SAMEDI 21 MARS 2020
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Note : Chaque texte des épisodes de la série PUCK’S | CORONA PROPAGANDA est disponible quelques instants après la mise en ligne sur YouTube sur le blog PUCK Claire Cros’17SWORDS sur Mediapartet sur le site puck.zone.​​​​​​​

Allez, la suite demain !
 
Claire
CORONA PROPAGANDA | NÉOMORALISATEURS (1ère partie). 6/X

J’ai beau savoir que l’Histoire dénoncera en faisant le tri, je subis, quand je n’ai même plus la force de rire, avec un ahurissement et une peur exponentiels, la montée des néomoralisateurs comme seuls opposants dans les termes sinon les actes, à Macron. Aussi dangereux que lui, ils entraînent les naïfs et les innocents vers le vide et la chute. Paris n’a jamais été aussi agressif de bêtise.*

(Note : Cet article, en plusieurs parties, va bien parler des néomoralisateurs et il ne sera pas le dernier de la série PUCK’S | CORONA PROPAGANDA à le faire, seulement le parcours pour y parvenir doit décrire son plan avant ça, sinon, le sujet même n’existe pas. Donc tentez de vous figurer au mieux les restrictions décrites ici au niveau du passage d’une parole, et de considérer le labyrinthe. Si j’avais appelé cet article « le doute », le titre aurait manqué l’attention d’un lectorat, peut-être, mais, de même, il est primordial ici de tenir compte du rôle du doute, il est le fil dans le labyrinthique, une clé qui ouvre n’importe quelle porte claquée au visage.)

Pourtant, je l’ai pratiqué, Paris, haineux, jouissant de ses saccages, d’une rage violente, dépeçante. Et j’ai connu l’instant, il y a plus de 16 ans, où il a préféré, pour continuer à garder sa position, abattre sa propre culture et celle appartenant à tous, ne plus reconnaître quelconque passé, brûler les livres et nier les auteurs de tout siècle précédent la seconde qu’il était en train de vivre et s’emparer de la pensée future en la piégeant dans cette même seconde avec une série d’artifices et de manœuvres qui, s’ils étaient dénonçables, avaient l’immunité du Pouvoir.

Il y a encore 17 ans, les derniers remparts de la connaissance classique et de la critique étaient discernables, ils étaient défendus par des gens incapables de monter au créneau car déjà âgés ou s’ils ne l’étaient pas encore, sans bravoure ni envergure et très mal placés dans la société par un évident manque de souffle et d’acharnement ; la relève n’était pas du tout prête à affronter ce qui allait émerger et s’étendre. La nouvelle génération qui devait s’engager au nom d’un tout culturel, de la littérature, de la philosophie, de l’Histoire, de la mémoire, de l’Art, de l’analyse et de la critique, était comme toutes les autres qui, elles, avaient pour sujet maîtrisé la science ou la mécanique ou l’informatique : elle était compétente, ambitieuse, mais elle ne savait faire qu’avec ses outils, on ne lui avait pas enseigné que tout pouvait exister sans. Et pour cause : c’est impossible.
Cette nouvelle génération (à nouveau toutes sciences acquises confondues, d’architecte à pépiniériste à comptable), née dans les parages ou plutôt après 68, et des crises des années 70, avait aussi un vide dans ses propres bagages : personne ne lui avait parlé de ces « derniers remparts » et pourquoi « derniers ».
Elle avait conscience, ainsi éduquée dans ce sens, que tout sujet devait connaître son mélange et son combat, que des courants contraires pouvaient et devaient s’affronter, mais elle avait reçu leur enseignement de façon linéaire et égalitaire, cause/conséquence, formellement argument/contre argument, et avec un « fond de connaissances » et un « fond » tout court, obligatoires, et tant obligatoires que tacites : la question du fond ne se posait pas, sa réponse trop évidente : oui, il y avait un fond.
Cette génération était donc persuadée qu’à même niveau d’importance thématique (je ne parle pas là d’importance vitale, de qualité ou de puissance), tout existait, et tout pouvait et devait exister : le pour, le contre. Elle avait admis qu’un certain progrès ne pouvait pas avoir lieu sans ça. Sauf que le temps qu’elle quitte un milieu scolaire et d’études supérieures parfois, donc tout de même 2 décennies, minimum, deux décennies qui n’avaient pas été touchées encore par l’immense mise à jour de l’Éducation vers sa première version de son automassacre, le temps, ensuite, que cette génération prenne un peu ses marques, entre dans la vie active, la vie de couple, tente de gagner sa propre indépendance (elle échouerait) : le monde adulte et actif avait changé les règles.
Le paysage n’avait plus rien à voir. Ce qui scolairement avait été présenté avec égalité non seulement ne l’était plus mais une part était en train de disparaître. Le circuit des idées dont on croyait qu’il avait toujours un courant fort et fluide et dont on pouvait admettre qu’il fasse parfois le gros dos, qu’il rugisse, qu’il déborde, voire qu’il s’assèche, n’était plus.
D’abord des remparts avaient été érigés, comme des écluses, pour pallier le manque de force de la circulation des idées et créer un leurre de rapides, trop artificiellement : ça n’a pas tenu. Le ton est monté, c’est vrai, il s’est acidifié, il a flirté avec le cynisme sans coucher avec pour autant, ça a crié, ça a réagi avec un certain désespoir, traîné en arrière. Mais ce montage pour maintenir le flot à flot est vite devenu vain, il n’y avait plus rien à retenir pour augmenter sa puissance, et les remparts se sont soudés sur eux-mêmes, puis, sans entretien, vite se sont dégradés, et sans gardien, ils sont devenus ruines, ils sont à peine à présent jugés historiques parce qu’ils sont encore trop proches de la dernière seconde.
Une mare remplace le circuit libre des idées depuis une quinzaine d’années, et pour aller s’y vautrer joyeusement, il faut des passes qui n’ont rien à voir avec la compétence. Les idées, dans tel lieu, flasque, de peu de fond, ne bougent pas. On pourrait croire que ce sont elles qui font des bulles et éclatent, mais non, on pourrait croire que ces bulles proviennent de sursaut de conscience, mais non. On pourrait espérer qu’une vie autre que putrescente lutte pour survivre dans la boue, mais non.
Et là, plusieurs options : ou on reconnaît la mare et on cherche comment entre son bac et le début de sa vie adulte …et la seconde suivante, un océan en orages et accalmies continus a pu devenir ça. Ou on manque de voir la différence, et on se persuade que la mare est cet océan. Ou on est ravi de constater à quel point c’est facile de naviguer, finalement, sans le moindre effort, alors qu’on avait tellement appris comme c’était compliqué et ce serait compliqué, et, à l’aune de sa seule personne, on se pense capitaine à la proue d’un 74 canons au milieu d’une immensité hostile et changeante et sublime quand on a juste une bouée à la taille pour patauger. Ou, plus perfidement, (mais je ne crois pas à cette conscience-là) on se félicite de l’état de mare et on veille que personne ne vienne s’en étonner, donc, volontairement, on continue de la décrire comme l’océan bourré de courants contraires qu’elle a pu être et on maintient uniquement à flot l’illusion.

La totalité de ma production et ma résistance à me battre pour sa révolution n’ont toujours pas trouvé leur propre propagation, parce que je parle depuis un espace (où se trouvent aussi évidemment ceux qui avaient la liberté d’esprit et l’expérience pour chercher à se ressourcer dans ces univers-là et à les soutenir), qui ne peut pas fonctionner dans ce « sans » [tout culturel, littérature, philosophie, Histoire, mémoire, Art, analyse et critique]. Quoi que je dise, quoi que je fasse, quoi que je poste, qui que je tente de joindre, le pont entre mes espaces et ce qui est 100% de la parole ou de l’écrit actuel a été détruit, et le plus effroyable est que puisque son mythe veut qu’il était censé être éternel, personne ne doute de sa présence.
Il y a des conséquences à ça :
Dès lors qu’on ne fait pas partie de l’espace public et connu de parole [la mare], on est considéré comme n’ayant pas franchi le pont, donc n’ayant ni les compétences, ni la culture, ni, éventuellement, le diplôme pour ça.
La seule défense qui consiste à dire : je n’ai pas franchi le pont parce que vous l’avez détruit sciemment fait qu’on est rangé dans la seconde dans les amers, les frustrés, au mieux, sinon les nuls, les illuminés, les complotistes ou toute cette cohorte d’auteurs refoulés par le succès qui sauront toujours dire que leur talent n’a pas été reconnu à sa hauteur.
La méfiance sera absolue quoi qu’on fasse ou dise. Il ne sera pas compris qu’on puisse s’exprimer depuis le seul espace possible puisqu’il est officiellement représenté ailleurs, donc on pensera évidemment qu’on ne s’exprime que depuis un monde totalement fantasmé construit de toutes pièces par un esprit délirant qui a peut-être parfois quelque chose en commun avec le monde officiel, mais qui reste une sphère tenue par une seule personne. Commencer à s’y intéresser est, évidemment, prendre le risque que cette personne s’accroche désespérément. C’est ainsi : à ne pas pouvoir considérer, par la science même qui est évoquée en lui, l’espace qui s’avance, on ne voit que la personne et le danger de se rapprocher d’une inconnue, et, en une fraction de seconde, voir le rideau tomber et une main de mendiante se tendre.
Pour continuer pourtant à avancer, il faut reconstruire le pont, soit son mythe vrai, réel. Le temps qu’on ait replacé les pierres, lancé ses jambes et monté ses arcades, tendu son tablier et bordé l’ensemble d’une rambarde et de « garde-corps » et de « garde-fous », qu’on le fasse de style roman, Napoléon III, ou San Fran, existe dans un sens mais pas dans l’autre : parce que personne ne prendra ce temps-là de parcourir ce pont apparu pour aller vérifier de quel espace il vient, voir qu’il est parfaitement construit, que ce qui coule sous lui est l’Humanité et ses œuvres. Donc ce « pont » soit-il construit dix mille fois, et l’espace duquel il se lance finisse-t-il par prendre le nom de Cité aux 10000 ponts, il n’est jamais emprunté, personne n’y croise jamais personne.

Sans ce pont, aucune référence ne peut passer. Aucun passé. Rien ne passe. Il faut alors trouve autre chose pour parvenir à dénoncer la vacuité intellectuelle et culturelle de la mare, sans aucune aide provenant de quoi que ce soit que l’Humanité ait pu construire pour elle-même en veillant à le sauvegarder et le transmettre. Ne cherchez pas : il n’y a rien à trouver. C’est impossible. Impossible. Impossible. Je l’ai tenté. J’ai tout essayé. C’est impossible.

Bon.

Les années passent, elles. Leurs mouvements temporels inexorables doivent tout entiers nourrir l’illusion. Il n’y a pas le choix : le statisme de la mare finirait sinon par être remarqué, donc il faut faire croire que toujours, il y a affrontement, toujours, il y a débat, échange d’idées, montage de philosophie, bras de fer politique, paix et guerre. Le monde entier suffit largement à croire que tout circule, d’autant qu’on le vend comme circulation perpétuelle, au niveau économique, au niveau de l’information, au niveau de la vie privée par les réseaux. Un certain « vide » est accusé, évidemment. Que ferait-on sinon, sans lui, comme danger, comme coupable ? De quoi pourraient bien se désespérer sinon, les conservateurs et les réactionnaires ? Si ce « vide » dénoncé n’existait pas, contre qui pourraient s’acharner les démocrates et les avant-gardistes puisque les conservateurs et les réactionnaires n’existeraient pas ? La chaîne alimentaire des pouvoirs, des élites, doit impérativement posséder tous ses maillons, donc elle s’organise pour garder ses combats les plus internes. Elle ne s’ouvre jamais, jamais, pour insérer un nouveau maillon, jamais. Sa boucle est un cercle vicieux. La preuve est cette persistance du peu de camps s’affrontant à ne pas voir qu’il n’y a aucun espace libre à un bout ou un autre de leur chaîne de chamaillerie.
Or les élites doivent se placer sur une chaîne très particulière qui dans un sens aurait accès au passé et de l’autre se tendrait vers un néant nommé avenir. Sur des années de vie, cette fois, de la mare, incroyablement, personne, depuis elle, ne s’est rendu compte de sa taille. Tant de gens qui braillent et s’accusent les uns les autres, qui se cherchent, qui s’étudient seconde après seconde, qui sont munis de doctorats, qui ont donc été chercheurs un jour ou l’autre, qui sont, aux yeux des sociétés « savants », même si elle ne les porte pas tous dans son cœur, le problème n’est pas là : et pas un, pas un, n’a soudain émis le moindre doute sur le bien-fondé de ses propres mots, sur les raisons de ses discours, ses causes, ou à propos de l’espace même dans lequel il se situait.
Ni passé, ni futur. Et aucun doute.

Bon. Les années passent, donc. Macron « apparaît ». Okay. 2019. Les Gilets Jaunes doutent. Je n’ai pas dit qu’ils le savaient, ou qu’en toute conscience ils ont décidé d’eux. Ni l’un, ni l’autre. Moins intégrés dans toute sphère intellectuelle ou culturelle ou quelconque élite qu’eux, était difficile ; ils n’avaient aucun, aucun, moyen de définir leur cause à un niveau historique qui dépasse leur propre matérialité et, au plus vaste, leurs propres vies, et quoi qu’il en soit : ce n’était en rien de rien leur job.
Et qu’est-ce qu’a dit la mare, et pas sur l’instant, mais pendant un an ? « Qui sont les Gilets Jaunes ? » « Allons à la rencontre des Gilets Jaunes. » « Tuons les Gilets Jaunes. ». …Mais pas seulement, et justement.
Quelqu’un ou un groupe social « n’apparaît pas », ce n’est pas possible, l’Histoire ne peut pas « faire apparaître », elle fait monter, elle révèle, elle s’écarte pour mettre en lumière l’ombre, mais ce n’est pas une magicienne, elle ne fait pas soudain quelque chose à partir de rien, elle a forcément en elle, même la plus récente, une première cause et à partir de là, on cherche de quoi elle est conséquence. L’Histoire n’est pas spontanée, même quand elle est due à une pluie de météorites. Pourtant, pour la mare, si. Ne serait-ce que là, un maillon ou un autre de son cercle élitiste, culturel, aurait dû réagir. Au hasard, un historien, un sociologue, un philosophe. Et je ne parle pas pour l’instant de réagir au niveau de Macron ou des Gilets Jaunes, mais uniquement, bien plus largement, au niveau de l’inadmissible et de l’insensé de la question « C’est qui, ça ? »
Il y a eu un marqueur sociétal identique formellement, mais très différent fondamentalement, à l’élection de Macron et à l’arrivée de Gilets Jaunes : le silence. Il n’a pas été perçu du tout par la mare, elle n’en a jamais fait son sujet, ça lui est constitutivement impossible. Le silence à l’élection de Macron était l’expression d’une dramatique composition de sentiments : inquiétude, peur, honte, incompréhension, doute, doute quant aux pensées, au comportement à avoir, doute de l’autre, doute de soi, il y avait aussi une présence de haine floue, qui renforçait la honte et la peur, et il y avait l’impuissance, l’isolement et la solitude. À l’échelle d’une personne, c’est un mélange horrible, à l’échelle d’une société, ça la blottit derrière la prudence, la précaution ; la société se mettra à surveiller ses paroles pour ne pas s’avancer la première. Et elle a attendu longtemps, très longtemps sur les médias pour s’avancer. Ils ne l’ont pas fait. Ils ne l’ont toujours pas fait, quel que soit le média, contrairement à ce que certains d’entre eux croient si fort.
Le silence à l’élection de Macron, Paris ne l’a pas entendu, a duré 6 mois ferme plus 3 de probation. Suivi d’un an de réhabilitation. Ensuite, la société est passée sans le savoir en période d’essai, pas de son président, en période d’essai pour que son président juge s’il allait la garder. La réponse a été non.
Le silence à l’arrivée des Gilets Jaunes était fait d’espoir, de curiosité et d’attente et il s’est maintenu, même contre les débordements exacerbés par la réaction de l’État. Il s’est maintenu, il existe encore.

Les Gilets Jaunes ont douté. Ce doute est infiniment complexe puisqu’il n’est explicable que par l’analyse des 5 décennies précédentes minimum, mais on peut au moins le reconnaître et le comprendre en simplifiant à l’extrême et en voyant les choses ainsi : ils ont voulu vérifier, ils ont demandé une explication générale, ils ont demandé qu’on argumente l’état de leur vie, voire l’état du monde, ils ont demandé qu’on leur assure par des preuves, que si quelqu’un devait le dominer, ce soit la bonne personne, le bon marché, ils ont eu si peu de réponses qu’ils ont commencé à chercher seuls et avec une bonne foi, un courage et une concentration exceptionnels dans leurs propres circonstances. Leur « doute » n’a pas été reconnu, par aucune élite, (celle politique n’en étant pas une, pour moi), au point qu’ils ont fini par se regarder les uns les autres sans comprendre du tout ce qui arrivait. À nouveau, ils n’avaient aucun moyen de s’expliquer ça. Et là, ils pouvaient toujours chercher, ils ne pouvaient pas trouver.

À un instant, le temps d’un trimestre, en fait, entre fin 2018 et 2019, les Gilets Jaunes ont dû surmonter et ils n’y sont techniquement pas parvenus, évidemment, l’assurance qu’ils ne seraient pas soutenus par des élites qu’eux (aussi) distinguaient encore du Pouvoir : les intellectuels et le monde culturel. Il y a eu quelques bulles dans la boue, un clapotis d’applaudissements bizarres, et plus rien. Mais dans ce même temps, les Gilets Jaunes et Macron lui-même avaient tendu l’attention jusqu’à eux seuls et la différence entre eux était assez grossière pour qu’enfin elle soit discernée donc utilisable.
On dirait, comme ça, que ça a l’air évident, le contraste entre le mouvement Gilets Jaunes et Macron, mais pas du tout. Sinon, rien qu’à partir de lui, encore une fois : un maillon ou un autre de la chaîne intellectuel et culturel élitiste aurait dû céder, douter, chercher à retrouver le passé, remonter la piste et recommencer à s’inquiéter du futur. Or, ça n’a pas eu lieu.
Pour la mare, même des milliers de zozos en gilets fluo n’étaient pas suffisants pour éclairer assez uniquement et dans sa vérité Macron, ni même le sang quand il a commencé à couler.
Les Gilets Jaunes ne sont pas responsables de ce qui est ensuite arrivé à la mare. C’est Macron, et indirectement. Il a vu une occasion rêvée de tourner sur un temps, digne de son excitation adolescente, les caméras vers lui, à lui courir après pour des morceaux choisis de sa nouvelle campagne via le « grand débat ». Il a ouvert le champ médiatique, de force, sur la France et ses très parcellaires sociétés, et noyer en elle le mouvement Gilets Jaunes. Mais son seul objectif était de remonter en scène, le reste n’a jamais fait partie de sa stratégie, c’est un esprit qui est incapable de réfléchir une stratégie sur plus de deux coups avec un angle à 90°. Son protocole stratégique est immature, et il n’évoluera jamais. Bref. Les médias, les « élites », ont dû se tourner à nouveau sur la société tout entière, mouvement qu’elle n’avait pas réellement fait depuis les années 90.  Encore une fois, ils n’ont pas entendu son silence puisqu’il était couvert par l’illusion qu’elle était en train de débattre. À partir de là, parce que le mot « débat » existait : le débat s’est réinséré dans la mare. Mais pas le doute.
En mars 2019, à la chute du « grand débat » clos avec « le grand débat des idées », sur un seul trimestre, les occasions que la moindre parcelle cérébrale des élites s’autorise le doute étaient de l’ordre, et je pourrais les citer toutes, de plusieurs centaines. Et aucune n’était un secret, toutes étaient visibles le plus officiellement. Mais rien.

Entre-temps, mais avec fulgurance, si on regarde la seule décennie qui précède, ce qui couvait depuis un moment, l’espoir du retour d’une gauche quelconque, était recompensé. Ça ne s’est pas fait via les Gilets Jaunes, puisqu’ils ont refusé d’être récupérés. Et ça n’a pas pris par les vraies gauches politiquement définies, mais par leurs satellites plus ou moins liés et proches. Ceux autoproclamés, il y a un bail, « intellectuels de gauche » n’ont plus cessé de parler, ceux qui étaient à droite, avec la perte de leurs partis phares, n’avaient plus que leur réputation et n’ont pas pu prendre plus de terrain qu’ils n’en possédaient déjà et pourtant ils l’ont tenté, ils ont même cherché du côté de la jeunesse de leurs rangs, jeunesse pré-embourbée uniquement.
Comme l’économie, d’une part, et les médias, d’autre part, étaient (et pour l’un, c’est tout de même assez fou) les thèmes des médias, il s’est produit une émulation et des petits bouleversements : un glissement de terrain de la mare sur sa gauche avec ouverture des micros démultipliée. Le mouvement des Gilets Jaunes ayant tout particulièrement énormément relayé via les réseaux la moindre bribe le concernant, il a créé une sorte d’appel d’air et les médias ont accéléré le rythme pour en profiter. Ainsi, « malgré » les Gilets Jaunes, « grâce » à un travail bavard d’une gauche politique vide, « pour » Macron et ce qu’on soit pour ou contre, et « sans » la droite, et « sans » la société, sans son silence, sans rien d’elle, la mare a figé la France dans un état qu’elle puisse dominer, sans aucun doute.

Il n’y a pas eu un renouvellement des forces en présence. Cette génération dont je parlais au début a pris une place, pas « sa » place, mais « une » place, et certainement pas une qu’on lui aurait léguée, mais une place dégagée par le glissement à gauche et le léger vide créé bien malgré eux par les Gilets Jaunes et leur désarroi devant leur solitude sans relais, et, toujours à cause mais malgré les Gilets Jaunes, par les médias, à court, et devant se charger seul de construire un contre semi-politique puisqu’il n’avait plus lieu « au réel ».
Macron ne s’est jamais préoccupé de tout ça, tout ce dont il a besoin pour exister, c’est d’un contre. Lui non plus, ne doute pas. Lui le moins, doute. Le vent, un groupe social, 1000 canons, peu importe : du contre. (…Même si bien sûr, il préférerait les canons, on a bien compris, « Nous sommes en guerre » x 6.) Si naturellement le contre ne se forme pas : il le créera. Donc, quelque part, Macron ne compte jamais historiquement, même dans son élection. C’est seulement une personne, une personnalité insignifiante et infantile, au profil psychologique le plus court et lisible. Il n’est rien. Ce qui compte, c’est le contre. Quel contre, pourquoi, comment.

Mi-2019, dans la désolation médiatique, qui n’avait que la canicule pour ne même pas pleurer à cause des restrictions d’eau, la situation nouvelle était définitivement établie, elle est celle encore aujourd’hui. Elle avait eu son dernier support avec l’incendie de Notre-Dame de Paris. « Grâce-Malgré » Victor Hugo. Alors, lui, mon Toto, je pense que s’il pouvait revenir pour bastonner tout le monde et rire, il le ferait.
Pour le coup, là, les Gilets Jaunes ont joué un rôle direct. Mais ils en sont innocents, donc j’ai du mal à leur attribuer vraiment une part agissante. Ça a commencé à se tramer pendant les manifestations : plus, face à eux, le grand silence s’étendait, du gouvernement, plus ils ont radicalisé leur position et radicalisé l’image de Macron afin qu’elle soit encore plus simple qu’elle n’était, …et qu’elle soit d’autant plus celle qu’il désirait et qu’il était, alors, au bord de perdre. Les Gilets Jaunes se sont aussi saisi de ce qu’ils pouvaient : dans l’Histoire et en France, immanquablement, ça tombe sur la Révolution. Et là, c’est un bout que tout le monde peut prendre pour tirer dessus : ça ne lâchera pas. Les philosophes déblatèrent à n’en plus pouvoir sur le motif. Croisant tout ça : ce que les Gilets Jaunes n’étaient pas, au début, et vraiment ce qui était impossible qu’ils soient, sinon la situation aurait été épiquement insultante, ils le sont devenus : des gueux.
Des « délaissés ». Les laissés pour compte. Si Macron était un roitelet, alors ceux contre lui étaient des petits sans-culottes, si Macron était un roi, c’était la noblesse, et eux, le peuple, et le peuple, c’est des gueux. Et qui qu’a toujours pris la défense des gueux, hein ? Ben c’est Toto. Et qui qu’a écrit Notre-Dame de Paris ? Ben c’est Toto ! Mais qui qui trouve des milliards grâce au riche pour reconstruire Notre-Dame en 5 heures, hein, ben c’est Macron 1er alors que les gueux à Toto peuvent crever ! Là ! « Les riches donnent de l’argent pour de la pierre alors qu’ils laissent crever des êtres de chairs, et de sang ! » Voilà ce qu’on a pu lire, de la part de la mare de gauche, voilà où elle en est : faire rimer pierre et chair.
Bien. Très bien. Bravo.
J’ai essayé d’écrire ça en restant digne et scientifique dans l’argumentation, mais je ne peux pas. C’est trop con. C’est trop con pour un autre ton, en tout cas, dans un article comme ici. Ça me dépasse alors que c’est tellement bas, tellement bête que… C’est ahurissant. Tout 2019, et 2020 l’a déjà doublé et de loin, est d’une bêtise terrorisante.

Revenons quand même à notre argumentation. Tout un groupe social finit avant fin 2019 par se faire une gloire, à le répéter un nombre incalculable de fois, d’être « des gueux ». Parce qu’enfin, ils sont quelque chose, tout simplement. Des mois à revendiquer le « doute » qui, bien soulevé par d’autres puissances qui auraient trouvé à lui répondre, aurait pu révolutionner l’époque et leur laisser, à chacun, leur individualité maximale, pour accepter, de guerre lasse, une unification et une simplification inadmissible et servir ainsi de passe, mais sûrement pas de cause, à de nouvelles ambitions.
Ce cycle fulgurant a été visible dans la presse écrite et aussi bien dans les mainstreams que les paramédias, mais son expression réelle est évidemment plus forte du côté de ceux qui se sont trouvé « enfin » « une » place, et se sont attribué le rôle de défenseur des « gueux ». Les gueux leur permettent, et c’est trop tard pour l’empêcher, de parler pour eux. Et ceux qui parlent ne sont pas issus, scientifiquement parlant, des diplômes du « peuple », ils sont docteurs en ci et ça, économie, histoire, sociologie, lettres modernes, philosophie, ou médecine. Ils savent parler, ils savent écrire (enfin, non, mais bon), ils savent même exercer leur métier s’ils ne sont pas encore assez payés par le nombre de plateaux télé ou radio qu’ils enchaînent ou les droits d’auteur leurs gribouillis savants, ou les invitations à des conférences. Aucun n’est devenu l’un des chevaliers adoubés par les gueux pour les défendre, sinon la petite mare n’existerait plus et Macron aurait dû partir depuis longtemps.

Fin 2018, l’Histoire avait une chance de reprendre, fin mars, ou mi-avril 2019 : il fallait qu’elle patiente à nouveau officiellement. Pourtant, officieusement, elle a redémarré quand Notre-Dame a brûlé. Mais c’est une autre histoire.

Aujourd’hui, en observant la situation augmentée par le coronavirus, on peut noter comme le ton des défenseurs des gueux non seulement a grossi encore la vulgarité de son argumentation, qui ne dépassait plus l’invective d’un poivrot devant le bar qui a dû fermer à cause de l’heure, ou, devant les portes, juste à côté du bar, d’une banque, et les suivante à côté, d’un immeuble de sale gros cons de bourgeois de droite, et toute la rue comme ça, mais n’a pas pu résister à l’occasion de monter en chaire, presque plus haut, finalement, que Macron lui-même.

Dans la mare, la place prise par une drôle de gauche extrême étendue aux médias, presse ou pas nouveaux mais aussi déjà existants depuis très longtemps, dans le vide laissé par la droite très et encore plus mal vieillissante qu’elle n’aura été jeune, physiquement intellectuellement parlant, et dans le vide laissé par les politiques de droite et du centre …et de gauche, n’a aucun moyen que théorique. Réellement, au propre, elle ne peut rien. Et je me demande si elle sait que même en parlant, même en écrivant, elle ne peut rien. Je me demande si elle a compris, à lire ses soutiens, (sachant que tout est à l’air libre sur les réseaux, n’importe qui pour tout lire de tout) à quel point elle n’était soutenue que par la faiblesse, qui aussi nombreuse soit-elle, ne devient pas une force. Cette drôle de gauche réunie des fans, des inconditionnels, voire des adorateurs. Eux non plus ne doutent pas. Ils n’apportent pas de matière, ils applaudissent, ils louent, ils acclament, ils ont, il semble, un immense besoin de « reconnaître » une force, de se vouer à elle et leur niaiserie est majoritaire. Ils ne sont pas, en eux-mêmes, moteurs, ils ne représentent pas, pour ceux qui les défendraient, un contre intellectuel dont la puissance devrait armer celui qui parle pour eux. On sent qu’il n’y a pas de matière au réel, alors à une fiction, encore moins. Tout l’assemblage de gauche est aussi vide que les épaves de droite l’ont toujours été. Ce qui l’unit est, ce que la droite ne peut pas se permettre, d’utiliser le bénéfice d’un état de protestation populaire, donc soi-disant sans ambition formelle, dirigé sur une seule cible : Macron. Sans Macron, cette gauche peut disparaître en un claquement de doigts et restera ce qu’elle a totalement oublié de considérer et qu’elle ne reconnaît que si ça se nomme « gueux », « délaissés », « laissés pour compte », « peuple ».

Cette drôle de gauche, classée « jeune » dans un univers intellectuel et culturel, donc qui peut durer encore un sacré bout de temps, et d’ailleurs presque toute née entre 72 et 77, directement issue de la génération que j’ai décrite, qui aurait plus que le droit aujourd’hui, de mener la danse, est parvenue à s’établir contre un « ennemi » qu’elle aurait dû faire tomber uniquement par elle-même. Or, elle est obligée de s’appuyer sur une part sociétale de groupies assez creuses mais bien hurlantes qui assurent une claque permanente ; elle a admis une version de l’histoire que la mare qu’elle a gagnée a littéralement construite, puisque c’est une mare et pas un océan ; elle s’est hissée vers ce qu’elle pense de l’indépendance via un mouvement social qu’elle a paralysé dans le mythe XIXèmesque du « peuple » qui, si au temps de Victor Hugo lui était contemporain, n’existe plus sous cette forme depuis longtemps. Depuis quand, au fait ? Ensuite, cette gauche de lettrés, sans la moindre vision, et sans rien remettre en doute, a pris le risque insensé pour plaire à son « peuple » de lui faire croire qu’il pouvait avoir accès direct à une culture élitiste : ce qui est le mal le plus pernicieux qu’elle pouvait faire. Parce qu’il n’y a pas de culture élitiste, il y a uniquement celle dont l’ouvrage demande des compétences qui ne sont pas acquises par tout le monde et dans ce cas, cette culture se charge de sa traduction mais certainement pas de son abaissement ni de sa simplification, et jamais, jamais ou elle s’en détruirait, elle n’irait mystifier quiconque à ne pas lui reconnaître son unique valeur quand bien même elle saurait qu’il ne la comprend pas dans le texte. L’écrasement actuel des potentiels de chacun et de tous auquel procède la drôle de gauche, est un poison, alors que la génération composant cette gauche a été élevée pour savoir que c’est un poison, et pire, pour le reconnaître. Elle va à l’encontre de sa propre éducation, de ses fondements. Pourquoi ?
Ensuite, cette gauche est assez sourde et aveugle pour ne pas avoir entendu qu’elle utilisait le même ton que Macron, avec un peu moins de faute de français et de sens, mais autant de placage d’arguments. Elle ne tient pas un discours ouvert, elle assène. Pour une part, ça peut se comprendre, parce qu’il n’y a souvent pas le temps d’étaler son argumentation, pour une autre part, c’est la forme la plus stérile et la plus violente qui soit. Sa réception seule, par un public convaincu et peut-être de plus en plus massif, fait qu’elle a une portée. Enfin, la caractéristique la plus grave de cette gauche, et encore une fois, depuis quelques jours, c’est effarant, c’est que, comme Macron, elle ne sait que couper en deux : pour, et contre, avec un protocole parfaitement archaïque.

La nouvelle gauche générationnelle a beaucoup plus en commun avec Macron qu’elle ne pourrait en cauchemarder ; les deux ne doutent pas, les deux font partie des néomoralisateurs.


La suite demain dans : CORONA PROPAGANDA | NÉOMORALISATEURS (2e partie). 7/X

À demain ?
LUNDI 23 MARS 2020

[Présentation sur YouTube]
📍Chers Abonnés 🖤 

N’allons nulle part Enfants de la Paaaaatrie, le jour de rien vaaaaaaaaaa continuer.
Lalala, lala, lalalalalaaaaaa,
Etc. Etc.

Allez, la suite demain !
 
Claire
CORONA PROPAGANDA | NÉOMORALISATEURS (2/3). 7/X

Définir ce qu’est un néomoralisateur serait possible pendant un lockdown qui laisse espérer que le public ait justement le temps d’une démonstration, longue et exigeante, dont les arguments sont complexes et appellent des connaissances non répandues demandant le temps de leur propre pédagogie. Mais l’attention du cerveau confiné semble tout entière braquée vers les légions de néomoralisateurs.

Quand on a le pouvoir, on peut, en résumé, parvenir à donner des arguments de plusieurs façons face à un public :
A/ par la force, même si, dans ce cas, le mot argument n’a plus aucun sens, le discours n’a même pas besoin d’exister, ou de varier ; le public n’a pas le choix : il doit écouter, c’est la forme discursive de la dictature. Pour lutter contre le discours, il faut renverser le Pouvoir, un pays entier peut se soulever, conscient dans sa totalité de son état, il est improbable qu’il remette une autre dictature en place.
B/ Encore par la force mais en maintenant sciemment l’illusion que le mot « argument » a encore un sens ; le public n’a pas le choix d’écouter mais il n’est pas sûr de ça : c’est une forme discursive à mi-chemin entre dictature et totalitarisme. Pour lutter contre le discours, il faut rééduquer une partie du public avant de renverser le pouvoir, un coup d’État est possible, le pays entier suivra seulement ensuite, sa conscience de son état sans totalité. Il peut passer d’un régime à un autre identique.
C/ Encore par la force mais en étant soi-même illusionné que le mot « argument » a encore un sens ; le public écoute volontairement, c’est le totalitarisme. Dans l’absolu, le Pouvoir ne peut être renversé, la dénonciation de l’état du pays doit être externe, un changement de régime imposé par l’externe.
D/ En s’appuyant sur la valeur et la confiance que le public attribue, qui épargne la démonstration et tolère d’aller directement à sa conclusion ; le public écoute ou non, il est conscient qu’il a attribué valeur et confiance, c’est la forme discursive à mi-chemin entre totalitarisme et démocratie. Le Pouvoir ne peut être renversé, il peut être modifié mais il faut une immense partie du public consciente de la part totalitaire du discours. Le curseur du pouvoir suivant peut continuer ainsi à osciller entre totalitarisme et démocratie.
E/ Sans s’appuyer sur une valeur et une confiance pré-attribuées, en énonçant une démonstration jusqu’à la conclusion ; le public décide d’écouter, c’est la forme discursive de la démocratie. Elle n’existe que dans l’absolu.

Une démocratie entend des discours de catégorie D ou E. Dans une démocratie réelle, pas absolue, une certaine version du discours totalitaire est inévitable et fonctionnelle, pas la peine de relire Le Prince de Machiavel pour le vérifier. Mais la catégorie D flirtant avec la C, il faut savoir reconnaître quand la part démocratique de D devient vraiment trop faible dans un espace gagné par le totalitarisme et réagir à temps.
Dans notre démocratie, et d’autres, on a tendance à choisir de parler d’autoritarisme, parce que parler de dictature est beaucoup trop fort et impropre : la dictature se passant de lois et donc d’institutions alors qu’un régime autoritaire peut, pour oppresser et soumettre, utiliser des lois et des institutions. Dans une démocratie où le jeu historique fait qu’un seul parti se voit attribuer par le vote le contrôle des institutions, l’opposition va se permettre de parler d’autoritarisme parce que, volume contre volume, elle ne peut pas lutter et c’est pour ne pas parler de son impuissance, et de son échec politique face à un électorat, qu’elle jugera qu’en face on utilise trop de pression uniforme. Il faut tout de même que réellement naisse un sentiment d’injustice et que soit ressentie une pression qui a quelque chose de l’oppression pour qu’ « autoritarisme » soit justifié.
Les anciens rapports de force gauche/droite avec une grande majorité n’allaient pas si vite à accuser la majorité d’autoritarisme : c’était la « majorité », et la démocratie résistait assez bien à la tentation de se croire bientôt un autre régime. Il y avait aussi peut-être un comportement général et une force dans les personnalités et les partis qui, tacitement, faisaient que toute majorité était quelque part autoritaire « démocratiquement », et que l’opposition rêvait trop de cette autorité pour la conspuer ; les passages de l’un à l’autre étaient connus pour être presque des renversements de méthodes que la population regardait contente au début avant de conclure « tous les mêmes ». Les expressions courantes étaient 0 ou 1 : « la droite remplit les caisses, la gauche les vide », « nationalisations / privatisations », « patrons / ouvriers » « riches / pauvres ».
Évidemment, dans des instants économiques trop insupportables à la population, majorité ou non, démocratie ou non, on va vite jusqu’au champ lexical des dictatures, et d’autant si les rues arrivent à se remplir de leur protestation. On va jusqu’à parler de « dictature » parce que la démocratie le permet, d’ailleurs. Et dans notre Occident, il y a une confiance en l’Histoire seule, et dans les systèmes, qui fait que même quand des mots assez insensés sont prononcés, personne ne croit en leur rejaillissement politique, d’autant pour la France qui pour toute « dictature » n’a connu que la monarchie dont les passages « dictatoriaux » sont cernables.

En France, le mot « totalitarisme » n’existe que dans mes propositions d’analyse. Pourquoi ?
Parce que nous sommes dans la catégorie C, la France est un pays totalitaire.

« Totalitarisme », « totalitaire » sont des concepts qui ont plus que du mal à être non seulement utilisé mais compris. Pourtant monstrueusement présents dans l’Histoire, ce n’est pas eux du tout qui ont été gardés dans les mémoires collectives en tant que source et raison des tragédies les plus indépassables. Même ce qui a été conservé d’eux dans les décennies suivantes est la preuve qu’un autre totalitarisme était en train de s’installer.
Alors qu’ « autoritarisme », « autoritaire », « dictature », « dictatorial », « monarchie », « monarchique », trouvent facilement leur reprise et un emploi en tant que « concept » puisque jamais ils ne sont repris autrement, tous les termes concernant le totalitarisme restent enfouis dans l’Histoire, sont toujours dans la mémoire collective auréolés d’un grand flou, et n’ont jamais obtenu de définition assez simple pour qu’ils servent de modèle et soient réutilisés avec tellement d’évidence qu’ils parlent à chacun.
Dans le « paysage des idées » décrit depuis le début de la série CORONA PROPAGANDA, les instants où j’ai vu le mot « totalitarisme » apparaître sont rarissimes mais restaient encore terriblement attachés à un comparatif trop rude et trop direct avec la situation historique dans laquelle ils avaient eu leur première vie. Les articles que j’ai pu lire, les livres qui sont sortis, et qui étaient tous américains, d’ailleurs, ne quittaient pas un rapprochement avec les lignes historiques les plus droites et s’attachaient trop aux figures d’Hitler et des nazis dirigeants, le plus souvent (les autres régimes de Staline et Mussolini non cités, je crois), pour parvenir à réellement sortir l’état de « totalitarisme » de l’Histoire et en faire un concept.
Le « concept », lui-même, est un statut d’idée qui a un mal fou à se faire une place dans la réflexion, qu’elle soit celle des « élites » ou de la société en général.
Le domaine pratique ne cesse de l’emporter ; la preuve immédiate, l’actualité, ne décollent jamais d’elles-mêmes. On peut entendre de tout, on peut lire des jolis mots comme « métaphore » ou « anaphore » dans les articles, tout le monde peut bien se faire illusion qu’il plane un peu au-dessus de la réalité et s’emploie avec force à la « penser », et en ce moment, avec le coronavirus, c’est tout simplement à en avoir peur, mais personne, personne ne fait autre chose que retourner la seule seconde qu’il vit pour trouver juste en dessous la même seconde.
Le « concept » aurait dû intégrer depuis au moins quelques décennies si ce n’était la réflexion collective, son dictionnaire commun. C’est l’Art, le vrai, dans son évolution amplement décrite et argumentée par Hegel il y a 200 ans, qui a installé ce terme, il y a un 100 ans à présent. Il a même vécu en accéléré sa propagation et sa dégénérescence avec le monde culturel durant les 100 années qui nous séparent de son apparition officielle et affirmation. Il aurait donc dû trouver une définition et une compréhension moyenne et ce n’est absolument pas le cas.
C’est le « symbole » qui pour l’instant le supplante très largement. Ça, ça va, le « symbole », les élites et la société savent l’utiliser. Que sa prédominance soit aussi la preuve que nous vivons une époque totalitaire est à nouveau impossible à démontrer. La « parabole », qui n’est pas si loin du symbole, n’est pas utilisée, et pourtant, c’est quelque part la seule forme que savent manier en ce moment tous ceux qui se disent « activistes » ou se prétendent « engagés », et enfin, il y a une autre simplification rassemblante des termes et des images qui a trouvé son terreau, c’est la « morale », sous toutes ses définitions. Toutes.

Je parle dans le titre de « néomoralisateurs » et pas « néomoralistes », parce que le second terme implique une réflexion, une étude, une démonstration, et l’usage de la morale à l’intérieur d’un prisme qui connaît ses angles, dont celui de l’éthique, de la logique, de l’art, de la science, du droit, de l’économie et de la religion, même, tandis que le premier n’a pas besoin, et c’est bien ça le problème, de définir la « morale » qu’il tente de faire, il va la laisser être définie par ceux qui reçoivent ses paroles. Mais la « néomorale » n’existe pas.
Et même si dans cet article je vais parler de néomorale : ça ne lui donne pas une existence autre que son usage. C’est crucial d’en tenir compte : ici, la « néomorale » n’existera que par son vide. Un vide peut être utilisé, et en particulier si on ignore, justement, qu’il est vide.

Chacun, à l’once de sa compréhension, de son contexte, de sa seule vie, de sa seule expérience et capacité intellectuelle, de ses seules connaissances, de sa seule force à s’affranchir de la masse pour maintenir une pensée libre et critique, va mettre en forme cette « morale » jamais décrite et donc accepter ou non d’entendre un « moralisateur » et d’acquiescer à ses mots, de les trouver « justes ».
J’ai décidé d’ajouter le préfixe « néo » à « moralisateur », pas pour faire joli ni suivre la mode des plus incapables des pseudo-intellectuels qui ainsi pensent prendre une longueur d’avance sur l’Histoire, mais parce que nous sommes en 2020 et que, dans la mémoire collective, les moralisateurs tout court sont trop attachés aux « mœurs » pures, et mêle aux « mœurs » assez réduites, concernant surtout la liberté et la forme d’une vie sexuelle ou amoureuse. 68 l’a bien stigmatisé. En 2020, le monde est à peu près libre de coucher comme il veut dans les limites des lois et celles-ci sont en train d’être revues pour lui correspondre, avec plus ou moins de mal selon les pays encore attachés à une « morale » version « mœurs ».

Symbole, parabole et morale gagnent contre la logique, l’éthique, la science, l’art, le droit et la religion et la liste est encore longue, et c’est presque normal. Ils sont simples, ils sont faciles, ils ont à voir avec les tout premiers enseignements qu’on donne à un tout-petit, ils sont donc dans les habitudes les plus profondes de chacun, et presque de l’ordre du réflexe intellectuel. Ils n’ont aucunement besoin de connaissances pour survivre, on les trouve, parce qu’on les comprend, « juste », et parce que le monde les a en commun et les comprend, d’autant plus « juste » par le « nombre de justes » ; on les trouve « sains » et « bons » parce qu’ils entrent en résonance avec notre première vie. Voire la nature même.
On peut aussi les associer aux fondements même de l’évolution du monde avant qu’il se pourvoie d’une grammaire de plus en plus complexe. Ils ont été utilisés abondamment dans les premières religions et celles-ci ont participé à unir les peuples. Ils ont été utilisés aussi pour expliquer tout ce qu’une science encore inexistante ne risquait pas d’expliquer. Ils sont les premiers à annuler les mystères et ainsi rassurer.

Symbole, parabole et morale sont vus, par réputation générique, provenant de nos sources alors qu’ils sont déjà tous les trois les preuves d’une domination des sujets. Ils sont en fait très complexes à créer et à articuler la première fois, mais on l’oublie parce qu’ils sont tellement simples ensuite à comprendre et à propager. Leur évidence est imparable. Dans le langage courant, la force de beaucoup de temps historiques ou d’œuvres ont laissé des mots qui ont oublié leur source et gardé une puissance pourtant, symbolique, parabolique ou moraliste. On dira sans y penser que c’est cornélien, kafkaïen, on tombera de Charybde en Scylla, on passera entre les fourches caudines, on sera passé à la question, ce sera : marcher sur l’eau, la Bérézina, et après lui le déluge. Des mots n’appelleront qu’un sens, qu’une Histoire : remonter des camps, marcher au pas, allumer les fours. On citera aussi des titres d’œuvres « qui voudront tout dire » : Les Temps modernes, 1984, Metropolis. Moi, je cite souvent Brazil, ainsi.
En ce qui concerne l’usage de symbole ou de parabole : n’importe qui ou presque pourra manier ces expressions ou en tout cas les comprendre dans un contexte, il ne sera tenu rigueur à personne de ne pas pouvoir citer les sources d’une expression et on arrive même à être très intéressés par elles, justement, c’est souvent un petit moment d’émerveillement.

Le pack des symboles et paraboles peut toujours être agrandi, pas celui de la morale parce qu’il touche aux décisions que l’Humanité aura prises, elle l’espère, une bonne fois pour toutes, après des siècles et des siècles d’affrontements en elle, ou avec une évidence interpeuples aussi dans un effroi dépassant tout : ainsi de l’interdit de l’inceste, et leur remise en cause doit en passer par un combat d’arguments et de preuves.
L’usage du ton de la morale, dans le langage courant, quand il apparaît pour des sujets que la morale même n’a jamais regardés, devrait avoir en réponse une certaine résistance et ne pas obtenir de compréhension trop immédiate. Elle devrait être reconnue pour ce qu’elle est : une invective, une édification, un placage, et une privation de liberté.
Ce n’est plus le cas et depuis quelques décennies.

Le parcours que le ton néomoralisateur a emprunté pour remporter l’écoute générale sans pouvoir être dénoncé par le choc qu’il devrait produire n’a aucun moyen d’être décrit facilement sur le plan, d’une ligne, sur un seul axe, bien tranquillement : il n’a donc que très peu de chance, aujourd’hui, d’être considéré. Son enseignement, son explication, sa démonstration ne peuvent en aucun cas utiliser les mêmes protocoles que les néomoralisateurs, c’est techniquement impossible à cause de la longueur dont ils ont besoin, de la patience attentive qu’ils doivent demander au public, de sa confiance même concernant certains pans qui ne font pas partie de la connaissance populaire, de leur propre éthique qui leur interdisent totalement d’user de force et des mêmes jouets que les prêtres de la néomorale.
Pour s’opposer au ton de la néomorale et le dénoncer on ne peut Twitter que quelques mots en continu : « Réfléchissez à ce que vous venez de lire. » « Réfléchissez à ce que vous venez d’entendre. » « Réfléchissez. » Il faut reprendre la communication mondiale d’Apple, son « Think different » et le raccourcir pour qu’il devienne seulement « Think. »
« Think. »

Je vais prendre l’exemple de 1984 d’Orwell. Moins de monde a lu le livre, plus aura vu le film. À citer seulement « 1984 », on obtient moins de compréhension générique qu’en parlant de « Big Brother is watching you » ou « Big Brother. » La symbolique de 1984 est populaire, ou presque, les vraies sources de « Big Brother » ne sont pas évidentes pour ceux qui utilisent l’expression, et ils ne sauraient pas l’expliquer vraiment. Si on leur proposait de lier « Big Brother » à des régimes politiques, entre autoritarisme, dictature et totalitarisme, ils choisiraient dictature majoritairement, et s’ils pointaient « totalitarisme » ce serait par culture peut-être du roman lui-même, ou historiquement, mais ils ne sauraient vraiment pas l’expliquer, ni justement, historiquement, mais encore moins, alors, pour leur propre époque. Il faudrait, dans ce cas, qu’ils soient capables d’avoir extrait le « concept » du totalitarisme pour le reporter sur leur propre temps. Ça fait beaucoup pour que 1984 garde sa portée réelle et à bon escient, dans le respect total de son sens donc de l’œuvre. Au bout du compte, l’œuvre ne fait pas son job du tout, et elle est même trahie.
Alors, si, pour reporter le mot de totalitarisme sur notre propre époque, il faut avant ça s’occuper de générer son concept et ensuite démanteler la chronologie de son apparition, ce que ne fait d’ailleurs pas 1984, la tâche est assez colossale, trop pour l’époque même. Pourquoi : parce qu’elle est totalitaire.
Mais si, devant ce constat, on observe en plus la montée des néomoralisateurs et l’immobilisme total de ceux les écoutant ou les lisant …ou leurs applaudissements, le sentiment d’impuissance est décuplé et l’urgence est dépassée.
Le totalitarisme de notre époque, de la France, existait avant l’arrivée du coronavirus, et je n’ai jamais cru une seconde que le confinement soit l’occasion du « Think », c’est un rapport trop long, trop dense, trop complexe, d’un job d’archéologue que personne n’est prêt « encore », à écouter. C’est impossible de lutter avec ce rapport-là contre les néomoralisateurs.
Ils vont gagner. Encore. Et je redoute l’étape suivante, la victoire suivante, et la victoire sur quoi.

Ce que le coronavirus n’a pas fait, parce que c’est un virus, et rien d’autre, mais que l’état de totalitarisme a fait, lui, c’est augmenter de façon invraisemblable le nombre de néomoralisateurs et, face à eux, les applaudissements de leur public. La côte de Macron a montée magistralement, les retweets aussi, les articles les plus lus, partout, n’ont qu’un seul ton, le vocabulaire s’est étriqué comme jamais, la bêtise collégiale massacre avec une permission spectaculaire presque tous les sujets. C’est un …pathétique ratatinement du sens et il semble que les sociétés en soient fans au point que dire quoi que ce soit qui n’aille pas dans le sens général, c’est réellement parler en tant qu’hérétique, amoral, immoral, avec une inhumanité monstrueuse et punissable.
Décrire le « vide » qui existait avant le coronavirus était déjà un labeur extrême, mais à présent, pour ne pas abandonner, il faut réellement, de façon pratique, n’avoir plus que ça à faire, d’abord pour sa propre survie.

Il est à noter que les groupes sociaux qui ont connu avant le confinement d’État un confinement physique et moral seraient les seuls à envisager un « après » dans la continuité de « l’avant » et parviennent déjà à ne considérer l’épisode covidien que comme une parenthèse. Il faudra attendre qu’elle se referme pour le vérifier, mais disons qu’une certaine résistance à glisser facilement dans la propagande générale est visible, tout simplement parce qu’il y avait déjà un entraînement à un type de retrait du rythme et de la pensée prétendus les plus répandus.

J’ai démarré cette deuxième partie en disant « quand on a le pouvoir » ; il y a deux grandes façons de l’avoir ou croire l’avoir. Par un placement sociétal qui fait qu’on domine la société, soit hiérarchiquement, soit politiquement, soit par son diplôme et les compétences et connaissances précises qu’il certifie. Ou par son règne sur les canaux des médias et des réseaux sociaux, soit parce qu’on fait partie des tables de commentaires autorisés, soit grâce à un nombre de followers conséquents. Elles sont chères, ces places-là. Elles font rêver beaucoup de gribouilleurs. Heureusement, ils ont, comme moi, accès à l’illusion du rêve américain qu’offrent les réseaux et les médias ouverts ou participatifs, comme Mediapart : ils peuvent s’exprimer et croire remporter, même furtivement, un premier rang, le pouvoir. Je suis beaucoup de toutes ses autoroutes de l’écrit et de la parole, que ce soit en peu de signes ou plus de 270, en 30 secondes ou 20 minutes. J’ai mon hélico perso, je survole tout ça, et depuis longtemps avant le coronavirus. Pour l’instant, personne n’a remis en cause le confinement, personne n’a demandé de quoi étaient morts les morts, des statistiques, le minimum à tirer, scientifiquement, d’un état que le monde subit.
C’est totalement faramineux : le monde parle et parle et parle du vide. Je ne peux même pas savoir ce qui arrive à ceux qui le dénonceraient parce que personne qui ait un pouvoir aujourd’hui ne le dénonce. Pas même avec humour. Tout le monde est d’accord, intellectuellement, il semble. Tout le monde a donc le même pouvoir. Tout le monde peut donc tout simplement ajouter la pastille « coronavirus » à ces thèmes de prédilection et continuer à les défendre. Mais le virus a apporté quelque chose dont il va être encore plus difficile de se débarrasser ensuite, le droit à un ton néomoralisateur. Parler et affirmer quoi que ce soit sur la base « coronavirus, Covid-19, confinement », va assurément anoblir ceux qui ont déjà le pouvoir, quel qu’il soit, j’insiste. Un angélisme vulgaire. On est en train de laver à grandes eaux le passé, le présent brille de tout un subit nettoyage de printemps jusque dans la mémoire. On éjecte de toute part la raison. On canonise à tour de bras, on s’agenouille à un ordre, on pleure en rendant grâce on se félicite de tous penser la même chose. C’est sublime. C’est un monde sublime, unifié, et humain. C’est merveilleux. Merveilleux.
Ils avaient raison, d’ailleurs, ceux qui avaient encore foi en l’humanité, tiens. Ils sont récompensés. C’est drôlement bien, y a une justice, quand même.

À vue d’œil, la boursouflure de toutes les thématiques qui étaient abordées avant le virus grandit, mais cette fois, son enflure est obligatoire. Le ton néomoralisateur est le seul possible, son théâtre est toute la vie, sa scène est le bon sens. Parler n’est rien : il faut déclamer. Discourir n’est rien : il faut de la tragédie. Tout est poignant et sans contestation possible. Nous sommes tous devant le même ennemi, tous résistants, le patriotisme cérébral vibre avec émotion et sincérité. Plier, reculer, obéir : jusque dans nos pensées, ou elles sont jugées coupables. Personne ne joue avec la négation, comme pour, sinon, avant le virus, la totalité des sujets, même ceux que la morale mondiale avait institués comme sans plus de contre possible. La négation est impossible parce qu’on considère « une » vérité comme non niable.
J’ai commencé la série CORONA PROPAGANDA, avec le chapeau même du premier article : « L’unanimité est, en 2020, intolérable et terrifiante. Pas celle reconnaissant le Covid-19, qui n’a pas besoin d’un temps, »
La suite était :
« mais celle reconnaissant l’inexistant. Le monde pourrait n’être plus qu’un, je ferais un pas en arrière et je rirais quand il aimerait, édifié, entendre prêcher son désastre. Le Covid-19 n’a tué ni Shakespeare, ni Victor Hugo, ni Musil, ni Joyce, ni Homère, ni Baby Yoda.* »
Quelque chose est non niable, tout le reste peut être attaqué. C’est même l’occasion ou jamais de réséquer le faux du vrai, un présent tumoral à notre Temps. Pour ça, il faut définir un temps particulier et dès le premier article, je tentais de le signaler : le virus n’a besoin d’aucun temps pour être reconnu. Le virus n’a rien à voir avec 2020. Mais il est en train d’être utilisé comme un remède magique aux maux du monde, et le charlatanisme avec sa petite carriole de potions passent dans tous les médias et tous les gouvernements. C’est le pire qui pouvait arriver à un temps qui se trouve déjà dans l’impossibilité de « se penser », et qui dans une unanimité assez inespérée, qui aurait pu être le temps de son diagnostic, va choisir de reporter son état, avec une confiance aveugle, une marche plus haut, en croyant ses prêcheurs. Pour quiconque a reconnu le vide natif depuis lequel tout s’organise, l’évidence que l’après-virus va être le précipité de l’avant-virus est un crève-cœur et un désespoir.

Le totalitarisme va se renforcer, les moyens de le dénoncer vont encore plus s’amenuiser. Cette marche ajoutée sera aussi une étape à ajouter à la démonstration dénonçant un état totalitaire. Tout ce à quoi on peut se raccrocher, c’est que le concept de totalitarisme sera le même et que celui-ci a strictement l’Histoire avec lui. Ça fait quand même beaucoup contre quelques décennies et quelques mots en discours. C’est ce que certains se disaient, d’ailleurs, dans les années 30.

Les néomoralisateurs offrent tout de même une chance à ceux luttant contre eux, c’est l’énormité de leur simplification, dans leur expression. Parce que dans un temps totalitaire, cette simplification va faire la joie du cynisme, du sarcasme, de la parodie, de la satire et de tout humour qui n’en est pas, asséchant et stérilisant son sujet. Par temps totalitaire, le premier dont la disparition devrait alerter, c’est l’humour pur, l’humour critique, l’humour humaniste et justement, c’est peut-être en faisant remarquer aux sociétés de quoi elles sont réellement en train de rire qu’elles pourraient admettre et vérifier que leurs rires sont aussi courts que le reste et qu’il n’en subsiste rien très vite, qu’ils n’ont aucun avenir, et que le plus souvent, ce n’est pas un rire critique, c’est un rire amer, méchant, et très bête.
Une société peut se révéler à elle-même en étudiant son rire, tant qu’il lui est autorisé. Mais je ne sais pas jusqu’à quel point, en France, le rire a déjà été étatisé par les médias eux-mêmes. Je sais que la culture lui a donné des lois il y a 2 décennies que personne n’a pu remettre en cause et j’ai peur que le mal soit le plus étendu à présent. Que la société accepte qu’on lui parle comme on est en train de lui parler sans éclater de rire depuis très longtemps n’est vraiment pas bon signe pour l’après-virus.

Dans l’ordre des choses, après avoir déclaré un état de guerre, on peut se douter que l’étape suivante aura à voir avec le religieux, on pourra toujours ressortir Malraux, dans le genre ‘grande bêtise, je parle de ce dont j’ignore tout’, pour dire qu’il l’avait annoncé : « le XXIe sera religieux ou ne sera pas. » Hé bien, pour l’instant, moi je dis « Il n’est toujours pas » et s’il devient religieux, alors là : il ne sera jamais. Mais ce serait la droite ligne : des héros, des martyrs, des super-chefs, une victoire, sous-tendue par une humanité qui se serait rendue à elle-même plus égalitaire parce qu’enfermée. Elle trouvera un dieu comme on le trouve en prison ?

Dans le descriptif résumé du début, j’ai placé que le totalitarisme était un état qui ne pouvait être dénoncé que de l’extérieur. Les humanistes veulent croire que cet « extérieur » soit potentiellement toujours présent en n’importe quel cerveau ou cœur humain. Rien, jamais, et personne ne peut prendre la main sur cette liberté, pas même la mort, ou il faut tuer aussi les souvenirs, l’écrit et l’Histoire même. Ça a déjà été tenté, tout le monde le sait. Nous sommes donc prévenus. Et c’est tellement su, c’est tellement connu, que personne ne veut croire que ça recommence sous une autre forme. Pourtant, nous sommes en 2020. Nous avons confié à l’Éducation de ne jamais manquer d’enseigner cette liberté-là, « extérieure », nous l’avons pensé capable de donner les outils pour la construire et la faire respecter et montrer comment on garde son feu vif. Elle a échoué. Nous avons cru à toutes les petites révolutions qui ont braillé au nom de cette liberté, nous avons pensé qu’elles étaient les symboles (symboles) de la présence infinie d’un « extérieur » toujours vivant et donc capable d’actions. Quel a été la portée et quels ont été les résultats de toutes ces révolutions et printemps ? Nous sommes capables, aujourd’hui, d’entendre la recette pour prostituer notre « extérieur libre » et sans broncher nous obéissons. Nous défendons même à quiconque de penser autrement au nom de quoi ? La liberté ? Non. Alors au nom de quoi ? Nous avons, en mouvement pour l’économie, ou l’économie et nous-mêmes arrêtés pour notre propre « survie », l’incapacité de penser pour autant « vie » ou « mort », alors qu’est-ce qui est assez fort pour mener l’exérèse de notre liberté critique ? Je l’ai pratiqué : ne serait-ce que sourire peut faire reculer ceux qui vous connaissent depuis très longtemps de plusieurs pas et qu’ils tournent le dos. Qu’est-ce qu’il y avait dans mon sourire qui était plus nocif encore que le « virus » ?

Je ne vais pas pouvoir lutter du tout contre les néomoralisateurs, mais je sais à quel point ma place critique est exhaustivement, exhaustivement extérieure. Je suis externe à la situation sociétale, j’en ai même toutes les preuves écrites possibles et imaginables et non-destructibles. Je sais parfaitement reconnaître qui remet aussi en jeu cette liberté d’esprit, son esprit critique, la part externe de sa vie qui est en droit d’exister, qui ne demande rien à personne, qui ne s’appuie sur personne pour ça, qui ne maintient dominé personne, qui n’attaque pas, n’écrase pas, ne violente pas, pour exister. Qui ne crie pas, pour se faire entendre, qui n’a même pas besoin d’être « en groupe » pour ça, parce qu’il a foi en l’individualisme.
Les plus faibles, aujourd’hui, dans la société, démontrent être les plus à même de barricader leur externalité et ainsi la laisser vivre. Le lockdown change peu de choses, pour eux. Ils regardent le monde s’inquiéter de se maintenir en forme dans son deux-pièces et la liste des exercices pour que le corps reste en bonne santé. Ils voient comme il est aussi fortement conseillé d’en profiter pour se cultiver. Ils mesurent que tout ça existait « avant » et que ce qui est en train d’être monté sous leurs yeux est une cathédrale de pacotille. Ils n’iront pas y entendre des sermons, ils n’ont rien à foutre d’y être bénis. Cette conscience ne leur donne pas pour autant les moyens de résister à la propagande générale et leur écart déjà manifeste avec la pensée unique « avant » pourrait bien devenir une souffrance triste et finir par perdre ses derniers repères. Je souhaite qu’ils résistent encore un peu.


La suite demain dans : CORONA PROPAGANDA | NÉOMORALISATEURS (3/3). 8/X

À demain ?


MARDI 24 MARS 2020

[Présentation sur YouTube]
📍Chers Abonnés 🖤 

Hé bien, pour l’instant, on nous annonce 4 semaines de plus, on n’est donc pas au bout de la série !​​​​​​​
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Allez, la suite demain !
 
Claire

CORONA PROPAGANDA | NÉOMORALISATEURS (3/3). 8/X

La drôle de gauche, Macron et son gouvernement, les médias sont des néomoralisateurs. Le Covid-19 ne sera jamais suffisant pour les dénoncer. Les uns ne peuvent survivre sans les autres et usent des mêmes arguments infantiles et anachroniques. Ils sont un pan, apparu après le long et lent mais sûr bannissement du « doute absolu », de l’espace de parole totalitaire, où se déploie la néomorale.*


Note : Cet article est dépendant de ses deux premières parties : CORONA PROPAGANDA | NÉOMORALISATEURS (1ère partie). 6/X, CORONA PROPAGANDA | NÉOMORALISATEURS (2/3). 7/X
Les trois seront liés à CORONA PROPAGANDA | LA NÉOMORALE ET MOI. 9/X

(Au fait, sur Apple Music, il y a une playlist « Corona Virus », et le titre d’Angry B Hey Corona, (Nice to Meet Ya). Le titre est en pub à skipper sur les sites de streaming, illégaux il paraît, qui ont inséré un message de Stay Safe. …Just to say. Moi et ma poignée de followers nous ne devons pas être si seuls que ça, mais plus loin que nos frontières, il semble.)

(Il paraît qu’à la question pourquoi Macron circule partout sans respecter les distances et sans porter de masque ni de gants, genre, l’Élysée a répondu : « Il va falloir vous habituer à voir le président au contact sur le terrain, c’est Clémenceau dans les tranchées. »)


J’ai placé la France en catégorie C : (voir 2/3)
« Quand on a le pouvoir, on peut, en résumé, parvenir à donner des arguments de plusieurs façons face à un public :
C/ Encore par la force mais en étant soi-même illusionné que le mot « argument » a encore un sens ; le public écoute volontairement, c’est le totalitarisme. Dans l’absolu, le Pouvoir ne peut être renversé, la dénonciation de l’état du pays doit être externe, un changement de régime imposé par l’externe. »
Une des versions populaires du « Rasoir d’Ockham » est « Si tu entends des sabots, pense cheval, pas zèbre. » Un pays victime d’un totalitarisme peut être décrit ainsi : s’il entend des sabots, il pensera cheval et tant rien d’autre que s’il voit un zèbre arriver (auquel appartiennent les sabots entendus), il continuera à penser cheval.

Le régime totalitaire nazi était conduit par un petit homme qui était la caricature même qu’il faisait d’un Juif, et il vantait son opposé physique, caricatural, lui aussi, de la race aryenne. On le voyait comme le chantre de cette race. C’est si hurlant, aujourd’hui, comme mystification, qu’on peine à y croire. On n’admet pas que « personne n’ait rien vu venir. » nos médias ne cessent de le répéter jusqu’à se demander candidement comment, alors qu’il y avait plus de 200 journalistes à Berlin : aucun n’a rien vu venir. On ne comprend pas l’aveuglement, pas d’un seul homme mais d’une nation entière, des millions d’individus, qui semble avoir été si volontaire, tant on ne peut pas se figurer la quantité d’étranges filtres qu’il fallait entre le seul physique d’Hitler et celui qu’il prônait l’avenir de l’Allemagne et du monde. Sans en passer par une étude des discours et des protocoles de mise en place d’un régime totalitaire, sans connaître dans les moindres détails l’histoire du nazisme, la comparaison entre les caractéristiques physiques d’Hitler qui aurait dû l’envoyer dans l’un de ses propres camps d’extermination et celles de la race dominante dont il voulait la suprématie suffit à notre stupéfaction et à nourrir notre incrédulité à considérer l’ampleur indépassable des massacres commis, et le nombre de morts de la Seconde guerre mondiale. « Après » le passage de l’Histoire, tout le monde pense qu’évidemment, Juif ou non, il aurait fui l’Allemagne, il aurait même eu l’idée de tourner Le Dictateur 7 ans avant Chaplin, en 33. Ensuite, il aurait été résistant, il n’aurait jamais collaboré. « Aberrant », « insensé », et c’est l’aberration qui continue de nous fasciner avec effroi, au point qu’elle n’a pas besoin de réflexion : elle est spontanée.
Il n’y a sans doute rien de plus complexe à décrire et à s’imaginer que la mise en place d’un régime totalitaire et je persiste à croire que la partie cruciale de cette mise en place, qui est la constitution d’« une société totalitaire », qui, pour moi, précède et permet la mise en place d’un régime totalitaire, n’a pas encore été étudiée. Ça devrait être le sujet, mais pour l’instant, on s’arrêtera uniquement au fait qu’il y a une complexité et il y aura toujours une complexité à comprendre le fonctionnement d’un régime totalitaire parce qu’il ne peut exister lui-même qu’en augmentant la complexité, en dé-simplifiant, en triplant, décuplant les routes pour arriver au même résultat, en accumulant les étages administratifs, en augmentant les distances entre deux arguments.
Dans 1984, les épouvantables scènes de torture que subit Winston Smith montrent une perversité qui n’existe pas, parce que la perversité en soi n’est pas intelligente, et celle du bourreau de Smith l’est. Une perversité qui serait intelligente peut être le mal pur et il fallait ça à l’auteur de 1984 pour exprimer la terreur et l’horreur d’un état totalitaire. À bout, le torturé à qui on demandait de reconnaître un cheval quand il voyait un zèbre, finit par voir un cheval et on le torture de ne pas avoir vu un zèbre. C’est sans fin.
On sait se représenter la « perversité » comme un ennemi qu’il est vain de combattre : à peine aura-t-on écarté un coup que le suivant sera son propre revers inversé, et le suivant sera réinversé, on ne sort jamais vivant d’une lutte contre la perversité, le meilleur cœur flanchera vite, et le meilleur cerveau sombrera dans la folie. La perversité, au vide abyssal et affamé, a son jeu le plus long contre l’intelligence qui sait la nourrir infiniment, pas les bons sentiments.
Décrire le totalitarisme, c’est sans fin. Il faut donc le décrire de plusieurs axes et créer sa fin en l’emprisonnant dans un volume, qui, certes, sera labyrinthique : où tout sera début et fin, mais qui au moins tiendra dans un seul espace aux surfaces finies.
C’est difficile à « penser », c’est d’autant plus difficile dans une époque qui a en adoration la simplification et la rapidité et qui a aussi l’illusion de pouvoir penser en 3D parce qu’elle en voit toute la journée. Mais ce n’est pas impossible à traiter sans relâche et pour un article on peut se limiter à l’histoire simple du cheval et du zèbre qui a déjà sa complexité :
« S’il entend des sabots, il pensera cheval et tant rien d’autre que s’il voit un zèbre arriver (auquel appartiennent les sabots entendus), il continuera à penser cheval. »
[…note de l’auteur : je vous jure que je me retiens d’écrire « s’il voit deux chevaliers auxquels appartient la noix de coco » (Sacré Graal, Monty Python). …Mais bon, je sais qu’on ne vit pas dans un pays où rigoler est autorisé pendant le confinement, ni avant, ni après d’ailleurs. C’est con, parce que ma démonstration irait drôlement plus vite avec une noix de coco et une hirondelle …ou deux.]
[re-note de l’auteur : j’ai bien conscience que si « tu entends des sabots, pense cheval, pas zèbre », pourrait aussi servir pour « si tu tousses, pense rhume, pas corona ». …Pas avant 15 jours, hein.]

Je reste sur cette phrase un instant : « et tant rien d’autre » sous-entend quoi ? que déjà toutes les autres possibilités zèbre, mule, âne, …noix de coco, sont rendues impossibles. Que le « doute » intellectuel, par connaissances, par expérience, scientifique, ou par humour, est rendu impossible. Ensuite, il y a le passage d’un sens à l’autre : on « entend » des sabots, on « voit » un zèbre ; dans un espace logique, le passage d’un sens à l’autre doit être vu comme une démonstration, la suite de deux arguments dont l’un décide de la conclusion : j’entends des sabots, je vois un cheval, donc j’entendais un cheval. Mais dans un totalitarisme, il n’y a plus d’espace logique : j’entends des sabots, je vois un zèbre, donc je vois un cheval puisque j’entendais des sabots. Un sens doit mentir. J’entends Hitler, je vois Hitler, donc je vois un Aryen, grand, fort et blond, les yeux bleus puisque j’entendais Hitler. Le doute est rendu impossible physiquement : un sens est amputé.
Si on s’éloigne de cette image, on peut garder seulement qu’on puisse reconnaître un totalitarisme en œuvre en mettant en évidence l’amputation d’une liaison logique dans une suite d’idées, et le bannissement du « doute absolu ». Et pas pour une seule personne, mais des millions.
J’espère que c’est là qu’on puisse avoir l’intuition qu’il ne suffit pas, soudain, du discours d’un petit bonhomme pour arriver à un résultat pareil sur des millions d’individus. Il ne suffit pas d’un instant et de quelques mots : il faut des années et des années et des années et qui n’auront pas été nourries seulement de ressentiment et de terreur, il faut autre chose, et c’est cette « autre chose » qui n’a pas été assez étudiée.

Il y a une part sociétale qui était traditionnellement réputée pour manquer de logique et être si bornée que le doute ne passe pas ses portes. Les humoristes, fut un temps, savaient jouer de ces défauts justement pour mettre en valeur un certain bon sens, celui de la plèbe. Ils jouaient la carte con-buté-borné, et c’est dans la perte de logique qu’il tirait l’humour, c’est dans la persistance à défendre un point de vue, à voir un cheval quand toute la salle sait qu’il s’agissait d’un zèbre, que les humoristes la faisaient hurler de rire. La salle avait le plaisir unique de se savoir dans le secret de l’humoriste, elle se sentait fière et belle de reconnaître la critique, et heureuse que, par elle, l’humoriste fasse passer une « vérité » qui, invariablement, prenait sa défense. En mettant en scène un gars pas bien malin, l’humoriste démontrait et défendait l’intelligence et l’esprit critique d’une salle entière. Le talent de l’humoriste était à l’once de la finesse critique qu’il allait permettre d’avoir à une salle. Et pour les plus grands, les exclamations d’admiration avant les rires et les applaudissements étaient aussi dédiées au bonheur du public que telle part de lui : l’intelligence, soit sollicitée, et qu’il s’aperçoive qu’elle était partagée avec égalité.
Desproges, en gardant son ton, aurait pu lire chacun des discours du président de la République (qui d’ailleurs pour beaucoup a emprunté le ton de Desproges) en faisant mourir de rire une salle ; elle aurait alors entendu chaque mot. Devos se serait régalé et de même aurait acquis une félicité intellectuelle de son public, sans le moindre effort, même suant beaucoup, rien qu’à reprendre les contresens et le style insensé des discours de Macron. Coluche aurait eu un boulevard, jouant justement un gars pas très malin, pour accumuler un comique pratique et d’une contre-logique imparable ; c’est cette contre-logique appliquée à la fausseté démonstrative de Macron qui aurait fait éclater le ridicule de ces textes avec le rire et les applaudissements. Repris par les plus grands comiques, certaines phrases du président de la République seraient devenues culte, sans avoir besoin d’être réécrites, pour leur summum d’injures face à l’esprit, la langue française et la société. Elles seraient devenues ce qu’elles sont : drôles. Ça fait je ne sais combien de fois que je demande : Mais enfin, pourquoi personne ne rit ? Il n’y a que ça à faire.
Est-ce qu’on a tel président parce qu’il n’y a plus de grands humoristes ? Oui, entre autres, mais oui, indéniablement.

« Le doute absolu », chacun le possède mais il va être plus ou moins vaste selon l’acquisition des connaissances, qu’elles soient, puisqu’« absolu » concerne l’individu total : intellectuelles, physiques, ou celles des sentiments. Selon les individus, la somme des « expériences tentées » pour valider ou invalider quoi que ce soit, prendra très longtemps pour un ou deux contre-arguments ou vérifications, ou moins d’une fraction de seconde pour une centaine, bombardée.
On peut croire que plutôt que la connaissance pure et un diplôme, ce soit la capacité à douter avec fulgurance avant de prendre une décision qui place une élite au-dessus d’une société. Et cette élite doit être capable de déployer le plan entier de ses doutes et de leurs conclusions, énoncer la totalité de sa démonstration qui a finalement « plaqué » en une seconde un argument conclusif. Une élite qui ferait Rome en quelques instants et qui permettrait donc à la société de ne pas la faire en un jour, mais à son rythme et avec confiance. Cette confiance-là, une société l’attribue aussi à ses comiques, à ses auteurs à quiconque démontre ce qu’elle ne possède pas « aussi vite » que lui. Douter est une compétence rare mais c’est la vitesse avec laquelle cette compétence s’exerce qui nomme les stratèges et les génies et les hommes de têtes « humanistes ». Parce qu’il n’y a pas le choix : le doute ne peut que choisir son camp, il ne peut pas œuvrer pour autre chose que le Bien. Tout ce qu’il va convoquer pour construire une cathédrale en un temps record intègre le « Mal » par nécessité, par justice, par honnêteté intellectuelle, par conscience, par équilibre, mais uniquement pour ça, pas, au final, pour le faire gagner et attaquer. On n’a pas besoin de douter pour prendre une décision finale qui soit en faveur du « Mal », ce serait insensé d’absorber dans sa propre réflexion « le bien, le bon, le beau » pour équilibrer les arguments du néfaste : il n’y a là aucune raison de « douter », il faut seulement « s’organiser ».
La démultiplication de l’organisation, partout, aujourd’hui, pallie le manque de doute et n’aide pas du tout à trahir les immenses déficiences au niveau des compétences nécessaires pour douter. Elles sont remplacées par des niveaux infinis de traitements de données, par des statistiques, des sondages, des rapports d’experts. Cet ensemble ne dédouble en aucun cas le doute et n’assure en rien des conclusions qui en seront tirées, il peut même l’étouffer, choisir de le faire taire le plus habilement en le faisant disparaître dans la hiérarchie de l’organisation, en demandant soudain avec quel diplôme on tente de s’opposer.
Le doute est l’une des caractéristiques essentielles au néo-individualisme, et celle qui lui sera la moins tolérée dans une société totalitaire qui va lui préférer l’organisation.
Faisant ça, la société ne voit pas qu’un doute qui lui est totalement possible s’atrophie lentement. À trop confier toujours à une hiérarchie de plus en plus complexe et plus étendue que haute, sa confiance, elle va oublier qu’elle a un droit constitutif à douter, un droit que même privée de liberté elle pourrait exercer. La société ne va plus se faire confiance, qu’elle souffre ou non, moralement et physiquement, et commencera à chercher à réévaluer la réalité de cette souffrance, elle la « relativisera » pour ça. C’est-à-dire qu’à nouveau elle fera plus confiance à une norme qu’elle cherchera pour établir si oui ou non ce qu’elle ressent, ce qu’elle pense, est « vrai », ou a un « sens ». Et lentement mais sûrement, ce qu’elle a de plus profond et différencié en elle « naturellement » : son empathie, sa résistance à la douleur, son appréciation d’une œuvre, sa logique scientifique, son instinct, et des milliers d’autres choses, mais aussi ce qu’elle a acquis par éducation, par la maternelle, le primaire, le collège, le lycée, des études supérieures : tout la quittera et sera confié à une supra-organisation à la hiérarchie impénétrable et maintenue ensemble par soi-disant : la qualification. Un système incalculablement plus simple et faible que le potentiel d’une société.
Dans une démocratie, on veut croire que ce genre de système soit quelque chose d’un peu pénible à supporter : au boulot, et comme administration, et même comme structure hospitalière. On sait, quand on y va, qu’on perd quelque chose de soi, et qu’un anonymat plus ou moins dense va le remplacer. Mais on en revient, et, chez soi, on a le droit d’être total à nouveau. On sait que c’est le jeu de la société et que sans ça, elle ne tiendrait pas debout. On voit qu’elle parvient à fonctionner, on en tire des bénéfices, ça ne se passe vraiment pas toujours comme on voudrait mais l’un dans l’autre : jour et nuit, la société se répond et se soutient via son organisation et jusque dans celle politique. Dans une démocratie, quand on revient chez soi, son doute reprend forme humaine, réenvahit tout l’espace possible. On peut toujours regarder à la télévision des reportages sur des structures sociétales autres, rien n’interdit la liberté de penser, de comparer, d’avoir de l’empathie ou de s’en foutre.
Dans une société totalitaire, ou un régime totalitaire, le doute de la société a été traduit en systèmes structurés. Elle leur confie jusqu’à décider pour elle de savoir si elle souffre ou pas. Au propre. Est-ce que j’ai mal ? Et La société s’entend répondre : oui ou non. Cette réponse vient presque de nulle part et pourtant : de tout d’elle ; la société est persuadée qu’elle ne peut venir que d’une machine gigantesque, pensée pour son bien, armée d’une quantité de connaissances en travail continu et que toutes les expériences y sont tentées jour et nuit par une association de très hautes compétences vouées à sa cause et uniquement.
Notre époque a tout particulièrement tenté, dans des structures autres que la famille et le domaine privé, de convier ces deux domaines : l’état d’esprit des entreprises est sans cesse revisité pour qu’on s’y sente comme à la maison, que les personnalités soient respectées, que des critères un peu étranges pour la productivité soient respectés, comme la créativité : on est fier de voir son joli diagramme de Kiviat, de personnalité, qui fait qu’on a été embauché, on vient pleurer avec confiance chez la DRH parce qu’on est en plein divorce, on laisse ses enfants à la crèche de l’entreprise, on y prend ses repas, les start up ont « toutes » des baby-foots et des gros poufs sympa pour bosser avec son laptop et un café à emporter de la cantine. L’espace de la structure du dehors fait tout ce qu’il peut pour offrir le confort de la structure du dedans. L’illusion est très forte, sa fiction est d’autant plus vendue dans la communication générale, ceux qui ne bénéficient pas de telles « conditions de travail » les demandent. La volonté générale est que toute différence entre intérieur et extérieur soit gommée et peu importe alors de ramener le travail à la maison. La société est sans méfiance et dans cette osmose ne voit pas que son intériorité, elle, n’est échangée contre rien. Dans une société totalitaire, la société va se mettre à penser de façon unique, persuadée de penser individuellement, elle saura expliquer facilement pourquoi « tout le monde » pense la même chose, pourquoi il n’y a pas d’opposition : parce que c’est la « meilleure pensée ». Que ce soit la seule est presqu’un hasard, pour la société. C’est la « meilleure ». Éventuellement la « plus juste ».
L’exemple que j’ai donné repose sur l’univers du travail, mais ce n’est pas du tout celui qui a le plus procédé à l’évidage de la société : c’est celui culturel d’abord, et de l’éducation ensuite, mais ces deux thèmes demanderaient une argumentation qui ne tiendrait pas ici, et le résultat est de toute façon le même. Et encore une fois : ce n’est pas parce qu’ici le descriptif tient en 20 petites lignes qui pourraient exister dans un édito ou un article de journal féminin pour 2 de QI, qu’elles sont exhaustives puisque la démonstration réelle comprend une période de 50 ans, étendue à 75 et plutôt 100 et concerne donc une accumulation de générations. Je ne fais pas dans le résumé historique ou la recette de « psylosophe » de média. Il ne faut jamais croire ce que je dis à moins d’être persuadé que je puisse immanquablement étendre le plan en 3D de ma cathédrale de doute absolu avant de bloquer quelconque argument entre une capitale et un point (voir l’épisode 9/X).

(Ainsi que le coronavirus sait si admirablement le définir que, évidemment, personne ne le reconnaîtra, c’est tout le charme du totalitarisme), dans un espace totalitaire, si quelqu’un parle et s’adresse à l’ensemble de la société et ce par quelconque moyen et quel que soit son réel pouvoir, quoi qu’il dise : il sera écouté dès lors que ce qu’il dit n’échappe pas à ce que tout le monde pense. Et quoi qu’il soit dit deviendra ce que tout le monde pense …et même pensait. Ce quelqu’un ne s’exprimera, à l’évidence pour la société, que parce qu’il est autorisé par elle à s’exprimer car elle a une foi absolue en son système de tri et de surveillance et d’expertise, elle est persuadée que quelque part en permanence quelqu’un veille sur elle et tout d’elle. C’est tout entière, il ne peut en être autrement, qu’elle donne « le droit d’expression », et c’est tout entière, il ne peut en être autrement, qu’elle sait qu’à partir de là : ce qui sera dit est immanquablement « la meilleure parole », « la plus juste », « la vraie », « la seule ». Et si ce qui est dit défie la science, l’Art, la logique, l’Histoire, la mémoire, la loi, l’Humanité : …En fait, cette phrase-là n’existe pas dans un espace de parole totalitaire. Elle est impossible à prononcer, ou elle exilera, ou elle devra être suivie d’une fuite. Il fut un temps, pour arrêter ça, le doute a dû se munir de canons.
Quiconque « pensant » zèbre, mule, âne, noix de coco, après avoir entendu des sabots, dans un espace de parole, et d’écoute totalitaire, fait la démonstration qu’il ne fait pas partie de la société, que rien de lui n’y est intégré et qu’alors qu’il ne peut avancer un diplôme d’expertise de traduction d’un bruit de sabots, il prétend s’en passer et avoir une opinion ? Il prétend dépasser une structure inouïe qui s’autoargumente toute la journée ? Dépasser tous les médias qui n’ont que les mêmes mots en titre ? Dépasser un gouvernement qui possède les moyens de lecture du son les plus puissants qui soient ? Dépasser une surveillance totale, non seulement humaine mais humaine via les réseaux ? Dépasser, et ça, tout de même, c’est vraiment fort : ceux qui sont contre le gouvernement ? Il croit quoi, celui-là, inventer une autre réponse que « oui » ou « non » ? « Pour » ou « contre » ?
Dans un espace de parole totalitaire, le chef de l’État va dire : « Nous sommes en guerre », les journaux de droite parleront de fronts, d’armées, de héros, les journaux du centre parleront de fronts et de fronts qui s’enlisent et qu’on est plutôt dans une « drôle de guerre », d’armées et de héros, les journaux de gauche parleront de manque de munitions, et de combattants mal préparés, de héros et de martyrs. Les syndicats diront : nous vous avions prévenu : en temps de guerre, nous n’aurions pas de quoi assumer. Les caissières diront « nous sommes au front, nous risquons nos vies pour vous », la société remerciera par des applaudissements nourris et des larmes d’émotion ces combattants et ces héros. Quiconque ne suivra pas les règles sera puni. Quiconque trouvera à faire de l’humour alors qu’il y a des morts et que la pandémie est incontrôlable sera puni du regard des autres, honteux pour lui, méprisant, incrédules devant tant de légèreté.
Le champ lexical a été donné : celui de la guerre. Et jusqu’à ceux dégueulant le président chaque matin : il sera respecté. Chacun devient commandant en chef, et ce ne sont plus des conseils, ce ne sont plus des arguments, ce ne sont plus des tweets, mais des sentences et des sermons. « Tu ne tousseras point devant autrui mais dans ton coude. » « Tu ne t’approcheras point d’un autre à moins d’un mètre. » Quel que soit le sujet abordé, il faut qu’il soit imprégné de l’univers guerrier définitivement arrêté à l’iconographie de 14-18 : « C’est Clémenceau dans les tranchées. »
Les Gilets Jaunes auxquels, et moi la première et je ne reculerai jamais, on a reproché de dire qu’ils étaient « gazés » parce qu’il ne fallait pas mélanger les torchons et les serviettes de l’Histoire et de la Mémoire, ont vraiment l’air malin, maintenant qu’ils sont exterminés ou presque, et que le masque est bientôt obligatoire contre le virus moutarde. Ils doivent la regarder, cette société totalitaire, et baisser les yeux. Ou un. Et se laver la main. Mais d’un autre côté, qu’ils ne la ramènent pas en invoquant l’Histoire bafouée par cette mascarade de « guerre ». Or, ils sont quand même en train de le faire. D’accord, j’ai gueulé quand personne ou presque n’écoutait, mais c’était ça que je disais : il ne faut pas prostituer l’Histoire parce que quand on a vraiment besoin de son souvenir, il a perdu tout pouvoir. Il faut toujours se réserver d’en appeler à l’Histoire en la laissant à sa place et ne jamais, jamais, jamais, la tirer de force en écrasant le sens et le temps dans le Présent. Il faut que le Présent ait sa propre Histoire. À quoi ça sert les tweets « Touche pas à 14-18 ! Ceux qui sont morts pendant cette guerre apprécient que tu te prennes pour Clémenceau ! » par ceux qui se comparaient aux Juifs gazés par des nazis ? C’est nul, pour les Gilets Jaunes qui vont sans doute avoir l’occasion de comprendre durement où était leur abus, mais c’est très bien aussi parce qu’ils sont les seuls qui, aux dernières nouvelles, ne sont pas saisis par le totalitarisme sociétal ni l’espace de parole totalitaire et ils ne sont pas des « cibles », plus jamais des « populations à risque ».

Dans un espace de parole totalitaire, la société est tant envahie par son vide qu’elle devient un organisme pervers : elle appelle l’extérieur pour la nourrir. Rien en elle ne fait front, pour le coup, rien ne creuse de tranchée pour se protéger et veiller, il n’y a personne, en elle, à l’arrière, il n’y a pas de barbelé, elle est désarmée, elle n’a plus d’officiers, elle n’a aucun stock, pas de rations de survie, elle est nue et stupide et errante et affabule avec voracité pour se donner un sens. Elle prendra le premier qui vient. S’il est unanime, elle ne mesurera jamais pourquoi, puisqu’il ne peut que l’être.
À son vide répond un autre vide, la néomorale, mais elle l’ignore. Face à elle : il n’y a aucun doute. Le doute a été littéralement tué. Tout est meilleur, juste et vrai : tout est moral, tout est morale.

Le poids actuel des paroles des néomoralisateurs est totalitaire lui aussi. On peut à peine reprocher à la société son gravissime état, on peut à peine se désoler de sa sottise et de sa crédulité, on doit quand même dépasser la colère qu’elle inspire et la prendre en pitié parce que, vraiment, même à elle toute, elle n’a aucun, aucun, aucun moyen de soulever et rejeter tel poids. Et ça aussi, pour le futur, quand tout le monde aura un peu repris ses esprits, ça doit servir à comprendre la nation allemande et son inertie qui choque tant. La masse de pression uniforme, et linéaire dans le texte, appuie sur chacun et tout de son individu : moral et physique. Cet étouffement qui est l’un des symptômes du coronavirus n’en est même pas ressenti : parce qu’il est « juste ». Les économistes n’ont pas encore tenté de s’amuser vraiment avec l’argument qu’un capitalisme peut tenir par la frénésie mais peut aussi tout entier tenir par le confinement tant qu’il est « entier » et que s’il baisse quelque part alors, sans lutte, il doit baisser entièrement, sa nature et ses lois sont inchangées à cause de son adaptation, qu’elle soit naturelle, par chantage, ou imposée. Chaque catégorie qui hurlait si fort son sujet l’a pieusement agenouillé et il prie, en ce moment, pour ceux qui vont mourir, il a son chapelet, et passe le champ lexical obligatoire avant de personnaliser un peu son sermon. Les sociétés ne se relèveront pas de ça. Ou plutôt, si, elles vont se relever, dans une armure totalitaire. Ce qu’elles sont en train de céder, en ce moment, ce n’est pas le droit de sortir dans la rue comme elles veulent.


Je plaisante réellement à moitié en disant ici que le doute n’appartiendra plus qu’à des mort-vivants, des zombies, des corps et des esprits extraits de la vie sociétale, de la vie tout court, il semble, tant celle en ce moment ne les admet plus de son seul règne. Il y a un très très très grand nombre, aujourd’hui, de protestataires, et d’autant avec les réseaux, tous ont leur idée pour se sortir de quelque chose qu’ils ne parviennent pas à définir pour autant, ça sera le capitalisme, ça sera la destruction de la planète, ça sera le macronisme, ça sera le trumpisme, et ci et ça. Braqués sur leur pré carré qui peut bien être le plus sain, ils ont, et l’ignorent aussi, la même manière totalitaire de penser que la pensée autorisée.
Le coronavirus ne fait rien, c’est un virus, il n’a ni cerveau, ni système nerveux, mais son traitement donne l’occasion d’écouter un peu mieux quelconque parole qu’on pensait tellement l’adversaire de l’institution et des « élites » en général : où se situe-t-elle ? Quel vocabulaire utilise-t-elle ? Quelle idée, finalement, suit-elle ? Va-t-elle survivre ? Existait-elle sous cette forme avant le virus et la « guerre » ? Que garde-t-elle du virus pour se maintenir en vie ? Quel est son ton ? Quelle zone de doute prétend-elle administrer ? De combien de couches simultanées et distinguables si besoin est faite cette zone de doute et en combien de temps peut-elle se former ? S’il fallait la déployer, ça prendrait combien de temps : 5 minutes, 20 minutes, 2 heures, 6 heures, une semaine, deux mois, 20 ans ? Quelles sont les compétences, les expériences, les connaissances liées à cette zone de doute ? Quels sont ses avocats et ses procureurs et ses juges qui bataillent avec fulgurance en elle chaque seconde ? Quel âge a celui qui prend la parole ou écrit ? Son doute est absolu ou intellectuel, ou de cœur ou physique ? Peut-il l’évaluer en toute conscience ?

L’incroyable charge de sentences néomoralisatrices que la société est en train d’absorber en ce moment, de toute sa surface, toute, avec une égalité parfaite, est en train de l’immuniser totalitairement au doute absolu. On a dépassé l’adverbe « totalement » et le doute purement intellectuel aussi. La société est à présent prête à tout entendre sans preuve et de la part de tout le monde. Mais évidemment, les mieux placés seront les plus entendus.
On pourrait croire, dans une société, que c’est le corps qui lâche en premier et ensuite la tête, comme meurent les vieux, avec toute leur tête, mais dépendants sinon. Pour une société, il semblerait que ce soit l’inverse. Ce n’est pas la peur irrationnelle quelque part du coronavirus qui l’a démontré, le « je ne veux pas mourir » est bien trop vague, c’est quand la société n’a pas bougé à voir une partie d’elle la tête en sang, énuclée et des mains en moins. Quand les Gilets Jaunes sont devenus des morceaux de viande, la société démontrait que son corps ne lui appartenait plus, et que, depuis longtemps, ses idées non plus, sa parole n’était plus libre. Elle n’a pas mesuré alors ce qu’elle risquait à ce jeu et personne ne lui a fait la liste. Mais elle va le découvrir. Et elle n’aura même pas l’idée de s’en révolter. D’où le doute des morts-vivants. Ceux qui savent, qui doivent se révolter pour elle.

Il faut quand même que je dise un mot sur la noix de coco.
Il paraît que les Monty Python avaient quand même prévu d’avoir des chevaux pour leur film (Monty Python and the Holy Grail), et finalement non, faute de budget ou pas, donc le coup de la noix de coco simulant les sabots a été intégré dans le film et histoire de porter le ridicule au plus haut : tout un dialogue est dédié à la noix de coco. Quand on entend des sabots, on peut penser noix de coco et sourire rien qu’à repenser à cette scène au pied d’une muraille.
Je peux vous affirmer qu’aujourd’hui, quand on entend des sabots : c’est une noix de coco. Il n’y a pas de cheval de toute façon, il a été donné, il est en Chine, il n’y a pas de zèbre parce que le noir et blanc c’est drôlement plus compliqué et il y a un risque que l’Histoire s’en souvienne, mais il n’y a pas de mule et pas d’âne contrairement à ce qu’on pourrait croire. C’est une noix de coco. Et si vous avez l’impression que c’est un troupeau qui galope, c’est parce que toute la société a reçu sa noix de coco et à son balcon, tous les soirs, en ce moment, tape entre elles ses deux moitiés vides, persuadée d’être une bonne, juste, vraie société, la meilleure société, que les médias et la drôle de gauche font de même partout, tout le temps, sans parler du gouvernement et que ces derniers encouragent la société à continuer, pour qu’ils continuent. C’est assourdissant.
Ce délire-là n’est pas vain : pour dénoncer un espace totalitaire, il ne s’agit plus de persuader la société qu’il n’y a pas de cheval mais un zèbre malgré tout ce qu’elle a entendu. Il faut lui démontrer qu’il n’y a jamais eu de cheval, mais deux moitiés de noix de coco : il faut de l’outrance logique, et ne pas lâcher.
Sinon, ce sera les canons, sous une forme ou une autre.

À demain ?





MERCREDI 25 MARS 2020


[Présentation sur YouTube]
📍Chers Abonnés 🖤  ​​​​​​​
Ohlala, la fin de journée, côté médias, je ne vous dis même pas. …C’est …C’est …J’ai plus les mots.
Allez, la suite demain ! Demain, le sujet c’est Dieu ! C’est pas rien, ça. Enfin, c’est moins que le coronavirus, c’est sûr, mais il est tellement pris, en ce moment, alors, on fait avec ce qui reste.
 
Claire

CORONA PROPAGANDA | LA NÉOMORALE ET MOI. 9/X

Le journal Le Monde vient de titrer, (pas tout à fait dit comme ça mais bon) que les putes sont bientôt dans une merde noire parce que les mecs préfèrent leur vie à une pipe, ce que toute femme mariée sait et déplore, d’ailleurs, depuis des siècles. Toutes mes pensées vont aux féministes, ces héroïnes qui mènent un combat quotidien, et pour lesquelles un mythe s’effondre, à cause du virus.*

Dans mon article du 17 mars, j’en parlais, tiens, déjà, des prostituées, mais j’espérais quand même, avec une naïveté à pleurer, que ce serait elles qui refuseraient d’aller prendre des risques en plus. …Hé ben non ! Raté ! Ce que c’est d’avoir foi en la nature humaine, quand même. Bon, après, j’avais précisé « encore plus stupides que d’habitude », donc quand même je ne plaçais pas ma pitié très haut, non plus.

On a un souci pour compter les morts des EHPADs, rien ne dit qu’ils soient morts cette année. Il faudrait attendre le prochain comptage annuel. Mais ça va être avancé parce que c’est important d’intégrer leur nombre aux chiffres des morts du Covid-19 ; sinon, ça va finir par ne pas faire assez de morts, pour la suite. Les gens pourraient trouver que ça ne justifiait pas. L’État sait que tant que personne ne va penser qu’un très vieux serait mort de sa mort, parce que, malheureusement, ça peut arriver, trafiquer les chiffres passera inaperçu. Donc, on fait du battage au cadavre et les critères pour participer sont assez larges ; l’essentiel, c’est être mort sur la période concernée. La commission nommée par le gouvernement a livré un rapport très précis :
C’est un peu compliqué de compter, comme les résidents bougent tout le temps et courent partout mais il y a une technique, on les rassemble au bâton et ensuite on les fait passer dans un salon où ils ne peuvent aller qu’un par un, et là, on les compte. L’ouverture est aux normes pour les fauteuils, tout a été vérifié, il y a tous les papiers pour le garantir, des assurances, de l’association des handicapés, de la gendarmerie, de la Ville, de la Région, tout ça. Quand il y en manque un, pour savoir lequel, il faut convoquer toutes les familles pour qu’elles retrouvent le leur, comme ils se ressemblent un peu tous, il n’y a qu’elles qui savent. Et encore, des fois, non. Et certaines familles ne viennent jamais. D’autres affirment qu’elles seraient bien incapables de reconnaître leur père. Et il ne faut pas compter vraiment sur la mémoire des résidents. Et faire attention, parce que certains, par malice, s’échangent leurs familles. Une fois qu’on peut savoir qui n’a pas trouvé son ancêtre, c’est vrai : c’est toujours un peu la panique, mais en général on finit par en trouver un séché quelque part ou plié avec les draps du lit à la blanchisserie, et ce n’est pas rare que ce soit le bon. À force, on sait où chercher d’abord.
C’est un peu comme au zoo d’Amnéville, l’année dernière, qui avait perdu son cadavre d’ours blanc, Olaf, parce qu’ils l’avaient tronçonné en morceaux pour le refourguer par bouts à la déchetterie. Mais la déchetterie l’a retrouvé pour eux et leur a renvoyé. Tout s’arrange. Depuis, le zoo communique à mort sur les 3 tigres blancs qui sont nés. « Rare naissance ». Trop mignons. On sait comment ils finiront.

Il faut quand même reconnaître à Macron (qui d’après l’Élysée, en ce moment, joue le rôle de Clemenceau dans un grand spectacle son et lumière) un coup de lucidité visionnaire assez impressionnant, quand il a défendu Pétain qui ne savait pas, à ce moment-là, en 14-18, qui il allait devenir en 39-45. Vraiment : tenter de pré-retourner sa propre histoire, fantasmée à mort, comme ça, pour se garantir d’être absous et qu’on n’oublie pas qu’on aura été un grand général dans les années 20 avant d’être une larve vendue dans les années 40 ? C’est du génie, ça.

Les écuries sont des lieux publics, donc fermés. L’État pense que les chevaux, c’est comme les motos, on les rentre au box, on coupe le contact et voilà. Macron pense ça. Ainsi, comme un petit garçon pour avoir un câlin, il a donné Vésuve de Brekka, un soldat cheval, au président chinois. Il aurait donné une poterie bretonne ou les plans du Rafale, c’était pareil. Les chevaux sont des cylindrées, avec un gros bidon des fois, et les poneys, des trottinettes avec un gros bidon toujours : ils ne mangent pas, ils ne boivent pas, ils ne font pas leur crottin, ils ne risquent pas de se blesser seuls au box, paniquer, s’attrister jusqu’à en mourir en un nombre record de jours, s’abîmer les pieds trempant dans l’acidité dans la litière et risquer aussi d’en mourir, ou faire une colique et mourir atrocement. Ou pouliner sans surveillance. Les motos n’ont ni besoin de plusieurs rations par jour, ni d’un exercice quotidien réfléchi sur un programme long pour rester en vie et promettre en continu un bon état crucial pour le mental, la digestion, le squelette. Un cheval, c’est comme une moto, une mécanique de précision, on bichonne sa moto en oubliant que le terme vient du monde équin. Pour que Macron comprenne : la différence entre une moto et un cheval, c’est vraiment assez simple, l’un n’a pas besoin d’essence ; la différence entre un poney et une trottinette, c’est que l’une en le voyant n’aura pas envie de lui retourner un coup de dent avant de se retourner pour ruer.

Personne ne parle d’autopsie. Ça doit être pour choquer personne, surtout les familles. Mais on ne regarde que ça, à la télé, dans les séries. Personne ne sera choqué, allez-y, qu’on en finisse, va. Si vous voulez, même, les familles peuvent la faire elle-même, ou leur ado qui voit pire, bien pire, sur son portable dès le petit-déjeuner. Depuis le temps, lui, il est légiste à 13 ans, et proxénète, aussi. C’est pas super difficile, non plus : il faut une musique un peu grave, après, on fait une ouverture en Y, là, ensuite le président vient pleurer pour qu’on lui assure que c’est une mort à cause du Covid-19 et là, y a le choix : soit c’est une bombe sexuelle qui est en train de faire l’autopsie et les images ralentissent pour bien montrer sa concentration et son respect pour la mort qu’elle a connu vivante, soit c’est la légiste désabusée qui jette les boyaux dans une balance et qui prend sa pause déjeuner en laissant tout ouvert sur la table et le président scandalisé qui devra attendre, alors que nous sommes en guerre.
4 semaines en plus de confinement, c’est pour savoir s’il y aura plus de morts impossibles à compter à cause du confinement même que de morts qui seront vraiment morts du Covid-19. Parce ce que ça ne changera rien aux chiffres, vu qu’on ne le saura pas. Ça ne servira à rien du tout, de témoigner, dans un blog, comme quoi, truc ou bidule est finalement mort aussi de défaillances multiples de ses organes suite au coronavirus, par exemple battu à mort ou jeté d’un balcon, ou mort de malnutrition. Ça ne compte pas si tu ne meurs pas couché dans un hosto, pour commencer, avec un masque Décathlon sur la tête, branché par un tuyau d’arrosage imprimé en 3D à je ne sais pas quoi, une bonbonne de plongée, aussi, je suppose. Ben, d’ailleurs, tiens, c’est une bonne question, ça, est-ce que les bonbonnes sont fournies où les plongeurs doivent apporter les leurs ?

Est-ce que j’en ai quoi que ce soit à foutre, la nuit, en regardant la grande ourse et en dansant en fumant une clope avec Way Down We Go à fond dans les oreilles, de tout ce que je viens de lire de tous les journaux français et du réseau Medium ? Non. Rien. Rien à foutre du tout. J’ai une liste de gens qui j’espère crèveront et mal, mal, et je rêve d’être à côté d’eux à ce moment-là pour leur sourire. Ça ne les fera pas mourir, de toute façon, c’est gratuit ! Si je rate ce moment-là, aller rire devant leur tombe ou un truc lyophilisé, je le ferai juste pour dire que. C’est tout l’avantage d’être en vie, encore.

Je parlerai sans prendre de gants et sans masque : c’est ce que disent tous les politiques depuis des siècles. Putain, comme ils doivent se mordre les doigts, là, d’avoir dit des horreurs pareilles ! Sans le moindre patriotisme ! Mettant en danger toute la Nation ! Ça va faire bizarre quand ils diront : je parlerai en mettant des gants et en portant un masque. Ils ne vont plus savoir s’ils mentent encore ou pas. Les gens ne vont plus savoir s’ils mentent ou pas, alors qu’il est établi que plus ils disent n’importe quoi, plus les gens les croient. Ils ont bien cru que nous étions en guerre. Qu’est-ce que ça va être quand nous n’y serons pas ! Ça va être horrible. Des soulèvements, partout. Des pillages, des meurtres, dans les hôpitaux, peut-être, même. Du cannibalisme quand il n’y aura plus rien à manger. La victoire et la paix ? Mais je n’ose même pas y penser. Affreux. Affreux. Ohlala. Que vont devenir les putes, quelqu’un y pense ? Ah oui, Le Monde.

« Nul ne peut échapper au confinement. » a dit un économiste. Puisque la société est enfermée, on va faire sortir les prisonniers, qu’ils prennent l’air, un peu. Une étude très poussée montre que le gouvernement prendrait par contre un grand risque en ouvrant aussi les asiles. En effet, autant il n’y aura que peu de différence entre des rues peuplées de taulards et des rues envahies le plus normalement par la société : tous croient que nous sommes en guerre, mais les cinglés, eux, savent que nous avons seulement Macron pour président.
À Marseille, les fadas vont voir des drones dans le ciel, qui parlent marseillais, avec l’accent, pour bien se faire comprendre des autochtones ; ça ne va pas améliorer l’état de ceux qui ont été taupés en train de tapisser leur chambre de papier aluminium. Un drone peut monter très haut et dire au neuvième étage d’une tour : restez chez vous, il peut aussi descendre très bas, au ras d’un banc et dire à un clodo : rentre chez toi. Ils sont drivés par les enfants des gendarmes qui ont leur diplôme en Call of Duty : Advanced Warfare parce que celui de Mario Kart de leur père est un peu périmé. Ils seront récompensés par la Nation reconnaissante, Macron les recevra à l’Élysée tout spécialement quand tout sera rentré dans l’ordre et sorti de chez soi. Dans cet espace-temps, par diplomatie, il sera demandé de ne pas évoquer le problème de l’obésité chez l’enfant, et pas un mot sur l’épilepsie ou l’éthique, merci.
L’État assure qu’il y a autant de drones masculins que féminins qui représentent son pouvoir sur le vide des villes. Bientôt, les campagnes auront aussi droit à cette technologie, un drone pour tous sera dans les futures promesses présidentielles, après la fibre. 

Trump veut que cette connerie soit bouclée finie on n’en parle plus on relance l’économie dare-dare d’ici Pâques, up, up, up, c’est pas que comme ça il aura encore une fois dans sa poche les extrêmes des Chrétiens, avec la Résurrection, c’est qu’il veut aller chercher des œufs dans les jardins de sa maison blanche et surtout, par pitié, pouvoir retourner dans son golf. Il faut imaginer qu’un mec comme ça qui passe une journée sur quatre dans un de ses golfs, si on l’oblige à sonner le confinement, il peut faire des gros dégâts. Des vrais, cette fois, pire, pire, que ceux précédents, encore. Donc, non, la crucifixion, la mise au tombeau, et le Lapin sont prévus, personne ne décommande. Et de toute façon, c’est le délai pour que le Chine assure les stocks de redémarrage, donc après, y aura plus à faire semblant qu’on aime à ce point les gens, surtout que les seuls qui claquent ne travaillent plus depuis longtemps, et n’ont pas de sécu, Wall Street le sait bien.

(Là, j’ai appris trop tard que le Prince Charles était atteint ! Je laisse le paragraphe.)
Est-ce que la reine a été testée ? …Celle d’Angleterre. Pourquoi, t’en connais une autre ? Non, mais, parce qu’elle a l’âge de mourir. Elle pourrait, elle, l’avoir, le virus. Bon, après, son fils aussi, il a l’âge, même s’il fait plus. Je dis ça d’après les statistiques. Ce n’est pas facile non plus de les interpréter vu qu’elles rangent un peu bizarrement dans la même catégorie les 15-44 ans et les 45-64 ans. …Et les 65-74 ans. Après, il y a les et +. Vous avez quel âge ? Et+, et vous ? Si on veut savoir pourquoi ces tranches d’âges là : il faut s’inscrire et payer. Moi, je veux bien payer pour pas être avec les Ok-Boomers. C’est l’enterrement de première classe, ça, non merci.

En Chine, un médecin n’aurait pas foutu la merde à dénoncer une expérience du gouvernement censée être un peu discrète quoi, personne n’aurait rien su. Le parti a dû assurer un max de transparence et bien calibrer ses filtres pour faire croire au monde qu’il gérait à mort. C’est sûr que les Chinois qui se sont donné un mal pas possible pour monter leur cirque, quand ils ont vu que l’Europe se cassait la gueule, d’après les médias, ils ont dû s’en vouloir d’en avoir fait trop. Mais ils pensent, du coup, avec notre histoire qu’on est en guerre, que tout le monde va oublier que dans les cours des hôpitaux qui n’ont jamais existé, pour guérir les patients, on les faisait danser tous en rythme sur de la musique, avec la chorégraphie montrée par des médecins en combinaison intégrale, ou qu’il y avait des queues devant les coiffeurs pour aller se faire raser la tête car le virus s’accrochait dans les cheveux, il paraît.

On a enfin le nombre de caméras décédées malgré toutes les précautions des journalistes à ne parler devant elles qu’avec un masque, la nuit dans une rue vide : 59874. 2501247 sont dans un état grave. Autant parler cette fois d’hécatombe, parce qu’explosion galopante déferlante, ça ne suffit plus. Tsunami, elle avait dit, la ministre avant de partir pleurer ou en pleurant, enfin, abattue, c’est sûr. Ça, aussi, un coup dur pour les féministes, persuadées qu’elles étaient que les femmes avaient des couilles. Enfin, le gouvernement a pris une décision ferme : obligation pour les caméras de porter un masque jusqu’à nouvel ordre. Les chaînes ont assuré que ça ne changerait rien à d’habitude : les gens sont habitués aux images pourries et à ne rien comprendre de ce qu’ils voient. Aucun souci, hors de question de plus de pertes au front, et une caméra mal soignée ne peut plus se battre, Macron l’avait compris aussi, bien avant Pétain.

C’est pas que les Français s’ennuient, c’est qu’ils ne savent plus quoi faire entre matraquer leur gosse pour que ça rentre, la conjugaison et le théorème de truc, faire la planche au moins 20 secondes sans que le ventre touche donc pour certains, il faut qu’il fasse le pont, et le coronapéro, comme disent les journaux, soit picoler à mort devant son écran, pas forcément en se branlant à la virtuelle mais avec des copains en skype. C’est hyper convivial. Ils font des chouettes tablées, les cuites sont mémorables ; le lendemain matin, t’as le Q collé au front, la touche du clavier. Avant ça s’appelait « la tête dans le cul ». Mais il faut bien s’adapter. À la guerre comme à la guerre.

« Demeure » qu’il a écrit, un p’tit philosophe de droite, l’année dernière. L’avenir de la pensée et de la politique …ou pas, qu’il disait, parce qu’il était quand même bien de sa génération qui change de passion et d’intérêt toutes les trois semaines et fait tout comme ça lui pète jusqu’à ce que ça ne lui pète plus. C’était pas compliqué, son livre, c’était pour dire que la maison, c’était les fondations et qu’il fallait cultiver son jardin à l’intérieur, en gros. Il ne croyait sûrement pas si bien dire. Il paraît qu’il remplissait les théâtres et on venait l’écouter, sa philo pour ceux qui venaient juste de lâcher leur Caroline a ses règles, Allô maman j’suis bobo, Sorbonne Verte et leur Figaro. Et là, le rêve : toute la société à demeure. Alors, ça peut se comprendre, dans une société qui part en sucette, de dire aux gens que se serait mieux s’ils se posaient deux secondes chez eux et construisent leur nid, car c’est ainsi qu’on peut ouvrir le mieux ses portes pour accueillir quelqu’un et notamment l’étranger, quand on est bien chez soi, blablablablablabla bââââââââiiillllemmmmment, …pardon, mais on a l’air un peu con quand les gens chez eux vont virer aux tueurs en série en pensée, qu’ils vont se mettre à ne même plus pouvoir voir leur télé en peinture, et rouler des regards de bouledogue à leur porte comme si Macron ne comprenait pas qu’il faut qu’ils aillent pisser. Toute la société qui attend devant sa porte la laisse dans la gueule et piétinant des hanches, faut bien voir un truc : un étranger qui rentre, là, il se fait bouffer. Les gens à demeure, ce qu’ils veulent, c’est sortir. Le prochain qui leur dit de rentrer chez eux, il est mort, quoi, presque, bientôt.

La drôle de gauche, elle gueule quand on crève les yeux et quand on arrache les mains, mais pas un mot quand on sectionne une démonstration, qu’on décapite la logique, qu’on éviscère les chiffres, qu’on les remplit de flotte jusqu’à ce qu’ils parlent. La drôle de gauche, elle en a rien à carrer de la santé mentale des gens, elle a pris gaiement le virage de l’invective, il y a un moment. Elle ne reconnaît que la torture dont elle ne se sert pas.

Les Pays-Bas demandent à ceux qui pensent que quelqu’un a chopé le virus et ne veut pas le dire de le dénoncer. Si on fait ça en France, avec l’habitude qu’elle a eue de collaborer, c’est la guerre civile assurée, donc c’est en projet dans le gouvernement qui sait bien que le gosse va vite tourner en rond et se lasser à nouveau de son jouet. Il est comme tous ceux de son âge, jusqu’à 6, 7 ans et qu’ils savent lire, il faut enchaîner les activités à un rythme de dingue et comme personne ne lui a appris que quand on avait fini avec un jeu il fallait recompter les pièces et bien le ranger, l’Élysée, Matignon, le Parlement, c’est bordel pas possible, tout est ouvert, toutes les cartes sont mélangées, toutes les règles sont inter-changées, on ne retrouve plus les couvercles des boîtes de Pandore, et évidemment, il y a des pièces qui manquent. Ça va se finit comme à chaque fois, on sort le 49-3 et on fout tout à la poubelle en se disant qu’on rachètera plus tard.

Une dame, sur Twitter, remercie ses followers de prendre de ses nouvelles, parce qu’elle aurait le virus. Tout ce qu’elle dit c’est beaucoup de mercis et qu’elle souhaite à tout le monde de pas avoir cette « merde de virus » parce que c’est vraiment « de la merde ». C’est étonnant, tous ces gens malades qui ne parviennent pas à dire ce qu’ils ont. Quand l’État communique en « Alerte virus », c’est difficile aussi de suivre parce que la fièvre est un symptôme mais ensuite, elle disparaît. Et il n’y a quand même pas tant que ça de gens qui lisent le langage des signes pour vérifier la traduction, finalement. C’est curieux, cet État qui ne parle pas français et qui sous-titre avec des signes. Du coup, tout le monde prend des cours de langage des signes sur YouTube, d’ailleurs, pour suivre un peu mieux et ne pas rester dans le flou. Parce que, c’est ça qui est dur, c’est ne pas savoir, finalement, tu vois. T’es là, et tu te dis, je l’ai, je l’ai pas ? Sur les sites de docteur à monter soi-même, ils disent que tu perds le goût, mais alors, là, si tu comptes tous les Français qui n’ont aucun goût, je ne te dis pas, c’est de l’ordre de… 73 millions, par là, dont le président et la présidente.

Au début, les chiens et les chats étaient plutôt contents de voir leurs maîtres tout le temps. C’était la fête. On faisait plus couiner les jouets, on agitait un tas de plume à rattraper et chasser, y avait plein de caresses en plus, et des grandes conversations sur le pourquoi, le comment, l’être et l’avoir, le dedans, le dehors, le relativisme social, les souvenirs de guerre et des prières devant le portrait de Clemacron. Enfin, c’était chouette. Les chiens avaient appris avant chaque sortie à presser leurs coussinets dans un tampon encreur et signer l’attestation. Mais ensuite, les maîtres sont devenus très bizarres, ils ont commencé à gronder pour rien et contre tout. Ils étaient connus pour gronder contre la lumière restée allumée pour rien, où la poubelle pas descendue, où le café que personne n’avait racheté, le rouleau de papier-toilette pas changé, la cuvette des toilettes pas baissée, les cheveux dans la douche, la chambre pas rangée, mais ça s’est étendu et à n’importe quoi. Ils ont commencé à gronder contre des voisins de l’autre côté de la rue à 30 numéros de là, et contre le cabot à 30 numéros de l’autre côté, et contre la porte du frigo qui rebondissait au lieu de se fermer, la poignée de porte restée dans leur main, la fenêtre qui s’ouvrait mal. C’était ça, en premier lieu, tous les systèmes de fermeture les stressaient beaucoup, les maîtres. En deuxième lieu, ça a été les murs. Ils pressaient sur les murs, pour les repousser. Certains en ont abattu, sans prévenir personne, même pas le voisin qui partageait le mur. En troisième lieu, ils ont beaucoup regardé leurs pieds, comme s’ils n’étaient pas à leur place. Ils ont essayé de marcher sur les mains, ou de tenir en poirier, contre le mur. Après, ça a été leurs yeux, ils se sont vidés, à force de voir et d’entendre du vide. Et la tête, de même, et c’est là que sont apparus les premiers signes de la rage. Ils se sont mis à baver beaucoup, beaucoup, beaucoup, sans cesser de gronder. Ils avaient oublié comme on parlait, alors ils ne faisaient plus que gronder très fort et soudain, ils ont aboyé, tous, comme des fous, comme des enragés. On a fui avec les autres cabots et même les greffiers et les poissons rouges, un boa et un gecko léopard. Ils faisaient trop peur, on ne les reconnaissait plus, ce n’était plus eux.

Les gens se sont rendu compte de la connerie de ce que leur gamin regardait pour qu’ils aient la paix de 6 heures jusqu’à partir à l’école et de 17 heures jusqu’au coucher. Des trucs colorés qui hurlent en continu dans des scénarios plus débiles tu meurs. Ils ont aussi eu l’occasion de voir ce que leurs ados regardaient et il y a des trucs, même adultes, ils ne l’avaient jamais vu faire, ils pensaient qu’il y avait des lois, quelque part, contre ça. Les gens ont découvert l’insécurité absolue depuis chez eux et ont mesuré que la chambre de leurs enfants était d’énormes décharges des monstruosités les plus écœurantes, du monde entier. « Bonne nuit », disaient-ils un peu sans y penser, en fermant la porte, sans savoir que 15 viols et autant de joyeuses pénétrations format 30 par 10, tout matériaux, allaient envahir l’espace, plus des litres de sang et la peine de mort sous toutes ses formes après un peu de torture. C’est moche, le virus, il tue, dehors. On est mieux à l’abri chez soi, pour sauver des gens, c’est la moindre des choses.

Si vous allez demander à votre voisin du sucre ou des œufs, demandez si le sucre est fairtrade et si personne n’a buté la poule qui a fourni ses œufs après ses 18 mois. Vous verrez, il saura tout de suite que vous êtes quelqu’un de bien et qu’il n’y a pas besoin d’essayer de vous passer l’œuf par le judas ou le sucre sous la porte. Dans les magasins bio, personne ne porte de masque, les restaus vegans sont ouverts bien sûr. On a même pu noter que les agriculteurs ne se suicidaient plus alors qu’ils le faisaient une fois par jour avant, d’après les titres, pour la simple raison qu’ils n’ont plus de saisonniers, ils font donc tout seuls, et se paie le salaire de 300 personnes. Un salaire de misère, x300, mon gars, c’est pas la même chose. Il n’y aura pas de fraises, cette année, parce qu’il n’y aura pas d’Africains au black pour les ramasser. Et maintenant que certains savent qu’elles étaient ramassées par des Africains, ils ne vont plus vouloir en manger. Il y a un tas de produits, avant le coronavirus, on ne faisait pas attention d’où il venait et de qui les touchait. Une dame, une fois, dans une grande surface, avait dit à son mari au rayon des chaussons que jamais elle mettrait les pieds dans un truc fait en Chine. Les gens ne se rendent pas compte que de toute façon, même s’ils ne veulent pas, c’est de l’économie intrusive, et ça va très loin, jusque dans les poumons. Tous les militants activistes sont d’ailleurs d’accord sur le sujet, c’est parfaitement possible de produire un virus 100% français, il faut arrêter de tout importer. Il sera mieux fait, évidemment, tout un savoir-faire autre, aux normes, le transport plus court polluera moins, il nourrira des familles françaises et relancera l’activité locale, le commerce de proximité et les petits jardins à partager. Il faut protéger l’artisanat et la recherche française. C’est primordial pour une nouvelle économie. L’économie est à repenser. Aucun défi n’est impossible à mener, il l’a dit, le président. Nous sommes en guerre. …J’en étais où ? Ah, oui, le sucre, juste 80 g. Vous n’auriez pas juste un peu de lait, aussi ? Allégé ? …La vache traite à la main dans le respect de la tradition ?

Le journal Le Monde se demande aujourd’hui « Comment lire, comment entreprendre, imaginer, réfléchir, la boule au ventre ? » C’est très simple, dans le sens de lecture, de gauche à droite à moins que ça ne soit écrit en arabe ou en hébreu, et de bas en haut. Il faut d’abord y aller doucement, pour ne pas que la boule fuie aussi sec et se réfugie dans la gorge ou roule sous le sofa en se disant « Non, mais qu’est-ce qu’il me veut lui ? » et avoir l’air très naturel, sourire, c’est essentiel, et, par exemple, parler du coronavirus et des soignants, ces héros au front, ou de la guerre, ce sont des sujets qui marchent bien, accrocheurs sans peine et qui sont assez consensuels ; ensuite, dès que le contact est établi, c’est facile. Si vous êtes infirmiers, montrer tout de suite l’amputation, la gueule cassée, et ce sera dans la poche. Il faut imaginer quelque chose de plutôt rond mais ne pas se faire avoir non plus par le mot de « boule », il faut garder l’esprit très ouvert et ne pas hésiter à faire preuve de créativité et d’audace, et aller sans avoir peur jusqu’à voir un cube. N’hésitez pas à ajouter beaucoup de couleurs, sachez que c’est avant tout votre liberté qui s’exprime. Pour réfléchir, sans miroir, ça peut être compliqué, on peut essayer avec du métal mais il faut qu’il soit bien lisse et plan, sinon la déformation est très grande. (…Je ne sais pas à quel point, parfois, je ne regrette pas l’article de Libération qui avait enquêté pour savoir pourquoi l’article sur les bains de soleil de l’anus » avait été retiré de je ne sais où. Si encore, là, je rigolais, mais même pas. Véridique.)

Quelqu’un a pensé au personnel soignant, je veux dire, les journalistes de magazines féminins ? Toute l’année, elles bassinent sur le cocooning, elles qui ne sont jamais chez elles et qui pour rien au monde ne voudraient y être, et là, en deux numéros, plus rien à dire. Parce que c’est ça, le principe des magazines féminins, c’est parler de trucs qui n’arriveront jamais, comme l’orgasme féminin, ou d’un temps pour ses pieds, ou de comment se faire retirer la ride du lion avec un mélange de betterave ou de chou kale ou de comment on portera sa jupe Dior, l’été prochain, en croisière privée, avec ou sans les escarpins bicolores en rupture de stock de Chanel. En général, ces magazines parlent de la félicité d’être chez soi pour que tout soit en mohair et sente bon le thé vert dans un soleil tendre au fond de coussins moelleux, ses cheveux blonds bien lissés, la peau nickelle et épilée au micron. …Mais là ? Toutes les bonnes femmes sont chez elles, à loucher sur leur mochissime et pointu hallux valgus, leur pif gras, et leur garde-robe de chez grande surface, sans compter la bordure de cellulite au-dessus de la culotte en gros coton. L’horreur du réalisme est infranchissable, le rêve ne tient que si on rêve seulement d’être chez soi. …J’y pense, Madame qui allait toutes les semaines chez sa coiffeuse et qui va ouvrir d’une main tremblante, soutenue par son mari, là jusqu’au dernier moment, une coloration du Monoprix, sans ammoniaque. Oh merde.

14-18, c’était de la gnognotte.

Tout le monde pense que c’est facile, d’être journaliste. Ils ont bien raison. Ce qui est dur, c’est d’être un sujet. Et on voit comme ça marche, sans réseau, sans connaissances, sans piston, tu peux toujours crever, tu seras pas sujet. D’un autre côté, en ce moment, on note une tendance, tout de même, à condition que tu sois dans le thème, ou que tu ne t’en éloignes pas trop, c’est-à-dire ne fais pas comme les mecs de la CGT qui en sont à trouver scandaleux l’attitude gouverneur du Texas, quoi, disons que tu peux avoir un créneau tellement les journalistes ne savent plus quoi dire. C’est assez souvent, mais là, bientôt ça va être terrible. Ils comptent fortement sur la capacité des gens à totalement oublier que ça fait 62 fois en trois jours qu’ils voient les mêmes images de caissières avec des masques de soudeurs. Donc, si en tant que sujet, tu as un lien avec le coronavirus, tu as une chance de commencer à intéresser le 20h. …C’est vrai qu’il y a peu de choses aujourd’hui qui n’ont pas un lien. Écoute, prends la file d’attente, reste bien à un mètre du sujet devant toi.


Ce genre d’article, je l’écris pour reprendre de l’envie et du souffle, sinon il faudra rajouter folie comme symptôme aux dommages dont le virus est totalement innocent, et terreur, aussi. Le monde est en train de s’étouffer de sa bêtise, il se brise les mains à applaudir, il est niais et dangereux de niaiserie. Il devrait faire peur. La société devrait avoir peur d’elle, en ce moment, de ce qu’elle parvient à devenir, à penser, à un simple ordre, à quelques mots. Elle suit, elle moralise, elle est morale, tout entière, les leçons pleuvent et si je sors faire deux courses, je traverse, qui m’évite, un vide errant aux visages sinistres.

Sinistre. Malsaine. Niaise. Et haïssable. La société, chaque jour un peu plus, tire sur la corde de la pitié et de l’empathie, de la patience qu’on peut lui accorder. Elle devient irrespirable, même chez elle, même invisible. Ce qu’elle laisse être visible d’elle ne peut pas être elle, pas à ce point, sinon, ce serait bientôt à conclure que c’est irréversible. Elle aime sa néomorale ? Qu’elle en crève. Mais sans moi. C’est la guerre ? Je déserte. Viens me chercher pour me fusiller, essaie.

À demain ?




JEUDI 26 MARS 2020


[Présentation sur YouTube]
📍Chers Abonnés 🖤 
Je viens de lire sur Twitter, journal des Échos : « La Chine, inquiétée par l’épidémie du Covid-19 a décidé de restreindre ses frontières aux étrangers. » 🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣
Allez, la suite demain !
 
Claire

CORONA PROPAGANDA | ET DIEU (1/2). 10/X

La question de Dieu, pas d’un axe religieux mais intellectuel, dès lors qu’on estime que le « monde entier » est concerné par un « fléau », n’est pourtant pas posée. La raison est simple : Dieu fait partie des « causes » et personne ne veut penser autrement qu’en « conséquences », avec infantilité et une maltraitance de l’Histoire qui, elle, a des conséquences plus dramatiques que le coronavirus.*

Cet article est dépendant de sa suite CORONA PROPAGANDA | ET DIEU (2/2). 11/X

(Note : je n’ai jamais eu tant la sensation, avec cette série CORONA PROPAGANDA d’être à moi toute seule la bande de scénaristes et toute l’équipe du film, acteurs compris, de l’eeeeexcellentissime série The Leftovers. Et parfois des mêmes de The Walking Dead. Mais j’en reste quand même à Brazil, et je finirai folle, c’est certain, si rien ne se passe, puisque je ne pourrai pas abandonner… Attendez, c’est fou, ça, ça me rappelle exactement le théorème du roman Esinev de Soland Kellyer, dans Blanc. …Attendez, je suis l’auteur de Blanc ! …Ah, donc, je suis dans ma ligne. ………………Ouf. C’est bon, je vais résister encore un peu, alors, puisque Blanc est sorti en 2004, j’ai l’habitude. D’ailleurs, évidemment que je ferai un épisode spécial Blanc, dans cette série.)

On trouve des articles « penser le coronavirus en Chrétien », et le village de Saint Corona en Autriche réfléchit à changer de nom. En Allemagne, les reliques de Sainte Corona, martyre, sont briquées, au cas où, par erreur mystique, la petite sainte presqu’inconnue doive reprendre du service et que les pèlerins affluent. [« La vie de sainte Corona a été remplie de souffrances. A 16 ans, elle assiste à la mort de son mari Victor à cause de sa foi. Elle aurait été attachée entre deux palmiers avant d’être, à son tour, exécutée en 175 après J.-C en Syrie ou en Égypte. Sainte Corona est réputée pour être la gardienne de trésors cachés. Elle est généralement sollicitée pour des problèmes d’argent par des investisseurs, des joueurs ou des chasseurs de trésors. Elle est la maîtresse des mauvais esprits et elle est aussi une des patronnes de la boucherie. On raconte, également, que son intercession aiderait à soulager les rages de dents ». (source maRTS, 17 mars 2020)]

Pour les catholiques, les musulmans, les juifs : pas de réelles études qui dépassent celles d’office ; tout « dieu », selon les religions, respecte la vie ; croire en elle par lui est l’évidence ; la prière a un pouvoir dans toutes les fois. L’invariable du divin a sa réponse éternelle. Ce qu’on peut en dire c’est qu’elle est hautement plus rassurante et apaisée que quelconque discours de quelconque élite, mais on sent qu’elle refuse de participer de trop près à la tendance et n’en profite pas du tout pour ameuter les fidèles. La précaution demandée dans les lieux de culte est évidente alors qu’elle contrarie un peu ce dont certaines sectes usent avec une folie archaïque, la volonté de Dieu : si on doit mourir, c’est sa volonté, lui seul décide, pas le virus. Les adeptes des sectes refuseront au nom d’une croyance d’être soignés dans certains cas, s’il faut une transfusion par exemple, je ne sais pas si dans ce cadre les sectes iraient pourtant à l’encontre d’un confinement (pour celles qui n’en font pas une de leur condition d’existence) et commanderaient de ne pas le respecter pour ne pas dévier la volonté de dieu. Les religions séculaires conseillent de prier, mais chez soi, à l’abri.
Il semble que les prêtres seraient un peu décontenancés d’enterrer des morts dont la famille n’est même pas sûre que ce soit bien eux dans le cercueil, ou de faire sans, même, sans enterrement. Sans compter qu’il ne faut pas de rassemblements, donc, les gens se relaient : un sort, l’autre rentre, ils se raconteront ce qu’ils ont manqué ensuite par texto, en buvant un coup à la mémoire du mort par skype. Le chagrin, personne n’en parle. Dans les cimetières, on se rassemble autour de la tombe, mais sous forme de ligne pointillée, dans les allées. Oui, c’est très étrange, la façon dont Dieu rassemble autour de la mort, avec la peur du virus, et le « nous sommes en guerre. »

Mais justement. Dieu et la guerre, c’est une longue histoire, et jusqu’à récemment, avant qu’il ne se fasse voler la vedette, il paraît qu’il en était même la raison première en plusieurs endroits du monde. Dieu et la guerre sont liés dans les textes fondateurs même, frontaux, et la place de Dieu traduite par l’homme quand il faut donner une cause à une guerre a elle-même bénéficié d’une littérature immense, et avant elle, celle, fondatrice absolue, mettant en scène les dieux mythologiques. Mais Dieu, dieu, ou les dieux sont, tous, éloignés de la réflexion actuelle concernant le coronavirus. Même le terme de « destin » dont Macron use jusqu’à me vriller les nerfs et manquer me briser la mâchoire tant je la serre à chaque fois, n’en appelle pas à un dieu. Macron utilise le mot de « destin » parce qu’il pense qu’il est plus vastement littéraire et dramatique, tragique et beau, que ceux dont il devrait uniquement faire usage, en tant que politique et laïque : « avenir » ou « futur », mais s’il faisait ça, il devrait réintégrer ces mots dans une suite logique, ce dont il est strictement incapable à un double niveau intellectuel et psychologique.

L’usage du mot « destin » est traître de tellement, de tellement massif et évident, que c’est ça qui me paralyse de peur le plus. Il passe, il passe et personne ne sursaute.
C’est un problème complexe, la gestion de dieu (j’enlève la capitale pour la suite), dans la pensée populaire, et dans les discours politiques du chef de l’État, par défaut. « Destin » n’a qu’un sens, et il est né avec l’humanité, n’a pas changé depuis : il est LA réponse à l’inexplicable dès lors qu’on a décerné à cet inexplicable un pouvoir et une pré-écriture du Temps. Que cet « inexplicable » se soit pourvu d’un Art, d’une Histoire de l’Humanité, et qu’il prenne parfois le nom plus non-religieux historiquement, presque plus curieusement scientifique, d’ « univers », ne change rien à l’unique définition du mot « destin ».

Le « destin » est l’application inexorable de ce qui avait été décidé. Par qui, pourquoi, comment ?
Par qui ? Quand un chef de l’État arrive à caser « destin » presqu’une fois par discours, et alors que tout ce qu’il dit est effroyablement non pas pris au pied de la lettre (parce que, justement, il aurait dû alors descendre de son pupitre et démissionner et le « contre lui » serait d’abord un grand éclat de rire avec applaudissements, j’y tiens, au rire) mais pris dans un sens absolu et sans rémission possible il semble, alors, le mot de « destin » devrait calmer tout le monde. Il n’y a rien à faire contre le destin, il est un texte invisible mais écrit et se situe devant ET derrière nous ; son pendant, vite dit, paresseux et fataliste est « tout est trop tard pour changer quoi que ce soit ». Si nous sommes voués à subir un « destin », dans ce cas : tout devrait s’arrêter et les « âmes » dont le président arrive aussi à parler, devraient se voiler de patience mais ne pas lutter.
Il n’y a rien à faire contre le « destin », si tout le monde doit mourir : tout le monde mourra. Pourquoi notre destin serait de « survivre » ou « gagner » ? Il faut se laisser plusieurs options, dans la vie, hein. Pourquoi toujours, ici, chez le président, ce mot serait accompagné de l’aura d’une victoire ? Parce qu’il associe le mot « destin » à « héros » et à l’unique vision de sa propre vie. L’usage du mot « destin », il y croit. Il se croit un « destin », et il doit, le plus inconsciemment, c’est ça le plus grave, nous le refourguer jusqu’à ce qu’on le voie ainsi, lui : l’homme de la destinée.

Mettons de côté l’infantilité présidentielle parce que ça me met tellement en colère que ma concentration vire. J’en reviens au destin, et à dieu. Un dieu/ l’univers est censé savoir ce qui va nous arriver ? Non, pas exactement. Il sait, c’est tout, et il sait d’une façon qui n’est pas pensable pour nous, ce n’est pas de nos forces, ni sensibles ni cérébrales, ce n’est pas de notre longueur de vie, ce n’est pas un temps qui peut être absorbé, ou alors dans les œuvres d’Art et encore, uniquement dans leurs ellipses. Un dieu-univers espère que ce qui nous arrivera soit le mieux pour nous, dans les dernières versions (pour les Chrétiens, le Nouveau Testament) ; dans les versions précédentes, la punition n’était pas rare, et d’une violence extrême (de même, pour les Chrétiens, l’Ancien Testament). Dans cette espérance, il propose des épreuves devant lesquelles l’homme échouera ou non, desquelles il tirera les leçons, mais ce sera à l’homme de trouver dans la suite des événements ce qui « justifierait » d’avoir eu à traverser telles épreuves et donc de les voir comme venues « sciemment » de l’univers. C’est toujours « l’avenir », et la façon dont on va le décoder, qui va donner un pouvoir et une raison acceptable, qui défie et annule son injustice, aux événements, sinon ils ne seraient qu’eux et leur reprocher ou en espérer quoi que ce soit serait insensé. Trouver des raisons, un coupable, une volonté qui nous soient totalement externes nous dédouane de nous responsabiliser et de nous accuser, c’est ce pragmatisme que les athées opposeraient à toute idée d’un Temps possession d’un dieu. Le problème, ici, n’est pas de confronter croyance et athéisme, sachant que je ne crois pas à l’athéisme, en plus, ne serait-ce que parce que je ne crois pas que les athées se jugent tant responsables que ça pour quoi que ce soit en permanence, sinon on formerait au moins un club intellectuel autour de cette quête réaliste-là. Trouver à croire au destin, c’est avant tout annuler dans le passé qu’il y ait une autre cause que celles déjà écrite dans le futur. C’est inverser cause et conséquence.

C’est tout l’invariant et éblouissant pouvoir de tous les textes qui mettent en scène les dieux mythologiques : le lecteur est « dans le secret des dieux » et pourtant, il ne pourra résister à croire tout le long que les protagonistes luttant contre ce qui est déjà écrit le corrigeront, « échapperont à leur destin ». Parfois, les auteurs nous font croire que les héros ont réussi et l’histoire se retourne alors de façon implacable, avec une astuce scénaristique jamais dépassée, même des siècles après et même avec tout Hollywood, avec de l’imprévisible et un génie d’écriture « de l’auteur » fascinant. Ce qui devait arriver arrive, point, à moins que le dieu pardonne, à moins qu’il fasse preuve de bienveillance, à moins qu’il décide de récompenser la résistance, la bravoure, la persistance, le sacrifice, et à moins que les dieux se chamaillent aussi, eux seuls ayant le pouvoir de contrarier leur volonté.
La « récompense ». Quand on a une vision très limitée de ce qu’est le destin, on aime penser uniquement sous forme d’épreuve gagnée et donc de médaille en bout de course. Être fier de soi est une récompense, recevoir l’admiration, la reconnaissance, est une récompense qui justifierait tous les efforts et les sacrifices.
La mythologie enseigne sans autre traduction l’inexorable et elle s’attache à montrer la merveille de la puissance humaine à lutter contre l’inexorable, de toutes ses forces physiques, de tout son caractère, de tous ses sentiments. L’inexorable permet aussi à la mythologie de décrire la nature humaine avec froideur et sans pitié. Ceux qui ont décidé de traiter le « destin », puisqu’ils sont auteurs donc dominent la fin de leur production, à l’intérieur de leur étude de l’humain ne sont pas de superficiels conteurs, mais leur regard est scientifique et la palette de connaissances concernant l’humanité est presqu’exhaustive. Quand ils accordent un peu de rêve, de « pardon » aux dieux, quand leurs poèmes ou leurs romans s’écartent un peu de la norme fatidique, c’est rare mais c’est en pourcentage ce qu’ils auront observé qui arrive dans la réalité. Chez Homère, chez Zola, chez Balzac, et même chez Hugo, Shakespeare : quand ils ouvrent et défient la fatalité du destin, c’est avec un espoir qu’ils doivent eux-mêmes, en tant qu’ultra-conscients de la nature humaine, arracher à l’Humanité même. En part, dans une vie, il est rare de pouvoir affirmer avoir eu ne serait-ce qu’un pourcentage égal de dépits et d’échecs et de joie et de victoires. Chacun lit sa vie et décide d’établir ce pourcentage avec réalisme ou non. L’Humanité veut croire que, d’un cran infime, le « bien » ou « victoire » dépasse le « mal » et l’ «échec », cet infime cran lui donne un droit infini sur le futur depuis toujours.
Entre réalisme, connaissance de soi et de l’humain, Histoire brute, mythologie et religion, l’ « avenir » a une garde-robe fabuleuse.
(L’usage du mot « destin » par Macron la réduit à une marionnette à doigt pour petit.)

« Destin » est l’inversion consommée de cause et conséquence, c’est un circuit clos, le temps s’applique en permanence en suivant une courbe qu’il ne peut ouvrir. Chaque début a sa fin qui dépend du début. Il n’y a pas donc pas de « passé », ni de « présent » mais un temps qui doit s’organiser pour répondre à sa chute. Retirer le « destin » revient à rouvrir le présent et lui accorder tous les pouvoirs possibles, l’angle s’écarte jusqu’à former l’horizon. Intégrer le « destin » à notre temps actuel n’a qu’un intérêt : brouiller totalement la démonstration et prendre le pas sur l’Histoire même. Et ça fonctionne.

Bon, alors, très bien : on va aussi voir si en intégrant, comme nos foules actuelles, notre société, nos médias, et quiconque n’a pas éclaté de rire à entendre que nous « sommes en guerre », le mot « destin » à cette époque coronavirusée, on ne peut pas s’en sortir et démontrer strictement la même chose qu’en laissant l’avenir ouvert et donc en défendant l’Histoire.

Allons-y, imaginons que le « destin » existe bien. Quelque part, quelque chose nous dépassant, Dieu, dieu, l’univers, a décidé que nous devions subir une épreuve, nous, la France, l’Europe, le monde, et « on » nous a envoyé le coronavirus. Il y a forcément une bonne raison, sinon, il n’y a pas de destin.
Option large : notre destin est de tous mourir : improbable, ni Déluge ni peste ni nazisme ni ridicule n’y sont arrivés. Donc, non, on doit supposer que le virus sera vaincu ou au moins que le confinement va s’arrêter. …Désolé, c’est tout de suite un peu moins grandiloquent quand on comprend que sa victoire va être de pouvoir aller acheter du pain sans une attestation faite soi-même. Zeus et Athéna, dieu et l’univers, là, ils se regardent en se demandant ce qu’ils viennent foutre là, à la boulangerie, mais bon. Le boulanger se demande aussi ce qu’ils foutent là, notez, surtout tous presque nus avec un petit drap jeté en pli, sauf Athéna en cuirasse, et qui ne rigolent pas du tout, l’univers tient à peine entre le four et la porte et un gros bout dépasse dehors, Athéna et son père ne se supportent que moyennement dans la même pièce, en plus, ça rajoute de la tension, et le boulanger se trouve un peu bête avec ses éclairs seulement au chocolat, mais bon.

Autre option, alors. Pour nous mettre à l’épreuve de quoi ? Compter les lits en réanimation ? Ça paraît un peu court. Mais ça marche : la gauche et les syndicats sont en train de compter les lits, et leurs fermetures (hé oui, les lits ont des fermetures, on peut fermer des lits, c’est comme ça… on ne ferme plus des hôpitaux, des services ou des maternités, mais des lits ; à l’inverse, on doit sûrement « ouvrir » des lits, je suppose), et le virus donne l’occasion d’oublier que les urgences étaient déjà en grève depuis des mois avant son apparition. On désarchive tous les moments où des coupes budgétaires ont empêché l’achat de lits et de matériels de réanimation, ou ont fermé des hôpitaux. Techniquement, on sait qu’il va falloir remonter à tellement loin concernant l’ingérence dans le milieu médical qu’il faut faire très attention à qui, au bout du compte, on veut accuser.
On pourrait bien manquer sa cible, et de très loin. Là, on en est à parler de la « fermeture de 70000 lits » en 15 ans. Okay. On pourrait bien aussi être attrapés par son propre jeu et découvrir que dieu a voulu que nous trouvions que la génération de ceux (les très vieux, les plus de 90 ans, qui sont en train de mourir du Covid-19 et de vieillesse), est celle qui a été écartée de toute la vie française à partir de 68 et qu’en rien elle n’a pu lutter contre l’appauvrissement et la perte de la part élitiste du soin et de la recherche en France. Que ceux qui ont décidé de la « fermeture » des lits, services et hôpitaux sont les boomers qui dans leur fantasme encore le plus vif d’être éternels ne se sont, à eux tous, jamais posé la question du temps de leur propre maladie finale et de leur mort qui risquaient d’arriver …en même temps.
On va aussi trouver, si on remonte à il y a 15 ans, à pourquoi on en était là, il y a 15 ans, politiquement et socialement et culturellement, parce qu’il faudra aussi l’expliquer ; il faudra expliquer à quel moment l’université n’a pas pu encaisser le potentiel doué d’étudiants prétendant à la première année de médecine, il faudra trouver qui étaient alors ces étudiants-là, quelle génération, et pourquoi l’Éducation s’est moquée d’eux dans des universités déjà en faillite.
À en passer par le « destin », et quel que soit le petit bout par lequel on va prendre le problème, à tirer sur le fil, il n’y a aucune, aucune, aucune chance d’échapper à la problématique de dérouler la pelote entière. Toute la France, sur 5 générations, devrait se mettre à chercher et chercher et retrouver ses souvenirs en faisant preuve de logique et en n’acceptant pas une démonstration qui trouve une butée trop vite, dans le passé. Toutes les raisons vont devoir, historiquement, faire face à une colossale opacité dès lors que le présent va s’appauvrir en argument et qu’on va se retourner sur le passé.

Toute la gauche qui est en train de fouiller pour trouver comment elle pourrait bien accuser le gouvernement actuel va vite arrêter quand elle trouvera que c’est la gauche qui a démantelé la réserve de talent français et empêché totalement que des visionnaires, à tous les postes et selon toutes les spécialités soient entendus : au moins entendus.
Les quadras qui s’énervent de tous les côtés vont devoir se demander, alors qu’ils sont chantres de leurs propres chiffres, pourquoi le poids générationnel des boomers a tellement fui, toujours, le réalisme de la totalité des réflexions, de la Culture à la retraite, dont les leurs. Ils vont devoir observer des mécanismes qu’eux-mêmes actionnent et devoir prendre le risque de les démanteler pour en inventer d’autres : ils ne le feront jamais. Les raisons qu’ils vont donc trouver pour expliquer la volonté de dieu vont devoir être habilement maquillées, tronquées, mystifiées. Ils décideront de poursuivre la mascarade et de réécrire l’Histoire. Ils vont donc repousser, encore une fois, qu’elle se livre pour ce qu’elle a été et vont reporter la charge de la vérité sur une autre génération. S’ils ne font pas ça consciemment, ils vont le faire quoi qu’il en soit par manque de vision, manque de recul, par trop d’assurance, par arrogance. D’après ce que je lis, on est plutôt dans ce registre-là : non scientifique, mépris et néomorale s’exprimant.
Il n’y a donc pas à espérer du côté de l’accusation actuelle, cette chasse de poules fouillant leur propre fumier, à la recherche de petits vers ayant un début et une fin, eux. La faiblesse du domaine matériel « médical » ne tiendra jamais pour expliquer pourquoi dieu nous a envoyé le virus. D’autant que dieu en a balancé d’autres, des pestes, bien avant que la médecine ait vraiment un sens, et même que des hospices véritables soient construits tenus, d’ailleurs, par ses serviteurs et servantes.

Si on veut croire que dieu nous a envoyé le virus pour que nous retrouvions le goût de la fraternité sous prétexte que ce qui est vécu est commun, alors il n’y a qu’à patienter un peu pour voir ce qu’elle va donner, cette belle fraternité. Il me tarde de voir à quel point les rues qui applaudissaient ensemble vont rester unies en elles-mêmes et comme chacun aura un rapport totalement différent avec son voisin, prenant des nouvelles et s’intéressant à sa vie, échangeant beaucoup avec lui. Il me tarde de voir comment la société va trouver du temps dans sa journée pour y intégrer en plus de sa propre vie quotidienne, le souci de beaucoup d’autres vies qui elles-mêmes auront repris le rythme « d’avant-guerre. »

Tiens, d’ailleurs, il faudra que je fasse peut-être un article sur typiquement les expressions « avant-guerre » et « après-guerre ». Et notamment sur la capacité démontrée par l’Histoire, des sociétés à drôlement bien oublier ce qu’elles veulent, dont le pire d’elles, quand l’amnistie ou la victoire sont effectives.

La fraternité actuelle ne coûte rien, les mains se nouent en théorie, l’épaule pour pleurer est virtuelle, la compassion est un emoji. Demain, ceux qui étaient au chômage resteront chez eux tandis que tout le monde courra avec bonheur à son travail, larguant ses gosses au passage à l’école où les profs les regarderont avec émotion, à nouveau de chair et d’os, et plus en pixels et basse définition. Le surlendemain, cette grande joie sera finie. Mais les chômeurs seront toujours chez eux. La fraternité actuelle, « en temps de guerre », n’a pas à compter les vivres, n’a pas à distribuer à égalité ce qui doit être ingéré pour qu’on se maintienne en vie. Il n’y a aucun partage, il y a la vie comme elle était avant et ceux qui ne pouvaient pas se payer le loisir de leur propre nourriture ne le peuvent toujours pas. Quand la guerre sera finie, l’inégalité sera à nouveau visible et elle n’aura plus souvenir du tout d’aucune phase de fraternité. Elle n’aura même pas le temps de dire à personne : « Vous avez confondu… » ou « Comment avez-vous pu croire que je me nourrisse de vos applaudissements ? » Tout ça ne sera pas « balayé », tout ça deviendra seulement ce que ça a été. Et la honte, peut-être, pourrait bien apparaître et faire qu’on oublie aussi assez vite ces passages soi-disant « héroïques » de communauté liée. Liée par quoi ? Un verrou et la peur ?

Ceux pour lesquels le mouvement de la société est intolérable, ou juste très difficile à supporter, quand ils le sentent alors qu’ils n’en font par partie pour x raisons, donc le chômage, la dépression, l’exil moral sous toutes ses formes qui devient un exil physique, son appartement se transformant en île, en bastion, en prison, que personne ne voit ; ceux qui luttent toute la semaine, le jour, et ne soufflent que quand ils sentent la société endormie ; ceux qui n’ont pas de travail « réel » et qui attendent quand même le week-end pour que cesse la réalité des autres et que, justement, tous adoptent un rythme lent et vain, ne répondant plus à une obligation ; ceux dont la sensibilité et la conscience, la lucidité deviennent telles qu’ils perçoivent comme la société pèse sur elle-même, et comme son mouvement est si insensé qu’il les déséquilibre ; ceux pour qui la société même derrière leur porte est une menace et met en danger leur vie : ceux-là sont en train de respirer à plein, en ce moment. Ceux-là retrouvent une paix et sont au bord d’un certain soulagement.
Non loin de ceux-ci, les chômeurs, les paumés, les squatteurs, les retraités, regardés par la société d’un œil plein d’accusation ou de lassitude soufflent aussi.
Est-ce qu’un dieu-univers a voulu ce repos-là ? Est-ce que de ces êtres-là, qui ne sont privés que de la plus étrange des souffrances, le temps imposé d’un soulagement qui peut encore durer, peut générer un inédit sociétal ? Probablement. Lequel : on verra. Mais si c’est l’univers qui a décidé de quoi que ce soit, il sait organiser ses forces.

Dieu-univers pourrait avoir voulu que nous pensions justement à la peur de la mort, donc la mort. Nous sommes des mois après le début des hostilités et la « mort » n’est toujours pas parvenue à se faire un chemin logique dans les esprits. C’est assez naturel : l’homme fuit de penser sa mort, seuls les dieux parvenaient à l’y obliger et tenaient ainsi l’homme dans leur pouvoir : la mort, l’enfer, le paradis, le choix qui conduisait les consciences. Aujourd’hui, la mort est un peu sans potentiel et sans menace. Elle est difficile à penser, elle n’est pas forcément appréhendée comme la fin de la vie, elle reste très théorique, elle a quelque chose de futile, elle serait plutôt du côté de la « privation » du loisir qu’est la vie. Aussi universelle soit-elle, et inexorable, comme disent les blagues Carambar : la mort, c’est le questionnement « qu’est-ce que la vie ? » Vraiment, qui se poserait la question quand la vie est rester chez soi ? Non, ça ne colle pas. Ce n’est pas pour autant que la société va se poser la question de pourquoi « virusment » elle ne se pose pas la question de cette mort à laquelle elle veut échapper ou permettre aux autres d’échapper en restant chez elle. On annonce des morts partout dans les médias, mais pas assez pour que « la » mort soit sujet. Dieu n’a pas envoyé le coronavirus pour que l’humanité qui a l’eau courante, mange à sa faim, a une vie de couple déplorable et pas assez de vacances, un boulot chiant et des voisins merdiques pense à la mort. Ceux qui savent y penser n’ont jamais eu besoin d’un virus pour ça et savent pertinemment ce qui manque à la société pour qu’elle parvienne à « penser » ce concept.

Autre que la mort, il y a la souffrance. Désolée d’en passer par moi pour ce thème-là, mais entre janvier et février 2020, pendant un mois, j’ai été traitée, alors que je n’avais aucune fièvre et pas d’infection, avec plusieurs aérosols par jour, une machine louée en pharmacie, tellement je n’arrivais plus à reprendre mon souffle. C’était uniquement ça : plus de souffle, aucun autre problème. Ça s’est installé en une petite semaine, chaque jour moins de capacité respiratoire jusqu’à devoir reprendre mon souffle pour une marche montée, n’ayant pas assez d’air pour cet effort et les quintes de toux étaient incessantes, épuisantes et d’autant que reprendre son souffle était presqu’impossible. Parler était un effort désespérant, se lever d’une chaise devait être réfléchi. Dormir assise était l’unique solution pour tenter de dormir, et la reprise d’air paniquée réveillait x fois par nuit. Les médecins n’avaient pas de réponse à part un éventuel asthme subit que je n’aurais jamais eu de ma vie alors que l’environnement était inchangé depuis vraiment très longtemps et que je fume était bien avoué et compté mais ça n’avait pas forcément un lien dénonciateur ou explicatif. Les aérosols rouvraient ce qui semblait verrouillé de bas en haut ; ils ont fait leur job : je n’avais pas respiré comme ça, aussi bien, aussi profondément, depuis des années et depuis, j’en profite encore avec surprise. Surprise de respirer. Il faut en être où pour s’émerveiller de respirer ? Où, depuis combien de temps qu’on en ait plus souvenir ? Et pourtant, je fais du sport, j’ai réellement une bonne condition physique comparée à beaucoup. J’ai une explication concernant ma capacité à somatiser très gravement des angoisses qui ne peuvent plus s’exprimer autrement ; à d’autres moments de ma vie, à des années d’écart, j’ai fait soudain un mois de migraine essentielle à penser se flinguer à chaque crise, …et plus rien. C’est ainsi. Je ne tiens même pas à discuter « scientifiquement » de mon explication concernant ma perte totale ou presque de capacité respiratoire, évidemment qu’elle est totalement insensée pour un médecin, encore heureux. Mais ils n’en ont pas une autre non plus.

Ma mémoire de la souffrance aiguë à perdre son souffle est on ne peut plus récente, l’effort fou que ça demande pour rester stable, pour lutter contre, pour ne pas surpaniquer alors qu’on s’étouffe et que, physiquement on sait que, de toute façon, on ne pourra même pas compenser quand la toux s’arrêtera et que respirer fera reprendre la toux.
Ne serait-ce que cette souffrance-là : qui ne doit pas être loin de celle que peut infliger le Covid-19, je n’en ai entendu parler nulle part.
On passe d’une colonne à l’autre, dans les médias et soit on guérit, soit on est en réa. Mais la souffrance ? La description de son propre mal ? Ceux qui ont le Covid-19 n’ont plus de réseau ou quoi ? Où sont les conséquences physiques ? Je sais que ce que j’ai traversé aurait tué un vieillard et très gravement mis en danger quelqu’un de plus de 70 ans, que si j’avais eu des antécédents concernant les poumons, j’aurais sans doute dû être hospitalisée. Je sais que je ne suis pas du tout une bonne cliente pour céder devant quelconque atteinte physique, donc je ne considère pas la maladie, je n’y trouve rien, je n’ai donc pas « profité » d’elle, je suis à l’opposé du profil hypocondriaque, mais j’imagine très bien l’effet sur quelqu’un de faible, et physiquement, et moralement. Où est cette putain de souffrance ?
Où est cette putain de souffrance ? Celle-là ? « Ne plus pouvoir respirer » ?
Impossible de croire que ce soit une sorte de pudeur qui taise le descriptif de la souffrance des malades, au-delà de celle, de toute façon, d’être hospitalisé et de subir l’ambiance de l’hôpital qui ne convient pas à grand monde sauf à ceux qui les nourrit. Le Covid-19 n’est pas « répugnant », il ne s’agit pas de compter les litres de selles liquides ou de vomi, ça ne purule pas, pas de bubons, pas de noirceur, pas de plaques rouges, on ne crache pas de glaires épaisses, le coronavirus n’a pas de symptôme puant ou écœurant. Décrire sa douleur reste propre, lisse, et aussi romantique qu’une agonie d’un cœur brisé dans un roman. Alors, elle est où, cette putain de souffrance, dont celle morale ?

Comment un dieu-univers veut qu’une société réfléchisse à la souffrance du corps, donc une souffrance très relativisable et ne dépendant pas de la classe sociale, de son pouvoir financier, de sa culture, mais uniquement de la conscience physique, quand cette souffrance n’est même pas décrite ? La seule qui soit décrite, c’est l’épuisement des personnels soignants qui se nomment eux-mêmes dans leurs vidéos des « guerriers ». D’autant que le reste de la société ne fout rien. Et cet épuisement vient du manque de moyens, appelés par les soignants des « armes », « donnez-nous des armes », disent-ils : voir plus haut.

Okay, il faut juste que je fasse une pause, parce que j’ai toujours une montée de rage quand j’écris ça « guerre », « armes », « donnez-nous des armes, des munitions. » Putain, putain, putain… Mais putain de putain de putain.

Et de toute façon, ça ira pour cet article.


À demain ?
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