élites décider pour elle qu’elle était lamentable, lâche, impuissante, crasseuse, moyenne à s’en suicider, morne et molle et perverse, sans avis, sans intérêt, sans désir, sans amour, sans enfants ou pour les découper en morceaux et les baiser. Non seulement « la société est comme ça », ça a été dit des milliers de fois de la part de l’élite pendant des années, mais c’était un « soulagement » de le savoir. Sa médiocrité devait devenir sa vie, la reconnaître était accéder à une certaine nonchalance, opposée à toute violence, sauf sexuelle.

Si la société ne se souvient pas de ce qui a été dit dans un cercle trop loin d’elle, et fermé, si elle n’a pas saisi par quels procédés, complexes, la culture a commencé à la ruiner, elle a peut-être, mais ça m’étonnerait pour une bonne raison : la déception, le souvenir d’une petite décennie, début XXIe siècle, le temps que ça explose à Paris et que ça aille mourir en province où une orgie sexuelle, et vraiment basse, s’est emparée d’elle. Pas une pub n’a été épargnée, pas un film, pas un festival, pas un livre, pas une affiche de la Ville de Paris, pas le luxe, pas le populaire. Ce n’était même plus du sous-entendu, nulle part. Il y a eu une fureur sexuelle ultra déviante, si bourrée d’impératifs, si menteuses sur les résultats, si acharnée à se moquer de la pudeur et des prudes et même des possibilités limitées des corps, si méprisante de la sexualité du couple et de celle de l’amour, et du désir, que lui échapper était presqu’impossible. Par contre, le vivre de façon inconsciente : une société en est capable.
Et ce n’était pas le moment, pour elle, de vivre ça. Pas avec la problématique de plus en plus immense de la destruction du rapport homme/femme, pas avec le lynchage des enfants organisé par l’Éducation même, pas avec une dépression sociétale et économique continue, pas avec une génération montante qui allait affronter celle de 68 qui vivait son chant du cygne sexuel avec une perversité dégradante. Rien, dans la configuration de l’époque ne pouvait empêcher ça, il n’y avait alors qu’une seule élite, unie, derrière l’exhortation à une orgie et une prostitution massive, aucun contre. La société a de plus, et c’était voulu par d’autres qu’elle, confondu ce qu’on lui proposait avec la confirmation de la liberté sexuelle de 68. Les femmes, avec une bêtise considérable, se sont emparées à ce moment d’une place visqueuse qu’elles n’ont plus lâchée. D’autres femmes, ignorant comment cette soudaine domination avait eu lieu ont profité du créneau en pensant sincèrement que leur temps était venu. Et pendant que le monde mâle et masculin, hétérosexuel, sombrait, par la faute de ses élites mâles ou non, et celle des femmes, de l’élite ou non, et toutes générations confondues, la société allait ainsi aborder la deuxième décennie du siècle, avec des motifs et des poings frappés sur toutes les tables pour les faire passer, notamment la parité. Deux sexes seulement sont restés de ce naufrage des corps opposés : celui pour la procréation, et encore, et celui homosexuel, préservé de l’orgie parce qu’en découverte et affirmation publiques, donc pas en usure et plus difficile à leurrer aussi. Un sexe qui, d’ailleurs, dans son secret imposé, ne s’était jamais privé, lui, de toutes ses variantes, la littérature en témoigne, donc pour lequel une certaine liberté rendait impossible que la culture même le piège dans une illusion de lui-même et de ses pouvoirs.

Du sexe martyrisé et déçu au point de disparaître de la société, de couples exténués d’échouer, de toutes les autres pressions qu’a pu subir la société, de ce combat perdu d’une génération contre une autre, sont nés tous les enfants du siècle.

On ne les trouve pas très vifs, pleins de leurs gifs et d’idées arrêtées sans arguments, on admire leur façon de couler souplement entre les problèmes et sans regarder en arrière, on accuse leurs écrans, leurs écouteurs, une grande partie d’eux risquent de ne pas avoir le même niveau d’étude que leurs parents et pour la première fois une génération sera moins performante que la précédente, mais soi-disant n’en souffrira pas, grâce à un désenchantement jusque dans son ADN et un désir vraiment moindre pour le matérialisme. Quand on veut vraiment jouer à plus bête que soi, on peut penser qu’ils sont tous écolos et qu’on sauvera pour eux le monde qu’on leur laissera.
Puisque ce n’est pas à la société d’arpenter ses propres années et de se faire spécialiste d’elle, de se veiller, de se garder et de remplacer tout entière ceux qu’elle met à sa tête, elle parvient à continuer à vivre et à défricher dans sa chair même un chemin, sans comprendre du tout pourquoi elle souffre, ni pourquoi cette souffrance, finalement, devient son quotidien. Elle ne sait même pas qu’elle a été entraînée à s’infliger cette souffrance seule. Elle ne peut, d’ailleurs, plus décemment accuser personne : elle n’a plus les mots, elle n’a pas de bonne raison, elle a oublié la cause, la conséquence, elle ne discerne rien, scientifiquement admissible, pour démontrer qu’elle est dans un état effroyable. Elle entend des élites, un peu nouvelles, ne pas du tout se préoccuper d’elle, continuer à faire sans elle, et ça ne la gêne pas, elle a oublié que ces élites n’avaient pas lieu d’être sans elle en connaissance.

Cette société va se mettre alors, avec naturel, à absorber le minimum qu’on dit d’elle comme réel. Elle n’a pas vu le moment où ses élites ont décidé et répété, convaincues, qu’elle était médiocre et vile, il est impossible qu’elle s’aperçoive des conséquences de telle nature qu’elle aurait eue. La société n’a pas vu non plus le déclin de ses élites qui, n’ayant plus la charge de l’Art, d’elle, et des marches entre, n’avait plus jamais à démontrer sa brillance intellectuelle et, lentement mais sûrement, les élites restées de la fin du XXe siècle et celles apparues avec le XXIe se sont elles-mêmes leurrées de leur propre intelligence et domination, et n’ont pas du tout vu non plus qu’elles s’étaient mis à parler comme la très basse moyenne de la société, qu’à manquer d’esprit scientifique mais à penser qu’un esprit « littéraire » suffisait, elles se sont mises à tant confondre cause et conséquence et s’emmêler dans les démonstrations, qu’elles les ont éradiquées les trois. Avec le minimum de logique, assez crucial, pour une élite, écarté : les élites se sont vautrées chez les médias qui, depuis, se pensent morganatiquement des élites.

Une conséquence à la scission des élites d’avec la société et leur rôle premier, à leur abêtissement et à la destruction d’un esprit scientifique et logique est assez visible :  un Macron à la présidence. Une autre est les Gilets Jaunes. Une autre le confinement.

Une autre la folie de croire avoir le pouvoir sur une renaissance privée de la société.

Je suis allée vite et avec tranchant, parce que le développement total de cet ensemble est derrière moi, vaste comme un ciel. Au point que même si j’avais tort, il mériterait d’exister pour lui-même. Je serais même prête à le sacrifier pour qu’il soit rangé à côté de Sade, mais qu’il soit reconnu pour existant, comme ses …trucs écrits le sont. Je suis prête à ce que mes livres soient à côté de l’esprit qui n’aura survécu que par ses fantasmes et en décrivant les pires massacres de femmes et d’enfants. Sade écrit magistralement : ça, c’est quelque chose qui peut me faire sourire, depuis le temps que je crie que la puissance littéraire n’est pas fonction du Bien. Ça me fait sourire, mais ça ne me fait pas peur, et je ne suis pas impressionnée du tout, j’ai la même capacité. Mais je l’ai utilisée à l’opposé. Sade ne me fait pas peur, en rien, c’est même peut-être avec lui, par contre, que je pourrais commencer à vraiment faire peur aux dernières élites en place, parce qu’elles ne sauront pas quoi faire de lui, elles. « Faut-il brûler Sade ?», ça oui, dès qu’on se sera posé la question « Faut-il brûler Claire Cros ?», parce que, dans l’état actuel de la société, dans son concept médian, elle n’est plus capable de « comprendre » pourquoi elle choisirait un bourreau d’enfants plutôt que leur défense absolue.

La société en est arrivée à un point où même dans le secret de sa petite conscience, tout au fond de son petit lit, blottie sous ses petites couvertures passées par-dessus sa petite tête, elle n’arrive pas à se mettre à rire à imaginer le président et sa femme se couchant.
Toute seule devant sa télévision, elle ne va pas éclater de rire en entendant son président, quoi qu’il dise, et les médias le répéter des semaines avec un sérieux processionnel.
Toute seule à respirer à pleins poumons, elle ne va pas hurler en entendant « Nous sommes en guerre. »
Toute seule à enfin éclater de rire pour la moindre phrase maligne de son enfant, elle accepterait qu’on lui demande ce rire pour le bien de tous ?
Les élites le croient dur comme fer. N’est-ce pas cette société-là qui a défilé avec un « je suis Charlie » ? Qui s’est tu ses boulevards lavant le sang des Gilets Jaunes ? Qui est ressorti crier « Plus jamais ça » quand on l’a sifflée ? Qui s’est enfermée chez elle sans même savoir scientifiquement pourquoi ? Ce n’est pas cette société qui a cru n’importe quoi à propos des pouvoirs du sexe comme s’il ne concernait pas son seul corps ? Ce n’est pas cette société qui a cédé son Art, son Éducation, en même temps que ses entreprises, sa dignité privée et professionnelle, ses compétences, ses ambitions, ses rêves à tout âge, son sens critique, sa propre voix, ses reins, son propre soleil, ses plaisirs doux, son propre avenir ?
Ce n’est pas cette société qui est incapable de se souvenir que le ton qu’on est en train de prendre avec elle, partout, partout, sur toute sa surface et celui moralisateur du prêche ? Qu’il soit de droite ou de gauche, qu’il soit des intellectuels ou des médias ? Ce n’est pas elle qui ne reconnaît pas le manque total d’arguments, de logique, de pitié quand claquent de partout les fouets du « Pense ainsi, agis ainsi, sois choquée pour ci, et ça, à genoux, debout, marche, court, assise, couchée ! » ? Ce n’est pas sur elle, en ce moment, qu’on aboie ?

Ce n’est pas à elle qu’on s’adresse, avec pour chaque mot prononcé, du Pouvoir ou de son petit contre, l’ignorance de la Mémoire, de l’Histoire et de l’Éthique ?

Si.

La question que je me pose depuis un moment, concernant la société, c’est si finalement, effectivement, dans des conditions exceptionnelles, elle peut se sortir d’un état dont elle ne saurait rien de comment elle y est arrivée et qu’elle ne saurait pas reconnaître. C’est faire une immense confiance à la société, et pour moi, oublier que pendant que dans certains, seulement, de ses rangs, un bonheur est redécouvert, dans d’autres, une violence se répand avec une immunité et une impunité épouvantable.
Quand la société sortira, l’une sortira en appréciant le toucher du soleil et sentant bon encore la pâtisserie faite, même à coups de tutos YouTube, avec ses enfants, l’autre sortira pour reprendre de l’air avec une panique terrifiée et en sang. L’une sortira confiante, l’autre en manque, l’une sortira bête à crever, comme elle avait été enfermée, ou triste, ou seule. Peu sera morte. Peu aura été malade. Et pour ceux qui seront morts d’autres choses que de ce Covid-19, leur mort ne comptera pas.

Pourquoi la lumineuse « gagnerait » sur l’autre ? Pourquoi la société ne sortirait pas aussi multiple qu’elle est entrée chez elle ? Parce que les Pouvoirs, les élites et quiconque la gouvernent ne savent pas qui elle est sauf un tout, une masse. Et la société n’est plus que réponse à cette seule connaissance d’elle.
Est-ce qu’elle aura la force, seule, de se dire, si elle entend cet espoir de fou à lier qu’un monde nouveau sorte de son confinement : Non, « Tu n’auras pas ma joie » ? Parce que ce refus est la seule condition pour une révolution : la reprise d’une conscience individuelle, néo-individuelle et la protection contre quiconque de sa liberté de penser et de la perception de sa conscience, et s’il doit y en avoir un, de son bonheur et des responsabilités impliquées, notamment la protection de ses enfants.

Il se trouve, qu’inattendu, un immense bonheur m’est arrivé, il se trouve que c’est pendant le confinement qu’il est apparu. Est-ce que je le jette dans le néant de la cause commune ? Ou est-ce que ce néant n’en saura rien ? Il n’en saura rien. Évidemment qu’il n’en saura rien ! Est-ce que ça à quoi que ce soit à voir avec le confinement ? Rien. Comme aucunes « retrouvailles » parents enfants n’auront jamais rien à lui devoir, jamais !
Jamais !
Les seuls qui pourront « accuser » le confinement de quoi que ce soit arrivé dans leur vie pendant ce temps-là sont ceux qui auront souffert. Mais que personne n’ait la faiblesse de « remercier » ce temps-là. Jamais, jamais. Il faut impérativement trouver à quoi, réellement, il faut rendre grâce, pour pouvoir le reconnaître dans la suite de sa vie et l’utiliser pour s’offrir un avenir. Mais si la société intègre ce confinement en oubliant tout de lui, de ses raisons, de ses arguments, de son illogisme scientifique, de la dangerosité terrible et bientôt irréversible des discours qui auront été prononcés, là : ça va mal finir.
Ce serait parmi les ultimes et définitives cessions à accorder à un totalitarisme abouti. Et encore, pour moi : il l’est, mais ça le verrouillerait.

Mon bonheur ne tient qu’à la totalité de ma vie, il existe uniquement parce qu’il m’a juré reconnaître cette totalité. Ce n’est pas un instant, ce n’est pas une excuse, ce n’est pas une occasion, ce n’est pas de guerre lasse, et rien au monde ne l’a permis que moi. Il me regarde, je ne le vendrai et ne le céderai à rien. C’est déjà une arme, et c’est déjà bien loin que le seul présent. C’est déjà à l’abri du confinement du Présent éternel qu’a, pour l’instant, comme seul temps, la société. C’est mon contemporain.

Et j’attends que quiconque me demande une part de mon bonheur. Si Sade sait crucifier des enfants, je sais crucifier des arguments d’idiots. Qu’ils s’avancent, ça m’arrangerait vraiment, publiquement.


À plus tard ?



MERCREDI 8 AVRIL 2020


[Présentation sur YouTube]
📍MESSAGE AUX ABONNÉS 🖤 
À tous ceux qui suivent les PUCKs et dont la présence est précieuse. Je change à partir d’aujourd’hui la formule des articles CORONA PROPAGANDA. Il y en aura toujours un par jour, mais ils prennent la forme d’un message.
Et nous allons attendre une réponse …ou pas. L’essentiel est une présence publique, datée et indélébile. De toute façon, un jour ou l’autre, elle devra importer. Je ne lâcherai pas.
Merci à tous d’être là.
Claire​​​​​​​


CORONA PROPAGANDA | À EDWY PLENEL. 22/X

Vous vous souvenez du cirque qu’a mené Mediapart autour d’une actrice et de metoo ? J’aimerais savoir s’il est capable du même, en mieux, et beaucoup plus, pour moi ? Il faut que je précise que j’ai un cerveau, peut-être de génie, que je ne suis ni féministe, ni activiste, ni politique. Vous pensez que j’ai quand même une chance d’être entendue ou je réinvente la bombe pour être dans le thème ?*


Je ne vais pas faire long, à cause de mes 49 billets précédents. (Mais je ne voulais pas parler avant la reine d’Angleterre, histoire d’avoir le dernier mot.)
Pour le 50e article, je juge que ça suffit. J’ai écrit ne serait-ce que sur ce blog plus de concepts exacts et une analyse inédite plus performante que quiconque sur les 50 dernières années, peut-être internationalement. Il lui faut un droit de passage urgemment.
Ce n’est pas parce qu’on produit sur un média participatif qu’il va falloir croire aux partages actifs pour raison qualitative, comme sur aucun réseau. Nous savons qu’il faut autre chose.

Quoi que je dise, c’est « moi » qui le dis, avec un passé et un passif : lequel et qui suis-je ?

Cet article-ci va comme les autres être daté, il sera sur ma chaîne YouTube aussi. Qu’on passe dessus ou pas, puisque je ne lâcherai pas, il restera dans la masse déjà présente et un jour ou l’autre, elle devra apparaître.
Il suffit de me lire pour juger, mais c’est implacable et trop tard. Nulle part vous n’aurez lu ce que j’ai écrit, c’est strictement et constitutivement impossible. Pas plus vous n’aurez trouvé ce niveau littéraire.

J’ai travaillé pour CORONA PROPAGANDA avec un objectif strict : ne parler que de ce qui était absent du paysage total, médiatique, culturel et politique.
Il faut prendre le risque de faire remonter mes textes au plus haut publiquement, pour donner au moins le « choix » à la société. Il le faut, pour elle.

Dans un univers où la déontologie ne serait pas à l’agonie, je pourrais reconnaître une chose aux médias : ils ne peuvent pas inventer leur matière, ils ne peuvent pas nier l’apparition d’un événement, ils doivent informer.

Jugez-moi sur le nombre de mes abonnés, ou de recommandés de mes articles, faites lire en travers par un arrogant inculte, ne prenez pas la précaution de, par défaut, me prendre le plus au sérieux, confondez mon job avec le délire commun des prophètes de facebook ? Prenez le risque.

À plus tard ?

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CORONA PROPAGANDA | À ANTOINE DE GALBERT. 23/X

Vous aurez peut-être le détachement ou l’ennui suffisant pour générer un doute à propos de ce que je vais écrire plus bas. Je ne suis pas des sphères de l’art que vous connaissez, je suis la suivante. Esthétiquement, il fallait qu’elle arrive, conceptuellement, qu’elle soit intellectuelle, historiquement, que ses compétences techniques soient celles des siècles jusqu’à aujourd’hui.*

C’est dans le contexte exact du monde que je choisis de vous contacter. Vous verrez que dans l’article précédent je mets Edwy Plenel au défi de prendre le risque de me faire passer le plus urgemment jusqu’au langage public. Pour la société.
Je ne suis ni engagée, ni activiste, je manipule mes sujets avec trop de conscience et mes espaces de recherche sont trop infinis pour ça.

J’ai une connaissance unique de l’Art, et j’ai dû lui promettre une révolution pour parvenir à une production inédite. Elle ne peut plus s’inscrire dans aucune des habitudes que l’art contemporain a su coucher dans l’art financier jusqu’à, il semble, ne plus parvenir à s’en choquer ; le milieu souffre encore le plus au monde à cause du coronavirus. Qu’il en crève.

Ce que j’ai déjà produit est presqu’anonyme. Presque. Et colossal. Quelqu’un va devoir se charger de cette masse et prendre conscience de son architecture. Je ne demande à personne de se faire mon exégète, je suis encore vivante, je peux le faire : mais il me faut un soutien, cette fois, qui accepte, lui aussi, de prendre le risque de reconnaître son doute, de trouver étrange qu’un ultime mouvement artistique en soit à se déclarer seul, et d’une telle façon.

Nulle part au monde un élu officiel de la critique, « artiste », n’a proposé quoi que ce soit que j’ai produit, et encore moins les concepts de mes derniers articles.

Je voudrais que vous considériez que si l’Art doit encore produire, il va fatalement avoir besoin d’inédit et que l’essentiel pour lui est à présent que cet inédit puisse justifier en quoi il l’est.
Je ne rejette rien qui existe, mais sa stagnation, son ennui, sa marchandisation, sa démultiplication sans tri, s’expliquent aussi par un manque de vision en proue. Sans elle, une certaine cohorte d’œuvres ne peut pas se mettre en place sur une ligne qui devienne probante, et pour l’Histoire, et pour le public. Le monde a droit à la frénésie de sa production, elle lui fait du bien, mais c’est tout ce qu’elle fait, il a aussi le droit qu’on permette à certaines puissances créatives d’apparaître enfin et de dégager de lui un volume pédagogique, protecteur, et un avenir. Nous sommes au XXIe siècle.


À plus tard ?


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JEUDI 9 AVRIL 2020

CORONA PROPAGANDA | À ALAIN FINKIELKRAUT. 24/X

« Ce monde s’enlaidit et s’ensauvage », c’est ce que vous avez dit en octobre dernier. Où est-il passé ? Où sont les saccages, les pillages, la violence effrénée ? Où sont ces banlieues, ces Gilets Jaunes, ces « gens » perdus dans leurs écrans, de plus rien que leur inculture et leur haine, où est leur brutalité ? Depuis vos fenêtres, contemplez votre vide, et vos erreurs d’analyses sur 50 ans.*

Le monde que vous avez commenté n’existe pas. Par contre, ce que vous en avez dit, vous et tous vos invités même d’opinions autres, est aujourd’hui exactement ce qui retient la sauvagerie du monde, son individualisme, et sa reprise de conscience par un accès à la violence culturelle, intellectuelle, conceptuelle.
Je suis vraiment amusée, aujourd’hui, d’avoir juste à désigner d’un geste ce que je me tue à argumenter depuis tant d’années. Le voilà, le monde s’enlaidissant et s’ensauvageant. Regardez-le bien. Regardez-le. Sa peur, sa lâcheté, son inculture de ses forces, de sa conscience, sa folie de troupeau terré. Voilà votre monde.

Vous avez toujours eu peur de la violence. Je n’en ai pas peur. Voilà des années que les intellectuels auraient dû prendre leurs armes, pour leur société, et il y aurait eu de la sauvagerie, de l’énergie, de la puissance. Vous avez fui, devant chaque sujet, et vous avez parlé d’un monde qui n’a jamais existé. J’étais ailleurs lors de mon passage à Répliques. Réellement ailleurs, Paris allait bientôt me tuer. Et vous m’avez encore plus éteinte en parlant, pour lequel j’étais invitée, de mon « premier livre ». Vous n’aviez même pas lu une seule ligne. C’était le 4e. Ça m’a déconnectée, j’étais trop lasse, déjà, et j’étais face à un idiot, en plus, une parodie, c’était trop. Mais quand même, je me souviens vous avoir dit plusieurs fois « Ce n’est pas mon réel. » Vous m’avez demandé ce que j’entendais par là, je n’avais pas la force d’argumenter, je commençais une agonie. J’ai le sens des priorités, elle me demandait toute ma concentration.

« Ce n’est pas mon réel ». Le monde à présent, à une échelle inouïe, (la dimension qu’il a toujours eue, mais vous l’avez manquée) est à son heure morale exacte : impuissant, condamné, docile, à croire n’importe quoi, il est sans bouclier, sans défenseurs, isolé en sa seule moyenne et elle est très basse. Il est triste, calme, assiégé et il ne sait même pas par quoi, mais ce n’est ni le coronavirus ni la peur de la mort. Certains souffriront, certains regarderont mieux leurs enfants, dont vous n’avez jamais rien eu à faire à lancer des « s’enlaidit et s’ensauvage ». Après vous, comme après les autres : le déluge, de toute façon.

Où est la violence du monde ? Sa laideur ? J’aimerais que vous argumentiez, à présent. Vous et quelconque prétendant penseur que la France a connu depuis 50 ans. La société entière vient de démontrer que plus un seul de vos mots ou livres écrits en 50 ans n’a la moindre valeur. Je sais que vous serez incapable de le comprendre.
C’est ce monde immobile qui devrait terroriser un intellectuel. À le rendre violent.

À plus tard ?

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VENDREDI 10 AVRIL 2020

CORONA PROPAGANDA | À GABRIEL MATZNEFF. 25/X

Je n’ai lu que des extraits de votre …prose. Je mets de côté le sujet méritant la mort comme critique littéraire, je parle du style : c’est archinul. C’est nul, mais nullissime à éclater de rire. C’est comme Le Clézio ou Modiano, Nobel ou pas, c’est à mourir de rire. Ce n’est pas le virus, l’unique problème global en France, le problème, c’est pourquoi personne n’a ri en lisant depuis 50 ans.*

Sade était doué, à l’écrit. Taré, se fantasmant, mais littérairement : virtuose ou presque ; Il avait un rapport au temps trop précipité, il s’emballait et donc foirait. Du coup, il ne peut être écartelé que par des auteurs qui ont la même facilité que lui. Je l’ai, évidemment, je ne pourrais pas rire autant de vous, sinon. S’il y a une puissance à l’écrit, elle n’impressionnera jamais ailleurs, elle ne masquera rien, la littérature l’a assez prouvé sur des siècles, la forme disparaît, il ne reste que le fond. Quand le fond de Sade n’est rien que des orgasmes de haine et violence que l’auteur se provoque en s’excitant en écrivant, et en ayant besoin d’augmenter la dose de fantasme en fantasme, on se dit okay, ben, ça me regarde pas trop en fait, ni moi ni personne, d’ailleurs, tant qu’il ne fait de mal qu’à lui… et on se retourne sur ses défenseurs acharnés passionnément amoureux de lui, à genoux devant lui, si écrasés par la virtuosité, et on ne rit plus du tout quand ils font la loi à Paris et décident, pour la société, de ce qu’elle doit lire, pour l’Éducation de ce qu’elle doit enseigner, pour le politique, du seul niveau de culture qu’il a à atteindre, pour la science, de son droit au silence.
Si on retire la virtuosité à l’écrit, qui n’a jamais été réservée au « Bien » par l’Univers, il reste de la philosophie de Sade, un propos de complotiste de comptoir. La même intelligence qui DOIT rire en vous lisant, irrésistiblement, ne peut pas tenir compte un instant du contenu dans Sade. Ce n’est même pas l’absence de morale, ni une permission dérapante de 68 qui vous a permis d’avoir la moindre existence, c’est l’absence d’intelligence dans ce que 68 a placé d’élites, parce que d’abord elle aurait ri en lisant ne serait-ce qu’un extrait de 4 de vos lignes, et ensuite elle n’aurait pas eu le choix de voir le fond unique de vos écrits et vous n’auriez pas eu une chance d’échapper à la prison parce que vos proies auraient été protégées par la société, par ses élites, et vous auriez dû faire tout ce que les pédophiles qui n’écrivent pas font : provoquer la vigilance de la loi, la haine d’une mère ou d’un père. Si vous étiez passé dans mes parages, vous seriez probablement mort et moi en prison sans regret de l’être.
Mais les élites de 68 ont décidé que vous deviez exister en tant qu’écrivain, vous, et tous les autres. Les 50 dernières années ne sont habitées que d’une médiocrité sans le moindre nerf, très bête, d’un ennui à crever, besogneuse, et d’une envergure moins large encore que celle du dos de ses livres. De toute façon, dès lors qu’on a prêté de la brillance à Lacan, un cerveau à Bataille, et qu’on s’est pâmé sur La Recherche sans l’avoir lue en niant Ulysse de Joyce, c’était sûr que ce serait foutu pour un moment. Tout le XIXe siècle des maîtres a gentiment flatté les médiocres de son temps pour ne pas qu’ils ne les emmerdent trop. Il faut lire Victor Hugo écrivant à Sand… Mais enfin, ce siècle-là avait des prodiges, donc de quoi laisser à leur niveau les écrivaillons et les histrions. 50 ans d’absence d’intellectualité assez ample pour être capable de rire spontanément, et la fin du XXe se poursuit dans notre siècle pour le malheur de la société qu’ils ont éteinte lentement : elle ne rit plus de rien. Tout est vrai et sérieux.
Dès qu’on vous a pris pour un écrivain, il fallait s’attendre à avoir vite, et 50 ans ne sont rien pour l’Histoire, un Macron comme président.
L’absence du rire, en France, me terrorise. Mais vous êtes un vieillard, et j’ai encore du temps devant moi pour corriger l’erreur du petit procès qu’on vous fait qui va vous laisser trop vivant et vos complices sans accusations ; je vous détruirai tous, jusqu’à ce que vous croyez de vous, et j’y prendrai un plaisir fou. Je veux entendre la société rire, avant que ce soit sa conscience qui s’éteigne aussi, écrasée par une culture qui n’a jamais existé.

À plus tard ?

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