PUCK IS BACK | 09012020 | 014 | LA FOLIE DES MASSES | LE MYTHE HERMANN BROCH : PAS SANS BLANC

🖤  14e épisode des nouveaux PUCKs. Épisode plus qu’important, et si je répète jusqu’à saturation (je sais…) que je dois encore lire, relire, pour être sûre, vérifier et modéliser, ce n’est pas pour rien.
Je dis aussi plusieurs fois que vous, Abonnés, êtes les seuls à pouvoir suivre et comprendre le contenu de cet épisode 014, et je vous intime à en avoir un réel orgueil, vous le méritez. Donc : AUX RUINES, À VIRGILE, THE WILD ROSE, …ET À VOUS TOUS.

À lire si possible ci-dessous, à la suite des 3 vidéos : l’article en 3 parties, pré-014, et un pré-015
(articles en cours de corrections)​​​​​​​

Merci à Laetitia et Delphine.
Delphine ! dédicace pour l’intro et une note à environ 01 :00 :30


PUCK IS BACK | 09112020 | 015 | LE CLOWN, LE LOGOS, LE VIDE, L’ÉTHIQUE, LA PANIQUE, LA HONTE

🖤  15e épisode des nouveaux PUCKs. Ce n’est pas « l’épisode coup d’État », reporté au 017, d’ici 4 semaines. Il y a des lacunes dans le 014 et je préfère prendre le temps de leur extension mieux présentée, et, dans le 016, rassembler ces données accumulées, dans une modélisation (qui ne sera qu’une parmi d’autres, et simplissime), et ainsi rendre visuellement la démonstration sur les 100 dernières années et nos 140 derniers PUCKs, vidéos et articles.
Dans cet épisode 015, j’ai évité de systématiquement ponctuer ce que je dis par des références à Blanc, mais quand même : rien de ce que je redonne issu de mes lectures ou en m’appuyant sur des arguments qui semblent sans source citée, n’est pas présenté, étudié et analysé dans Blanc. Il y a donc bien un job analyste derrière, rien ne flotte à l’inspiration, encore moins entraîné dans l’emportement des phrases, dans le flot, genre comme ça me vient, hein, même si je prépare rarement les épisodes, et sûrement pas mot à mot.
Quand dans ce 014, je parle du clown, je peux renvoyer à Miel, dans Blanc, quand je parle du boulot d’analyse non faite préalable à 1984 de George Orwell : il est non seulement dans Blanc, et Ariste, mais aussi dans un roman écrit par Soland, dans Blanc (d’où, d’ailleurs mon montage qui donne l’illusion d’une double porte derrière moi à un instant, moi seule sait pourquoi c’est là, mais bon). De même, pour « autodestruction légale », dont je parle en tant qu’expression de Broch : cette autodestruction démocratique est analysée dans Blanc. Je l’ai lue la semaine dernière, mais je l’ai détaillée il y a plus de 16 ans. Ça m’est toujours un peu pénible (non, méga supra ultra pénible) de devoir toujours avancer sans pouvoir garantir aux abonnés une sorte de sécurité totale, établie, référencée, puisque je ne peux pas m’adosser à mon propre travail de recherche. Raison pour laquelle j’insiste ici : rien ne vient de nulle part, et si j’ai précipité dans Blanc une fusion d’analyses, c’est à partir d’une immense totalité d’œuvres derrière moi. Encore une fois : si je récupère en ce moment des données référencées, ce n’est pas pour me donner raison puisque rien n’existe de ce que j’ai fait, c’est pour assurer, « qui ne soit en rien MA production », une fondation conceptuelle, et pouvoir enfin donner aux abonnés les preuves d’autres sources valides, existantes, internationales, bien référencées, historiques, qui retirent ainsi le soupçon d’une théorie qui ne sorte de nulle part. Moi, je le sais, ou jamais je ne me serais embarquée face à un public (ou, par exemple, dans le 014, je ne dégagerais pas un ouvrage qui, rarissimement, « me » donne raison quant aux Surréalistes et je m’accrocherais à lui juste pour ça, en ignorant hypocritement que sa base et démonstration sont plus qu’irrecevables), mais personne n’a à me filer un blanc-seing, au contraire d’ailleurs. Il faut toujours, toujours, se garder la liberté d’un « prouve-le moi ». Si je ne me pensais pas capable de « prouver », les PUCKs n’existeraient que sur la base délirante et d’un ego, et d’une imagination, et seraient de l’ordre d’un plan d’enrôlement sectaire.
Dans une société en rupture de langage/logique : on court pour duper sa panique ou sa solitude à toute stabilité qui se présente : un ton assuré, de « l’ordre », et nous sommes en train de le vivre, depuis la rentrée : « ordre, ordre républicain, ordre pour la liberté, Péguy en référence », cette histoire « d’ensauvagement » dont personne n’a encore trouvé que l’expression vient de Finkielkraut, j’en avais parlé, une interview donnée dans La Voix du Nord, en octobre 2019. La perte du logos rend difficile voire impossible de discerner quand la « stabilité » n’est qu’un leurre. Or, j’ai un ton assuré, on en parlait en com’ sur la chaîne de Delphine Lambert, hier à propos de son propre domaine créatif, j’ai un « contenu », mais mon assurance est couchée dans x cimetières de par le monde et debout gravée sur des stèles, et debout dans x rayons de bibliothèques et possède la vitesse de la lumière dans x transmissions numériques et algorithmiques. Ce n’est pas la mienne : celle-là, je l’ai détruite moi-même (avant que la société ne la ruine, ce qu’elle ne pouvait que faire, d’où mon rire en hoquet quand je parle de « mon » analyse) avant d’écrire Blanc, pour que « si » elle devait se refonder, elle soit réelle. Moi aussi, je mets de « l’ordre » dans le néant, pas pour l’augmenter. Mais ça ne peut plus encore durer longtemps : il me faut Blanc.

Dans la bibliographie reprise, au début de l’épisode, je ne parle pas de tous les ouvrages, mais j’aurais pu dire un mot sur les deux José Ortega y Gasset, parfois comiques dans leur petite ironie détestable mais pour lesquels mon mépris est plutôt dense. Je déteste viscéralement ce genre de ton, et de propos.


NOTE À PROPOS DE L’« AUTODESTRUCTION LÉGALE » DONT JE PARLE DANS LE 015

« Autodestruction légale » dont je parle, dans ce 015, est dans le texte de Broch
[Théorie de la démocratie (1938-39) classée à l’intérieur de L’Autobiographie comme programme de travail (1941) texte intégré à la suite de Autobiographie psychique (1942), page 100 et suite, L’Arche Éditeur, 2001] (je sais, la biblio fait peur, c’est le bazar dans les éditions de Broch en français et en allemand aussi, il semble.)
« Autodestruction légale » c’est aussi l’analyse qui est conceptualisée dans Blanc, en x passages, et dans Esinev de Soland Kellyer à l’intérieur de Blanc.

Donc, voilà les deux démonstrations résumées, au concept identique, celle de Broch, et je l’augmente de la mienne, parce que nous sommes 80 ans après.
J’avais dit que je zappais la démonstration, je n’aurais pas dû, désolée, et au lieu de parler trop longtemps de la manière de Broch, j’aurais dû définir mieux. Je le fais ici, mais je vais résumer seulement, hein.

 — « Autodestruction légale », (résumé) selon Broch : permission d’une démocratie de se détruire de l’intérieur, parce que ses « principes régulateurs » (par exemple les Droits de l’Homme), ne sont pas des « lois » et donc la justice ne peut pas aller contre cette « autodestruction » « légale ». Alors que, dans les totalitarismes, par exemple en Allemagne sous Hitler : la loi, la justice « oblige » à l’application du nazisme qui « est le principe régulateur », « il faut être nazi pour respecter la loi », sinon : c’est l’emprisonnement et la mort. Un état totalitaire ne permet aucune destruction légale « de l’intérieur » : donc, dans l’absolu, il n’est pas menacé (au contraire des démocraties) de son « autodestruction ».

Je reprends la main :

— par exemple, aujourd’hui, le « principe régulateur » d’ « égalité » est en train de faire un mal considérable aux individus, et potentiellement détruire quand il s’agit d’égalité homme-femme, les « hommes » dès leur naissance, qui sont dans l’impossibilité de réagir contre leur « destruction légale » et qui même, à cause du principe d’  « égalité », y participent et se conduisent finalement seuls à « l’autodestruction légale » ; les femmes elles-mêmes, en désirant la pureté absolue dans toute leur vie du principe d’« égalité » n’ont pas conscience qu’elles se conduisent à la suite des hommes vers leur propre « autodestruction légale », et qu’y peut la justice ? Rien. Qu’y peut la démocratie : rien sauf le permettre par « principe ». La loi, en France, ne protège pas les Hommes de leur « Droits », ce que seuls art, philosophie, sociologie, observation pure, peuvent démontrer au nom de l’Humanité. Jamais une loi n’existera pour (j’exagère volontairement), sauver le masculin de sa désérotisation afin que le désir, le jeu et l’équilibre subsistent entre homme et femme. Une telle loi serait possible dans un état totalitaire, et à quel prix impensable ? Hitler avait lui-même écrit dans Mein Kampf comment devaient être le mâle, la femelle, leurs enfants, garçons ou filles. Mao a régulé les rapports sexuels à une seule fois obligatoire par semaine avec interdiction d’avoir plus d’un enfant. Et notre Simone de Beauvoir voulait que par souci d’érotisme (pour produire des bébés communistes), la seule différence visible entre les hommes et les femmes soient que les dernières portent parfois des jupes.

— Bon, maintenant, autre exemple, sous l’ère « COVID, AN I » (qui se terminera à l’AN II, sans doute, pendant l’été). Ici, le principe régulateur le plus concerné, démocratique, c’est « la liberté ». La liberté n’est pas une « loi », nulle part il est écrit : « Sois libre ou je te mets en taule. » Par contre, la justice s’occupe de punir ce qui va à l’encontre de « certaines » libertés ou empêche que ce que certains trouvent une liberté devienne une taule pour d’autres, comme mettre la musique à fond qui est bien cool mais une nuisance. Certaines libertés sont toujours en débat épique pour la justice : autour de la religion, l’usage de drogues, etc. Et parfois on sort de toute éthique, on « invente une liberté pour en jouer » et le débat qui ne devrait pas avoir lieu est de toute façon torturé et éliminé, comme avec la loi de cette… de Schiappa.

— Et on arrive au coronavirus. (Et ici, je mets totalement de côté la supercherie mondiale non scientifique concernant un « virus » qui pourtant a bien existé, et le problème économique et tout ça, okay ? Je simplifie.) La « liberté » implique qu’on puisse faire le choix du risque de tomber malade voire en mourir, l’État dit : toi oui, mais tu peux transmettre le virus et la liberté des autres est de ne pas tomber malade. Deux libertés, l’une faisant prendre un risque à l’autre : l’État tranche au nom de la protection de tous « il ne faut PAS tomber malade : confinement », puis « il ne faut PAS transmettre le virus : gestes machin », puis « il ne faut PAS que le virus circule : masque obligatoire », donc : loi, loi, loi, et sens de circulation, sens civique, sens partout et si tu ne respectes pas le sens : amendes. Tous, « tous », prônant leur liberté contre une autre, se retrouvent privés de liberté de vivre, circuler, agir, se rencontrer, se séduire, parler, manger, rire (et dans certains pays, pire) par la loi. Privés d’élever leurs enfants comme ils veulent, ces mêmes enfants privés de jeux, de goûter normalement à la récré, de courir comme ils veulent et …d’éducation. Les bébés sont privés de voir les visages et le langage expressif, les très âgés sont privés de visite, les claustrophobes privés d’air, etc. Les adultes par « principe de liberté », sont autorisés par l’État, sans que la loi puisse les défendre, à détruire « légalement » leur liberté et celle de leurs enfants. Une grande majorité, la « masse paniquée », applaudit et demande toujours plus de lois : c’est ainsi qu’une démocratie est en train de « s’autodétruire légalement » et que le « principe régulateur » « liberté » se fait supplanter par la loi qui « oblige » à cette liberté …en empêchant presque toutes les autres, vitales. Toute protestation se retrouve donc « sous » la loi et pas très loin de se faire fixer par une autre loi, qui interdit de prôner la haine et qui sait appliquer la censure. Ainsi, une démocratie n’est plus et se répand alors un « totalitarisme sociétal » au nom de la démocratie contre lequel la démocratie, par « principe » ne peut pas lutter. (Sachant selon mes concepts que ce totalitarisme sociétal a été installé sur des décennies, 2020 le montre en action magistrale et officielle mais on ne passe pas de démocratie à l’état actuel pour un virus en quelques mois.)

— Seule la « masse » elle-même peut se sauver de ça. Or, dès lors qu’elle est fascinée par sa panique, atteinte de folie, elle suivra à volonté et se trouvera « belle et juste » à « suivre », deviendra agressive contre quiconque sera contre « sa » liberté. La « masse » ne peut se sauver seule et folle de son « autodestruction légale ». Pour la freiner dans cet élan « mortel », pour la ramener à reconsidérer son « principe régulateur » de liberté, dans une démocratie, comment peut-on faire ? Les réponses anciennes sont : propagande inverse, attente et nouvelles générations. Ma proposition est propagande inverse, immédiate, sensible et potentiellement victorieuse parce que les sociétés adultes ont évolué, ont été éduquées et qu’il est HORS DE QUESTION, éthiquement, de compter sur les générations à naître, et tout autant hors de question d’abandonner quelconque génération non-adulte aujourd’hui.

— Ce que je dis (bêtement parce que c’est insuffisant) dans le 015, à propos de «autodestruction légale » c’est que dans la « masse », ceux les moins mobiles : qui courent le moins à la loi suivante, ne la demandent pas avec élan civique, et donc ceux qui « sentent » que quelque chose ne va pas, qui « sentent », avec gêne et honte et sans les mots, et trop lourdement plaqués contre le vide par une certaine terreur irrésistible, finissent par devoir faire le choix de suivre, en prononçant le mot de « obligatoire ». Ils finissent par ne plus supporter de ne pas être avec ceux qui courent à plus de lois, ils ont déjà peur, alors rester à l’arrière, trop seuls, sans grandes convictions pour les soutenir : non. Ils savent que quelque chose est « nocif », que leur « liberté » est utilisée contre eux, mais le chemin logique pour comprendre « comment », « pourquoi », leur est inaccessible, d’autant plus, cruellement, qu’ils n’ont pas à avoir le sentiment qu’en empruntant ce chemin ils iraient « contre la loi », parce que oui : ils iraient contre loi.

— Une des abonnées m’a dit : si j’avais encore des enfants scolarisés, je ne les mettrais plus à l’école. Elle irait donc contre la loi au nom d’un « principe de la liberté ». En tant qu’individu, elle devrait en passer par la Justice pour obtenir gain de cause et la Justice devrait décider de la portée d’un principe régulateur : c’est impossible, c’est la fin de la démocratie, donc la Justice devrait commencer à étudier le dossier « COVID AN I », et trouver là-dedans ce qui la concerne, elle n’ira pas loin, dernière ligne chronologiquement : « masque obligatoire ». Donc une action individuelle, c’est dangereux et vain. Par contre : 30 parents, 300 parents, une ville de parents, et l’État doit reculer, parce que, le lendemain, il y en aura 300000, 3 millions, 30. Dans l’état actuel de la France, du monde !!, cet élan de « liberté » même au nom de ses propres enfants est compromis et c’est immonde, abject, irrecevable, un crime contre l’humanité, dont l’éthique, si ça devait un jour être jugé.

À propos de jugement, les parlementaires se sont voté une loi, en avril, je crois, leur donnant l’immunité au cas où un jour leurs décisions-Covid, leurs lois-Covid, seraient jugées : pas de guillotine pour eux à la fin de la terreur.
Et pour aller plus loin, dans l’autodestruction légale, les principes régulateurs s’affrontent au lieu de se compléter : par « fraternité » (=protéger les « personnes à risques » même inconnues) il faut savoir se priver de « liberté » afin que l’ « égalité » devant la vie et donc la mort reste naturelle. Il faut sacrifier ses enfants pour des inconnus. Les enfants valent autant qu’une semelle de chaussure qui emporterait toute la crasse des trottoirs chez soi. Comme on ne peut pas « enlever » ses enfants ni par politesse, ni par hygiène, ni rien, on les masque.
Le néo-libéralisme, dans son vide, a toutes les raisons de prôner l’autodestruction légale : elle (donc la masse) lui confère par défaut une domination absente de lui, elle lui ouvre des voies qu’aucune thèse ne soutient vers une prise de position qui « ressemble » à celle permise par une thèse forte et ambitieuse, très mâle et ferme : on l’a vu ces derniers jours avec l’explosion des discours sur « l’ordre » et les citations d’un unique auteur fervent catholique et pro démocratie monarchique et « race française ». « “L’ordre, c’est la liberté, le désordre, c’est la servitude ! ” comme disait ce grand écrivain, Charles Péguy » a clamé le Fils de la Femme de Ménage.
Je ne vais pas faire la liste, ni reprendre l’intégralité des PUCKs et PUCK IS BACK ici, mais la question qui apparaît timidement parfois est « comment on va se sortir de là ? », « C’est quoi la suite ? » Et ça, je vais en parler dans le 016 : je ne veux pas entendre cette question avant qu’on ait répondu à « comment on en est arrivé là ? ». Je n’en ai rien à foutre, de comment on va s’en sortir, et je réponds en général en souriant surprise et comme si la question était très étrange : « On ne va pas s’en sortir. » C’est un peu méchant de ma part, mais zut, quoi.



PUCK IS BACK | 09162020 | pré-016 | LA GESTION MONDIALE DU COVID-19 EST UN CRIME CONTRE L’HUMANITÉ
🖤  pré-016e épisode des nouveaux PUCKs. Je voulais que ce soit écrit quelque part et daté.


PUCK IS BACK | 09172020 | pré-016 2 | LA SAISON S’ARRÊTERA À L’ÉPISODE 017
🖤  second pré-016e épisode des nouveaux PUCKs.
Le 016 et avant-dernier épisode de la saison PUCK IS BACK sera en ligne dans quelques jours, et le dernier épisode 017 courant octobre.

Il y a deux ans, je décidais de tenter la série PUCK, sur YouTube et, plus privée sur puck.zone. Le résultat est sans résultat. La non-monétisation de la chaîne n’y est pour rien, les efforts pour l’exporter ont échoué. Le nombre d’abonnés n’exprime rien, il tient de l’accord et celui-ci est antérieur, dans leur propre vie, au contenu : il existait quelque part déjà pour eux, pas formulé ni présenté ainsi, mais il existait.
Je ne suis pas là pour persuader et mon job n’a exhaustivement rien à voir avec obtenir coûte que coûte ce qui tiendrait de la conversion d’un public à d’autres idées. Je n’ai jamais été, parce que je suis née en 1973, en lutte contre des idées, mais contre l’absence d’idées, et cette absence constitue un tel espace, immense, total, que toutes les opinions y prennent des allures d’idées et ça leur est permis parce qu’elles ne vivent que quelques secondes et parce que ces secondes appartiennent à un temps qui n’existe pas.
« Recréer le Temps » pour que les secondes retrouvent leurs puissances critiques, qu’elles garantissent et supportent sans effort le poids de leur propre connaissance, qu’elles allègent ainsi les individus et ouvrent à nouveau les poumons, offrent un soulagement, n’est en rien, rien, une folie à penser et à mettre en œuvre. Ça ne tient à rien, mais l’époque « doit » le vouloir impossible et rejeter toute tentative de réamorcer le Temps, révolutionné, parce qu’elle sait qu’elle n’y survivra pas, elle deviendrait un espace distinct du temps de l’Humanité : j’en parlerai dans le 016.

Les PUCKs et PUCK IS BACK sont à l’abri d’une architecture constituée de mes titres et de mes concepts, eux-mêmes n’ont aucune dimension publique, mais leur armature résiste et résistera à tout espace insensé, temporellement, intellectuellement. Ils ont été bâtis à la suite d’un temps, lui, existant, et peuvent démontrer comme ils en viennent intrinsèquement, liés jusqu’à la fusion, sans aucun doute en eux quant à leur reconnaissance d’arriver « à la suite », et en tant que « conséquence ». Mais dans l’espace d’absence d’idées, la mémoire, l’Histoire, dont celles de l’art, dont celles de la littérature, dont celles de la connaissance (analyse et critique), et toutes leurs démonstrations, n’existent plus.
Mes propres cathédrales invisibles n’ont rien pour apparaître ni dans l’espace insensé, ni à ses abords, pas même un léger voile qui les traverserait comme le soleil montre parfois la poussière dans l’air et matérialise l’air même ainsi, « quelque chose » là où on croit du vide.
Autre chose : la littérature, au XXIe siècle, se doit d’être l’architecte, le plan et le bâtiment, le vaisseau, mais ne peut plus (et ça n’a pas du tout à être un deuil puisqu’il n’y a aucune mort, aucune perte) assumer seule le rôle de vecteur sensible : il faut qu’elle prenne, « en plus » de sa forme pure, presque tout entière une autre forme, qu’elle se métamorphose pour répondre à son temps ET à ses concepts, et qu’elle ouvre ainsi son espace sensible à la perception vaste, par l’image, par la musique. Quoi qu’elle contienne en sens et en puissance : elle doit savoir le transférer, intact, dans une forme qui ne peut « tout » représenter, mais se charger de la totalité des concepts, si. L’objet littéraire reste l’ultime garant, la démonstration absolue, la référence, il doit inclure et induire sa métamorphose qui n’est ni un produit dérivé, ni une adaptation.
Les deux saisons de PUCKs sont des visiteurs parlant haut, des traducteurs, des « historiens » commentant la visite des bâtiments, intérieur et extérieur, mais ils ne sont pas leur métamorphose et n’en donnent qu’une vision, presqu’imposée, de très peu de moyens.

J’enregistre les PUCK IS BACK dans un lieu sans électricité, donc sans lumière artificielle possible, sans chauffage, et, depuis aujourd’hui, à côté, les arbres du verger sont sciés et les racines arrachées, on creuse des fondations pour une maison neuve : l’automne et encore moins l’hiver ne permettront pas de poursuivre. Le froid très humide, la lumière basse, j’aurais pu gérer, mais le bruit des machines, il faudrait faire entre ou avec. J’avais trouvé de l’air et un espace libre du temps, de cent ans d’âge, reconstruit après la Seconde Guerre mondiale, puis laissé au temps passant et à l’abandon de ses rôles ; il avait d’un côté une lumière permise par le vide blanc et souvent éclatant en vidéo, du verger, si c’est pour devoir me caler sur les pauses des destructeurs-bâtisseurs, je n’aurai plus de luminosité suffisante dans la journée, et ensuite, plus à cause des nouveaux murs.
J’avais trouvé ce lieu après trop de recherches vaines, de refus et de rejets, aussi, je ne peux pas en chercher un autre, il n’existe pas ici, pas de façon pratique, il existe en numérique et il est inconnu mais il existe. Les PUCKs et PUCK IS BACK étaient déjà des ponts dans le vide depuis lui, je ne peux pas construire des ponts aux ponts, des escaliers aux marches, des colimaçons aux arcades, je vais droit à une architecture démente à la Piranesi, ce n’est pas pour rien que dans Blanc le dernier roman de Soland Kellyer se nomme Esinev.

Je ne peux pas reproduire infiniment sans perdre à chaque fois une matière et un sens inquantifiables : d’abord une architecture, puis la peinture de cette architecture, la même chose en gravure, puis un schéma de la gravure, et quoi ? Je voulais accéder à l’absolue de l’architecture, je voulais l’espace : je peux encore sauver cet espace avec la seule conscience d’où je suis et où j’en suis le plus exactement. Je peux encore sauver cet espace parce que je peux argumenter, encore une fois exhaustivement, comment j’ai dû passer d’une cathédrale à tenter de vendre ses gravures au bout d’un quai, au bord d’un pont, sous lequel aucune scène ne coule que le vide. Je ne peux entraîner là aucun abonné : c’est très dangereux et vain, beaucoup de solitude quand la solitude était déjà cause ; se démontrer isolé n’est pas éthique, et en fait : c’est trop d’échec.

L’épisode 016 va rassembler avec un appui visuel beaucoup des versions des concepts, essayer de placer les éléments historiques dans une LOGIQUE sensible, et ultra-simplifiée. Une, parmi d’autres mises en forme et immensément loin de l’optimale, d’un fond déjà entièrement réduit pour qu’il s’adapte à son produit : des vidéos sur YouTube.
L’épisode 017 sera le dernier de la série PUCK IS BACK.
Ça ne signifie pas l’arrêt d’une production PUCK en vidéo, mais elle prendra encore une fois une autre forme dont je ne sais rien.

Quand j’ai établi avec le public, qu’il ait été là ou non, une preuve avec Blanc, en 2004, preuve tout entière dans son ISBN, la zone d’où un développement était possible était un quartier à Paris, Saint-Germain, puis Paris. J’ai dû reculer et la zone est devenue la France, puis le monde. Pendant 10 ans, au lieu de consacrer mon temps uniquement à poursuivre ma première preuve, j’ai dû monter des murailles pour la protéger, des barricades, j’ai dû m’armer, et être assiégée voire m’assiéger, j’ai dû tenir, jusqu’à obtenir en face de moi assez de guerre lasse pour que toute menace de destruction par l’extérieur s’éloigne. Tout ce que j’ai écrit pendant ce siège a été avec l’angoisse que tout cède, et j’écrivais la nuit, et de la fiction uniquement, de tout ce que j’ai demandé comme aide externe : rien. Au mieux, on me conseillait sur tous les tons d’abandonner, mais abandonner quoi : personne n’a jamais su. Tout ce temps, la menace de destruction par l’intérieur a été intense, aussi ; elle n’a pas disparu, elle s’est usée et s’est maîtrisée, j’attribue à cette maîtrise mon AVF.
En 2014, puisque la zone était le monde : je suis passée par le numérique, le gratuit, et puisque ce monde est tel qu’il est, en 2018, au pilote de la série PUCK, et puisqu’il a échoué, je l’ai décondensé le long de 2019, j’ai récréé de l’écrit, via INKTOBER, et tout a échoué. 2020 est ce que l’on sait, Corona Propaganda, et PUCK IS BACK.
Et tout ceci est si logique que je ne le cède pas au hasard : et, de même : il n’y a aucun destin, il n’y a pas de mythe et encore moins celui de cet « artiste maudit », il y a uniquement le XXIe siècle, il n’a réellement pas besoin qu’on lui crée de légende enchantée, il est atroce, c’est tout, il est vain, il est achevé déjà, et c’est intolérable, c’est anéthique, ça ne peut pas exister. Garder ça à l’esprit : aucun hasard, aucun destin, aucun ennemi (pas même le vide, pas même un espace insensé) est l’unique dimension logique dans son labyrinthe dément. Si je cède cette logique, là, oui, l’échec sera absolu et de ma faute, mais à qui je devrais en rendre compte ? À moi ? Pourquoi ça devrait m’importer encore, de moi à moi ? C’est ça que je me demande chaque seconde. Or je n’ai pas à trouver. La situation actuelle est donc sans plus de réalité, sans plus de choix, pas absurde pour autant, elle n’est tout simplement plus rien, et je n’ai pas à « me » donner de réponse. Elle n’est certainement pas une fin pour autant.

Avoir découvert la production de Broch donne une post-antériorité à la mienne, temporellement, mais pas conceptuellement, et pour l’instant, ça ne me sert à rien : j’ai fait sans, toujours, donc j’en étais libre et je le suis toujours : j’arrive « après », mais « sans », ce que je lui dois apparaît seulement maintenant et d’abord pour révéler que je ne dois rien à personne de ma propre époque et pire ; et en passer par une étude de l’œuvre de Broch alors qu’il est mondialement là, pour permettre à un vaisseau fantôme de voguer dans le néant sera l’objet du 017, mais je ne peux pas aller plus loin. Cette démonstration sera déjà assez complexe ainsi.

Je suis par x éléments le premier auteur, inédit, à être confronté à telle configuration. S’il y en a d’autres, en ce moment, je ne les connais pas comme ils ne me connaissent pas, nous n’avons aucun moyen de nous trouver et comme je ne dérogerai jamais à mes concepts et exigences, je ne me rallierai pas à « moins » qu’eux, et même quand, par désarroi et faiblesse, je l’ai tenté : c’est en face qu’on n’a pas voulu d’alliance, ou qu’on m’a demandé de renier ou modifier 99,99 % de moi. Si je suis le dernier auteur, alors nous sommes plusieurs à l’être, c’est certain, et nous l’ignorons tous et tout le monde l’ignorera aussi (pas parce que le monde est grand, mais parce que l’époque est minuscule). Il faudra beaucoup de temps avant que quelqu’un, soudain, se dise « mais où ils sont ? » et il ne nous trouvera pas, encore moins que je n’ai trouvé la production de Broch « avant » d’écrire Blanc. Il trouvera ce qui était encore visible et puisqu’il se sera posé la question de notre disparition, il saura que ce qu’il trouve « visible » ne peut pas avoir été le dernier, mais « est cause » de la disparition : et l’étude finira par se faire, la même analyse, le même parcours, la même recherche, les mêmes conclusions, absolument identiques.
Je suis assurée qu’il n’y a pas eu entre Blanc et ce qui est « visible », un autre « dernier auteur » que j’aurais moi-même ignoré. Mais, depuis Blanc, s’il y en a d’autres (et je ne considère pas en parlant « d’auteur » ou de « conceptuel » forcément une personne agissant dans la sphère art/pensée), aucun n’a pu accéder à une place d’où on puisse le voir et l’entendre. « Dernier auteur » ne veut pas dire qu’une parenthèse se ferme, mais qu’un univers passe à un autre. Cet autre univers, le suivant, si je reste anonyme, existera après qu’un autre conceptuel sera parvenu à recréer Blanc, tout aussi officiellement qu’a pu exister la première version de Blanc, mais, lui, parviendra à se faire connaître d’autres conceptuels. Je ne suis pas prête du tout à lui passer le relais sereinement, par-delà les temps en agitant un mouchoir de larmes d’espoir. Il ne faut pas déconner, je suis encore en vie, et encore assez souvent, je trouve quelque éclair de rage suffisant pour ne pas m’avouer vaincue. En échec, oui, vaincue, non. Le jour où je partirai, pour sauver de véritables baleines, blanches et noires et bleues, oui, là, j’aurai abandonné, mais pas vaincue non plus.

La « configuration » a déjà existé, et il y a déjà eu beaucoup d’auteurs qui alors se sont confrontés à elle, et des auteurs en tout à des années-lumière de ce que le XXe siècle a dû nommer « engagement », en créant le statut d’« artiste » et d’« intellectuel » et le plus souvent, en France, « professionnel », dissimulant son vide vaniteux derrière une porte blindée. Un statut inaccessible pour les générations à venir, retenant la pensée dans une prison physique et psychique, pensée qui refuse par essence le passe (que de toute façon on ne lui tend pas) pour traverser la porte blindée, et par essence dénonce le vide qu’elle préserve des regards et de la conscience publique, reléguant au rôle de Cassandre le futur. Mais nous y sommes à « leur futur », c’est notre présent, passé et avenir.
La grande majorité des auteurs, et je ne parle pas que de ceux de l’écrit, n’avait pas conscience de cette confrontation, et il est donc hors de question d’attribuer à toute culture séculaire un rôle dont elle n’a jamais eu ni l’idée, ni la volonté, en tout, dans les matières dont elle usait, dans l’œil, dans l’esprit, dans le corps. Mais l’Histoire et son progrès ont défini la confrontation : pourquoi ? Ça, c’est dans Blanc.
Il y a donc 80 ans, avec Broch, l’existence de l’auteur était connue, il était entouré, bourgeoisement malgré lui et par l’université et par ses contemporains, des créants et pensants, jusqu’aux génies scientifiques, éventuellement nobélisable, mais son osmose avec son époque a été plus que compromise et cet entourage était fictif. Il en avait conscience et en a établi les raisons, avec logique, en préservant quand même cet entourage, et il a prévenu, de son œuvre, de ses concepts, de son observation en temps réel. Il a écrit : je serai précurseur. Chez Broch, ce n’est pas une petite phrase comme ça de grandiloquence désuète : c’est la totalité de son œuvre qui fait concept, des milliers de pages qu’il commente consciemment, construites consciemment, démontrées consciemment, et poussées au-delà de leurs limites. Il a posé un temps possible où une « suite » pourrait se mettre en place, en a donné les traits, les limites, l’objet, l’ensemble sous sa logique. Il n’y a aucune coïncidence à ce que je puisse lui répondre : oui, voilà. Aucun hasard, mais ça ne rime à rien, à rien du tout.
D’où, de quoi, comment, pourquoi je pourrais dire ça, et à qui ? À moi ? Donc, avant Broch, je n’avais plus, qu’au fait d’une arrogance bornée, à me dire que j’étais à telle place dans le monde et après Broch, m’inventer un soutien historique, même réel, une « invention » ? De moi à moi, dans mon petit univers qui ne dépasse pas ma propre personne, au fond de l’anonymat ? C’est tellement ridicule et pathétique et désespérant que j’arrive à en rire.
Non, ça ne rime à rien, ça ne sert à rien. Ça ne va nulle part parce que, pour l’instant, je suis exactement nulle part. Avoir toujours su où je vais et pourquoi n’y change rien.
Et arrêter la saison PUCK IS BACK à l’épisode 017 est l’unique façon de déterminer un endroit dans ce nulle part. Continuer ne ferait que monter un camp pour réfugiés, vide, dans le désert, ce serait admettre que ce nulle part « soit » un « lieu », admettre qu’on puisse y vivre et y penser, admettre qu’il soit utile, qu’il « existe », et leurrer ainsi la totalité de mes concepts, donc non. Tous les abonnés actuels, qui ont suivi depuis le début, savent où est cet « endroit » dans le nulle part. Poursuivre sans rien changer, c’est répéter, et adapter, et faire croire au monde qu’il ait quelconque vibration avec laquelle il faut se coordonner pour quoi ? Survivre ? Ça ne m’a jamais intéressée. Et je n’ai pas d’autre analyse, ni d’autre réponse que celles que j’ai déjà données, x fois, sous x formes, avec x tons.

L’épisode 016 sera donc le dernier de cette saison adressé aux abonnés, pour le 017, en octobre, ils passeront quelque part de mon côté et nous nous adresserons à je ne sais qui.





ARTICLES.

PUCK IS BACK | 08302020 | pré-014 | HERMANN BROCH | partie 1/n

En préparation de l’épisode 014 puis 015 de PUCK IS BACK. À propos d’Hermann Broch. Première partie.

[d’après 1 lecture, du 11 au 28 août 2020, des textes d’Hermann Broch, voir liste ci-dessous. Je ne peux pas, et je ne veux pas, être définitive et je réserve donc tout autre analyse à relecture et d’abord d’autres lectures, dont celles listées ci-dessous. Ceci dit, je n’ai presque jamais lu quoi que ce soit qui « traduise » et exploite des arguments analytiques au-dessus des œuvres mêmes pour décider d’un auteur. À 95%, j’en reste au texte pur des auteurs ; je ne compte pas des lectures contextuelles, historiques, ou d’autres auteurs, par contre. Je n’aime pas les filtres, je m’en méfie, et la traduction en est déjà un.]

« Pour répondre » :
L’absence française et presque mondiale d’Hermann Broch (voir note 0), ne s’explique pas d’un seul angle. Il n’y a pas, de toute façon, avec lui, de prise linéaire, de cause linéaire, il semble être comme ce qu’il défendait : à la tangente de quatre espaces, qu’il faut uniquement considérer, ainsi qu’il le démontre aussi, en tant qu’observateur en soi, selon la théorie de la Relativité, appliquée à [(la poésie/la littérature), (la philosophie, la religion), (la politique/l’économie), (la science/les mathématiques/la logique)] simultanés (et encore, ce classement par association entre parenthèses est un raccourci faux). Et cette tangente est elle-même un espace, et lui-même subit à nouveau un état de tangente, et de façon infinie ou presque, et cet ensemble ne va pas en se réduisant, mais en augmentant.
Voilà en quelques lignes pourquoi Broch n’a pas été compris, par personne, ni à son époque, ni encore aujourd’hui, ou Blanc n’aurait pas existé : parce que : qui va comprendre ce que je viens d’écrire ?

Bon, maintenant, « Pour te répondre » : il y a plein de manière bien plus simple d’expliquer son absence en tant qu’intellectuel (presque) total, ou je dirais « auteur conceptuel » (évidemment), ou même « précurseur », comme il disait lui-même sûrement à regret mais trop distingué pour le laisser paraître.
Donc, je prends le cours du temps, la chronologie, sa biographie totalement parcellaire et les environnements élito-socio-économico-politiques des époques traversées, ainsi qu’une thématique à la hache pour classer les raisons de cette « absence » et je vais essayer de les classer vaguement de causes à conséquences (voir note 1) :
— Il ne faisait pas partie du sérail d’auteurs, ni d’universitaires, ni rien de proche du milieu artistique, ni même journalistique. Il venait de l’industrie textile, c’était un « capitaine d’industrie », jusqu’à ses plus de 40 ans. Il a obéi et suivi le vœu de son père, orienté ses études en fonction, laissé de côtés ses aspirations et son intérêt inné pour les mathématiques. Ensuite, après une revente encore judicieuse, avant la crise, des industries (la fortune était acquise passant la crise de 29 mais pas les suivantes et inflations, et nazisme), il a braqué, et Broch a commencé sa carrière unique et réelle, donc, très tard. En arrière-plan de sa première vie, il n’a pourtant déjà cessé de réfléchir et produire en prévision « à vide » ; son « début » est donc officiel mais a pourtant déjà plus de 20 ans intimes et sans traces.
— À rattacher (fondamentalement, d’après moi) : c’est un gaucher contrarié « à force de raclées », d’où sans doute (signalés par lui) une lenteur au travail et un « sauvetage » de sa capacité à produire grâce à la machine à écrire.
— Il était pourtant alors, finalement, le plus jeune de toute la bande d’auteurs et d’intellectuels du premier tiers du XXe siècle. Et il a été ainsi pris en étau pour absolument tout par cette position : trop jeune, trop vieux. Et ce statut « vieillesse » l’a précipité, je crois aussi, (en plus du vécu de la succession des événements internationaux, la prison nazie [dont il n’y a pas de témoignage dans ce que j’ai lu, sauf, évidemment : voir point « Virgile »)] l’émigration, totalement usant) vers une mort trop tôt.
—Il a dû se défendre d’être passé, bourgeoisement, d’une superbe et très riche situation à « écrivain », comme si c’était un loisir, alors qu’il a, toute sa vie, travaillé en moyenne 17 heures par jour avec, dès qu’il a quitté l’Autriche, une base financière de moins de 100 à 600 euros (actuels (10£ et 50$ ensuite)) par mois, la plupart du temps sinon, nourri et logé par des amis, sur des campus ou équivalent, et devant rendre pour ça un travail soit universitaire, soit alimentaire. Pas de vie « mondaine » signalée et décrite, et une « gloire » qui n’est pas financière du tout (et très désincarnée dans les lettres).
— En un roman : Les Somnambules, (issu de cette réflexion isolée et en temps masqué) il a dépassé et modifié le cours de l’Histoire littéraire, « alors que » (c’est crucial) il n’avait pas lu Ulysse de Joyce (voir note 2), encore. Donc, il a dû se défendre d’être dans la ligne de Joyce, puisque c’était impossible : il ne le connaissait pas. Cette défense l’a fait devenir littéralement un immense spécialiste critique d’Ulysse de Joyce qui est un fantôme harcelant pour lui. Toujours, on l’a renvoyé à Joyce : il arrivait à la suite de, il avait copié, il avait imité, il s’était inspiré de, et c’était strictement impossible : il ne l’avait pas lu. Plus tard, la comparaison est restée, parce qu’on la croyait « flatteuse » et Broch a dû l’assumer, beaucoup remercier de l’honneur, et la rejeter aussi dans le même paragraphe, dans x lettres. Ses arguments et explications sont toujours restés vains.
— Il a quand même tenté, au début, après la sortie des Somnambules, devant cette pression de lier son roman à celui de Joyce, de s’en approcher mais il ne pouvait pas : Broch a peut-être 1000 fois, par écrit, expliqué pourquoi : Joyce se termine sur lui-même, il n’y a aucun héritier possible, il achève, 20 ans après sa fin, le XIXe siècle (et démarre le XXe aussi, selon moi), mais stérilement. (Stérilement mais révolutionnairement, je l’ai dit, je n’avais jamais lu cet avis avant de le retrouver chez Broch, en tout cas pas aussi argumenté et puissamment argumenté. Moi, je n’ai jamais eu besoin d’argumenter : puisque qui a lu Ulysse ? Ensuite, Broch n’avait pas, à l’époque, mon avantage, par rapport à Ulysse, un siècle de plus, pour ramener plus facilement sa révolution dans un rapport de cause/conséquence. Il était son contemporain et plus tard, ami mais pas proche, de même pour Musil.)
— Joyce avait la réputation d’être illisible, une dimension accessible à l’élite de l’élite (même si c’est faux). La difficulté d’Ulysse était la même à l’époque qu’aujourd’hui, (ce qui est désespérant), donc, quelque part, la comparaison, même éloignée, avec Joyce était un poison parce qu’immédiatement le recul du lectorat était spontané, même d’élite. Broch ne voulait pas, au début, que son éditeur parle de Joyce pour « placer » Les Somnambules, pour s’éviter ça. D’un autre côté, ça restait une référence d’absolu. Mais quel « absolu » ? Broch a dû lui-même, ensuite, presque toute sa vie (jusqu’à ce que Joyce entérine son Work in Progress et que Broch finisse par dire en résumé : « non, il y avait autre chose à faire dans une pareille époque qu’écrire pareil livre pendant 17 ans. ») argumenter et se défaire de cette proximité erronée avec Joyce, il y a perdu un temps fou et il a perdu un public capable de s’élargir parce que personne ne pouvait le suivre intellectuellement dans cette analyse différentielle entre lui et autant de « complexité » qu’Ulysse de Joyce. Ça donnait une complexité puissance 2, c’était suicidaire.
— (À propos de Joyce : c’est lui qui aurait œuvré pour sortir Broch d’une prison nazie et lui permettre de gagner l’Angleterre, mais je n’ai encore rien lu à ce propos et rien non plus sur un rapport d’amitié, aucune lettre témoin.) (voir note 3)
— Le statut d’ex riche bourgeois de Broch, son éducation, son caractère, l’empêcheront toute sa vie d’accéder à la colère, (en tout cas, aucune trace dans ses lettres), au ressentiment, à la vengeance. Il y a trace, peut-être, de haine. Et sûrement (très, très) secrètement d’un désespoir abyssal. Il se dit « introverti ». Mais il a « tenu », avec une constance épouvantable. Il n’a cédé à rien, jamais, jamais. Il était ferme dans ses concepts et n’a jamais dérogé : il a attendu qu’on vienne à lui, ou il a (quand même) tenté d’attirer à lui quelques esprits, et se rendant compte dans la seconde que c’était vain, à des années-lumière de sa capacité, de sa production ; il n’a jamais, pour autant, été catégorique (alors qu’il savait l’être autrement), jamais il n’a renvoyé personne mais jamais il n’a menti non plus sur sa valeur, même si, pour éviter le mensonge, il y a parfois dans ses commentaires des tournures assez magistrales pour s’en sortir, et un lecteur non dupe lit entre les lignes… Tous ceux qui l’ont trahi, quelque part, à ne pas mesurer leurs propres forces, et encore moins les siennes, en ont pris pour leur grade, mais, trop pleins d’eux-mêmes, ils ne l’ont jamais lu dans les lettres de Broch, pourtant, c’était écrit.
— Il prône la solitude, il parle de sa solitude, il ne s’en plaint pas comme il aurait pu, jamais. Pourtant, on parle pour lui d’un entourage, une « réputation » semble là, mais elle est illisible dans tout ce que j’ai pu lire. Dans ce pack-là : il y a sa volonté de ne pas « céder », encore une fois et maintenir fermement ce en quoi il croit (qu’il ne répète que peu de fois, finalement, dans ses lettres et livres théoriques) : pas de dettes, pas de liens facturables ni par bénévolat avec un État, pas de cession pour obtenir un public vaste : ni dans son comportement, ni dans son écriture, ni dans sa difficulté, ni dans un « prix » littéraire et autre jusqu’au Nobel, ni dans un statut de professeur ou d’académicien, ni dans un deal de flatterie, ni dans la plainte niaise, ni rien. Jamais. Et il a tenu. Il remboursait, toujours, il troquait, sinon. Il ne s’en justifiait pas, c’était « lui », invariable et incorruptible, et ça ne lui coûtait pas de l’être.
— Mais, dans ce maintien extrême, jusqu’à la pauvreté (qu’il n’envisage, forcément, que comme quelqu’un ayant connu une grande aisance et capable de simplicité ascétique ou presque tant qu’il avait une machine à écrire), il ne pouvait pas garder en réseau proche, de bonne complicité, l’intelligentsia de son époque. L’hypocrisie lui étant inenvisageable, il n’a pas pu avoir avec tout un petit monde les relations qui forcent le succès, le placement, un « nom ».
— De même, à ne pas y aller franchement, jamais, mais toujours avec trop de grâce et de respect, et d’archaïques honneur et noblesse, même pour l’époque, et même à répéter les choses des centaines et des centaines de fois, même à les argumenter de plus en plus intensément ou au contraire en les simplifiant à l’extrême, avec une technique digne d’une propagande épistolaire, de « conditionnement », Broch n’a jamais pu obtenir de ceux qui ne le comprenaient pas qu’ils agissent, presque sans comprendre ce qu’ils auraient fait. (Notamment : son éditeur écrit lui-même, bêtement surpris, que Broch avait « beaucoup d’intérêt » pour tout ce qui concernait des « mesures publicitaires ». Mais l’éditeur ne peut ni comprendre, ni suivre les indications bien trop subtiles, bien qu’insistantes, de Broch qui sait, lui, la portée d’une publicité orientée, d’une « propagande », comme le terme est admis, à l’époque.)
— À propos de la solitude, dont il dit la vouloir absolument : il ne l’obtiendra pas, pour deux raisons « simultanées » qui elles, sont atroces, et qui vont, à l’évidence, l’user terriblement et s’entre-entraîner jusqu’à l’abandon : il consacrera 50% de son temps dans de soi-disant « dialogues humains », de la correspondance, ne manquant jamais de répondre à quiconque lui écrivait, à recevoir des dizaines de lettres par jour qui ne sont en rien, mais alors : rien, des dialogues. Ou infiniment rarement, et seulement alors, le contenu des lettres repasse à son seul niveau et le délasse sans doute, intellectuellement. Sinon, c’est une immense perte de temps, mais il y est forcé parce qu’il attend, et attendra toute sa vie, que son livre La Mort de Virgile soit lu et compris pour qu’il lui autorise la suite de sa production. Il a nécessité que ce texte trouve sa réelle dimension, parce qu’il est la preuve, la démonstration et l’exemple simultanément. Il va donc, inlassablement, répéter et répéter et répéter ce qu’est celui qu’il nomme seulement « Virgile », Virgile. Et, « hélas », seule sa correspondance peut lui permettre de faire « vivre » Virgile et espérer en son déploiement. Encore une fois, il le fait de façon trop élevée, trop humble, trop discrète, en serrant les dents et avec une patience sidérante, et en écrivant à des centaines de gens mais qui ne font qu’un plus un plus un… et pas un public. Et quoi qu’il en soit : personne, personne, personne, jamais, de « un à un », ne lui parlera de ce qu’il a réellement écrit. Jamais. Pourtant, non seulement c’est dans Virgile, mais il le dira lui-même (voir point « Virgile »), et il ira jusqu’à (consciemment ou pas, je ne sais pas, je doute que ça ait pu être « inconsciemment ») le détruire, le rabaisser, le négocier, le comparer à des productions nulles avec égalité, le prostituer, dire que c’est un blasphème, qu’il n’aurait jamais dû être publié : parce qu’il le sait totalement immunisé intrinsèquement à ce genre de « dégradation de valeur », il est imputrescible et hors d’atteinte. Toute la propagande que Broch crée ne retire pas un grain au marbre de Virgile et, en tant qu’auteur, il se sait tous les droits. Mais rien n’y fera. Jamais. Au mieux du mieux, 1 ligne « vide » d’Einstein est parmi les plus justes concernant Virgile. Einstein écrit : « Je suis fasciné par votre Virgile et je me défends de lui constamment » mais ligne suivante, Einstein tirera la couverture à lui revenant à son « je », avec un égoïsme pathétique pour remporter la mise établie par Broch, disant en gros, « vous avez écrit ce que JE suis incapable de formuler, mais l’essentiel c’est que 1 : JE, 2 : JE sais donc (mais j’en avais la préscience bien sûr) à présent ce que je suis parvenu à m’éviter, 3 : parce que JE = JE2 = JE3 ». Einstein ne brille pas, pas du tout, face à Broch et Broch finira, à la fin de sa vie, par dire ce qu’il pense de lui avec radicalité, dans une lettre à Hannah Arendt. Un autre « grand » au cœur sec et plus qu’imbu de lui, lui écrira aussi (probablement shooté) la lettre la plus impressionnante de stupidité dédaigneuse, et d’à côté de la plaque, qui soit à propos de Virgile : Aldous Huxley (Le Meilleur des mondes). Et non seulement Huxley sera ridicule, mais il maintiendra ce ridicule ahurissant même après la réponse de Broch.
— Au contact de Broch, de près ou de loin, et par les traces écrites laissées : toutes les « têtes couronnées » par le public, l’intelligentsia, et même l’Histoire, de l’époque, d’aujourd’hui, dans tous les domaines : littéraire, scientifique, politique, philosophique, reprennent leur circonférence réelle et dénoncent le poids de leur esprit ou âme : plus que léger, ou de leur intelligence, humaine ou non : contestable à absente. Broch est de tout son statisme, un révélateur de médiocrité, à corps défendant, et certains le sentent mais ne peuvent jamais l’attaquer : Broch ne laisse forcément aucune prise par son attitude même, et malheureusement : ses livres « non-lus » le préservent aussi. Personne n’est assez bête pour attaquer sans la moindre idée du contenu que ce qu’une gloire très étrange en dit. Et de plus : attaquer un Juif émigré allemand ayant fui Hitler ?
— Juif, mais marié à une catholique, dans un mariage catholique. (Pas un mot sur son épouse, et à peine une suggestion quant à une maitresse, et encore, et 3 ou 4 courtes lettres à son fils) A/ Broch sera catégorique, concernant la religion, les religions, le judaïsme, le christianisme, n’allant pas sur les terrains qu’il n’a pas absolument en main : l’islam et les religions asiatiques (de façon générale, Broch ne parle que de ce qu’il connaît, ce qu’il a lu pour de bon, jamais superficiellement). Il se dit « hérétique », fait la différence sans doute possible entre religieux et croyant, il est strict concernant son traitement de la religion : rien n’est religieux, ni dans les romans, ni dans la théorie. B/ Mais, à nouveau, même à le dire x fois, il n’est pas ou cru, ou entendu, pour des raisons en sous-bassement : sa famille a suivi la voie de l’ « assimilation » (commune et volontaire : triple intégration au sol : par le travail, l’enrichissement et une union inter-confessions, les 3 plus qu’haïs par Hitler et le nazisme, les 3 accusés de la ruine de la nation allemande), son mariage est sans doute, pour certains Juifs, une faute irréversible (?), quelque chose de grinçant, en tout cas, même non avoué. C/ Sa défense intellectuelle d’avoir totalement incubé le christianisme, notamment développée dans la suite logique de la Scolastique, de Descartes, de Kant, Hegel pour en arriver depuis Hegel à Marx et donc à une vision déductive de l’époque, et au-delà de ça à une démonstration pour l’avenir (Théorie de la connaissance, Dégradation des valeurs) n’ayant pas de public, disciple ou d’écoute, il en reste en permanence à ce « sous-bassement » problématique sans jamais atteindre l’évidence de la moindre honnêteté intellectuelle face à l’Histoire, dont il veut redonner une Philosophie de l’Histoire. Son travail, pour lequel la fondation de Virgile ne s’établit pas et contre lequel des préjugés très graves, dans ce qu’ils ont de chiral avec la condamnation nazie, refoulant toute démonstration absolue et relative intellectuelle, même si rien n’est si frontal : ne peut pas trouver de repos et de justice pour se bâtir « temporellement ».
— À propos de son attitude : même physiquement, il ne semble pas obtenir de « vérité » ou de « justice » à son égard, c’est assez net dans les lettres : alors qu’il passe des mois à l’hôpital sans se plaindre pour de graves opérations et traitements avec séquelles, on peut lire dans ses réponses à certains courriers, dans cet intervalle, qu’il prend des nouvelles d’un mal de ventre, d’un tour de reins. On se plaint à lui, et l’habitude est prise qu’il s’efface pour s’enquérir et régler les problèmes des autres, dont des années à aider les émigrés, coûte que coûte, de tous ses moyens possibles et plus tard à mettre les gens en relations quand je doute qu’on l’ait fait pour lui. Cette discrétion ira jusqu’à sa propre mort. Il ne se plaindra ouvertement et une fois sur 200 avec un agacement sain, du temps que lui prend sa correspondance, il s’en excuse et parfois ses lettres ne sont finalement que ça : une longue excuse pour expliquer qu’il ne peut pas répondre tant il répond. C’est une saturation et ça n’avance jamais.

Virgile. La Mort de Virgile :
(Je ne vais pas parler de l’œuvre, ici, juste la placer dans la problématique « pourquoi l’absence »). C’est le pivot terrible et c’est un néant atroce, un drame sans résolution, pour Broch, sur un point particulier : personne, jamais, quoiqu’il l’écrive à x personnes, ne tiendra compte une seconde qu’il parle de sa propre mort « vécue », lors de son emprisonnement par les nazis. Il le dira sous toutes les formes possibles : « ma mort », en longueur ou directement. Il finira presque par s’en excuser, en avoir honte, horriblement. Et personne, jamais, auteur, éditeur, philosophe, ne le comprendra, ce qui est un frein inhumain et un abandon sans rémission, il semble, dans la vie de Broch. Il ne peut pas aller au-delà, il ne veut plus, il ne « peut » plus, il en a fini avec la littérature, il le sait, il le prouve, pour sa vie, et ça ne sera jamais, jamais, « compris », sur aucun plan (voir note 4). Il dit x fois qu’il ne peut plus écrire de romans : on lui demandera des romans, on ira chercher de très anciens textes en le forçant, pour raisons alimentaires, à les reformuler ; il rectifiera (à la suite de longs remerciements, pour ne fermer aucune porte, jamais) toutes les critiques formelles, idiotissimes, de Virgile, et réargumentera à l’infini.
La simplicité fabuleuse de « c’était “ma” “mort” », semble tout simplement s’effacer de ses lignes quand ses correspondants lisent Virgile, ou lisent ses lettres. De même, je ne vais pas rentrer dans une démonstration de l’incapacité de l’inconscient collectif, même et surtout intellectuel, et pire « même en temps de guerre » d’admettre « la mort », de quelqu’un de vivant, fût-il « celui qu’Einstein n’aura pas pu être » d’après Einstein lui-même. Autre difficulté, alors, de Broch, cette « mort » non lue ni admise devient de toute façon sans poids face à celles dans les camps, et celles de la guerre, d’autant après-guerre, et si son objectif n’est en aucun cas de comparer, il manque l’espace, l’Histoire, le cœur, et l’intelligence, de toute part, pour en sortir le différentiel.
Ensuite, le plus superficiellement, Broch sera rapproché de Dante, avec autant de lien qu’on puisse rapprocher 1 de 3 par 2, ça paraît logique à tous ceux qui ne comptent que par nombres entiers et pensent avec analogie (Le poète Virgile conduit Dante dans La Divine comédie), mais même s’il s’en défendra avec évidence, parce que ça n’a rien à voir : rien n’y fera.
Évidemment, à livre « complexe », revient Ulysse de Joyce, et il faut repartir dans un tour pour expliquer que « non, pas du tout », bien que, et Broch le dit : Virgile est le seul livre qui peut se tenir à la suite, ou « après », Ulysse. Et disant ça, il élimine du paysage tous les autres poids lourds desquels il a tenté, par défaut et « en faux », de se rapprocher pour sauver son propre travail : Musil et Thomas Mann. Avec Virgile, il déblaie aussi autour de lui et devant lui, jusqu’à l’an 2000, d’où il regarde par anticipation.
Je ne sais pas si ces derniers points ont seulement fait froncer quelqu’un de son entourage ou à réception de ses lettres. Je crois que tout a pu être pris pour, si ce n’est de l’arrogance dont on ne peut pas le suspecter, une sorte de gentil délire d’auteur qui aura vraiment cru (et c’est vrai) que son livre aurait un immense succès, « évident », qui trouverait sur le champ sa place au-delà de toute production, qu’il serait « le » (dernier) roman, donc « pas un roman » et le premier d’autre chose.
Broch le dit à chaque fois qu’il parle de Virgile : « ce n’est pas un roman ». Il finit même par dire : « c’est un je ne sais quoi ». Il détaille pourquoi, il le démontre, sous x formes. Mais rien. Jamais.
Il faudrait autant de pages que Virgile pour venir à bout de la seule explication de la propre argumentation de Broch, et ce n’est pas l’objet ici. Mais, quoi qu’il en soit, reste que « sans » Virgile, Broch n’avait pas sa loco pour accrocher « sa » suite de production, purement intellectuelle et, ensuite, sans elle, purement mathématique.
Pour cette dernière, il en parle plus que souvent, plutôt sans doute la « seule sortie possible », mais il n’y a pas trace dans ce que j’ai lu et je serais incapable de la lire si elle existait, mais il y a la dernière partie de la somme Théorie de la folie des masses qui l’aborde sans contexte, ainsi que des écrits réunis et édités par Hannah Arendt, qui aura trié ses papiers à la mort de Broch, sous le titre, pour l’édition en français : Création littéraire et connaissance. Il y a aussi toute la fin de Virgile. Et d’autres textes qu’on sent tenu d’une autre logique que l’écrit. Mais tout ça est un autre sujet. L’essentiel, c’est ça : pas de loco « réalisée ». Et la « mort » n’y peut rien.
À mon sens, pour ce que j’ai lu, l’irréalisation du job de Virgile entraîne Broch vers une « paralysie », il dit à son fils « un ressort a sauté », il le dit pour son âge (alors qu’il n’est pas vieux), un séjour à l’hôpital pour un bras cassé, mais c’est, je pense, vastement plus grave. Ça pourrait expliquer qu’il traîne sur un projet nul et non avenu, commandé, alimentaire, sur l’œuvre d’Hofmannsthal (dont seule Lettre de Lord Chandos compte en tant que pièce de génie, pour moi, le reste, on s’en fout et je ne sais pas si Hofmannsthal lui-même ne s’en foutait pas, d’ailleurs) et qu’il ne cesse de correspondre quand ça lui prend tant de temps et de forces, et qu’il se surmène, au propre, jusqu’à une seconde et mortelle attaque cardiaque.

Peut-être que Broch a une timidité ou même une pudeur hors norme à s’autoriser « la philosophie », et « les mathématiques », d’abord parce que le décrochement entre sa carrière industrielle et « écrivain » est déjà un viaduc, donc aller plus loin encore, ou ailleurs plutôt, est un autre fossé, aux yeux du public, des profanes et des non-lecteurs de sa production, production qui, non lue, non comprise, ne conduit donc pas avec évidence à une sorte d’autorisation sacrée, universitaire, de prétendre à la philosophie, et encore moins aux mathématiques. Broch, pourtant, lie tout, mais son absorption reste comme freinée de la part d’intellectuels de formation philosophe et de la part des scientifiques. Broch parle, pour l’Europe, de « philosophes professionnels », cette expression trahit aussi son sentiment quant à l’outil « philosophie », sa propre manière de le réintégrer à d’autres (littérature, religion, histoire, science), et l’usage qui peut en être fait aussi bien côté universitaire que côté popularisation du contenu. La simultanéité avec laquelle Broch manipule ses matières n’est pas accessible, compréhensible, à ceux qui ont fait profession d’une seule ou qui ne sont les exégètes que d’une seule. Quand ceux-ci tentent de décrire la production de Broch : soit ils le schématisent pour qu’il rentre dans leur catégorie de prédilection soit ils annulent tout simplement tout ce qui ne les concernent pas, soit ils tentent de se leurrer en s’imaginant tout manipuler aussi et en font n’importe quoi, suivant leur idée, quitte à trahir totalement Broch, soit ne parvenant pas à considérer l’ensemble, ils jugeront qu’il n’y a rien à voir plutôt que s’avouer perdus. Personne n’a tenté, il semble, à part ceux totalement hors des sphères concernées, de dire tout simplement « je ne comprends pas. » Ceux à part du monde « productifs » d’idées et de littérature, ont su sans problème reconnaître à Broch une vision unique, mais par le seul côté de Broch-humain, Broch « politesse de cœur », Broch-attitude. Et ça ne suffit pas à une intelligentsia.
À ne pas être « philosophe », Broch a peut-être quand même un avantage : il peut, s’en s’y enferrer, ni les prôner, ni les porter, passer par des courants, en retirer ce qu’il veut, aller plus loin, comme avec le Positivisme. Ce qui n’est vraiment pas rien, comme pouvoir, à cette époque mouvante. Il fait de même avec Heidegger, qu’il ne cherche pas à lire réellement, ou Nietzsche, ou Kierkegaard, ou Wittgenstein. Il agit face aux philosophes en tant que lecteur libre, sans attache, sans école, sans noms à défendre à une chaire. Cette autorisation est presqu’impossible pour un universitaire ; quant à « créer » de toute pièce un courant philosophique (à la française, à l’allemande ou autrichienne, à l’anglaise pour Russell) sans base universitaire philosophique ou scientifique, donc en « amateur » aux yeux des académies, l’étiquette « intellectuel » doit être en acier, elle est difficile à obtenir par la littérature pure, d’autant sur le tard. Rien ne va aider Broch à s’autoriser la philosophie, mais il le fera parce qu’elle est nécessité et évidence. Et pas « à la française », il n’est d’ailleurs pas non plus un intellectuel « à la française » : il est dans la catégorie des refondateurs, pas des destructeurs, décorateurs ou des voies bis, ter, etc.
Broch a un rapport difficile à catégoriser avec Hegel, (je suis à l’aise par rapport à ça puisqu’il n’en garde sans remise en cause que son Esthétisme, et c’est la seule part qui me concerne et que je suive à 98% pour 1 tome sur 2, je n’ai jamais regardé le reste de la philosophie de Hegel comme maîtresse à penser). Bref : Hegel est un seuil, on entre, on sort, l’encadrement ne change pas, mais la vitesse de passage du seuil, si, ainsi que le poids dont on se charge, du passé ou de l’avenir, lors de ce passage. Toujours est-il que Broch, faisant suite à Hegel, va (assez sèchement, je suppose, pour l’époque, et encore pour aujourd’hui puisque l’Esthétique d’Hegel n’a toujours pas fait son job) replacer le Romantisme, le Naturalisme, le Réalisme, l’Impressionnisme et suite, là où ils doivent être, d’autant avec un regard germanique, et donc Broch peut se retourner vers l’avenir en se disant « Et maintenant : quoi ? », « Que doit-on faire, que peut-on faire ? » Ça n’aide pas du tout de replacer le Temps dans son Temps, et ainsi de trahir ses propres contemporains en les éloignant de soi temporellement, notamment en les reléguant, comme des moribonds, aussi célèbres soient-ils, à une dégénérescence de la puissance du XIXe siècle. (À nouveau, sur ce point, j’ai l’avantage de lecture d’arriver, comme pour Joyce, un siècle après, sur un terrain « froid », pour moi. Mais la première moitié du XXe a encore le XIXe siècle en mémoire « humaine », « parentale », « générationnelle », et pas seulement « mémoire ».) Toujours est-il que, par défaut, faire comprendre, puisque Broch n’obtient pas la place désirée et évidente « face à son époque » que tous les autres n’en font pas forcément partie mais vivent et écrivent depuis le passé ou dans le passé, ça n’aide pas à accéder réellement au seul « présent » qui soudain deviendrait finalement inhabité alors que tous les commentateurs éventuels et le « public » y vivent.
Au seul niveau de son intolérance au mensonge et aux effets de cour entre élites, et de son maintien dans sa sphère d’analyse, Broch se coupera par défaut mais sans regret de toute « aspiration » par le succès des autres : Thomas Mann, d’abord, ou Russell (ultra critiqué par Broch mais ultra apprécié du public), entre autres (une dizaine de prix Nobel étaient ou très proches de Broch, ou pas si loin d’un monde reconnu, accessible facilement par lui.) (Je crois qu’il est proposé 2 fois au Nobel dont celui attribué à Faulkner, mais je ne vois pas avec quel soutien de contenu.) S’il a pu tenter, par effet de propagande (consciente), de se rapprocher lui-même par des liens vraiment faibles, de telle ou telle œuvre d’un autre, c’était bien pour faciliter la vie au public, à ses éditeurs et même son entourage, et la critique en dernier recours. Il faisait des concessions, se disant bien trop flatté par tel rapprochement qu’on faisait entre lui et untel (Joyce, Musil, Mann), et le reniait 10 lignes en dessous. Ainsi, par là, l’analyse de ce qu’était seulement les « plus grands » de son époque, est écrite noir sur blanc dans ses lettres, et ses remarques critiques, (critiques particulièrement 70 ans plus tard), sont carrées et il n’y passera pas plus de temps. Lui-même, je crois, seul, finit par faire un lien entre lui et Kafka (mais là, héééélas, il va falloir que je lise plus de Kafka que ce que je n’ai lu pour comprendre) et peut-être que ça ne tient qu’au fait que Kafka voulait détruire toute son « œuvre » et qu’il ne reste rien après lui, ainsi que Virgile voulait détruire L’Énéide. Broch parle, dans la toute dernière partie de sa vie, avec vraiment des termes absolus de la production de Kafka, mais, pour l’instant, je ne peux pas argumenter.
Parmi les « grands » de son contemporain, Broch se détache facilement de Musil moins en argumentant qu’à cause de la situation de Musil : dans une immense difficulté financière et éditoriale, et L’Homme sans qualités ne sera d’ailleurs jamais fini. Broch et Musil ont un lien par les mathématiques, Musil étant vraiment mathématicien, ayant écrit se thèse sur Mach, mais Musil, Broch a raison, avance vers une impasse avec son roman. (De même voir Musil un siècle après fait que l’impasse devient juste un roman non-fini et le poids du roman reste, même si c’est presqu’uniquement pour le personnage d’Ulrich jusqu’à Agathe, mais plus après. …bref, passons, moi aussi, j’ai un souci entre mon sentiment avant et après Blanc, quant à mes lectures et d’autant après Ariste et 11 à 16 ans après les deux.) Mais Musil est resté au panthéon des élitistes incontournables (que personne ne lit à cause de l’extrême, soi-disant, difficulté, et surtout de l’épaisseur, en France) alors que la production de Broch, tout aussi imposante, et achevée, elle, en ce qui concerne les romans : non. Musil est mort à 61 ans en 42, Broch à 65 ans en 51. Musil est « forcément » un auteur du temps même de son œuvre, Broch a dû poursuivre à travers tout autre chose. On lit ses auteurs pour leur caractère scientifique et leur capacité à intégrer, dans la littérature, une analyse critique. Or, leurs deux méthodes n’ont strictement rien à voir du tout. Mais justement : celle de Musil reste accessible, même à une élite, celle de Broch demande largement trop (et déborde, elle est quelque part impossible avec son choix de personnages) : Musil permet qu’on s’installe dans les lieux pour écouter les personnages disserter, Broch demande qu’en même temps qu’on lise : on analyse ; il n’y a pas, chez Broch, un sujet « culturel » et distinct entre deux personnages qui donnent leur avis sur ce sujet. Chez Broch, les personnages sont partie prenante du sujet le vivent et l’exploitent. C’est une donnée assez simple à démontrer pour Broch, mais contrairement à l’ombre de Joyce il n’aura pas à supporter celle de Musil. (Bon, ceci dit, ça ne fonctionne pas de prime abord, les personnages de Broch (sauf dans Virgile, mais bon : rien à voir). Il y a un problème de dimensions si on continue à les regarder avec naturalisme, donc en dehors du projet de Broch, et c’est une autre difficulté qu’il impose au public. …Mais c’est un autre sujet.)
Il n’a pas à supporter non plus l’ombre de Thomas Mann, mais je crois qu’il avait moins qu’aucune affinité avec le « personnage » Thomas Mann ou ses méthodes, que Broch critique, pour s’assurer un public de « médiocres ». Le Docteur Faustus seul, échappe à tout pour Broch, mais il doit déjà être las, en le lisant, et il a fallu faire abstraction de ce qu’il connaissait sous-jacent « réel » à l’histoire (quel homme réel avait servi de modèle à tel ou tel personnage). (Et pour l’avoir lu, de même, avant Blanc, et sans rien savoir de Mann, je me suis pourtant arrêtée là pour l’œuvre globale de Mann.) Broch ne veut rien de Mann, je crois, et c’est à regret quand il doit y faire appel. Ce n’est pas très net. Son époque le garde auprès de Musil et Mann, mais sans doute en tant qu’auteur à production unitaire volumineuse et d’essence germanique, dont deux émigrés aux États-Unis. Mann aura une cour, du pouvoir, un Nobel, Broch n’a rien à faire des 3 sauf à lui permettre d’écrire tranquille «sa » suite, il ne les aura pas puisque n’y travaillant jamais.
Dans la lignée, Broch ne va pas signer aveuglément tout et n’importe quel « Appel à », ni faire partie de mouvements typiques des intellectuels de ces années-là. Donc on ne peut pas dire qu’on puisse le compter dans des groupes qui désiraient s’imposer et « changer le monde », intervenir en politique internationale, pourtant il mène d’autres projets, et aucun n’aboutira. Quand il signe un document pour lui donner du poids, c’est un peu sans choix, et il critique la méthode et le fond. X fois, il va plaider pour une tout autre approche que ces simples « cris pour la paix » des intellectuels. Il portera au plus loin mais comme il peut, devant souvent confier l’ensemble à des intermédiaires, des projets de fonds et des demandes pour des recherches officielles plutôt que des énervements ponctuels et trop acharnés, sans recul, sur le présent seul qu’il sait inopérants, sans doute insincères, aussi, trop ponctuels, trop à effet. Il plaide auprès de nombreux intellectuels, dont Einstein, et auprès des grandes universités, et l’ONU, l’UNESCO pour la création d’un institut rassemblant des intellectuels qualifiés et consentants, de spécialités différentes, afin de repenser le monde dont la situation avant et après-guerre. Ça n’est pas entendu. Mais si tous les appels, scandales, polémiques, petits combats, entre les auteurs et intellectuels, sur le même sol ou entre émigrés et ceux restés en Allemagne, ou à travers le monde entier, sont restés coincés dans leur époque et ne valent que dans leur contexte, sans même une leçon à en tirer pour les générations suivantes, tous les projets de Broch, eux, sont réactivables et déchaînés, comme ils l’étaient déjà, de leur époque.

À présent : si tout ça explique une partie de l’absence « contemporaine à Broch », il y a le problème de la réception de l’œuvre de Broch (qui ne supportait pas qu’on parle d’ « œuvre » avant qu’un travail soit « jugé » tel) après sa mort et sur les 70 années suivantes. Alors là, il n’y a qu’une partie où je peux répondre sans avoir besoin, moi, de Blanc, c’est la partie historico-économico-politique (voir note 5) :
La fin de la guerre froide et la chute des « communismes » ont renvoyé tous ceux qui abordaient le monde uniquement en 2 parties à un « passé ». Genre « bon, c’est fini, on n’en parle plus. » Or, autant il y a des auteurs dont toutes les thèses déjà naïves ne s’appuyaient que sur la victoire d’un socialisme lumineux, dont chaque ligne était trempée de religion politique et dont, forcément, toutes les analyses étaient déformées par un filtre, autant Broch n’est pas du tout, du tout, de ceux-là. Au contraire, il doit être un des rares à ne jamais avoir décéléré sur une position non liée, relative, et en tant que « spectateur idéal » de toutes les situations aussi immenses et d’apparence si « éternelles » qu’elles étaient. Il ne cède pas, jamais, quand bien même le monde entier se sépare en 2 blocs. Mais ça n’empêche pas que simplement en faisant partie d’une époque d’une complexité terrible, un « fatras » comme il dit, au niveau des attitudes et prises de positions, il a pu être recalé avec elle tout entière, grossièrement. Il annonce que de toute façon les deux blocs mèneront le monde à une immense paupérisation, et je suppose qu’il abandonne d’argumenter en considérant avoir exécuté, jusqu’au bout de ses forces, et livré un travail utile pour la suite, pour d’autres générations, et il compte : « pour dans 50 ans ».
L’opinion de Broch quant aux procès des nazis, de l’Allemagne, n’est pas celle attendue intellectuellement et politiquement : il a une vision bien plus terrible et sans angélisme de l’Allemagne.
En Europe, après-guerre, il n’est connu qu’en Autriche, en Allemagne, un peu en Angleterre, ou ailleurs, pas en France encore, mais en traduction, chez Gallimard. Donc Broch traduit, c’est « Joyce » qui se repointe, déjà non lu, ensuite Broch est un auteur qui a recalé l’existentialisme, le surréalisme (que ça ait été su ou non, à l’époque) et inclassable. De plus il n’est pas un soutien du tout ni pour la philosophie d’alors, même Canetti (autre futur prix Nobel), et sûrement pas Sartre. L’Europe et le communisme n’en sont pas du tout à rompre ; le socialisme, la sortie de la guerre mondiale, tout est trop frais pour la France pour s’intéresser à quoi que ce soit qui impose 50 ans d’avance tout le long de sa vie et à sa mort. On est dans l’instant, en France, on l’est, de toute façon, depuis les années 20, et ça ne fera qu’empirer. Il n’y a pas en Europe, d’auteurs, ni de philosophes, capables d’affronter en même temps leur époque, celle passée, et jouer au visionnaire, on en est encore aux modernes contre les post-modernes contre les ci contre les ça, de leur temps et ensuite, la sociologie bataille avec elle-même, anthropologie, le positivisme et sa fin ou pas, la psychanalayse se martyrise seule, tout est nul et non-avenu, la littérature va s’absenter tant que le futur « Nouveau roman » va tenir Saint-Germain à la gorge et par autre chose. Pour tout le monde, c’est « avant moi rien », et d’autant après 68, sauf pour les réactionnaires dont le credo est aussi « avant moi rien » mais sachant qu’ils naissent tous les jours de leur vie, donc le avant est la veille et ne reste qu’eux, hors du temps, à force.
Les petites et éphémères « écoles » (= même pensée partagée par plusieurs philosophes) de la fin du XXe siècle, ont toutes trouvé le moyen, même à parler exclusivement du langage (Jaus), de la littérature, de la communication (Habermas), de la philosophie, de la réception des œuvres au XXe siècle, à zapper Broch, même en Allemagne et en Autriche. Impressionnant. Bon, c’est vrai qu’il n’aimait pas Russel, mais quand même.
Sans compter la difficulté et la longueur du travail de traduction, les éditions en France et sûrement ailleurs, ont été un peu tardives, et il se peut qu’il y ait 3 à 4 décennies de « vide » entre les premières éditions des années 1955 environ et leur réimpression, peut-être uniquement parce que la première édition était épuisée, ou les livres trop anciens dans leur facture. Les dates des livres que j’ai lus (liste ci-dessous) sont révélatrices, pour leur copyright en allemand ou en français. (Albert Kohn, pour les éditions Gallimard, aura été le premier spécialiste pour la traduction, et la différence se sent quand on change de traducteur, notamment pour les termes clés de Broch. Albert Kohn aura reçu des directives très précises et directes de Broch) (les pages de Broch vont d’un bord à l’autre, à la main, tapées, ou imprimées ; d’ailleurs : pour gagner du papier, les éditeurs n’ont pas hésité à serrer au maximum la mise en page avec un corps très petit pour la typo, donc les livres ne font que 500 ou 700 pages, mais de terribles et très denses et couvertes pages : pour un non-lecteur, ou non-habitué, c’est, même à moins de pages que 1000, 1500, complètement rédhibitoire, visuellement.)
Si Broch avait été lu, il aurait posé un tel problème toutes catégories confondues (littérature, économie marxiste, communiste, socialiste, capitaliste, politique internationale, philosophie, religion (catholicisme, protestantisme, judaïsme) et science) qu’il aurait soit été re-révélé, ou révélé tout court si un seul esprit avait pu en faire le tour, ou même si un seul esprit avait pu faire le tour d’une seule des catégories citées (et, comme dit Broch, avait trouvé quelconque bénéfice, au moins, là-dedans). Ça n’a pas eu lieu parce que scinder ces catégories n’est pas possible, c’est tout ou rien. Il n’y a pas non plus de textes d’études, qui traduisent Broch : il faut le lire lui. J’ai trouvé Hannah Arendt « scolaire » par rapport à son étude, comme si elle forçait un schéma admissible philosophiquement pour décrire les concepts de Broch, mais vraiment, il faut que je relise. Il existe d’autres documents, mais soit inaccessibles, soit épuisés, reste 1 que je dois lire encore, d’une revue, et qui a 30 ans (voir note 6).
Si Broch avait été lu, il aurait fallu au lecteur tenir compte de sa propre méthode : choisir de façon démontré un instant dans l’Histoire et repartir de lui, repasser tout l’existant et trouver « autre chose » à sa suite, mais certainement pas tenter quoi que ce soit depuis son propre temps. Donc si Broch avait été lu, il fallait convoquer au moins Hegel et encore, comme moyen terme temporel. Et si ça avait été fait, alors, conceptuellement, l’immense butée mondiale : la seconde guerre mondiale, aurait été repensée, dans ses causes et conséquences, et les fascismes avec, évidemment, et le capitalisme, et le mondialisme et tout ce qui a été proposé depuis comme variante, opposition, sortie. Même le concept de « révolution » aurait reçu un choc surprenant.
Si Broch avait été lu, il aurait sauté aux yeux que ce qu’il appelait à être créer d’urgence, « une organisation d’intellectuels spécialisés et consentants » tous unis pour travailler dans le même sens, aurait déjà dû se mettre au point sur sa propre production : un littéraire, un philosophe, un scientifique, etc… et aller aussi chercher les archives manquantes, les faire traduire, les classer. Je ne doute pas de la possibilité de traduire Broch mathématiquement, parce qu’il avait Wittgenstein dans son passé viennois et Musil pas si loin et Einstein la porte à côté aux États-Unis et qu’il ne se serait jamais aventuré, donc, à parler légèrement de cette portée mathématique ou de la science en général. Des mathématiques, à un algorithme, pour le XXIe siècle : rien. Or il a « pensé » le modèle de l’A.I. On peut la sentir, et même si c’est seulement « sentir », même s’il faut encore 25 ans à partir de maintenant pour commencer à en avoir un balbutiement : il l’esquisse dans le texte même et sa production la plus « lyrique » comme il dit.
Si Broch avait été lu : je peux allonger la liste sur 1000 pages, mais pas sans Blanc.

Sinon, ayant un lien avec « l’absence », mais de manière indirecte :
Broch connaît la littérature française, s’il déplace Zola et Balzac, le long de sa vie, dans son jugement de leur production, notamment Zola, en le rehaussant, il laisse Flaubert, et Stendhal sans remise de peine. C’est très tranché, court, et terriblement vrai, mais très peu « français » comme méthode. En France, Goethe n’a pas du tout la puissance écrasante et absolue qu’il a toujours eu pour les auteurs germaniques, nous avons un décalage difficilement réversible et rien, dans l’éducation française n’a aidé à le réduire en 2 siècles. Ça vaut aussi pour Shakespeare, Cervantes, Dante et même Homère. Le dédain de la France pour la littérature européenne, russe, puis américaine, a vidé de culture l’éducation littéraire de x générations.
Broch a commis une erreur de jugement sincère, qu’il rectifie en partie une fois, mais tard : la place qu’il attribue à Picasso est totalement fausse. Je ne pense pas qu’il ait une idée suffisante de l’art en dehors de la littérature et de la musique. Pour le reste, je ne peux encore rien dire, je manque de trop d’éléments pour comprendre, et je ne sais pas s’ils existent dans les archives, les siennes, celles d’autres auteurs ou autres personnes en lien, ailleurs. Broch se dit « visuel », mais je suis certaine qu’il ne s’agit pas de « visuel » comme on l’entend, je ne le reconnais nulle part, il s’agit de quelque chose qui m’échappe, parce que lié, sans doute, aux mathématiques. Picasso lui « va », visuellement, pour Guernica, mais pas pour le peintre Picasso, pour l’agencement du tableau, plutôt. J’en reparlerai ailleurs.
Il dit avoir refusé à un jeune logicien de travailler avec lui à une refonte totale de sociologie. L’idée était venue à ce logicien à la suite de la lecture des Somnambules, ayant lu au-delà du texte, à propos de la Dégradation des valeurs, l’essence logique, mathématique, d’une autre thèse. Broch refuse, manque de temps, manque de foi dans le projet, qui était ce jeune logicien, manque d’autres catégories de compétences, ou projet trop « serré » à propos de la sociologie quand son ambition était plus vaste ? Je ne sais pas. Impossible donc de juger s’il n’a pas là refusé un embryon de ce qu’il voulait quand même réaliser au bout du compte.
Les propos de Broch à propos de « l’art pour l’art », ou le « kitsch » (à l’époque, le mot allemand a été traduit au lieu d’être gardé ainsi, et donne : « art de pacotille »), ou quand il parle de « nouveau roman » concernant ses propres textes et l’avenir qu’il leur croit, au début, se chevauchent avec les mêmes mots, en français, et peut-être d’autres langues, mais utilisés pour tout autre chose, ce qui n’est pas simple pour le lecteur et donc pour la pensée de Broch dans les dernières décennies.
Dans aucune lettre (qui sont presque toujours des réponses et pas des demandes), Broch ne laisse entendre que quelqu’un l’aura arrêté dans sa correspondance continue et trop envahissante sur son temps, ou l’aura aidé à changer de situation (à part universitaire), ou l’aura poussé à tout laisser tomber pour écrire et finir ses travaux. Il est impossible de juger si c’est l’absence de Virgile, dans sa vie, ou l’absence de reconnaissance de Virgile, ou l’absence d’un intérêt quelconque, même de la pitié (qu’il ne devait pas inspirer), ou l’assurance de manquer de tellement de moyens et de temps pour réaliser ce qu’il voulait vraiment, qui aura conduit, au final, à une sorte de saturation et d’abandon, trop subtilement décrits. Tout à la fois, certainement, mais quoi, avant tout ? Sans doute l’absence de la reconnaissance de la mort de Virgile (le personnage du roman).
Broch regrette et n’aime pas du tout quand il écrit comme « un cheval qui veut rentrer à l’écurie », « au galop ». C’est très rare, il s’en excuse beaucoup, avec scrupules, et pourtant il laisse passer et ces lettres-là trahissent le mieux son « impatience ». Il parle beaucoup « d’impatience », au début de sa carrière d’écrivain, et il se corrige pour la rendre secrète ensuite. Elle se montre quand il écrit à des « inconnus », quand il a l’occasion de développer ses concepts, mais à peine 10 fois sur des centaines de lettres.
Il semble assez étrange que sur autant de documents, il ressorte si peu d’un auteur et de sa vie privée, réduite à quelques éléments : il faut croire qu’elle n’était que ça, et que la précarité explique le vide personnel, en plus d’une rigueur trop rude doublée d’un caractère « introverti », ce qui n’est la façon dont il se voit, pas vraiment comme il est perçu, d’un « charme indescriptible ».
Broch a beaucoup d’humour, mais on le voit peu, un peu comme chez Dostoïevski. Il parle d’un roman comique, d’humour, nécessaire. (Mais j’en parlerai dans un autre article.) Il a peu d’érotisme visible, sur quelques lignes seulement, et sinon, raté, comme chez Mann, comme chez Musil, d’ailleurs.Au même niveau de traitement, c’est moins nul que chez les autres, mais ce n’est pas bon, du tout, du tout.
L’historien de la littérature, qui l’aura bien connu, H. S. Canby, parle « aussi bien d’un esprit significatif que d’une des personnalités les plus persuasives de [son] temps », une « extraordinaire influence sur un cercle grandissant d’Américains, jeunes et vieux, fameux et inconnus ». Cet ami parle de la charge de travail hors-norme, notamment la correspondance, de son désintérêt, de sa générosité. Broch a bien eu un entourage ou son entourage a cru qu’il en était un. Et ceux qu’il a persuadé sont, il semble, partis « germer », « fécondés » d’après Canby, mais en oubliant par qui ? Une chose est certaine : sur les 70 dernières années, jusqu’ici, (en France, pour commencer) si remonter jusqu’à l’œuvre totale de Broch avait été une évidence à cause de sa postérité, ou du moindre développement de ses concepts, La Mort de Virgile aurait depuis longtemps doublé Ulysse, même toujours non lue : elle serait la première des baleines blanches, devant L’Homme sans qualités et Ulysse, ne serait-ce que chronologiquement, quand on remonte le temps. Or : pas du tout.

Si Broch est un archange hérétique, il donne la force de devenir un démon.



Notes :

0. Soi-disant que Broch est l’un des 3 génies du XXe tout bien lavé, rincé, réétendu, séché et repassé : Joyce, Musil, Broch, et parfois, on ajoute Mann et Kafka, et ensuite les poètes, et ensuite… Bon. Il revient aussi en tant que « penseur », mais de quoi ? Et je ne vois pas grâce à qui, réellement, il « revient », puisque sans, encore et toujours, La Mort de Virgile, on ne peut pas aborder ses théories, qu’il faut de plus modéliser et lire à plusieurs compétences. Il est trop total. Or Virgile est où ? Nulle part, parce que Joyce n’est nulle part, parce que Musil n’est nulle part. Parce que Einstein était un con, Huxley aussi, parce qu’il ne reste à notre portée, à notre génération, que ce qu’on a bien voulu laisser passer.
J’ai trouvé Joyce et Musil et Mann, avant Blanc et Ariste, et certainement pas par un autre lecteur de leurs œuvres, comme je n’en ai pas trouvé ensuite. Mais je n’ai pas trouvé Broch, pourtant, j’avais 4 de ses livres dans ma bibliothèque d’avant Blanc. Pas lus. Je les ai achetés, et j’ai commencé Blanc, c’était trop tard pour toute culture de prémices, j’avais mon « objet » qui allait tout faire seul, avec évidence et se construire devant moi, de force, et contrairement à Broch, je les ai « bloqués », moi, les 3 ans, qui lui ont toujours manqué pour Virgile, d’après lui. Je n’ai donc trouvé Broch qu’en cherchant tout ce qui avait pu être écrit à propos de la folie des masses, de la propagande, dans le cadre des années 30 et partant de là de la fin du XIXe jusqu’aux années 70.
Dans cet article, je n’aborde pas la théorie de Broch à propos de la philosophie, l’Histoire, la politique, la religion, ce sera pour un autre objet d’article, et de toute façon, je ne me ferai pas « seule » donc sans Blanc, pour commencer, et sans autres forces intellectuelles, la commentatrice des thèses totales de Broch, sous le seul prétexte que je pourrais « seule »  : ou je peux faire front « avec » son œuvre et ma production, ou rien.

1. Et si jamais je me leurrais, c’est que ni dans ses romans, ni dans, avant tout, La Mort de Virgile, ni dans ses poèmes, ni dans ses textes conceptuels, ni dans 516 pages de ses lettres, ni dans tous les différentiel que je puisse faire avec l’époque, ses contemporains et leurs productions, ni dans les rarissimes témoignages à son propos, je n’aurai su voir qu’il n’était qu’un comédien, incapable, sociopathe, inculte, pédant, un raté illusionné par un faux génie qui aura tenu jusqu’à 65 ans et une dernière attaque cardiaque dans l’attente d’une reconnaissance impossible parce que le secret de sa véritable nature immonde et minable était connu, alors, de toutes les élites de l’Autriche aux États-Unis et que ce secret a été transmis, d’élites en élites pendant les 70 dernières années afin que jamais on ne parle de lui. …Donc, je ne pense pas que je me leurre. Le texte qui suit, puisque j’en suis libre, n’est pas encore traité de façon différentielle avec Blanc ni Ariste, ni rien de ma production, ni en contenu, ni temporellement, ce sera pour un autre article, mais une seule chose compte, ici : je n’avais pas lu Broch avant le 11 août de cette année. Il était un nom, dans une ligne conceptuelle : Joyce, Musil, Mann, Broch.

2. Ulysse de James Joyce n’a été lu réellement que 10 ans après sa première parution, donc au début, et encore, des années 30, dans l’instant, sans doute, il est devenu une légende typique des élites : et c’est encore le cas aujourd’hui, une baleine blanche ; on en parle, toujours, mais on ne va pas plus loin que le titre, de même pour À la Recherche du temps perdu, en tout cas, en France. La liste est longue des livres fondateurs, de chaque siècle, qui n’ont jamais été que des « titres », en France, depuis le début du XXe.

3. Les lettres publiées seraient il semble un tri fait par son éditeur, et je ne lui fais pas confiance du tout, donc il faudrait mesurer la totalité de sa correspondance.

4. Broch est catégorique aussi concernant la seule suite possible de la littérature, mais c’est un autre sujet.

5. Sauf ça : à la mort de Broch, subite, mais qu’il sentait, Hannah Arendt s’est chargée de tout trier chez lui, extraire des extraits, non finis, les assembler et Broch avait demandé (non officiellement) à son éditeur de tout gérer et tout laisser en archives à Yale. Des œuvres posthumes ont été publiées, dont une « éditée » par Hannah Arendt et je dois dire que je ne comprends pas son introduction et son analyse, au début de Création littéraire et connaissance, mais je ne l’ai lue qu’une fois, il faut que je relise pour ne pas dire de bêtise. Mais Hannah Arendt n’était et n’est toujours pas le bon pont entre les époques, donc ça fait déjà un passe qu’il faut traiter avant d’arriver à Broch, c’est pénible. Ensuite, son éditeur (« ami » depuis 20 ans) n’avait rien compris, je crois, à Broch ou sa production. L’épouse de l’éditeur était nettement plus fine, mais bon, sans cérébralité non plus, d’après les ultimes lettres autour de Les Irresponsables. Donc comme simili exécuteurs testamentaires d’urgence devant la tonne de papiers qu’a dû laisser Broch, et d’après seulement ce qui a été traduit en français, heureusement presque par le même ultra soucieux traducteur, chez Gallimard, ce n’est pas difficile de comprendre que tout a manqué de souffle pour la suite jusqu’à nous.

6. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de thèses consacrées à Broch, mais ce que j’ai trouvé pour l’instant, en accès, sur internet, est sans le moindre intérêt.


À SUIVRE : PUCK IS BACK | 09012020 | pré-014 | HERMANN BROCH | partie 2/n



Claire Cros, auteur conceptuel | clairecros.com

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et tous les articles sur le blog Mediapart Claire Cros, et sur puck.zone
* concepts inédits, avancés pour la première fois dans Blanc.

Suivez les liens :

Textes lus (1 lecture) entre le 11 et le 28 août 2020
Création littéraire et connaissance, édition et introduction d’Hannah Arendt, (Dichten und Erkennen, Rhein-Verlag, Zürich, 1955), pour la traduction française : Éditions Gallimard, collection Tel, 1955 (1966), 379 pages.
La Grandeur inconnue, Écrits de jeunesse, Lettres à Willa Muir, (Die Unbekannte Grösse, Rhein-Verlag, Zürich, 1961), pour la traduction française : Éditions Gallimard, collection Du Monde entier, NRF, 1968, 445 pages.
Huguenau ou le réalisme, dont Dégradation des valeurs, in Les Somnambules, (Die Schlafwandler, Rhein-Verlag, 1931, puis 1952 pour © Suhrkamp Verlag Frankfurt am Main), pour la traduction française : Éditions Gallimard, 1956 pour parties 1 et 2, puis 1957 pour 3e partie, et éditions complète, collection L’Imaginaire : 1990, 729 pages.
Les Irresponsables, (Die Schuldlosen, Rhein-Verlag droits à Suhrkamp Verlag Frankfurt am Main, 1950), pour la traduction française : Éditions Gallimard, collection L’Imaginaire, 1961, 389 pages.
Lettres (1929-1951), (Éditions en allemand : ?), pour la traduction française : Éditions Gallimard, collection Du Monde entier, NRF, 1961, (non-réédité, exemplaire de 1961) 526 pages.
Logique d’un monde en ruine, six essais philosophiques, (écrits (publiés ?) de 1931, 33, 34, 35 et 46, rassemblés et (re)publiés en 1975-77, Suhrkamp Verlag Frankfurt am Main), pour la traduction française : Éditions de l’Éclat, collection Philosophie de l’imaginaire, Paris-Tel-Aviv, 2005, 215 pages.
La Mort de Virgile, (The Death of Virgil, Der Tod des Vergil, première édition, Pantheon Books, New York, en anglais et original en allemand : 1945 ; pour la traduction française : Éditions Gallimard, collection L’Imaginaire, 1955, 448 pages.
Théorie de la folie des masses (Die Massenwahntheorie, parue en 1979, Suhrkamp Verlag Frankfurt am Main), pour la traduction française : Éditions de l’Éclat, Paris-Tel-Aviv, 2008, 525 pages.


Lus entre temps du 11 au 28 août :
De l’Esprit des masses, Traité de psychologie collective, Paul Reiwald, Delachaux et Niestlé, collection « L’homme et ses problèmes », édition originale, 1949, 380 pages.
La déshumanisation de l’art, José Ortega y Gasset, (première édition en 1925), Éditions Allia, Paris, 2011, 2014, 50 pages.
La Monadologie de Gottfried Wilhem Leibniz, études et notes de Clodius Piat, Paris librairie Victor Lecoffre, 1900, (édition numérique), 237 pages.
Présent et avenir, Carl Gustav Jung, (Gegenwart und Zukunft, Walter Verlagn 1957) traduit en français en 1962, Buchet/Chastel, impression de 2018, 128 pages.
Psychologie collective et analyse du moi, Sigmund Freund, 1921, traduction de DR. S. Jankélévitch revue par l’auteur, (document numérique), 72 pages.
Psychologie des foules, Gustave Le Bon, 1895, Éditions Félix Alcan, 9° édition, 1905, 192 pages pour l’original, (reproduction document numérique).
Retour au Meilleur des mondes, Aldous Huxley, (Brave New World Revisited, ©1958 by Aldous Huxley, pour la traduction française : Éditions Plon, 1959, collection Feux croisés, éditions révisée, 2013, 144 pages.
La Révolte des masses, José Ortega y Gasset, (La rebelión de las masas, traduction 1967, Éditions Stock), Les Belles Lettres, collection Bibliothèque classique de la liberté, 2010, 384 pages.
Le Viol des foules par la propagande politique, Serge Tchakhotine, nouvelle édition revue et corrigée, Éditions Gallimard, collection Problèmes et documents, NRF, 1952, 312 pages.
…Plus, comparaison de la nouvelle traduction de 1984, de George Orwell, chez Gallimard, avec le texte original en anglais, chez Penguin Books, Modern Classics.


Textes restant à lire
Autobiographie psychique (1999, Suhrkamp Verlag Frankfurt am Main), pour la traduction française : L’Arche Éditeur, 2001, 136 pages.
Pasenow ou le romantisme, et Esch ou l’anarchie in Les Somnambules, (Die Schlafwandler, Rhein-Verlag, 1931, puis 1952 pour © Suhrkamp Verlag Frankfurt am Main), pour la traduction française : Éditions Gallimard, 1956 pour parties 1 et 2, puis 1957 pour 3e partie, et édition complète, collection L’Imaginaire : 1990, 729 pages.
Robert Musil/Hermann Broch, in Europe, Revue littéraire mensuelle, N°741-742/Janvier-février 1991, collectif, 206 pages dont 70 pages/ sur Musil et 50 pages/ sur Broch.
Le Tentateur (appelé Roman montagnard par Broch), édition posthume, assemblée et synthèse, (Der Versucher, parue en ? 1953, au Rhein- Verlag, puis en 1976, sous le titre Die Verzauberung, (version premier état du roman, Suhrkamp Verlag Frankfurt am Main), pour la traduction française : Éditions Gallimard, collection L’Imaginaire, 1960, 557 pages.




PUCK IS BACK | 08302020 | pré-014 | HERMANN BROCH | partie 2/3

En préparation de l’épisode 014 puis 015 de PUCK IS BACK. À propos d’Hermann Broch. Deuxième partie.

[Après la lecture de Robert Musil | Hermann Broch, in Europe, Revue littéraire mensuelle, N°741-742/Janvier-février 1991, collectif, 206 pages dont 70 pages sur Musil et 50 pages sur Broch.]

Okay, donc, je vais le faire en live, celui-là. Premier article :

Hermann Broch, une mission humaine, par Theodore Ziolkowski (né en 1932, germaniste et professeur de littérature comparée à Princeton, ayant écrit pleins de livres et primé de partout, j’ai dû chercher sur Wikipedia parce que le nom seul ne me disait rien du tout et rien n’est précisé. Il a donc 19 ans à la mort de Broch, 59 ans en 1991, et, aujourd’hui, 88 ans.)

Ça part mal, première page, des phrases comme « il lui arrive d’être pesant, sans humour, pédant et présomptueux. Mais il ouvre des territoires d’expérience que nul n’a explorés, d’une façon digne de ses idoles littéraires, Joyce et Kafka. »
Parler d’ « idoles » avec ce que Broch a pu dire 200 fois, à l’écrit, et sur 20 ans minimum …et sur Dieu, au pire ?
Oh putain……… Après un paragraphe délirant sur Virgile : « Il y a peu de lecteurs, si même il en existe, qui soient capables de lire la seconde partie sans caler, ce qui détruit l’impact lyrique voulu par l’auteur. » Comment ça, « si même il en existe » ? Ben, moi, j’existe ?
En 1991 !!!! En 1991, bordel !
Re-Oh-Putain, à propos de Virgile. J’avais oublié cette mode, dans les années 90, de parler de « réalité fragmentée »… En France, c’était courant, apparemment aux États-Unis aussi ?
Et ça n’en finit plus, pourtant, de dire « le seul, le plus, le rare qui, un des seuls qui, personne à part, virtuosité, peu de ses contemporains égalent », le « passage le plus puissant de la littérature contemporaine. » Ouais……… mais on ne manque pas de dire qu’il y a des ratés.

Ça se poursuit avec une folie, pour un critique : ignorer que Broch a utilisé sa propre mort pour celle de Virgile (personnage) et qu’il n’y a aucune volonté de « concept » là-derrière, c’est l’inverse absolu. Le critique suppose uniquement qu’il s’agit d’une mise en scène pour faire émerger des idées philosophiques (et celles qu’ils donnent sont grotesques et n’existent pas chez Broch) : remplissant « une fonction importante dans la vie de Broch, aplanissant le chemin de sa pensée future. ». C’est l’inverse !
« En mettant la mort dans sa vie et dans son œuvre » Alors, mon gars : ce sont les nazis qui ont mis Broch en prison, 3 semaines, où il s’est « vu » mort, d’où Virgile, ce n’est pas exactement une pré-posture philosophique ou un principe d’élaboration d’une thèse. M’enfin !!!
Ziolkowski à propos de ce qu’il croit une base philosophique purement intellectuelle, « inventée » : « À présent que la mort — et ses diverses extensions– ne constitue plus une menace, Broch peut se consacrer à une analyse purement existentielle de la vie de ce monde. »
Broch : je n’ai rien à voir avec l’existentialisme. Ziolkowski : « Il est très proche de l’existentialisme »
Broch : « je ne supporte pas les isme. » Broch parle toujours du rationnel et de l’irrationnel.
Ziolkowski : « Broch est rationaliste et irrationaliste. » …Ben …non ? Le rationnel et l’irrationnel sont des états, des pôles, des espaces, des horizons, des tangentes, on ne peut pas « les être », mon p’tit gars. On ne peut pas être « iste » de ça.
Broch : (en gros :) Je n’ai rien à voir avec le romantisme (allemand). Encore moins avec Mann.
Ziolkowski : « Cet aspect romantique de son œuvre le rapproche de Thomas Mann. »
Broch : « Les Romantiques, ces idiots – ce n’est pas pour rien qu’ils étaient antisémites, qu’ils se soient appelés Novalis ou Eichendoff ou même Heine – ont sans cesse célébré dans leurs chants et leurs transports poétiques l’assoupissement sans réveil alors que j’attends constamment l’éveil définitif » (Lettre 218, in Lettres, Éditions Gallimard, voir ci-dessous)
Ziolkowski : (À propos des deux dernières pages de Virgile, sachant que le mec n’a pas dû lire les 100 dernières, puisqu’il dit qu’il doute qu’il existe un lecteur capable de ça…) « une conjuration qui n’a pas d’égal dans la littérature, à part […chez] Novalis. »

Bon ensuite, c’est tellement, tellement, tellement « pesant, sans humour, pédant et présomptueux. », tellement chaque fois « l’inverse », tellement chaque fois faux (biographie et romans, et théorie et lettres, des centaines !, à l’appui) que je n’ai même plus envie de commenter. À propos de la philosophie de Broch, en résumé, Ziolkowski n’a rien compris, trouve que rien n’est si novateur que ça, et il croit que c’est une ironie de la vie, alors que Broch a lutté « contre la littérature » toute sa vie qu’il soit plus connu comme romancier. Mais Broch n’a jamais, jamais, lutté « contre la littérature. ». Enfin, merde, je n’ai pas envie de perdre du temps. C’est grave. C’est très grave.

Bilan : je vais faire exploser ces putains de 70 dernières années.


Ensuite :
Hermann Broch, mon père. Par H.F. Broch von Rothermann, New York, mars 1987.
Où on apprend que le père d’Hermann Broch, (sans doute adopté, 12e improbable enfant de la famille, un géant blond dans une famille de petits chétifs) était très réputé pour sa grande activité homosexuelle (qui aurait favorisé ses affaires incroyablement florissantes à partir de rien de façon peu irréprochable) dans tout Vienne et que la mère de Broch, faisant semblant de l’ignorer, était une malade imaginaire, et que Broch s’est senti isolée et rejeté (ses parents n’ayant rien à faire de lui, éducation = punition, pour son père), doublé par son jeune frère qui lui aura l’affection de ses parents, et tout une lecture psychanalytique, de la part de son fils, peut-être issue du retour de la psychanalyse de Broch, raconté par lui-même ? Ou est-ce l’analyse de l’analyse seulement vue par son fils ? (Cette psychanalyse n’est jamais abordée dans les Lettres et je n’ai pas encore lu Autobiographie psychique.)
En tout cas, il y a une erreur première page, Pasenow au lieu de Huguenau, et un raccourci pour « expliquer son père » qui ne vient de nulle part, s’appuyant en intro sur quelques mots (d’intro aussi) d’Hannah Arendt et dont la conclusion en deux lignes sort de nulle part aussi.
Difficile sans ironie de commenter la lecture qu’un fils peut avoir de son père, particulièrement s’il parle de son oncle comme « père d’adoption », et donc considère son « père » seulement comme « Broch ou Hermann Broch ». Mais ça n’avance à rien, parce que le raccourci de lecture psychanalytique est archi-évident dans l’œuvre romanesque de Broch, et dans ses théories, elle est comme avouée pour être dégagée des concepts. Le résumé en 8 pages de l’analyse en devient très pathétique, et on n’apprend peu, pas même sur le père de Broch, …ni sur la Vierge Marie catholique.
On apprend aussi, à grands traits, l’antisémitisme des uns, l’assimilation des autres, la malhonnêteté des uns, les problèmes des autres, des histoires de familles, des habitudes qui auraient joué des tours à Broch quand il voulait les démêler, y échouant.
Bref. Ce papier est écrit en 1987, le fils de Broch a donc 77 ans et c’est tout ce qu’il arrive à écrire sur le « génie », d’après lui, de son père. Un texte coincé entre le « écrivain malgré lui » (formule malheureuse, c’est vrai, d’Hannah Arendt) et sa conclusion : « plutôt philosophe malgré lui », qui ne sort d’aucune argumentation.
Héééééééééééééééé ben.
Bon. N’importe qui peut brosser un tableau de ses parents comme un tueur au couteau, en traits tous aussi réels qu’ils sont épouvantables puisque trop courts. N’importe qui. N’importe qui peut en extraire une analyse réactionnelle le plus piteusement évidente. Grand-papa Broch était grave homo, donc ses fils ont été atteints de donjuanisme, Papa Broch était pas bien aimé gamin, alors il a choisi le catholicisme pour avoir une maman vierge et pardonnante. Etc.

La seule partie historiquement intéressante est l’attitude face au nazisme des familles et belles-familles aux croisements : Juifs, Juifs assimilés, haute-bourgeoisie, aristocratie catholique, antisémites juifs ou catholiques, dont le résumé est édifiant dans le texte.
Il est aussi intéressant de savoir que les Éditions Gallimard auraient publié sous le titre « Le Tentateur » un roman qui aurait dû s’appeler Le Sortilège, quand Broch l’appelle Roman montagnard. Mais j’en reparlerai quand je l’aurai lu, celui-là.

Évidemment que ça ne fonctionne pas, les personnages de Broch et l’intégration partielle de Dégradations des valeurs, si on se place dans le référentiel du « roman » XIXe, début XXe, je l’ai déjà dit. Donc il faut quitter ce référentiel, Broch a seulement passé sa vie à décrire le nouveau… Et pour tout ce qui concerne le roman, j’en parlerai sans détail dans le 3e article.

Bon. Sinon, que dire de ce texte du fils ? Rien, sans Blanc ; parce qu’encore une fois : je ne commenterai pas Broch sous prétexte que je le peux. Juste un truc : dans les années 20, 30, il faut quand même lire et Freud avant ça et Jung : une psychanalyse est un joli, esthétique et ridicule jeu de cubes, et je ne dis pas qu’il ne soit pas nécessaire, mais la psychanalyse que doit s’imposer un auteur conscient est infiniment plus tragique et vaste, c’est un espace qui va se recaler en permanence face à une écriture pour la vider à l’extrême de l’auteur et quand il reste des éléments : ils sont volontaires. Un auteur conscient peut pointer le plus infime détail dans son texte et dire : « là, c’est moi et plus du tout, puisque je l’ai laissé là. Et si je l’ai laissé c’est parce que c’était la seule chose à faire, parce que c’était l’unique chose qui allait là, même du monde entier, et qu’il s’agit d’un hasard conscient si, alors, elle me concerne aussi. » Tout ça pour dire que j’ai honte d’avoir lu ces 8 pages, honte pour le fils de Broch, honte pour Broch, aussi, honte pour ceux qui ont voulu de toute façon publier ce texte qui, inconnu, ne l’est pas du tout dans les « notes » de bas de page de ci, de là. Et l’explication donnée par son fils pour expliquer quasiment toute la production de Broch (bien qu’il semble sérieusement ne pouvoir parler que des romans) et la vie, quitte à faire : « culpabilité-expiation-punition » est si… je n’ai pas les mots, tiens… « boîte de raviolis » pour un auteur, et pire si on ajoute derrière un Juif-catholique, ahlalalalala ! Ben, c’est sûr, ma pauv’ dame, ça explique tout.

Ceci dit, ce texte est, c’est cruel pour lui, je suppose, mais horriblement drôle…
Passons.
La suite.


Hermann Broch et le roman moderne, Hannah Arendt, essai publié en 1949, Berlin, n°8-9 de Der Monat, donc 2 ans avant la mort de Broch.

Alors, déjà, je ne sais pas ce que c’est le « roman moderne » et encore moins en 1949, étant donné qu’on arrive à considérer que Pantagruel de Rabelais est le premier roman « moderne ». La modernité n’est pas une donnée unique, et elle sait être très différente selon les cultures, la langue, et si on est dans le registre littéraire, philosophique ou esthétique.
Broch parlait, lui, de « nouveau roman », parfois, alors je ne sais pas s’il y a distorsion de traduction ? Sachant que, comme je l’ai dit dans la première partie, son « nouveau roman » n’a rien à voir avec le « Nouveau roman » français de l’empoisonnant petit club des Éditions de Minuit.
Mais bon. C’est parti.

Notes :
1. Hannah Arendt aligne pour la langue française : Proust, pour la langue anglaise : Joyce et pour la langue allemande : Broch, chacun faisant pivoter le roman « en tant de crise » de sa forme traditionnelle à donc, celle « moderne ».
2. Paragraphe parfait pour décrire la littérature et son public, alors. Hannah Arendt classe de façon tranchée tout le reste des parutions de l’époque dans la catégorie « traditionnelle », et « second rang » « tout aussi aussi éloignées du kitsch et de l’absolue nullité que du grand art. » Elle décrit comme le public cultivé en reste à apprécier les ouvrages de « second rang » (très grand tirage) et ainsi lui-même éloigne mieux les auteurs de premier rang (très faible tirage) de leur public que « l’industrie du plaisir tant redoutée ». Traduction : les élites ne reconnaissent pas les œuvres « révolutionnaires » (au sens physique de pivotant, pour l’époque, selon elle, « en temps de crise ») de premier rang et ce sont « elles », « les élites », et pas le cinéma, pas la littérature de bas étage, ou la future télévision, qui éloignent de leur éventuel public, voire « du public », les œuvres majeures « premier rang ». (On est bien d’accord. …Mais je n’insiste pas, pas « sans Blanc ».)
3. Autre point que je note ici pour mémoire : « Plus essentiel pour le problème artistique est cependant le fait que le côté purement technique est aujourd’hui maîtrisé par tant de personnes et que le niveau général s’est à ce point élevé que le véritable artiste doit nécessairement juger suspect son propre savoir-faire. »

Bon, c’est du pur Hannah Arendt, concis, net, précis, juste, calme, scolaire universitaire et l’analyse d’une philosophe et en rien d’un auteur conceptuel : à lire comme base la plus sûre aux romans de Broch.
Il manque, parce qu’Hannah Arendt n’est pas auteur conceptuel, l’analyse, même en quelques lignes, d’autre chose de bien plus puissant contenu dans Virgile, mais ce n’est pas grave. Et elle ne mesure pas exactement les enjeux de la dernière partie, mais ce n’est pas grave non plus. Entre cet essai et l’introduction à Création littéraire et connaissance, je suppose que c’est tout ce qui existe de réel, sain, froid et analyse de « spectateur idéal », de la production de Broch. Vraiment, pour le XXe, heureusement qu’il y a Hannah Arendt…

Note 4 : Pour, je suppose, le même terme allemand « der Zerfall » dans le texte original d’Hannah Arendt, la traduction, peut-être pour éviter la répétition, donne 3 versions : « désagrégation », « décadence » et « désintégration » (des valeurs). Il existe aussi ailleurs, dans d’autres traductions de Broch : « atomisation ». En anglais, le terme utilisé serait « degeneration ». La preuve que la thèse de Broch n’est toujours pas posée, ou un seul terme serait choisi, en traduction :
Désagrégation est dans sa ligne, utilisé aussi en musique, et la « matière » reste
Décadence, non, je crois qu’il n’y a pas de ce genre de jugement du tout
Désintégration est juste mais trop fort, trop rapide et trop définitif, et trop « pulvérisation interne de la matière jusqu’à néant », or cette brutalité n’est pas dans les concepts, on n’est pas dans Virgile.
Atomisation est très « d’époque », très « science » mais faux à cause de la notion « d’atome », de centre et la « matière » disparaît.
On pourrait aussi dire décomposition, mais c’est morbide, déclin, mais c’est trop « empire », démembrement ou rupture, d’après les dictionnaires, et ça ne va pas du tout non plus.
« Degeneration » dans le sens seul de dégénérescence, que moi j’emploie beaucoup, implique en français (et pour ma version, entre autres) une mutation, d’abord, ou un vieillissement et la maladie, la folie, le Mal, avec rétrécissement et perte de matière, ça ne va pas non plus. Mais je ne sais pas quel mot a employé Broch lui-même, en anglais, degeneration uniquement ? et il va falloir le trouver et le stabiliser en français, avec arguments à l’appui. Donc : je ne sais pas et en attente.


Poème de Broch, La clairière, en allemand et en français, cité par son fils dans son texte.


Le basset et le crocodile, Nelly Stéphane (Il s’agit d’une romancière active dans les années 50 ? D’après Google. Je ne sais pas.)

« Le basset et le crocodile » est une expression de Broch en réaction de la comparaison de Virgile à Ulysse de Joyce. Mais Nelly Stéphane donne bien en notes la bibliographie citée, au moins les titres.

Alors,
…Alors, ben… Comment dire… Même cucul, c’est trop gentil.
Je crois que quand un auteur dit il y a autant de points communs entre sa production et une autre qu’entre un basset et un crocodile, il faut le croire et le lire, mais on apprend ici une chose incroyable pour deux livres si « illisibles » : on peut lire Virgile ET Ulysse comme des Martine. Martine à Dublin, Martine à Brindisi. …Comme quoi ! Hein !


Le roman Alpin de Broch, par Édouard Roditi (1910-1992, qui est Roditi : voir https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89douard_Roditi)

On apprend que le fils de Broch a traduit lui-même Le Sortilège, nommé en français Le Tentateur. Pour le premier traducteur de Broch, Albert Kohn, le texte aussi parfois appelé Demeter est le «roman montagnard » (une partie écrite dans les Alpes autrichienne), mais avec Roditi, il devient « roman alpin ». De même, je ne peux pas juger, mais pourquoi Albert Kohn aurait traduit seulement « montagnard » si les Alpes étaient adjectivées? Bref.
Sinon, c’est uniquement des vraies de vraies conneries concernant les comparaisons des œuvres entre elles, et je suis fatiguée, et je ne peux vraiment rien dire de plus puisque je n’ai pas lu ce Tentateur. …Bon, enfin (toujours « pas sans Blanc »), mais il y a vraiment un problème, à voir la fiche française de Wikipedia sur l’auteur de cet article et son contenu, sur une « réception » des œuvres à une certaine époque, et certainement encore aujourd’hui.

Non, quand même. Il y a autre chose : perturbant.
Avec tout ce que je lis, j’ai la sensation que le peu d’auteurs qui ont écrit rebondissent les uns sur les autres, à part Hannah Arendt, jusque dans leur vocabulaire (et finalement jusque chez le contemporain de Wikipedia, 30 ans après). Des mots que je n’ai jamais lu chez Broch, des « thèses » invisibles et soudain livrées et résumées comme pures évidences très simples, présentées d’un seul trait, se retrouvent chez les rares commentateurs : comment c’est possible ?
Comment c’est possible, aussi, puisqu’il n’existe aucune étude de fond (en tout cas rien de « public », traduit ou pas, français, anglais ou allemand, auquel j’aurais pu avoir accès ou que j’aurais trouvé avec évidence) qu’on passe au-delà de milliers de pages, de façon ultra-critique, en précisant pour autant « ah, au fait, il faudrait quand même faire l’étude de ci, de ça… » ? Comment c’est possible, sauf par pur pédantisme, qu’on pose une ligne transversale qui s’appuie sur deux points « extérieurs » à la production de Broch, qu’on prétende que cette ligne « doit » traverser sa production, pour démontrer « mieux » un argument dont on ne sait rien, et pas plus le critique, qui pourrait bien être « externe » à Broch d’ailleurs, et qui ne vaut que parce qu’il est « interne » à sa critique ???? C’est du délire ?
À lire ces textes, tous propres, bien importants, plein de culture (et une culture dont je me fous, en plus), de la part de personnes toutes bien, bien posées, bien importantes, apparemment assez pour avoir un résumé de 4 lignes chez Wikipedia, ayant eu une vie bien longue aussi, et parfois proche de l’Histoire, la grande, je suis obligée de regarder systématiquement la structure trahissante psychanalytique pour m’en sortir et juger de ce qui est dit : les termes, les tournures, la morphologie caractérielle du texte de chacun.
Il me manque encore des énormes pans de textes de Broch pour juger ce qu’il y a sous un titre : une partie des Somnambules et Le Tentateur et Autobiographie psychique, mais enfin j’en ai lu quand même plus de 3500 pages très très très tassées, et chaque ligne et note, et je ne m’y retrouve pas ?
La revue Europe vient de plus que la gauche, communiste, est-ce que ça explique quoi que ce soit ?
J’ai la sensation d’un ressenti presqu’haineux, méprisant, cynique, envers Broch, certains qualificatifs, envers lui ou sa production sont d’une radicalité dont Houellebecq n’a pas eu le millième dans aucun commentaire négatif. Ça vient d’où ? D’un passé, d’actions, d’attitudes, de propos ? Alors lesquels ? Les preuves sont où ?
Il faudrait que je lise aussi la partie sur Musil, dans cette revue, pour savoir, avec un différentiel, si ça vient de l’esprit de la revue ou seulement de ces auteurs-là de ces articles-là ou de ce que de happy few savent de Broch lui-même ?
Et rien que toutes ces questions (alors que je compose, moi, seule, ma propre thèse à propos de Broch, sans aide, et ça me semble logique) : est-ce que j’aurais à me les poser si chacun des auteurs, à part Arendt, ne jouait pas impunément avec un jouet qu’il pense dominer, qu’il veut faire croire qu’il domine, alors qu’il n’a strictement aucune idée ni de sa forme, ni de son étendue, ni rien ? Il ne peut pas en avoir la moindre idée, c’est impossible.

Ce dernier auteur veut qu’on compare (quelqu’un, un jour, quand il aura le temps, hein, ça ne presse pas, mais ça s’rait bien, quand même…) La Mort de Virgile de Broch, publié, donc, en français, en 1955 et Les Mémoires d’Hadrien, (qu’il appelle « La Mort d’Hadrien »), de Marguerite Yourcenar, publiées en 1951, année de la mort de Broch. …Je ne vois pas le rapport. Et l’argument de Roditi est ahurissant. Et tout ça à l’air de couler de source, dans un illogisme absolu, jusqu’à l’effroi chronologique, pour moi.
Je veux bien qu’on soit dans les années 90, je les connais, intellectuellement, mais un auteur et une production y passent, « littéralement », et via des auteurs « internationaux ».



Lettres de Broch à Stephen Hudson, Aldous Huxley, et Thomas Mann, (inédites en français, les Éditions Suhrkamp ont autorisé leur traduction : mais on ne sait pas d’où sortent ces lettres, de quelles archives si ce n’est collection ou autre édition, donc merci pour les références…)

Bref, alors… : Lettre à Hudson en 38,
Euh… Non, c’est pas inédit, ça, je l’ai lu ça, déjà, mais où… Ah, ben voilà : c’est dans La Grandeur inconnue, Écrits de jeunesse, Lettres à Willa Muir, (Die Unbekannte Grösse, Rhein-Verlag, Zürich, 1961), pour la traduction française : Éditions Gallimard, collection Du Monde entier, NRF, 1968, 445 pages.
p. 434.
Ça, c’est fait.

Ensuite, Lettre « inédite » à Aldous Huxley… Hé ben, la propagande de Broch a marché, le début de l’histoire est dans Lettres, la n°146.

Ensuite, Lettre à Thomas Mann, décembre 44.
Cette lettre est comme toutes les autres, même protocole, même schéma, même astuce, même « truc », même (encore !) « propagande » que pour Huxley ! (Enfin, c’est infernal, pourquoi personne ne l’a vu, sur des centaines et des centaines de lettres !) : parler de l’autre, le vénérer, le porter haut, l’inclure dans quelque chose un peu hydresque, mais à pas trop de têtes, 2, 3, max, plusieurs fois, pour qu’il soit illusionné d’en faire partie et ensuite : l’absenter, partir dans …sa critique, la répétition d’un concept, lui filer un bon coup de patte en suivant, rétablir très vite pour ne pas perdre l’illusion, et revenir enfin au concept et projet unique, puis conclure.
Broch déroge à cette technique si peu souvent qu’on sait, alors, quand il est libre de s’exprimer, quand son correspondant est aimé ou digne de confiance ou soutient un jeu de pensée avec lui, ou quand il « échappe à son contrôle », selon lui « comme un cheval qui veut retrouver l’écurie ». Parfois il fait semblant de perdre le contrôle et s’en excuse faussement pour placer quand même ce qu’il a dire. Mais sinon, le système de propagande est assez invariable et s’il ne pouvait être visible de « un » à « un » quand les lettres se suivent rassemblées, il apparaît sans doute possible. Et cette Lettre à Thomas Mann est un modèle du genre. Ne serait-ce qu’étudier comme, selon, et en avançant dans les années, il place et déplace Joyce, (Musil), Mann dans un espace différentiel entre eux ou entre chacun ou tous et sa production démontre une logique d’ajustement de propagande ; il intègre aussi, selon les « modes », selon les affinités des uns et des autres, selon qui tient en haleine sans doute le petit milieu élitiste américain et international, et selon les sorties littéraires, voire scientifiques, voire esthétiques ou critiques tout simplement, des « noms » qu’on sent décoratifs mais pas intégrés pour recomposer, chaque fois, « la tendance » et y trouver n’importe quoi qui frôle Virgile ou ses théories donc l’occasion d’en parler.(voir 3e article)
Je suis presque certaine de retrouver ce protocole dans ce Sortilège ou Tentateur ou Roman montagnard. Broch a écrit des milliers de pages sur la folie collective, et partant de l’individu, je crois que personne n’a soupçonné quel lent et patient manipulateur il a « tenté » d’être, sans le moindre succès, pour faire accéder Virgile à sa réalité et ainsi avoir le terrain intellectuel pour la suite de sa production.
Je le sais.
J’ai arrêté de faire la même chose il n’y a vraiment pas si longtemps.
Mais ça, ça me regarde.

Bilan :
Baleine blanche ou Monstre du Loch Ness littéraire, ou génie seulement « littéraire », ou leurre pédant, ou « imbu » et théorie « fumeuse », « pas si nouveau que ça », culpabilité et expiation et punition judéo-catholique, suspicion de ci et ça, et d’ailleurs Musil le dit que ci et ça, et tout est pompé et inspiré d’autre chose, d’autres auteurs, soit pour Les Somnambules, soit pour Virgile, et même avant que les livres qu’il a copiés paraissent, même, tiens ! Et le pire c’est ce Tentateur qui devrait se nommer Sortilège. Et pour s’en sortir, ne surtout pas aller regarder les pages en français, allemand et anglais de Wikipedia ou au contraire, histoire de visuellement être sûr qu’il y a un problème. C’est un « fatras » comme disait Broch lui-même de l’Allemagne d’après-guerre, pendant les procès.
Mais Hannah Arendt est d’une stabilité, elle, relativement irréprochable, elle a sa propre vie et elle n’est pas dans ses articles et livres, son honnêteté intellectuelle est fixe. Elle n’a pas de puissance, mais du coup, au moins, pas d’ego qui martyrise son sujet et son jugement, elle n’a pas non plus de vision, elle travaille, pour ce que j’ai lu d’elle, dans son temps et amène à conclusion, précise, carrée, travaillée presque géométriquement, donc très lisible même quand elle bâtit l’argumentation en dur philosophique. C’est serein. Si elle avait dû régler son compte à Broch, pour quoi que ce soit, même un détail, elle ne l’aurait pas fait : elle n’aurait rien écrit sur lui. N’ayant pas à mener une compétition avec Broch, au niveau littéraire, et traditionnellement philosophe, elle peut le reconnaître en tant qu’écrivain, et tenter d’établir un plan, pour lui, au niveau de ses théories (ce n’est pas dans l’article de la revue Europe, mais dans son introduction à Création littéraire et connaissance) mais je crois qu’elle est allée trop vite et qu’il lui manque beaucoup, personnellement, intellectuellement et esthétiquement, et en puissance, pour y parvenir : mais je peux totalement me tromper sur ce point, je n’en sais pas assez, et je dois tout reprendre. Il n’est pas temps.
Personne n’a l’air de considérer le nombre de fois où Broch parle d’une vie trop courte pour faire ce qu’il veut, il abandonne presque 3 ans avant sa mort, et sa mort est une attaque cardiaque alors qu’il projetait un voyage en Europe et de se reposer, enfin. Personne, dans tout ce qui a été fait, dit, écrit par Broch, ne tient compte de cette donnée : il est mort subitement, aucune affaire en ordre, avant d’avoir achevé ses projets. Il n’y a donc, de force, aucune conclusion, et il est mort « sans » Virgile, sans sa « permission », sans son « score », or, pour sa psychanalyse faite à rebours par son fils, ça aurait dû aussi un peu compter s’il croit que Broch était culpabilité-expiation-punition… Aucune « autorisation », aucun terrain libre, aucun espace accordé ? Qui sait ce que ça peut signifier, pour un auteur conceptuel ? De quel « droit », alors, il aurait avancé jusqu’où il projetait d’avancer « avec » Virgile ?
Qu’est-ce qui s’est passé, au XXe siècle, pour qu’on oublie les mots mêmes dans leurs propres œuvres dans la bouche de leurs propres personnages, ne serait-ce que de Shakespeare ou Dante ou Homère ? …Ou Balzac ? Ou Hugo, le supra-absent, d’ailleurs, dans tout Broch et contours (celui dont Gide disait « Hélas », ceci expliquant cela). Qu’est-ce qui s’est passé au XXe siècle, pour que la littérature, et l’art, ne puissent plus rien, rien, de toutes leurs preuves, à quelconque de leurs prétendants faiseurs, finalement pour les rejeter démontrant qu’ils n’étaient pas dignes ou pour les élever en tant que passeur du Temps suivant ? Qu’est-ce qui s’est passé ?

Donc pour l’instant : en attente.

Prochain article, « sans » Blanc, mais Broch.


À SUIVRE : PUCK IS BACK | 08312020 | pré-014 | HERMANN BROCH | partie 3/3


Claire Cros, auteur conceptuel | clairecros.com

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* concepts inédits, avancés pour la première fois dans Blanc.

Suivez les liens :

Textes lus (1 lecture) entre le 11 et le 28 août 2020
Création littéraire et connaissance, édition et introduction d’Hannah Arendt, (Dichten und Erkennen, Rhein-Verlag, Zürich, 1955), pour la traduction française : Éditions Gallimard, collection Tel, 1955 (1966), 379 pages.
La Grandeur inconnue, Écrits de jeunesse, Lettres à Willa Muir, (Die Unbekannte Grösse, Rhein-Verlag, Zürich, 1961), pour la traduction française : Éditions Gallimard, collection Du Monde entier, NRF, 1968, 445 pages.
Huguenau ou le réalisme, dont Dégradation des valeurs, in Les Somnambules, (Die Schlafwandler, Rhein-Verlag, 1931, puis 1952 pour © Suhrkamp Verlag Frankfurt am Main), pour la traduction française : Éditions Gallimard, 1956 pour parties 1 et 2, puis 1957 pour 3e partie, et éditions complète, collection L’Imaginaire : 1990, 729 pages.
Les Irresponsables, (Die Schuldlosen, Rhein-Verlag droits à Suhrkamp Verlag Frankfurt am Main, 1950), pour la traduction française : Éditions Gallimard, collection L’Imaginaire, 1961, 389 pages.
Lettres (1929-1951), (Éditions en allemand : ?), pour la traduction française : Éditions Gallimard, collection Du Monde entier, NRF, 1961, (non-réédité, exemplaire de 1961) 526 pages.
Logique d’un monde en ruine, six essais philosophiques, (écrits (publiés ?) de 1931, 33, 34, 35 et 46, rassemblés et (re)publiés en 1975-77, Suhrkamp Verlag Frankfurt am Main), pour la traduction française : Éditions de l’Éclat, collection Philosophie de l’imaginaire, Paris-Tel-Aviv, 2005, 215 pages.
La Mort de Virgile, (The Death of Virgil, Der Tod des Vergil, première édition, Pantheon Books, New York, en anglais et original en allemand : 1945 ; pour la traduction française : Éditions Gallimard, collection L’Imaginaire, 1955, 448 pages.
Théorie de la folie des masses (Die Massenwahntheorie, parue en 1979, Suhrkamp Verlag Frankfurt am Main), pour la traduction française : Éditions de l’Éclat, Paris-Tel-Aviv, 2008, 525 pages.


Lus entre temps du 11 au 28 août :
De l’Esprit des masses, Traité de psychologie collective, Paul Reiwald, Delachaux et Niestlé, collection « L’homme et ses problèmes », édition originale, 1949, 380 pages.
La déshumanisation de l’art, José Ortega y Gasset, (première édition en 1925), Éditions Allia, Paris, 2011, 2014, 50 pages.
La Monadologie de Gottfried Wilhem Leibniz, études et notes de Clodius Piat, Paris librairie Victor Lecoffre, 1900, (édition numérique), 237 pages.
Présent et avenir, Carl Gustav Jung, (Gegenwart und Zukunft, Walter Verlagn 1957) traduit en français en 1962, Buchet/Chastel, impression de 2018, 128 pages.
Psychologie collective et analyse du moi, Sigmund Freund, 1921, traduction de DR. S. Jankélévitch revue par l’auteur, (document numérique), 72 pages.
Psychologie des foules, Gustave Le Bon, 1895, Éditions Félix Alcan, 9° édition, 1905, 192 pages pour l’original, (reproduction document numérique).
Retour au Meilleur des mondes, Aldous Huxley, (Brave New World Revisited, ©1958 by Aldous Huxley, pour la traduction française : Éditions Plon, 1959, collection Feux croisés, éditions révisée, 2013, 144 pages.
La Révolte des masses, José Ortega y Gasset, (La rebelión de las masas, traduction 1967, Éditions Stock), Les Belles Lettres, collection Bibliothèque classique de la liberté, 2010, 384 pages.
Le Viol des foules par la propagande politique, Serge Tchakhotine, nouvelle édition revue et corrigée, Éditions Gallimard, collection Problèmes et documents, NRF, 1952, 312 pages.
…Plus, comparaison de la nouvelle traduction de 1984, de George Orwell, chez Gallimard, avec le texte original en anglais, chez Penguin Books, Modern Classics.


Texte lu le 30 août
Robert Musil/Hermann Broch, in Europe, Revue littéraire mensuelle, N°741-742/Janvier-février 1991, collectif, 206 pages dont 70 pages/ sur Musil et 50 pages/ sur Broch.


Textes restant à lire
Autobiographie psychique (1999, Suhrkamp Verlag Frankfurt am Main), pour la traduction française : L’Arche Éditeur, 2001, 136 pages.
Pasenow ou le romantisme, et Esch ou l’anarchie in Les Somnambules, (Die Schlafwandler, Rhein-Verlag, 1931, puis 1952 pour © Suhrkamp Verlag Frankfurt am Main), pour la traduction française : Éditions Gallimard, 1956 pour parties 1 et 2, puis 1957 pour 3e partie, et édition complète, collection L’Imaginaire : 1990, 729 pages.
Le Tentateur (appelé Roman montagnard par Broch), édition posthume, assemblée et synthèse, (Der Versucher, parue en ? 1953, au Rhein- Verlag, puis en 1976, sous le titre Die Verzauberung, (version premier état du roman, Suhrkamp Verlag Frankfurt am Main), pour la traduction française : Éditions Gallimard, collection L’Imaginaire, 1960, 557 pages.




PUCK IS BACK | 08312020 | pré-014 | HERMANN BROCH | partie 3/3

En préparation de l’épisode 014 puis 015 de PUCK IS BACK. À propos d’Hermann Broch. Troisième et dernière partie. « Sans » Blanc, mais Broch : le mythe Hermann Broch.

Broch a souvent parlé des « mythes », de nouveaux « mythes », de créer un « nouveau mythe », qu’il devait venir un autre « mythe », et de ce qu’il fallait pour ça. Il ne pouvait pas savoir qu’il en deviendrait un par le pire que l’intelligentsia, les élites, puissent mettre en œuvre, de concert et toutes — à de rares exceptions qui ont sauvé chaque siècle et leur mémoire en s’inscrivant (sans le savoir sans doute, mais que l’avenir peut ainsi définir), comme « témoin de la défense » n’ayant aucun intérêt personnel dans le « procès » de « l’objet et de son auteur ». Balzac a tout dit de cette comédie dans Les Illusions perdues, mais qu’il ait ainsi figé son protocole ne l’a jamais fait cesser et n’a jamais permis à aucun auteur d’en être épargné sous prétexte qu’il était renseigné par Balzac. Je ne sais pas s’il existe un grand auteur, en fait, qui n’ait pas prévenu à travers le temps ses héritiers, en vain. L’inculture, le snobisme, le mensonge, l’hypocrisie, une incroyable inconnaissance de soi, un mix de faiblesse, de lâcheté, et un éternel manque de temps (quelle que soit l’époque), voire d’argent, sont intrinsèques aux élites, intellectuelles, politiques, …économiques et scientifiques on peut à présent le dire aussi. Une affaire sans espoir que le Temps lui-même, qui élimine les unes, les renvoie sans pouvoir à l’oubli, et garde pour une « éternité » ce qu’il faut pour que l’Humanité se poursuive en lui. Enfin, c’est ce que le mythe, pas si faux, éternellement vérifié, veut. Il est si connu que chacun croit que sa propre mort le fera exister et que les élites, se méfiant de cet oubli et de l’incorruptible renvoi du Temps, l’ont arrêté.

Pour Broch, c’est avant tout Hannah Arendt qui a livré des preuves, pour ce que je peux avoir lu jusqu’ici. Et il a fallu lire les précisions en notes à la toute fin de Lettres (1929-1951) (voir réf. ci-dessous) pour encore attacher trois noms : Henry Seidel Canby, historien de la littérature, (note 117, page 519), le doyen de Princeton Christian Gauss (note 152, page 521) et Alvin Johnson, économiste, co-fondateur de The New School (note 238, page 519). Je suppose qu’on peut compter Stephen Hudson soit Sydney Schiff, auquel est dédié, de façon posthume, Virgile. Il doit évidemment exister d’autres personnes, d’autres écrits, d’autres analyses, mais pour mes lectures, c’est presque tout.

Mann, Joyce, Proust, Musil, Broch : des mythes. Mais on peut resserrer à Joyce, Musil et Broch. On peut resserrer à Joyce et Broch et à Hermann Broch, seul, qui de tous a, de très loin, il semble, le plus faible nombre de commentateurs et exégètes, et lecteurs, et « public », pourtant.
Pourquoi des mythes ? Parce qu’ils n’ont pas été lus. Et par « lus », j’entends « lus », ce qui n’a rien à voir avec « avoir tout lu de l’œuvre », ou « pouvoir en disserter. »

Avant de poursuivre, je peux dire une chose sur les 5 « mythes » : ils n’auront jamais un réel autre public que l’actuel, en tout cas pas dans le référentiel de leur seul espace littéraire, à cause du manque d’humour et d’érotisme de tous leurs textes, l’érotisme en tant que concept et matière et glacis, pas uniquement lié au corps, au sexe, mais de façon générale, en tout : architecture, paysage, situations, visuelles, auditives, réelles ou non, peu importe : il y a une faille, une absence érotique, mais elle est d’autant plus significative quand en plus il est question de chairs et de sexe qu’il soit hétéro ou homosexuel.
Proust est presqu’à éclater de rire tant il manque d’humour et d’érotisme mais c’est si pathétique que le rire s’éteint. Joyce doit passer par trop de crudité pour l’esthétisme de l’érotisme, quant à l’humour, c’est plus une complicité qui demande une formation que n’a pas le public massif. Musil écrit sans humour et trop de « stupeur » peut-être, devant l’objet érotique, qu’il en devient effort, froid et n’évite pas le ridicule, non plus. Les uniques mauvais passages de Broch, dans Virgile, concernent le corps de Plotia et son lien physique avec Virgile. 10 lignes en tout, soit rien, et pourtant nulles. Pour ce que j’ai lu sinon, Broch est encore de très loin (again) celui qui avait le plus d’humour et d’érotisme. Et il est le seul des 5 qui était archi-conscient du manque qui rendait impossible un public-masse : il l’écrit d’ailleurs, plusieurs fois, et différemment, de façon évolutive, il y pense, et va jusqu’à dire qu’il va falloir un roman d’humour pour obtenir ce public.
Je sais parfaitement et à la fois je ne sais pas encore tout à fait comment expliquer ces deux faillites-là, de l’humour et de l’érotisme, à la suite d’un XIXe, pour la première partie du XXe siècle, je veux dire à part historiquement, évidemment. Donc je vais éviter des arguments courts aux allures trop achevées ; et même si l’Histoire seule donne une explication, elle est seulement intuitive, ce n’est pas suffisant du tout.
Si Beauvoir n’avait pas été si occupée avec le communisme, son cul, et démonter tous les auteurs les plus désespérants qu’elle pouvait, peut-être qu’elle aurait pu avoir un mot pour ça, « son » époque, mais on ne peut pas tout faire. Et elle aussi, si les femmes l’avaient lue…
La seconde partie du XXe siècle a un sacré autre problème avec ce couple équilibriste, humour et érotisme, mais elle n’en a pas plus en « valeur absolue » que la première partie, parce qu’en fait, ils sont simplement totalement absents de leur forme sensible, heureuse et belle, (ce qui n’implique en rien le « Bien » naïf), et versent du côté du cynisme, de la satire, du mépris, de la perversité et de la pornographie, rire sexuel de haine malaisée, de bêtise, de lâcheté, de faiblesse d’auteur, ou, pire, ils sont des indications : ici on doit rire, ici on doit bander : la claque, payée, intégrée à la trame. La seconde partie du XXe siècle n’a pas plus de chance que la première avec un public-masse, et que les auteurs soient masculins ou féminins. Pourquoi certains auteurs ont quand même trouvé un public assez important ? C’est une autre histoire.
Les deux moitiés du XXe siècle, et entre, 1955 : Lolita de Nabokov. S’il y a un psy dans la salle du siècle et qu’il veut intervenir ? …Non ? Bon.

Bien, c’était juste pour dire.

La suite de cet article n’est que ce qu’elle est parce que, entre autres :
Il me manque d’avoir lu ce qui est indiqué en bibliographie,
et d’avoir relu la totalité théorique et de pouvoir ensuite en faire un modèle avec un mathématicien.
Et je ne peux ni ne veux rien d’autre « sans » Blanc.

LE MYTHE HERMANN BROCH :

Je vais m’appuyer sur cette évidence : en 1991, preuves à l’appui : il n’existe toujours pas, en français (direct ou en français ayant traduit de l’allemand ou de l’anglais), de terme « fixe » pour traduire (côté critiques et commentateurs) un des modèles théoriques de base de la démonstration logique de Broch (voir 2e article).
« Der Zerfall (der Werte) » oscille de tous les côtés de ses possibles traductions, parfois dans le même article, volontairement, pour éviter stylistiquement la répétition. Selon vers où la traduction oscille, elle va entraîner tout un petit ensemble préconçu qui va s’obliger, pour avoir l’air intelligent et assuré, à se formuler en simili « idées » définitives et courtes. Et on obtient selon le pendule de la traduction plusieurs espaces critiques distincts, aucun n’utilisant les mêmes termes ni la même morphologie, ni presque le même sujet. Il ne s’agit pas de lectures critiques comparatives et entrant en opposition avec une finesse délirante d’exégètes ultra-précis, c’est uniquement un exercice de pédantisme très peu prudent qui ne vaut que s’il n’est jamais acculé à se justifier, dont le ton supérieur et dominant ne tient qu’à la position du commentateur dans son élite, son ego, et pas du tout à quoi que ce soit de stable, universellement défini, « scientifique », de l’objet en étude : les références bibliographiques subissent un grand flottement, la part scientifique littéraire ou logique des propos est nulle et non avenue, les phrases cherchent à faire oublier leur vide et leur fausseté (impossibles à juger pour le public non spécialiste de ce genre de masque textuel) en étant exagérément tranchées et mimant une grande facilité à jongler avec des concepts.

Depuis 1991, aucune fixité non plus. Broch a dû écrire, disons, 2000 sur-denses pages (accessibles en français) théoriques où il parle de ce « Der Zerfall (der Werte) » mêlé à une théorie à n dimensions, et 3000 autres littéraires (de même accessibles en français) où il travaille cette théorie, sans compter sa correspondance dont seulement 300 - 400 lettres peut-être sont traduites en français. Or, les seules critiques en français, ou en américain traduit, qui s’aventurent (forcément, pas le choix avec Broch) sur les deux terrains de la littérature et de la pensée, jugent en deux lignes ou deux petits paragraphes la « totalité » SANS fixité sémantique et SANS sémantique commune d’une critique à l’autre.

J’ai dit « forcément », parce que dans les Somnambules, Broch va commencer à placer « Der Zerfall (der Werte) », donc impossible de traiter de ce « premier » roman sans cette théorie en 10 chapitres numérotés et séparés textuellement du romanesque sauf l’épilogue. Et donc impossible pour la totalité de la production de Broch de faire sans sa part conceptuelle, (qui jamais, nulle part n’est nommée ainsi, je précise : c’est ma définition). Un critique ou commentateur « littéraire » n’a pas le choix de s’aventurer dans …il ne sait pas quoi. Un mélange de philosophie ni cartésienne, ni kantienne, ni hégélienne, ni marxiste, et d’une sorte de sociologie nouée de logique positiviste mais pas vraiment, et de quelque chose de scientifique tirée de la nouvelle théorie de la relativité appliquée à l’ensemble romanesque et historique et de la religion, laquelle ?… Aaaaaaaaah ? …Oskur ? Oh, mais aucun problème, pour un critique littéraire ou universitaire de ci, de ça : il parviendra à résumer tout ça en 20 lignes. Ou à juger : « théorie fumeuse », même.
C’est très drôle et sidérant et crispant à lire, comme l’assurance inouïe d’une élite lui permet de ne jamais douter d’elle ni même du Temps, de l’apport d’une autre lecture qui pourrait la couvrir de mépris et lui causer une honte irréversible. Comme l’élite sait combien elle a déjà vécu de tel moment et ne tient pas du tout à en revivre, « quelque chose » se passe qui va empêcher quiconque de se retourner contre elle.
L’élite a quelques astuces, pour ça : elle détourne l’attention et liste des études nécessaires « à faire », d’un ton léger et ennuyé, pour un détail : mais un détail, attention, qui changera tout ; études si complexes, si terribles rien que dans la formulation, semblant demander tant de décennies de vie, qu’elles ne risquent pas de trouver preneur même en doctorat ; études qui, de toute façon, font très joli, très brillant, sur le papier, mais qui ne changeraient rien à rien de rien une fois faites ; études qui sont un tel travail de titan, à combattre des mythes ou les faire se combattre, que le lecteur de l’article qui les propose se dit que l’auteur de l’article est donc capable de « commander aux titans », et donc doit être proche de l’intelligence absolue, ou de Dieu face à son sujet. Comment, alors, ne par faire confiance à ce que le lecteur lit ? Qui serait-il pour le remettre en cause, pour douter ? Et le lecteur entérine aveuglément l’opinion de l’article. Comme le lecteur ne pourra pas la garder en entier en mémoire, il va naturellement la raccourcir et l’arrondir par une belle somme d’à peu près et en garder « une » idée générale. Reste donc : la position du critique renforcée dans « son » statut d’élite, et quant à la production de Broch (dans l’exemple ici mais ça vaut pour d’autres auteurs), elle ne tient plus, pour l’opinion du lecteur, de l’espace ouvert, possible, mais d’un sous-total compris entre « je n’ai rien compris mais je ne suis pas assez intelligent pour ça et jamais je ne l’avouerai », ou « Broch n’a pas son égal en littérature, pour certains trucs, mais en théorie, c’était n’importe quoi. » ou largement moins, ou moins, ou rien. C’est, quoi qu’il en soit, impossible pour le lecteur de désincarcérer et l’auteur et sa production, de tels articles, mais le lecteur ne sait pas que c’est parce qu’ils ne sont tout simplement pas dans le texte critique qui est un leurre.

Pour ne pas être mise en défaut, l’élite fait diversion et décide soudain de douanes et désigne des doubles portes à codes secrets soi-disant entre la production de l’auteur et quelconque public. Le public n’a aucun moyen pour comprendre que la production de l’auteur n’est en aucun cas accessible par ses portes verrouillées pour un temps indéfini, ou toujours, mais qu’elles ne sont qu’un décor, factices, posées au milieu de rien.
En attendant, où est la production de l’auteur ? Toujours à l’abri entre des milliers et des milliers de couvertures de tous les pays. Elle est réelle, « quelle qu’elle soit ». Il faut donc que l’élite ait une autre astuce pour se protéger de cette réalité : et c’est la cession au mythe, donc le renforcement du mythe, donc le mythe.
À côté des résumés des concepts de Broch, ou de leur critique hautaine et définitive, vont s’accumuler les plus grandes admirations, ornées de termes les plus « définitifs » aussi et emphatiques possibles, montant en flèche vers le « génie », mot qui est pourtant peu accordé à Broch. L’élite l’isole dans le « sans égal » et le comparant à d’autres monstres littéraires, le fait les dépasser. C’est si seul, si unique, et si énorme en volume, en plus, qu’incomparable, mais « par le haut ». La critique réalise une stratification entre l’admiration de « quelque chose » de si immense que, finalement, c’est illisible, mais « le plus grand » …et un rejet des concepts. L’élite est passablement aidée dans cette tâche par le simple mot de « poésie ». Celui-là étant déjà un « mythe en soit », quand on parle de « poème » gigantesque en place de « littérature » ou « roman » on fait déjà reculer le lectorat, et on garde l’avantage : qu’y a-t-il de plus élitiste que d’être lecteur de poésie ? Et de plus pénible et difficile pour le lectorat ?
Le lecteur n’ira jamais jusqu’à s’interroger sur cette curiosité : comment un auteur jugé unilatéralement comme « au-delà », et qui, d’après ses critiques, mêle littérature, « poésie », et « une philosophie » ( ?) dans ses textes, serait au-delà de tout et tous côté création, mais intellectuellement uniquement capable de « théorie fumeuse » ? …Sachant que l’auteur est « mathématicien », voire parfois classé « savant » ?
Il restera un, le « mythe ». Le classement « mythe » soulage aussi bien les critiques que le lectorat éventuel, celui des critiques, celui qui n’accédera pas pour autant à Broch : un mythe est par essence propre à rester en place sans être résolu, il est un aimant à mystères et en génère, et génère le sien : il a donc une indépendance conceptuelle absolue et peut rester dans son propre néant, utile ainsi, glorieux, effrayant, et …non lu.

40 ans après sa mort, au moins 20 ans après qu’une bonne partie, et toute celle officielle et publique, de la production de Broch soit accessible en français, les quelques propos critiques dont Broch serait l’unique sujet laissent entendre que son « cas » serait quelque part le plus connu, puisque propre à être résumé en deux lignes et jeté, que ses « romans » seraient si lus et intégrés à l’imaginaire collectif que peu importe dans livrer toute la trame et l’histoire, en assurant en plus que peu importe parce que Broch a annulé, dans ses romans, tout intérêt pour « l’histoire » et qu’il n’y a donc aucun suspens, rien à « suivre », à « attendre » d’aucun personnages. Par curiosité, la page wikipedia de Broch est dix à cent fois plus courte que celle de ses commentateurs, ou d’autres auteurs mineurs, elle s’appuie, de plus, sur les « argumentaires » de sa production, d’époque, le plus souvent écrits par Broch, je crois.

70 ans après sa mort, bientôt, rien de plus qu’en 1991. Les rééditions « récentes » des textes de Broch, sont, je suppose, l’affaire de la régulière mise à jour « technique » d’un catalogue, afin que certains titres soient adaptés à un format plus actuel : papier, graphisme de couv, etc, visuellement. Et pour certains, épuisés, il faut trouver la première édition, des années 50, en occasion.
Étant donné qu’il est impossible d’aborder le « mythe » Broch, par définition, par un seul angle, donc un seul texte, il faut en conclure qu’au mieux ses textes sont l’affaire de spécialistes, de chercheurs, éventuellement germanistes, aussi, donc pouvant passer aux ouvrages en langue originale, mais dont les travaux seraient invisibles depuis un écran public, ou que, plus sûrement, personne en 70 ans n’a affronté l’œuvre totale de Broch.
Le point d’orgue étant : pas plus de son vivant.

Si Broch était un auteur mineur de sa propre époque et d’autant de la nôtre (qui n’est pas avare en sauvetage des médiocres pour leur tailler une gloire posthume vraiment comique et vaine, d’un autre côté : on assume ce dont on est seulement capable, le problème étant que, par contre, systématiquement on essaye de faire passer l’auteur mineur pour un incontournable), on pourrait admettre ce vide allant grandissant, et le non-renouvellement, non-réimpression des ouvrages éditorialement. Mais Broch est un mythe aussi immense que Joyce, …et Musil et Mann …et même Proust : personne, au monde, de toutes les « élites » du monde, ne le nie, ne le remet en doute seulement. Les élites internationales ont tenté le coup des portes à codes dans le désert, la tactique ultra usée du stonehenge littéraire, toujours facilité par le volume seul des œuvres, tenant debout sur leur tranche de base, et elles ont réussi.

Ça c’est une chose.
Face à ce constat, il impossible de déstonehengé Broch. Pour deux raisons en une :
1. Pas en donnant sa petite opinion anonyme conceptuelle, pour mon cas, basée sur autant de pages que les siennes, autant d’années de travail de la même valeur horaire par jour, mais non lues.
2. Parce qu’il faut démonter le masque des élites et expliquer ses causes pour le XXe siècle, donc analyser le XXe, et je ne plaisante réellement pas en disant ça : pour réatteindre Broch PAR l’analyse de son traitement par les élites durant les 70 ans après sa mort, il faut ré-analyser le XXe en sa totalité absolue.
Donc : pas « sans » Blanc.

Il reste une unique possibilité : la part « réelle », la propre production de Broch.

Et je poursuis dans l’épisode PUCK IS BACK | 09012020 | 014.


Claire Cros, auteur conceptuel | clairecros.com

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et tous les articles sur le blog Mediapart Claire Cros, et sur puck.zone
* concepts inédits, avancés pour la première fois dans Blanc.

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Textes lus (1 lecture) entre le 11 et le 30 août 2020
Création littéraire et connaissance, édition et introduction d’Hannah Arendt, (Dichten und Erkennen, Rhein-Verlag, Zürich, 1955), pour la traduction française : Éditions Gallimard, collection Tel, 1955 (1966), 379 pages.
La Grandeur inconnue, Écrits de jeunesse, Lettres à Willa Muir, (Die Unbekannte Grösse, Rhein-Verlag, Zürich, 1961), pour la traduction française : Éditions Gallimard, collection Du Monde entier, NRF, 1968, 445 pages.
Huguenau ou le réalisme, dont Dégradation des valeurs, in Les Somnambules, (Die Schlafwandler, Rhein-Verlag, 1931, puis 1952 pour © Suhrkamp Verlag Frankfurt am Main), pour la traduction française : Éditions Gallimard, 1956 pour parties 1 et 2, puis 1957 pour 3e partie, et éditions complète, collection L’Imaginaire : 1990, 729 pages.
Les Irresponsables, (Die Schuldlosen, Rhein-Verlag droits à Suhrkamp Verlag Frankfurt am Main, 1950), pour la traduction française : Éditions Gallimard, collection L’Imaginaire, 1961, 389 pages.
Lettres (1929-1951), (Éditions en allemand : ?), pour la traduction française : Éditions Gallimard, collection Du Monde entier, NRF, 1961, (non-réédité, exemplaire de 1961) 526 pages.
Logique d’un monde en ruine, six essais philosophiques, (écrits (publiés ?) de 1931, 33, 34, 35 et 46, rassemblés et (re)publiés en 1975-77, Suhrkamp Verlag Frankfurt am Main), pour la traduction française : Éditions de l’Éclat, collection Philosophie de l’imaginaire, Paris-Tel-Aviv, 2005, 215 pages.
La Mort de Virgile, (The Death of Virgil, Der Tod des Vergil, première édition, Pantheon Books, New York, en anglais et original en allemand : 1945 ; pour la traduction française : Éditions Gallimard, collection L’Imaginaire, 1955, 448 pages.
Robert Musil/Hermann Broch, in Europe, Revue littéraire mensuelle, N°741-742/Janvier-février 1991, collectif, 206 pages dont 70 pages/ sur Musil et 50 pages/ sur Broch.
Théorie de la folie des masses (Die Massenwahntheorie, parue en 1979, Suhrkamp Verlag Frankfurt am Main), pour la traduction française : Éditions de l’Éclat, Paris-Tel-Aviv, 2008, 525 pages.


Lus entre temps du 11 au 28 août :
De l’Esprit des masses, Traité de psychologie collective, Paul Reiwald, Delachaux et Niestlé, collection « L’homme et ses problèmes », édition originale, 1949, 380 pages.
La déshumanisation de l’art, José Ortega y Gasset, (première édition en 1925), Éditions Allia, Paris, 2011, 2014, 50 pages.
La Monadologie de Gottfried Wilhem Leibniz, études et notes de Clodius Piat, Paris librairie Victor Lecoffre, 1900, (édition numérique), 237 pages.
Présent et avenir, Carl Gustav Jung, (Gegenwart und Zukunft, Walter Verlagn 1957) traduit en français en 1962, Buchet/Chastel, impression de 2018, 128 pages.
Psychologie collective et analyse du moi, Sigmund Freund, 1921, traduction de DR. S. Jankélévitch revue par l’auteur, (document numérique), 72 pages.
Psychologie des foules, Gustave Le Bon, 1895, Éditions Félix Alcan, 9° édition, 1905, 192 pages pour l’original, (reproduction document numérique).
Retour au Meilleur des mondes, Aldous Huxley, (Brave New World Revisited, ©1958 by Aldous Huxley, pour la traduction française : Éditions Plon, 1959, collection Feux croisés, éditions révisée, 2013, 144 pages.
La Révolte des masses, José Ortega y Gasset, (La rebelión de las masas, traduction 1967, Éditions Stock), Les Belles Lettres, collection Bibliothèque classique de la liberté, 2010, 384 pages.
Le Viol des foules par la propagande politique, Serge Tchakhotine, nouvelle édition revue et corrigée, Éditions Gallimard, collection Problèmes et documents, NRF, 1952, 312 pages.
…Plus, comparaison de la nouvelle traduction de 1984, de George Orwell, chez Gallimard, avec le texte original en anglais, chez Penguin Books, Modern Classics.


Textes restant à lire
Autobiographie psychique (1999, Suhrkamp Verlag Frankfurt am Main), pour la traduction française : L’Arche Éditeur, 2001, 136 pages.
Pasenow ou le romantisme, et Esch ou l’anarchie in Les Somnambules, (Die Schlafwandler, Rhein-Verlag, 1931, puis 1952 pour © Suhrkamp Verlag Frankfurt am Main), pour la traduction française : Éditions Gallimard, 1956 pour parties 1 et 2, puis 1957 pour 3e partie, et édition complète, collection L’Imaginaire : 1990, 729 pages.
Le Tentateur (appelé Roman montagnard par Broch), édition posthume, assemblée et synthèse, (Der Versucher, parue en ? 1953, au Rhein- Verlag, puis en 1976, sous le titre Die Verzauberung, (version premier état du roman, Suhrkamp Verlag Frankfurt am Main), pour la traduction française : Éditions Gallimard, collection L’Imaginaire, 1960, 557 pages.




PUCK IS BACK | 09072020 | pré-015

Je n’ai pas insisté assez dans le 014 sur la perte du logos ; les autres points que j’ai zappés, sont à propos de la terreur, de la honte, de la culpabilité de la conscience, du silence, et de « l’individu » / « masse ».
Je n’ai pas non plus été critique face à mes lectures thématiques, et je ne veux pas laisser croire qu’elles soient si fiables, de fond, de forme, parce que ce n’est pas le cas.
Dans ce 014, en disant qu’il faudrait une modélisation, alors que je l’ai, je courais après autre chose en parlant, que je n’ai pas trouvé sur l’instant, c’est pour ça que j’ai dit « ce serait plus simple » …mais pour moi ! Pour ne rien oublier : je n’ai rien dit réellement de la constitution de la spirale, ni, l’essentiel à ce moment-là, dans le 014 : qu’elle est la démonstration que pour aller chercher ceux paralysés au centre qui n’en finit plus de se resserrer, au propre il faudrait dérouler la spirale lentement en sens inverse depuis sa base, et aussi précautionneusement qu’on puisse, pour « réellement » ne blesser personne dans l’opération.
Et c’est là que ça aurait été le plus simple pour faire comprendre « l’irréversibilité de tel état » (et aussi ce que j’ai dit à propos du temps qui passait plus lentement sans doute que celui relatif.)
Je n’ai pas abordé non plus la fin de la littérature, chez Broch.
Bref. Donc je repousse le 015 au 017.

(Ah oui, tant que j’y pense : avec tout ce que je peux dire, sur ces chers humains et cette chère humanité, que personne n’aille me croire une bonté niaise face à eux, ni que je leur accorde la moindre confiance et que quelconque espoir me conduise. Je n’écris pas dans un autre ordre que pour les enfants, les illettrés, les chimères et les animaux. J’ai pour les adultes de mon propre temps un sentiment que je peine à maintenir, et lequel : ça me regarde.)

Avec la modélisation de la réticulation du temps du Présent éternel* s’enroulant, ça devient facile de comprendre que « le temps d’expliquer » (donc de dérouler en sens inverse) pourquoi et comment cette réticulation :
d’une part par quels phénomènes historiques simultanés, conscients ou non, soit d’événements, soit de propagande
et d’autre part par ce que les individus et les masses, et pourquoi/comment, sont contraints d’abandonner dans cette courbure, d’adapter, de renier, d’oublier, d’enfouir, de perdre,
est impossible.
C’est un « temps » qui ne peut exister tant il en demanderait et qu’on ne peut prendre nulle part, sur aucun temps : ni le passé évidemment, ni le « présent » qu’il faudrait « dédoubler », ni le futur parce qu’il est incapable de se charger de retenir le présent, encore heureux…ou pas. Dans ce « dédoublement du temps », il faudrait aussi « inverser » la nudation forcée, psychique et physique, des individus, (dans Blanc, présentée comme la création d’une sphère au centre de laquelle l’individu est repoussé en lui-même jusqu’à dissolution), en réinsérant dans leur vie tout ce qui a été abandonné, renié, oublié, perdu : une greffe inenvisageable. Quand bien même la compréhension de l’ensemble apparaîtrait aux individus, rien ne réintégrera sa place native, sur le vivant logique, rien ne réintégrera jamais la ligne de vie intègre, (ainsi des raisonnements ou prise de conscience de n’importe quelle analyse, factice ou non), mais tout passera du côté de la « connaissance », de soi, de l’Histoire, de la masse environnante : c’est aller au risque que cette connaissance, pour que la greffe tienne, subisse aussi vite la radicalisation d’une nouvelle adaptation et, en fait d’analyse réussie, ne soit qu’un vague raccord, un plâtre lourd, un autre masque toujours mal ajusté, pénible et étouffant, qui pousse à s’en débarrasser naturellement, donc à un second oubli, cette fois lassé et sans autre tentative possible ; ou sinon, autre radicalisation : que cette « connaissance » devienne dogmatique et donc un outil amplement au service d’un nouveau discours politique de propagande, d’une autre version de l’économie, qui la feront dégénérer toujours plus, l’ensemble en dégénérant dogmatiquement échappant totalement à son rôle, à l’individu, et aux masses.
D’où cet abandon justifiable bien que non argumenté, sauf en surface, à l’exception de la production de Broch, de tous les auteurs devant la tâche, dite « irréversible », et d’où leur unique proposition :
attendre que le temps passe en faisant subir une propagande inverse continue aux populations, qu’on va dire, pour aller vite : « intoxiquée » dont « par la peur ».
compter sur les nouvelles générations, donc celles dont la naissance les place par défaut sur la ligne du contemporain* quand bien même leurs propres parents seraient enferrés dans le centre de la spirale ; et pour ces nouvelles générations, intervenir sur leur éducation afin de les maintenir à la tangente d’un monde dont la puissance de l’attraction est phénoménale et de l’ordre du naturel, pour un enfant, puisque c’est le monde de ses parents.
Cet état-là, de tension, explique quelque part la nécessité (vaine) de « révolution », physiquement : suivant les pures définitions de l’astronomie, de la géométrie, de la mécanique. C’est revenir au point de départ après avoir fait un tour autour d’un axe fixe (le centre de la spirale) et, ce tour réalisé, l’isoler, dans un acte de sécession, s’en séparer, le laisser partir, avec plus au moins de haine et de violence, plus ou moins de « répudiation, mépris, moquerie, ironie, etc » dans le passé. L’Histoire démontre que ce genre de « révolution », au final, ne tient pas et va rappeler, après elle, une partie du contenu de la spirale, pour diverses raisons, dont la pérennisation des nouveaux pouvoirs, dont l’excès par la terreur, dont le vieillissement de la fureur de l’impulsion, dont le maintien intergénérationnel, dont la fatigue, le domaine pratique, la facilité, la faiblesse, la paresse, ou l’oubli, et évidemment l’égoïsme et l’hypocrisie des meneurs et la naïveté des menés. La révolution, « sur le modèle mythique » de celle française, serait donc une réaction désormais surannée, vouée à l’échec, insuffisante, si, encore une fois, elle se veut dans sa tradition (légendaire), par la rue.

Aucun auteur (sauf Broch, mais voir plus bas), ne va justement jusqu’à modéliser cette affirmation d’irréversibilité et d’échec du langage et chacun s’arrête devant l’effroi réel du « temps manquant » sans l’évoquer, il faudrait effectivement des milliers de pages d’argumentation, des milliers de mots, donc des milliers de secondes, retenues sur le temps de chaque individu pour parvenir à récupérer l’abandon, le naufrage, la dérive et obturer le trou noir final du centre de la spirale ; en 39-45, il a fallu des milliers et des milliers et des milliers de cadavres pour ça.

Broch, en long, en large et en travers (donc en 3D), a cherché, mais sans trouver réellement, à rassembler tous les éléments nécessaires pour recréer un « mythe ». Il savait qu’il y avait nécessité que réapparaisse un mythe, et même finalement, plusieurs. Il passe même par une étude du modèle chrétien, puis hégélien et marxiste, pour ça, et je pense que ça peut être (hypothèse) avec ses thèses-là qu’il a pu se mettre à dos, et bien après sa mort, les communistes haineux, les socialistes anti-religion, aussi, les dogmatistes d’une autre génération, parsemés dans le milieu intellectuel et universitaire américain et français, pour ce que j’en ai trouvé, presque rien, d’articles : alors que chez Broch la religion est prise en tant que modèle, et toute sa démonstration intellectuelle n’est en rien du tout religieuse du type « croyant », il le dit 100 fois, d’autant qu’il est écrivain de la conscience. Mais il est vraiment probable, plus j’y pense, qu’une autre propagande, largement plus vaste et ne concernant pas l’auteur directement du tout, ait eu raison de lui, dès les années 30, même, et « à la Onfray » : donc du genre qui prône, et reprône et ne cesse d’y revenir, l’athéisme, de façon sectaire et scolaire, et finalement « croyante » et qui fait basculer, en le balayant avec dédain, tout ce qui ne serait pas dans sa vision du côté du simplisme, du mal, du populisme, parce que du religieux, nationaliste, extrémiste, etc ; ce genre de propagande a besoin pour paraître intelligente et scientifique, ce qu’elle n’est en rien de rien, d’user de mépris, d’explications choc et très courtes, de formules, pour écarter toute discussion : l’évidence du ton y fait beaucoup, l’affluence de références énervées et disparates dans le temps et dans les catégories : philosophie, littérature, géographie, politique, économie, de sources démultipliée et sans lien, la comédie d’une intense digestion intellectuelle qui ferait croire que tout est si assumé, réfléchi, condensé, qu’on n’en tire que des conclusions soi-disant pédagogiques, vite dites, avec l’excuse de ne surtout pas vouloir ennuyer son public : tout est un montage illusoire, noyant l’auditeur, mais parvenant à son objectif : tout sauf la religion, (mais en fait, nul ne peut dire quel est ce « tout », c’est « tout » sauf ce que la « morale » et la « justice » excluent, bien sûr, mais ça reste « tout », et voilà pourquoi ce genre de « philosophe » n’a développé aucune pensée, jamais, depuis le temps que ça parle et écrit.)
Or, à présent qu’on peut regarder froidement (on va y croire, si, si…) le communisme, le socialisme, 68, et leur pendant à droite ; plus rien n’est à soutenir, plus aucun filtre n’est assez puissant pour tenter de faire mentir et dissoudre dans de la bêtise courte la production de Broch, et sans doute l’Histoire.

Broch est donc souvent revenu sur le problème de créer un « nouveau mythe », entreprise impossible, de façon à ce qu’en lui seul, le mythe porte pour les individus toute l’explication, toute l’argumentation, toute la démonstration longuissime et lourdissime, et qu’en un seul phénomène « total » se rassemble sans qu’il ait besoin d’être vécu, sans qu’il soit perdu, sans qu’il dépende de lui, un « temps » gigantesque.
Ce « mythe » n’a rien à voir avec les références qui sont puissamment « mythiques » : comme, par exemple, dire que quelque chose est kafkaïen, ou l’expression « Big Brother is watching you » ou citer le nom des films Brazil ou Blade Runner, ou même au pire The Walking Dead, pour toute explication à une situation, un événement.
Je crois qu’on peut parvenir au moins à « presque » le « rôle » du mythe avec une modélisation du concept et sa présentation, mais dans ce cas sous forme filmée, à gagner sur ce « temps impossible », avec les parfaites images, la parfaite musique et peu de mots, mais les bons, de façon à présenter dans un tout total quelque chose qui embarque n’importe quel « individu », et comme tu disais : de façon « intime », comme une lecture, mais sans qu’il se sente jamais accusé, ni jugé, ni nu, ni honteux, ni blessé. Un film peut parvenir à présenter un concept tel qu’il en devienne, une fois absorbé par le public, un simili-mythe qui parvienne à soulager une masse, individu par individu, dont ils pourraient parler sans avoir à revenir sur leur propre expérience, sans avoir à se confesser, sans avoir à se sentir coupable, mais avec « enfin » la possibilité d’une libération.

Ce protocole-là, Broch a souvent choisi de le comparer à celui chrétien, avec quelque chose qui « délivre », accompagné de toute la sémantique chrétienne, parce qu’on était tout simplement dans la première moitié du XXe siècle et que cette thématique était totalement assumée, je crois, intellectuellement, pour ceux qui se sentaient capables de l’utiliser en dehors du champ « croyant » qui, lui, est sans extension possible. (Il y a eu assez d’auteurs « croyants » en France, d’ailleurs, de Claudel à Gide en passant par Mauriac ou le chéri de Finkielkraut et nouveau chéri de Macron : Péguy. Broch n’a rien à voir du tout avec cette littérature.)

Si un film de modélisation peut atteindre la masse, ça ne suffit pas à une démonstration intellectuelle et scientifique par une nouvelle élite, d’une part, ensuite à son potentiel d’attaque, ou de « menace » contre les systèmes, et enfin à une surveillance continue et stratège, ce que pourraient faire l’ONG A.I. et une intelligence artificielle en mémoire, application et soutien.

Alors, pour en revenir à ce qu’on se disait hier soir, à propos de la honte, de la culpabilité au bord du sentiment de non-assistance, de la difficulté à supporter la conscience de ne pas faire ce qu’il faudrait en « accord avec ses convictions » mais de « résister » pourtant, grâce à la conscience aussi qu’aller trop loin ne sert à rien qu’à s’abîmer personnellement, revivre une destruction connue, et certainement échouer… Et aussi pour en revenir au « silence » qu’on peut avoir face à soi quand on s’investit trop, quand on lutte, quand on tente de contrer, ou pour une seule remarque qui rappelle notre position « contre ».
Je pense que ce qui blesse réellement la personne consciente, c’est que si elle a « honte » de l’a-lucidité des personnes autour d’elle, c’est qu’elle perçoit aussi leur propre honte, leur désarroi devant l’impossibilité absolue, pour elles, de réaccéder à une pensée consciente, analytique et libératrice. La honte est partagée, mais l’une est connue et l’autre non, et pourtant il subsiste un infime sentiment chez la personne non-lucide : celle d’être nue et de ne pouvoir se cacher, celle d’être tout au fond d’un labyrinthe dont elle ne voit pourtant aucun des murs donc aucune possibilité d’au moins tenter sa chance à choisir un chemin. C’est comme lui hurler « sors de là ! » alors que « physiquement » c’est le vide autour d’elle et qu’elle n’a plus aucune idée du chemin emprunté pour se rendre là.
Cette honte-là est si dévastatrice, cette perdition sans preuve est si dangereuse pour l’équilibre personnel, que je crois que le réflexe de survie dépasse absolument tout, et même l’amour, même l’amour filial, même l’amour maternel, paternel : c’est là qu’on atteint une certaine horreur humaine qui montre comme l’humain est poussé à bout, alors qu’il semble si parfaitement comme un autre jour : n’importe qui se retrouve en pouvoir d’annuler sans que plus rien en lui ne l’émeuve, ne le retienne, ne l’alerte, celui le plus proche de lui : « lui ou moi », et chacun choisira « soi ».
Cet état est peut-être hypnotique, mais je trouve le terme ultra-ridicule et simplificateur et surtout il induit, quand il s’arrête, un « réveil », et je ne supporte pas ce vocabulaire-là : réveil, éveil, il est sectaire. C’est bien trop simple, bien trop simple pour être humain et réel.
Cet état est celui attribué à une partie du monde à la révélation des camps de concentration mais l’Histoire est catégorique : il n’y a ultra-majoritairement pas eu de « réveil », il y a eu du silence, de l’ennui, du rejet, de la négation, une immense incapacité à absorber l’information, jusqu’à la négation et la persistance rampante ou affichée de la foi nazie. Du coup, les plus conscients de l’incapacité de l’humanité à tomber à genoux devant sa propre horreur, et plus elle en avait été proche, moins elle le pouvait, ont mis en œuvre une propagande de l’horreur, par des films, des témoignages, une « dénazification » de la jeunesse, aussi. Rien n’a aidé, rien n’a fonctionné sur les témoins de l’époque.
Ça a commencé à avoir un résultat sur les enfants des mêmes, mais un résultat à froid, de choc, cruel.
La cruauté la plus inouïe n’a pas cessé à la fin des camps, elle s’est diversifiée avec une subtilité immonde et elle a été stérile. C’est cette diversification subtile qu’il faut à tout prix éviter de reproduire.

Il y a donc une forte chance qu’en provoquant une grande gêne chez les autres par le « contre » qu’on manifeste, quelle que soit la façon dont on le manifeste : sourire, soupir, geste las, ironie voire cynisme, colère, impatience, grande explication, désespoir …et même : AVF, on sache intimement qu’on les blesse alors qu’ils sont innocents de leur terreur, alors qu’ils sont en protection ultime, en survie, par rapport à une incompréhension terrible : on leur inflige une honte d’eux, totalement impuissante et désespérée aussi de (peut-être) constater qu’aucun amour n’y fait plus rien. Il faut garder espoir que ce désespoir existe, aussi malaisé soit-il à discerner, et même : invisible.
Pour celui « conscient », l’impuissance du lien affectif, pourtant le plus fort soit-il, s’il n’est pas analysé ainsi « impuissance absolue » et donc « pardonné », assumé, tient du rejet ultra-cruel, de l’abandon et de la non-reconnaissance à un stade primitif touchant l’instinct, de la trahison, aussi, et du sacrifice. Il faut passer au-dessus de ce sentiment, une illusion vraie, mais une illusion.
Le « silence », de toutes les attitudes en réponse à un « contre » manifesté, est encore l’état le plus externe du « centre de la spirale » ; il est bien avant les premiers mots « qu’est-ce que tu veux que je te dise… puisque c’est obligatoire ». Ne pas trouver les mots est la preuve d’une chance, alors que dégainer une formule figée « Il y a eu des morts, quand même », « il vaut mieux prévenir que guérir », qu’elle soit ainsi encore assez superficielle, ou déjà plus enfoncée comme « on ne joue pas avec la santé », ou totalement enfoncée, donc participative parce qu’en appelant à un « ils » : « je trouve que c’est bien qu’ils imposent… », chaque expression pouvant être classée par niveau d’abrutissement, de réflexe, de porosité à la propagande, jusqu’à l’action, la participation, le soutien à cette même propagande, réduit d’autant, jusqu’à l’annuler, la chance de quitter la tentation du centre, de résister à son aspiration centripète.

Le face à face n’est donc en rien une solution de lutte et de désintoxication (perte du logos), il ne peut pas libérer, il est sans le moindre pouvoir et fera du mal à celui contre et à celui perdu, mais c’est à celui « conscient » de cesser pour s’éviter la triple peine de la solitude et d’avoir blessé et d’en être encore le seul spectateur. Dans quelle mesure certains ont quitté l’Allemagne des années 30 moins pour sauver leur vie, moins en manifestation de protestation, moins pour aller informer le monde, moins pour garder leurs convictions libres, que pour mettre une distance entre deux douleurs, deux hontes, vaines, dont la proximité était la destruction de la chance d’annuler au moins l’une d’elles, et pas celle de celui « quittant » ?

Si le face à face, et le logos, et l’amour sont sans pouvoir, il faut reculer et se taire et observer et attendre et travailler à un autre système : par l’extérieur, en important une tierce personne qui de toute façon aura aussi son insuffisance ou en important « massivement » une tierce partie : et pas en s’acharnant sur une seule personne mais en lui permettant à nouveau son « intimité » d’individu, donc anonyme au milieu d’une masse : la masse jouera le rôle de « murs » de soutien, elle va simuler ce labyrinthe impalpable, inaccessible en soi, c’est elle seule qui peut refonder un espace concret en se formant : unie devant la « même chose » et c’est elle qui peut être « sa » « libératrice », en se défaisant ensuite et une fois dissoute, une fois que chaque individu se retrouve « seul », en révélant à nouveau un paysage connu et sensé. (je résume aussi à la hache, là, à la Jung, on dira…)

Selon telle analyse, à la hache donc, le « silence », accompagné des yeux baissés, de la gêne démontrée par le corps, est une supplique, et signifie : je suis à bout de ce que je peux encore te montrer pour te faire comprendre que je ne peux rien de plus. À bout parce que l’effort est ultime pour ne pas glisser plus loin vers le centre, cet effort se fait tout entier déjà dans la « non-répétition » de toutes les phrases figées (encore non participatives) qui sont déjà un système de défense actif contre le contre. Le silence est une demande de silence pour que s’arrête l’impuissance « fondamentale » et inconsciente.
À manifester à quelqu’un de trop proche un « contre », peu importe comment, on l’isole en lui et, en fait, on le torture. La preuve est qu’au moindre doute qu’on sentira face à soi, on se ruera pour en sortir la totalité de la dénonciation, persuadé par ce minuscule et mol hameçon de pouvoir sortir un être tout entier de son labyrinthe, alors qu’au mieux on l’écorchera, une petite douleur, mais très vive, intimant un seul réflexe : partir en arrière. Contre-emploi et échec.
Il faut laisser le doute grandir « seul », « intimement. » Il faut une putain de maîtrise pour ça, pour le laisser si timide et fragile, « seul », d’où une culpabilité, d’où le sentiment de non-assistance, d’où la sensation d’aller à l’encontre de ses convictions puisque cette « maîtrise » demande une force dont on a l’illusion qu’elle est mal distribuée, qu’elle ne sert pas où il faudrait, qu’elle est inutile. Il faut faire le pari, au moins, que celui qui se tient en silence, tacitement, est « rassuré » par la présence d’un « contre » non loin de lui, de cette « force » qui se démontre par défaut, par son immobilité, à tout moment réactivable dans le réel, l’agissant et le logos, qu’il y a donc un bénéfice à retenir coûte que coûte l’envie de « convertir » en s’acharnant avec un logos inutile, et pire parfois, de guerre lasse, de jouer de cynisme. Il faut se contenter, de force, du rôle de référence muette, supporter éventuellement de passer pour rebelle et sentir (s’il n’est pas prononcé que d’un regard las) le flot souvent habituel de reproches eux aussi sans logos. Il faut « tenir » dans une situation assez insupportable en laissant croire qu’il puisse y avoir dans l’avenir une conclusion qui départage 99,9999% de ceux qui auront cru la propagande du nano-reste qui aura lutté contre : cette attente est vaine, fausse, traître, mais elle sert de bastingage contre l’aspiration. Dans notre situation, la difficulté du pari est que le départ de propagande : le coronavirus, est un élément réel et irréfutable, lui est un élément intégrable au logos, et c’est infiniment, infiniment perturbant pour le logos même : au point qu’il échoue et, quoi qu’il arrive, continuera à en être embarrassé. Tout élément commun au logos et à sa perte est une épreuve pour le logos, c’est peut-être là, s’il a la victoire sur lui, qu’avance la culture, l’Histoire, et de loin en loin s’établit un progrès saturé, sédimenté, de l’humanité ?
 
Torturer, c’est hors de question, parce que l’immense différence avec la situation conceptuelle identique des années 30 : le mal qui est en train d’être fait n’est pas dirigé contre d’autres nations ou des peuples entiers ou des faillibles mentaux ou des homosexuels, des invalides, tous sous-hommes, dans un élan sans borne contre l’humanité et contre toute chose qu’elle avait bâti d’elle-même. Là, le mal est de soi à soi, chacun est en train de se haïr, de se chasser, de se juger responsable de sa propre perte, de se jeter dans des trains vers sa mort, de s’enfermer, se dénoncer, se torturer et s’exécuter. Chacun. Et l’enfer est qu’une telle suite de vocabulaire fera sursauter le monde entier qui hurlera que c’est exagéré tant, en surface, tout semble inoffensif, tant « bien au contraire » : tout est fait pour que chacun soit protégé, et veillé par ses élites, dans le monde entier.

Le témoignage, pour la production totale que je travaille en ce moment, de Broch, ayant traversé avec une conscience allant en se déployant, tant qu’elle aborde un vide dès le début des années 30 et devient donc capable d’inédit, les années 20, 30, et 40 et observant les élites alors, leurs réactions, leurs inventions, leurs accords, laisse entendre la naïveté, la bêtise, l’égoïsme horrifiant des personnalités dont on sent une insincérité et une volonté de vite vouloir régulariser la « paix », sans plus, soudain, tenir compte de rien de la complexité qui aura mené à la « guerre ». Mondiale. Les solutions proposées, l’énervement, les décisions prises, par les élites, dont intellectuelles, dont scientifiques, sont toutes du même registre. Quelque chose a été « voulu » fini, fixé dans une dualité pratique, et « dans le plan », sans autre dimension : la guerre froide, et très péniblement on a gardé en mémoire le pire de l’humanité, avec le témoignage des camps, allant en se résumant à un « plus jamais ça » si dogmatique qu’il ne réagit plus que face à « formellement » la même vision, les mêmes symboles, donc ne peut pas aborder son propre fond, sous une nouvelle forme.

À la hache : il y a sans doute bien eu une « révolution » spontanée, simultanée, si violente qu’elle n’est pas restée comme telle dans l’Histoire, dès 1945, entraînant une scission avec une « première » spirale ; aussi vite, la ligne de poursuite du Temps a réabsorbé l’ensemble du contenu de cette spirale et c’est ainsi que la France de la Collaboration s’est refondue dans son paysage, de toute part, sans être inquiétée et a progressé dans l’illusion, jusqu’à un nouveau biais, fixé par 68, nouveau biais qu’on peut comprendre, sentir, comme fatidique : quelque chose roulé si fortement et qu’on déroule ne tient pas à plat mais aura tendance à reprendre sa forme aux fibres brisées dans un sens unique. On peut même penser plus loin cette modélisation conceptuelle et imaginer que 68, dans son élan inconsidéré, a amorcé un enroulement dans un certain sens inverse au premier et de même, pour aller le plus loin dans l’image sensible : on peut sentir que cette fois le mouvement allait deux fois contre les fibres, et donc a demandé un écrasement, des cassures, une répétition supérieure, une force de maintien sans comparaison, pour imposer la réticulation.
Ces concepts sont argumentables pour que ces images quittent leurs symboles, mais ce n’est pas possible ici, et …pas « sans » Blanc.
De même : il est hors de question que je traite des décennies sous forme de masse compacte, en niant la succession générationnelle et le devenir de l’individu en elle, mais je n’ai pas la place ici.

Juste un mot : pour des raisons variées, qui n’ont rien à voir, mais alors : rien, avec un pouvoir intellectuel, une connaissance lettrée, une culture étendue donc un jeu potentiel avec des données de l’Histoire, des « individus » sont entrés en résistance à partir des années 30, incluant une considération des années 20, au XXe siècle. Ces individus ont passé des générations, où en sont nés, et jamais n’iront jusqu’à se comprendre un lien, direct ou réactionnaire, évolutif, sensé, démontrable, avec ce qui, pour eux, représente à peine un passé commun, à peine un bout d’Histoire.
Ce sera l’objet de l’article pré-016, et de l’épisode 016, mais je peux quand même encore écrire ici, si on suit ce modèle conceptuel de deux spirales temporelles au sens inversé au cours du XXe siècle, les uns inédits (spirale et sens), les autres non, que la majeure partie des révolutions sans lien avec la religion dans le monde des dernières années, du XXIe siècle, ont bien laissé entendre un constat qui démontrerait que leurs acteurs sont d’une part face à rien, et l’ont dénoncé, d’autre part n’ont pas conscience et ne pourraient pas témoigner vraiment de ce dont ils sont issus, et l’ont dénoncé aussi, même le plus non intellectuellement. Ces deux dénonciations étaient intégrales dans les tout premiers mots des Gilets jaunes : pas d’avenir, pas de fondation, un épuisement face à ces deux états, et donc l’impossibilité de faire front pour ses propres enfants. Ces dénonciations ont été dans la seconde évincées, oubliées et niées par toutes les élites, de politique à intellectuelle en passant par culturelle et ainsi et par là ces élites sont coupables de la première violence, celle politique a su la mettre en œuvre aussi vite, physiquement, celle intellectuelle l’a soutenue dans cette mise en acte, l’a argumentée et a renchéri, et celle culturelle, bonne dernière et idiote, paralysée par son propre mythe n’a réagi avec un ridicule parfait et sans effet que quand elle a « reconnu » un autre mythe (le « peuple » « lynché »). Les 3 élites ont été terrorisées, leur violence est une réponse et une trahison de leur terreur, terrorisée pas par la petite masse des Gilets jaunes, pas par leur allure, la casse de base d’un mouvement, mais par ce qui leur était insaisissable dans cette « apparition » soit, fondamentalement, et formellement : tout. Les 3 élites ont réagi avec violence parce qu’elles ne « comprenaient rien », entérinant la perte de leur logos. Et la grande « masse », la société, n’a pas bougé, terrorisée, elle, par la violence de ses élites, et incapable de comprendre, victime d’une double inertie, que son dernier logos qu’elle « sentait » vaguement représenté par le mouvement Gilets jaunes s’effilochait jusqu’à disparition en quelques jours.
Mais je reprendrai dans le pré-016, donc.


Claire Cros, auteur conceptuel | clairecros.com

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et tous les articles sur le blog Mediapart Claire Cros, et sur puck.zone
* concepts inédits, avancés pour la première fois dans Blanc.

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Textes lus (1 lecture) entre le 11 et le 30 août 2020
Création littéraire et connaissance, édition et introduction d’Hannah Arendt, (Dichten und Erkennen, Rhein-Verlag, Zürich, 1955), pour la traduction française : Éditions Gallimard, collection Tel, 1955 (1966), 379 pages.
La Grandeur inconnue, Écrits de jeunesse, Lettres à Willa Muir, (Die Unbekannte Grösse, Rhein-Verlag, Zürich, 1961), pour la traduction française : Éditions Gallimard, collection Du Monde entier, NRF, 1968, 445 pages.
Huguenau ou le réalisme, dont Dégradation des valeurs, in Les Somnambules, (Die Schlafwandler, Rhein-Verlag, 1931, puis 1952 pour © Suhrkamp Verlag Frankfurt am Main), pour la traduction française : Éditions Gallimard, 1956 pour parties 1 et 2, puis 1957 pour 3e partie, et éditions complète, collection L’Imaginaire : 1990, 729 pages.
Les Irresponsables, (Die Schuldlosen, Rhein-Verlag droits à Suhrkamp Verlag Frankfurt am Main, 1950), pour la traduction française : Éditions Gallimard, collection L’Imaginaire, 1961, 389 pages.
Lettres (1929-1951), (Éditions en allemand : ?), pour la traduction française : Éditions Gallimard, collection Du Monde entier, NRF, 1961, (non-réédité, exemplaire de 1961) 526 pages.
Logique d’un monde en ruine, six essais philosophiques, (écrits (publiés ?) de 1931, 33, 34, 35 et 46, rassemblés et (re)publiés en 1975-77, Suhrkamp Verlag Frankfurt am Main), pour la traduction française : Éditions de l’Éclat, collection Philosophie de l’imaginaire, Paris-Tel-Aviv, 2005, 215 pages.
La Mort de Virgile, (The Death of Virgil, Der Tod des Vergil, première édition, Pantheon Books, New York, en anglais et original en allemand : 1945 ; pour la traduction française : Éditions Gallimard, collection L’Imaginaire, 1955, 448 pages.
Robert Musil/Hermann Broch, in Europe, Revue littéraire mensuelle, N°741-742/Janvier-février 1991, collectif, 206 pages dont 70 pages/ sur Musil et 50 pages/ sur Broch.
Théorie de la folie des masses (Die Massenwahntheorie, parue en 1979, Suhrkamp Verlag Frankfurt am Main), pour la traduction française : Éditions de l’Éclat, Paris-Tel-Aviv, 2008, 525 pages.


Lus entre temps du 11 au 28 août :
De l’Esprit des masses, Traité de psychologie collective, Paul Reiwald, Delachaux et Niestlé, collection « L’homme et ses problèmes », édition originale, 1949, 380 pages.
La déshumanisation de l’art, José Ortega y Gasset, (première édition en 1925), Éditions Allia, Paris, 2011, 2014, 50 pages.
La Monadologie de Gottfried Wilhem Leibniz, études et notes de Clodius Piat, Paris librairie Victor Lecoffre, 1900, (édition numérique), 237 pages.
Présent et avenir, Carl Gustav Jung, (Gegenwart und Zukunft, Walter Verlagn 1957) traduit en français en 1962, Buchet/Chastel, impression de 2018, 128 pages.
Psychologie collective et analyse du moi, Sigmund Freund, 1921, traduction de DR. S. Jankélévitch revue par l’auteur, (document numérique), 72 pages.
Psychologie des foules, Gustave Le Bon, 1895, Éditions Félix Alcan, 9° édition, 1905, 192 pages pour l’original, (reproduction document numérique).
Retour au Meilleur des mondes, Aldous Huxley, (Brave New World Revisited, ©1958 by Aldous Huxley, pour la traduction française : Éditions Plon, 1959, collection Feux croisés, éditions révisée, 2013, 144 pages.
La Révolte des masses, José Ortega y Gasset, (La rebelión de las masas, traduction 1967, Éditions Stock), Les Belles Lettres, collection Bibliothèque classique de la liberté, 2010, 384 pages.
Le Viol des foules par la propagande politique, Serge Tchakhotine, nouvelle édition revue et corrigée, Éditions Gallimard, collection Problèmes et documents, NRF, 1952, 312 pages.
…Plus, comparaison de la nouvelle traduction de 1984, de George Orwell, chez Gallimard, avec le texte original en anglais, chez Penguin Books, Modern Classics.


En lecture :
Autobiographie psychique (1999, Suhrkamp Verlag Frankfurt am Main), pour la traduction française : L’Arche Éditeur, 2001, 136 pages.
Pasenow ou le romantisme, et Esch ou l’anarchie in Les Somnambules, (Die Schlafwandler, Rhein-Verlag, 1931, puis 1952 pour © Suhrkamp Verlag Frankfurt am Main), pour la traduction française : Éditions Gallimard, 1956 pour parties 1 et 2, puis 1957 pour 3e partie, et édition complète, collection L’Imaginaire : 1990, 729 pages.
Le Tentateur (appelé Roman montagnard par Broch), édition posthume, assemblée et synthèse, (Der Versucher, parue en ? 1953, au Rhein- Verlag, puis en 1976, sous le titre Die Verzauberung, (version premier état du roman, Suhrkamp Verlag Frankfurt am Main), pour la traduction française : Éditions Gallimard, collection L’Imaginaire, 1960, 557 pages.



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