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COHORTE CONCEPT​​​​​​​




1_RING
#INKTOBER2019 #RING
October 1, Official 2019 prompt list: 1_RING


La société totalitaire, et soudain, les Gilets Jaunes. [1/31 #Inktober]

Le concept de « société totalitaire » a été avancé en France pour la première fois il y a 15 ans, dans une configuration culturelle et intellectuelle telle qu’elle ne pouvait que le faire ignorer donc nier, mais ainsi validait définitivement sa démonstration.*

Depuis, comme prévu, l’espace intellectuel, culturel et médiatique, a poursuivi son tri avec une nonchalance cynique et enfin, sans plus aucun opposant ni sécessionniste potentiel, sans plus un appel d’air possible vers l’inédit et le contemporain, absence dont il aurait dû par nature s’inquiéter, il s’est encore resserré et abaissé, systématisé et soudé sur lui-même, préservant un réseau court, parfois très aisé, péniblement accroché à ses mythes, maniant le symbole et un vocabulaire scolaire voire d’un dix-neuvièmisme pathétique pour toute thèse, n’admettant comme contradiction que celle qui puisse lui offrir l’occasion, sur le ring qu’il aura seul choisi, d’une agressivité hystérique, pompeuse et égotiste, de moindre effort, et à la condition unique qu’elle provienne de ses propres rangs et ne concerne que ses rangs, sujets et objets de batailles parfaitement ridicules, has been depuis 30 ans.

La composition actuelle de la matière intellectuelle et culturelle est hétérogène, de tout et n’importe quoi, de droite, de moindre gauche, des deux extrêmes, d’un centre énorme mais négligeable car naïf, voire niais, ni technocrate ni scientifique ni ambitieux ni rien, massif mais sans forces, lent et muet, aveugle, sourd, insipide. Pourtant, l’ensemble constitue tout de même un tout définit par ce qu’il cerne : un vide d’une dangerosité difficilement dénonçable puisque c’est ce qui forme son enceinte même qui devrait s’en charger.

L’affaissement de la réflexion et son addiction au mépris ne sont pas des conséquences à la constitution d’une société totalitaire, mais parmi ses causes ; c’est dans un second temps, une fois la société s’enroulant dans son propre système de totalitarisation qu’elle a commencé à confondre causes et conséquences, au point de faire repasser ses causes devant elle, et les muter en conséquences. Personne n’a freiné ce mouvement, ainsi absout de toute accusation et embrassant la carrière de victime. De quoi et qui ?

Les veilleurs sur lesquels comptent encore la société sont ceux même qui l’ont conduite à un état dont le premier symptôme est que cet état soit inconnu à tous. Il ne peut pas être révélé de l’intérieur. Une société totalitaire est incapable de se définir seule comme telle, incapable de trouver en elle de quoi s’extraire de son inertie ; par définition elle est totale, donc totalement fonctionnelle, leurre à elle-même, son monde lui semble exister, varié, multiple, la vie même s’emploie discrètement à créer de l’exception dans sa matière, de l’imprévu, des chocs ; rien en elle ne saurait l’alarmer. Et ses grands observateurs et lecteurs sont sans doutes, donc tout va bien. Il semblerait même qu’ils soient en voie d’extinction, et ne manquent pas tant que ça, c’est qu’il n’y a aucun problème, c’est que tout va bien, sauf, évidemment, ce contre quoi on ne peut rien, le « c’est comme ça », les aléas.

Une société totalitaire est un état sociologique, psychologique, physique, totalitaire, elle est en elle-même un « état totalitaire », antérieur à l’installation d’un régime totalitaire que non seulement la société totalitaire va tolérer parfaitement, mais initier, promouvoir, puis installer et ensuite développer, en alliée, de neutre à volontaire sans volonté.
Cette société ne peut, au mieux, que ressentir une vibration passagère de lucidité et aussi vite se convaincre que rien n’existe qu’elle, rien n’existe que sa propre réalité, celle qu’elle croit vivre, voir, expérimenter, démontrer de sa seule présence. Et même un enfant ne suffit plus à retenir une seconde de plus et de trop, une vision.
Une société totalitaire ne souffre pas parce qu’elle ne sait plus reconnaître la douleur, elle n’est jamais triste, ayant tant condensé le range de ses sentiments qu’elle les mélange ; elle s’est habituée à la perversité, à l’injustice, à l’humiliation, à la solitude, parce qu’elle ne connaît plus la différence entre une foule et un individu, entre le bien pour un seul et pour tous, la jeunesse et la vieillesse ; l’insupportable lui est une notion floue, la responsabilité a quitté ses nerfs, eux-mêmes las, entièrement déroulés, traînant, quelque part, jusqu’à faire tomber, parfois.

Parmi elle, un silence la cautionne, celui de ceux dont le travail même, à des postes fixes et reconnus, payés le plus souvent pour ce travail, est de veiller sur sa nature, sa composition, ses faits et gestes, sentiments, ses mémoire et histoire immédiates, ses langages oraux, écrits, ses mouvements, et d’organiser grâce à des connaissances lourdes, acquises, diplômées, cette veille pour la confronter toujours à l’Histoire, à la Mémoire, aux Langages, et la projeter, la tester, dans l’avenir, comme permanent et prioritaire sujet de recherche.
Personne ne dit rien, personne ne lutte, personne de sérieux, de reconnu, d’élevé, de cultivé, d’élu s’il faut par des académies. Personne. Donc tout va bien, à part la vie, ses aléas.

La société se pense entourée d’un anneau de bienveillance, d’égards, d’une surveillance autorisée par elle-même, en laquelle elle aurait tant confiance qu’elle admettrait même que ses sagaces matons viennent fouiller son intimité, pour son bien. Une société totalitaire se désire baguée par l’État qu’elle installe, pour se croire unique, et suivie, étudiée, sans relâche aidée, améliorée, soutenue, tout son parcours reconnu. Jamais perdue, croit-elle. Jamais perdue. Sa confiance est si totale qu’elle est elle, tout entière, la société tout entière, et ainsi pour tout ce qu’elle peut exprimer, qu’elle n’exprime pas, puisqu’elle l’est déjà. Elle est l’anneau de surveillance, et elle est ses matons ; elle est son avenir, déjà, ne va donc au-devant de rien, elle pense son passé sans relâche disséqué et préservé, ne recule donc jamais, ne se retourne pas. Tout est connu, aucun mystère, sauf les aléas de la vie, peut-être.
 
Elle n’attend aucune sonnerie pour se ranger, se coucher, se lever, manger, se reproduire, s’aimer, elle est la sonnerie, perpétuelle, qu’elle se range, se couche, mange, se reproduise, s’aime ou pas, peu importe, elle est la sonnerie, une sonnerie absolue : réveil, récréation, cloches de Notre-Dame, un train arrivant en gare, mail, sms, des milliards d’appels et de notifications, four micro-ondes : la même sonnerie. Que la conscience sonne de façon distincte est une ineptie constitutionnelle puisque tout a et est même sonnerie.
Pour toute infraction à son immobilité : la vie, ses aléas. Le malheur, dont elle ne sait plus rien, ni général, ni privé, ni en paysage, ni isolé, puisque personne, jamais, n’en parle ou pour le louer comme un état stable, entériné, serein, médiocre donc normé, rassurant.

La conséquence au totalitarisme de la société la plus infime, évidente, et forcément très vite la plus vénéneuse à cause de son placement et de son pouvoir, est un Macron, à l’élection historiquement et sociologiquement, culturellement, sans aucun mystère et certainement pas la moindre stratégie, elle est, comme le reste, c’est tout. Un Macron qui est, en tout et pour tout strictement rien, juste une conséquence, mais laquelle, pourquoi, et pour quelles autres conséquences ?

Un tel état sociétal, ignoré de lui-même, leurré par un réseau fin jusqu’à l’atome d’interdépendances donc inscindables, donc justes, dont l’existence dépend de cette ignorance, devant lequel personne ne hurle d’effroi, personne ne panique, personne ne pleure, pour lequel personne ne parle jamais de changement ni de révolution tant l’absolutisme du « c’est comme ça » n’est même plus apparenté à de la « fatalité », tant l’avenir est déjà là et déjà oublié, tant ça fait si longtemps que rien ne sert à rien qu’on a oublié que quoique ce soit ait servi un jour : un tel état demande des décennies pour se mettre en place. Décennies à démultiplier par le nombre de générations sociologiquement distingables entre elles tous les 5 ans et à redémultiplier par les interactions entre chaque génération reprenant un écart parental.

La société totalitaire en France a mis 50 ans à se former, s’annelant sur elle-même, vers sa moyenne basse, inexorablement, et l’aide internationale à cette formation hélicoïdale est passablement faible. Le cas résulte presque uniquement d’une dégénérescence auto-immune.
50 ans concernent exhaustivement toute la population. 50 ans de vie adulte pour tous les babyboomers. En 50 ans, aucune voix dominante, ni intellectuelle, ni culturelle, soutenue par une autre médiatique, n’aura su analyser les causes, prédestiner les conséquences, braquer avant l’immense grincement des 15 dernières années annonçant une immobilité létale et l’exploitation conséquentielle logique d’un état sociétal au niveau du politique, sa traduction en régime totalitaire analysable comme tel sans jamais, jamais, le faire quitter son propre temps : le XXIe siècle. Une comparaison historique hors concept pure est nulle et non avenue.

Et soudain, les Gilets Jaunes. Soudain, 0,6 % de la population sort de la tornade fixe. Et la masse les regarde, les intellectuels, les artistes, les médias, apeurés derrière leurs propres barricades, adossés à leur cher vide, les regardent. Comme des extra-terrestres. Les médias n’ont cessé de titrer plus de dix mois : « À la rencontre des Gilets jaunes », sans comprendre, sans une réponse. Un mystère.

Si personne dans l’interstice sociétal intellectuel/culturel/médiatique ne savait qui était ces 0,6 %, alors qui sait qui sont les 99,4 autres % de la société ?

À demain.

*Article rédigé dans le cadre du challenge #INKTOBER 2019, détourné par PUCK_clairecros.com_17SWORDS.
Aujourd’hui THE OFFICIAL PROMPT LIST donnait le mot :
1_RING [anneau | bague | sonnerie | ring (boxe) | reseau ]
Demain :
2_MINDLESS [ stupide | abrutissant ]




2_MINDLESS
#INKTOBER2019 #MINDLESS
October 2, Official 2019 prompt list: 2_MINDLESS

Le Président abrutissant, farce en une scène.[2/31 #Inktober]

La culture intensive macroniste entraîne la déforestation du sens. Grammaire et dictionnaires partent en fumée, bibliothèques et murs muséaux s’effondrent, dans leur chute entraîne l’Histoire, aussi vite démembrée, écorcée, tronçonnée, transformée en tréteaux. La logique est pulvérisée en copeaux. Cette désertification durable n’émeut personne, pourquoi ?*

Quand les Gilets Jaunes sont apparus, les mots qu’ils ont dits, écrits sur leurs panneaux, cabanes ou gilets étaient peu nombreux, les lignes étaient droites sémantiquement, construites sans jeu : Je ne peux pas nourrir mes enfants avec ce que je gagne, je ne peux pas me payer un toit, je ne sais jamais de quoi demain sera fait : je n’en peux plus. Le discours Gilet Jaune était impeccable, froid, court et précis.
Pendant des mois, Paris a froncé, apeuré et ricanant, aboyant quelquefois : Que disent-ils ? Qui sont-ils ? Que veulent-ils ? Qu’est-ce que c’est ? Qu’on les tue, qu’on en finisse.
Abrutis par une incompréhension qui leur était impossible à relativiser, à gérer, abrutis par le silence face à eux, les Gilets jaunes ont commencé à hurler, pensant encore sainement à de la surdité. En face : Que disent-ils ? Qui sont-ils ? Que veulent-ils ? Qu’est-ce que c’est ? Qu’on les tue, qu’on en finisse. Et il y a eu l’humiliation de la violence gratuite, (et celle physique n’a pas été la pire), d’État, avant tout, parce qu’ainsi que les philosophes l’ont alors si puissamment expliqué : quand on n’a plus les mots, il y a la violence. Sauf qu’ils ne sont pas aperçus que c’était l’État qui n’avait jamais eu les mots, les élites dont eux-mêmes, la culture, les comédiens, les auteurs, les chanteurs, même le plus incompétent des bateleurs en général, dont le président.

À partir de là, imaginer la moindre stratégie de la part du président ou du gouvernement est folie décervelée.
On pourrait imaginer que pour ne pas entendre les Gilets Jaunes, pour ne pas leur reconnaître qu’ils étaient le sens même, pour ne pas voir l’incroyable espace historique comble que le mouvement avait d’un coup libéré à l’intérieur du vide totalitaire sociétal, on a biaisé : d’une part en les rangeant dans les extrêmes, les bêtes haineux, irraisonnés, irraisonnables, de tous bords, mais surtout, d’autre part, en leur demandant de se rassembler et s’élire, d’écrire des rapports, de présenter un projet, un Power Point boursouflé d’Excel, des études de leur propre marché afin de rendre complexe leur message, de l’industrialiser, l’administrativer, comme si sous un certain seuil de complexité enchevêtrée crénelée de hiérarchie sa compréhension était impossible, comme si, parce que hiérarchiquement hauts placés, les esprits n’étaient plus capables de communiquer avec « un inférieur », comprendre dix mots à la suite, formant une phrase correcte, d’un seul sens possible. Une flèche de sens traversant net le cœur de la France, dirigée sur l’avenir.
Mais croire en tel programme réfléchi signifierait qu’il y avait donc conscience de la nature de la parole des Gilets Jaunes et de ce qu’ils révélaient de l’état de la société tout entière, historiquement, donc qu’il y avait, déjà, antérieurement, connaissance réelle de l’état sociétal actuel et des raisons à cet état, et volonté de le dissimuler à tout prix pour x raisons.
Un scénario fictionnel, d’apprentis complotistes, donc évidemment faux.
Il y a eu violence parce que, réellement, crument, stupidement : IL N’Y AVAIT PAS LES MOTS. Aucune réponse, parce que les Gilets jaunes étaient 0,6% d’inconnus de 100% d’une société inconnue.

Le mouvement Gilets Jaunes aurait pu être figé dans l’instant de son déploiement ; tout le milieu intellectuel aurait dû immédiatement intervenir avant même qu’il soit question de prendre sa défense. L’apparition du mouvement était la chance unique de rendre limpide et enfin compréhensible la situation générale française ; c’était une ramure de démonstrations parfaitement organisées, déjà.
Ne serait-ce que physiquement, en se séparant de la société, en se mettant face à elle et dévoilant qu’elle ne regarde plus jamais rien que par son côté borgne, en désignant, même d’un poing, son absence, son silence, son immobilité, le mouvement Gilets Jaunes était « la » preuve.
D’un coup et d’un seul, le mouvement en appelait à l’intérêt de toutes les spécialités intellectuelles et convoquait tous les axes des sciences humaines, il avait pour lui l’antériorité historique, l’expérience littéraire, la démonstration artistique mondiale, et le tout séculaire.
Il n’y avait strictement aucun besoin de le sacraliser, d’en faire un poème hugolien de bazar, de le dramatiser en haut de barricades de papier mâché. Ce qu’il était, scientifiquement, suffisait amplement, naturellement. Il n’était ni à glorifier, ni à sanctifier, ni ridiculiser, finalement, en le rendant exactement ce qu’il n’était pas.
C’est la violence exercée qui a appelé une emphase très dommageable, vrai poison pour la vérité. On a pu se pâmer aux micros à parler de martyrs, et l’excès a ruiné le sens.

Mais le mouvement Gilets Jaunes avait aussi défriché un tout autre espace dont il avait l’exclusivité et il y en a un qui n’a vu que ça : l’espace de parole. Il lui fallait. Une scène gigantesque, tous les micros, toutes les caméras, pendant un temps artificiellement maintenu en vie à sa seule volonté, et il débrancherait tout uniquement quand il l’aurait décidé.

Le président a opposé à l’unifié discours Gilet Jaune un fracas bruissant, brouillon et insensé, démultiplié, étendu à la France entière. Il a écrit une lettre aux Français, de fautes d’orthographe et de grammaire, de contre-sens stupéfiants : « En France, le sens des injustices est plus vif qu’ailleurs. » « Comment ne pas éprouver la fierté d’être Français ». Cette lettre est toujours sur le site de l’Élysée, a été sujet des médias des milliers d’heures, personne, alors que tout reposait sur elle, personne n’aura seulement relevé qu’elle était écrite par un illettré.
Un grand débat a eu lieu qui ne comptait que pour le public et la claque. La crise des Gilets Jaunes, appellation elle-même hors de sens, devait se finir avec un discours inqualifiable sauf abrutissant, prônant « L’art d’être Français, une manière très particulière d’être ce que nous sommes ».
Un tsunami de mots, de formules, de phrases, tous les jours, partout, toutes plus incompréhensibles les unes que les autres, n’ayant jamais existé nulle part parce que fondamentamement n’ayant aucun sens, relayées à hauteur de toutes les chaînes privées, publiques, les radios, les journaux. Massivement, ça a été la ruée. Il n’en est rien ressorti.
Mais l’espace libéré par le mouvement Gilets Jaunes n’était plus que ruine.

Ils étaient là, adultes de 18 à 88 ans, ils avaient quelques mots, sonnés par leur propre énergie vouée à leur cause qui leur paraissait si évidente, ils sont restés dans leurs places fortes, hagards, insultés chaque jour, ignorés à un point lui aussi historique, parce qu’il fallait que le président s’éclate avec son jouet.
Ce n’était pas à eux, ça n’a jamais été à eux, à travers les siècles, de transcrire une cause en arguments lourds et démontrés, en concepts, pour la porter plus haut, armurée.

On pourrait imaginer que ceux qui auraient dû soutenir le concept seul de contestation, parce qu’il ne pouvait qu’avoir une essence réelle, vraie, impossible à nier, ont alors fait un choix et qu’en quelques semaines, tous les intellectuels et scientifiques, toute la « culture » française, ont laissé leurs propres institutions, mémoriaux, mausolées, musées, être rasées pour que s’étale avec jouissance, hystérie et gesticulation ahurissantes une stupidité publique impunie.

Sauf que non. Il n’y a pas eu de « choix ». En un trimestre, le président a pu s’offrir un pays entier d’abattis-brûlis où imposer sa culture unique parce que le pays était DÉJÀ couché et cendré, sauf les Gilets Jaunes. Les institutions étaient déjà dévastées. Le sens était déjà perdu.
Tout semble de droit, facile, évident, sans combat finalement, pour le président et ses patrouilles et ils s’en félicitent, y trouvent leur crédit, et mieux : leur justification, mais parce que, tout simplement, tout était déjà aplani, bien que personne n’entendait le silence alors.
Le président n’est là que parce qu’il abrutit une société déjà abrutie par elle-même. C’est là qu’il est à sa suite réelle, et qu’il provient bien de sa volonté, c’est ça qui fait qu’il n’y a pas d’opposition : le président abrutisssant n’a rien à faire que poursuivre l’œuvre même d’une société totalitaire, en toute impunité.
C’est la non-analyse de l’état de cette société, la non-dénonciation de son abrutissement par son propre silence, des sources de ce silence, la non-reconnaissance du seul groupe qui a su parler distinctement pour décrire ce vide, qui ont permis au macronisme de s’emparer d’absolument tout pour n’y planter, irrémédiablement, qu’un autre vide. Le projet « cap » macronien demande toujours plus de place, plus de place, plus loin, plus, plus, jamais assez de place, parce qu’avant tout il n’a jamais et n’existera jamais. Il est tellement grand, tellement vaste, qu’il lui faut plus de place ! Et c’est ça que chacun regarde, le désert grandissant tant l’œuvre sera immense. Mais jamais elle ne s’élèvera. Jamais. Il n’y a même pas le début d’un plan, pas même un croquis. Juillet 2019 « Il y a une aspiration à un sens profond dans notre pays et on ne l’a pas encore trouvé. »

Il est impossible qu’une farce pareille se mette en place en un temps aussi court en étant son propre auteur, décorateur, metteur en scène, ouvreur, maquilleur, éclairagiste, costumier, stratège ; tout ça demande des plans, une conscience élevée de la situation, une extralucidité, de la rage, de la puissance, une vision, une connaissance vaste du passé, une rigueur, et, si c’est une farce, une méchanceté, une détestation, un cynisme hors normes. Jamais, dans toute l’Histoire, ses qualités n’ont été utilisées pour la seule production d’une farce, jamais ses défauts non plus. Il n’y a que dans les fictions qu’on rencontre tel profil, ainsi le Joker de Batman. À nous, ici, on joue une farce parce qu’un histrion s’abusant lui-même a convaincu son monde qu’il menait un opéra.
Quel type de société peut confondre une farce et un opéra jusqu’à ses mélomanes, jusqu’à ses docteurs en Lettres, jusqu’à ses intellectuels ?

On croyait qu’il restait à la société française, il y a encore deux ans, quelques lois semblant pour toujours à l’abri, et immuables, chênes millénaires, magiques : le sens du langage, la valeur d’une expression, la définition des mots, la rigueur historique de la culture, sa grammaire, sa conjugaison, l’intelligibilité de sa littérature, de sa poésie, l’harmonie de siècles de production artistique uniquement basés sur la valeur sèche d’une matière, les mots, leur sens. 2017 a confirmé sa disparition, d’où tel président. Il n’a pas abattu le sens, il l’était.
Ce qui laisse supposer que voilà un moment, non-analysé, que la société française n’avait plus besoin, pour s’exprimer, de l’art et que l’art même ne s’occupait plus de l’exprimer, que la parole était déjà vaine, sans doute l’écoute aussi, qu’il n’importait plus à personne que les mots s’architecturent, ni à l’écrit, ni à l’oral, même à la science, que la logique s’était estompée sans que ça gêne grand monde, ni ne manque, que l’imprécision était tolérée, pour tout, que nul élève n’était plus tenu d’écrire dans un français correct pour que ses idées soient notées, ni personne d’avoir lu quoi que ce soit pour prétendre écrire.
…Attendez, pas la peine de supposer, c’était la réalité.

 « Comment ne pas éprouver la fierté d’être Français ? » avait toujours signifié et uniquement signifié, tous les dictionnaires unanimes : « Comment ne pas mettre à l’épreuve la fierté d’être Français ? ». Qu’on brûle ces dictionnaires.

L’Histoire tourne, il faudra bien, un jour, ressortir les discours, les écrits, les communiqués, et se justifier, devant elle, d’avoir, ne serait-ce qu’une seconde, cru qu’ils contenaient le moindre esprit. Il faudra s’en justifier, ou assumer les conséquences et avouer un temps d’une lâcheté, d’une trahison, d’une stupidité inédites.

À demain.



*cet article fait partie d’une série de 31 commencée le 1er octobre, dans le cadre du challenge #INKTOBER 2019, détourné par PUCK_clairecros.com_17SWORDS.
Aujourd’hui THE OFFICIAL 2019 PROMPT LIST donnait le mot :
2_MINDLESS [stupide | abrutissant | gratuit (violence) | irraisonnée | incompréhensible]
Demain :
3_ BAIT [appât | amorce | leurre | tentation]


3_BAIT
#INKTOBER2019 #BAIT
October 3, Official 2019 prompt list: 3_BAIT

L’amorce de l’avenir : mordre ou ne pas mordre ? [3/31 #Inktober]

Ne mordez pas. C’est un leurre.*

Cet article forme un triptyque avec le 4/31 et le 5/31.
Le concept de Présent éternel a été développé en 2004, reçu par un désintérêt total, ainsi qu’il le devait, donc validé. Il est la première démonstration de l’affirmation elle-même inédite : « Nous n’avons pas atteint notre contemporain » où le contemporain serait la « somme des acquisitions comprimées » à travers les siècles, reconnue universellement comme tendant vers l’idéal de l’humanité, pour son bien et celui de chaque individu, humain ou non. Ce n’est pas un espace accessible, pas plus un rêve concevable, c’est un point de fuite, mais la direction donnée, ainsi que l’aiguille d’une balance, autorise une lecture critique et analytique, et des propositions pratiques de rééquilibrage permanent de la réalité, de l’actuel, du temps dans sa distance et son volume à un instant t, un rééquilibrage qui ne se jouerait pas entre deux plateaux, mais des milliards.


0% de candeur dans l’affirmation « Nous n’avons pas atteint notre contemporain » étant donné qu’elle appelle avec essentialité un réalisme cruel, qu’elle convoque une multitude de savoirs, place le doute comme garantie absolue et demande à la conscience un effort dont les plus grands sages sauraient sûrement dire qu’il est inhumain. Ce n’est pas pour rien que cette affirmation concerne l’humanité, c’est qu’il faut bien le talent de l’humanité, d’un ensemble de générations, dont celles disparues, pour prétendre l’utiliser. Dans cette entreprise, l’A.I. a son plus beau rôle à jouer.
Nous n’y sommes pas, et nous y sommes déjà, depuis toujours, mais peut-être que, jusqu’à nous, il ne s’agissait que d’un phénomène naturel, ou alors nous y pensions ponctuellement, lors de grands désarrois, ou plus religieusement, même, afin de reprendre espoir, sans parler de sa version passeport dans les sectes ; c’était aussi juste un sentiment, un peu irréfléchi, une sorte de bon sens, ou inconsciemment : la programmation génétique pour notre propre survie, ou de l’instinct. Mais notre époque est la première à devoir rendre cet instinct mathématique, à devoir produire une thèse autour de cette affirmation, à la constituer extérieure et matériellement et peut-être même à devoir l’élever au rang de loi, évidemment inclassable.

Le contemporain en question n’est pas un « avenir », c’est un temps déjà là mais dans lequel on ne vit pas et que, conceptuellement, on doit tendre à obtenir, à construire. Il est forcément composé d’éléments connus, vécus, surexposés à toutes les alarmes, destructions, massacres, il aura survécu quoi qu’on ait tenté de lui opposer. Son imago apparaît déjà dans l’Histoire, dans un temps comme la Renaissance. L’objet de l’article n’est pas encore ce « contemporain » mais juste ce que sa teneur dénonce qu’il manque au temps que nous vivons, ou trahirait ce qui, dans ce temps actuel, nous empêche de l’atteindre. Par exemple, en premier lieu, « simplement » ne rien savoir du temps que nous sommes en train de vivre. Il est strictement sans analyse, depuis des décennies. Nous vivons un Présent éternel.

Nous avons fait que notre époque n’en finisse plus d’atteindre des extrêmes, de rentrer dans un mur qui recule plus elle avance, son front tapant contre. Nous avons mis au point, en 50 ans, et sans doute plutôt 80, un temps qui ne « serait » plus que source d’angoisse, avance et pourtant se ressemble, ne produit plus de futur qu’un leurre de com’, que de l’urgence réglée en la noyant dans les médias, que perspectives d’efforts, privations, drames, mutations comme des chantages, où qu’on pose les yeux, quoi qu’on touche, rêves ou actes, tous coupables. Des ouvrages internationalement lus ont pris le risque intellectuel de la « fin » avec irresponsabilité, renvoyant le monde, à bout de progrès, dans un temps où une éclipse terrorisait. Les sociétés sont à ce point perdues en elles que certaines, dont magistralement celle française, ne temporise plus rien en tenant compte de qui le perçoit et comment, et une affaire d’adulte devient l’affaire de tous ; le poids à supporter est le même qu’on soit âgé ou juste né.

Rien que dans ces paragraphes, on lit que l’horizontalité gagne ; de force le vocabulaire utilisé est plan : le même succède au même, le mur reste frontal dans une translation invariante, la noyade se place sous l’horizon, les poids sont répartis à égalité ; il n’y a aucun axe, certainement pas de tangente, il n’y a pas d’architecture, il n’y a donc quelque part pas de lieu, tout est nulle part, pas d’intersection, pas de choix, pas de doute, pas de tentative, pas de possibilité de revenir sur ses pas, pas de haut, pas de bas, pas d’arrière-plan définissable par un premier et inversement, pas de vertige, pas de colonne d’air, pas de loin, pas de près, pas de décomposition de la lumière, pas d’ombre non plus. C’est inhumain, au sens premier : ce n’est pas humain.
En 50 ans [et toujours sans doute plutôt 80, mais c’est un autre sujet] nous avons créé le Présent éternel, un temps insupportable, invivable, sans direction, ou une seule, stérile parce que le temps s’emporte sur lui-même, et ainsi tourne et s’enfonce, dont s’échapper est une histoire de survie, mais dont la nature insensée n’est pas dénoncée. Imaginez ce dont je parlais dans le 1/31 : une tornade fixe, la puissance d’un flux contre lequel lutter est impossible, une force d’aspiration colossale, et pourtant : immobile. L’image est difficile à penser, et c’est tout le problème de ce temps-là : IL NE PEUT PAS ÊTRE PENSÉ SIMPLEMENT.

Donc évidemment, quelconque parole, ou geste, faits de segments courts, d’une compréhension immédiate, ne peut que faire partie du Présent éternel, et quelconque tentative de faire admettre que ce temps ne cessera qu’à la condition qu’on y convoque la complexité est vouée à l’échec. La simplicité est de l’ordre de l’ultime production humaine mais absolument pas son essence. Nous sommes complexes à l’infini et nous pouvons produire de la simplicité grâce à notre complexité, mais l’époque le nie. Et elle l’a nié avant d’inventer la vitesse comme mode de vie occidental, c’est le court qui a engendré la vitesse, la vitesse n’a jamais rien raccourci.
Même de l’A.I. on attend déjà de la simplicité, et qu’elle nous simplifie la vie, alors que sa nature même n’annonce qu’un développement inextinguible de complexité vers la complexité jusqu’à ce qu’elle atteigne ce que seule la fiction pour l’instant a mis en œuvre pour elle : la simplicité. Elle saura, elle, d’où vient cette simplicité, incapable en elle-même d’oublier les milliards puissance milliards de calculs qui l’auront amenée à elle, qui même relevant de 0 ou 1 aura un background indissociable colossal, impensable humainement. Le coup cuculapraline de lui faire trouver l’ammmouuur comme réponse à tout sera affaire du « nombre humanité » en données, et elle ne la trouvera pas, on peut supposer qu’elle décide qu’il s’agisse plutôt …d’un point de fuite, une direction, rien de rond, déterminé, simple.

Le refus de la complexité est responsable d’un nombre épouvantable d’inversions de causes à conséquences, et leurs désorganisations insensées ne sont pas innocentes, loin de là, dans la constitution du Présent éternel. L’homme y est un certain monstre malhabile, ses pieds, par exemple, tournés vers l’arrière, et il marche pourtant, vers où le porte son regard, donc où on lui dit de regarder. Le poids de l’expérience n’est plus, car réparti entre les êtres, tous, ainsi les chefs d’État n’ont jamais rien vécu, ni souffert, des enfants vieillis, des enfants insupportables qui savent mieux que tous, impunis, et ainsi les enfants, de 0 expérience, parlent comme des vieillards séniles et tous les écoutent, ils dictent des lois de deux lignes au monde et le monde suit. La confusion est grande et ainsi on confond complexité et nombre ou nombreux, ce qui n’a rien à voir, on confond aussi simple et unique ou facile, ce qui encore est sans lien.

Les dissidents de cette simplicité, et qui, du coup, qu’ils le sachent ou non sont donc vecteurs de complexité, ou l’appelle, sont rabattus dans le sens de la marche et s’ils résistent, on les frappe, en France, à Hong Kong, ailleurs. On a demandé aux Gilets Jaunes d’élire des représentants, de pondre un programme, une charte, quelque chose de concis et leur complexité a été jugée cacophonie.
Le milieu intellectuel et culturel français n’est certainement pas le plus insignifiant des rabatteurs, et il sait frapper malgré sa niaiserie molle devenue la norme à Paris. Sa façon de tapoter avec un sourire de nain de Disney pour forcer à rentrer dans le rang courbe vaut de se prendre un dix tonnes dix fois.
Tout le système politique est atteint de simplicité et l’effervescence médiatique n’est que nombreuse, pas complexe. Aimer est devenu ça marche ou ça ne marche pas, sans enjeu, ni toile, ni architecture. Sans complexité, le désir n’a plus aucun espace, pas plus l’érotisme. Ni l’art. On cherche aussi, toujours en France, à faire plier toutes les religions pour qu’elles dépassent leur propre marche historique, dont on sait pourtant qu’elles n’ont pas le même départ, pour qu’elles se mettent quand même au pas du Présent, ce dont elle sont incapables, alors que se mettre à celui du contemporain est évident.
L’Histoire elle-même ne tiendra pas si elle doit céder au court, la mémoire collective ou individuelle n’y aura plus de nécessité réelle. Mais la longueur du Temps n’est plus admise, il est rabattu lui-même et n’a plus droit à un ECG fou et admirable. Tout doit être lisse, réellement, et malheur à quiconque, surpris, qui dira que la complexité sait l’être aussi, lisse.

Le temps passe dans ce Présent éternel. Il passe, c’est tout. Sans tenir compte de lui, et encore moins de ses habitants. Il y a bien la conscience mondiale que quelque chose doit s’arrêter, celui-ci parlera du consumérisme, et l’autre de la surindustrialisation, celui-là de la surproduction. Il y a bien, en pendant, l’autre conscience que l’avenir serait d’une tout autre matière que celle du présent et que le passage de l’un à l’autre tient de la frontière parce qu’il y a urgence menaçante et horrifiante, donc aucune longueur qu’horizontale qu’on longe ou qu’on traverse, c’est 0 ou 1, 1 c’est l’avenir. Tout le monde veut un avenir. Il était de droit, à présent : il a des conditions. Il y a bien, depuis peu, la vision internationale de deux temps distincts tant l’un ne saurait provenir de l’autre. La tendance actuelle est de prophétiser sans grande invention la fin du monde, avec un ridicule essoufflant, d’en menacer chacun, et la propagande qui s’est répandue est que l’avenir, notre avenir, l’avenir de tous, dépend de chacun, le poids réparti, unilatéralement, d’un vieillard à un nouveau-né. Voilà l’appât : 1 : sauver la planète. Voilà le seul avenir possible, 1, car sans sauver la planète, plus d’humanité : 0. C’est simple, hein, dit comme ça. C’est facile à comprendre, quand même, dans toutes les langues. 0 ou 1. C’est tellement simple que tous les enfants le comprennent, et mieux que leurs parents. C’est trop mignon, tous ces enfants qui vont sauver leurs parents et leur apprendre à vivre autrement.

Dans le Présent éternel, l’appât, c’est l’avenir. L’appât est gigantesque. Le Temps même ? Le passage d’un temps à un autre ? Ou nous mourrons ? L’appât, c’est survivre. L’appât, c’est nous, nos propres vies, soudain toutes réglées sur le même temps, vieillards et bébés, même poids de conscience, même expérience, mêmes connaissances.

Le dernier-né du Présent éternel, « l’avenir », n’a rien à voir avec le futur. C’est un compresseur faramineux qui écrase toute la tessiture de toutes les sociétés sur une seule ligne, qui condense l’Histoire en une dernière chance de continuer. « L’Avenir » est « la » simplicité ultime. La jeunesse se détache des us et coutumes de ses ancêtres (papa et maman), pour se livrer mentons hauts à d’autres choix de vie. Cette jeunesse est l’avenir, tous nous devrions l’écouter. Elle ne sait rien, aucune culture, aucune connaissance, aucune expérience, elle va si bien avec les chefs d’État qu’elle exècre, et elle a son petit livre vert qui illumine son peuple, elle est nimbée d’une conscience translucide, elle n’a pas connu le mal, elle, au moins, et ne le fera pas. Son corps et son âme sont neufs, une génération spontanée, elle réinventera le monde, d’ailleurs. L’avenir, c’est donc la jeunesse ? …Laissez-moi réfléchir.

La jeunesse ? La jeunesse ! On se rue tous sur l’appât, pour le dévorer, chacun ; il y en aura pour tout le monde si tout le monde va dans le même sens. Puisque la douleur est niée, personne ne sent l’hameçon percer. Et le Présent mouline, fixement, ramène sa proie vers l’intérieur.
L’unique façon d’éviter ça, …et au passage, qu’on se rassure, de sauver la planète, parce que c’est indissociable, c’est de ne surtout pas mordre, de s’arrêter et d’étudier de quoi est faite cette amorce, de considérer mieux sa forme, s’apercevoir qu’elle parle, pense, bénéficie d’une culture considérable, a des siècles d’histoire, une expérience inquantifiable, a été célébré par des siècles d’art, souffre à hurler accrochée à l’hameçon, sait comment et pourquoi elle s’y est retrouvée accrochée, ne désire que s’en arracher, quitte à plus de douleurs encore, pendant un moment, d’efforts inouïs, à parier qu’elle guérira, qu’elle vivra longtemps. …Ce serait drôlement bien que ça arrive avant que la propagande suivante soit de vanter que l’humain est 100% bio.

La nature, le monde animal, l’univers humain, sont d’une complexité absolue, le moins qu’on puisse pour les sauver, tous, c’est de la respecter. Il y a un truc simple à comprendre: la complexité intègre la simplicité d’office. La simplicité n’a qu’elle ; une fois gobée, plus rien. Il est aussi assez simple de comprendre que lorsqu’on a mordu l’appât, on le devient et on espère alors être regardé, pour ce qu’on est, par celui qui voudra nous dévorer. Le plus souvent, dans le Présent éternel, c’est soi-même, et on s’ignore. Sort of soft human-baiting.
Enfin, il vaut mieux parler de l’avenir que du Présent, parce que dès qu’on essaie, on se fait ou exiler, ou tabasser, ou les deux. Ou tuer.


À demain.



*cet article fait partie d’une série de 31 commencée le 1er octobre, dans le cadre du challenge #INKTOBER 2019, détourné par clairecros.com | puck.zone | 17SWORDS | PUCK sur YouTube
Aujourd’hui THE OFFICIAL 2019 PROMPT LIST donnait le mot :
3_BAIT [appât | amorce | leurre | tentation]
Demain :
4_ FREEZE [gel]



4_FREEZE
#INKTOBER2019 #FREEZE
October 4, Official 2019 prompt list: 4_FREEZE

Gel de l’analyse critique, jusqu’à quand ? [4/31 #Inktober]


Le gel de l’analyse critique dure depuis 50 ans, sans doute plutôt 80. Cette distance-temps explique que plusieurs 50 ans ou plus de vies intellectuelles parfaitement immergées dans tous les médias n’aient aucun escalier argumentatif de cause à conséquence à monter et descendre afin de proposer ne serait-ce que le début d’une thèse pour expliquer le présent.

Je veux croire qu’il persiste conceptuellement, en France, une ligne qui est infranchissable dans l’espace médiatique : l’invention, ou s’en est fini de la liberté de la presse, même si elle a déjà perdu une main et que l’autre est semi-entravée, donc que si l’information, dont celle issue du monde esthétique ou des idées, n’existe pas, on n’en parle pas.

Il y a l’air du temps, le « c’est comme ça », les travers systématiques du jeu médiatique comme copier sur le voisin, l’inondation de tous les écrans par un seul sujet pour masquer un vide ou de l’incompétence, l’incident, la révélation, l’enquête qui changent un temps le rythme et s’éprennent de sérieux, et le tire-à-la-ligne : okay ; il peut y avoir les pressions des actionnaires, du Pouvoir, des personnalités bornées, une emprise générationnelle étouffante, un manque de culture : okay. Le ridicule d’une salle de rédaction quasi vide, où quelques parasites inoccupés parlent bas, l’air concentré : okay ; la lâcheté, l’hypocrisie, une incompétence hilarante, la paresse : okay. Il peut y avoir la pourriture molle parisienne et sa tendance actuelle, assez bête, son humiliant air surpris pour tout : okay. Il y a la distorsion pathologique des sujets, quiconque aura « été dans le journal » le sait, et l’incapacité chronique à seulement reproduire les faits, même concernant un concours de confitures bio : okay. Le côté charognard, le manque de conscience, né trois jours avant la honte : okay. « Ils savent, mais ils veulent pas nous dire. Ils disent bien c’qui veulent.» C’est ça, ouais, ils sont dieu : okay. Et on connaît la désespérante illusion que donnent les médias d’être désincarnés et de flotter au-delà de tous les sujets traités, de les oublier en 3 heures, comme s’ils n’étaient jamais humainement concernés par rien ; les plus faibles de leurs rangs croient ainsi en une sorte de pouvoir et le font sentir, c’est pathétique et risible, mais lutter contre ça le serait encore plus ; cette mascarade est irritante, lassante, mais chaque milieu a la sienne. Les médias encaissent la détestation voire la haine, et le dégoût qu’ils inspirent sans le moindre problème. Donc : okay, okay pour tout ça. On s’en fout, c’est du standard depuis la naissance de la presse.

Je mets volontairement à l’écart la concurrence des médias avec les réseaux sociaux, qu’ils soient sources ou désinformations, et la concurrence des médias français avec les médias internationaux consultables directement, sans plus vraiment de nécessité de traduction ou d’interprétation, même si ces deux concurrences ne concernent pas encore les mêmes strates sociétales.

Quoi que le milieu médiatique croie, et quoi que le public croie de lui, l’omniscience médiatique n’existe pas, pas plus son omnipotence, encore moins sa domination, mais surtout, le milieu médiatique tout entier n’est pas à l’abri de sa propre époque. Il n’est pas immunisé contre ses poisons lents. Et puisqu’il n’a pas le droit d’être visionnaire et doit rester frontal à un temps assez sèchement immédiat. Il ne peut pas importer dans sa propre matière une vue globale, une synthèse analytique qui lui ferait condenser des compétences professionnelles impropres, intolérées par les siennes, voire nocives, voire traîtres. Il sait pourtant, à s’étudier lui-même depuis le début de son existence, qu’il est tout autant victime des modes, des courants lourds mais invisibles, parcourant la société, qui l’imprègnent à un tel point que ce n’est jamais un sujet en soi parce que « c’est » soi et qu’un journaliste n’a pas à dire « moi, je » si dans « je » il induit « suis », ou « pense que », si dans « moi », il y a sa vie, son expérience.

Le milieu médiatique s’est donné des règles, internationales, et elles sont connues et admirées, les fictions en raffolent et les mutent en héroïsme, ce sont elles qui garantissent les contenus, un garde-fou, parfois les professionnels qui les défendent sont menacés, blessés, emprisonnés, ou meurent pour elles. Les démocraties protègent ses règles, constitutionnellement.
Ces règles retiennent les médias de s’inventer historien, psychanalyste, intellectuel, auteur, sociologue, scientifique. Par contre, les médias relaient les produits de ces derniers. Quelques spécificités professionnelles flirtent depuis un moment avec le journalisme, sous le titre d’experts, comme les économistes, les politologues, mais ce que le journalisme et ses règles leur demandent est l’apport de leur compétence dans une lecture de situation, une analyse, pas une opinion ou sous la forme attendue du doute.
L’analyse critique, engagée, ne peut qu’être externe à quelconque staff médiatique.

Une zone, dans les médias écrits, est réservée à un exercice moins normé : l’édito, quelques lignes plus investies, plus globales, personnelles, aussi, avec modération, mais dont l’essence répond toujours à l’esprit, à la charte éthique du média, connus, comme sa teinte politique. Ça n’en fait pas un lieu de dissertation longue, ça n’en fait pas une étincelle qui mettra le feu aux poudres, pas un pavé dans la mare. L’édito n’a pas vocation à l’envergure, à l’analyse critique, il n’est pas armé pour ça.

Ces paragraphes uniquement pour dire : on sait qui, comment, sont les médias. Ce n’est pas le problème « pour l’instant ». Ici, il faut accepter de les voir avec un réalisme disons angélique, tenus par une sorte de serment de vérité et ayant porté allégeance à la preuve et la connaissance. Il faut accepter de tous les rassembler sous la devise Democracy Dies in Darkness (Washington Post’s Motto) Je suis certaine, parce que nous sommes en 2019 et pas en 1919, que Karl Kraus lui-même, (oui, rien que ça, [c’est rien, une private joke.]) validerait qu’on doive admettre cette hypothèse, où jamais aucune démonstration ne sera possible.

Bien.
Donc, à présent, tout le monde acceptera d’entendre sans hurler que 1— les médias ne sont pas responsables d’un « manque » quelconque dans leur contenu parce que 2— ils ne vont pas « inventer » ce qui n’existe pas, sinon 3 — ils failliraient totalement à leur nature en s’érigeant producteurs d’idées.
Pour preuve, depuis peu, certains médias sont sortis de leur frontalité et il leur est poussé une proue, bavarde, investie avec une certaine outrance, primitive dans ses pulsions, d’un engagement grossier et has been et dans l’instant les médias concernés ont vacillé, ont crispé, certains au bord de la mutinerie, il y a eu des scissions, et le public cille. Mais d’un autre côté, le même public a révélé qu’il avait besoin de ce type d’investissement, qu’il appréciait cette montée au créneau. Pourtant, il est à supposer qu’il reste sage et prudent et qu’il sache douter que ce soit le rôle des médias de prendre telle forme, « l’engagement ». Il y a une incompatibilité telle que le public croira plutôt à une personnalité immature, un ego qui désire les projecteurs, et ça finira par le faire douter de tout ce qu’il entendra. L’esprit d’un média ne doit pas s’incarner, sinon il se dogmatise, finit par décider de la vérité. Dans ce cas, mieux vaut fonder une secte ou un parti politique que prétendre, même sous un voile idéologique, informer.
D’autres médias semblent terriblement tant vouloir démontrer qu’ils sont indépendants et respectent leurs propres règles qu’ils ne cessent de le répéter, comme pour se persuader, le mette en forme, et encore, et encore avec de plus en plus d’emphase maladroite et plus ils le font, plus ils laissent suspecter que leur propre fondation est en train de leur échapper. C’est toujours très mauvais d’en être à seulement parler de la forme, de vanter ses outils, de les recompter et les exposer, au lieu de les utiliser. C’est suspect. Et le public est en train, aussi, d’enfin réagir à cette embrouille formelle. Elle lui déplaît réellement et il le fait savoir.
Quelque chose déconne, chez les médias, même une fois qu’on a posé l’hypothèse de leur valeur intrinsèque épurée. Ils sont victimes, ils sont malades. Ils sont atteints comme toute la société française, dont, ne leur déplaise, ils font partie. Et ils sont comme elle : immobiles, à peine oscillants, sans réponses, sans analyses. Quelque chose déconne absolument partout et chez tout le monde, dans toute la société et strictement tous ses composants, tellement partout, de façon si totale, qu’il est largement envisageable que personne ne le voie, le comprenne encore moins, ait les moyens de son analyse : jamais. Les médias n’ont aucun des moyens de cette analyse.

Même s’ils étaient conscients plus finement : produire une série d’articles ou même rédiger un édito faisant le simple constat que l’analyse critique n’existe plus en France serait en dehors de leurs prérogatives parce qu’ils seraient sans preuve de ça, parce que ce n’est pas « informer », parce que ce n’est pas apporter une connaissance. Même en considérant qu’ils tentent de dénoncer une « obscurité » grandissante et quelque part demandent de l’aide pour rétablir une « mise en lumière » qui leur semblerait manquer : il n’est pas de leurs prérogatives de juger de cette obscurité ni d’inciter à sa critique. Qu’une foule entière, quelque part, hurle que tel homme est un tyran, il faut aux médias des preuves, pas un « sentiment ». Si le « sentiment » même n’est pas hurlé, si informe, si trouble, si perdu, qu’il ne parvient pas, seul, à trouver les mots, les médias, encore moins, les trouveront, le relaieront. Alors si ce « sentiment » est définitivement de l’ordre de l’inconscient, une maladie auto-immune inconnue, si pour se développer il aura mis 50 ans, s’il est plus vieux que bien des générations, s’il est tant dans la vie de millions de gens, nés avec, et qui l’ignorent totalement, peu importe que les médias soient en droit ou pas d’en parler : eux-mêmes en ignorent tout.

Le 13 janvier 2018, dans l’émission Répliques, où Finkielkraut recevait Luc Ferry et Brice Couturier, les deux « « philosophes » » [ :D] se sont posé la question « Comment on en est arrivé là », le « là » étant indéfini, soit universel, la réponse a été « Ah ! On ne sait pas. L’avenir le dira !», Ils se sont posé la question « De quoi demain ? » la réponse a été, riante :  « Ah ! Ça ! Si on savait ! », ils ont interrogé Brice Couturier : « Vous pensez que Macron a une philosophie ? » Réponse fervente abondamment positive : « Macron a une philosophie, Macron a un cap ! »
« On ne sait pas. L’avenir le dira. » Quel avenir ? Celui évoqué dans le 3/31 ? Deux « « penseurs » de bientôt 70 ans, 50 ans de vie consciente, adulte, « On ne sait pas », accrochés à toutes les tribunes médiatiques depuis des décennies, au Pouvoir pour l’un : « On ne sait pas. », décidant de chacun de leurs sujets d’émission ou de livres, libres, absolument libres du déploiement de leurs idées, de leurs recherches, de leurs centres d’intérêt, depuis 50 ans, depuis leurs postes et statuts : « On ne sait pas. »

Les médias n’ont pas à viscéralement être révoltés de cette réponse ni, donc, à dénoncer la monstruosité du rire l’accompagnant. Ce sont d’autres intellectuels qui auraient dû réagir. Mais lesquels ? Sortis d’où ? De quel cursus ? De quel âge ? Travaillant où ? Pour qui ?

Janvier 2018 : « On ne sait pas. » : aucun sursaut intellectuel.
« Macron a une philosophie, Macron a un cap. » : aucun sursaut intellectuel.
17 novembre 2018 : début du mouvement Gilets Jaunes. Aucun relais intellectuel.
Utilisation de la force, débordements, humiliation : aucune réaction.

Ce qui n’existe pas c’est une analyse de la situation, en France, depuis 50 ans. Mais avant elle, ce qui n’existe pas, ce sont les intellectuels capables de la faire. En tout cas, ils ne sont pas identifiés, ils ne communiquent pas, ils sont anonymes.
Donc avant eux, ils manquent de déterminer qu’ils manquent, et avant ça, d’expliquer pourquoi ils manquent, et donc, de trouver depuis quand ils manquent.
À nouveau, ce manque ne peut ni être dénoncé, ni être expliqué par les médias.

Le volume contestataire depuis un an est incroyable, mais il ne produit qu’un silence médiatique et à peine un murmure public et cette différence sonore ne peut être dénoncée ni expliquée par les médias. L’ingérence et l’errance intellectuelles sont optimales, mais ne peuvent être dénoncées ni expliquées par les médias. L’ingérence et l’incompétence d’État ne peuvent être dénoncées ni expliquées par les médias.


Alors je le dis : le gel de l’analyse critique dure depuis 50 ans, sans doute plutôt 80. Cette distance-temps explique que plusieurs 50 ans ou plus de vies intellectuelles parfaitement immergées dans tous les médias n’aient aucun escalier argumentatif de cause à conséquence à monter et descendre afin de proposer ne serait-ce que le début d’une thèse pour expliquer l’époque juste actuelle.
Les conséquences du gel de l’analyse critique sur une période aussi énorme deviennent enfin visibles et non niables à l’œil public mais sont encore démenties par l’État. Elles sont des catastrophes naturelles et elles vont augmenter en nombre et en ravage. Elles mettent en danger chaque être encore enfant aujourd’hui et ne promettent pas un monde viable, humainement, pour ceux à naître. Elles sont déjà la cause de la disparition d’un grand nombre d’années sans la moindre joie chez des générations entières, elles ont sectionné des mains, énucléé, tué. Elles sont responsables de la rupture bientôt consommée avec le désir, du désenchantement, de l’angoisse terrible, de la dépression de la jeunesse sur les 20 dernières années, du martyre que subissent presque toutes les familles dans leurs heureux jeux de scission démultipliante. Elles sont la seule raison de l’effondrement des partis politiques, de l’élection d’une farce à la présidence, de la perte du rire, aussi, en voie d’extinction. Toutes les conséquences du gel de l’analyse critique, celles qui devaient être liberté, sans entraves, sont des drames. Toutes. Elles ont construit une société totalitaire et ainsi mis en place un régime totalitaire, elles ont tant rendu médiocre la Culture qu’elle a emporté avec elle l’Éducation. Elles s’auto-alimentent, s’auto-régénèrent, s’auto-argumentent pour se renforcer et progresser, s’étendre, sans aucun, aucun, aucun contre, celui donc le public, très affaibli, perçoit vaguement, mais sans même plus pouvoir lui donner un nom, l’absence.

Il n’y a plus aucun contre en France, conséquence magistrale au gel de l’analyse critique. Il est d’une urgence cruciale d’assister à sa fonte et d’espérer qu’elle entraîne des ras de marée d’énergie, des ouragans de volonté, des changements drastiques dans les modes de vie. Notamment plus de bonheur. Et avant tout, un soulagement, pour tous, parce que ce serait la fin de ce putain de Présent.

À demain.



*cet article fait partie d’une série de 31 commencée le 1er octobre, dans le cadre du challenge #INKTOBER 2019, détourné par clairecros.com | puck.zone | 17SWORDS | PUCK sur YouTube
Aujourd’hui THE OFFICIAL 2019 PROMPT LIST donnait le mot :
4_FREEZE [gel]
Demain :
5_ BUILD [construire | bâtir | fonder | fabriquer | construction | carrure]




5_BUILD
#INKTOBER2019 #BUILD
October 5, Official 2019 prompt list: 5_BUILD


Construire le rire pour détruire le macronisme. [5/31 #Inktober]

J’écris ce titre en espérant que les meilleurs cœurs, ni les plus lettrés ou scientifiques, mais les meilleurs, pleins encore, immédiatement comprennent, sans pouvoir disserter dessus, mais comme un coup, comme un doute sain, avec un indicible effroi. Pour les autres : le rire ne se construit pas. Voilà où nous nous sommes conduits, à devoir bâtir ce qui nous était constitutif. C’est insensé.

Je ne lis plus, concernant le thème Macron, que les 400 premiers caractères des articles, j’apprécie Twitter pour ça. Sans ironie. Je ne juge pas la recherche du travail proposé d’après un chapô ni un paragraphe mais je sais si le sujet sera traité dans le plan ou l’espace, pour l’instant ou sur une distance-temps. Si le traitement est plan et de l’instant : continuer à lire est inutile.

La critique du macronisme et de son macron, un accent plat, est abondante, une déferlante quotidienne, partout, la cohue dans les corridors et antichambres des médias, comme ici, dans les blogs Médiapart, sur les réseaux, chez les néo-para-médias, les vrais, les faux ; la palette des teintes politiques et idéologiques qui s’opposent à l’omnichromie macronienne est presqu’exhaustive. Les auteurs, de même, à eux tous, utilisent toute la tessiture du potentiel de la langue et de ses registres, de la tragédie emphatique à l’humour vulgaire, du pamphlet ridicule à la rigueur la plus pénible ; le qualitatif de même passe par tous les degrés, de sale et lourd à subtil et pédant. Les signatures vont de n’importe qui à quelques noms de 5 décennies de carrière publique passablement insipides et incompétentes puisque nous en sommes là.
C’est faramineux, assourdissant, mais l’ensemble n’est qu’une décharge, et on peut fouiller : il n’y a rien à sauver, rien à recycler. La masse est immense, impressionnante, mais au final : rien. Et d’ailleurs, elle ne fait poids nulle part. Quelqu’un peut me contrarier sur ce dernier argument ? Je ne crois pas.

Les tentatives d’articles ont dû régaler leurs auteurs, ou leur coûter beaucoup de concentration. Le Nouveau Roman a persuadé bien trop de gens qu’ils pouvaient devenir auteurs, mais le macron et son lyrisme immature a fait incroyablement pire, à croire que toute la société est journaliste et critique, politologue et économiste. Les professionnels de ces branches n’ont pas aidé à freiner ses vocations à ne jamais marger suffisamment avec n’importe quel argument de comptoir, mais sans aucun doute, cette fois, tout est là, dans ce manque d’écart-type, dans le manque de niveaux distinguables dans cette construction informe de la critique, de soft à hard. Dans l’absence caractérisée du rire.

Tout est là, dans la masse, dans son instructure, formelle et de fond. Toute la société totalitaire se révèle bien, là : n’importe qui parle, n’importe qui se croit n’importe quoi, la preuve : le président. Il n’y a plus de jugement, plus de reflet, plus de notes, plus de classement. Il n’y en a plus besoin. Tout se fait dans la masse et tout est équivalent. Tout se vaut, rien n’est éjectable, classable, ordonné ou ordonnable. Même plan, qu’on peut retourner dans tous les sens : identique sous tous les éclairages. Le Parlement même a été bâti comme ça : n’importe qui, n’importe comment. LaREM est ce fourre-tout où grouille l’égalité, prétendue, qui qu’on soit, quoi qu’on ait fait, même rien, de zéro expérience. Tous les avis issus d’études, d’une station rêveuse prolongée aux toilettes ou de la lecture d’une page de Houellebecq, à chier aussi, se valent et peu importe. Peu importe tout. Tout fonctionne cette fois officiellement n’importe comment, sans preuve, sans argument, sans construction, sans chronologie, sans étape, sans cause, sans conséquence, sans histoire. La langue française passe à la broyeuse chaque fois que le président parle ou écrit, à partir de là, qui ne serait pas capable ou en droit de parler et d’écrire ? Qui, aujourd’hui, mais, vraiment, qui n’est pas Victor Hugo, Zola ou Balzac ?

Imaginez que cette folie collective du « tout se vaut » s’étende et que, soudain, les médecins délirent aussi et s’amusent et s’applaudissent de leur grandeur en faisant des contresens avec leur Vidal, ou que plus aucun diplôme ne soit nécessaire pour devenir architecte ? Il y aurait des morts.
Vous croyez qu’il ne peut pas y en avoir quand n’importe qui joue n’importe comment avec le langage ? Quand il se fait tellement insulter, violer, torturer, saccager, trahir que malgré toute sa puissance, née avec l’Histoire et inversement, il est au bord d’avoir perdu tout pouvoir ?
Vous attendez quoi pour comprendre que si le sens même est perverti sans jamais plus pouvoir être dénoncé au plus haut niveau de l’État c’est que la faillite collective est aboutie, totale, non-dite et bientôt impossible à dire ? Vous n’attendez rien, parce que ça a déjà eu lieu et ça n’a rien donné, ou peut-être pas, on s’en fout, on ne sait pas. Vous n’attendez rien parce que le jugement et la critique n’existent plus, que le temps même passe mais on ne sait plus comment, réellement, ou parce que vous avez tellement, tellement souffert d’attendre que vous ne pouvez plus entendre ce mot. Attendre. De toute façon, il ne se passe jamais rien. Vous n’attendez rien parce que vous n’avez aucune idée ni de ce qu’est une société totalitaire, ni que nous vivons dedans, depuis longtemps, et l’avons construite, tous ensemble. Et on vous le dirait que vous le nieriez. Tout se vaut. Ça ou autre chose. C’est comme ça. On n’y peut rien. C’est comme ça.

Il a des lieux de droits, de devoirs, sociétaux, fondés dans le sang, sur des siècles, qui reposent entièrement sur la valeur du langage et de son jeu et même de ses torsions surprenantes et infinies à condition qu’un axe existe, toujours, strict : des lieux comme l’Éducation, la Justice, et la Culture. Ces trois domaines n’ont plus aucune raison d’être si la langue même d’une société n’est plus fabriquée avec des éléments déterminés, définis, et dont le cadre décrit exhaustivement et avec une tolérance magnifique et exhaustive, surchargé d’exemples, dans les dictionnaires et du CNRTL jusqu’à Wikipedia, est LE garant de l’essence poétique. Il n’y a aucun détournement possible, qui puisse être de l’art, de l’existant, si l’existant même n’a plus de lois.

Quand le vocabulaire, les tournures, les tons, forment un ensemble cacophonique, c’est le théâtre qui n’a plus aucune raison d’exister. Ne pas savoir reconnaître des postures d’histrion est la preuve que tout critère a quitté la scène. Le discours présidentiel du 10 décembre 2018 aurait dû faire pleurer de rire. Audiard s’est fait installer un tournebroche électrique dans sa tombe tellement il est crevé de se retourner à chaque apparition, à chaque petite lettre, et à chaque enterrement, c’est Labiche qui lui a filé le portable du meilleur artisan, on se l’arrache dans les cimetières, de Montrouge à Montmartre, son carnet de commandes est plein jusqu’en 2020.
Le théâtre de l’absurde n’a jamais pu exister que parce que la tragédie grecque normait sa scène. Un Devos n’a pu jouer avec les mots que parce qu’ils possédaient un sens de lecture connu. Shakespeare n’a pu créer un prince simulant la folie que parce qu’Hamlet nous instruisait, nous, public, de son plan mais que nous étions ses complices, la mère et l’oncle d’Hamlet entendaient de la folie, nous entendions de la comédie, nous savions. La peinture n’a pas d’autres lois et aucun Impressionniste n’aurait eu à exister s’il n’avait pas eu à dépasser les lois du réalisme jusqu’à, finalement, en construire un autre, que certains ont reconnu immédiatement comme plus juste. Jamais L’Urinoir de Duchamp, jamais l’œuf brancusien, rien. Jamais les Beatles. Rien. Rien.

Rien. Voilà ce qu’obtient une société totalitaire et ce qui la dénonce et ce qu’elle peut enfin comprendre qui lui manque, tant c’est total. Et ce n’est pas l’objet ici de décrire en détails le « comment » la société obtient ça, « comment » elle se construit totalitaire, mais on se doute qu’il lui faut un certain temps, sur plusieurs générations, pour passer d’une littérature universelle à quelques feuilles d’un minable journal intime, pour passer d’une critique assassine à d’illisibles vis sans fin de cynisme, d’un choix, même discutable, mais historique, de rouge à bleu sombre, à du blob gris. De l’amour au calcul, du désir à la fatalité. Quand il n’y a plus de clowns que ceux qui jonglent avec la haine et la vulgarité et qu’il faut rire à leur dégueulis. Quand il n’y a plus d’engagement qu’un « nous ne sommes pas dupes. » Et tout est bien pire encore. Bien pire. Et il y a déjà eu quantité de morts. Le rien, c’est l’immobilité, l’inertie, la paralysie, le vide, la mort dans l’isolement, et tous les suicides, jusque par le feu, qui ne font baisser aucune tête.

Difficile de sentir l’immobilité dans cette illusion d’urgence, d’énervement, de jamais le temps. Mais le rien est là, empêtré dans une masse qui n’a plus aucun sens et dont plus rien ne peut ressortir qui n’ait pas, finalement, son pendant dix mille fois. Et le monde n’est pas coupable, ni Trump, ni la Chine, ni le capitalisme, ni Google, ni le progrès, ni le réchauffement planétaire, c’est infiniment, infiniment plus complexe que ça. Mais si on en appelle pour un oui ou pour un non, toujours, aux grands phénomènes ou Amazon, c’est aussi révélateur de notre incapacité consommée à regarder ce qui est là, nous, en train de non-vivre. Ou de façon insensée.

Plus d’exceptions, plus de loco, plus de wagons, plus de forts, plus de faibles, plus de carrures, plus de murs, de toits, de plancher, d’escaliers, plus de fenêtres, de cathédrales, tout est pivot, tout est souple, rien ne peut plus soutenir le moindre poids sans fléchir et peu importe parce qu’il est interdit d’interdire d’interdire d’interdire d’interdire d’interdire puissance x.

« Nous sommes à l’hémistiche du quinquennat. »  aurait dû enclencher un rire collectif. Rien. Même la laideur de la phrase n’a pas été moquée. Un sérieux de tombeau : allez seulement lire ce qui en a été dit : expliqué, soupesé, soutenu, on a même pu lire qu’on pourrait croire la phrase prononcée par un poète. Pour info, aucun poète n’a jamais chanté ses outils et aucun génie ne s’est emmerdé à décrire l’évidence de sa manière, parce qu’en général, il n’a jamais eu à y penser. Il n’y a que depuis la fin des années 60 que le faire est devenu l’œuvre. Mais voilà qu’on enseigne à chacun reparti en 6e, du Monde au Figaro, que, par extension, « hémistiche » est un équivalent de « césure » ? Au pire, ce serait par métonymie, et même, franchement ? Franchement ? Mais putain, allez tous vous faire pendre. C’était juste à éclater de rire de ridicule. Spontanément, sans réfléchir. Le rire.

Le rire a déjà deux ans et demi, trois, de retard total, absolu, entériné, massif, toute profession, tout âge, toute expérience, toute intelligence confondus. Le macron est révélateur de l’état de société totalitaire. C’est vrai, c’est super : avant lui, croyez-moi, c’était drôlement difficile de l’expliquer, le coup du totalitarisme sociétal et de la menace de démocratie totalitaire, mais maintenant que c’est trop tard, ça devrait être plus simple, enfin, j’espère, en se focalisant sur lui, pour rire. Il est bien visible, il ne sait faire que ça, en plus, trouver un pupitre et monter.

On rit aujourd’hui à la haine. On rit à la grossièreté. On rit devant le médiocre par aigreur lasse, ou parce qu’on ne sait pas pourquoi son voisin rit et qu’on ne saurait faire moins. On rit parce que c’est écrit « comédie » et qu’on a payé pour ça, on rentabilise, on rit parce qu’on sait que c’est aussi une preuve d’intelligence. L’intelligence assurerait de savoir rire. On veut être intelligent. Même riche, on veut l’intelligence. D’où le macron, dans certains milieux.

Car ainsi on a suivi le macron. Parce qu’on l’a cru intelligent. Qu’alors on avait engagé sa propre intelligence à travers son propre jugement. On a suivi parce qu’on n’a pas osé reconnaître qu’on ne comprenait rien, qu’on n’avait pas la culture pour suivre et effectivement, on ne l’avait pas à un point tel qu’on n’a pas su reconnaître qu’il n’en a aucune. La supercherie est terrible. Elle était déjà longue, bien trop, impunie, elle est passée, en emportant son monde pas assez sûr de lui, pas assez brillant, pas assez puissant, pas assez indépendant, non plus, pour rire, rire, rire, rire aux éclats. Tout ce que ça méritait depuis des décennies. Rire.

La peur aussi, de critiquer, pousse à se réfugier derrière l’acquiescement. Qu’avaient plus de deux décennies d’idiots, de lâches, à tant perdre qu’ils n’ont pas osé rire ?

Vraiment, je ne crois pas au complot, je ne crois pas à tant d’arrangements financiers que ça, je ne crois pas à une secte secrète, je ne crois pas qu’un réseau « d’intelligences » aient organisé ce qui arrive. Ce serait tout à fait différent. S’il y avait là-dedans la moindre stratégie, ça n’aurait rien à voir. Et d’ailleurs, la première preuve qu’il n’y a pas de « cap » ni exposé, ni caché, c’est justement l’inertie sociétale. Une société totalitaire n’est pas ce fameux troupeau dont tout le monde parle, elle ne suit pas, elle ne suit rien, justement. C’est un plateau qui ne bougera pas, quoi qu’on pose sur lui comme poids, parce qu’il ne le comprend plus, il ne le ressent plus. Il se renforcera, il s’abîmera, il ira jusqu’à faire tourner ses jointures dans un sens impropre pour le supporter. Le rapport d’une société totalitaire avec le Pouvoir qui la gouverne est sans comparaison moins moutonnier que celui d’une société saine avec un gouvernement qu’elle aurait élu pour de bon, avec volonté, même à 51 %, où, là, elle suit parce qu’elle l’a voulu, parce qu’il y a un niveau d’osmose correct, parce qu’alors la société a toujours la menace de sa propre grève, parce que forte d’un vote volontaire, elle peut le défaire au tour suivant. Mais notre société, aujourd’hui, ne suit rien du tout. Elle ne dit rien. Elle ne bouge pas. Les choses se font, autour d’elle, en elle, et rien. Ni pour, ni contre, ni menace, ni investissement, ni recul. Elle mute, elle ne sait plus que muter, et elle ne sait plus qu’elle mute depuis longtemps. Ainsi, quand on l’accusera, elle dira avec une sincérité qu’il faudra croire : je ne savais pas. C’est vrai, elle ne sait rien. Ça fait 50 ans qu’on ne parle plus d’elle, de rien d’elle. Personne ne sait plus qui elle est, encore moins elle. Ce n’est donc pas une matière qu’on conduit, ni qui suit, on ne peut pas plus la construire autrement, ni la façonner à son image, mais c’est une matière qu’on peut torturer en se plaisant à ne pas entendre ses cris, puisqu’elle ne sait pas qu’elle a mal, et ne sait plus crier.
Quand on ne sait plus rire, on ne sait plus crier.

Quand les Gilets jaunes sont apparus, avec sur leurs panneaux, malgré la somme d’emmerdes qu’ils contaient, leur joie de vivre, leur humour, leur petit talent pour les slogans hilarants, personne n’a ri.
Eux-mêmes ont cessé ensuite, parce qu’ils ne comprenaient plus ce qui était en train de se passer. Ils ne pouvaient pas. C’était incompréhensible. L’absence de rire ne pouvait que les faire écouter, avec ce sérieux qui pourrait bien conduire à la folie, tout ce qui était dit, à chaque discours, à croire aux mots, à croire à l’absence de certains.
Où qu’ils se soient retournés alors, du sérieux, du sérieux, de la gravité, des centaines d’experts dissertant infiniment comme si quoi que ce soit avait jamais existé, été dit.

L’effroi. Se retrouver à rire seul procure un immense effroi, parfaitement intelligible, un effroi aux larmes, quand on comprend qu’il est seul aussi. Que c’est désespéré, que le totalitarisme sociétal est à ce point absolu qu’on peut parler, ça y est, de régime totalitaire. De démocratie totalitaire.

Il y en a eu des signatures, pour placer les mots « régime autoritaire », « régime totalitaire postmoderme » même. Ouais ? Comment ? Pourquoi ? Ça, c’est du propos « dans le plan » et du « pour l’instant », inutile. Mais c’est tellement répété, et mal, c’est tellement mal utilisé, tellement sans coque argumentative que ça finit par priver les mots de leur sens. Tout se vaut. Nous vivons effectivement dans une démocratie totalitaire, le dire est peine perdue dans le fleuve d’égout journalier, pro et amateur.

C’est à la société tout entière de s’apercevoir d’un manque collectif et de dire « J’ai perdu mon rire. Je veux le retrouver. Je veux ce soulagement. » Une société totalitaire a, avant tout, besoin d’être soulagée et d’entendre non seulement qu’elle peut mais doit rire. Urgemment. Pour détruire ce qui est en train de s’étendre, la violence ne servira à rien, parce que la violence vaut la violence, le sérieux ne servira à rien, pas seul, en tout cas. Pour détruire un tout, il faut un tout. Il y a cette expression d’un ennui à périr : du rire aux larmes. On n’a même plus les larmes.

On ne peut pas construire le rire. C’est impensable, impossible, ça n’existe pas, c’est insensé. Ou alors il sera faux, comédien, hypocrite à crever. Ce n’est pas le rire.
Il faut qu’il soit là, spontané et évident, en droit et n’y pensant même pas.
Sans le retour du rire, ce sera terrible. Il va arriver quelque chose de terrible. C’est déjà là et les conséquences seront gravissimes. Il faut juste garder quelque chose en tête, qu’il semble que tout le monde oublie : nous sommes en 2019. Jamais, ni maintenant ni plus jamais, un régime totalitaire ne reprendra, en Europe et affilié, la forme et les manières de ceux qui ont donné naissance à cette terminologie. Et ce n’est pas la peine de chercher des équivalences pour parvenir à martyriser encore plus l’Histoire et la Mémoire que le Présent le tente, ni surtout de mixer le vocabulaire à parler de nouveaux camps ou néogoulag ou je ne sais quoi. Nous sommes en 2019, et nous sommes des êtres du XXIe siècle. Un siècle jusque-là, triste. Mais le nôtre, et, figurez-vous : inédit.

Recommencer à rire. Ce sera un début de révolution.
 

À demain.


*cet article fait partie d’une série de 31 commencée le 1er octobre, dans le cadre du challenge #INKTOBER 2019, détourné par clairecros.com | puck.zone | 17SWORDS | PUCK sur YouTube
Aujourd’hui THE OFFICIAL 2019 PROMPT LIST donnait le mot :
5_ BUILD [construire | bâtir | fonder | fabriquer | construction | carrure]
Demain :
6_ HUSKY [rauque | enroué | costaud (garçon, homme) | race de chien]







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