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COHORTE CONCEPT​​​​​​​




6_HUSKY
#INKTOBER2019 #HUSKY
October 6, Official 2019 prompt list: 6_HUSKY

La cantatrice rauque. [6/31 #Inktober]

SCÈNE I — Parvis, français, ciel du soir de fumées jaunes et noires, françaises, M. Président, Français, dans ses manchettes, françaises, sur les genoux de Mme. Président, Française, M. Majordome, Français, dans son costume, français, M. Poker, chien, français, au collier étrangleur, français. Ils sont près d’un feu français. Des battants de bourdons d’une cathédrale frappent 17 coups français.* **

M. Président : — Tiens, il est 21 heures. C’est parce que nous habitons l’Élysée, et que notre nom est Président. Cap.
M. Poker : — Cap, Cap.
M. Majordome : — Cap, cap, cap.
M. Président : — Cap, cap, cap, cap.
M. Poker : — Cap, cap, cap, cap, cap.
M. Majordome : — Oh, décidément.
M. Président : — Nous sommes tous enroués, ce soir. Cap.
M. Majordome : — Pourtant, il ne fait pas froid.
M. Président (se balançant sur les genoux de Mme Président) : — J’ai un enterrement. Cap.
M. Majordome : — Faites comme si je n’étais pas là, ma carrière préfère.
M. Président (pleurnichant, se balançant sur les genoux de Mme Président) : — Je veux la Lincoln, Dallas, la balle. Cap.
M. Poker : — Dallas est une ville en Amérique.
M. Majordome : — Pourtant, il ne fait pas froid.
M. Président : — Ils me tueront peut-être d’une balle, mais jamais d’autre chose. Répétez-le. Dites bien que je l’ai murmuré, pénétré, les dents serrées, allant au-devant de mon destin le front pur. J’y crois. Profondément. Cap.
M. Poker : — Je ne dormais pas. Votre tour viendra.
M. Majordome : — C’est son destin, de parler de destin. Certain en ont un, d’autres en parlent. Certains pensent qu’en parler en fait un. Il ne faut pas confondre avec l’avenir. Ni le futur. Un destin est déjà écrit, par les dieux. Beau, grand, héroïque.
M. Poker : — C’est comme la valse, sans étagère, ça n’a aucun goût.
M. Majordome : — C’est connu. Et peu importe le lampadaire.
M. Poker : — Un bien triste fer à friser.
M. Président (se balançant sur les genoux de Mme Président) : J’ai un enterrement. Cap.
M. Poker : — On se soumettra pas à ta vos lois, la banlieue c’est morose.
M. Majordome : — C’est ton destin.
M. Poker : — J’aime mieux un oiseau dans un champ qu’une chaussette dans une brouette.
M. Président : — J’ai un autre enterrement, et toujours celui d’un autre. Cap.
M. Majordome : — Allons, un jour, vous irez au vôtre, déclamez votre hommage, enfin. Car nous sommes tous enroués. Cap. Cap. Cap. Cap.
M. Président (se balançant sur les genoux de Mme Président) : —J’ai demandé au gouvernement de demander au gouvernement. Lavez-moi les mains. Ce n’est pas à moi de faire ça. J’ai un gouvernement. Cap.
M. Poker : — Que faites-vous ?
M. Majordome : — Je lui lave les mains, je suis le gouvernement, il ne doit pas savoir que je me cache. Et inversement.
M. Président (chantant, se balançant sur les genoux de Mme Président) : — Cap. Nous sommes à l’hémistiche, destin, après le premier hémistiche, cap, par extension, cap, et avant le second hémistiche, destin. L’hémistiche sépare un vers en deux hémistiches, cap, nous sommes à l’hémistiche. Cap. Destin profond. Mon siècle avait deux ans, déjà je perçais sous moi. Cap.
M. Poker : — Pourquoi les battants frappent minuit ?
M. Majordome : — Touche la mouche, mouche pas la touche.
M. Poker : — Tiens, on sonne.
M. Président : — L’art d’être français, c’est une façon particulière…
M. Majordome : — L’expérience nous apprend que lorsqu’on entend sonner à la porte, c’est qu’il n’y a jamais personne. C’est en n’allant jamais ouvrir que je l’ai appris, ainsi je reste caché et personne ne me voit.
(M. Poker va ouvrir et revient)
M. Poker : — Effectivement, c’était un Gilet Jaune.
M. Président : — L’art d’être français, c’est une façon particulière…
M. Majordome : — L’épluchure folk a perdu toute dignité en choisissant l’algèbre.
M. Président : — L’art d’être français, c’est une façon particulière…
M. Poker : — Pourtant, il ne fait pas froid.
M. Majordome : — Ce n’est pas impossible.
M. Président : — L’art d’être français, c’est une façon particulière…
M. Poker : — Pourtant, il ne fait pas froid.
M. Président : — L’art d’être français, c’est une façon particulière…
M. Majordome : — Ce n’est pas impossible non plus. Vous faites bien de le préciser.
M. Président : — L’art d’être français, c’est une façon particulière…
(On entend sonner)
M. Poker : — Tiens, on sonne.
M. Majordome : — L’expérience nous apprend que lorsqu’on entend sonner à la porte, c’est qu’il n’y a jamais personne. Ainsi, on a une chance d’être président, plus tard.
M. Poker : — Allez voir vous-même. Je ne suis pas majordome, je suis un chien.
M. Majordome : — Je ne suis pas chien moi-même, mais tout s’apprend, regardez-moi, comme je marche au pied, couché, malgré ma taille.
M. Président (se balançant sur les genoux de Mme Président) : — Liimp-pouft-impppp-pouft, ekk, ekk, ekk, ekk.
M. Poker : — C’est de l’Islandais.
M. Majordome : — C’est de l’inspiration. Ça vient, ça vient. Voyez, il sourit, admiratif de la simplicité bientôt révélée, bientôt, il finira.
M. Poker : — Une partie, en attendant ?
M. Majordome : — Inventons des leviers pour lutter contre les passoires thermiques.
M. Président (se balançant sur les genoux de Mme Président) : — Liimp-pouft-impppp-pouft, ekk, ekk, ekk, ekk.
M. Poker : — Que font-ils ?
M. Majordome : — Ils traversent la rue, pour trouver du travail.
M. Poker : — Et de l’autre côté ?
M. Majordome : — Ils traversent la rue, pour trouver du travail.
M. Poker : — Et de l’autre côté ?
M. Majordome : — Ils retraversent la rue, pour trouver du travail.
M. Poker : — Ce qu’il faudrait aux moustaches, c’est des trottoirs. Et aux truites, des cafetières.
(On entend sonner.)
M. Majordome : — Tiens, on sonne.
M. Poker : — Regardez, je sais aussi me coucher.
M. Majordome : — Ivre, on le dit.
M. Poker : — On le dit à jeun aussi, sur des échasses et en montgolfière.
M. Majordome : — C’est surprenant. Il n’y a donc plus de tourte à la scarlatine.
(On entend sonner.)
M. Poker : Tiens, on sonne.
M. Président (levant un bras) : —…D’être ce que nous sommes.
M. Poker : — Allez donc ouvrir puisque vous connaissez votre métier.
M. Majordome : — Le plus vieux du monde.
M. Poker : — On le dit.
M. Majordome : — Et si c’est encore personne ?
M. Poker : — Frappez mais n’ouvrez plus. Je fais ainsi, et ça ne marche pas à merveille.
(M. Majordome va ouvrir et revient)
M. Majordome : — Il y avait bien quelqu’un.
M. Poker : — Ce n’était donc pas personne.
M. Majordome : — C’est le capitaine des pompiers !
M. Poker : — Pour le calendrier ? Je n’ai pas de monnaie.
M. Majordome : — Je n’ai pas de monnaie.
M. Président : — J’ai décidé de ne pas garder cette option.
M. Poker : — C’est bien embêtant, c’est bien utile, un calendrier, quand il fait chaud.
M. Majordome : — Cap, cap, cap, cap, cap.
M. Président (se balançant sur les genoux de Mme Président) : — Ce que nous traversons réside aussi parfois dans l’oubli du courage et les petits abandons.
M. Poker : — Je suis couché, il est couché, et pourtant, j’ai toujours mon collier.
M. Majordome : — Tenez-vous ainsi, mains derrière le dos, avec sérieux.
M. Poker : — Laissez-moi poser mes valises.
Le Pompier : — Je suis chargé d’éteindre tous les incendies de la ville.
M. Poker : — Vous faites crédit ?
M. Majordome : — Tous ?
Le Pompier : — Oui, tous.
M. Poker (confus) : — Je ne sais pas… je ne crois pas, vous voulez que j’aille voir ?
M. Président : — La France n’est pas un pays comme les autres.
M. Majordome : — Il ne doit rien y avoir. Ça ne sent pas le roussi.
Le Pompier : — Rien du tout ? Un petit début d’incendie, au moins ?
M. Président : — La France n’est pas un pays comme les autres. (Serrant son poing et le levant, se balançant sur les genoux de Mme Président.) Le sens des injustices y est plus vif qu’ailleurs.
Le pompier (hochant, la tête) : — À qui le dites-vous.
M. Majordome (à M. Poker) : — Réveillez-vous. Allez chercher de la monnaie.
M. Poker : — Je ne suis pas votre chien. Un calendrier n’est pas si cher.
M. Majordome : — On voit que ce n’est pas vous qui devez le tenir, le remplir, l’accomplir.
Le Pompier : — Brûle-t-il ?
M. Poker : — Écoutez, je ne veux pas vous faire de la peine, mais je crois qu’il n’y a rien, chez nous, pour le moment. Je vous promets de vous avertir dès qu’il y aura quelque chose. Je ne mens jamais.
Le Pompier : — C’est que les gens disent ça, mais appellent toujours trop tard.
M. Majordome : — Hé bien, laissez donc ce calendrier et nous y réfléchirons.
M. Président (se balançant sur les genoux de Mme Président) : Cap, cap, cap, cap, cap, cap.
M. Poker : — Ce n’est pas le feu, c’est qu’il est enroué.
M. Président (se balançant sur les genoux de Mme Président) : Cap, cap, cap, cap, cap, cap.
M. Majordome : — Ce n’est pas le feu, c’est que cap.
Le Pompier : — Pourtant, je croyais… Mais si vous me dites cap, alors, je vous crois.
M. Majordome : — C’est vous qui savez.
Le Pompier : — Non, si vous me dites cap, alors, je vous crois.
M. Majordome : — Oui, mais s’il y avait bien le feu ?
Le Pompier : — Non, non, si vous me dites cap, alors, je vous crois.
M. Majordome : — Oui, mais s’il y avait vraiment le feu quand même ?
Le Pompier : — Non, non, non, si vous me dites cap, alors, je vous crois.
M. Majordome : — Oui, mais, si malgré cap, il y avait vraiment le feu quelque part, quand même ?
Le Pompier : — Non, non, non, non, si vous me dites cap, alors, je vous crois. Et sinon, il y aurait de la fumée, comme celle-ci, là-haut, dans le ciel, jaune et noire.
M. Poker : — Je vais cueillir des queues de vaches. Je les offrirai aux prunes, ça devrait suffire.
M. Président (se balançant sur les genoux de Mme Président) : Cap, cap, cap, cap, cap, cap.
Le Pompier : — Bon, pardon du dérangement. Bien bonne soirée, Mesdames, Alouettes. Vous savez, je suis pompier, mais je préfère les fausses alertes et ma chandelle est morte. Et inversement.
M. Majordome : — On dit pourtant : « pas de fumée sans feu. »
M. Président (se balançant sur les genoux de Mme Président) : Cap, destin, profond, profond, profondément, profondeur, profond, destin, cap. Destin, cap, cap, destin, cap.
Le Pompier : — Vous voyez ? Aucun feu. Je n’ai pas de plume. Ni mon ami Pierrot.
M. Poker : — Je ne bâillais pas. Auriez-vous des allumettes ?
M. Majordome : — Évidemment, Monsieur est pompier.
Le Pompier : — Ce n’est pas pour jouer ? J’ai su que vous étiez en rémission.
M. Poker : — Me tenir les paupières.
Le Pompier : — Mettez votre main sous votre menton. Sans feu, les affaires vont mal, et comme il n’y a pas de rendement, la prime à la production est très maigre. Mais si vous me dites cap, alors, j’attendrai.
M. Majordome : — Rien ne va. C’est partout pareil. Le commerce, l’agriculture, cette année c’est comme pour le feu, ça ne marche pas.
M. Poker : — Pas de blé, pas de feu.
Le Pompier : — Pas d’inondations non plus.
M. Majordome : — Pas de leviers contre les passoires.
M. Président (geignant, se balançant fort sur les genoux de Mme Président qui commence à grincer) : — Comment ne pas éprouver la fierté d’être français.
Le Pompier : — En éteignant tous les feux.
M. Majordome : — Non, il a dit : comment ne pas éprouver la fierté d’être français.
Le Pompier : — Oui, oui, j’ai compris. Et je dis : en éteignant tous les feux.
M. Majordome : — Non, il a dit : comment ne pas éprouver la fierté d’être français.
Le Pompier : — Tiens bon le cap et tiens bon le flot : en éteignant tous les feux. Hissez haut ! Hissez haut ! Santiano !
M. Poker : — Tout est affaire de coquetier vert.
Le Pompier : — Sur la mer qui fait le gros dos, nous irons jusqu’à San Francisco.
M. Poker : — San Francisco est une ville d’Amérique.
M. Président (se balançant de plus en plus vite sur les genoux de Mme Président qui grince terriblement) : — Cap. La profonde profondeur de la profondeur, j’y crois, je crois, nous croyons, donc vous me croyez profondément.
M. Poker : — Lavons-lui les mains avant de finir en strapontins.
M. Majordome : — Comment osez-vous ? Je suis de droite gauche droite gauche droite gauche, et tout à fait au centre.
M. Poker : — Pardon, c’est que comme vous n’ouvrez à personne.
M. Majordome : — C’est qu’il ne faut pas qu’on voie comme je ris, personne ne me reconnaîtrait.
M. Président (pivotant tout en se balançant violemment sur les genoux grinçants de Mme Président) : — La profonde profondeur de la profondeur du cap du destin de la profondeur ! (serrant ses deux bras croisés contre lui et baissant d’un coup la tête.) J’y crois profondément. Allumez le feu !
Le Pompier : — Me voici, il me reste des calendriers gratuits. Où est le feu ?
M. Poker : — Il n’y en a pas. Je vous l’aurais menti. Ce n’est rien, une rechute, depuis Johnny.
Le pompier : — Mais… Ce ciel est plein de fumées jaunes et noires ?
M. Majordome : — Comment osez-vous ? Qui vous a ouvert ?
Le pompier : — C’est vous-même, je me souviens, votre tête était posée au-dessus du cadre de la porte, pour que je ne vous voie pas. Vous avez même dit « Tiens, c’est quelqu’un ! », car je ne suis pas personne, moi. Je suis le Capitaine des pompiers et je vous ai cru longtemps quand vous me disiez qu’il disait qu’il y avait un cap, et à présent, je vois bien ce ciel de fumées jaunes et noires. Hissez haut ! Et je suis fier d’y être matelot, Monsieur !
M. Majordome : — Je vous croyais le Capitaine des pompiers ?
Le Pompier : — C’est cela même. Et vous répétiez cap, cap, cap, je vous ai bien entendu.
M. Président (pivotant tout en se balançant et sautillant, debout sur les genoux de Mme Président grinçant toute) : — La profonde profondeur de la profondeur du cap du destin de la profondeur ! (Serrant ses deux bras croisés contre lui et baissant d’un coup la tête.) J’y crois profondément. (Ouvrant les bras et hurlant) Allumez le feu !
Le Pompier : — Où ! Partout ! Je dois éteindre tous les feux !
M. Majordome (précipitamment mais d’un ton calme) : — Il invente des caps, et inversement, l’essentiel est qu’il ne retienne jamais ce qu’on lui propose, écrase tout le monde, ait le dernier mot et délègue tout ce qui le fait chier, dont les queues de vaches, regardez, voulez-vous un bouquet pour Margot ? Le chien, donnez votre bouquet.
M. Poker : — Il est fané, hissez haut. Cap ou pas cap, alors ?
M. Majordome : — Cap ! Cap ! C’est à moi de dire pas cap ! Dans quelques temps ! Il n’est pas temps ! Cap ! Cap ! Cap ! Cap ! Cap ! Cap ! Cap ! Cap ! Cacahuètes, pirouettes ! Cap pirouettes !
Le Pompier : — Et cette fumée, alors ! Ignorez-vous l’expression pas de fumée sans feu ?
M. Président (hurlant, sautant à pieds joints, debout sur les genoux de Mme Président grinçant toujours plus) : — Il y a une aspiration à un sens profond dans notre pays et on ne l’a pas encore trouvé ! Où sont les Gilets Jaunes ! Je veux les Gilets Jaunes ! Je veux qu’on m’attaque ! Je veux un autre grand tour des trous du cul de France, je veux un autre grand débat plein de trous du cul, bordel ! Je veux plus d’enterrements, plus d’hommages, plus de G7, encore, encore, et Dallas ! Et des feux ! Je veux des feux partout ! En Amazonie ! En Europe ! Partout en Europe ! En France ! À Paris ! Partout ! Allumez le feu !
M. Poker (regardant le pompier) : — Dallas est une ville en Amérique.
Le Pompier (défait) : — Ma chandelle est morte, regardez, elle tombe, en flammes.
M. Président (faisant des saltos arrière et avant sur les genoux de Mme Président, tout en battant des mains, Mme Président grince en rythme) : — Ah ! Ah ! Qui oubliera jamais comme cette chandelle était chère au cœur des Français ! Sa profonde lueur profondément réfléchie, la profondeur de sa lumière, j’y crois ! Gilets Jaunes ! Allumez le feu ! Je ne crois pas du tout que ce qui a un moment créé la colère sincère de. La population soit derrière nous ! Allez-y, bordel ! Faites tout péter, bordel ! Allumez le feu !
Le Pompier (calmement) : — Je vais chercher mes gars.
M. Poker : — Je vous enverrai les miens. N’oubliez pas d’autres calendriers. Sincèrement vôtre.
M. Majordome (tapotant la tête de M.Président) : — Là, là, vous n’aurez qu’à vous présenter à toutes les mairies de tous les trous du cul pour vous occuper. Et n’oubliez pas, vous vous présentez contre vous dans deux ans, et vous allez vous écrasez, vainqueur loué par les grillons, les petits pois, la marmelade de foie et les œufs de chèvre.
(Le Président pleure à chaudes larmes.)
M. Président : — Je serai si profondément profond. Je veux être dans la Pléiade, je veux un César, un Oscar, la Légion d’honneur remise à Versailles avec les grandes eaux, faire l’Olympia et je veux être le seul auteur cité du CP à Sciences Po et siéger à l’Académie.
M. Poker : — J’aurais voulu être un Husky et tirer des traîneaux.
M. Président : — Je veux réécrire l’hymne national, en profondeur, et la constitution, en profondeur, profonde, j’y crois, profondé…
M. Poker : — Tiens, on sonne.
M. Président (s’irritant très fort et tapant du pied) : — J’ai toujours persuadé tout le monde que j’étais un rêve ! Et tout le monde l’a cru ! Je suis un rêve puisque tout le monde l’a cru ! Je suis moi puisque tout le monde m’a cru ! Éblouissant, flamboyant, puissant, universel, omniscient ! Bordel ! Je veux que la France s’appelle Moi et je veux être le sauveur du monde. Je veux une guerre, un tabouret à vis, de l’huile pour ma chaise, et ma tétine.
(M. Poker, pleurant avec lui.)
M. Poker : — J’ai démarré, j’étais rien, et regardez, je suis moins que ça, maintenant, sans même avoir traversé la rue. Je suis si heureux que je ne le sens plus.
M. Président : — Je veux ma statue par , au-dessus de la Tour Eiffel. Je veux Michel Ange comme sculpteur. Je veux marquer l’Histoire, l’Histoire le dira. Je veux être la Joconde et je veux un opéra à mon nom, je suis un rêve. Je suis un rêve, vous verrez.
M. Poker : — J’ai toujours eu un peu les paupières tombantes.
M. Majordome (tapotant la tête de M. Président) : — Là, là. Cap, cap, cap, cap ?
M. Président : — Cap, cap, cap, cap.
M. Majordome (se remettant très droit) : — Qu’on lui trouve un pupitre, des caméras, un prêtre pour qu’il pleure dans son cou et allumez un feu, quelque part.
M. Poker : — Aux urgences, j’y ai envoyé pas mal de gars. Vous avez des allumettes ?
M. Majordome : — J’ai toujours les mains dans le dos. Propres.
M. Poker : — Et moi, un calendrier avec des photos de pompiers beaux et costauds.
M. Majordome : — Je suis à la tête du pays.
M. Président (hurlant) : — TÉTINE ! DOUDOU !
M. Majordome : — M. Président, nous venons de dîner, il est sept heures du matin, nous avons eu en dessert un délicieux grille-pain en sauce en chêne, un arbre centenaire, et inversement, chantez maintenant, dansez, Notre-Dame brûle.
(M. Président se met debout, menton haut, le regard porté au loin, il balaie lentement l’horizon d’un geste.)
M. Président : — Nous la reconstruirons. Cap, cap, destin, cap, cap. En 5 ans. Je serai alors pape. J’y donnerai une messe. La première de ma religion. Cap, cap, destin, cap, cap. Profond cap de la profondeur profonde du destin. Loué sois-je, d’être si bon, mais bordel, qu’est-ce que je suis bon. Et humble. Cap.
M. Majordome : — Cap. Cap.
M. Président : — Cap, cap, cap.
M. Poker : — Cap, cap, cap, cap.
M. Majordome : — Oh, décidément.
M. Président : — Nous sommes tous enroués, ce soir. Cap.
M. Majordome : — Pourtant, il ne fait pas froid avec ce bon feu, français.
M. Poker : — Tiens, on sonne.
(Les battants d’une cathédrale sonnent le glas.)


À demain.


* cet article fait partie d’une série de 31 commencée le 1er octobre, dans le cadre du challenge #INKTOBER 2019, détourné par clairecros.com | puck.zone | 17SWORDS | PUCK sur YouTube
Aujourd’hui THE OFFICIAL 2019 PROMPT LIST donnait le mot :
6_ HUSKY [rauque | enroué | costaud (garçon, homme) | race de chien]
Demain :
7_ ENCHANTED [enchanté (par magie)]


** Toutes les références, citations et extraits détournés :

Extraits du texte de Ionesco :
— Formulation de la présentation de la scène et de l'introduction
— Rythme des "Cap, Cap, Cap" copié sur "Hm, Hm, Hm"
— personnage du pompier
— extraits :
" Pourtant, il ne fait pas froid. — Touche la mouche, mouche pas la touche. — Tiens, on sonne. — L’expérience nous apprend que lorsqu’on entend sonner à la porte, c’est qu’il n’y a jamais personne.  — C’est le capitaine des pompiers !
— Je suis chargé d’éteindre tous les incendies de la ville. — Tous ?  — Oui, tous. — Je ne sais pas… je ne crois pas, vous voulez que j’aille voir ? — Il ne doit rien y avoir. Ça ne sent pas le roussi. — Rien du tout ? Un petit début d’incendie, au moins ? — Écoutez, je ne veux pas vous faire de la peine, mais je crois qu’il n’y a rien, chez nous, pour le moment. Je vous promets de vous avertir dès qu’il y aura quelque chose.  (réf) queues de vaches.  — J'aome mieux un oiseau dans un champ qu'une chaussette dans une brouette. — Sans feu, les affaires vont mal, et comme il n’y a pas de rendement, la prime à la production est très maigre. — Rien ne va. C’est partout pareil. Le commerce, l’agriculture, cette année c’est comme pour le feu, ça ne marche pas. — Pas de blé, pas de feu. — Pas d’inondations non plus. (réf) M. Président, nous venons de dîner, il est sept heures du matin, nous avons eu en dessert un délicieux grille-pain en sauce en chêne, un arbre centenaire

Extrait de Santiano de Hugues Aufray (dit par le Capitaine des pompiers)
[Tiens bon le cap et tiens bon le flot / Hissez haut ! Hissez haut ! Santiano ! /
Sur la mer qui fait le gros dos, nous irons jusqu’à San Francisco.
Hissez haut ! Et je suis fier d’y être matelot ]

Extrait de C'est ton destin, des Inconnus. [ On se soumettra pas à ta vos lois, la banlieue c’est morose.]

Extraits des discours et autres présidentiels :
Cap, destin, profond, profondément, profondeur,
Ils me tueront peut-être d'une balle mais jamais d'autre chose.
Nous sommes à l’hémistiche,
L’art d’être français, c’est une façon particulière… D’être ce que nous sommes.
Ils traversent la rue, pour trouver du travail.
Ce que nous traversons réside aussi parfois dans l’oubli du courage et les petits abandons.
La France n’est pas un pays comme les autres. Le sens des injustices y est plus vif qu’ailleurs.
Comment ne pas éprouver la fierté d’être français.
Je ne crois pas du tout que ce qui a un moment créé la colère sincère de. La population soit derrière nous





7_ENCHANTED
#INKTOBER2019 #ENCHANTED
October 7, Official 2019 prompt list: 7_ENCHANTED

Quadras, trentenaires, générations enchantées. [7/31 #Inktober]

Beaucoup nieront ; accepter d’être dans le même sac les dépassera, lire le cumul de leurs désarrois serait signer un constat insupportable, admettre une vie d’une triste illusion. Des sacrifiés, qui ne veulent pas l’entendre, ou ils devront perdre tout ce qu’ils font croire, et à eux d’abord, qu’ils possèdent, si ce n’est qu’ils sont, mais le bloc 7090 n’existe pas au stade adulte.

Pas 2 mais 4 générations distinctes, 30-35, 35-40, 40-45, 45+. Elles auraient dû être ennemies, mais elles ne se connaissent pas, ni entre elles, ni en elles-mêmes. Si elles n’acceptent pas de faire masse et front communs pour la suite, elles n’ont aucune chance, quoi que s’imaginent encore les plus jeunes, donc sainement, avec naturel, les plus arrogantes, d’avoir jamais une place dans la société, ni dans leurs propres vies. Elles n’ont aucun avenir, jamais, mais un destin d’imagos éternels.

Dire « c’est l’époque » est ridicule, nul et non avenu, et il y en a archi marre de l’entendre : nous sommes l’époque. S’il en reste à qui elle plaît, à eux et pour leurs enfants, et je ne parle pas du climat, mais de la vie, totale : qu’ils continuent, mais je crois qu’ils ne sauraient même pas définir ce qu’ils veulent continuer, sauf un job d’humain de trait, à tirer de toutes ses forces quelque chose, et quoi ?

Avec une belle régularité qui trahit justement ces packs générationnels par tranche de 5 ans, les médias et souvent par des journalistes d’âge similaires font un point sur les trentenaires. Souvent, la culture s’en mêle, un film représentatif illustre le portrait.

Il y a 16 ans, pendant quelques mois, la génération de la première crise pétrolière, de 73-74, a été mise à l’honneur ; pourquoi elle ? Ne cherchez pas : elle était les enfants de la masse 68. Elle a amusé, la génération Casimir, surdiplômée, vivant encore chez ses parents, sans argent, sans travail, sans la moindre compréhension ni vue globale de ce qui était en train de lui arriver. Pourtant, c’était déjà hurlant : une tristesse injuste, une puissance réelle mais si naïve qu’elle était déjà lynchée, un recalage permanent incompréhensible mais qu’elle acceptait, prête, parce que dressée pour ça, à se croire perfectible, toujours en faire plus, à se faire toujours plus violence, à se laisser humilier et à reculer croyant toujours pourvoir mieux sauter tant elle était, et c’était vrai, la plus compétitive. Il y a 16 ans, elle n’avait aucune vie, déjà.

Aujourd’hui, mariée, divorcée, mariée, divorcée, des enfants de celle-là, et celui-ci, et celle-ci et celui-là, écartelée entre les agendas d’au moins 4 ou 6 personnes, elle a perdu le souffle, hagarde et blessée quotidiennement par son échec insensé, et le désintérêt qu’elle récolte. Sa progression professionnelle a été alambiquée, avant, arrière, pas de côté, et on recommence. Les CV sont expressifs : plusieurs boîtes, un cumul d’expériences hétérogènes, parfois la folie d’une ou plusieurs autres formations, des trous, de chômage, une remise à zéro plusieurs fois, on sent dans les lignes qui descendent la hargne native qui fait de même. On lit une obéissance d’enfant devant les refus, et de même on entend une volonté de plaire d’enfant dans les entretiens. Maintenue sous l’eau, cette génération s’est habituée à manquer d’air, à forcer sur ses muscles et le paie. Elle a encore un terrible souvenir d’elle, qui la torture, aussi : sa performance, sa tessiture, sa force. Elle était programmée pour filer comme un requin. Quand lui-a-t-on limé les dents, quand a-t-on sectionné ses ailerons, quand sa vitesse est-elle devenue surplace, quand et comment a-t-on fait d’elle l’immense absente de la société quand elle aurait dû, de part en part, en toutes strates, bientôt dominer et la conduire, construire la sienne? Pourquoi, et comment, et qui a mené cette vaste sape ?

Récemment, on a interviewé ceux de 30 ans aujourd’hui, qui passent pour dépressifs, isolés.

Qu’ils le sachent, l’isolement se rompt en se mentant à soi-même, et pour les femmes, par terreur de leur corps, par lassitude, aussi, par distraction, même. La dépression ne dure pas : selon les caractères, les expériences, les épreuves, et qu’on soit un homme ou bien, sans rien pour les confondre, malgré ce qu’on tente de nous obliger à croire, une femme : on versera soit dans un désespoir fixe dont la stabilité sera prise pour une guérison, soit dans le dégoût qui saura se décorer de cynisme, de méchanceté ou encore d’immobilisme et de moins d’engagement encore, soit dans une frénésie sotte, papillonesque, pour prendre ce manque de constance, donc d’efforts, pour une liberté, une indépendance, donc un statut adulte.

Dans tous les cas, quitter l’isolement sera une question de survie, ça ne pourra plus être réfléchi, on abandonnera sa petite liste de critères, ses rêves, ses exigences, son ambition, pour aller au plus court, à se leurrer de sa propre comédie, à se leurrer sur un futur binôme et on sera même capable de lui tolérer une médiocrité, une mollesse, des idées courtes pour ne plus avoir à repenser soi-même à ce qu’on espérait pour soi.

On tentera, on l’a tous fait, de vendre à qui mieux mieux de francs concepts de tolérance pour valoriser son choix de couple, ce sera la période des longs bavardages inactifs à refaire le monde pour rire, avec un sérieux assez méprisable, un avis sur tout, le dernier, le définitif, tant on voudra être fier de ses décisions, de convictions qu’on croira originales. Il faudra se persuader en persuadant ; ce moment abusera les faibles, et les dominants s’abuseront. Puants, ils le deviendront tous. Ça ne durera pas, il faudra bien recourir vite au silence, à l’évitement, et mimer de tout prendre de haut, ou d’être trop occupé pour quoi que ce soit, ou choisir des sujets très externes pour masquer absolument des échecs en série. Sinon, il y aura toujours la possibilité du mensonge ou de ces manières typiques qu’ont les avares de ne parler que d’argent et de dépenses tant que ce ne sont pas les leurs. Vivre faux a ses prêtres, bobos 2 et 3.0.

Mais avant ça, au bord de plonger dans la vie adulte, celle archaïquement et matériellement conçue comme telle, en tout cas, on ne cessera plus de faire la leçon, de démontrer comme on sait prendre des décisions et les justifier, devenant son propre commercial dans sa petite entreprise de vie, confondant de défendre un power point en réunion avec des décisions pour son privé et son intimité. Même ton professionnel, détaché, impersonnel, un peu pédant, qu’on soit au bureau ou au lit.
C’est le corps même qui devra se faire violer par lui-même, et il sera hors de question de l’admettre. Les femmes attendront, martyres sans bourreau qu’elles, avec une patience monstrueuse et parfaitement stratégiquement maîtrisée, au point de duper tout l’entourage, un premier enfant. C’est lui qui lancera le chrono, croit-on du réel début de la vie adulte. Il sera la preuve biologique, naturelle, que l’état d’imago est à jamais derrière soi, mais avant même sa naissance, parfois, la même femme rompra avec cette construction de vide, à nouveau elle bâtira ses arguments, et se convaincra, les séparations seront de toute façon partout autour d’elle.

S’il y a eu mariage, peu importe. Et même des investissements communs, immobiliers ou un compte Netflix ne seront plus ce qu’ils étaient à défaire. Chacun sera surpris de la quantité invraisemblable d’efforts qui aura été fournie, en secret, pour bâtir du toc, et de la vitesse facile avec laquelle tout pourra être effacé, sauf l’enfant. Au non-sein d’un non-couple, c’est l’enfant qui soudain demandera que soit pourtant construite une normalité, qu’un plan soit établi, une organisation, des foyers, puisqu’un seul sera pour toujours hors de question, c’est lui qui fera bâtir de force des camps volants pour maisons, voiture, métro, bus compris, un programme modifiable par texto et à chaque seconde pour ne pas être abandonné dix fois par jour sans que personne ne sache chez qui, finalement, il dort.
C’est l’enfant, par défaut, qui portera la charge d’adulte, et de force il devra bien vivre, au lieu de sa vie, celle d’une myriade de gardiens, autour de lui, entendant, du matin au soir, « oui, plus tard, attend. » Son temps ne sera plus jamais vécu qu’à 50% par chacun de ses tuteurs, ou 35% ou 20 ; son passé ne sera plus connu qu’aux mêmes %, le résultat qu’il deviendra aura toujours une part niée par l’un ou l’autre des parents. Une part inquantifiable de sa vie se passera entre deux destinations, dans les transports et il vivra dans un sac incomplet, même avec deux ou trois chambres.

Il ne sera pas rare que le pan féminin de cette construction de destruction, qui bien qu’ultra courante, bien que potentiellement un grand lieu de grandissement et d’épanouissement selon une propagande fictionnelle, parvenant tellement peu à convaincre qu’on évite de la remettre en cause, étant une telle source de peine et de honte qu’on ne peut plus supporter de la regarder en face : il se peut que le pan féminin de cette concrétion aille jusqu’à échanger son instinct contre du bon temps, uniquement pour que tout s’arrête : il se peut que toutes les femmes à venir soient, par défaut, parce que violentées, parce qu’épuisées, parce qu’évidées de leur féminité, jamais regardées, jamais louées, jamais secondées, jamais appuyées en confiance contre une solidité, des Médées.

L’inconfiance des femmes trentenaires ne peut leur être reprochées, mais elles abandonneront plus vite, plus facilement, plus sèchement, avec infiniment moins de remords que les quadras. Elles ne se tortureront pas aussi longtemps. Elles seront donc juste plus vite dans un cycle nocif pour leurs enfants, si elles en ont, ce qui pourrait être moins systématique que chez les quadras. Les hommes seront encore moins hommes mais toujours plus Narcisse, leur essentiel sera qu’ils se plaisent à eux, au propre, comme se séduisant. Les plus lâches n’iront sûrement pas à l’encontre de l’ambition dominatrice des éléments féminins ; ils tomberont de haut quand ceux-ci hurleront qu’ils n’en peuvent plus.

On peut facilement entendre des trentenaires se dédouaner de ne pas agir, de ne pas faire certaines tâches, ayant un poids en kilogrammes inférieur à celui de leur compagne et moins de muscles. La perversité sait se développer dans le déséquilibre sexuel et le bannissement du désir et de l’érotisme. Sans eux, d’autres raisons de maintenir l’autre à soi, d’autres façons de le posséder se développent pour la perte, d’abord, des femmes.
Quand les quadras avaient 30 ans, leur sexualité a été ruinée ou sinon quoi qu’il en soit abîmée, tordue, apeurée, déçue, attristée, par une immense charge étendue à tout, du maquillage à la nourriture, et jusqu’aux enfants, prônant la diversité contre ses goûts, l’expérience, l’orgie, la prostitution, dont infantile, la violence, la pornographie, entre autres. Ce moment d’extrêmes a été tel que des années de silence ont suivi : le sexe semblait soudain avoir quitté la société jusqu’à tout récemment, où il fait une réapparition sous une autre forme, particulièrement destinée à un public trentenaire : dans la solitude. Le sexe seul, et les articles atteignent un ridicule stupéfiant, avec un sérieux dangereux.
50 ans après la libération sexuelle, il faut se méfier quand le sujet « sexe » reparaît avec trop de naturel : c’est un montage, un leurre, il est certes, selon la forme qu’il va prendre, puisque c’est lui, incroyablement révélateur, mais en aucun cas ça signifie qu’il soit une réalité, qu’il doive la devenir dans le mode vanté. Il faut fuir le sujet, il faut fuir toute tentative, par les médias, par une propagande quelconque, de faire croire à quelconque tendance au niveau du sexe. Ignorer les conséquences qu’une duperie sur le thème peut commettre, c’est ignorer l’histoire récente. Le sujet sexe réapparaît justement à cause d’un silence d’une décennie : pourquoi ce silence, que s’est-il passé ? Il s’est passé que le sexe vendu dans les années 2000 n’était pas celui des trentenaires d’alors, c’était le chant du cygne des premiers 68tards. La violence et l’orgie étaient celles de la fin, sûrement pas les vecteurs d’un début d’harmonie. Les trentenaires alors ne l’ont pas vu, comme ils n’ont pas vu que c’est leur jeunesse même qui allait être vécue par d’autres. Au même moment, l’appellation « jeunisme » faisait son apparition.
Que cache que le sujet sexe affleure à nouveau et sous cette forme inquiétante ?

Trentenaires. Vous ne ferez pas mieux que les quadras, juste avec bien moins d’investissement. Les hommes, des petites barques, allant cogner sans gré leur flanc contre les si victorieuses femmes, de grand tonnage, si fières, si en proue, si à égalité qu’elles en crèvent et qu’eux, les plus isolés et pré-achevés, ne savent plus rien d’eux. Ce sera dur pour certains mâles d’admettre qu’ils ne sont plus qu’une pompe à sperme. Pourtant. Leur féminisation orchestrée par la société, leurs mères, des concepts stupides, contre nature, sans intelligence, haineux, vengeurs, l’apparence informe obtenue, leur oscillation permanente, leur faiblesse, tout sera irritant pour l’autre sexe, à présent premier. Les couples de même sexe ne seront pas épargnés, même tarif, même forme indiscernable, même blocage à l’étape d’imago. Asexué, asexuée, tous désexués, sans érotisme, le désir impossible.

Cette description est loin d’être exhaustive. Elle demanderait aussi l’ajout d’autres courroies d’entraînement, comme l’économie, évidemment, et j’ai bien dit « économie », pas capitalisme. Le sujet n’a besoin d’aucune terminologie idéologique, il se tient seul dans un réalisme de vie, donc englobe et surpasse toute explication courte. Notamment, en ce qui concerne le capitalisme, je ne dirai que ça : ce n’est pas lui, mais le communisme qui, en premier, a créé la première génération sans résultat professionnel étendu, celle des quadras, qui, donc, n’ont jamais quelque part préparé, libéré, et mis à jour le terrain du travail pour les générations suivantes. On sait se séparer de l’Histoire, depuis 50 ans, pour tout expliquer sans elle : en n’expliquant rien. C’est en elle qu’il faut aller rechercher les raisons, les causes, pas dans les dogmes simplistes.

Évidemment, pour certains, à la description du futur bloc uni dans son errance lasse des 7090, la solution de facilité sera de se rejeter en arrière : « Oh, alors, là, pas du tout, moi je. » Pas de problème. Mais si tout va bien, un des minimums humains est alors d’exploiter l’énergie qu’on n’a pas à mettre à écoper sans arrêt sa vie au moins dans l’observation de son propre temps et de juger, critiquer, peut-être s’en mêler.
Il n’est pas interdit d’avoir réussi sa vie, qu’elle se maintienne dans un bel équilibre érotique, que l’amour soit encore le garant, et l’espoir que, s’il a été le début, il soit aussi la fin, même après un mauvais essai ou deux, même après avoir intégré à cette vie enfin développable un enfant d’un premier choix discutable. Il n’est pas interdit d’être heureux pour se définir d’une certaine génération ou non génération si on la mesure en pouvoir effectif.
Mais être heureux, connaître un bonheur dans le temps et la matière n’exempte pas du tout d’être un élément sociétal, d’être du soir au matin en contact et en action avec la société dont sa propre société générationnelle. Ce qui l’emportera en grande partie sera toujours le tout. Donc même si, on l’espère, il y a des exceptions, elles ne sont en rien exemptée d’être comptées dans la société, de vivre avec, même à la subir et la détester. Personne ne fait sans et encore moins quand il y a des enfants. On peut jongler avec des choix d’éducation, un profil heureux, doux, brillant et soupirer chaque fois qu’on est obligé de livrer son enfant à la société dont on a analysé la morosité méchante, le manque de complexité, d’ampleur, dès qu’on le met à l’école. On peut tenir le choc et contre le vide général continuer à intégrer toujours plus de culture, de découvertes, d’esprit critique, d’engagement, chez soi, à l’abri. Ça signifie être conscient qu’on passe un sas de décontamination dans un sens, mais dans l’autre aussi, à chaque moment de la vie interne ou externe. Avoir conscience de ça ne rend pas malheureux. Et c’est accessible à tous. Pas la lucidité, peut-être pas, mais juste une conscience.


La question n’est plus « moi », ni « je », la question est « nous » pour refonder autant de moi et de je que de personnes, pour refonder des individus. Le nouvel individualisme est la seule option pour achever une métamorphose avant un pourrissement injuste. Et cet individualisme passe par une analyse qui ne juge pas, ne veut pas de mal, n’a pas à faire de tort à quiconque, mais qui doit seulement : soulager. Exister, enfin, même à travers les décombres. Qu’ils cessent d’être transparents, que la société entière cesse de faire comme si elle ne nous voyait pas ne plus en finir d’architecturer notre tristesse.
C’est épouvantable, c’est dégueulasse et c’est mille fois pire pour les enfants de ces générations, ce qui se vit, là. Cette non-vie qui oblige à la surface, parce que c’est elle ou couler.


Pourquoi les médias bloquent-ils sur l’âge de 30 ans pour soudain décider de s’intéresser à une tranche de population ? Pourquoi, une fois le sujet giflé, sans intérêt ni pitié, plus jamais on n’entend parler des mêmes, dix ans après ? Tous, ils disparaissent, ceux qui brièvement auront été sous loupe, d’ailleurs observés par leurs propres conscrits qui invariablement ne se reconnaissent pas dans le marasme décrit. C’est propre à ce lot générationnel, il est incapable de discerner que ces limites et ces crève-cœurs sont communs au lot. C’est explicable par l’expérience même de toutes ces générations : elles n’ont jamais pu faire groupe, même à deux, même en couple, même au sein d’une famille issues d’elle, parce qu’elles ont été élevées pour se distinguer de la masse, d’une part, et de l’autre parce que le développement naturel de chaque individu a été empêché d’aboutir.

Le mystère de ces générations provient simplement de la non-analyse absolue, historique, sociologique, psychologique non pas d’elles, mais de leurs temps affiliés : celui de leurs parents, celui de leur enfance, l’époque même, à chaque échelle, régionale, nationale, internationale sur 50 ans. Ce ne sera pas traité dans cet article (juste parce qu’il faudrait 200 fois sa longueur pour un résumé.) uniquement tranchant net pour une description vite argumentée, à la date d’aujourd’hui. Mais ces 4 générations paient l’inconséquence, l’irresponsabilité d’autres générations, tous leurs univers alors qu’elles étaient dépendantes, très jeunes, n’ont jamais été pensés pour elles, ni sur l’instant, ni dans le temps.

Réussir, percer, obtenir quoi que ce soit, pour les quadras, c’était avant tout être le meilleur. Ils ont tellement fait la preuve que la compétence ne servait à rien, jamais reconnue, voire une peine, fondamentalement ne leur ayant jamais rien apporté qu’un épuisement précoce au mieux et au pire une série d’emmerdes effarantes d’illogisme, très complexes à retenir parce que vides de réalité, d’arguments, d’étapes matériellement fixes, que leurs cadets, socialement, ont donné un tour de vis, larguant beaucoup de conscience, avec elle une certaine zone de cette compétence ridiculisée, celle concernant notamment la gestion dans ensemble, la vision large. Les cadets ont compensé avec un égoïsme cette fois affiché, très différent de la première arrogance naïve des quadras qui avaient largement payé pour vouloir ensuite quelque chose uniquement pour eux.

L’égoïsme des cadets, les 35-40 ans, les a sans doute un peu mieux protégés des coups professionnels et sociétaux, et ceux-ci étaient moins puissants, aussi, parce que ceux puissants des 68tards ont lâché l’affaire, aussi, mais il reste en place leurs dauphins, et bien trop d’entre eux à des endroits clés ; et l’égoïsme des trentenaires ne leur a pas pour autant apporté, par personne, un îlot de confort, et sûrement pas de bonheur. Les 30-35 ans sont encore plus affaiblis, et on ne peut même plus parler d’égoïsme tant ce n’est plus définissable, senti, affiché. C’est du repli, fragile. C’est du « moi d’abord » par manque de force, physique et morale, d’aller dire à quiconque sa recette de vie et tenter de l’imposer. C’est assez inerte, par pour autant explosif, les tensions entre les vrais cons orgueilleux et les modérés seront plus fortes que dans les générations du dessus, mais de moins de souffle aussi.

Quoi qu’il en soit, s’il y a quelque part dans la dernière génération une autre sorte d’investissement, parce que le monde a tourné sur lui-même, parce que l’écologie offre des terrains vierges où aller planter sa tente, s’imaginer une philosophie, jouer au colon, il y a encore plus de blablas et toujours moins de collectif dans la masse. L’engagement tient uniquement parce qu’il est ciblé. Ce n’est sûrement pas un mal de se tourner vers une action, on dira planétaire en passant par son moi, mais ça n’assure toujours pas les fondements de la société suivante. C’est bien trop compter, toujours et encore, que les générations ne sont que succession de strates, et que la société n’est pas un corps entier, de bébé à vieillard.
Elle doit être pensée en tout, par un bout, c’est très bien, à condition, par ce bout-là, de ne pas larguer les amarres et laisser le reste sur le quai. Ou l’inverse, d’ailleurs.

Une distance-temps de 16 ans, un volume social très important, des portraits de plus en plus catastrophiques et inquiétants chaque 30 ans fêtés, et personne ne s’en soucie. La société s’en fout, celles des aînées, et celle qui vient ensuite qui, à nouveau, n’a rien en commun. Mais qui, elle, millennials, Y & Cie, a été reconnue depuis toujours, chouchoutée, avec le droit de n’être qu’elle, elle a dominé enfant, elle pense qu’elle dominera adulte en se foutant de tout. Elle n’est en rien du tout celle qu’on croit, son poids de non-culture peut faire des dégâts considérables.

C’est un drame en soi cette ignorance sociétale, celle des sociologues, celle du monde intellectuel et culturel, celle politique. Et pas la peine d’aller chercher l’âge du président, il a entre 15 et 70 ans, instable, il ne remplit aucun critère, il n’a vécu que son temps, hors du temps, donc il est déclassé de sa propre époque et génération.

Le bloc 7090 est un tel silence sociétal, un tel rien, il est si dépourvu d’histoire, de passé, d’avenir, qu’il faut croire que 4 générations vivent sans causes ni conséquences, sans envie, besoin ni désir, sans programme, sans espoir, de rien, qu’elles viennent de nulle part, de rien, ne vont nulle part, vers rien, sont apparues et continueront d’apparaître, jusqu’à leur mort, par magie.



* cet article fait partie d’une série de 31 commencée le 1er octobre, dans le cadre du challenge #INKTOBER 2019, détourné par clairecros.com | puck.zone | 17SWORDS | PUCK sur YouTube
Aujourd’hui THE OFFICIAL 2019 PROMPT LIST donnait le mot :
7_ ENCHANTED [enchanté (par magie)]
Demain :
8_ FRAIL [frêle, faible, fragile]




8_FRAIL
#INKTOBER2019 #FRAIL
October 8, Official 2019 prompt list: 8_FRAIL

Frêle. Faible. Fragile. (Et la femme créa l’homme.) [8/31 #Inktober]

50 kg d’os, si mouillés, lent, lâche, mol, surface visible soignée, immature, niais, indécis, fesses/cuisses/ torse/ épaules : non, légèrement ventru, voûté, crad’ étudié, se plaisant énormément, gélifié. Y gratuit exclusivement dans la barbe. État en partie irréversible, vieillissant très mal, non résistant. Possibilité d’échanger contre l’identique neuf, ou la violence.

Il y a aussi mal dans sa peau, dépressif, errant, inquiet, seul et secret, même en troupeau, peu performant, sans endurance, sans performance ni physique, ni intellectuelle, ni morale, incapable devant l’épreuve, désespéré de l’être, très peu érotique, peu loquace, vide, triste, fuyant immobile, et, passé un âge encore assimilable aux travers moraux et à l’apparence de l’adolescence, fragile s’ajoute à faible et frêle. Fragile physiquement, psychologiquement. Sans la moindre armure et non armé non plus. Écrasable, brisable, friable. Victime, et ne sait pas du tout de quoi, ni la société. En danger.

[…………Excusez-moi, comme j’écris, je viens de recevoir une notification de Twitter : Libération vient de titrer « Près d’un tiers des hommes ont déjà éjaculé avant la pénétration. » La photo, c’est un sportif ou un coureur automobile qui se vide une bouteille de lait sur la tête. ……………………Oooookay, ça méritait une notif’, c’est sûr. Ces dernières semaines, coup sur coup, le Monde, je crois, peut-être le Figaro et Libé, aussi, ont titré sur : l’amour sans pénétration (car has been), l’auto-fellation, comment enseigner à bien sucer sans vexer (enfin, en mieux dit), le baiser : c’est du sexe aussi, et je ne sais quoi encore. Je disais quoi, déjà dans le 7/31, à propos du sexe ? Bref. Je reprends, j’y reviens ensuite.]

Certains s’en sortent admirablement. Ceux-là masquent parfaitement la réalité massive, car souvent placés socialement, professionnellement dans des angles visibles, prescripteurs, en contact avec le public, en représentation, en modèle, même. Ils sont la vitrine, et c’est leur personnalité qui biaise l’étude, floute la vérité. Idiots, égoïstes, orgueilleux, du matin au soir, rebondissant dans leur quant à eux ; toute la catégorie bobos 2.0 et 3.0, niais et heureux, bavards, très, très, très, très, très bavards, surcapables (d’après eux), chantres de leur genre. Non sportifs. Standards à en crever et persuadés que ce standard est l’exception, incritiquables, impossible à contredire, saoulant, imbuvables, la médiocrité comme combat, la mesure abandonnée pour la « tempérance » dernière née de l’attitude obligatoire. Pour peu qu’ils aient des enfants, à se détourner d’ennui et même d’un certain dégoût. Inaturels avec tout, dont leurs enfants, et fiers de l’être, donneurs de leçons, complètement abusés et illusionnés par eux-mêmes, bourrés de principes, persuadés de leur tolérance. L’inaction en excuse. L’engagement pleutre mais dictatorial. Creux. Dangereux.

Les tendances sont capables de remanier un squelette déjà dur, l’Histoire le sait. Les modes parviennent à muter l’abouti, pour plaire à quelques idées folles, toujours passagères et excessives : partout dans le monde, et depuis toujours, les critères esthétiques varient, les canons changent. Côté femme, c’est très référencé et connu, le rond est adoré avant que le plat seul soit délectable, la taille fine finit vulgaire à voir celle garçonne, un teint blanc s’ambre puis reblanchi. Selon comme on est, on vit le bonheur que son heure soit venue : son physique, ses traits correspondent à l’idéal de l’automne hiver, ou bien il faudra un travail de remaniement, se tordre beaucoup, souffrir sûrement, mais recommencer autrement pour l’été.
Les hommes de toutes les époques ont aussi modifié leur allure ; c’est moins connu, et uniquement par pudeur mâle, quelque part, et par désintérêt de leur part, mais les romans, les œuvres d’art, selon, montrent des physiques différents diversement appréciés socialement, pas seulement par le jeu érotique de la séduction. Un temps a voulu les teints rouges de bonne santé, un autre blanc, un autre la barbe, un autre l’androgynie, déjà, la maigreur, ou la masse. Les classes sociales ont aussi toujours eu des grilles différentes d’élection de la beauté et de la norme préférée. En dehors de ces modèles représentatifs du goût, du désir, de l’esthétisme, le masculin a droit à toutes ses formes, d’échalas à poire.
Le moment historique est toujours responsable, par contre, de « l’idéal ». Nous ne vivons certainement pas un temps qui nécessite des spartiates en série. Mais il semble que nous ne vivons pas non plus un temps qui nécessite des hommes.

Le moment est terrible pour eux. Terrible. Ils ne sont pratiquement plus rien, ni physiquement, ni moralement, leur rôle n’a même plus à être remis en cause, ils n’en ont plus. Quelque chose, derrière la mode, derrière la tendance, accumule une série de non-dits, d’incompréhension, encore une fois de non-analyses, qui laissent les hommes, jeunes et déjà plus tout jeunes, dans un statut bientôt inexistant, inconfortable et presque que cadavre. On veut leur éradication et c’est ça qu’il faut lire dans le physique qui serait l’idéal actuel : une disparition.
Ce n’est pas normal que les cohortes de jeunes hommes soient plus proches, visuellement, de l’allure des prisonniers des camps que d’autres choses. Il n’y a aucune fraîcheur enjouée, il n’y a pas du tout ce côté anguille frénétique, fuyante, des jeunes garçons qui auraient gardé ça en grandissant parce que l’époque préserve la jeunesse, ne responsabilise pas, ne fait pas vieillir « comme avant », mais traîne à charpenter, si ce n’est physiquement, mentalement, moralement. Il n’y a pas de bonne humeur, de joie, d’énergie, même dans un corps pas forcément habile, ni capable, réellement, dans la fibre de ses muscles, de jouer au déménageur, le vrai comme l’idéaliste. Il n’y a pas de paix, pas d’espoir, pas de tranquillité, et pas les nerfs non plus pour montrer sa nervosité alors que le physique a quelque chose du mythique névrosé, s’agitant comme un rat. Il n’y a pas de sourire vital, d’ensoleillement. La faiblesse générale absorbe même la démonstration du mal-être. Il y a une immobilité lente, elle est symptôme : de quoi ?

Être le plus fin, maigre possible, extérieurement sans force, sans souffle, sans longueur dans le temps, c’est d’abord présenter le moins de surface possible à l’extérieur, donc tenter de recevoir le moins de coups possible d’où qu’ils viennent. La maigreur comme passe tendance pourrait bien être un système de défense, parce qu’un autre format n’est tout simplement plus admis.

« Frêle » appelle comme un pendant : « doit être protégé ». Il faut faire attention, parce que tout peut faire mal. Ça marche pour un enfant, un arbrisseau, un chaton, …une femme, d’une autre époque, mais toujours pas pour un homme. C’est trop en dehors de son mythe, trop en dehors de son histoire, trop en dehors, tout simplement, de son obligation génétique quand il est en bonne santé. Or c’est ce qui est tenté d’être mis en place, quasiment, mais je crois en fait totalement, inconsciemment, par les hommes. « Frêle ». Ça n’appelle pas la pitié, mais presque. En tout cas, avec assez d’évidence, ça empêche encore bien qu’un effort soit demandé, qu’on s’acharne à croire à de la performance quel que soit le domaine, je ne parle même pas du sexe. L’apparence, avec logique, éloignera l’idée que poser un poids sur ce genre de format soit prudent, ainsi qu’une évitera de la faire sur une table aux pieds trop fins, de mauvais bois. Poids physique, poids moral, poids de conscience : à éviter. Ce n’est pas à réfléchir : le physique seul détourne le mouvement. Il ne peut rien supporter.
Est-ce que quelqu’un se demande si, à l’intérieur, quoi que ce soit à part son propre poids, et encore peut être supporter ?

L’effacement, par le moins de densité possible. La discrétion, par le moins de coffre possible. Le moins d’emprise, le moins de courage, le moins d’investissement : un physique peut être une fuite permanente. On dit facilement qu’une certaine obésité est la construction d’une bulle protectrice : on éloigne de soi, par son propre volume, tout ce qui tente de détruire, l’insupportable moral, aussi. Mais la maigreur, abaissant le volume de la présence, est un autre type de protection, et ce n’est sans doute pas moins maladif, au contraire.

Il y a maigreur sans privation. Donc elle est difficile à mesurer comme un mal-être, un sacrifice. Et rien, socialement, ne l’indique. Les mères, peut-être, seules, pourraient s’en inquiéter, mais elles verront avant tout leur fils, pas un ensemble mâle sociétal répandu. Elles verront un corps explicable, qu’elles soignent depuis longtemps, qui aura eu une vie sans réel problème physique, elles n’iront pas jusqu’à s’interroger sur la place de « l’homme » dans leur propre société. Elles s’inquiéteront, peut-être, de son mal, de sa langueur, de son inadaptabilité, un peu à tout, de son manque de bonheur et de stabilité, de désir, même, dans sa vie, dans ses horizons. Elles n’iront pas chercher plus loin.

Les amantes, elles, céderont aussi, évidemment, devant l’idéal de tendance, avec un aveuglement assez pathétique et un déséquilibre assez manifeste qui pourtant ne semble pas les gêner. Les jeunes filles sont souvent, aujourd’hui, hors format, surprenante de masse, les mains larges, les poitrails larges, sans muscles aucun, bedonnantes, les mum jeans leur dessinent sans grâce un cul de jument et la chute totale de l’équilibre érotique est tel que le fait qu’ils leur marquent aussi la fente du pubis ne gêne personne, pas même elles. Habillées, elles sont dénudées, offertes, avec une vulgarité qui est convention pour la mode.
Je reste curieuse du manque de réactions des femmes à voir leurs filles ainsi parées. Elles n’ont pas peur, pas de révolte, pas de sursaut, devant une évidence qui est particulièrement vulgaire. C’est inquiétant. C’est inquiétant de voir des femmes acheter les jouets LOL à leurs filles. Que leurs pères n’y voient rien : mettons. Mais les mères ? Des femmes ? C’est inquiétant cet œil social si neutre, naïf. Ce n’est plus de la tolérance, je crois, c’est réellement une perte d’instinct. C’est nier le pire et l’agression potentielle. C’est nier que le mal existe, la perversité, que la société n’est pas tout entière que bonnes intentions, c’est croire que rien ne puisse passer tous les systèmes de surveillance et de protection, leur faire infiniment trop confiance. Il y a une inconscience généralisée, et j’ai peur de ses raisons, sombres, psychologiquement, et de ses conséquences. Mais c’est un autre sujet.

La jeunesse actuelle est désincarnée et désérotisée, elle ne se voit plus, ne se désire plus, ni individuellement, ni quand elle s’arrange en couple. Cette désérotisation est elle-même une protection, elle est déjà extrêmement nocive, mais les femmes, jeunes et un peu moins jeunes déjà, s’en sortent un temps, au moins jusqu’à un enfant, et n’ont pas encore compris où était le problème. Les hommes, eux, ne s’en sortent pas.
Les amantes devenues mères, enfin, elles, vont s’énerver, parce que, cette fois, il y a bien un poids de chair, et frêle ou pas : il faut le porter. Elles l’ont bien porté, elles. À nouveau, rien ne dit, dans la société, d’où vient l’incapacité à former un couple correct qui résiste à l’épreuve d’un enfant rien ne prévient, et personne ne mute soudain à son approche. Aucune ressource ne vient repousser une faiblesse tendance, la mode du saule. Aucune responsabilité, même celle d’un enfant, ne vient armurer un corps qui, par nature, a tous les droits de ne pas être celui d’un gladiateur, ça, bien sûr, mais, cette fois, par devoir, doit pourtant le figurer.
C’est là, que tout commence à grincer, que les femmes soupirent et soupirent et soupirent, ne parvenant toujours pas à comprendre qu’une société ne leur permette pas d’avoir un autre choix que ce « genre-là » de père. Mais ça ne va plus. Cette fois, la faiblesse met tout simplement en danger leur propre enfant. Et le pire de l’aveuglement sociétal est que même si leur enfant est un fils : elles ne se poseront jamais la question du modèle du père. C’est fascinant, d’ailleurs. Et c’est révélateur.

Éjecté, le pâle incapable. Dans la semaine, il sera dans le lit d’une autre, deux ans après, avec celle-là ou pas : un enfant. Et re-éjection. Une norme. Les femmes se passent entre elles, même entre amies, leurs donneurs et sans même (soi disant) conscience que c’est à ça qu’elle réduise le pantin dont elles s’affubleront. Il sera de toute façon jetable, remplaçable, il n’a plus rien, rien, rien, d’obligé, d’impératif.
Jamais au moment du nouveau couple, elles n’admettront qu’elle couche avec ce qu’une autre à jeter, elles mépriseront, d’ailleurs, la précédente. Mais elles comprendront vite quand même. Ce n’est pas si grave. Aujourd’hui, tout le monde reste amis quand même. Les familles s’étendent de 1 à 2 à 4 couples, ont 2 ou 3 belles familles.

Par défaut, un homme trouvera une place. Par lassitude de la dernière compagne, par manque d’argent pour continuer à faire et défaire des essais, des tests de familles, aussi. Il n’est même plus utile de faire croire qu’on veut du pérenne. Ce n’est pas beau du tout. Ce n’est pas méchant, ce n’est pas forcément dur ou violent, il n’y a même pas forcément de cris, de batailles, d’avocat. Tout le monde a laissé tomber. L’errance gère les rencontres : on se cogne un l’autre, par hasard, et on y reste pour faire cesser le ballottement, une solitude, mais on ne s’aimante plus.
Le manque de puissance d’union, dans les couples actuels, ne peut pas ne pas trahir une intimité lamentable, des cerveaux bouffés par autre chose que même chercher le repos et le bien-être. L’absence inouïe de joie, tout simplement de joie, dans les couples et les familles, trahit au niveau des adultes les composant, un manque de plaisir aussi, de complicité douce, de tendresse, de bonheur à la con d’être à côté de ce corps-là, de vivre une vie en alliance avec lui.
Personne ne croit dans un monde où tous se marieraient dans un bonheur naïf, à vie, la jolie mariée fine et gracieuse et le prince, son épée au flanc. Le problème n’est pas là et tous les formats peuvent se rendre plus que compatibles et pratiquement, et habillés, et nus, et dans le dialogue, et dans les convictions, et dans les coups durs, et dans les grandes joies : encore heureux, un être c’est autre chose que son enveloppe, et ses talents, compétences, peuvent être telles que l’enveloppe même ferait presque sourire de ne pas être le reflet d’autant, c’est à ça que sert un regard, ou un sourire, à révéler ce qu’une longueur de jambes ne livre pas forcément comme qualités. Mais ça, ça vaudrait comme défense d’une société basée sur l’apparence, or, quoi qu’en pense le populaire, ça fait longtemps qu’elle n’existe même plus. Sinon, elle, elle ferait un tri. Elle, elle pousserait à prolonger la comédie, du couple et de la famille. Mais non.

Un garçon naît, depuis 50 ans, dans un monde, en occident, et en France c’est hurlant, où, avant tout, il n’aura plus droit à une représentation, et la dernière tendance est de lui laisser de choisir de quel sexe il sera, quand il sera assez grand pour décider, ou quand l’air qu’il respire aura fini de le façonner. Avec une vitesse irréfléchie, la société a été dressée pour mettre en valeur le féminin. Toute sa com’, tout son loisir, particulièrement pour la jeunesse, repose d’abord sur le pouvoir féminin : les petites filles sont les héros, joueront au foot, tout doit être mixte, il n’y a d’ailleurs même plus de prince, dans leurs contes, mais des adjuvants, au même niveau qu’un bonhomme de neige ou qu’un renne : il n’y a plus rien qui induise un couple hétérosexuel dans la représentation pour l’enfance, et ce n’est pas du tout pour ne pas écarter l’homosexualité potentielle, c’est définitivement pour ne jamais que l’élément féminin soit rabaissé à n’exister que dans un rapport « couplé » avec un autre, masculin. On préférera l’enlacement de deux sœurs enneigées, à la limite du malsain, voire malsain, plutôt que le balourd figure une présence forte, admirable. Le masculin a encore le droit d’avoir de l’humour, c’est à peu près tout ce qui le préserve de l’extinction et pas mal de femmes ne couchent plus qu’avec ça, qui sauve encore toute l’incompétence sinon. Dans les fictions dominantes internationalement, prenons un Disney, Maléfique, avec Angelina Joli, la Belle au bois dormant ne pourra être réveillée que par « un baiser d’amour vrai » : ce sera celui « maternelle » de la fée Maléfique. Le prince est un figurant, recalé, son amour pas assez puissant, pas assez vrai, il sera ridiculisé, il n’était qu’apparence, mais ne sert à rien. À nouveau, l’érotisme très douteux repose sur l’élimination réelle du masculin, mâle et héros. Et la femme se place en tant que fillette, jeune fille, mère ou affiliée comme étant la seule réponse, jusque sexuelle, finalement, qu’elle puisse s’apporter à elle-même.
Sinon, y a Shrek. Les Schtroumpfs sans queue avant, les emojis, et le succès du « pou », « caca » en emoji n’est pas la moindre preuve de la perversion à l’œuvre dans la désexualité générale, notamment masculine.

La liste est longuissime des produits de com’ fictionnelle pour filles qui explosent les budgets, elle tient sur un post-it pour les garçons. À l’école, sur les 20 dernières années, déjà 5 ou 6 tentatives de remaniement de l’orthographe avec suppression du genre. À nouveau, ce n’est pas du tout en faveur d’un équilibre des sexes, mais pour faire dominer le féminin. Les garçons sont éduqués en arrière-plan, ils doivent céder la place et se nier, sans le savoir, en tout, même au niveau des compétences naturelles supérieures, de leurs gènes même, et oublier leur éventuelle corpulence et musculation de force « natives », mais aussi la composition physique, connue, indiscutable, de leur cerveau différent constitutivement du féminin. Ils doivent penser en fille, pour les filles, après les filles, en tenant compte, toujours, toujours, qu’elles sont égales et en fait, supérieures. Et jusqu’au niveau de leurs jeux de garçons.

Sur 50 ans, toutes les actions menées en faveur de la supra-invasive et vengeresse, bête, violente, aveugle, excessive jusqu’à la destruction, libération de la femme l’ont été par force au détriment du « garçon », puis du jeune homme, puis de l’homme, sans que, dans le sens inverse, d’homme, à jeune homme, à garçon, l’homme étant devenu père, la moindre possibilité de préserver un statut jugé archaïque soit possible. L’idée même ne lui vient plus. Connement parce que c’est un homme et qu’il n’a jamais eu à penser et se battre pour sa survie que face à d’autres hommes, jamais face aux femmes. « Se battre contre une femme » n’avait que trois versions : mythiquement physique, genre les amazones de toute sorte, avec une certaine égalité guerrière, ou dans la vraie vie : moralement vouée à l’échec : à cause de la perfidie féminine, ses stratégies impossibles à prévoir pour un homme, son art du jeu, et qu’elle fasse chier, tout simplement avec ses conneries, elle dit ça pis après elle change, hein ! : le quotidien du ménage de base et son lot d’incompréhensions et de petites batailles, et jamais tout ça n’avait à aller jusqu’aux coups, d’ailleurs ; et enfin celle professionnelle, à rang égal. Toutes les autres étaient et sont inadmissibles, point. Parce que le « contre » n’existe pas, physiquement, le déséquilibre est trop terrible.
Mythiquement : les amazones ont gagné, et pas parce que leur reine a cédé au roi guerrier, mais parce qu’elles l’ont écrabouillé, écartelé, fait cuire et bouffé. Dans la vraie vie, l’homme a tort, point. Et il ne sert plus à rien. Son fric pour le ménage n’existe plus, les femmes ramènent le même, leur indépendance est totale, elles jouent, avec leur premier couple, aux saynètes d’engueulades, mais ça ne dure pas, elles jettent. Professionnellement, à rang égal, le combat continue, mal, pervers, et les lois forçant l’égalité, en nombre, faussent énormément le jeu de la compétence. Celle-ci retirée pour raison de volumes égaux, la vraie égalité professionnelle ne sera plus mesurable, pas tant, en tout cas, que les femmes croiront que c’est leur nombre équivalent qui leur faciliteront la vie professionnelle, ou politique.

Ce qui n’a pas changé, curieusement, c’est l’inadmissible. Or les ordures qui frappent, aujourd’hui, sont les mêmes qu’hier. Que toujours. La mutation sociétale, la guerre des femmes, l’effacement du masculin, l’égalité légiférée, rien n’a fait reculer, nulle part, internationalement, le mal fait aux femmes séculairement. Le combat des femmes occidentales, pour « elles », est tel qu’il est peut-être nocif aux autres femmes, d’autres cultures. Ni les unes, ni les autres n’en ont forcément conscience.

Le jeune homme qui se tient dans la société, aujourd’hui, ne peut plus, de rien de lui, l’affronter. Il n’a plus les moyens, et il ne sait même plus qu’il les a perdus, qu’on l’en a privé, que son développement a été vrillé, tassé, non préféré, minimisé. Ainsi que tous les vastes et inconnus problèmes sociétaux actuels, ça ne s’est pas fait en un an, ni sur un seul axe, ni dans un seul domaine, mais par accumulation.

Les femmes, et ça date, ont d’abord commis l’erreur, pour demander leur égalité « intellectuelle » et « culturelle », de s’habiller et se conduire en homme, en fumant le cigare, en pantalon. C’est par l’apparence qu’elles ont défendu leurs compétences. Elles se sont rendues visuellement égales. Leur combat, plus tard, a toujours été à propos de leurs compétences « intellectuelles », le droit de vote était la volonté que soient admises une liberté de jugement, une conscience du politique et une capacité à comprendre, organiser et gérer les affaires de la cité et d’un pays. Les guerres ont démontré que les femmes pouvaient remplacer les hommes, dans les champs, dans les usines. C’est l’indépendance de leur temps qu’elles ont voulu ensuite conserver, la maîtrise de leur destin, de leur paie.
Quand et comment ce trajet de droit qui fait que je peux écrire aujourd’hui dans ce blog, a déraillé au point que l’égalité en fait jamais atteinte, et pire, à présent repoussée partout dans le monde, a décidé de se faire au détriment du mâle ? Quand le statut de l’homme et sa position en tout lieu de la société n’a plus été un idéal à atteindre, à égalité, mais uniquement quelque chose à détruire, poncer, couper, raboter, annihiler, nier ? Quand la femme s’est-elle tant déconsidérée qu’elle a préféré commencer à annuler les différences entre elle et son « ennemi », son challengeur, son ex-maître, en lui retirant ses spécificités, à commencer par celles physiques ?
Quelles femmes, de quelles générations, ont commencé ce travail de sape, et par quel type de femmes, de quel statut sociétal sont-elles suivies ?
Quelles femmes ont plus aimé leur cause que leur amant, ou leur fils ? Quels domaines d’expériences, quelle étendue de culture et de conscience, quel esprit stratégique historique ont-elles convoqués pour ignorer, sur des décennies, la métamorphose sans choix du masculin en une fragile structure indéterminable à présent, dont l’Histoire n’est qu’esclavage et soumission des femmes, dont les œuvres ne sont ( et ça date de Simone de Beauvoir) que négation et mépris du genre féminin, dont le corps n’est que brutalité, tas de viande qui ne sert même plus aux champs, dont l’esprit ne saurait avoir rien de supérieur DONC de différent, que celui d’une femme.

Aujourd’hui, l’incompétence et le désastre sur tous les plans privés du masculin est le secret, le malheur, la tristesse d’une majorité de femmes qui jamais, jamais, leur âge à l’appui, dans leur vie de femme, n’auront posé un geste pour obtenir ce que d’autres, leurs mères, leur auront livré avec fierté comme compagnon. L’homme d’aujourd’hui n’est en rien la création de celles qui, à présent, tentent de construire une vie avec lui, avoir un enfant avec lui et l’éduquer, poursuivre, peut-être, une vie avec lui. Elles le subissent, elles l’élèvent avec leurs propres enfants, elles ne tiennent pas longtemps, elles le larguent.
La société actuelle se défait : à cause de quoi, à cause de qui ? Les causes évoquées, individualisme, réchauffement climatique, facebook et Apple, en gros, sont réellement les bonnes ? Ce n’est pas infiniment plus simple, par hasard ?

Pourquoi les femmes abandonnent de sauver un couple, pourquoi à peine constituer faut-il d’ailleurs déjà le sauver ? Pourquoi, avec les raclées qu’ils se prennent, les hommes n’ont toujours pas compris comment on cuisinait, faisait le ménage, torchait les gosses ? Pourquoi ils se traînent, pleurent, tombent en dépression chronique, dès qu’il faut soutenir la moindre épreuve, même s’il s’agit de changer une couche ? Pourquoi leur taux de conscience baisse tant qu’ils ignorent leur propre état ?

Il finira par y avoir un mouvement d’hommes qui demandera l’égalité, une indéfinissable égalité : celle d’être peut-être au moins soi donc pas une femme. Par là, les mêmes hommes rendraient hommage aux femmes, d’ailleurs. Elles ne l’entendront pas comme ça. Le ridicule sera absolu, les femmes riront et ne comprendront pas cette audace ; elles iront s’en battre les côtes devant un verre, en pétant et en rotant en cœur, avant de s’ouvrir des bières devant le foot et d’aller casser la gueule aux supporters d’en face. Le lendemain, faut tondre et finir la charpente. Le soir, un porno. Parce que, un homme, ce n’est quand même que ça, on est d’accord ?

Rarement l’égalité a été vue et présentée comme l’idéal de deux idéaux, mais de façon générale, il s’agit plutôt d’obtenir ce que l’autre a, 100% de ce qu’il a, physiquement aussi. La quête de cette égalité-là, qui n’est plus de devoirs et de droits, mais de possession, est en train de prendre une dimension inhumaine, raciste, l’intolérance qu’elle prône est violente. Le mal qu’elle a déjà fait est inquantifiable. Elle est négationniste. Elle trahit que la bêtise, la haine, le mépris sont mixes. Elle n’est réellement pas la preuve d’une grande intelligence, elle trahit un manque de vision dramatique. Les hommes, qui, pour plaire aux femmes en tant que puissance de vote, puissance financière, aussi, ou qui sont encore assez con pour croire qu’ils sont ainsi tendance, l’avant-garde même, investi, courageux dans la cause, reconnaissant les premiers les sœurs comme égales et persuadés que l’égalité est LA paix de demain, ne sont pas forcément des bienfaiteurs de l’Humanité, ni des visionnaires, ni des grands esprits. Eux-mêmes ne voient pas l’échiquier entier, n’ont rien mesuré de la désertification du désir, de la désérotisation de générations entières : ça se paiera, dans l’avenir, et l’éthique s’en prendra plein la gueule. Et les femmes aussi, parce que la violence va s’étendre, ainsi que la perversité sexuelle.

La situation est telle, dans cette guerre à l’égalité, que massivement, partout, et jusqu’au plus haut niveau, la goujaterie, la vulgarité et la violence font un come-back incroyable, quelque part même pas : c’est assez inédit, en toute impunité. Les hommes de pouvoir sont des ordures, méprisant les femmes, les jugeant putes et pondeuses. Quel exemple pour les garçons ? Leur père banni, le mâle gras au pouvoir, un avenir de bœuf, la science faisant le taureau, tout leur demandant de disparaître en faveur du féminin qui leur est, malgré leur mutation, leur air de jeune fille à barbe, cette fois c’est certain : impossible à imiter. Ils ne seront jamais, jamais au niveau. Ils ont perdu conscience du plan. C’est l’errance, ils ne le savent même pas.
C’est aux jeunes mères de regarder leurs fils nouveau-nés, leur père venant le chercher plus tard, pour le week-end, enfin : pour le laisser chez sa mère, et de décider. Elles ont gagné. C’est dingue : elles seraient donc celles qu’elles ont toujours été, louées dans les romans, dans les mythes séculaires. C’est à elles, à présent, de recréer l’homme. Seul, il ne peut pas.
Pourquoi le feraient-elles ?

À demain.


* cet article fait partie d’une série de 31 commencée le 1er octobre, dans le cadre du challenge #INKTOBER 2019, détourné par clairecros.com | puck.zone | 17SWORDS | PUCK sur YouTube
Aujourd’hui THE OFFICIAL 2019 PROMPT LIST donnait le mot :
8_ FRAIL [frêle, faible, fragile]
Demain :
9_SWING [Bouger depuis un point fixe vers l’avant et l’arrière (batte, balançoire, porte,
voiture dans un garage, parapluie pliant), envoyer/balancer (un coup, son poing), passer d’un état à l’autre (humeur), mettre de l’ambiance (fête), arranger (un mauvais coup), façon de danser/musique jazz dans les années 30 et 40]





9_SWING
#INKTOBER2019 #SWING
October 9, Official 2019 prompt list: 9_SWING

Le swing Gilets Jaunes [9/31 #Inktober]


En avant, en arrière, en avant, sur les gonds grinçants du Présent, le mouvement Gilets Jaunes a réalisé l’exploit de devenir un concept dès le 17 novembre 2018, qui fait que son nombre, mercure politique, n’est d’aucune importance ; l’intérêt est qu’en entraînant les élites dans une endurante danse, il révèle leur manque de souffle, muscle et souplesse, pas depuis 11 mois, mais 50 ans.

Les élites [intellectuelles, culturelles, politiques, et, adjuvantes : médiatiques avec la limite que celles-ci n’ont pas constitutivement à être productrices d’idées, ni à argumenter un engagement, ni à conduire une révolution] ont massacré le sujet Gilets Jaunes avec une belle panique. La bêtise de leurs réactions, dès l’apparition du mouvement, a été exponentielle et d’une gravité dangereuse. Le mouvement est resté un mystère, malgré l’énormité de la production tentant de le cerner : documents, études, enquêtes, tribunes, émissions, débats, interviews, et même garde à vue ou procès. Il a échappé à tous les Saurons.

[note : Je mets de côté, ici, l’énormité du manque de conscience réactive des élites devant les uniques premiers énoncés des Gilets Jaunes : je ne peux pas nourrir mes enfants, je ne peux pas me payer un toit, j’en ai marre de ne jamais savoir de quoi demain sera fait. Énoncés qui, seuls, auraient dû faire couper les moteurs et taire les egos.]

À peine on le saisissait par un bout, essayant de conclure à l’ensemble, que le mouvement reculait, sans même faire contrepoids, en se foutant de se défendre, de suivre, de se mettre en harmonie avec cette foule d’observateurs et de commentateurs autour de lui. À peine on lui désignait un chef, qu’il avançait sans lui. On lui demandait un dossier de tableur, une organisation, une syndicalisation, une partition, et le big band enchaînait sur de l’impro.
Les « bons sauvages » n’ont jamais exécuté les tours attendus, comme s’ils ne comprenaient pas la langue dans laquelle on s’adressait à eux ; le mouvement a méprisé son public parce que, lui, n’était pas sur une scène ; il a balancé des coups sans prévenir, avec individualisme, sans jamais prêter attention réelle à la présence d’un adversaire, à son potentiel, son palmarès, sa technique, son placement ; il était incongru comme un golfeur au milieu d’un match de foot, une foule de photographe lui désignant désespérément les buts, alors qu’un joueur envieux, perso, avait volé le ballon et décidé qu’il s’agissait d’un match de basket, dribblant seul, appelant toutes les 5 minutes comme un gosse qui ne sait pas comment se faire remarquer : « t’as vu comme je fais bien, t’as vu comme je fais bien ? », applaudi par ses hooligans. Un show à hurler de rire, sauf les coups, qui s’est prolongé, sans rappel pourtant, jusqu’à la lassitude, surtout des coups, mais aussi de ce statut de « mystère ».

« Qui sont les Gilets jaunes ? » une phrase répétée des milliers de fois, partout. La question n’a jamais obtenu de réponse. La question est : si personne ne savait qui étaient les Gilets Jaunes, sans avoir du tout à chercher, alors qui est le reste de la société ? Si personne ne savait, en novembre 2018 qui était 0,6% de la population, alors, qui sont les 99,4 autres % ? 99,4 %, comme les 0,6, d’ailleurs, de tous les âges, toutes les générations, toutes les professions, toutes les origines, tous les statuts.
Quand l’immature vieillard de l’Élysée, d’un ton joué, a voulu faire passer pour une découverte « avec humilité » son inconnaissance de l’existence de « femmes seules avec enfants », sa démission aurait dû être demandée par les élites. Sauf qu’elles non plus ne savaient pas, pour ces fameuses « femmes seules avec un enfant. » C’est si nouveau, d’ailleurs, c’est normal, aussi, de ne pas être au courant. Quelques siècles, merde, on peut leur laisser deux secondes, oui ? Et ce n’est pas non plus comme si la littérature, le théâtre, la musique, …le christianisme, en avaient fait, un jour, un sujet. Bordel, quoi, comme dit l’autre. Enfin, heureusement, avec la PMA, un problème sociétal devient un choix privé, l’État n’a plus à s’en mêler.

L’année qui va bientôt être comptée, de novembre à novembre, va appeler une masse, à nouveau, d’articles et d’émissions. « Gilets Jaunes : un an après », on voit ça d’ici. « À LA RENCONTRE des Gilets Jaunes, un an après », pour la 365e fois.
Sur l’année, après un sursaut qui ne leur pardonnait rien, les élites auraient dû, par honneur (je sais, Fasse DeBouc : lol), ou laisser leurs sièges et micros, ou entamer, un peu en aveugle s’il fallait, le montage de barricades conceptuelles pour préserver le mouvement Gilets Jaunes, le mettre à l’abri de la hargne, de la haine, et des chocs, en tant que système vivant innocent, et le remplacer par des idées, engagées évidemment, ces trucs, là, qui peuvent supporter la torture sans saigner, drôlement utiles.

Il n’y a qu’un œil intellectuel qui pouvait, plus vite qu’aucun média et pire aucun politique actuel, observer dans le mouvement Gilets Jaunes cette façon d’aller d’avant en arrière, chaque samedi, depuis un point fixe, sans que rien de platement définissable, existant de façon définitive, nettement, et certainement pas unithématique, comme un vent politique, ou économique, ou syndical, ne le pousse à ça, rien, que lui-même, en lui-même, puis de déterminer, aussi, quel était ce point fixe, et de comprendre qu’il s’agissait du temps même que nous sommes en train de vivre.

Dès lors, les élites convoquaient « le présent » et le mouvement Gilets Jaunes mutait dans la seconde en concept et le problème devenait gigantesque, sa résolution vitale. Il avait même ainsi un lien avec les manifestations à Hong Kong, et toutes les autres, à l’échelle planétaire.

Mais les élites, de même, par leur statut universel, et leur devoir de surpasser l’instant pour le considérer ne valant que parce qu’un instant dans le ciel d’une multitude d’autres, et en tant que scientifiques, auraient dû se délester du leurre de la petite histoire « qui sont les Gilets Jaunes », et s’inquiéter de ce mouvement, et s’interroger : pourquoi il ne s’arrêtait pas, sous aucune pression (et encore une fois, peu importe le nombre). Pourquoi le mouvement semblait traverser ce qu’on lui opposait, comme s’il ne sentait pas sa résistance, comme s’il n’entendait pas les ordres, comme si ça n’existait pas, et pourquoi tous ceux qui tentaient de le saisir refermaient la main sur du vide. Pourquoi aucun contrepoids, pourquoi pas de logique action/réaction, pourquoi il pouvait sembler que mouvement et politique ne se reconnaissaient pas matériellement, fantôme l’un pour l’autre ? Les élites auraient pu trouver que c’est parce qu’ils faisaient partie de deux temps différents, mais pas encore « distincts », puisqu’ils se rencontraient bien de la pire manière dans la violence. Il y avait un seul point commun, où un temps rencontrait l’autre : la violence. Il faut quoi, aux élites, de plus, pour froncer ?

À quel moment cette violence existait ? Quand le mouvement allait de l’avant, ou quand il allait de l’arrière ? Les deux. La violence continuait en prenant la forme de la persécution, d’une perversité administrative. On peut donc imaginer conceptuellement que le mouvement s’arrêtait parce qu’il allait taper au bout de ces deux possibilités de jeu contre quelque chose d’équivalent : qu’il se déplace sur des boulevards jusqu’à se cogner à l’État, qu’il rentre chez lui jusqu’à se cogner à l’État. Donc l’État participait de cette fixité depuis laquelle le mouvement se faisait : le Présent. Et donc le mouvement balayait un espace temporel autre. Lequel ?

Mouvement « historique », l’expression a souvent été employée, personne n’aurait su intellectuellement expliquer pourquoi. En fait, même non intellectuellement.
En faisant jouer ce dont elles sont gardiennes, Histoire, littérature, philosophie, les élites auraient pu tenter de comparer le mouvement à, formellement puis fondamentalement, tous les types protestataires, de la manif’ scolaire à la révolution la plus puissante et décisive en passant par les grèves et mutineries, à travers les siècles, et de façon internationale.
Dans cette comparaison, les élites auraient cherché si ailleurs, à un autre moment, ce mouvement avant/arrière, depuis une fixité, avait existé. Ils auraient trouvé que non. Par défaut, alors, le mouvement Gilets Jaunes avait un caractère historique inédit, oui. Ça n’expliquait pas ce qu’il était, mais dire ce qu’il n’était pas était déjà ça. Et le mot « inédit » interpellait bénéfiquement, autorisait les esprits à faire preuve d’invention. Quel, sans être un high-functioning sociopath pour autant, esprit, disciple par profession du doute, de la recherche, de l’esthétisme le plus pur au scientifique le plus impartial, ne serait pas passionné par l’apparition d’un mouvement inédit ? Qui sous-entend donc « problème inédit » et donc « solution inédite » ?

Hé bien, ceux d’aujourd’hui.
Et le président d’aujourd’hui, ce qui démontre, s’il était encore besoin, qu’il n’a aucune vision, mais pas plus de talent pour la tyrannie non plus, ni même le politique pur.

À la décharge du politique, et je me force à l’écrire, il n’avait pas, il n’a pas à avoir cette capacité-là : le recul suffisant. Il n’a pas à faire appel à une somme de connaissances indénombrables pour vite comprendre, conceptuellement, à quoi il a à faire ou pas. Il ne peut pas quitter la matérialité même de sa fonction pour tout d’un coup aller jusqu’à, si cette fonction ne repose plus sur aucune connaissance réelle, sue, référencée, admettre qu’elle n’a plus de raison d’être, que sa place est factice, que tout ce qui la concerne est quelque part faux, ou en tout cas absolument pas à jour, et que, donc, tous ces actes, toutes ses décisions, ne peuvent eux-mêmes qu’être faux, inadaptés, et s’adresser à quelque chose qui n’existe pas plus.
Le politique ne peut pas se couler seul, tirer sa révérence, s’excuser et quitter sa fonction. Ça, il peut le faire, un, quand les couilles pour ça, soit de l’honneur (re-lol), mais surtout, deux : quand le système d’incompatibilité est parfaitement défini, parce que la société même est parfaitement définie et que tout entière elle dit : casse-toi.
On peut en être à regretter une époque où on était sûr de virer des gouvernants de valeur puisqu’ils comprenaient pourquoi ils devaient partir. À présent, on est sûr de laisser en place l’incompétence totale.

Mais quoi qu’il en soit, le politique ne peut s’exclure devant un problème que lorsqu’il est défini. Et c’est presque, finalement, la seule mascarade éhontée du président via son « mon grand non-débat à moi entre moi et moi parce que je serai d’accord avec moi», qui a masqué la réelle problématique de l’indéfinition du mouvement Gilets Jaunes. Son hystérie de mise en valeur personnelle est tout de même exceptionnelle : on a fait croire, au mieux, qu’il s’agissait d’une manœuvre pour détourner l’attention médiatique et (grand bémol) de la société, du mouvement. Et donc, il a été cru par tout le monde, dont le mouvement Gilets Jaunes, que le président « savait » pourquoi il fallait détourner l’attention, et de « quoi ». Mais alors, dans ce cas, pourquoi personne n’en a parlé de ce « quoi » et du « pourquoi » ? Et il se pointe à son auto-conclusion le 16 avril 2019 en commençant par donner un coup de batte dans le visage de cette Marseillaise de l’Arc de Triomphe, en lançant joyeux (et gravement humble) qu’il n’était pas au courant de cette histoire de « femmes seules avec un enfant. » …Okay, donc il ne savait pas du tout « pourquoi », ni de « quoi ». Il l’a dit. Il l’a dit devant tous les journalistes et en live, devant toute la société : je ne sais absolument pas qui vous êtes et je m’en fous, moi, grave et humble, et profond. Mais là où ça devient stupéfiant, c’est que personne, alors, n’est reparti en arrière, pour mieux revenir en avant, l’arrêter net et lui dire : Okay, alors on recommence, ou mieux : on arrête là. Dégage.
Ce seul point-là aurait dû alerter les élites, même si elles avaient raté tout le reste.

Le président a seulement vu qu’il n’était pas le centre de la fête, ni celui qui mettait l’ambiance, alors il a créé sa propre fête avec obligation de le louer si on voulait y participer, il a dansé et gigoté et fait un tas de karaoké tout seul, atteignant un ridicule public de 100%. Les élites l’ont bien vu, ça, elles ont même été invitées à y participer, passant à l’humilioir pendant 8 heures. Elles y étaient. C’était énorme, c’était grotesque, c’était digne, uniquement, d’une mauvaise fiction. Une boom à l’ancienne, de collégiens, tous les invités gênés mais tenus d’être là, à cause du chantage de la popularité, regardant l’hôte hystériquement danser seul, s’amuser seul, persuadé que sa fête est réussie. Que font des adultes à une boom d’ado sur fond de Foule Sentimentale ou Je danse le Mia ?
Il n’y a eu « détournement de l’attention » que par jalousie. Une jalousie envieuse de gamin auquel aucun adulte ne sera parvenu à lui faire comprendre ce que signifiait « non », par contre lui sait comment le dire à tous les adultes et c’est sans discussion.
Il n’y a aucun, zéro, politique là-dedans. Les élites auraient dû ignorer le grand débat. Elles n’auraient pas pour autant perdu leurs micros, au contraire. Pourquoi ne l’ont-elles pas tenté ? Par chantage, par crainte, par pressions ? J’ai peur que non.

Il y a cette histoire de « qui sont les Gilets Jaunes ? » Mettons que je tolère de le détacher de la suite logique que je ne cesse de répéter depuis « alors qui est le reste de la société ? ». Il est exact que le mouvement des Gilets Jaunes n’a lui-même pas connaissance de ce qu’il est, je ne parle pas des situations une par une, mais du mouvement : quelque chose qui va d’avant en arrière depuis une fixité. Lui-même n’aura jamais les mots stricts pour se définir. Mais, d’une part, ce n’est pas à lui de les avoir, de faire son analyse, d’autre part ça ne lui retire pas son existence. Qu’il soit un mystère à lui-même, conceptuellement, ne doit en aucun cas être le prétexte pour l’ignorer, l’humilier et le traiter avec désinvolture et violence. Un enfant est un mystère à lui-même, un nourrisson braille et n’expliquera pas en assemblée pourquoi, le battre pour qu’il arrête est impensable, mais discuter avec lui aussi, il faut d’autres façons. Un symptôme peut très bien être celui d’une maladie inconnue, auto-immune, rare. Ce n’est pas parce que le symptôme est incompréhensible qu’il faut nier l’inconnaissance de la maladie.

En tout, mais vraiment tout, le mouvement Gilets Jaunes a été traité, physiquement ou du dessus des plus hauts pupitres des élites comme si nous n’étions pas en 2019 mais dans des temps primitifs. Forces de l’ordre suivant les ordres ou philosophes, même attitude : frapper. Hommes de lettres, de sciences : prendre peur, nier, rire. Les réactions ont été celles d’esprits primaires, racistes, devant l’inconnu : attaquer, juger sans procès, condamner, lyncher, tuer. De près ou de loin, tout n’a été que sentence immédiate contre l’hérésie.

Bientôt un an après, il n’y a pas eu d’évolution : ça barjote de tous les côtés encore, les médias alternatifs ne lâchent pas l’affaire avec un art de la plomber et de la rendre grossière assez remarquable. Il y en a un qui s’ennuie ferme d’où sa tentative, cette été, de faire passer le message « allez, encore » avec son «Je ne crois pas du tout que ce qui a un moment créé la colère sincère d’une partie de la population soit derrière nous », comme ça, il fait à nouveau croire qu’il sait de quoi il parle.
Entre-temps, aucune honte médiatique, ni politique, ni intellectuelle à parler l’air de rien, et de très très loin, d’un ton léger, en passant vite, des manifestations à Hong Kong. Sans le mouvement Gilets Jaunes et son traitement « inédit » qu’auraient vraiment été les réactions des intellectuels ? Ils se sont seuls gâché un sujet en or, hein ?

Il reste un angle d’analyse qu’ils auraient dû aussi découvrir : si le politique était en train de s’établir sur une société inconnue, c’est qu’elle n’était donc relayée par aucune analyse depuis autant de temps que la moyenne temporelle de toutes les générations la composant : 50 ans.
Ce chiffre ne renvoie qu’à une seule date : 1968. La plupart des personnalités qui seules ont le droit de l’ouvrir encore à l’intérieur de la zone ultra-protégée, hérissée de pointes vers l’extérieur qu’est l’intelligentsia française, ont dans les 70 ans. Ce n’est pas leur âge qui est en cause, c’est la distance-temps parcourue en tant qu’adultes pendant laquelle ils n’auront JAMAIS eu la moindre analyse de la situation sociétale. Il n’y a pas d’instant t, « Et soudain, les Gilets Jaunes », il y a un volume temporel « et donc les Gilets jaunes ». Mais comment définir une conséquence quand on ne sait rien d’un état dont on pourrait, grâce au mouvement même, le déterminer comme causes ?

Le mouvement Gilets Jaunes, de façon réelle, personnelle, pour sa partie visible, a montré son désespoir, sa tristesse, son épuisement, son flottement, après s’être drogué à sa propre énergie, à sa joie aussi, cet écart devrait être aussi un crève-cœur pour les élites et retenir leur attention. Mais conceptuellement, l’humeur du mouvement a été invariable et rien n’est mesurable de la partie invisible, rien. Ce qui devrait aussi créer de la méfiance : « inédit » pourrait bien prendre encore une autre forme.

Le point de jonction entre le mouvement Gilets Jaunes (+ tous les mouvements à qui ont refusent l’adjectif révolutionnaire) et le Présent détermine qu’il fait partie d’un temps qui lui est une tangente ; conceptuellement, la suite de l’Histoire passe par elle, elle se fera donc sans les élites actuelles, puisqu’il semble réellement qu’elles n’y tiennent pas.
Et le conditionnel passé attaché à leur attitude, « auraient dû », est trop nombreux, les angles d’attaques ignorés trop aigus, le manque d’interventions d’urgence trop grave pour qu’elles puissent jamais se justifier de leur manque de swing.


À demain.


* cet article fait partie d’une série de 31 commencée le 1er octobre, dans le cadre du challenge #INKTOBER 2019, détourné par clairecros.com | puck.zone | 17SWORDS | PUCK sur YouTube
Aujourd’hui THE OFFICIAL 2019 PROMPT LIST donnait le mot :
9_SWING [Bouger depuis un point fixe vers l’avant et l’arrière (batte, balançoire, porte,
voiture dans un garage, parapluie pliant) |  envoyer/balancer (un coup, son poing) | passer d’un état à l’autre (humeur) | mettre de l’ambiance (fête) | arranger (un mauvais coup) | façon de danser/musique jazz dans les années 30 et 40]
Demain :
10_PATTERN
[motif (design, déco), marque (sur animal) | modèle/méthode (industrie, contrat) | échantillon/coupon/gabarit/patron | disposition/configuration/arrangement/système (d’éléments) standard ou répétitif/récurrent (chimie, nature, analyse, médecine)]



10_PATTERN
#INKTOBER2019 #PATTERN
October 10, Official 2019 prompt list: 10_PATTERN

Silence | inertie, motifs récurrents de la société totalitaire [10/31 #Inktober]

La société totalitaire présente une telle régularité condensée, étendue à tous ses constituants, des symptômes de son état qu’ils ne sont plus discernables. L’externe visible, mais l’interne aussi, individu par individu, de la société totalitaire, équivalent à une laque, miroir. Quoi qu’on dise qu’est, que pense et ressent cette société : elle le reflétera.*

Sauf peut-être si ce qui est dit est « nous sommes, pensons, faisons, ressentons un totalitarisme sociétal », et si on ajoute « une de ses conséquences immédiates, irrévocable, naturelle, constitutive, est la mise en place d’un régime totalitaire, involontaire et pourtant permis, soutenu, souhaité. »

France Culture vient de notifier, dans son fil, une citation de George Orwell : « Un peuple qui élit des corrompus, des renégats, des imposteurs, des voleurs et des traîtres n’est pas victime ! Il est complice. » Alors, déjà, la citation, qui date, ce serait bien de le dire parce que tout est là, hein, un p’tit peu, des alentours de 1940, est : “A people that elect corrupt politicians, imposters, thieves and traitors are not victims... but accomplices.” Je n’ai pas l’original, mais je voudrais savoir d’où sort le « renégats », absent dans la totalité du monde anglo-saxon, et le « ! » dans la version française. Et pourquoi « politicians » a disparu.
Orwell a aussi dit, entre autres, parce que les citations célèbres sont très nombreuses, "The further a society drifts from truth the more it will hate those who speak it” soit, à peu près : « Plus loin dérive une société de la vérité, plus elle haïra ceux qui “la parle”. » La vérité est ici considérée comme une langue.
Une société, si totalitaire, n’est pas complice quand elle met au pouvoir des politiciens imposteurs, elle est réellement victime, pas d’eux dans un premier temps, mais d’elle. Et une société, si totalitaire, ne hait plus rien. C’est bien le problème. D’un autre côté, une société, si totalitaire, ne peut plus distancer la vérité, pour elle : elle est vérité, elle n’a aucun moyen de dériver.
[Orwell a pourtant raison et son génie est invincible, la variation que je donne à ses paroles est démontrable par les dates, parce que nous sommes en 2019, mais je n’aurai pas la place ici de la démonstration, chaque chose en son temps.]

J’ai su déclencher de la haine, destructrice et d’une violence terrible avec la publication de Blanc, mais c’était en 2004. Si ce roman, (dans sa forme d’alors que je ne reconnais plus**), s’est fait tuer dans la seconde, c’est parce qu’il n’a pas atteint la société. J’en suis persuadée. Sinon, je n’écrirais pas dans ce blog, 16 ans après, à connement ne pas en démordre. Dans Blanc, je présentais le concept de société totalitaire, mais j’insiste : il n’a jamais eu l’occasion, à sa sortie, de rencontrer personne d’autre que le monde éditorial, culturel et médiatique. En 2004, la société était déjà dans un état totalitaire, une démocratie totalitaire, mais elle n’avait pas encore positionné un régime totalitaire. Par contre il y avait, préservés, des lieux de haine, viscérale : édition, donc Culture, et médias culturels. Autre chose : la haine n’a pas été la réaction au réel « fond » de Blanc, mais bien plus à sa « forme », et que son auteur ne soit « personne ».

Le totalitarisme sociétal ne s’étend pas dans une société saine, animée, réactive, agitée par sa conscience, normée par le haut par ses connaissances, veillée par son intelligence, travaillée de sa base et jusqu’à ses rêves, par ses entreprises, ses désirs, en révolution éternelle et irréfléchie, par ses évolutions cycliques d’abord purement naturelles, le grandir, le s’unir, l’enfanter, grandir à nouveau, et ensuite manufacturées, scientifiques.

Le totalitarisme sociétal n’est pas un état qu’on distingue en comparant deux états de la société dont on déciderait que l’un –existant au même moment qu’elle– est sa norme. Il n’existe aucune norme sociétale que dans les idéologies. La norme sociétale est fantasmagorique car effrayante à penser. Elle est une facilité, parfois, inventée par le politique, mais de manière réelle, elle est impossible.

On ne peut donc diagnostiquer un état sociétal totalitaire ni en se référant, forcément quelque part dans le passé, à une quelconque société qui aurait démontré un unisson de bien-être et d’activités désirées (parce que ça reviendrait à la croire un parc de naturistes houellebecquiens), ni à un idéal d’organisation complexe, forcément dans le futur, non que cette référence-là ne soit pas pensable mais elle n’appartient pas à l’Histoire, pas plus au présent, elle se trouve dans un temps, même conceptuel, inaccessible, donc impuissant, pour la bonne raison qu’une société totalitaire n’espère plus et ne sait pas qu’elle n’espère plus. Il n’y a pas d’avenir à une société totalitaire mais son éternel présent.

Toujours, la complexité de l’analyse de la société totalitaire proviendra de récurrences réellement encombrantes et, évidemment, totales : parmi elle, silence et inertie. Beaucoup de choses se passent en cette société sans qu’elle le sache. On lui dirait qu’elle répondrait « c’est faux » et qu’elle ne saurait pas qu’elle répond ça. Partout où la recherche se retourne, la société totalitaire nie sans le savoir, n’avoue rien, se tait, ne bouge pas, ne sait pas du tout qu’elle nie, se tait, ne bouge pas. Tout en elle lui fait croire qu’elle est bien une société, en train de vivre, progresser et même s’amuser, pourquoi pas. Tout. Le temps passe, les enfants grandissent, comment pourrait-elle croire qu’en fait, non ? Tout en elle, par individu, jurerait avec la meilleure foi que tout ne cesse de bouger, et même d’aller de plus en plus vite, c’est vrai, c’est là, les preuves sont indénombrables : alors comment imaginer qu’absolument pas ? Que le statisme est uniforme ? Que le progrès est un leurre ? Au-delà de ce que le bon sens commun rabâche « tu parles d’un progrès, c’est dix fois plus compliqué/lent / on dit que c’est le progrès mais il n’y a rien qui change. »

Et c’est une autre problématique si on tente de présenter le concept de société totalitaire : la plupart des esprits associeront cette information à la critique générale connue, et très peu récente, qui se conclut toujours par un « c’était mieux avant ». Mais surtout, concernant les dernières décennies, c’est l’individualisme, l’égoïsme des « gens », et même le capitalisme, qui sera confondu avec le concept de totalitarisme sociétal. Spontanément, la société associera les grandes tendances et acquiescera avec évidence, et d’autant plus que, finalement, n’importe qui pourra disserter sur les thèmes : le repli des gens / le manque d’engagement / le chacun pour sa gueule / les gens te marcheraient dessus si tu tombais / les gens, c’est des moutons /personne n’en a plus rien à foutre de personne /les gens ne pensent plus qu’à consommer/ les gens sont infantilisés, abêtis / je ne sais pas où on va, mais on y va. On accusera, avec nostalgie « The Neon God » (le dieu néon) de Simon & Garfunkel (The Sound of Silence). L’ensemble existe dans sa version type « tribune », toujours un peu mieux dit mais sûrement pas moins standard, et souvent, plus habilement, incluant l’avenir pour ne pas incriminer le présent, ainsi mille fois l’an on entendra et lira « notre société /époque a de grandes interrogations / nous vivons un temps d’incertitudes / j’appelle les Français à se réconcilier ».

Il existe une critique plus récente pour expliquer un état sociétal, que le sénateur Malhuret, avec une bêtise crasse, sûr de sa verve inédite, aura encore listée : c’est celle des réseaux sociaux, de la consommation à distance, la totalité du système « internet », couplé avec les pourvoyeurs de support à cette extension, portables, ordinateurs. Tout vient de là. Et une fois qu’on a dit ça ? D’un bar PMU au Sénat à Répliques sur France Culture ?

Comment alors, joindre la société totalitaire et lui parler de son état de société totalitaire sans que dans la seconde la société tout entière soit en train de parler jusqu’à la saturation, dire la sienne avec conviction, puisqu’elle ne se rendra pas compte qu’on n’entend, qu’elle n’entend, qu’un immense silence ?  Il faut « mettre en scène » la citation d’Orwell ? Il faut « créer » une distance entre « quelque part » et la société, il faut « créer » que la société soit en train de dériver, « créer » qu’elle s’aperçoive qu’elle dérive, et grâce à cette distance, lui faire admettre que ce lieu dont elle s’est éloignée : c’est la vérité, sa vérité, comme elle devrait être, sainement ? Sûrement pas, parce que c’est entre autres ainsi qu’a été constituée la société totalitaire. On lui a désigné une vérité « créée » si bien mise en scène qu’elle y a cru.

En théorie, c’était sans solution. Il fallait donc regarder la société, inerte, être conduite de façon insensée. Et parce que nous sommes en 2019, l’observer découvrir, trop tard, ce qu’elle aurait massivement détruit. Mais il y a eu le mouvement Gilets Jaunes. Et son concept, bien qu’absolument pas entériné, n’a pas été totalitarisé : parce qu’il ne peut pas. Il est donc un lieu en dehors de la société, d’où il a rejeté les médias, le monde des idées, la culture et évidemment la politique actuelle. Il a libéré sa place. Que ce soit lui qui dérive ou tout le reste de la société, qu’il se sache vérité ou pas, ce n’est pas un souci, c’est déjà incroyable qu’il représente une scission, une indépendance, dans la société, qu’il ait brisé sa « totalité ». Et que ce fait ait été, naïvement, parfaitement confirmé, par tous les médias, le politique, la société elle-même. La société totalitaire a bien admis qu’un bout d’elle s’était détaché d’elle. Elle est loin de comprendre que c’est sa chance, mais bon.

La réaction de la société a été particulièrement intéressante : en tant que société totalitaire, elle n’a pas bougé, elle n’a pas rejeté, elle n’a pas cautionné. Même pendant les pics de violence, d’injustice flagrante, on ne peut vraiment pas dire qu’elle ait fait masse, d’aucun côté ou d’un autre. …Mais elle a pris, infimement, presque secrètement, parti pour les Gilets Jaunes. Elle ne peut pas dire, réellement, pourquoi ; ses arguments étaient murmurés très bas et très primitivement. L’ensemble de la situation, de toute façon, manquait si cruellement de puissance d’arguments (et en manque toujours) que la société n’allait certainement pas les élaborer seuls. L’ensemble de la problématique du mouvement Gilets Jaunes est toujours à un stade particulièrement primitif, mais peu importe : la laque miroir de la société s’est troublée, une tâche est apparue. Elle ne forme pas encore un motif, mais son exception est considérée, en mémoire, et mieux : tolérée comme sans résolution aucune, encore. Non totélitarisable.

Finalement, le mouvement Gilets Jaunes, de façon pratique, n’est plus qu’échantillons, mais pas pour la société qui est parvenue à le figer si ce n’est en concept, disons : en gabarit. Elle parvient même à reconnaître que d’autres mouvements dans le monde tiennent du même modèle ; elle conçoit qu’ils proviennent tous, quelque part, du même patron, dont elle serait incapable de décrire les contours, mais elle ne met pas de côté qu’il soit taillé pour l’avenir.

Elle oscille devant un doute qu’elle n’a plus ressenti depuis tellement longtemps que c’est difficile pour elle de le systématiser, mais peut-être bien que tous ces mouvements, ici, en France, et au loin, sont vérités. C’est sa conscience qui lui souffle ce doute.
Toujours suivant Orwell, la société totalitaire a reconnu, de très loin, comme derrière un immense brouillard, que les Gilets Jaunes s’étaient attiré de la haine. La société l’a entendue, dans les médias. Pour le peu qu’elle s’est sentie en commun avec les Gilets Jaunes, je crois qu’elle a perçu que cette haine était aussi contre elle. Je crois aussi que celle qu’elle a ressentie, peut-être, contre les excès du mouvement, a trouvé soudain une tonne d’autres raisons pour s’alimenter, qui n’avaient rien à voir, mais qui tout d’un coup ont afflué, et qu’elle s’est effrayée seule. Je crois que la société a commencé à percevoir, brièvement, mais quand même, son totalitarisme, et qu’il lui a inspiré de l’effroi. Je crois qu’elle a le plus vaguement qui soit compris qu’en cas de problème, que s’il arrivait quoi que ce soit : elle serait seule, ou coupable, sans recours, je crois qu’elle s’est comprise paralysée, acculée, même si elle ne sait pas pourquoi ni comment, et qu’elle a compris que c’est TOUT ENTIÈRE, sans pouvoir rien faire contre elle, qu’elle pourrait plonger, chuter, se foutre en l’air pour des années.
De même, elle a compris que RIEN, en elle, ne la préserverait de ça, en aurait-elle conscience. Elle a peut-être commencé à percevoir son inertie, totale, et que quoi qui bouge d’elle, l’emporterait. Ce que n’a pas fait le mouvement Gilets Jaunes qui ne l’a précipitée nulle part : indépendant.
C’est très flou, et c’est vraiment de l’ordre du sentiment, les seules preuves de ça sont la tristesse, le silence et l’inertie de la société. Le silence et l’inertie sont faciles à reconnaître et mesurer, la tristesse est plus subtile à percevoir. Mais la société tout entière est quand même capable de dire « oui, je suis triste. » Si on lui donne l’occasion de le dire. Oh, « en colère contre le terrorisme », « scandalisée, choquée par le racisme ou l’antisémitisme » «triste pour des morts, un attentat » ça, elle le clamera sans problème, elle ira même en massif troupeau manifester haut et fort ces sentiments-là :  «  je suis ci, je suis ça ». Mais dire « Oui, je suis triste. » ? Et qui lui posera la question ? Et qui l’entendra si elle ne produit que du silence ?

Triste, ce n’est pas dépressif. C’est après la dépression. La tristesse, c’est une sorte d’usure, la marque d’un épuisement. Je crois que la société serait soulagée de pouvoir le dire. Mais à qui ?

Ici, je voudrais juste tenter, en exemple, de tracer une ligne ultra-rapide, démonstrative, pour expliquer comment le silence et l’inertie deviennent les motifs récurrents de la société totalitaire. Il n’y a évidemment pas une cause, mais des milliers, toutes liées et dépendantes les unes des autres, à la constitution d’une société totalitaire. Mais il faut bien commencer par en tirer une. De même, ce n’est pas le lieu, ici, d’exposer la recherche qui aboutit à cette démonstration : la recherche se fait en partant d’un constant aujourd’hui, en le considérant anormal, conséquentiel et en remontant dans le temps et dans l’espace pour trouver ses causes. Enfin, je pars d’un point, mais il n’est pas le premier du tout. L’essentiel est le segment de causalité jusqu’à « silence » et « inertie ».


Les philosophes, depuis plus de 30 ans, quelque part 50, ont pris soin d’injecter eux-mêmes le poison du totalitarisme à la pensée, au monde des idées. Les philosophes, ou affiliés, intellectuels, de tout bord, ont commencé par prévenir que la pensée n’allait pas bien ; ils ont ensuite statué qu’elle était tiède, et molle ; ils ont après ça déterminé qu’elle cédait la place aux experts et expertises par catégorie d’analyse. Ensuite, ils ont déterminé en quoi la pensée ne pouvait plus être globale, à la façon de celle des Humanistes, puis ils ont sifflé une fin des traitements, indiquant définitivement sa « défaite » ; ils sont allés jusqu’à diagnostiquer sa fin et la suivre en soins intensifs pour noter chacun de ses déclins et le décrire avec un nombre important de livres et essais, interviews. Ils l’ont veillée, longtemps. Je suppose que pour s’occuper pendant cette veille, ils lisaient les magazines et que ça les a inspirés parce qu’ils ont tous décidé qu’en attendant qu’elle crève dans son mouroir, ils allaient prendre des postes pérennes dans les journaux féminins, et ceux qui se font appeler des quotidiens mais reviennent un peu à des magazines de tendances.

Les constantes de la pensée, déjà à peine capable de respirer seule, ont dégringolé dès le 11 septembre 2001. La pensée a été accusée, pour la deuxième fois, la première après la seconde guerre mondiale, de ne pas avoir prévu l’horreur. Rien de rien de rien pour annoncer ça, encore une fois : il n’y avait plus qu’à récupérer le boulot après elle, alors que tout était en décombres : c’était l’affaire des déblayeurs, des spécialistes.

Les étiquetés penseurs, en 50 ans, ont sorti leur propre matière de ses droits et devoirs, de son Histoire, pour la considérer totalement plus liée à rien, ni l’Humain, ni le Temps, ni l’Art, ni l’Histoire, ni même dieu. Ils l’ont neutralisée, castrée, privée de tout affluent et se sont ensemble mais sans étonnement mis d’accord sur le fait qu’elle s’éteigne, refroidisse et agonise.
Tandis qu’ils euthanasiaient par défaut leur outil, sur des décennies, une place s’est donc trouvée vacante : celle de la pensée. Elle a été investie, ça a été dénoncé avec regrets par les mêmes philosophes, par les experts, mais aussi par la Culture, celle qui avait le plus d’affinité avec l’environnement du monde des idées. La Culture étant liée aux médias, elle n’a eu aucun mal à s’étendre à l’aise dans cette nouvelle place et à faire passer ses mots à une échelle rarement atteinte par les penseurs, pour de l’idée, du concept, de l’analyse, et de la vision, élisant même son prophète au passage.
Puisque, depuis 68, la Culture fait autorité, n’a comme devise qu’être accessible à tous, et même comme devoir, et presque comme droit, aujourd’hui, tyrannique, qu’on le veuille ou non, (mais la société le veut bien puisqu’elle ne sait pas qu’elle le veut ou pas) : la place qu’elle occupe, évidée par les « penseurs », est « publique ». Chacun, tous, toute la société, est en droit et doit, impérativement, en bénéficier. L’agora est un espace ouvert et chacun doit pouvoir y parler, à égalité. La Culture bénéficie d’une série de lois, parfaitement établies depuis 50 ans, qui doivent servir de modèle à tout dans la société, car la Culture est pour tout et doit être partout. Ces lois sont simples : d’abord, elle refuse qu’on lui impose quoi que ce soit, il est interdit d’interdire, elle ne tolère pas l’intolérance, il est hors de question de marquer la moindre différence car tout se vaut, critiquer est juger, la critique a le droit d’être unitaire mais ne doit pas faire l’objet de réunion non déclarée d’office classée comme ennemie de la Culture. Et la liste est longue et garante de la protection de la Culture, donc de la personnalité, des racines, de l’Histoire d’un pays, d’une nation.

La Culture s’enseigne, doit être enseignée, doit dominer, car elle est liberté. Elle doit donc être infiltrée dans tous les domaines de l’Éducation, qu’ils soient impropres à être enseignés comme des libertés est impensable, car la connaissance est liberté, et la connaissance est la Culture. Géographie, sciences, mathématique sont de la Culture. Pour répondre aux critères stricts de la Culture, ses mêmes matières doivent donc être détachées de quelconque classement et de même pour l’ensemble de l’Éducation, ainsi plus de notes, plus de régulation, plus de hiérarchie, ni rien qui parle de dessus, ou ça induirait un bas. Tout est égal, donc l’un à côté de l’autre. Cette présentation sous forme de tapis roulant de resto japonais : à volonté, implique la volonté de ceux qui consomment : les élèves. Chacun d’eux est donc, par devoir et par droit, obligé à la liberté du choix et les critères de leurs choix sont sans importance, car la Culture, qui est Éducation, est liberté.

L’agora envahie par la Culture, dans laquelle elle a intégré l’Éducation, offrant un haut-parleur gratuit à quiconque le demandait, s’il prouvait qu’il respectait ses lois, a su s’étendre aux producteurs amateurs de la Culture, puis très vite, à n’importe qui, car n’importe qui est, quelque part, créateur de lui-même, artiste, auteur, et avant tout : libre. Et aussi sec, avec évidence, l’agora s’est étendue aux enfants de ce n’importe qui. L’agora est devenue, en 50 ans, la société totale, toutes générations confondues, au propre « confondues ».

La société, chacun de ses éléments, n’a désormais plus à « se rendre » à l’agora pour prendre la parole. L’agora « est » toute la société. Il n’y a plus de translation, plus de différence entre le lieu total et le lieu d’échange, même commercial, ni d’individualisation de la parole où on devait laisser et écouter l’autre parler. La société est, en elle-même, le lieu où elle peut parler, donner son opinion, et protester et échanger même commercialement. Elle doit laisser parler tout le monde et l’écouter.

Le politique siège à l’agora, il est un des garants de cette place où la parole a un droit égalitaire et peut lui être destinée. L’agora accueille aussi la pensée, le commerce. Comment voir, alors, aucune différence entre une agora, zone définie à l’intérieur d’une société, et une agora-société ? À part qu’il n’y a pas à s’y rendre, aucune différence. Particulièrement pour une démocratie, une république : par définition la « chose publique » appartient au peuple.
La société a donc atteint sa totalité démocratique. Elle est tout entière démocratie. Il lui est même impossible, et refusé, car elle se prouvera en permanence à elle-même, de chacun de ses éléments, qu’elle « est » démocratie, de ne pas le reconnaître.
Dans son agora, soit en elle, sa liberté est celle qu’elle a voulue, et elle est en droit d’en parler à l’infini, c’est même un devoir, quand on est élève. La démocratie est démocratisée et démocratique, démocratisante, c’est indéniable.
Par la force s’il faut.

À l’évidence pure, donc, si toute la société ne dit rien, c’est que toute, elle consent. Si TOUTE la société ne se lève pas, c’est que TOUTE elle suit. Si TOUTE la société n’est pas dans la rue, c’est que ce qui est dans la rue est antisocial Et DONC anti-démocratique.
C’est sans choix, c’est non discutable : c’est antisocial et antidémocratique, point. Il n’y a même plus à parler d’exception, l’exception ne peut plus exister dans une société démocratique où culturellement il est non toléré d’être intolérant. Il ne peut pas y avoir de problème « particulier » puisque toute la société admet la totalité de ses particularités qui peuvent exister à égalité et librement. Il ne saurait être question d’éthique puisque la société est l’éthique. La société est tout. Tout. Elle s’est donné ce droit de décision sur elle-même : exister dans sa totalité, avec un droit de parole illimité, partout en elle.

Aucun élément de la société ne peut se dire « personne ne bouge, mais j’irai seul. » Ce n’est plus possible, dans une société totalitaire. C’est tout le monde, ou personne. Pourquoi quelqu’un quitterait un état de liberté totale et construite, organisée de a à z et soutenue par l’État ? À part un fou, un terroriste ? D’ailleurs : aucun intellectuel ne soutient ceux qui commettent le crime de l’écart avec la société. D’ailleurs, le milieu culturel ne suit jamais non plus. Et on voit bien comment réagit l’État, quand quelqu’un fait ça : il le punit, il le condamne, à mort s’il faut, et il est alors soutenu par les intellectuels et la culture ne bronche qu’avec une moue d’une seconde.

Voilà une ligne causale entre l’abandon de la réflexion par le milieu intellectuel et l’agora totalitaire : une société dans l’incapacité de lever la voix et de bouger, parce qu’elle est librement une démocratie ultra-aboutie en tous ses éléments.
Cette ligne aboutie a un état difficile à remettre en cause : ultra-démocratie ou pas, c’est bien une démocratie. Par contre, la façon dont elle a été façonnée, elle, n’est pas démocratique, n’est pas un choix sociétal du tout, ni politique. Il n’y a pas eu d’élections, d’ailleurs, mettant en place l’exécution de ce programme-là. Et au final, la société ultra-démocratique, totalitaire, obtenue, ne vote plus. L’Histoire a enregistré le déclin de son engagement politique, une fois, deux fois très près de l’extrême droite, il va y avoir une troisième fois. Dans la ligne décrite, la politique n’est pas exactement actrice de la constitution du totalitarisme sociétal. Elle a été conseillée, et elle a écouté, ainsi qu’elle doit. Qui l’a conseillée ? Qui a-t-elle écouté ?
Où en est-on, aujourd’hui ? Quelqu’un conseille ? Personne. Quelqu’un a un programme ? Personne. Plus besoin. Quoi qu’on propose à la société sera totalitarisé. On ne peut quand même pas reprocher au politique actuel de s’être débarrassé de la Culture et du monde intellectuel : les deux vont parfaitement bien, épanouis. En osmose avec lui. Aucun contre la situation. Personne ne s’irrite, personne ne monte le ton, personne ne hurle, suffoqué d’indignation ou de rire. Et qu’on ne me parle pas des quelques archaïques qui protestent avec un langage passéiste. Il n’y a personne, c’est tout. Et il est facile de comprendre pourquoi si on considère que le système intellectuello-culturel a créé et propagé le totalitarisme sociétal. Quelle société irait lutter contre ses intellectuels et sa propre Culture en anticipant qu’ils vont la ruiner ?

Dans cette configuration aux éléments répétitifs, l’apparition du mouvement Gilets jaunes est en tout incroyable. Ce qui, en lui, lui a autorisé cette scission est un autre sujet. Ce qui compte ici c’est qu’il remet en cause le bien-fondé de l’état de la société et qu’il la fait douter, qu’il représente, indéfinie, une zone de vérité, que la haine qu’il a attirée, et qui parfois l’aura tué, a été reconnue par la société. Et que la société l’a figé, avec une bienveillance à peine plus que neutre, mais là, en gabarit. Il manque beaucoup pour qu’il devienne un modèle à reproduire, vraiment énormément. Mais sans le mouvement Gilets Jaunes et sa tache qu’elle ne cherche pas à effacer sur le lisse miroir de la société, cet article aurait été impossible à écrire. Il n’aurait eu droit de cité nulle part.

Les Gilets jaunes ne feront pas bouger la société, ils ne lui ouvriront pas le cœur pour qu’elle livre enfin sa tristesse, il faut infiniment plus, mais la société ne les a jamais bannis, et elle n’a pas cautionné l’action de l’État ; elle n’a rien dit, mais elle n’a pas rejeté. Les Gilets Jaunes sont restés à part elle, mais en elle et figurent à nouveau une agora qui n’est pas la société tout entière, mais un lieu en elle ; la société a agi contre celle qu’elle était encore le 16 novembre 2018. C’est tout ce qui importe, pour l’instant.


À demain.


* cet article fait partie d’une série de 31 commencée le 1er octobre, dans le cadre du challenge #INKTOBER 2019, détourné par clairecros.com | puck.zone | 17SWORDS | PUCK sur YouTube
Aujourd’hui THE OFFICIAL 2019 PROMPT LIST donnait le mot :
10_PATTERN
[motif (design, déco), marque (sur animal) | modèle/méthode (industrie, contrat) | échantillon/coupon/gabarit/patron | disposition/configuration/arrangement/système
(d’éléments) standard ou répétitif/récurrent (chimie, nature, analyse, médecine)]
Demain :
11_SNOW [Neige, neiger, enneiger | tromper/embobiner (quelqu’un avec trop de paroles), rouler dans la farine | noyer/enterrer sous (trop de paroles, d’informations) | cocaïne]






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