ÉPISODES LIÉS IN :

COHORTE CONCEPT​​​​​​​




11_SNOW
#INKTOBER2019 #SNOW
October 11, Official 2019 prompt list: 11_SNOW

Blanc* comme neige à canon [11/31 #Inktober]

SOCIÉTÉ TOTALITAIRE | TOTALITARISME DÉMOCRATIQUE | ACONTEMPORANÉITE / « NOUS N’AVONS PAS ATTEINT NOTRE CONTEMPORAIN » | ENDOTEMPS / PRÉSENT ÉTERNEL | NÉO-MOYEN-ÂGE | NÉO-INDIVIDUALISME | NÉO-RENAISSANCE | NÉOHUMANISME ||| Des concepts inédits, démontrations, résolvant, conceptuellement, notre époque : COMMENT ON EN EST ARRIVÉ LÀ / DE QUOI DEMAIN. Ignorés depuis leur sortie en 2004. Pourquoi ?**

Parce que, exhaustivement :
























































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À demain.

*Article rédigé dans le cadre du challenge #INKTOBER 2019, détourné par PUCK_clairecros.com_17SWORDS.
Aujourd’hui THE OFFICIAL 2019 PROMPT LIST donnait le mot :
11_SNOW [Neige, neiger, enneiger | tromper/embobiner (avec trop de paroles)/ rouler dans la farine | noyer/enterrer sous (trop de paroles, d’informations) | cocaïne]
Demain :
12_DRAGON [ Dragon | femme (vieille) antipathique, méchante et effrayante ]

** voir les PUCKs #36 et #38, entre autres.

***seule version reconnue, ultime, publiée par 17SWORDS, numérique : voir clairecros.com


12_DRAGON
#INKTOBER2019 #DRAGON
October 12, Official 2019 prompt list: 12_DRAGON

DRAGON CALL [12/31 #Inktober]

Tout le monde reçoit, à la naissance, un œuf de dragon, nommé, selon, cerveau, cœur, conscience, compétence, talent, intelligence, voire âme. Chaque œuf incomparable, recèle un dragon incomparable, chaque éclosion est incomparable, chaque dragon se développe de façon incomparable. Alors, comment et pourquoi, en France, on en est arrivé à croire qu’on avait tous le même ? Quelles conséquences ?*

Cet article est en 2 parties, la suite dans Cendre de chimères [13/31 #Inktober]

[Je ne plaisante jamais avec les dragons, j’ai une vénération pour les dragons, il y a des dragons dans tous mes romans et essais, de Blanc à Cendrillon. Dragons, tigres, chevaux, sont pour moi sacrés.
Il s’agit donc d’un sujet grave.]

J’ai dit que tout le monde recevait un dragon, mais c’est inexact. On a récemment découvert qu’il apparaissait que les premières dames de notre époque, à croire que c’est la condition pour l’être un jour, d’ailleurs, n’ont pas de dragon. Le doute subsiste aussi pour une bonne partie des femmes assez haut placées dans les rangs de pouvoir. La question ne se pose pas pour les hommes de même statut, ou, donc, « premier monsieur », parfois appelés président ou premier ministre : ils en ont un, bancal, ratatiné, sans aile, sans queue, sans dents, sans yeux, sans griffes, sans écailles, horriblement bête ; il est très difficile de le croire de la race des dragons, on dirait plutôt une grosse algue informe qui couine, de celles qui manquent de prédateurs parce qu’elles ne sont pas à leur place et prolifèrent en étouffant et tuant tout un écosystème. Il semble aussi, par les temps qui courent, que la dégénérescence congénitale et irréversible de son dragon soit la condition pour obtenir un certain pouvoir.
 
Il est alors inquiétant de comprendre que ces dragons informes et qui font honte à leur race n’ont pas obtenu leur place dans le feu et le sang, évidemment non : pas en étant dépourvu de telle furie et pouvoir naturels et natifs, mais qu’ils ont été élus. Par d’autres dragons.
On peut se rassurer quand on analyse qu’en fait, très très peu de dragons ont participé à ces élections avec toute volonté, certains ont voté par naïveté, d’autres une arme sur la tempe, certains par obligation floue, certains en pensant ne pas avoir le choix moral, certains ont voté et ne le savent pas, certains n’ont pas voté et ne le savent plus, certains n’ont pas voté, le savent, mais n’ont pas le droit de le dire à moins de désirer une arme sur la tempe, donc ils oublient qu’ils n’ont pas voté, pour survivre, ou ils disent qu’ils ont voté, pour survivre.

En France, le « premier monsieur » a un dragon dont le développement s’est arrêté, ça arrive, mais il a continué de vieillir extérieurement, donnant le change. C’est un dragon glitché, (qu’il ignore être, évidemment). Par exemple, pas très grand, il a une démarche très étrange à cause du conflit entre l’apparence, software, et le contenu, hardware, qui court-circuite fréquemment la logique, le bon sens et celui du ridicule : ainsi, il bugue et fait une pause à chaque pas commencé ; certains disent que c’est pour l’occasion de montrer sa colère à ceux de sa haie officielle qui auraient fini par s’endormir à attendre qu’il passe devant eux. Mais non, c’est involontaire, c’est un glitch.

Il n’a pas une grande queue, et elle n’est pas armée, alors il s’est construit une prothèse ; il l’enfile dès qu’il peut et il adore se regarder dans la glace, ensuite. Un jour, un général a éclaté de rire en le voyant et à préférer partir pleurer de rire ailleurs, alors, pour se venger, le premier monsieur a convoqué toute l’armée et il a marché en buguant devant elle, avec sa prothèse. Ça a marché, plus personne n’a ri dans ces rangs-là, on a même dû ouvrir en catastrophe des chapelles pour leur permettre de s’aligner en rang à nouveau et prier avec ferveur que jamais, jamais, jamais le premier monsieur n’ait à leur donner de vrais ordres, pour une vraie guerre et, par pitié, que tout s’arrête jamais aux manœuvres. Car, ils s’en souvenaient tous, et leur sang, alors, s’était glacé, comme, avec un ton dramatique, tout au début de sa prise de fonction, le premier monsieur n’avait eu de cesse de clamer partout, pour rien, sans contexte, que la guerre, LA guerre, « la » guerre, une guerre, une guerre potentielle, inconnue, un fantasme de guerre, quoi, menaçait.
Le général qui avait pleuré de rire avait avant de partir coupé un peu son bras et montré le sang au dragon du premier monsieur, lui prouvant ainsi qu’il n’était pas un soldat de plomb, mais le dragon du premier monsieur était trop vexé pour l’admettre.

Le dragon du premier monsieur n’a pas d’ailes. L’armée, de l’air, l’avait remarqué mais n’avait rien dit. Mais ils ne sont pas fous, ils ne veulent pas finir morts ou avec des prothèses, même d’une autre sorte, eux aussi, alors leurs généraux et colonels ont beaucoup réfléchi et ont mis au point une stratégie de détournement, pour le 14 juillet 2019.
Leur propre service de renseignements leur avait appris que le dragon du premier monsieur se prenait à ses heures perdues, soit toutes, pour un poète, buguant aussi, évidemment, avec, comme dans ses pas, des zones de silence entre les mots, un peu comme le moment où une ménagère au rayon fruits et légumes soupèse, dubitative, un melon, le lance, le rattrape, le relance, le rattrape, le tapote, le retourne, le palpe, le renifle, l’admire, fait un selfie avec lui, et le repose pour voir comme il est décidément le plus beau au milieu des autres qu’elle méprise, se régalant un instant de toutes ces autres ménagères qui n’auront que ceux-là quand elle pose le melon dans son panier et, dans l’instant, devient plus belle, plus grande, plus brillante, s’imaginant applaudie par tout le rayon, les patates douces, les choux frisés, les tomates rouges d’excitation. (L’armée peut comprendre tel exemple, les renseignements le savent, la même comparaison avec les auteurs du Nouveau Roman ou n’importe quel auteur français aujourd’hui choisissant un mot serait déjà moins accessible ; chacun son job.)

Les renseignements de l’armée ont fourni un nombre considérable de preuves : des déclamations partout, dans le monde entier, devant un pupitre, entre deux portes, à chaque micro. Pour peu que le dragon du premier monsieur voie quelqu’un devant lui : il déclame. Il lui arrive même parfois de se voir dans un miroir, ne pas se reconnaître et déclamer pour lui, même chose dans un urinoir. Nulle part, de toute façon, il ne se reconnaît, à cause du glitch. Cette non-reconnaissance est contagieuse et autour de lui, quand on le voit, on ne le reconnaît pas non plus, on ne voit que celui qu’il voit lui. Heureusement, cette bizarrerie n’atteint que certains dragons, idiots et sourds, aveugles. Certains font croire qu’ils sont atteints, pour ne pas être exclus des parages du premier monsieur, fomenter et attendre leur temps, tranquillement. Certains, rarissimes, ont fui ses alentours, conscients de perdre la vue et l’ouïe et leur dragon tout entier s’ils restaient.

Des preuves des compositions du premier monsieur ont été projetées aux généraux, dans un bunker secret, et les têtes de l’armée, consternées, ont pu lire « Nous sommes à l’hémistiche du quinquennat », « il faut remettre l’homme……… ………au cœur ». Un instant, ils se sont beaucoup inquiétés en lisant « comment ne pas éprouver la fierté d’être français ? » et ont cru à une menace terroriste, mais les renseignements les ont rassurés, ce genre d’erreur était passé comme une lettre à la poste des millions et des millions de fois, sans éveiller de soupçons, on pouvait conclure qu’il n’y avait pas lieu d’en avoir, c’était uniquement à cause du glitch, du développement stoppé du dragon. Rien de grave.
Quand les généraux ont entendu, adressé au monde entier : « J’ai besoin que vous nous rendiez la vie impossible, nous les dirigeants, j’ai besoin de ces mouvements, de ces indignations y compris de ces prises à partie », ils ont eu peur de finir comme la police, suicidée et exténuée, ou comme les pompiers, ruinés, mais les renseignements leur ont assuré que c’était du show-business, un truc de music-hall, très courant chez le premier monsieur, comme les claquettes, et toutes ces taxes qui apparaissent et disparaissent du chapeau, et la France coupée en deux, en quatre, en mille, et désossée, même, comme l’Alsthom_ GEC_Alstom_GE, aux grands applaudissements et rires enregistrés du public.

Rassemblant toutes ces preuves, travaillant longuement à une solution, s’étant entourés de conseillers appelés en nom de code « pourlécheurs de bottes », des pros des effets de la cour, de la flatterie et du comment il faut se tourner pour plaire, les généraux ont mis au point un spectacle pour le 14 juillet, un peu comme les petits de maternelle, à la fin de l’année, qui font pleurer papa d’un côté, avec sa copine du jour, à l’autre bout de la salle : maman, avec son copain du jour, et, entre, les 4 nounous et 8 grands-parents, et parfois aussi, du coup, un avocat ou des policiers, (raison pour laquelle les spectacles ne se font plus à l’école, les salles trop petites, mais dans la salle des fêtes municipale voire au stade) et ils ont écrit un beau poème, un peu genre lourdingue et rangeos, mais bon, c’est l’armée, même en gants blancs, pas Toto Hugo ; ils ont briqué la fanfare, histoire qu’elle fasse les violons, et c’est drôlement coton, avec que des cors de chasse, des trompettes, des soubassophones et des grosses caisses, et pendant que la poésie était récitée, ils ont fait venir, inattendu, un singe volant, pour la fête. Ohlala, c’était bien, hein. Franchement, ça pouvait pas êt’mieux. …Enfin, si, avec un château gonflable, c’est sûr, mais y avait la piscine de boules dans la tribune, en tout cas.

L’armée est fine, elle a mis en scène une sorte de double du premier monsieur : vêtu de prothèses, marchant sur l’air, dans un vacarme assourdissant, tournoyant, gigotant et prenant des virages raides comme ça lui pétait, seul debout sur sa toute petite machine plate, à s’amuser comme un dingue avec une irresponsabilité et une dangerosité optimale et suicidaire, et une non-efficacité totale pour l’armée. Mais on dira que ça validait un programme de recherche, au-delà du jeu vidéo, d’un égocentrisme infantile et de la crise d’épilepsie, donc bon. En tout cas, l’armée avait fait la preuve avec ce machin que, en mission, lui ne mourrait pas, mais l’ennemi, de rire, si. Tandis que les gars formés à être plus silencieux qu’un serpent, à nager plus souplement et longuement qu’un dauphin, à être plus souple qu’un chat, plus invisibles qu’une salpe de mer, à la vision, donc à la prise de décision vitale, plus découplée que celle d’un écureuil, eux, ils peuvent se faire tuer pour rien.

Le soir du 14 juillet, les épouses des généraux, avec compréhension et pudeur, ont quitté avec leurs enfants, les rassurant, la pièce où leurs époux se frappaient la tête contre le mur. Ça a duré trois ou quatre jours, pour certains, sans boire ni manger. Dans les hangars, il régnait un autre désarroi chez les pilotes, les rafales se roulaient sur le dos, se tenant le ventre de rire. Il n’y aurait pas fallu, ce temps-là, que la France subisse une attaque, même de Mars.

Pour la deuxième année consécutive, les chevaux de la Garde républicaine portaient par dessus la guêtre de l’antérieur gauche un brassard noir en hommage à Vésuve de Brekka, sacrifié pendant une orgie d’ego du dragon du premier monsieur désireux de se faire des copains. Le dragon du premier monsieur n’a pas remarqué les brassards des chevaux, parce qu’il n’a pas vu les chevaux, ne sachant pas ce que c’était. Ce dont il ne sait rien, il ne le voit pas, ou n’en dit rien, ou ne croit pas ceux qui le voient ou dit à tous qu’il ne faut pas le voir ni rien en dire. (réf détournée Tractacus logico-philosophicus, oui, merci) Mais alors, quand soudain il le voit, sans choix, sous son pif, c’est tout l’inverse et il demande à tous de le voir avec stupéfaction et d’en parler en continu car il croit que c’est apparu.
C’est toute la magie, d’ailleurs, pour lui, de la société, de faire apparaître des choses.

Il croit ça toujours à cause du glitch. Comme à l’école, quand on croit que les choses arrivent et apparaissent à partir du moment où on les apprend et comprend. Réellement, la candeur saine de l’élève et la qualité de son absorption de connaissances, qui peut avoir son émerveillement, proviennent aussi de l’instant où subtilement le dragon croit que c’est lui qui fait tout apparaître, en le répétant, comme ainsi, il s’approprie la connaissance : la sienne.
Quand on grandit, quand on quitte les bancs de l’école, selon une ancestrale coutume plus très respectée qui s’appelle en langage celte de druide « l’âge adulte », on cesse cet échange, avec regret, on ne fait plus apparaître ce qu’on apprend, on perd cette sensation au point qu’on la mime avec force et plaisir, au souvenir, en accompagnant un tout-petit dans ses découvertes, s’exclamant avec des Ooooh ! excessifs et heureux quand il progresse, et d’ailleurs, pendant cette douce et courte comédie, c’est bizarre : tout est merveilleux et beau. Tous les bébés dragons font de même, et tous sont merveilleux. Ça foire ensuite, inexorablement.
Adulte, on sait que ce qu’on apprend est un approfondissement, même si on fait de la recherche, l’inconnu n’est plus apparaissant, ni neuf, il vient à la suite de, il est utile à, il grandit son dragon, mais avec un objectif, il est moins noble, moins pur et on sait qu’il existe hors et sans soi. Très rares sont les éléments, dans une vie d’adulte, qui continueront à avoir le même qualitatif et merveilleux que les primes apprentissages ; on les recherche dans les loisirs, le dépassement sportif, la culture (bien sûr), la production d’œuvres d’autrui, des choix de parcours, pour se faire peur, se mettre à l’épreuve. L’adulte sait que ce dont il ne sait rien : un autre le sait. Enfin, il l’espère.
Il arrive que des dragons glitchés persistent à, partout, tout le temps, se remettre dans la position du petit dragon qu’ils étaient, mais sont encore, à redonner fièrement leur savoir devant leur famille. Ça met très mal à l’aise quand le dragon glitché fait un grand discours sur un truc qui devrait être acquis parce qu’il est adulte. C’est très masculin, depuis quelques décennies, cette façon de faire une grande leçon avec rien sous prétexte que soit, on l’a compris. C’est un défaut de perception et d’absorption et fatalement : de maturité.
Enfin, voilà, le dragon du premier monsieur est comme ça, encore scolaire et encore à vouloir épater son monde à recracher des connaissances de surface qui sont ultra-constitutives depuis belle lurette chez les autres dragons, et sans comparaison plus réelles et denses. Il fait des fois des phrases qui ont l’air compliquées pour beaucoup de dragons et tellement bizarres de complexité que certains des autres dragons croient parfois que ce sont des phrases de sur-dragon, surtout quand les dragons spécialisés ne disent pas que c’est juste du blob de dragon glitché.
Ça peut s’appeler aussi, hyper scientifiquement, « le complexe de Jésus parmi les docteurs. » Ça a été diagnostiqué définitivement le 18 mars 2019, en 8 secondes, et vérifié pendant 8 heures. Donc, vraiment fait sérieusement. Mais c’était trop tard pour le traiter. Il faut que ça soit très vite pris en main pour qu’il y ait une chance de rémission, au pire à la sortie de l’adolescence. Mais ensuite, c’est sans recours ni espoir.

Quoi qu’il en soit, il n’est pas rare qu’un dragon humain ne reconnaisse pas un dragon animal, infiniment, incomparablement plus vaste, noir et total. Souvent, c’est par bêtise, par jalousie, par mépris car le dragon humain pense qu’il a quelque chose en plus : un dragon. C’est délirant, mais c’est ainsi. Souvent, on peut classer les dragons humains ne reconnaissant pas les dragons animaux, comme impropres à commander à d’autres dragons humains, comme inexpérimentés, comme sans culture et abusé par leur propre langage.

En 2020, le 14 juillet sera bien différent, la cour du dragon du premier monsieur a décidé de lui offrir un spectacle enfin à sa mesure, il est prévu de faire défiler sur les Champs le Charles de Gaulle.

Le dragon du premier monsieur, en arrivant nouveau dans la grande cour d’école (parce que, pour lui, tout ne sera jamais qu’une cour d’école), a cru qu’en donnant des bonbons très chers à tous les autres, et en leur faisant des grands câlins, ils allaient pleurer d’émotion, se prosterner d’admiration et l’appeler leur chef sans voir qu’il n’avait ni queue, ni griffes, ne faisait que postillonner sans cracher la moindre flamme, et qu’il avait ce glitch curieux, là. Ça n’a pas marché.
Alors le dragon du premier monsieur qui ne pouvait pas cracher de feu, a eu l’idée de tirer sur l’alarme incendie, pour faire croire qu’il avait du feu, parce qu’il n’y a pas d’alarme sans feu, et il a profité d’un autre, gigantesque, une fois, deux fois, toujours brûlant du bois centenaire, même différent, pour montrer sa puissance. Ça n’a pas marché.
Alors, le dragon du premier monsieur a commencé à provoquer tout le monde, un peu comme les coquelets dans la basse-cour font leurs armes, et tout le monde lui a dit de la fermer, les oies du Capitol, les dindons de la farce, les canards laqués, les poulets korma, végétal, bio ou en batterie, tous, sauf ceux qui aiment bien les coquelets, et celles qui n’ont pas de dragon.

Le dragon du premier monsieur n’est pas content ; il voulait souffler son souffle chaud du renouveau de la même chose «renewal » sur la France, l’Europe et la planète Terre. Et tout ce qu’on lui a amené à cramer fait à peine un brassero pour clodos en gilets jaunes.
Ça ne va pas durer. C’est sûr. Il va inventer autre chose.

Avant le dragon de ce premier monsieur-là, il y en avait un autre, poiresque et mou, émotif et mal aimé dans la cour, tout seul dans son coin, qui disait travailler, tout le temps ; avant lui, il y en a eu un tout petit malin et nerveux, peut-être à cause de tiques sous ses écailles, avant lui, il y en a eu un grand, gentil et rigolo, construit de beaucoup de coups de bol, il soufflait un gentil feu, sur des pommes. Avant lui, il y en a eu un sérieusement vif sous une apparence lente, un rien pervers et tout à fait stratégique et personnel, dangereux, avant celui-là, il y a eu un dragon qui a toujours été vieux, et avant lui, un grand autre qui frôle le mythe, de ses grandes ailes et de ses vrais attributs de dragon, et même quand on lui reprochait quelque chose de son vivant, ou qu’on lui reproche encore, de sa mort, il ne quittera jamais son mythe.

Comment a-t-on fait pour passer, en 50 ans, d’un premier monsieur au dragon déjà mythique qui a dit « je vous ai compris », point, quand la France a parlé et que la France a compris quand il a dit ça, à un premier monsieur au dragon glitché qui dit à la France « Vous n’avez rien compris, je suis le seul à avoir compris, je vais vous expliquer qui vous êtes pour que vous me compreniez, mais un : j’en ai rien à foutre que vous me compreniez, deux : si vous ne me comprenez pas, c’est normal, vous êtes trop con, bordel. » et que la France ne comprend pas, même quand il dit qu’elle n’a rien compris ni quelle est trop conne ?
Pourtant, tout le monde, en France, a un dragon, …enfin, sauf celles citées au début.
Qu’est-il arrivé aux dragons pour qu’il y a 50 ans ils puissent dialoguer, finalement, avec un vieux dragon mythique qu’ils avaient élus avec volonté, et aujourd’hui semblent n’avoir même plus l’usage de la parole et laissent un dragon glitché, qu’ils n’ont pas élu strictement, imposer sa loi et l’étendre, sans rencontrer aucun contre, si ce n’est celui de 0,6% de la population, en gilets jaunes ?

En fait, c’est une vaste blague : la raison est qu’en France, aujourd’hui, tout le monde a le même dragon, pas très beau, ni vaillant, sans écaille, lisse.
En 50 ans, le dragon a subi une évolution dégradante plus rapide qu’en aucun siècle. Il a fallu des siècles et des siècles aux dragons pour se développer, chuter terriblement, aussi, s’apprendre, s’assurer de l’épanouissement « à venir » de toute leur puissance et surtout, porter leur liberté au rang de loi première, leur incomparabilité respectée, défendue si elle était en danger, louée. Mais en 50 ans, ce droit à l’incomparabilité a été détruit et tout épanouissement a été empêché, puis proscrit. Très curieusement, la propagande générale, sur 50 ans, a été de plus en plus hurlée et suivie, sans lutte, jusqu’à ce qu’elle fasse loi et ne soit plus de la propagande mais la réalité.

C’est difficile à admettre. Des siècles pour tenter de développer un dragon puissant et incomparable, 50 ans pour en faire un mix entre une grenouille obèse, une tortue engluée dans le mazout et une vipère édentée. 50 ans et les ailes, chaque écaille, la langue, les griffes, la queue, les yeux ne se sont plus développés, ou sont tombés, et s’ils se développaient, quand même, exceptionnellement : ils étaient arrachés. Ainsi a-t-on procédé avec le mouvement Gilets Jaunes, entre autres.

Chacun continue de recevoir, à la naissance, un œuf de dragon, pourtant. Et quand il éclôt, il apparaît un bébé dragon tout entier, qui ne sait encore ni voler, ni cracher même une étincelle ou en bulle, mais dont on voit bien qu’il a toute la volonté et la frénésie pour y parvenir, qui n’a pas encore d’écailles dures et coupantes, mais qui n’entend rien d’autres que les acquérir, brillantes et comme ondulantes, suivant son admirable souplesse.
Ceux que les druides celtes appelaient des « adultes » ont toujours su que la vie se charge, de toute façon, de casser cette volonté et cette frénésie et ce désir de progrès insatiable, ou de le normer, de le mesurer, d’abord pour la sécurité seule du bébé dragon, d’ailleurs, et ensuite pour qu’il apprenne à faire société, avec les autres dragons, vivants et morts (car les dragons morts gardent un incommensurable pouvoir au milieu des vivants) sans lesquels jamais il n’atteindra le maximum de sa taille et de son envergure, quelle qu’elle soit.
La vie se chargeait d’appliquer les épreuves suffisantes pour garder l’incomparabilité du dragon dans une certaine uniformité, mais quand même, pendant un temps, il était possible, si son dragon ne pouvait plus évoluer, qu’il s’épanouisse incroyablement, comme il était possible, si son dragon ne cessait de se développer, qu’on lui autorise une envergure hors-norme. La société de dragons savait comment utiliser les uns et les autres, et ceux qui voulaient être violet, ou ocre ou sapin, et ceux qui avaient un long cou, ceux qui faisaient un son admirable en crachant leur feu. Pendant un temps, toutes les incomparabilités des dragons trouvaient à peu près leur place, la société s’arrangeait. Quand la société boudait un peu et tournait le dos à certains dragons, il était étudié pourquoi, et ça se réglait, de force s’il fallait, grâce à la société tout entière qui évoluait ou grâce aux dragons mis à l’écart qui se battaient jusqu’à avoir une digne place.

Grâce à des siècles accumulés, on est même parvenu à reconnaître un dragon chez ceux dont la société pensait qu’ils n’en avaient pas, et on a tout fait pour que les dragons qui avaient telle et telle non-norme, appelée un temps infirmité, n’aient pas de différence de statut et puissent avoir droit à être considérés dragon en tout.

Avant d’arriver à ce résultat, les dragons ont failli être détruits, exterminés, abominablement, en partie par eux-mêmes, deux fois. Et la seconde a été si terrible qu’elle a marqué au fer rouge les mémoires, traçant des lignes indélébiles, à ne plus jamais dépasser, ni même tenter pour s’amuser d’atteindre, ni même à fantasmer, tant, derrière ses lignes, aucun dragon ne survivait, tant la fin du monde était là. C’est avec cette ligne qu’aujourd’hui les premiers monsieurs s’amusent, la rapprochant pour un oui ou pour un non, pour effrayer les dragons, pour les tenir toujours en laisse. Mais en France, ce n’est même plus très utile d’agiter ce fouet-là. Les dragons suivent sans même qu’on les frappe. Ils n’entendent plus, ne parlent plus, ne bougent plus, ne volent plus, n’étendent plus jamais leurs ailes.

Si on pouvait replier le temps comme des ailes, et coller la société d’aujourd’hui contre celle d’il y a 50 ans, on tuerait de rire la seconde, et le premier monsieur se prendrait un coup de dent décisif du premier monsieur de l’époque s’il parvenait à se pencher assez bas.

Pour transformer un dragon incomparable en dragon comparable à n’importe lequel, la recette est simple et se fait en plusieurs étapes toutes causales.
Vraiment le plus grossièrement :

Le socialisme et la laïcité prennent en charge une idée d’égalité, avant devant un dieu, à présent devant l’un et le tout, chacun et la société, un enfant et l’État. Suivant des siècles de progression, la scolarisation devient obligatoire et on n’attend rien d’elle d’autres que de sortir l’enfance du monde du travail et lui permettre d’acquérir un tout nouveau monde. On compte sur elle, toujours, comme une loi, pour le monde suivant, et son égalité est donc la première à respecter : même droits, même devoirs, et chaque dragon deviendra ce qu’il doit, avec un départ identique. Le socialisme et la laïcité ne tiennent pas compte et ne veulent pas tenir compte que les œufs sont incomparables. La volonté de comparer et de ne pas trouver d’incomparable devient loi aussi. La négation de l’incomparabilité n’est pas pressentie comme une faillite à long terme, au contraire, car elle donne tellement de possibilités à tant et tant, elle offre tant d’avenir, qu’elle ne peut qu’être une grande succession de réussites développantes.
Mais l’idée socialiste puis communiste ne concerne pas que l’œuf, elle veut s’étendre à tout et quand elle n’accepte plus d’être discutée elle établit des régimes où la totalité doit être comparable à elle-même, en tout. Ni bas, ni haut, ni côtés. Et quelconque dragon jugeant qu’il s’agit d’une privation de liberté, et d’une liberté naturelle, est emprisonné, torturé ou tué au nom du tout. Afin qu’il n’existe plus aucun exemple propre à donner des idées aux jeunes dragons, très vite on leur fait croire que les vieux dragons n’ont jamais été qu’un mythe, et faux, qu’il n’existe aucune archive les concernant.
68 fera de même plus tard, pas sur un siècle, mais d’un coup sec.

Deux guerres et leurs horreurs balancent un sale coup à la puissance de certains dragons intellectuels et philosophes mais on comprend que les dragons qui avaient su cracher du feu pour tenter de provoquer l’incendie dans les consciences n’avaient jamais eu tort ; vite il se crée le mythe du dragon visionnaire dont on ne pouvait plus manquer les alarmes. Le mythe devient commutatif : si on crée une alarme, on est visionnaire. Mais quelques décennies plus tard, usé à la corde, moqué par les mêmes qui auront élu à tour de bras des visionnaires sous prétexte d’alarme, sans jamais voir le début d’un incendie, alarme ou pas, incendie ou pas, l’alarme est niée, l’incendie n’existe pas. Il n’y a plus de dragons visionnaires parce qu’il n’y a plus que ça et que, quoi qu’il en soit, même s’il y avait un incendie, on sait l’éteindre. On est tranquille.

Les pays qui croient être parvenus à détruire dans les mémoires l’incomparabilité des dragons capitulent : quelque chose n’avait jamais été détruit et puissamment a raison des régimes, à faire tomber les murs. Les pays qui sont parvenus à maintenir l’absence d’incomparabilité négocient toute la journée et dangereusement avec le reste du monde pour qu’il ferme sa gueule sur le sujet et persécutent un par un leurs dragons indépendants qui se battent pour l’incomparabilité.

La chute des pays normant leurs dragons a une répercussion, à nouveau, sur les dragons intellectuels et philosophes qui les avaient soutenus et c’est tous les dragons de plus d’envergure qui sont jugés avec eux et doivent disparaître. Le dragon à envergure n’a plus lieu d’être, c’est même jugé dangereux, et pédant, risible et pathétique, honteux. Il n’est, de plus, plus garant de veiller sur les archives car seuls à en avoir connaissance ou compétence. En effet, l’éducation pour tous a fait ses preuves et tout le monde sait tout, par défaut. Le monde des dragons adultes compte toujours, toujours, que quelque part quelqu’un sait quand il ne sait pas. C’est la garantie qu’il a obtenue avec l’égalité des dragons : ce que tout le monde possède ne saurait disparaître.

L’amalgame ne tarde pas à se faire entre le fait que chacun possède tout et que chacun n’ait plus, alors, à posséder personnellement tout ou partie de ce tout. Mieux, il est continué de faire pression, partout, pour que personne ne prétende plus posséder plus, car la comparabilité doit, c’est l’idéal, être nulle, entre les dragons.
On oublie totalement qu’un dragon qui aurait plus pourrait partager, avec évidence, il est désiré qu’il n’ait ni plus, ni moins.
On oublie totalement que certains dragons survivaient grâce à ce partage : il est désiré qu’ils n’aient ni plus, ni moins, et on les persuade d’ailleurs, qu’ils ne sauraient avoir plus car plus en sert à rien. Ces dragons voyant partout autour d’eux les ailes être rognés trouvent bientôt les leurs très grandes. Certains savent que c’est faux, beaucoup seront heureux de se leurrer sur leur envergure et la puissance de leur feu.

Entre-temps, le monde de la non-incomparabilité a progressé. Il a dépassé de s’étendre de l’enfance au monde adulte, il se fout à moitié de l’étendre vraiment au monde du travail, il est passionné par son extension d’un sexe à l’autre. Personne ne pense très longtemps, et peut-être n’a jamais pensé que les dragons avaient toujours été, de ce côté-là, justement incomparables mais pourtant parfaitement égaux. Incroyablement, le monde oublie que l’incomparabilité n’a jamais eu rien à voir avec une égalité externe tant elle lui était intrinsèque et confondue. Et cette histoire de genres à égalité va définitivement faire oublier cette évidence. Ainsi, pour rétablir un équilibre entre les sexes, il va être opéré une des pires manœuvres pour les dragons : ils vont être évincés du processus. Plus rien ne sera mesuré en tenant compte d’eux, l’équilibre se fera, par exemple : au poids, à la hauteur, à la plus grande gueule, au tour de poitrine, et comme on s’apercevra vite que ça ne marche pas vraiment, ce sera au nombre. Même nombre de femmes et d’hommes, peu importe leurs dragons.

À ce jeu-là, quiconque tenait à son dragon, à son envergure, à son développement optimal, à sa nourriture, à sa carrure, devait soit l’affamer, soit éteindre son feu, soit lui couper soi-même aile et griffes, soit l’écailler, soit lui ouvrir les veines, ou lui coller un bloc de béton aux pattes. Pour éviter le pire, et sans trop de souffrances, beaucoup se sont habitués à au moins le rendre muet et ignifugé ; ils ont élevé leurs enfants dans ce sens, dans une époque où grandissait la non-incomparabilité car l’incomparabilité était presque ce qui pouvait arriver de pire. Pour faciliter la vie à chacun, la Culture et l’Éducation, dès 68, ont veillé à la disparition des preuves de l’incomparabilité. Et y veillent encore avec une force totalitaire.
Les erreurs historiques ne sont même pas cause, mais les terreurs historiques, les écarts temporels entre dragons savants et réalité, les amalgames successifs entre égalité et liberté, entre être et dragon, les chutes mal chutées, les visionnaires rendus infirmes parce que trop imitaient d’être gauche et veule pour porter le titre, l’écrasement des compétences pour prôner la non-incomparabilité, le dogme de la comparabilité zéro prônée par les femmes, et à l’école et jusque toujours dans la vie adulte : tout a entraîné la mutation accélérée des dragons : jusqu’à leur silence, leur manque de souffle puisqu’ils n’ont plus d’ailes, l’absence de leur feu, leur beauté niée, moquée même.
Le cynisme est un lichen qui a commencé à ronger les écailles, l’ultra-cynisme attaque maintenant la peau.

Le dragon était incomparable, sa puissance de droit, par nature, des siècles l’avaient démontré. Il n’était un danger que lorsqu’il voulait dominer la société de dragons en leur faisant du mal, en injuriant leur pouvoir, le niant pour mieux étendre le sien. Quand c’était l’homme qui était attaqué, pour n’être qu’un homme, pauvre, noir, juif, femme, enfant, c’est la puissance de dragons qui le défendait, rien d’autre, jamais.

Et le monde a tenté de démontrer qu’il pouvait faire sans, et il a réussi.
Donc, dans une France sans dragons incomparables, il est naturel d’avoir un premier monsieur dont on ne peut rien dire de son dragon, et on prend déjà un grand risque à parler de lui qui impunément et impudiquement, expose son glitch avec supériorité et continue d’être applaudi pour ça, étend son pouvoir si ce n’est les ailes qu’il n’a pas.

Mais il y a eu le mouvement Gilets Jaunes et l’incendie de Notre-Dame de Paris. Il reste donc un putain de dragon, modèle ancestral et mythique, quelque part. Où ?

À demain.

*Article rédigé dans le cadre du challenge #INKTOBER 2019, détourné par PUCK_clairecros.com_17SWORDS.
Aujourd’hui THE OFFICIAL 2019 PROMPT LIST donnait le mot :
12_DRAGON [ Dragon | femme (vieille) antipathique, méchante et effrayante ]
Demain :
13_ASH [ Cendre | frêne | cendré (couleur)]



13_ASH
#INKTOBER2019 #ASH
October 13, Official 2019 prompt list: 13_ASH

Cendre de chimères [13/31 #Inktober]

La cendre de chimères n’existe pas, inaccessibles à la destruction. L’époque croit pourtant en son existence : la banquise s’en couvre, l’Amazonie s’en teinte, Paris s’en pare, chacun s’en barre le front dans un prédeuil, les gouvernements trouvent ainsi à promettre des Phénix, l’économie à en vendre. Comment « l’incinération du feu » a-t-elle pu devenir la plus rentable propagande du Présent ? *

Cet article est en 2 parties, première partie : DRAGON CALL [12/31 #Inktober]
J’enchaîne donc sur les dragons(/cerveau, cœur, conscience, compétence, talent, intelligence, voire âme), l’incomparabilité, la comparabilité zéro et la non-comparabilité.

[Je ne plaisante jamais avec les chimères, j’ai une vénération pour les chimères, toutes, architectures de pensées, imaginaires, ou celles de Notre-Dame, notamment la Stryge, sont fondamentales dans mes textes, et sacrées dans Blanc.]

Comme le dragon, Chimère, le monstre de la mythologie grecque, crachait du feu ; elle avait le corps et la tête d’un lion au dos surmonté d’une tête de chèvre, une queue de dragon ou corps de serpent finissant par la tête d’un serpent. 3 paires d’yeux, donc, 3 puissances, et par essence : …ignifuge.
Chimère est devenue un nom commun employé de l’architecture (les chimères de Notre-Dame de Paris, désignées par Eugène Viollet-le-Duc) à la biologie. Une chimère désigne aussi une idée irrationnelle, un fantasme irréalisable.

Une chimère n’est pas l’espoir ; elle est à l’espoir ce qu’une cathédrale est à la religion, elle a son lieu propre, sa construction, distincte de toute continuité, elle ne provient pas d’un possible, elle est strictement autre. Elle peut abriter l’espoir, lui être un asile, quand il ne survit plus dans le réel. On peut perdre espoir, mais une chimère n’a jamais de fin car son début ne dépend jamais des éléments à disposition. Peut-être que son nom, de monstre à idée irréalisable, vient de l’ultra-infini de la puissance du monstre, son acuité à 360°.
Chimère est tuée ; Bellérophon, héros chevauchant Pégase, selon, lui fait avaler une lance lestée de plomb que le feu de Chimère fond dans ses entrailles même, ou il la crible de flèche. Une chimère n’a rien à craindre de la lance de la raison, lestée d’arguments ou pas. Elle ne l’atteindra pas. L’espoir peut être tué ainsi, pas une chimère.

L’espoir n’a rien à voir avec les dragons, il ne demande aucune compétence, aucune cérébralité, aucun cœur argumenté, construit, défini, par contre une chimère est une construction, dont la complexité peut être immense, et jusqu’à figurer autant de complexité que le monde en produit pour s’organiser, pour vivre, tout simplement. L’A.I est en train d’architecturer une chimère du monde. C’est ultra-embryonnaire, et pour un moment encore, mais elle y parviendra. Cette chimère-là, de même, pourra abriter l’espoir, mais elle n’aura à, ni ne pourra (mais elle saura pourquoi donc s’en foutra : ça ne lui constituera pas une limite), jamais le générer pour elle-même. Une chimère est donc un espace mental dont la proximité avec la réalité peut être confondante.
L’espoir n’a jamais pu se débarrasser, athée ou non, du divin. Une chimère peut inclure le divin à sa structure, elle n’a de lien avec lui qu’en tant qu’élément du monde réel, non niable, mais en elle, le divin n’a pas la main. Une chimère n’a pas de mystère constitutif où le divin aurait sa place dans son indéfinition. Elle est finie, elle est « produit », elle est bâtie, elle est réfléchie, elle est arguments. C’est son honnêteté intellectuelle, quelque part, qui prévoit en elle une place pour la foi, pour le mystère, et elle n’exclut pas que quelque chose échappe à sa matière achevée, comme la grâce.

L’utopie, qui ne date que de 1516, (Thomas More, Utopia), signifie « en aucun lieu ». Elle est, pour beaucoup, proche de la chimère, jugée tout aussi irréaliste, mais concerne en imagination un idéal lumineux, heureux, parfait. La chimère sait inclure l’ombre, la noirceur, le défaut. Il n’y a pas, en elle, la construction d’un leurre inhumain, son rêve va plus loin, plus profondément, sans aveuglement. Ainsi aussi, la chimère peut abriter l’idéal, mais sans la moindre naïveté. Elle peut passer par lui, l’organiser en canaux dans toute sa cité, pour l’assainir, pour la rendre belle, ce n’est en rien incompatible avec elle, au contraire, mais elle est participe de la totalité d’un dragon, et plus puissant sera le dragon, plus immense et irréellement réelle elle sera.
La chimère peut atteindre un état irréprochable parce que bâtie avec la matière du réel, sans exclusion, et au contraire, avec un art inouï d’inclusion de toutes les parts que le réel ne parvient pas à associer, à emboîter, à faire marcher au pas, à fusionner. La chimère se tient, et en le sachant, en parallèle du monde, avec une avance qui peut, pourquoi pas, être considérable. Elle a toutes les autorisations, dont celle de se délester de ce dont elle ne veut pas, quand le réel ne peut rien à ça ; elle le fait avec conscience, ce dont l’idéal est privé, tout comme l’espoir, elle sait qu’elle ne deviendra jamais la réalité.

Certains temps laissent les chimères aux poètes, à ceux qui veulent des mondes hors du réel, en tant que poètes ; et la chimère devient œuvre, assez universelle. Elle est une construction de poète, le sait, n’a aucune volonté de se faire connaître autrement. C’est que l’époque réelle, alors, se construit elle-même, possède une progression, a un champ du possible, appelle l’avenir. Un siècle bâtisseur, comme le XIXe, avait besoin d’espoir, croyait en l’idéal, sa littérature le démontre, mais ne niait pas non plus le pire réalisme, travaillait l’ensemble dans sa masse. Le XIXe siècle, incommensurable et total fracas, sur tous ses plans, finalement avait à peine le temps d’esquisser une chimère qu’il montait sa structure, qu’elle ait été politique, de métal, esthétique, humaine. Il n’a rien abouti que certains de ses mouvements, assez fertiles pour trouver leur opposition et ainsi se poursuivre, il a fait naître des monstres d’ampleur, des supra-dragons, il comptait sur la suite, il n’a jamais baissé les bras. Certains fous et folles tordent l’Histoire pour lui reprocher ses manques, mais ses rancœurs anachroniques sont ridicules : le XIXe est tout entier un dragon furieux, c’est une machine qui attend encore une suite.
Ce n’est pas non plus un mythe, mais ça le devient, qu’aux États-Unis, de même, une chimère n’avait pas le temps de s’achever que la réalité l’emportait. De même sur tous les plans : humains, idées, industries, recherches, politique. L’élan, une foi neuve, dépassait en permanence l’immatériel, l’irréalisable.

La Renaissance est une époque, alors que le Moyen-âge avait généré le nom commun de « chimère », qui, de même, absorbait les idées et dans la seconde les couchait en perspective, les mesurait, les calculait, les bâtissait. Voler : une chimère ? Évidemment, l’homme seul ne volerait jamais, mais il y avait la possibilité de construire des ailes, d’imiter la nature, de chercher scientifiquement à la comprendre.
La science aime les chimères, parce qu’elles savent avoir cette froideur de dragon, ne rien nier, croire sans problème au possible, au faisable. La science et l’espoir/l’utopie/ l’idéal sont incompatibles, mais la compatibilité est grande avec la chimère et ses plans conscients, sa capacité à intégrer le progrès et le forcer, sa capacité à intégrer l’éthique, aussi, qui n’a rien à voir avec l’idéal, et la traiter avec respect, lui laisser construire des murs.
Infiniment, la science peut construire des chimères, justement parce qu’ainsi, elle ne joue pas, n’expérimente pas, avec le réel. Ensuite, elle doit travailler sur les limites du réel, sur ce qui fondamentalement le fait différer de son pendant chimérique.
Les excès innommables commis au nom de la science avaient pour source son accouplement contre-nature avec un idéal, pas une chimère. La chimère ayant le doute comme évidence, elle ne peut pas être politisée. Le politique peut parler « d’espoir » sans même plus être suspecté d’y mêler Dieu, il peut parler d’idéal pour se dédouaner de ne pas pouvoir, par nature, l’atteindre, mais s’il parle de chimère, c’est définitivement pour éloigner tout ce qu’elle contient, dont, évidemment, la remise en cause de son pouvoir, dont des demandes jugées délirantes, irréalistes, non-raisonnables, irrationnelles.

Dans n’importe quel monde, le politique saura y faire avec l’espoir, l’utopie et l’idéal. Tant que sa société ne lui parle que de ça, il peut assumer, y croire avec elle, lui faire croire avec emphase qu’il n’a pas d’autre objectif que de les rendre réels. Avec l’espoir, l’utopie et l’idéal, le politique conserve l’illusion de son humanité, montre qu’il pense à l’avenir, n’exclut aucun rêve d’enfant même adulte. Rares sont les politiques qui ont traité l’espoir, l’utopie et l’idéal avec sérieux, avec ferveur, en dragon. Encore plus rares sont ceux qui se sont battus pour qu’une chimère devienne réalité : on peut avoir l’espoir d’un monde où blancs et noirs sont égaux, un monde où blancs et noirs vivraient égaux et en harmonie est idéal, 
(I Have a Dream, Martin Luther King) il doit exister quelque part un monde où…, mais un politique puissant n’avance pas en suivant une corde dont le harpon serait planté quelque part dans l’avenir, il faut qu’il suive le plan concomitant, parallèle à son propre temps, d’une chimère. Ainsi des stratèges, ainsi des visionnaires.

Certains dragons sont capables de faire tenir deux mondes ensemble : le réel, et le chimérique. Le chimérique peut être démultiplié à l’infini et se prévoir x possibilités, toutes tenant dans le même temps. Il n’a pas besoin d’un « présent », il est libre d’avancer dans le futur, de reculer dans le passé, de s’ajuster, de garder avec lui les parts d’office « inconnues » par le monde à telle et telle époque, parce que non vécues, et observer comme elles auraient pu se poursuivre si elles avaient été vécues. Rien ne l’empêche : l’ensemble est chimérique. Il n’y a pas de « on mettrait Paris en bouteille », chez une chimère, car Paris est en bouteille ; le « si » n’est qu’une articulation mesurable.
Cette possession du temps, comme un ensemble qui n’a plus la norme officielle, celle de « passer », qui n’a pas à être fini sur lui-même chaque seconde, qui n’est plus irrécupérable, et qui serait un espace et pas une ligne sensée munie d’une flèche, permet à la chimère non seulement d’envisager x scénarios à l’instant t, de lui opposer x autres configurations provenant d’un autre ensemble causal, mais aussi de le projeter dans autant de scénarios à venir. Tenir le temps comme espace permet aussi de ne pas faire une croix définitive sur beaucoup mais de le garder en ressource, en mémoire et de le tester si remis à jour, mais aussi de traiter le passé comme une « utopie ».
La chimère est la référence, pas la réalité. Elle a un organisme qui regarde à l’arrière, en avant et au-dessus. 3 axes, elle pense en trois dimensions, en volume. 
Ça permet aussi d’avoir un recul phénoménal et sans risque en mettant en scène le pire. La somme de ses études et expérimentations qui ne sacrifient rien, ni personne, qui ont le temps avec elles, qui ne coûtent rien, est la source sans fond où puise le dragon visionnaire pour produire une version, matérielle, réelle, de l’avenir. Il expurgera sa chimère, l’essorera, fera des choix drastiques, « l’ajustera » et l’intégrera au monde réel sous une forme ou une autre, pourvu qu’elle empêche le monde, et notamment le politique, de la nommer chimère.
Les formes de matérialisation sont limitées, toutes appartiennent à l’art, seule l’architecture et la sculpture, peut-être un opéra ou affilié, n’auront pas à être appelées « fiction ». 1984 de George Orwell est une œuvre issue d’une chimère, mais de même Si c’est un homme, de Primo Levi, qui n’est pas fictionnel et classé témoignage, ainsi de beaucoup d’œuvres qui ne lancent pas a priori de messages venus du futur ; l’œuvre de Houellebecq, par contre, classé prophète par l’Europe, est juste un aplat à effets rétroactifs archicriticables avec une portée de 3 semaines, on ne peut pas lui reprocher d’avoir de l’espoir ou un idéal, mais de chimérique : rien. La masse de Le Corbusier provient d’un chimérique, ce n’est pas pour autant qu’elle ne s’est pas datée.

L’amour est une chimère. …Et ouais.

Tout autre forme que d’art ? Politique, avec un programme, ou économique, avec le lourd et illimité financement de recherches ? L’un étant lié à l’autre ? Ce n’est pas impossible, mais 100% plus complexe. Quoiqu’aujourd’hui, la production de pièces d’art du type « mise en forme d’une démonstration chimérique » n’a vraiment plus rien d’évident, voire est presqu’impossible.

Pourquoi ?

Dans la 1ère partie de cet article, certes avec un char d’assaut en mac6, mais bon, j’en suis arrivée à parler de la faillite historique de l’incomparabilité à laquelle on préfère, en France, (je ne ferai pas seule l’extension au monde en dehors de ces grands pans historiques connus, je n’ai pas les compétences), la non-comparabilité, sous prétexte d’appliquer optimalement, jusqu’à en faire des dogmes, ce qu’ils n’ont jamais été, les concepts (nom que le politique ne peut pas leur permettre, ni quelque part la société), de « liberté » et d’ « égalité ». (…En fait, « fraternité » est un jumeau absorbé par les deux autres qu’on ne ressort que si problème de racisme). Dans cette hystérie à faire de deux « idéaux » une réalité, on a rendu interchangeables les deux concepts, on les a presque fusionnés, on leur a fait perdre leurs différences, celles même qui protégeaient l’incomparabilité des dragons.
Un seul moyen pour que « liberté » et « égalité » deviennent des lois, des recettes, et que, par elles, tout soit justifié : il faut, chaque jour, hurler que la norme n’existe pas pour couvrir le bruit de ponceuse éliminant tout ce qui dépasse. Et même quand on est pris à poncer, on se justifiera facilement avec « liberté », « égalité ».
La société est si habituée à ce ponçage, chaque écaille de dragon disparue, qu’elle ne sent même plus la peau lui cuire horriblement, voire être en sang. Il apparaît même qu’elle a muté en un cuir épais, pour réarmurer l’intérieur. Si ça peut faire un instant serrer les dents aux hommes : il est fait de même sur leurs attributs depuis 50 ans, il semble qu’ils dépassaient, aussi. Mais cette mutation trop rapide, mal gérée, voulue pour calmer la douleur, le désespoir, l’incompréhension, a créé une matière non respirante, produit des atmosphères anxiogènes, isole terriblement, prive les sens de leur rôle, la conscience de son repos, chaque geste d’aller jusqu’au bout, de même pour la volonté ; tout effort est vain, on le comprend vite. On confond l’ensemble avec un manque de temps : preuve que l’amalgame est total, preuve aussi qu’on n’a pas du tout compris d’où venait la souffrance, pourquoi, par qui elle était distribuée.

Dans cette course insensée à l’égalité et la liberté, si l’incomparabilité est niée, et, de fait, à présent, facilement, puisque l’objectif est quasiment atteint, voire total, alors tout ce qui la concernait et dépendait d’elle, aussi. On ne rend pas une société égale en elle-même en laissant survivre la comparaison. …Or, sans comparaison : pas de critique.
Aucune n’a disparu en premier, les disparitions ont été contiguës : jointes, mais pas dans les mêmes domaines et pour certains, sur presqu’un siècle, voire quelques décennies de plus. Mais la majorité des sapes est concentrée sur les 50 dernières années et ce n’est pas fini.

Les arguments pour faire cesser toute comparaison sont incroyables : il n’y a pas à comparer, c’est seulement différent. …Oui, en quoi ? Impossible de le dire sans comparaison. Il n’y a pas à comparer, tout se vaut, selon le contexte. Des contextes différents, sans doute, alors ? En quoi ?
De même, condamner la critique est passé par le « il est interdit d’interdire », « le respect de l’autre », « l’acceptation des différences. » Lesquelles ? Impossible de le dire sans comparaison. À ce jeu-là, tout un éventail allait se refermer : plus de meilleur, plus d’à la traîne, plus de faible, plus de fort, plus d’avis, plus d’émulation, plus d’ambition, plus d’opposition, plus de contre, plus d’engagement. Fini. Comparaison et critique ont été remplacées par la discussion, la tolérance, la négociation, l’acceptation de soi, et toute la liturgie laïque du vivre ensemble, de la mixité, de « l’être bien » avant tout, avant même d’« être ».

La vérité devient méchanceté gratuite, attaque, vulgarité, inculture ; l’évidence n’est plus qu’une vue de l’esprit, et encore. Du bizarre à l’inquiétant en passant par l’inadmissible : tous les goûts sont dans la nature. « C’est comme ça » devient l’unique diagnostic, l’unique conclusion. Tout est ultra-abouti, rien ne saurait être mieux, ce qu’il faut c’est préserver l’acquis et l’avenir n’est présenté que comme son destructeur.

De très très dangereux principes d’éducation comme « ne pas empêcher la découverte » étendus à l’âge adulte avec « il faut tout essayer pour faire un choix » ont fini dans la boue commune du « il ne faut pas juger, pas condamner, pas mépriser, pas se moquer, pas, pas, pas… » la traîne infinie de l’infini « il est interdit d’interdire. » Les bases théoriques de la laïcité, reprises et devenues des ordres de forcenés par l’éclatement 68tard ont enfermé la société dans un dédale de possibles, dépourvu de meilleur chemin, de haut, de bas, sans aucune indication, nulle part, qui aurait, c’est trop épouvantable, livré un « sens », donc un choix, donc une comparaison. Pas d’aller, pas de retour, des virages autorisés infiniment, souhaités, même, car preuve d’une grande souplesse, d’une adaptabilité, d’une tolérance évidente. Prendre des virages, suivre les courbes imposées, dans un univers sociétal sans plus une direction d’indiquée, c’est prendre le risque de tourner en rond sans le savoir. C’est le cas.

Cet amour qui était une chimère, ne peut pas plus que le reste avoir droit à la comparaison et la critique, pourtant on pourrait le croire à voir tous les couples ne jamais tenir, ne plus se supporter, soudain, mais non, c’est l’inverse : c’est l’absence de critères nouant les couples qui fait qu’ils ne tiennent pas, c’est l’œil sans exigence, ni ambition. La crainte de la solitude, aussi, à ne pas se satisfaire, à se croire finalement intolérant. Ce que chacun prend sur soi pour supporter un autre largué là par le hasard, ne tient jamais longtemps. Pas de choix, pas de sens, pas d’amour. L’amour aussi a droit au principe de non-comparabilité obligatoire. Donc, ce qu’on tient pour de l’amour, souvent, dans la société actuelle, est une négociation, sentimentale, sexuelle, puis entre parents et enfants. Même les mères, et particulièrement celles qui assommeront leur monde de leur liste de convictions passent par la charte de l’incritique, de la non-comparaison, de la liberté et de l’égalité obligatoires avec une dépersonnalisation assurée quand elles croient bâtir des exceptions. Cette « tempérance », ou tolérance bio, qui va connaître un succès fou est un mouroir pour les dragons. Dans tempérance, il n’y a pas d’amour, il y a un programme, une assurance précautions, l’obligation de se replier. L’avantage est que les mères ne savent pas qu’elles sacrifient leurs enfants.

L’univers chimérique n’est que virage en tête d’épingle et panneaux de signalisation, haut, bas, étages, escaliers en colimaçon, ponts, des milliards de ponts et d’étages et de marches, c’est une planche des Prisons de Piranesi et chaque trait est crucial, avec plus de ciels et d’ouvertures. Chaque articulation architecturale est dépendante de la comparaison et de la critique, et peu importe le temps. La chimère « est » critique, elle se doit à la critique, sinon pas de perspective, pas de près, pas de loin, pas de raccourcis, pas de vide, pas de plein, rien de stable, rien de haut de plafond, nulle part où s’étendre, se poser, rêver. Rien.

L’entre-aide passe par la comparaison du plus et du moins. La société actuelle tente de se persuader que chacun a ce qu’il mérite, ou que chacun a ce qu’il faut, ou que chacun a assez, qu’il n’est nul besoin d’aller voir chez son voisin s’il a plus ou moins. Le politique actuel tente inlassablement de présenter à la société sa situation comme tout simplement idéale. Et s’il n’ose pas le dire aussi directement, il suffit de voir la réponse qu’il fait à ceux qui osent dire que non, pas du tout : ponçage, yeux, mains arrachées. Langue coupée. Persécutions.

Le mouvement Gilets Jaunes n’a même pas commencé avec la critique, ni même avec la comparaison : il est tout de même bien issu de sa propre société ; il a commencé avec une présentation d’un état, il s’est livré « sur lui-même », sans bouger, mais en se plaçant de façon à arrêter le trafic. Il a dit « Je suis ainsi : je ne peux pas nourrir mes enfants, je ne peux pas me payer un toit, j’en ai marre de ne jamais savoir de quoi demain sera fait. »
Aucune comparaison, pas de critique. Que celles sur lui-même, en lui-même : et c’était déjà insupportable. Insupportable.
À la violence qu’on lui a imposée, il a monté le ton, mais on a entendu uniquement ce que l’État et l’époque, et la société peuvent entendre : la remise en cause de la liberté, de l’égalité, et cette fois, de la fraternité. Il n’a donc été entendu, grâce aux haut-parleurs des médias et du politique, et des « intellectuels » et du milieu « culturel » que : homophobie, antisémitisme, racisme, nationalisme radical, extrémisme. Tout le reste était dans une fréquence inaudible par la société, ce qui arrange le politique.

Si on le regarde à froid, ce qui est possible depuis un univers chimérique, le mouvement Gilets Jaunes a été très faiblement critique et presque pas capable de comparaison, à part en mettant un smicard face à Bill Gates, soit à une échelle sans proportion. Le mouvement Gilets Jaunes n’a pas formulé sa démonstration, d’abord il n’en est pas capable, sa configuration même l’en empêche, mais surtout : ce n’était catégoriquement pas son rôle.
Il faut retenir ici uniquement que la France est dans un tel état qu’elle n’a pas compris qu’un groupe humain de sa totale société, la représentant exhaustivement, a été réprimé parce qu’il avait osé « constater ».
Nous sommes dans une époque où le constat est jugé une privation de liberté. De qui, de quoi, peu importe. Il est interdit de constater « si » ce n’est pas pour convenir que rien ne pourrait être mieux, ou pour comprendre avec tolérance que toute la société fait son maximum, déjà, pour que cet état-là soit obtenu et chacun en profite, ou pour convenir que l’État ne peut pas faire plus « dans le contexte actuel », « avec la dette nationale », « avec la menace de l’ “hydre islamiste” » et que l’essentiel est que le petit monsieur ait un cap.

En deçà du constat : il n’y a plus rien. En deçà de la ligne de flottaison de la réalité : plus rien, que l’illusion et celui qui parlera le plus fort, ou le plus nombreusement, la définira. Ce n’est même pas la peine de revenir sur l’absence de critique donc de contre : il faut visualiser cette image, strate après strate, on dira de bas en haut : d’abord le constat, puis la comparaison, l’analyse souvent, la critique, l’architecture chimérique, la proposition argumentée, le test hors-réel, et enfin : le retour au ras du réel avec le plan pour modifier le constat dans l’idée d’un futur.
Si on est sous le constat, il n’y a plus rien que la propagande, l’illusion, le silence. Dans ces eaux-là nagent aussi la perversité, le mensonge, la dépression, le désespoir, le mal-être, le vide, l’absence, la solitude, et la liste est longue. Le suicide. Ces éléments existent aussi dans un monde critique mais celui-là a alors des armes contre eux.

Le mouvement Gilets Jaunes, en quelque sorte, a pu croire avec cœur que son constat était un horizon, autre preuve de l’état sociétal qui avance en tournant en rond. Confondre la ligne du vécu exact de l’instant avec un avenir, c’est le lot d’une société totalitaire. Et l’État ne fera alors que lui répéter qu’elle tient là son avenir si elle la suit, donc le suit.
C’est un exploit, déjà, que le mouvement Gilets Jaunes ait pu se maintenir si longtemps à la surface visible de la société, un autre qu’il ait pu décrire cette surface, un autre qu’il n’ait pas lâché. C’est épouvantable que cet effort terrible n’ait pas été suivi, si ce n’était par la société alors ceux dont, soi-disant, les dragons sont producteurs de chimères.
Ils ne le sont pas, ne l’ont jamais été.
Mais dans une société construite et hiérarchisée par l’absence de critique comment remettre en cause tout un milieu intellectuel ? Les mots même n’ont plus le droit d’être critiqués pour leur place, pour leur choix, il faut toujours faire avec l’existant.
Ce qui vaut pour le temps, vaut pour le sexe, vaut pour le vocabulaire, les idées : aucun sens ne doit être imposé, pas de haut, pas de bas, pas de passé, pas d’avenir. Tout est sur le même plan et tourne, tourne, inlassablement.

La propagande générale sera que cet état est tout de même le meilleur qu’on ait connu et que personne ne devrait se plaindre. La France est un pays exceptionnel : regardez tous ceux qui essaient d’y rentrer et qui veulent y vivre. Il faut préserver cet état. Par bonheur, le mot « préservation » ne peut pas être plus tendance.

Les univers chimériques n’ont plus aucun, aucun moyen de proposer au monde certains de leur chemin démonstratif, même en passant par la fiction parce que leur matière même, alors qu’elle ne peut que provenir du réel, puisque chimère n’est ni espoir, ni idéal, ni utopie, est réfutée par le réel.

Le réchauffement climatique a longtemps été cru une chimère, il a quitté ce statut qu’il n’avait en fait jamais eu. Partout dans le monde, nous sommes en train d’observer ce que nous perdons, et de compter ce que nous avons irrémédiablement perdu. Tout pousse, au minimum, à l’immobilisme pour éviter d’empirer encore plus la situation. Le monde est convaincu qu’il doit se mettre sur pause et dans cette pause, muter. Ou ce sera la fin du monde.
Ça induit donc que plus nulle part il n’existe de chimères. Passer du jour au lendemain, d’un monde à sa fin, est la preuve que nulle part il n’existe d’univers parallèles et égaux, tout aussi complexe, et peut-être même cette fois infiniment plus, que le réel, là, à cet instant.
La lutte pour le climat est un extincteur contre le feu des chimères : ainsi est-elle utilisée par le politique et les Pouvoirs. Elle est un paralysant 100% naturel pour toutes les sociétés. Le bout de tout. Rien sinon elle. Sa masse est si énorme qu’il n’est même plus question, cette fois, quel soulagement, de s’inquiéter de l’humain, un par un. Il est concerné aussi, par le climat, donc tout est dit, tout est fait. Et c’est incritiquable, c’est l’argument ultime, c’est sans comparaison la plus grande cause. Ou rien.

La négation collégiale de l’avenir est peut-être d’une plus grande irresponsabilité encore, mais de toute façon égale, que celle dont auront fait preuve les intelligentsias dans les années 20 et 30 … du XXe siècle. Mais il faut bien comprendre que c’est pour celles d’aujourd’hui, avant tout, un soulagement.
Elles sont incapables de produire une chimère, incapable de la faire affronter le présent ; elles sont incapables de vision, elles ont négligé la perte du passé pendant la grande fête de la consommation à laquelle elles ont participé, et celle, indépassable, de l’obtention pour tous de la liberté et de l’égalité.
Elles ont été les premiers bourrelles de la critique, elles n’ont toléré aucune comparaison, elles ont laissé la production artistique n’être seulement que les pages d’une éphéméride jetable, elles ont vendu l’absence d’ambition comme une ambition, défendu ardemment l’ordre de traiter les enfants en adultes, elles ont pulvérisé les genres et avec eux leurs relations, dont celles physiques. Elles ont cautionné toutes les tortures de la langue, minimiser les droits et devoirs des définitions, tout aplani, tout aplani, tout poncé, toujours plus démonté de tabou, car tout était tabou, selon elle. Elles ont résolu le monde et ne tolèrent pas que quelqu’un d’autre qu’elles fasse le moindre constat car c’est tout ce qui leur reste. Le constat. Le constat est leur apanage. Malheur à quiconque prétendrait les contredire, voir plus loin qu’elles, ne pas suivre leur ligne, s’opposer à leur grade et remettre en cause leur puissance.

Une de leur dernière trouvaille a été de se lamenter longuement de l’absence de chimère puis ensuite d’en construire une, factice, à qui elles voulaient suivre car ainsi elles s’attribuaient le pouvoir de reconnaître une chimère. Une boucle d’une perversité étranglante. Mais ainsi de Macron. Plus plat est impossible, l’époque même est en train, par ses élites de lui bâtir un passé, une volonté, une philosophie, une chimère qui incroyablement aura trouvé son temps dans le réel. Encore deux ans et Macron sera Nelson Mandela avant même d’être né tant il avait été visionnaire.

Rien n’emmerde plus les élites que la remise en cause, et par elle le retour du passé comme argument. Elles ne sont plus que tournées vers l’avenir, la minute qui vient. Elles sont sans dimension et une chimère est un volume.
Pour les élites, aujourd’hui, les chimères sont disparues, brûlées avec le passé qui a tout dit ou qu’on fait parler pour que le Présent le comprenne et que jamais, jamais, jamais, il n’en soit accusé de rien.

Rien du Présent ne peut exister que bâti sur la cendre des chimères. Mais nul ne peut montrer cette cendre sans à la seconde se trahir et faire tomber tout le décor mystificateur. Il suffit donc d’éliminer quiconque demanderait des preuves de leur fin à jamais. C’est ce que font toutes les élites, pour survivre, depuis des décennies.

Les chimères sont éternelles, inaccessibles à tout moyen de destruction. Elles existent ou non, selon les époques, elles sont un recours massif ou juste une œuvre, selon les époques, mais leur cendre n’existe pas.
Une chimère n’est pas une petite tente avec une diseuse de bonne aventure : ce n’est pas à son univers de prévoir, par exemple, l’incendie de Notre-Dame. Par contre, dans un univers chimérique, il ne sera pas une surprise, il arrivera après bien d’autres incendies, de bibliothèques, de tombeaux, de musées, d’êtres. Il trouvera sa place conceptuelle dans une série et donc aura une tout autre signification que celle, si délicieuse pour l’époque, d’être encore une fin à laquelle on va remédier, alors que tout brûle encore, dans les 5 minutes/ans : applaudissements.

Pour un univers chimérique, l’incendie de Notre-Dame a des décennies et va se poursuivre encore longtemps, qu’il existe dans le réel et soit apparenté à quelques heures sur deux dates, telle année, est du détail historique. Une chimère intègre le malheur dans son architecture, elle est capable d’une mémoire inextinguible, elle n’est ni espoir, ni idéal, ni utopie, elle est enfant de dragon, ignifuge. Elle n’a pas besoin du temps pour vivre et se développer, pas celui tel qu’on le mesure. Détails que les élites ont oubliés. Oubli qui causera leur perte.



À demain.


* cet article fait partie d’une série de 31 commencée le 1er octobre, dans le cadre du challenge #INKTOBER 2019, détourné par clairecros.com | puck.zone | 17SWORDS | PUCK sur YouTube
Aujourd’hui THE OFFICIAL 2019 PROMPT LIST donnait le mot :
13_ASH [cendre | frêne | cendré (couleur)]
Demain :
14_OVERGROWN [envahi (de façon épaisse/couvrante/sauvage) par (plantes/feuilles/algues) | pour décrire ce qui a grandi et trop grandi (forêt, ville, administration) | (quelqu’un) grand/trop grand (péjoratif : ressembler à un grand écolier) | pour décrire un adulte se comportant comme un enfant]



14_OVERGROWN
#INKTOBER2019 #OVERGROWN
October 14, Official 2019 prompt list: 14_OVERGROWN

Notre sublime vie outrageusement envahie de joie profonde [14/31 #Inktober]

Gloire, gloire profonde, au profond cap de notre profond président ! Submergés d’éblouissements extatiques, allons, du matin au matin, de sourires en rires, cœur battant, yeux brillants, corps vif, léger, volant au-devant de toujours plus de réussites, de découvertes de splendeurs terrassantes de grandeurs, de merveilles, de beautés, submergés par la reconnaissance la plus profonde de profondeur.*

[PARENT ADVISORY EXPLICIT CONTENT | FAKE NEWS CERTIFIÉE | INTERDIT AU MOINS DE 18 ANS | SENSIBLES S’ABSTENIR | ARTICLE FICTIONNEL : TOUTE RESSEMBLANCE AVEC DES PERSONNES EXISTANTES OU AYANT EXISTÉ EST PUREMENT ET PROFONDÉMENT FORTUITE.]


Chaque matin, avant même nos ablutions avec l’eau certifiée pure par le profond cap du profond président, avant même notre tartine de pain pur beurré de beurre pur fait de lait pur de vaches pures ayant brouté une herbe pure certifiés par le profond cap du profond président, nous ouvrons tous nos écrans de la chaîne préférée et unique des Français, FRANCEPCPP, pour les laisser uniquement être couverts d’un bord à l’autre par la réjouissante mine de la porte-la-parole du gouvernement et la plus fervente (et quel mérité privilège pour elle) groopie du PCPP et de son fidèle compagnon ministre de la Grande et Fière Éducation Culturalisante Égalitaire Obligationniste Parfaite, l’GFÉCÉOPlaboum dont le triomphe ne saurait tarder avec l’éradication absolue et définitive de l’école : le gouvernement tout entier uni travaillant d’arrache-pied à éliminer une à une les raisons pour les enfants d’apprendre encore quoi que ce soit, suivant le profond cap profond de notre profond président à la profondeur profonde comme la plus profonde profondeur. Gloire, gloire profonde à lui !

Chacun rêve d’avoir un écran 7D, 13K, sphéro-panoramique, pour suivre l’événement car les places dans les stades munis de grands écrans afin de le vivre à plein sont réservées, hélas, des années à l’avance, déjà. Le peuple souvent doit se contenter de son petit écran, mais il se console en voyant les familles réunies autour, leurs sourires bons dans cette atmosphère de paix irremplaçable. Il tarde à tous l’hiver pour que s’ajoute un grand feu de cheminée craquant aux bûches de chêne pur certifié par le profond cap de notre profond président.
Aucune femme alors ne succombe pas au désespoir de ne pas posséder le 1000e de la grâce de la privilégiée porte-la-parole et tous les foyers si heureux Gloire, gloire profonde, au profond cap de notre profond président ! entendent un instant les cris et les pleurs des mères, grands-mères, jeunes filles, honteuses de leur incapacité, quoi qu’elles tentent, d’arriver à la cheville de l’allure de la suréminente porte-la-parole. Référence absolue du goût, il est connu qu’elle a, dès sa première apparition, renversé toutes les tendances et révolutionné ce qu’on savait misérablement, asséchés d’a priori, dépourvus à en périr d’auto-mépris et de largesse d’esprit, de l’élégance. Par miracle, ce temps, incompréhensible à présent, est fini où nos yeux n’étaient qualibrés que par le bon sens du ridicule. Quelle honte indépassable que ce passé qui nous est commun, hélas, comprimé dans le corset de canons imposés par (en plus ! Ô rage jamais calmée contre lui reste sage et sache oublier car vengée) uniquement par le regard mâle (infâme oppresseur et tyran !) heureusement castré depuis, sans parler du climat et de la révolution numérique.

Seules les putes à Paris étaient conscientes depuis longtemps de cette avant-garde, et leur temps, enfin, est venu, et reconnu, où elles ne restent plus à longer immobiles les porches  à la nuit, mais défilent en plein jour du début de la rue du Faubourg Saint-Honoré et jusqu’à la fin de la rue Saint-Honoré, hype catwalk, à l’admiration des touristes en cohue. Moulées de zèbre-lycra ou enrobées dans plus de plis imprimés qu’une pivoine ne compte de pétales, elles sont de pied en cap (profond de notre profond président) les héroïnes des fillettes qui n’ont qu’un rêve : leur ressembler plus grandes.
Les mamies en pré-retraite, dans leur temps imparti encore avant d’aller s’allonger dans leur fin de vie au taux plein automatique et mourir le lendemain aux yeux de l’État (à moins de préférer payer la vie des productifs pour ne pas mourir, le choix est laissé car la liberté profonde est la profonde religion du cap profond de notre profond président), tricotent inlassablement des pulls, tous avec un beau poisson coloré dessus. Le modèle est presqu’impossible à reproduire tant il est complexe, souvent les adolescentes sont déçues de l’effet ; la contrefaçon, hélas, passe toutes les douanes car il n’y a pas assez de douaniers pour l’arrêter, sans parler du climat et de la révolution numérique.
Lors de grandes manifestations sous l’égide de « La manif pour tous, tout et n’importe quoi », le peuple a demandé la clémence du profond président et qu’il cesse de se priver d’une part des impôts du peuple, dans le financement au montant effarant d’une élite policière chargée de protéger la tombe de Karl Lagerfeld, cible de tags haineux et d’attaque de bulldozers, l’armée elle-même suspectée d’avoir un plan pour la pilonner.
Le peuple a demandé l’oubli de cette part d’Histoire qu’il regrette avec amertume en vidant sur les marches du Trocadéro les dernières bouteilles de cette immonde puanteur qu’est le 5. Cet acte extrême a causé beaucoup d’évanouissements, de vomissements, et d’éruptions allergiques. Mais le profond président a su expliquer qu’il n’avait pas retenu cette option, car « Blanc n’existe pas », ce qui est très vrai, et qu’il fallait, contre nous, savoir ne jamais oublier, jamais, jamais, jamais, profondément jamais, les erreurs du passé pour ne plus jamais, jamais, jamais, profondément jamais, les reproduire ; il fallait donc conserver des traces des pires chutes de l’Histoire. Le peuple, confondu de n’avoir pas été aussi brillant est rentré chez lui, prêt à payer plus d’impôts encore pour cette pure et profonde cause : jamais, jamais, jamais, profondément jamais, oublier.

Mais s’il n’y avait que l’apparence. Elle n’est rien comparé à l’esprit fin, spirituel, élevé, subtil de la porte-la-parole. Pas un artisan en France, aujourd’hui, ne regarde son utilitaire, pas un paysan sa moissonneuse-batteuse, pas un soldat son tank, sans lui espérer un peu de cet esprit. Hélas, il devait être tout entier pour une seule. Les jeunes filles tentent, parfois, secrètement, devant leur miroir, d’imiter le ton, l’élocution, la vitesse de frappe air-air, de la porte-la-parole. Les magazines féminins donnent des astuces : sauter sur n’importe qui et lui balancer des pains en hurlant à pleins poumons « c’est comme ça et pas autrement, y a pas mieux, pauvre con, c’est pas de ma faute si tu comprends rien à notre profond président ni son profond cap, conard ! » ou apprendre à mentir sans rougir, prête d’ailleurs, à mourir au mensonge pour le président, s’il fallait. Mourir au mensonge… le rêve de tellement d’adolescentes et si peu, si peu, hélas, y parviendront, car, c’est horrible, elles le savent, elles grandiront.

Rien ne vaut, rien, rien, rien, d’arriver enfin à midi, pour la pause déjeuner et de se réunir, cette fois au travail, devant les grands écrans étatiques des cantines pour observer la dernière dame, car aucune, jamais, jamais, ne sera jamais plus adulée qu’elle, manger ses cinq fruits et légumes. Rien que la voir manger ses cinq fruits et légumes, ni plus, ni moins, 2,5 fruits et 2,5 légumes, car l’égalité profonde est la profonde religion du cap profond de notre profond président, coupe l’appétit de béatitude. C’est aussi un grand moment d’hommage au plus grand conte de fée national de tous les temps : sa rencontre avec le premier monsieur profond. Car c’est au souvenir qu’elle épluche une glabre banane et lentement la suce avant de la mordiller, c’est au souvenir qu’elle jongle avec 1,5 litchi, au souvenir qu’elle lèche tout le corps d’un efflanqué haricot coco et qu’elle loue du regard 1,5 navet en purée avant de s’en barbouiller les babines fébrilement. Il lui en reste toujours plein dans les plis autour de la bouche, pour le goûter, et le dîner : une façon très maligne, bio et sympa de ne pas avoir à cuisiner, sans parler du climat et de la révolution numérique.

C’est, dans les cantines, toujours un moment de communion intense que le spectacle de ce repas où symboliquement on rompt la protection de l’enfance et où elle est, petit bout après petit bout, offerte aux pervers et détraqués sexuels, aujourd’hui héros nationaux, tendant la langue à genoux. L’amour, non, mais la passion ! La passion ! La passion ! Est l’essence même du cap profond de notre profond président et rien, rien, rien, ne l’aura empêché de la vivre ! Mais qui, qui dans son peuple ne rêve pas d’avoir ainsi connu la passion ! C’est vrai que la France manque de professeurs, mais l’État a juré les payer mieux pour qu’il y en ait très vite au moins un par garçon. Noce Blanche, fiction unique du soir de la chaîne préférée et unique des Français, met toute la société au désespoir, à chaque fois. Heureusement, elle s’endort en se rappelant que toutes les histoires de pédophiles ne finissent pas aussi mal : la preuve grandiose au sommet de l’État, rayonnante, rayonnante, profondément rayonnante.

La douceur, la bonté, la tendresse de la dernière dame sont tout simplement l’ambition de toutes les femmes qui ne sont que, stupidement, vieilles, tordues, bêtes, niaises et ridées. Elles ont beau faire, et leurs époux comprennent leur drame, dès qu’elles tentent d’imiter la dernière dame, elles finissent avec un raide casque de faux cheveux, et des yeux tout petits entourés de noir et de faux cils. Elles ont beau tout faire pour ne pas montrer leurs dents, même refaites, paf, ça lâche et on ne voit plus que ça, toutes les nouvelles dents heureuses faisant coucou de la main sur Google. Elles ont beau fouiller pour se rassurer : aucune photo avant, pas une qui ne soit pas retouchée, ceux qui en ont mis en ligne sont tous morts ou emprisonnés, elles ne peuvent donc pas se comparer à un « avant » pour savoir si elles ont une chance de devenir un « après ». Mais là est la différence entre les grands de ce monde et leur peuple : le second vieillit, les premiers seront inhumés enfants. Et tout le monde le sait. Mais les femmes, qu’est-ce que vous voulez, sont prêtes à défier la gravité si ça peut les rendre plus laides, sottes et irresponsables.

Les vieilles femmes se disent que vraiment, vraiment, il faut être aimée par son époux pour qu’il accepte qu’on se transforme à vue d’œil mais très discrètement afin de recouvrer une jeunesse qui n’avait jusque-là jamais brillé par son absence.

Les mères, (et leur combat a été acharné et de longue haleine, environ -0,003 seconde), ont obtenu que soit réécrit Roméo et&+= Juliette, œuvre très surévaluée, afin qu’elle ait enfin une concordance de temps réaliste avec notre conte de fées national. Ainsi, presque toutes les œuvres surévaluées, plus jamais lues, ont été réécrites aussi et leur lecture a été, enfin, rendue obligatoire dès l’âge de 6 ans, compromis sévèrement discuté, car les mères exigeaient que cette lecture soit intra-utérine, les plus extrêmes demandant qu’elles soient faites aussi dans les congélateurs des centres de fertilité.

Plus une seule femme de 35 ans ne rêve pas de se faire sauter par un môme de 15 ou d’en sauter un, selon. Il est en discussion, d’ailleurs, à l’Assemblée, de proposer cette option aux adolescents faisant leur service civique. Un texte de loi avance la création d’un site où les femmes pourront s’inscrire et selon l’offre de leur région obtenir très vite une réponse ou être mises sur liste d’attente. Une seule obligation : avoir 35 ans révolus l’année de la demande, sachant qu’elle expire naturellement dès le 36e anniversaire. Passée cette date, il est conseillé aux demandeuses, par tout décoré de la Légion d’Honneur, d’aller en Thaïlande où la prostitution infantile est réputée. À cause de ces voyages pour obtenir gain de cause, mais frôlant toujours d’être hors-la-loi, car le tourisme sexuel est encore mal vu malgré les terribles efforts de l’écrivain européen numéro 1 à le défendre : l’État se sent tenu de vite faire voter une solution légale en France.

De grands nouveaux Centres de Thérapies de Conversion des Tabous et Idées Reçues sont ouverts un peu partout, faisant nettement baisser le chômage grâce à la nouvelle formule d’emplois-service-à-la-conversion, où, gratuitement, les femmes de 35 ans se sentant peu d’affinités avec les garçons de 15 ans, voire leur propre fils, peuvent se rendre afin que leur soit démontré à quel point elles font historiquement fausse route, soit à cause de leur incapacité à se débarrasser du poids de siècles à la vérité muselée, soit à cause des diktats du mâle, ou de l’oppression de la femme. Point par point, des professeurs certifiés par FRANCEPCPP leur démontreront que leur recul est archaïque, leur dégoût est dégoûtant, leur hésitation n’est que manque d’ouverture, leur jugement le sacrifice de la passion. Dans ces centres, la journée commence avec le chant : « Vous verrez, c’est un rêve, vous verrez » toujours premier des ventes depuis des années dont les paroles sont : « Vous verrez, c’est un rêve, vous verrez » et le refrain : « Vous verrez, c’est un rêve, vous verrez ». Ce texte profondément intense étant composé à partir de la totalité des phrases que sait prononcer la dernière dame, d’ailleurs, d’où son importance et son succès.
Ensuite, sur des cibles où il est écrit « évidence », « nature », les femmes tirent d’abord avec des petits calibres, puis des mitraillettes, et ensuite à boulets rouges. L’expérience montre depuis 68 que c’est libérateur.
Il semble que les centres obtiennent 82,149 % de réussite, le gouvernement a promis d’augmenter ce chiffre, sans jamais baisser les bras : il appelle d’ailleurs à ce que, tous ensemble, « nous inventions des leviers contre les passoires thermiques » que sont les femmes de principes et de convictions évidentes et naturelles.

Les hommes, bien que l’existence de ce genre soit profondément remise en doute, particulièrement quand on observe le seul homme de France qui suffit amplement à remplacer la totalité, ont droit, une fois par semaine, de quitter leur emploi pour se rendre en traversant la rue à des stages de formation où il leur sera enseigné comment marcher et parler.
La France a mis très longtemps à reconnaître que sur son sol même, très peu d’hommes savaient marcher et parler. De même que pour les femmes, il a fallu casser des idées reçues qu’il ne viendrait plus à personne d’avoir, mais c’est ainsi : il y a deux ans encore, les hommes étaient persuadés que pour marcher il suffisait de mettre un pied devant l’autre, et pire : qu’on pouvait maîtriser la vitesse de ce mouvement. C’est inouï, quand on y pense. Mais c’était ainsi à l’époque.
Parler, n’en parlons pas. Il est impossible, aujourd’hui, de se faire une idée juste de la façon dont les hommes parlaient il y a encore 2 ou 3 ans. C’était strictement incompréhensible : des siècles, encore une fois, avaient bâti une gigantesque propagande reposant sur des livres édifiants, délirants, imposant, c’est tout simplement renversant, un sens aux mots. Il y a plus grave : des bibliothèques entières recelaient des kilos de papiers envahis de charabia prônant le premier sens des mots afin qu’ils puissent être d’autant mieux détournés par la poésie. Et croyez-vous que tout cela était sous terre et organisé par un réseau de trafiquants ? Mais absolument pas ! En toute impunité, ces édifices se tenaient au centre même des cités, et depuis presque toujours, on pouvait même s’abonner.  Au su et à la vue de tous.

La France a brièvement été recouverte par une vague de dépression masculine. Beaucoup ont mal supporté de s’être forcé, pendant des années, à marcher naturellement, pour rien, et surtout d’avoir cru qu’il était nécessaire d’utiliser les mots selon leur sens, et autant de mots alors qu’il leur aurait suffi d’en apprendre moins d’une dizaine pour finalement, pouvoir tout dire, sur tous les sujets : cap, profond, cap, profond, profondeur, profondément, cap, profond, cap. 9 mots. 9. Allez, 10 avec cap. Mais la propagande historique, leur manque d’élan et de cap personnel, leur manque d’inventivité, d’imagination, de bravoure, d’ambition, leur sale putain de vie de ver de terre moutonnier, à parler de « compétence » et d’ « expérience », comme si ça existait, les avait conduits sans qu’ils opposent la moindre résistance à s’avaler des palettes et des palettes de leçons, livres, culture totalement inutiles. Mais la France se réjouit, car, FrancePCPP l’a clamé en une : le nombre de suicides, grâce à cette découverte que le langage ne servait en fait à rien et qu’il n’était pas utile du tout de trouver les mots justes, a considérablement diminué.

L’homme a su aussi, pour plaire aux femmes converties et les garder malgré leur nouveau centre d’intérêt, adapté sa cour, sa sexualité et ne pas hésiter à tenter tous les jeux érotiques très vantés dans les CTCTIR : se costumer, feindre chaque fois un dépucelage, et user de sex-toys appropriés dans des décors appropriés. Même si les hommes ressemblent à de grands écoliers un peu gauches avec leur cosplay, l’illusion fonctionne et les boutiques spécialisées vendent en veux-tu en voilà des godes en forment de trousse, tandis que le bureau de la maîtresse est le meuble de chambre le plus vendu en ligne. Il est aussi fortement conseillé de se tripoter en secret sous un bureau d’écolier avant d’aller faire sa cour au tableau, appelé avec malice par la professeur qui a du mal à tenir assise tant ça chauffe, avec ce plaisir fou du secret de la passion partagé devant 16 petits cons naïfs et mal dégrossis encore fan de Pikachu, et 13 gamines vierges qui n’ont même pas eu d’enfants ni vécues 15 années en adulte.

Le plaisir pervers d’avoir un public innocemment convié et obligé d’assister à un spectacle dont il ignore tout est le protocole érotique dominant dans l’exercice du pouvoir aujourd’hui. Et c’est une très bonne chose, Gloire, Gloire ! Grâce soit rendue aux psychologues : ils ont pu déterminer qu’il n’y avait là absolument rien d’une sorte de rituel figé, fixé comme optimal, et qu’on chercherait à retrouver en permanence pour revivre l’excitation du début, à un âge où la sexualité n’est pas et loin de là, mature parce que le cerveau n’a pas fini de se développer. C’était n’importe quoi, des fables. Le genre de trucs qui n’existent que dans les fictions, diagnostic de profilers de Criminal Minds. Tu vois le niveau ?
Avoir un public otage et ne le sachant pas, se mettre en scène devant lui, se régaler de son propre secret, séduire ou écraser la dominante adulte, faire ses coups en douce, fuir, nier ou faire mentir l’opposition, imposer sa seule vision, persuader et rendre complice des adjuvants tenant la chandelle et finissant même par veiller qu’il n’en manque jamais, quelconque psy qui aurait prouvé que ce comportement provenait d’une perturbation de la personnalité et de la sexualité à l’adolescence aurait été exécuté pour outrance et outrage, encore heureux. Mais il n’y en a eu aucun d’aussi maladivement dégénéré pour aller penser de telles choses.

C’est ainsi que les hommes de France vont bien, ils n’ont plus du tout à en être. Le modèle petit garçon éternel jouant l’homme fort à l’oral est promis à un bel avenir. Et puis, sinon, à partir de 35 ans, ils peuvent toujours se sauter des gamines volontaires de 15 ans. Franchement, mais que demande le peuple.
N’oublions pas que grâce à de nombreux ministres et députés et aux manifs pour tous, tout et n’importe quoi, ces relations sont aussi permises entre personnes de même sexe. Et un jour, mais la société n’est pas prête encore, il semble, de la même famille, sans parler du climat et de la révolution numérique.

En rentrant d’une journée d’adoration de sa journée, car elle ne saurait être mieux, meilleure, ni plus mieux, dans les métros, bus et train, la France aime à partager sur les réseaux ses selfies d’elle en adoration de sa journée : il suffit de se prendre, rayonnant sensationnellement, avec en fond n’importe quelle seconde de sa journée. Sur les réseaux, c’est la course à qui aura le plus de selfies avec, en fond, l’effigie du profond président. Bien qu’elle soit sur tous les murs des musées, toutes les affiches de cinéma, couvrant tous les murs des kiosques à journaux, les abribus, il reste très difficile d’obtenir un bon selfie tant il y a de monde derrière soi qui tente la même chose.

On se précipite en rentrant devant les mêmes écrans que le matin, pour entendre, ébahis de son activité, de son énergie, de sa capacité, comme s’il était mille maires, 40 ministres, 400 députés, à être sur tous les fronts, la liste des actions du profond président dont le profond cap est donné et suivi.
Par chance, le même programme est rediffusé en boucle jusqu’au lendemain tellement c’est difficile d’y croire. Il a été analysé que si le peuple français n’entendait pas au minimum dans sa journée, et ce sans avoir à prêter l’oreille, mais juste dans l’air du temps, 638 fois le nom du président profond, il pouvait tomber dans une certaine langueur, voire catatonie, se croire abandonner, imaginer qu’on lui cache quelque chose de grave, redouter un attentat comme à Dallas, car le profond président l’a dit dans un profond murmure : « Ils m’auront peut-être d’une balle mais jamais d’autre chose ».
Dans les maisons de retraite, le seuil minimum est de 1025 ou il faut prendre des mesures et sédater les résidents. Dans les hôpitaux, juste un peu moins, 971. Il y a eu un jour terrible où FRANCEPCPP avait tout simplement manqué de le dire 41219 fois mais uniquement 41218 : il a fallu demander à son directeur de partir, et renouveler tout le staff, évidemment, une des scripts s’est immolée de honte. C’était une erreur intolérable et il fallait sévir : la France en a convenu en manifestant dès le lendemain, pour compenser cet oubli impardonnable, avec des autocollants sur le front et les fesses où on pouvait lire « je suis » et le nom profond du profond président. La foule en haine contre son média a montré la force de son opinion. Oui, la France est toujours debout ! Oui, la France est toujours la France ! Oui, la France a toujours cet « art d’être français qui est une façon particulière d’être ce que nous sommes ! » tel que profondément notre profond président l’a dit ! Non, la France ne cédera pas, jamais, jamais, jamais, profondément jamais, à l’oubli profond.
Jamais.

La France se couche dans son lit qui comme on le fait on se couche, entre son tableau avec estrade et son bureau d’écolier, profondément heureuse, profondément sereine, profondément prête à profondément rêver de sa journée profondément paradisiaque et n’ayant qu’une profonde hâte, que le réveil sonne, soit en imitant le son du bourdon de Notre-Dame, soit si on préfère la profonde grande musique, avec « C’est un rêve, vous verrez, c’est un rêve », car c’est vrai, tout ne semble qu’un rêve, le réel est un profond rêve, on veut profondément ne jamais se profondément réveiller.
Certains disent que c’est là-dessus que compte exclusivement le premier ministre, mais qu’il se rassure, et d’ailleurs il a l’air effectivement sérieusement rassuré, la France veut profondément ne jamais se réveiller, surtout que ses jours étant déjà un rêve profond elle ne sait jamais si elle dort ou non.

Il y a juste une rumeur qui inquiète un peu les gens, mais il est interdit d’en parler sous peine d’être immédiatement dénoncé par devoir, convoqué et sévèrement reconverti, à nouveau, et pas sans avoir payé une taxe pour Fake-News causant du tort à la profonde sérénité nationale et donc à notre profond président : il semblerait, mais FRANCEPCPP ne cesse de nier, qu’un minuscule groupuscule se faisant nommer GJ (personne ne sait ce que signifie ce sigle, Grand Jobard ? Goule Jazzy ? Gnafron Joli ? Game Joystick ? Grive Jalouse ?), s’affirment opposé (il est interdit de dire profondément) à notre profond président, et à tout son profond gouvernement. Soi-disant, mais strictement rien ne le prouve, que, parmi eux, il y aurait des femmes jeunes et tatouées, et des hommes tatoués, aussi, jeunes ou pas, et beaucoup, beaucoup, beaucoup de canards tatoués, décapités qui zigzaguent contre le profond gouvernement du profond président, ces canards étant particulièrement dangereux et vindicatifs, un magazine sur l’écologie a avancé qu’ils seraient nuisibles, feraient leur nid sur les ronds-points et pinceraient tous les mollets du commerce dans le but de ruiner la France et les maisons de retraite que visite la porte-la-parole privilégiée. Une histoire abracadabrante.
Ils utiliseraient un langage venu des temps barbares où les mots avaient un sens et quand ils parlent seraient parfaitement incompréhensibles, voire inaudibles.
Le mot d’ordre, paraît-il, est unique : si on en voit un, il faut dénoncer sa position, ou, si on a l’occasion, l’abattre soit même et ramener sa tête pour toucher une prime. Il semble que, contre eux, le mensonge soit encore le plus efficace, et, paraît-il, cette campagne de mensonges hypra dangereuse est menée avec un courage admirable par le ministre de l’intérieur, évidemment secondé, par l’héroïne née : la porte-la-parole.
Ces Grives Jalouses avanceraient que la France s’est habituée à vivre avec rien, de rien, pour rien, et que son bonheur n’est que propagande. Ça semble tout de même vraiment énorme, parce que, si c’était vrai, dans ce cas, toute la France rejoindrait le mouvement des Goules Jazzy.

Moins qu’une rumeur, tellement moins que c’est un silence, dit que la France aurait été envahie par un totalitarisme sociétal, en couche si épaisse, l’isolant intégralement de toute conscience de cet état, qu’elle étoufferait, paralysée, dessous, mais pire : que cette couche, avec le temps, aurait été le terreau idéal, pour l’extension d’un régime totalitaire qui par définition ne prolifère que sur des sols en osmose avec lui, préparés à le recevoir. Cette dernière couche ayant envahi la première ne permet plus de la discerner et il est très simple de croire qu’elle repose directement sur la société, sans couche intermédiaire.
Comment penser un instant que telle horreur soit possible ? Car, c’est affreux, cette thèse-là dit aussi que notre profond président n’est quelque part rien, ni personne, acteur de rien, conducteur de rien, inventeur de rien, ne dominant rien, pantin dans son propre rôle, et lui ou un autre, peu importerait, finalement ? Il ne serait qu’une vague conséquence, n’aurait eu que son protocole érotique adolescent pour le placer là, mais… Enfin, …pas de cap, alors ?
Heureusement que cette abomination n’existe pas. Gloire, profonde gloire au profondément profond cap de profonde profondeur notre profond président !

…Mais enfin, dès le lendemain de l’apparition de cette rumeur, concernant les Gibus Jardiniers, personne ne sait dire pourquoi, ni si ça a un lien d’ailleurs, le jaune a été proscrit d’absolument partout. Et comme « Blanc n’existe pas », hé bien, du coup, on ne trouve plus nulle part en France, ni d’œuf de poule, donc plus de poule avant ou après ça, selon celui qui est apparu en premier, ni d’œuf de dragon.
…Bon, d’un autre côté, on s’en passe déjà depuis longtemps, de la cause, de la conséquence, et des dragons, ça fait au moins, ohla, pffff, bien… 50 ans ! Il n’y a bien que les vieillards de 70 ans qui s’en souviennent, c’est vous dire, et ils vont mourir vite, grâce à leur retraite de la sécurité sociale. Gloire à nous ! Vive sa France ! Gloire à son bonheur total !


À demain.


* cet article fait partie d’une série de 31 commencée le 1er octobre, dans le cadre du challenge #INKTOBER 2019, détourné par clairecros.com | puck.zone | 17SWORDS | PUCK sur YouTube
Aujourd’hui THE OFFICIAL 2019 PROMPT LIST donnait le mot :
14_OVERGROWN [envahi (de façon épaisse/couvrante/sauvage) par (plantes/feuilles/algues) | pour décrire ce qui a grandi et trop grandi (forêt, ville, administration) | (quelqu’un) grand/trop grand (péjoratif : ressembler à un grand écolier) | pour décrire un adulte se comportant comme un enfant]
Demain :
15_LEGEND [légende (histoire/personne/inscription descriptive)]



15_LEGEND
#INKTOBER2019 #LEGEND
October 15, Official 2019 prompt list: 15_LEGEND

L’enfance au XXIe siècle : une légende [15/31 #Inktober]

D’état naturel non considéré à combat de Victor Hugo, l’enfance devient début XXe siècle une priorité politique, avec succès. Presqu’absente de l’histoire de l’art jusqu’alors, le XXe siècle l’illustre de la littérature au cinéma. Son concept à peine stabilisé est mis en pièces par 68. Cible économique majeure du XXIe siècle, l’urgence de sa protection mondiale est rendue impossible.*

Cet article est en 2 parties, la suite dans : L’enfance au XXIe siècle : l’autre monde sauvage [16/31#Inktober]

Il n’y a presque qu’un enfant représenté pendant des siècles, rarement loin de sa mère : Jésus. Parfois Jean-Baptiste joue avec lui. Jésus n’ayant pas d’enfance relatée, il n’y a pas un suivi de scènes (sauf une, quand il s’adresse, à 12 ans, aux docteurs dans le temple) où on l’aurait vu grandir et qui aurait reçu son pendant hors du religieux.
Jésus ou pas, il suit l’idée que les siècles précédents se faisaient de l’enfance : un temps qui leur échappait, de formations diverses, et particulièrement de celle seule de la nature : grandir, jusqu’au stade où l’enfant n’était plus une affaire de femmes, fragile, impropre au monde, mais devenait rentable, physiquement, aux travaux, ou pouvait prendre une place d’action, quitter le giron, étendre la famille et ses terres ou son commerce, en tout cas : mériter pour l’avoir produit aussi ce qu’il mangeait et la place qu’il prenait. On quittait l’enfance dès que ses bras pouvaient porter un poids, dès qu’un métier pouvait commencer à être appris, dès que, quoi qu’on faisait, même une tâche minime, elle pouvait être menée indépendamment.
L’enfance était aussi un temps qui n’était reconnu pour avoir existé que lorsqu’il était fini : jusqu’à l’instant où l’enfant avait survécu pour de bon, la mortalité infantile étant telle qu’elle ne faisait pas de l’enfance un début de vie, mais juste un début de « peut-être » vie.

Le héros Hercule/Héraclès, bébé, a sinon une bonne place dans l’histoire de l’art ; les angelots ne sont pas des enfants, ni des bébés, mais formellement ces derniers les figurent avec leurs attributs : pureté, candeur, malice, joie, jeu. L’Amour (Éros, et ses flèches) est montré aussi comme un enfant, de bébé à adolescent. Les enfants célèbres dans les œuvres écrites, parfois illustrées, sont ceux qui ont, par exemple, un père célèbre, comme Télémaque, ou un destin qui commence à l’enfance, lié à toute une famille. Ils ne sont jamais des héros de l’enfance, mais juste de passage dans cet instant de vie.

Les personnages shakespeariens dont on croit par l’âge qu’ils sont enfants, vu de 4 à 5 siècles plus loin, ne le sont pas à l’époque de l’auteur, les maturités sont décalées, liées à la puberté, dans une société où on était presqu’un vieillard à 40 ans. S’il y a, au théâtre, des personnages enfants : ils sont bien signalés des enfants, distincts de toute caractéristique adulte.
Ceux qui tiennent fortement à remettre ce statut en question justement avec l’âge de Juliette Capulet devraient lire Sade qui strictement montre la connaissance qu’on pouvait avoir de l’enfant grâce à la conscience totale dont ses écrits font preuve quand il s’agit d’en détruire un de la pire façon.
Ce n’est pas en regardant les soins qu’on aura procurés à l’enfance et son statut pour le cerner de protection, de lois, de droits, qu’on peut avoir une idée juste de ce qu’était l’enfance quand il s’agit, encore aujourd’hui, monstrueusement, d’en débattre. C’est en regardant combien ceux qui l’utilisaient, la détruisaient, savaient pertinemment quelle matière humaine ils saccageaient. Les limites infranchissables de l’état d’enfant doivent toujours être regardées en partant du terrain adulte et dans celui-ci, du Mal.
Partir de l’état d’enfant pour en repousser des limites est la folie de la fin du XXe siècle et de notre siècle.

Les artistes dégagés de la représentation religieuse et d’un certain mécénat qui ne payait pas pour avoir une vision du peuple (lui-même vu comme à peine plus qu’animal voire végétal), ont intégré l’enfance à leurs œuvres en tant qu’élément sociétal à part entière : leurs danses, jeux, bêtises sont représentés. Éventuellement leur éducation.
L’enfance est à peine plus mise en valeur dans les couches riches de la société, moins pour elle que parce qu’elle est l’héritière et que l’équilibre et la pérennité des familles en dépendent, particulièrement, voire uniquement, si l’enfant est mâle. Il est représenté au milieu d’une lignée.

Évidemment que l’absence des femmes, pendant des siècles, dans certaines strates professionnelles explique aussi cette non-représentation des petits humains qui restaient dans la sphère privée. Les femmes peintres de l’Impressionnisme immédiatement redonneront une place à l’enfance, et à la maternité. Elles peindront ce qu’elles vivent et savent.
Mais avant ça, à partir du XVIIe siècle, quelques peintres, non éloignés, même sur deux siècles, de la montée du concept de société globale (pas encore égalitaire en elle) distincte de sa naissance, peuple, bourgeoisie, noblesse, et touchés par les dissonances, justement, entre ces trois statuts, ont mieux représenté l’enfance, celle pauvre.

La bourgeoisie, à partir du moment où elle s’est constituée sans plus avoir à se sauver de ses origines populaires et pour à la fois copier à dépasser les us de la noblesse, entre le XVIIIe et le XIXe a eu un regard différent sur sa progéniture, même femelle, et l’enfance a commencé à se distinguer pour elle-même, dans un temps propre, qui avait le droit d’être non-rentable.
Les cœurs de pères célèbres, comme Victor Hugo, ont arraché à jamais (conceptuellement) l’enfance, mâle ou femelle, à la confusion entre un statut animal (à cause de l’absence de langage, articulation jusqu’à contenu cultivé ou au moins égal à celui adulte) et adulte : le travail, la guerre, tout sacrifice, et jusqu’au malheur, et jusqu’à la « mort », n’étaient pas affaires de l’enfance, ni chez les riches, ni chez les pauvres, elle devait être préservée, louée pour elle-même, protégée par des lois, et en tout « vivre ».

L’image de l’enfance, au XIXe, parallèlement à la vision esthétique de l’homme, va passer, par le romantisme, à travers le courant du réalisme jamais mis en œuvre pour elle visuellement (littérairement, le XIXe s’en chargera) à une représentation ayant brisé ses cadres, avec l’Impressionnisme, le Symbolisme, et suite, et, en bénéficiant du regard romantique sur l’homme qui le définit à partir de ses sentiments, d’une sorte d’aura plus grande que lui, qui trouvera son rebond dans la psychanalyse au final, mais avant tout dans la poésie tout le long du siècle. L’homme quitte sa frontière physique « visuellement », on représente ses sentiments par la vibration autour de lui, on la teinte, il se floute pour mieux exister, plus réel, plus exact, plus entier, plus fragile aussi, plus faillible, moins héros, juste lui, quel qu’il soit ; il sait aussi disparaître, être noyé dans des atmosphères, pour que la nature tellement plus immense que lui, les éléments, les paysages, lui donnent forme et fond ; l’enfance, indéfinissable par des traits secs, des cernes, échappant aux contours, peut enfin trouver sa représentation « au-delà d’elle » techniquement. Ce qui était esquisse devient l’achevé : par là, l’enfance, esquisse de l’humain adulte qu’elle sera, esquisse d’un état toujours mouvant, changeant même d’un jour à l’autre, peut exister en tant qu’œuvre achevée.
Ce que le XIXe, d’abord par Delacroix, peut se permettre, par une technicité dont les règles ont changé (Delacroix ayant plus qu’amplement participé à les changer), dans d’autres siècles, les virtuoses l’ont fait sans modifier le cadre commun, de leur seul génie, donc exceptions dans leur siècle ; pour les plus célèbres : Rembrandt, Velásquez, Fragonard, Chardin, aux gestes libres et enlevés, incluant l’air dans la pâte même de leurs huiles et pastels avaient une liberté d'exécution telle qu’elle pouvait affronter l’extrême difficulté de représenter un sujet « furtif », incapable de poser, sans contour et sans contenu, sans place ni « idée » établis historiquement, sociétalement, philosophiquement, encore moins psychologiquement ; rien, mais ils pouvaient affronter ce vide et sans aucun doute y rencontrer une « vérité ». Une vérité si absolue, d’ailleurs, qu’autant il est toujours difficile pour le public de s’attacher à regarder une œuvre et savoir « se » reconnaître à des siècles d’écart dans sa propre représentation, autant l’enfance est reconnue comme l’enfance, quelle que soit son époque.

La représentation de l’enfance à partir de la fin du XIXe suivra le même chemin que la représentation de l’homme en général, ira jusqu’à sa pulvérisation matérielle et chromatique, jusqu’au concept, et son « réalisme » sera récupéré par la photographie, le cinéma, et le XXe siècle s’emploiera à distribuer l’image de l’enfance, quelle que soit sa représentation, attachée à strictement tout et n’importe quoi, Le Petit Prince en fera les frais, collé au fond des timbales de bouillie des bébés, eux-mêmes souriant sur leurs propres paquets de couches, conduisant à la place de leurs pères, super héros pour une flotte en bouteille plastique.

Le XIXe siècle français se bat pour son enfance comme une mère et l’idée de révolution présent/présent par les adultes glissent vers celle qu’ils la font pour l’avenir, présent/futur, donc leurs enfants. Ce n’est pas étendu, effectif, normé, mais la base est posée et le XXe siècle saura y bâtir un solide et irréprochable premier sanctuaire avec des lois et avant tout l’éducation obligatoire qui extrait l’enfance, pour un temps, de l’obligation de trop tôt mériter sa pitance et sa place, à l’abri, sous un toit.

La première protection de l’enfance par des droits et des lois, son retrait du monde du travail, sa « mise en culture » avec l’école obligatoire, réunit toutes les ambitions, qu’elles soient politiques, humanistes, masculines, féminines, pratiques ou conceptuelles, celles qui tablent présent/présent, celles qui pensent présent/futur.
Déplacer toute une population pour lui faire quitter à jamais le domaine adulte ne trouve d’opposants, qui légalement n’ont plus rien à dire, que dans les couches sociales où l’enfance, en nombre, était là, et en nombre, pour aider aux champs « gratuitement ». L’enfance est l’ancêtre de la machine-outil et du robot ; pour le peu qu’elle pouvait faire, comparée à un adulte, c’était toujours ça et c’était gratuit. L’enfant a toujours été une valeur économique : production contre consommation, production gratuite. Mais il était dans ce cadre une richesse qu’on déplorait aussi, à cause de la partie « consommation » que machine-outil et robots ne connaissent pas, ou en consommation d’électricité et consommation d’un temps que l’humain aurait pu donner, mais comme ces deux consommations sont sans poids face à la performance en temps, précision, quel que soit le milieu même très hostile, ça ne compte que pour les syndicats.

La première guerre, et la seconde encore mieux, ne vont pas déconsidérer à nouveau l’enfance par rapport au statut d’adulte mais c’est en toute conscience qu’elles les feront mourir, travailler, torturer « en tant qu’enfants » ou qu’elles les éduqueront, dans l’idée « révolutionnaire » de l’avenir, en les programmant pour que s’accomplisse une autre société, en masse. Les lieux de protection et élévation de l’enfance comme l’éducation deviennent ceux par lesquels, on l’a bien compris, on peut modifier une société, présent/présent : l’enfant revient au foyer avec de nouvelles idées qu’ils enseignent fièrement à ses parents, et présent/futur : la « jeunesse » œuvre pour l’avenir puisqu’elle l’est. Le statut d’enfant est sans protection face à la guerre, il faudra la créer spécifiquement. L’enrôlement d’adolescents et de garçons parce que tous les hommes et jeunes hommes sont déjà partis n’a pas vraiment de limite : l’effort doit être national. De même, l’enfant est remis au travail, avec les femmes, parce que les postes ont été de force abandonnés par les hommes partis au front. La bousculade mortelle des deux guerres, pour l’enfance, n’en finira plus jamais : les deux guerres sont mondiales, donc le monde livre, à une conscience de lui de plus en plus développée, ses états : par pays, par religion, par déploiement économique, riche, pauvre, capitaliste, communiste, par culture propre ou mixée d’autres importées et leur stagnation séculaire ou leur incompatibilité avec ce qu’un monde décideur désigne comme progrès sans remise en cause possible.

Après-guerre, l’extension de la connaissance du monde n’est plus l’affaire des dirigeants, elle est celle de tous et elle prendra une vitesse folle jusqu’à un coup de frein manifeste dont personne ne parle encore vraiment sauf en se trompant de cause, et en accusant le désintérêt, l’individualisme. Mais donc : personne n’ignore que l’enfance n’a aucune égalité en elle à l’échelle planétaire et que l’état économique d’un pays, avant tout, décide du soin, de l’éducation et des chances de survie de l’enfance. Travail et enfance, enrôlement et enfance, endoctrinement et enfance, sexualité et enfance, genre de l’enfance (bébé garçon ou fille, garçon ou fillette, adolescent ou adolescente) : le monde n’a aucune stabilité et celle-ci est ultra-péniblement et avec acharnement défendue par des associations et les gouvernements les plus forts. Les lois internationales demandent toujours qu’on se batte pour elles, passent avec peine les frontières, leurs drapeaux pourtant définis ne sont pas un passe-droit partout, ni un gilet pare-balles. Et de manière effective le monde regarde sans ciller aussi bien des grands humains que des petits se faire déchiqueter partout, mourir de faim et de soif, de maladies traitables, de traitements immondes.

Les penseurs sont à peu près d’accord sur un truc (pour les moins cons, même s’ils n’ont jamais produit « la » thèse allant avec, puisqu’ils n’ont rien produit depuis belle lurette pour réagir), (et l’idée a quelques siècles, dans les grandes largeurs, en partant du naturel, de la nature) : moins l’homme considère son environnement, notamment animal, comme le plus fragile, comme le plus dépourvu, comme, ça a l’air évident mais ça ne l’est pas, celui possédant le moins de « langage » pour plaider sa cause, témoigner, argumenter, comme le moins rentable par certains biais, et ne devant pas être rentabilisé, moins il considérera l’enfance comme des mêmes paramètres. L’homme cruel avec ses bêtes, domestiquées ou non, le sera avec l’enfant ET avec l’homme.
On peut renverser l’affirmation : si l’homme ne s’inquiète pas de la Nature, c’est parce qu’il ne s’inquiète pas de l’enfance. Si la nature est en péril, c’est parce que l’enfance l’est. Si l’enfance doit être entre le monde adulte et la nature, alors son état doit être un indicateur, dans les deux sens, du comportement de l’adulte avec la nature.

Les strates iraient ainsi, de bas en haut : nature — enfance —Homme (humain adulte). Si Homme/Homme est sans respect, ni loi, cruel et maître/esclave, alors enfance et nature n’existent même pas. Si Homme/Homme est des millions de fois cerné de droits et de devoirs collégialement entérinés et, on imagine, à jamais, alors le regard sur l’enfance est plus précis, et de même celui sur la nature et les deux sont différents, mais pas forcément égaux quand même dans le soin et la protection qu’ils demandent et cette configuration n’exclut en rien que : plus un monde d’adultes produisant et consommant et se sentant supérieurs par ça car « possédant » donc « décidant », et ce jusqu’à extension de l’état naturel, est dominant, plus il croira que le monde s’arrête à lui : moins il aura notion d’héritiers et d’héritages qu’ils soient humains ou naturels et son implication dans le devenir des deux ne sera que « politique », stratégique, et donc à nouveau économique. Mais il n’y aura pas trace là du moindre humanisme, et encore moins d’une néo-pensée même à l’état, encore, de crépitements.
On peut donc, dans cette configuration, isoler l’économie comme celle qui retient un placement : nature=enfance — Homme.
Rien, là-dedans, ne pense à remettre en cause l’idée fixe que l’enfance soit bien un statut encore définissable. Rien non plus ne permet plus d’accéder aux rapports Homme-enfance à cause de l’illusion que leur régulation, par des lois, des protections, règlent tout, que tout est immobile.

La dernière version est : nature – [enfance-Homme]. Il n’y a plus d’enfance, il y a le monde humain, total, et la nature. Et l’enfance, économiquement, stratégiquement, est placée comme l’avocate de la défense de la nature, non pas parce qu’elle lui ressemblerait, mais parce qu’elle l’a « connaît » mieux, parce qu’il s’agit de « son » avenir. L’enfance se fait donc politique, et adulte, prend des statuts qu’elle n’a pas à avoir, se fait le chantre de la défense d’une entité qu’elle regarde « en adulte », et l’« adulte » la laisse faire et l’encourage, ébloui.
Il n’y a aucune différence dans cette configuration avec le temps où l’enfant servait de modèle aux angelots mais n’avait pas de vie propre qui soit représentée, de même aucune différence avec le temps où l’enfance était le vecteur pour introduire dans les foyers une propagande de masse, aucune différence avec l’idée de refonder un monde sociétal par sa base en bourrant l’enfance d’idéologie, aucune différence avec le temps où faire travailler un enfant et qu’il ne reçoive aucune éducation était normal, où il devait produire pour avoir droit à sa pitance, sauf que ce sont les adultes qui laissent, attendris, leurs propres enfants le demander, aucune différence avec le temps où l’enfant était dans tous les milieux la seule façon pour une famille de s’étendre, de se prolonger, de s’hériter elle-même, de ne pas perdre ses biens. Très compressée avec ce constat, la configuration devient alors : [Nature-Homme]-enfant. Une aberration à laquelle pourtant tout le monde croit, dans la société, et qui fait bien rire, sinon, les dirigeants. Car pendant que les sociétés écoutent leurs enfants, le monde n’est plus ni égalitaire, ni progressant vers son contemporain**, au contraire, il reste dans un statisme idéal pour l’économie carnassière, les pouvoirs autoritaires.

Et en attendant, par ce merveilleux statut illusoirement dominant, muni d’un langage si développé et hautement audible, l’enfance, elle, n’est plus le sujet nulle part et continue à être bousillée, partout. Et dans l’occident ultra-civilisé selon lui et partout ailleurs.

Il doit être exténuant pour ceux qui se battent pour l’enfance, que ce soit dans les pays archi-normés par leurs lois par rapport à elle comme dans des pays qui se foutent des lois internationales dans l’idéologie des guerres, ou dans ceux trop martyrisés par la pauvreté pour seulement pouvoir les appliquer, ne serait-ce qu’au niveau de la scolarisation, ou dans ceux dont l’archaïsme crasse est préservé par les gouvernements même, d’œuvrer avec le manque absolu d’analyse du seul présent dans les pays les plus civilisés. La France, par exemple.
L’enfance mondialisée autorise à être emphatique avec le pouvoir de la France : elle est prescriptrice, elle a une voix unique, elle avait, elle était. Elle possède, géographiquement, comme les États-Unis, de quoi faire la moyenne avec un ensemble considérable : et celle-ci induite, la surpasser avec « l’idée », ça a toujours été sa force, des barbares jusqu’au milieu XXe. Elle pourrait, elle, dépasser cette coque standard à la protection de l’enfance et trouver un autre langage que celui internationalement reconnu, mais tellement non-entendu, pour parler de l’enfance en l’emportant dans tout une autre configuration et ainsi refocaliser le monde sur elle parce qu’il entendrait parler de l’enfance d’une façon renouvelée, remise à jour et tenant compte totalement de l’état du monde aujourd’hui.
Alors, qu’est-ce qu’elle fout, aujourd’hui, à continuer de s’empêtrer dans sa boue au lieu de penser même à « sa » propre enfance et par elle, à celle du monde ?
Elle ne sait absolument plus de quoi elle parlerait, c’est tout. Elle ne peut pas parler au-dessus de quelque chose qu’elle détruit elle-même.
Paradoxalement, c’est en prenant connaissance de ses erreurs que la France pourrait reprendre une place phare dans la translation, si ce n’est transmission d’idées. Presque pour tous les sujets, mais avant tout l’enfance. Du calme, ce n’est pas près d’arriver, la chute n’est pas encore assez consommée, ni même connue.

L’enfance a obtenu une Histoire, très très en retard par rapport à celle de l’adulte, homme, puis femme. Elle est mondialement reconnue, elle a été conceptuellement stoppée sur presque tous les plans, au XXe siècle ; une stabilisation due à son sujet même. Comme la nature, quelque part, encore fois, l’enfance est un univers qui progresse sur lui-même, ni plus ni moins, et qui acquiert des compétences, mais c’est dans le monde adulte que les autres progrès, non-naturels, manufacturés, application d’une immense partie des acquis de l’enfance, vont se développer, ou pas.
L’enfance ne progresse pas comme le monde adulte progresse de sorte à développer, modifier, son Histoire et (pas toujours) à faire qu’un avenir succède au seul passé grâce aux éléments constitutifs d’un présent. L’enfance, où qu’elle soit, quoi qu’on lui donne comme sol, comme nourriture, est dépendante, totalement, de sa propre nature puis de ce qui l’entoure : c’est ça ou elle meurt, point. Il n’y a aucune indépendance possible à l’enfance qui la ferait se détacher d’un monde adulte pour s’en aller seule construire le sien. À l’intérieur du monde adulte, l’enfance, conceptuellement, a toujours été la même, son grandissement n’a strictement rien à voir avec une accélération de monde adulte, rien ne se fera plus vite, rien ne grandira plus vite, rien, rien, rien, pas même le cerveau, donc les idées, une compréhension quelconque, rien.
Il y a une sédimentation de génération en génération, mais, physiquement, l’enfance est un progrès inaccélérable, et la science n’y pourra jamais rien. Elle peut croire la faire naître, ce qui est une monstrueuse illusion, mais ça s’arrête là. Elle peut la soigner mieux, elle peut faire que des éléments parmi les plus fragiles aient pourtant les mêmes chances de survie que les plus forts, elle peut savoir expliquer des problèmes jugés par le passé de défauts à retards et grâce à cette explication permettre à l’enfance d’être aidée au lieu d’être condamnée. Mais ça s’arrête là.
Le reste est l’affaire de la nature, gènes parfaits ou non. Un enfant ne grandira jamais plus vite qu’un enfant, depuis toujours.
Et le XXIe siècle l’a complètement oublié.
Il n’a pas compris que « l’Histoire de l’enfance » s’était stabilisée au milieu du XXe siècle et qu’ensuite elle n’a plus été plus que dépendante de celle des adultes autour d’elle, voire « elle ne serait plus que dépendante de celle des adultes autour d’elle » parce que c’était l’engagement de tous les adultes, à travers les siècles, bataille après bataille, génie après génie, cœur après cœur, science après science, œuvre après œuvre : faire que cette enfance ne soit plus celle qu’ils avaient encore sous les yeux, qu’elle échappe à jamais à son martyre défini comme tel par l’Histoire même des hommes.

Dans les années 1950-70, et suites, l’enfance est revenue, comme le reste du monde, de l’art conceptuel pur, pour se réintégrer dans des œuvres, toutes reconnues, toutes dans des musées, toutes vendues chèrement, leurs auteurs tous célébrés en leur temps et encore aujourd’hui puisque c’était une époque où la critique avait décidé que plus jamais un artiste ne mourrait sans qu’elle l’ait reconnu, qu’il soit artiste ou non d’ailleurs.
Alors que, depuis que l’homme se représentait, l’enfance ne l’avait pas été, ou presque pas, ou par des virtuoses dont la technique pouvait happer un instant de vérité et ne pas tomber dans la problématique de la non-représentation à cause des contours flous de l’enfance, l’enfance a réintégrée, cernée, des « œuvres ».

Il y a trace, à travers les siècles, de la représentation de l’enfant par le désir pédophile : des courants au XIXe l’ont impunément, ainsi, mis en scène et je suppose que c’est par un manque de conscience générale qu’on n’a pas tellement regardé les « œuvres » avec doute et recul. Ce n’est vraiment pas certain, mais bon, l’aveuglement historique n’est pas un mythe. La photographie, aussi, a facilité la mise en scène de l’enfance, pas pour elle-même, mais pour la vendre à des regards pour lesquels l’art était très loin derrière le sujet. Mais l’Histoire de l’enfance n’avait alors pas dit son dernier mot, loin de là.

À partir des années 1950, et pire 60 et 70, grâce notamment aux immenses progrès/reculs de la psychanalyse, l’enfance s’est vue intégrable à volonté dans le monde adulte et vice-versa. L’enfance a eu droit dans un incroyable élan du monde adulte, de porter les mêmes tares que lui, d’être aboutie comme lui, d’être animée des mêmes désirs que lui, notamment sexuels. La sexualité de l’enfance qui ne saurait faire partie de l’Histoire de l’enfance, mais de cette part qui est et a toujours été et sera toujours a été « intégrée » à l’Histoire de l’enfance, comme un progrès, comme quelque chose qui actionnait la fabrique de l’Histoire donc avec un avant et un après. Un temps, au XXe siècle, a glissé, sur un univers fixe, pour lui attribuer de force une « Histoire », une chronologie, en l’appelant, évidemment « progrès », « découverte », « mieux ». Et libération, et reconnaissance, et liberté, et respect, et ouverture, et permission, et compréhension, et tolérance et j’en passe de toute cette armée de vocabulaire qui paralyse tant le bon sens et intimide horriblement la société. L’enfant s’est donc vu, d’un coup, ultra-sexualisé, et quitte à faire : actif sexuellement, s’il le désirait, et pourquoi pas, avec des adultes.
L’Histoire de l’enfance a pris à cet instant le même biais que l’Histoire de l’Homme, en France, et si la dernière ne doit pas se stabiliser au risque de pourrir, celle de l’enfance, elle n’avait pas le choix de sa stabilisation, c’était constitutif, et d’elle dépendait celle de l’enfance dans le monde qu’il fallait aussi parvenir à stabiliser de façon égale, partout.
Tout le XXe siècle qui avait pris comme sujet l’enfance, mais « l’enfance de l’adulte même qui la contait » certainement pas l’enfance vue par elle-même, et qui dans cette documentation issue de souvenirs, pas toujours roses évidemment, renseignait réellement sur l’enfance, et achevait d’argumenter son Histoire, a préparé involontairement ce qui allait arriver. On a oublié que c’était un adulte qui parlait de l’enfance, on a cru que l’enfance parlait d’elle, comme au ras de son propre horizon, et comme capable face ou dans ce qu’elle le vivait, simultanément, des compétences adultes, de l’expérience adulte.

Dans les années 1960-70, maximalisé par 68, quoi que ce soit qui avait été normé, stabilisé, achevé, défini par l’Histoire ne devait plus l’être : les cadres devaient sauter, les limites êtres niées, repoussées, l’expérience était le mot d’ordre, nouveauté primait quelle qu’elle soit, et il était interdit d’interdire, tout existait, c’était dans la nature, les lois des hommes stables étaient remises en doute.
Et certains artistes ont produit des œuvres pédophiles admirées et admises parce que l’Histoire de l’enfant, soi-disant, progressait.
Ainsi, l’Histoire de l’enfance telle qu’elle avait été aboutie, qui ne fermait aucune porte au progrès pour son attention, son soin et sa protection, sa défense, a été lentement mais sûrement déportée dans le passé au lieu de garder sa place intégrale et immuable et de se poursuivre fixe par-delà le temps : ainsi que ces représentations d’enfants à travers les siècles qui continuent à trouver leur public spontanément. Et puisque cette « histoire en progrès de l’enfance » avait remis en cause ce que l’Histoire de l’enfance tenait pour définitivement acquis et avait trouvé de quoi le remplacer et qui ne cesserait plus de progresser parce que toute la société avait décidé de participer à cette progression, et l’État avec sa culture et son Éducation, la majorité des statuts de l’enfance est devenue de plus en plus floue. Le ton culturel aidant, avec son cynisme négationniste, dévastateur, la force d’un tout petit monde actionné par des gourous en psychanalyse, la puissance d’un certain milieu, a, lentement mais sûrement, construit un réel doute autour de l’Histoire de l’enfance, intégrale.

En quelques décennies, les murs encadrant l’Histoire de l’enfance, largement criblés de balles par la Culture [française], ont été pulvérisés par la société [française], envoyée de tout son poids sur eux. Elle n’a, en majeure partie, absolument pas su ce qu’elle était en train de faire, nulle part une alarme, au contraire, l’encouragement à maintenir l’élan et la masse était uniforme.
La société a envahi l’enfance, elle l’a noyée dans ses systèmes, ses droits et devoirs, et la totalité de son fonctionnement physique et mental, dans sa détresse, aussi, dans son malheur et sa tristesse, dans sa sexualité. Avec son entrée dans son Histoire, elle a importé toutes ses tares, ses poisons, ses exceptions, son Mal, et avec générosité elle a décidé de partager l’ensemble avec ses enfants. Elle les a maudits comme elle se maudit, condamnés comme elle se condamne, au nom de la liberté et de l’égalité, de l’interdit d’interdire.

Sans le savoir, la société veut compenser pourtant ce saccage inouï, avec encore plus d’autorisations, de permissions et de compréhensions, jusqu’à une irresponsabilité invraisemblable.
Pour rendre son Histoire à l’enfance, dans l’état actuel de la société, il faudrait que la société saisisse le frein à main et tire de toutes ses forces sans plus compter sur rien d’autre que la mécanique : à mains nues, de tous ses muscles, au propre. Plus d’État, plus de Culture, plus d’Éducation, plus rien d’institué, hors système de navigation intégré, plus rien qu’elle ait confié aveuglément à quiconque : juste elle et le frein à main.
Et ensuite, reculer conceptuellement, pour ramener l’instant où l’Histoire de l’enfance est devenue une légende. Dans ce mouvement, la société va devoir se juger, elle n’est pas capable de cet effort-là, et l’enfance n’est plus, pour elle, assez prioritaire pour la pousser à le faire. C’est fou, non, dans un temps où tout le monde hurle pour sauver ce monde pour « nos enfants » ?

La société, inconsciemment, préfère continuer son Histoire, persuadée qu’elle en a une, plutôt que se remettre en cause, se comprendre, et s’analyser, mesurer l’immensité de ses erreurs et re-donner un biais à son cours. Il n’est même pas question pour elle de regarder en arrière et de froncer un peu parce qu’il est impensable, impensable que tout ce qui est arrivé depuis qu’elle est née et adulte à l’échelle de quelques générations seulement, ne soit pas un progrès. C’est tout d’elle qui devrait être jugé si ce n’était pas un progrès. Donc ça doit être un progrès irréversible. Elle sait oublier ce qui, dans son passé, pourrait l’accuser.
Le moment où l’Histoire de l’enfance s’est « achevée » a été furtif, trop, comme s’il devait avoir la même distance-temps que l’enfance, ce que vivent les roses. Ce n’est pas un moment assez bien encadré par des événements, par des dates phares, par une certaine longueur, non plus, par des drames. Il est trop court. Et il suffit à la société de croire que les lois internationales à propos de l’enfance gèrent tout.
L’Histoire de l’enfance, inscrite dans le passé, n’a pas de présence historique assez stable pour se défendre contre l’oubli de la société. Elle préfère, pour l’instant, considérer l’Histoire de l’enfance « achevée » comme une légende.
Avant, il y a bien longtemps, on croyait que les enfants ne savaient pas ci, ou ça…
Conceptuellement, l’enfance [en France], au XXIe siècle, est une légende.



À demain.


* cet article fait partie d’une série de 31 commencée le 1er octobre, dans le cadre du challenge #INKTOBER 2019, détourné par clairecros.com | puck.zone | 17SWORDS | PUCK sur YouTube

** Le contemporain [état temporel à atteindre] est un des concepts inédit principaux, voir définition dans les articles précédents, les sites et la série PUCK.

Aujourd’hui THE OFFICIAL 2019 PROMPT LIST donnait le mot :
15_LEGEND [légende (histoire / personne / inscription descriptive)]
Demain :
16_WILD [in/non contrôlé / violent / extrême | nature (animale et végétale) vivant indépendamment de l’homme / sauvage (animal, plante / lieu inhabité ou inhabitable) / naturel (vivant, grandissant, poussant librement/anarchiquement) | paroles non basées sur des faits, sans doute fausses | (très familier :) inhabituel mais d’une façon attractive, excellent, spécial (un putain de)]






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