(TEXTE CRU DE L'ÉPISODE : VOIR CI-DESSOUS)

L'ÉPISODE #12 A ÉTÉ PARTAGÉ DANS PLUS DE 90 GROUPES GILETS JAUNES SUR FACEBOOK, ACCOMPAGNÉ DU TEXTE INÉDIT :

Gilets jaunes | Vous êtes la conséquence mais surtout l’exception de 50 ans d’une société rendue silencieuse, impuissante, niée et non-analysée, comment et pourquoi ? Vous êtes la preuve et le réel, inespérés, comment et pourquoi ? Vous n’êtes pas quelques phrases courtes, plates, du live, auxquels vous échappez systématiquement, vous êtes historiquement évidents, comment et pourquoi ? Vous dénoncez l’insensé et le surréaliste, comment et pourquoi ? En quoi le mouvement des Gilets jaunes, même sous une forme inédite, puisqu’en phase avec le contemporain, est …« presque » une révolution ? C’est dans PUCK.

Les épisodes de PUCK vous soutiennent en argumentant votre mouvement. Ils sont l’unique analyse FROIDE de sa création, de son sens, de ses causes qui ont, au minimum, 50 ans. Ils ne suivent pas la tendance des médias, des élites, de tous les politiques, qui est de massacrer la dernière seconde et se tourner avidement vers la suivante pour empêcher le déploiement serein d’un vaste et éclairant descriptif de l’état global de la société, toutes les générations, toutes les réalités de la vie.

Pour avancer contre l’hystérie collective qui prend l’immédiat en otage, ou comme une arme, dans un délire de fiction, il faut un bouclier littéral, une thèse, massive et forcément complexe, de conscience, au plan exhaustif, qui peut avoir pourtant sa beauté, des matériaux nobles, ouvrir un grand espace, de beaucoup de lumière et de couleurs, avec une certaine solennité, et qui s’appuie sur et trouve son assurance dans les travaux de prodiges et l’expérience des plus grands auteurs et artistes.
Mais cette thèse est impossible à bâtir avec le même énervement que nous subissons, chaque jour à devoir oublier la veille et ne rien savoir du lendemain : seulement être oppressé par le Présent.
Donc les épisodes de PUCK sont longs, réguliers dans leurs différences, tous dépendants les uns des autres, le ton est parfois très dur, ou drôle, ce n’est pas toujours accessible : mais, quoi que je dise, que je colle au réalisme, que je prenne de la distance avec des concepts, que je parle depuis un texte ou que je fasse une fausse impro, l’essentiel est que je sais où je vais, et j’irai jusqu’au bout.
Même si la Tour Eiffel fondait.
Aucun, aucun événement ne modifiera ni ne fera oublier ce qui est, même si ce n’est pas analysé, jamais traité, ou nié, masqué, détourné d’un mensonge. Aucun. Même une guerre n’en viendrait pas à bout, le monde le démontre depuis toujours. On fouille, on redécouvre, on trouve. La vérité résiste.
Si ce n’est pas notre époque qui révèle la réalité, ce sera une autre, dans le futur. Rien ne restera dans l’état de mascarade que nous observons, ce sera un jour dénoncé, jugé, rien ne restera impuni.
Et peut-être qu’il n’y a rien de pire qu’être condamné, déjà, dans l’avenir, plutôt que par le Présent, parce que c’est donc d’ores et déjà irrécupérable. Ce qui se passe aujourd’hui est pré-condamné, quoi que quiconque tente : c’est irrémédiablement foutu.
L’autre adore parler de « destin » ? Avec un répugnant lyrisme, à torturer le sens même du mot ? Hé bien, en voilà un, de destin, puisque c’est déjà classé.
C’est un avantage inouï d’en être conscient parce que, justement, dans l’instant : le Temps passe de son côté, et il n’y a rien qui ait plus de pouvoir. Avoir le Temps dans son camp, c’est une victoire assurée. Quand ? Peu importe.

Et d’autant, pour moi, depuis que la flèche de Notre-Dame est tombée en flammes. Ça suffit, l’agression, l’insensé, la folie, l’hystérie, le cynisme, la tristesse, le silence, la destruction, la bêtise, la médiocrité, la négation et la terreur. Ça suffit. C’est le point d’inflexion.

Je sais parfaitement que ce n’est pas facile de réfléchir comme ça, si théoriquement, et de s’en rassurer, quand on a tellement d’autres soucis qui concernent les domaines vitaux : c’est pour ça qu’il fut un temps, les dieux puis « un » dieu, leurs légendes, paraboles et symboles avaient un rôle, mais, plus pragmatiquement, aujourd’hui, c’est pour ça, …normalement, idéalement on dira, que les intellectuels et les artistes sont là, pour vous assurer que, quelque part, quelqu’un se charge de maintenir ce « pouvoir » de votre côté et, du coup, en confiance, vous n’avez pas à vous en préoccuper. Vous en êtes « soulagés », et la société a besoin d’être soulagée, de souffler, de calme et d’exister, à nouveau.
Mais les Gilets jaunes, unanimement, ont dû constater et donc dénoncer par défaut, qu’il n’y a plus de ces élites-là, de ces artistes-là. Il faut les refonder. Ce n’est pas facile non plus. Ils sont certainement là, mais isolés, retenus, très seuls, peut-être qu’ils ont abandonné un temps, peut-être qu’ils s’ignorent eux-mêmes. Une seule chose est sûre : aucun ne fait partie, de près ou de loin, des élites actuelles, même de celles de gauche qui beuglent de grandes tirades à mourir de rire de nullité, en votre nom. Celles-là savent vous enfoncer et vous ridiculiser mieux que la droite encore qui au moins vous méprise officiellement. Il vaut mieux de francs ennemis que de tels amis.

2/3 de 856 ans sont disparus à jamais. On ne les rebâtira jamais, même à coup de milliards. JAMAIS. Vouloir effacer le drame et reconstruire dans une démonstration de puissance excitée est non seulement vain, mais c’est orgueilleusement infantile, irresponsable et ridicule, très dangereux et très, très alarmant, mais aussi : outrageusement traître de la faiblesse et de l’envergure inexistante des esprits. C’est remarquablement sans la moindre intelligence, et ça démontre une inculture stupéfiante.
Les discours actuels, d’idiots, tous, surtout de ceux qui prétendent vous soutenir, et qui comparent la pierre à la chair, humilient chacun de nous. Ils sont le plus bêtement et naïvement tout heureux de jouer enfin avec une matière qui leur échappait et qu’ils pensaient n’appartenir qu’aux élites. Leurs propos sont d’une sottise gravissime qui avilirait la culture, l’art, et la poésie, s‘ils n’étaient pas ce qu’ils sont, évidemment à l’abri de la haine et de la bêtise. Par contre, nous sommes en droit d’avoir honte et de ressentir de la rage quand Notre-Dame est utilisée contre le sens, avec une indécence perverse. Elle se vengera. Président, gouvernement, comme ceux qui parlent au nom des Gilets jaunes : même idiotie révoltante puisqu’il faut être drôlement et incurablement idiot pour utiliser des diamants pour lapider, un bien universel pour servir son ego et des cendres pour maintenir le feu.
Aux Gilets jaunes de faire, comme depuis le début, un pas en arrière face à ceux qui usent du costume pour cogner, s’exciter devant le malheur en toute liberté, à fêter la mort d’un membre des forces de l’ordre, cracher sur une conséquence de notre défaillance mondiale qu’est l’incendie de Notre-Dame. Continuez de reculer devant la fin de l’Histoire et de l’Humanité.
Le « signe », c’est NOUS SEULS qui nous le sommes envoyé, quel est-il ?

Quand on travaille avec la culture, elle n’a pas besoin d’être matérielle. Notre-Dame est toujours debout, inchangée, à jamais, elle est éternelle. C’est un concept.

Ce n’est pas dans un étau temporel inhumain, entre les deux dernières secondes, que votre mouvement trouve son essence et son endurance : c’est dans la longueur et le contenu de vos vies, vos expériences, non ? Vous savez qu’une loi ou deux n’éclairciront rien, que le mal-vivre, le mal-être, les difficultés sont ailleurs et profondément en train de nous exténuer d’angoisse : pourquoi et comment ?
À chaque épisode, je mets sur pause le lynchage du Temps pour figer la réalité et lui donner un sens, et avec des concepts inédits, difficiles, parce qu’on n’analyse pas 50 ans voire un siècle en un tweet. Vous ne trouverez pas dans les PUCKs de réponses flash, de slogans, je dessine le plan d’une architecture, des fondations jusqu’aux chimères.

Je ne suis pas ma commerciale et je n’ai jamais su l’être, mais je n’ai pas le choix de demander : j’ai besoin de vous, que vous fassiez poids, en vous abonnant ou aimant la page : le monde des idées à pour devoir de vous redonner de l’air, de vous justifier, et de lutter contre la folie du Présent. S’il PUCK vous plaît, faites-lui une place et aidez-moi ainsi à intéresser les intellectuels étrangers avec ses concepts. C’est aussi avec la pensée et l’art qu’il faut se battre, des idées longues et denses. La simplicité et le court, le facile et la compression nous tuent. Vous n’êtes pas des instants que l’argent réparera. Vous êtes des vies. PUCK est pour vous.

Merci.

Claire

PUCK est sur la page PUCK, facebook, sur YouTube (chercher Claire Cros + PUCK), et sur puck.zone où vous pouvez aussi consulter le « Journal de Zone » pour connaître le programme en cours et à venir.

TEXTE CRU

0:00:20.780,0:00:23.300
Bon, alors, on est le 17.
0:00:29.440,0:00:32.860
Je crois vraiment en la cause/conséquence, en la hiérarchie du temps,
0:00:32.860,0:00:41.250
et je pense que c'est soit on repart pour un tour, exactement le même,
0:00:41.250,0:00:48.070
soit, cette fois, il y a quelque chose qui va s'éjecter vers
0:00:48.070,0:00:53.290
un petit peu plus loin, et de l'autre côté,
et dans l'autre sens, et en arrêtant de
0:00:53.290,0:00:55.640
suivre ce temps-là.
0:00:58.120,0:01:03.820
Hier soir, enfin
avant-hier soir, c'était un tel concentré,
0:01:03.820,0:01:09.700
en fait, de ce qu'est le "Présent", en moins
de quelques heures.
0:01:09.700,0:01:12.800
Il n'y avait rien.
0:01:14.680,0:01:18.600
Je crois que vraiment
il n'y avait rien. Même les chants.
0:01:21.380,0:01:24.460
Il y a une flèche qui s'est cassée la gueule et il y a quelque chose
0:01:24.460,0:01:27.640
qui est terminé, qui est fini, et, quoi
qu'on fasse, jamais on ne le rebâtira,
0:01:27.640,0:01:31.990
jamais, jamais, jamais. C'est fini. Il y a
des trucs comme ça, il n'y a que les enfants
0:01:31.990,0:01:36.550
qui n'acceptent pas que ce soit fini.
C'est : "On va recommencer, on va rebâtir."
0:01:36.550,0:01:41.980
Non, c'est fini, c'est mort, c'est terminé.
C'est là que je dis, au fait, que je suis
0:01:41.980,0:01:46.820
diplômée en conservation/restauration
d'œuvres d'art, et non : c'est terminé.
0:01:47.890,0:01:50.620
On ne peut pas tout réparer, on ne peut pas tout reconstruire, on ne peut pas tout rebâtir.
0:01:50.620,0:01:54.760
Non. On repart vers du nouveau.
0:01:57.380,0:02:02.740
On a vu des images qui auraient pu être
celles des années 80 : aucuns moyens, rien.
0:02:02.740,0:02:08.530
Pas de zoom, que dalle, on avait un paysage qui était à l'œil nu, j'ai trouvé ça
0:02:08.530,0:02:12.610
quand même assez incroyable ;
on a eu les images que n'importe quel
0:02:12.610,0:02:18.459
œil humain aurait pu voir,
rien ne forçait, rien n'est allé plus loin,
0:02:18.460,0:02:27.340
on n'a rien vu, ça reste un
mystère visuel et c'est bien comme ça.
0:02:32.680,0:02:37.380
Je ne reviendrai pas sur tout ce que j'ai
pu lire sur Twitter en moins de quelques
0:02:37.390,0:02:44.110
secondes : il y avait absolument tout, donc
on imagine "tout" et voilà.
0:02:44.110,0:02:48.340
Je vais juste revenir sur le fait qu'il faut
vraiment que quelqu'un récupère son
0:02:48.340,0:02:51.160
petit garçon et le ramène à la maison
avant qu'il y ait vraiment une catastrophe.
0:02:51.160,0:02:56.349
Je commence franchement à
angoisser et à me dire que ça ne passera pas.
0:02:56.349,0:03:01.329
Il y a quelque chose qui ne va pas
aller jusqu'au bout, ce n'est pas possible.
0:03:01.329,0:03:07.380
Le niveau d'exaltation, le niveau
d'hystérie, la non-maîtrise des
0:03:07.380,0:03:15.069
sentiments, qu'ils soient semi-vrais, semi-comédiens : on est en dehors du réel,
0:03:15.069,0:03:23.440
"mon" réel ; on est en dehors de ce qui peut, en fait,
0:03:23.440,0:03:27.819
fait être pris en main et justifié, et
…ça fait …Toute la journée d'hier, je me
0:03:27.819,0:03:32.200
suis dit de quoi je parle dans tous mes
PUCKs puisque je suis obligée de
0:03:32.200,0:03:37.540
m'appuyer sur quelque chose qui
est une farce, une mauvaise farce, je suis
0:03:37.540,0:03:43.299
quand même obligée de m'appuyer sur des
discours, sur des faits, sur des actions,
0:03:43.299,0:03:50.769
qui sont d'un domaine
qui est au bord d'être inhumain
0:03:50.769,0:03:57.180
qui n'est plus humain tellement ça rassemble d'irréalités,
0:03:57.180,0:04:02.139
on est dans une fiction, je ne peux pas
0:04:02.139,0:04:07.209
m'appuyer, moi, en train de d'essayer de
réorganiser ce putain de temps pourri
0:04:07.209,0:04:10.740
et ramener des trucs du passé pour
0:04:10.740,0:04:15.150
remettre des échelons, pour remettre un
escalier, pour remettre une architecture,
0:04:15.150,0:04:21.090
une putain d'architecture, énorme, entre
entre le passé et aujourd'hui, même si
0:04:21.090,0:04:28.680
je vais lentement …Rien ne s'est fait en
un jour …Et je suis obligée de renvoyer
0:04:28.680,0:04:37.230
mes lignes et mes arguments en
prenant des exemples dans
0:04:37.230,0:04:39.860
des trucs qui sont dignes de l'HP, quoi.
0:04:42.600,0:04:45.260
Et
franchement, ça fait se poser des
0:04:45.260,0:04:47.100
questions sur
0:04:48.160,0:04:52.520
…Enfin, il y a 15 ans, quand
j'avais encore à peu près, quand j'avais
0:04:52.530,0:04:57.450
déjà tout fait, pour BLANC parce que tout tout était là, il y a quinze ans :
0:04:57.450,0:05:02.940
tout ce qui s'est passé entre 2004
0:05:02.940,0:05:07.710
et maintenant, c'est quelque chose qui a
dégénéré. Tous mes arguments, je suis
0:05:07.710,0:05:10.290
obligée de les tenir haut et le plus
fermement
0:05:10.290,0:05:13.950
parce que je ne sais même pas dans quelle vase ils vont aller chercher
0:05:13.950,0:05:21.390
de quoi aujourd'hui, s'appuyer. Déjà en 2005, en 2004, et même
0:05:21.390,0:05:24.390
à partir de 2000, quand j'ai
commencé à écrire BLANC, c'était limite,
0:05:24.390,0:05:29.010
C'était limite. Il y avait déjà quelque chose qui avait
0:05:29.010,0:05:31.590
été complètement flingué, on
était déjà hors rails,
0:05:31.590,0:05:37.680
il n'y avait plus de route, le chemin se défaisait,
0:05:37.680,0:05:40.590
tout ce que j'entendais de la part
des médias, de la part des critiques
0:05:40.590,0:05:44.630
littéraires, de la part des intellectuels
sur place, de la part du milieu culturel,
0:05:44.630,0:05:53.460
de mon propre milieu aussi, à l'époque, et
de tout le milieu de l'édition :
0:05:53.460,0:05:58.350
je sentais déjà que c'était en train de
s'éloigner et que …Et, à l'époque, j'essayais
0:05:58.350,0:06:01.680
de reficeler, il y avait encore
quelque chose de récupérable, et
0:06:01.680,0:06:06.330
pourtant chacun des personnages disait,
déjà : "Ça ne va pas aller,
0:06:06.330,0:06:07.880
ce n'est pas sérieux."
0:06:10.100,0:06:15.600
J'ai cette vision de ce tableau plat :
Macron au premier plan et après il y
0:06:15.610,0:06:20.920
avait derrière Édouard Philippe qui touchait le bord
0:06:20.920,0:06:23.740
du plan, qui était tout tassé, le plan était au ras de ses sourcils, il était figé
0:06:23.740,0:06:29.300
en train de …Je ne sais pas, ce mec a soit tellement de lâcheté,
0:06:29.300,0:06:32.100
soit de terreur, je ne sais pas ce qui le tient debout
0:06:32.110,0:06:35.050
dans un dans un cirque pareil.
0:06:35.050,0:06:40.120
À côté, il y avait Hidalgo, après je ne sais
plus qui, et après je ne sais quel
0:06:40.120,0:06:43.060
prêtre, avec son col, dans les bras duquel
0:06:43.060,0:06:47.590
Macron, tout d'un coup, et tombé en enfonçant sa tête dans son cou… Et comme
0:06:47.590,0:06:52.150
d'habitude, il n'y avait pas de lumière au
début, la lumière est arrivée après.
0:06:52.150,0:06:59.790
'Y a un truc, quoi. Cette vision plate
de ces personnalités avec ce
0:06:59.790,0:07:02.800
discours qui n'avait…
0:07:04.580,0:07:07.360
Enfin, Trump donnait plus
confiance dans les quelques mots qu'il a
0:07:07.360,0:07:10.870
donnés : on avait l'impression que
c'était un adulte qui parlait, dans un
0:07:10.870,0:07:17.020
environnement qui était complètement
maîtrisé, et l'image était réelle,
0:07:17.020,0:07:23.170
il était là et il parlait, il avait une
manière de se tenir naturelle, c'était
0:07:23.170,0:07:26.530
sa voix, c'était ses mots, pour un coup,
de toute façon, il ne pouvait strictement
0:07:26.530,0:07:36.130
rien dire que quelque chose d'à peu près
intelligent, donc… Et après, cette vision ?
0:07:36.130,0:07:40.580
Il y a quelque chose qui ne
tiendra pas. Ce n'est pas possible.
0:07:42.080,0:07:46.140
Je ne comprends pas que tous les
médias soient là, que tous les micros
0:07:46.150,0:07:48.400
soient là, que toutes les caméras soient là,
que toutes les émissions soient là, en
0:07:48.400,0:07:51.340
permanence, et qu'il n'y ait personne qui ait
le courage, quand même, de décrocher
0:07:51.340,0:07:55.000
deux secondes, mais qu'ils continuent en
permanence à prendre chaque chose
0:07:55.000,0:07:56.580
comme étant réelle,
0:07:56.580,0:07:59.880
et comme devant être discutée,
et argumentée ; je fais la même chose dans
0:07:59.890,0:08:04.150
les PUCKs, en essayant de la tenir à
distance et de la garder la moins
0:08:04.150,0:08:09.820
prégnante sur le présent :
je dis à chaque fois que c'était du délire,
0:08:09.820,0:08:15.400
j'essaie quand même de garder
à distance cette espèce de folie.
0:08:15.400,0:08:18.520
Le fait qu'elle soit totalement intégrée
dans nos médias actuellement, dans les
0:08:18.520,0:08:21.169
journaux, le fait qu'on ne commente
jamais les photos, qu'on ne commente jamais les tons,
0:08:21.169,0:08:25.580
qu'on ne commente jamais les attitudes, qu'on ne commente jamais les contenus de discours,
0:08:25.580,0:08:30.940
ça va finir par mal aller, il va vraiment y avoir quelque chose qui ne va pas aller.
0:08:30.949,0:08:34.010
La plupart des Gilets jaunes prennent
aussi tout au pied de la lettre, il n'y a pas de recul,
0:08:34.010,0:08:41.580
ils sont trop dans leur dans leurs attentes, trop dans leurs propres actions…
0:08:41.780,0:08:44.580
Et, là, dans les PUCKs, je compte sur
0:08:44.580,0:08:52.480
moins de 40 personnes en me
disant qu'il y a au moins 40 personnes
0:08:52.480,0:08:55.520
qui ne sont pas dans le…
0:09:00.180,0:09:03.460
Il faut absolument qu'il y ait quelques journalistes qui décrochent,
0:09:03.470,0:09:06.380
il faut absolument qu'il y ait quelques
médias qui prennent leur courage à deux
0:09:06.380,0:09:10.339
mains et qu'ils fassent quelque chose, et
je ne parle pas des médias pseudo
0:09:10.339,0:09:17.389
à l'extrême, pseudo libres et qui arguignent avec l'extrême-gauche,
0:09:17.389,0:09:24.529
et des arguments de bébé, et des
phrase d'exaltés, aussi, et qui
0:09:24.529,0:09:28.160
prennent tout à l'autre bout de ce qu'il
faudrait prendre, il n'y a pas de lecture,
0:09:28.160,0:09:31.370
il n'y a pas d'arguments, mais putain
0:09:31.370,0:09:36.380
c'est des mecs qui ont des agrég'
qui ont fait des bac + 6, des bac +7,
0:09:36.380,0:09:40.660
des bac + 8, ils ont lu, ils ne peuvent pas ne pas avoir lu.
0:09:43.980,0:09:47.880
Qu'on me reparle de Berlin, avec tous
les cons qui étaient sur place qui n'ont
0:09:47.880,0:09:52.000
rien vu venir, ce n'est pas comparable : c'est
pas "l'après" qu'on peut comparer, c'est
0:09:52.020,0:09:59.940
"l'avant" : comment, en Allemagne, les choses en sont arrivées à un certain point,
0:10:00.240,0:10:02.160
conceptuellement ;
0:10:02.620,0:10:06.460
et là on est en direct, depuis 50 ans,
0:10:06.460,0:10:11.980
mais l'accélération, là, les deux dernières années mais c'est…
0:10:17.340,0:10:22.500
Je ne comprends pas : tout est écrit
déjà quelque part, tout a déjà été…
0:10:23.420,0:10:27.040
On est prévenu, on est prévenu je ne sais
pas combien de milliers de milliers de
0:10:27.040,0:10:30.610
milliers et de milliers de fois, on a rien à inventer,
0:10:30.610,0:10:35.649
on n'a qu'à aller chercher ce qui a été
dit et le mettre à plat, et le raccorder
0:10:35.649,0:10:41.199
avec aujourd'hui : ce n'est même pas une
histoire de fric, de qui tient
0:10:41.199,0:10:47.579
les journaux, ce n'est même pas une histoire de longueur des éditos,
0:10:47.580,0:10:53.340
ce n'est même pas une histoire
d'argumenter avec je ne sais quelle
0:10:53.340,0:10:58.320
lourdeur philosophique et perdre tout le
monde en chemin ; là,
0:10:58.320,0:11:03.820
on est en train de nier la réalité :
on va se la reprendre dans la gueule, c'est clair.
0:11:07.440,0:11:10.700
Bon, je vais essayer d'expliquer un
truc super vite fait,
0:11:10.700,0:11:17.000
parce que c'est beaucoup plus compliqué,
beaucoup plus crucial que quelques mots.
0:11:17.420,0:11:24.720
Quand tout le XIXe siècle s'est
passé, que l'Impressionnisme a vu jour, et
0:11:24.720,0:11:30.550
qu'il a commencé un petit peu à gagner
ses galons, il a débordé sur le XXe siècle,
0:11:30.550,0:11:34.420
et il est tombé dans son exagération et dans sa dégénérescence en
0:11:34.420,0:11:39.040
se démultipliant en sous-mouvements, qui
sont allés jusqu'à complètement, en fait,
0:11:39.040,0:11:45.540
aboutir l'Impressionnisme et à l'amener
vers l'Expressionnisme, c'est-à-dire
0:11:45.540,0:11:53.079
forcer énormément sur le trait et
cerner les choses, le Fauvisme : donc faire
0:11:53.079,0:11:59.189
éclater les couleurs.Et après,
on a commencé, en fait, à carrément détruire
0:11:59.189,0:12:03.119
le sujet, détruire la forme, avec Picasso (en fait, Braque) et là je viens vraiment de faire
0:12:03.119,0:12:10.799
un méga raccourci. On est arrivé à une
époque où, en fait, l'œuvre d'art, elle
0:12:10.799,0:12:16.019
n'atteignait plus le public : l'artiste
était en train de retourner l'œuvre
0:12:16.019,0:12:20.670
vers lui et vers son propre délire avec
l'écriture automatique, avec dessiner
0:12:20.670,0:12:26.220
les yeux fermés, avec imaginer des images qui n'existaient pas. Cette fois, on était
0:12:26.220,0:12:29.959
sorti de quoi que ce soit qui
concerne encore quelque chose qui avait
0:12:29.959,0:12:35.999
une exactitude dans le réel et on allait
partir vers des images qui
0:12:35.999,0:12:40.980
sortaient totalement de l'imaginaire des
artistes, et transformer les objets et
0:12:40.980,0:12:48.280
les détourner, faire qu'une selle de
vélo devienne un taureau, etc.
0:12:48.280,0:12:52.240
Le sujet est sorti du tableau,
est sorti de la sculpture, est sorti de
0:12:52.249,0:12:57.839
de l'œil de l'artiste. Il l'a démultiplié,
il l'a déplacé, il s'est pris lui-même comme
0:12:57.839,0:13:02.069
sujet et après, il s'est laissé
complètement délirer. Donc on est
0:13:02.069,0:13:05.999
arrivé, lentement mais sûrement, au
Surréalisme. Et, en fait, le Surréalisme,
0:13:05.999,0:13:09.809
c'est un mouvement qui ne s'est jamais
conclu,
0:13:09.809,0:13:15.449
qui n'a jamais tendu la main à un autre
mouvement, qui n'a jamais enclenché
0:13:15.449,0:13:21.179
quelque chose d'autre ; c'est infini, le
Surréalisme, ça ne s'arrêtera plus
0:13:21.179,0:13:28.980
jamais quelque part. Le problème, c'est
que les artistes du Surréalisme,
0:13:28.980,0:13:35.460
le public ne les a jamais vraiment connus.
L' œuvre des Surréalistes, en général,
0:13:35.460,0:13:38.720
n'a jamais rejoint le public
parce que ça leur suffisait de
0:13:38.720,0:13:42.860
la posséder eux.
Et comme elle était difficilement
0:13:42.869,0:13:46.799
transmissible, comme elle a perdu
énormément la beauté esthétique et
0:13:46.799,0:13:50.730
visuelle que les gens reconnaissent du
premier coup : le beau, ça se ressent
0:13:50.730,0:13:55.980
tout de suite, le sentiment
devant quelque chose de beau arrive sans
0:13:55.980,0:13:59.129
qu'on le commande et sans qu'on réfléchisse, ce n'est pas quelque chose à
0:13:59.129,0:14:03.869
intellectualiser du tout. L' œuvre des
Surréalistes est restée au milieu d'eux,
0:14:03.869,0:14:08.610
et comme eux-mêmes étaient à la fois
artiste, à la fois auteur, à la fois
0:14:08.610,0:14:15.570
critique, à la fois quelque part, journaliste, ils ne sont jamais
0:14:15.570,0:14:19.110
allés chercher leur public. Ils sont restés entre eux et ils ont
0:14:19.110,0:14:23.010
commenté cette œuvre, ils l'ont gardée
dans un cercle, et on ne la voyait plus,
0:14:23.010,0:14:27.960
elle n'était plus accessible ; et cette
œuvre a été décrite au public,
0:14:27.960,0:14:32.320
a été traduite au public pour que le
public puisse quand même la comprendre.
0:14:32.320,0:14:36.660
C'était quand même un petit peu la
première fois dans l'Histoire de l'Art
0:14:36.660,0:14:41.320
qu'il fallait des maillons entre
l'œuvre et le public pour que le public
0:14:41.320,0:14:46.410
puisse reconnaître que c'était de l'art,
que ça avait une beauté, et que ça le
0:14:46.410,0:14:51.660
concernait. Et, en fait, un petit peu à
partir de ce moment-là : ce n'était plus
0:14:51.660,0:14:55.500
de l'art, Il n'y avait pas forcément de beauté,
et le public n'était pas concerné.
0:14:55.500,0:14:58.710
Il ne l'a jamais su puisque de toute façon le
message qu'on lui amenait depuis
0:14:58.710,0:15:03.180
l'intérieur de ce cercle d'artistes qui
dissimulaient l'œuvre en train d'être créée
0:15:03.180,0:15:07.050
et qui était transmis par toute une
critique qui avait décidé qu'elle ne se
0:15:07.050,0:15:09.540
planterait plus jamais, parce qu'elle
avait quand même loupé tout le mouvement
0:15:09.540,0:15:14.850
de l'Impressionnisme et après toute la
suite : tous les artistes qui sont
0:15:14.850,0:15:20.820
morts de faim à Montmartre et à
Montparnasse et tout le début XXe,
0:15:20.820,0:15:26.660
c'était quand même pas la gloire de ses
brillants yeux qu'avaient les critiques.
0:15:26.660,0:15:32.010
Donc, après, ça été très différent, il y a eu
une grande intellectualisation de l'art
0:15:32.010,0:15:38.790
et les critiques se sont fait fort de
faire la chaîne, en fait, entre l'œuvre,
0:15:38.790,0:15:45.930
les artistes, et le public ; et le public
s'est fait éduquer, et le public a cru le
0:15:45.930,0:15:51.150
message qu'on lui amenait. Il n'a jamais vu
réellement les œuvres qui
0:15:51.150,0:15:56.320
étaient dissimulées et il a été
obligé de croire qu'il y avait bien une œuvre
0:15:56.320,0:16:03.140
même s'il ne la voyait pas. Et plus on avance dans les années, plus on
0:16:03.150,0:16:08.910
traverse le XXe siècle, moins le public
a eu accès à l'œuvre en train d'être
0:16:08.910,0:16:19.240
créée et moi cette œuvre-là a reçu le
choc du public et de son acquiescement
0:16:19.240,0:16:22.800
et de sa volonté de la faire rentrer
cette œuvre-là
0:16:22.810,0:16:25.020
dans son Humanité et à jamais.
0:16:25.400,0:16:28.060
C'est pour ça que les gens continuent à accrocher des
0:16:28.060,0:16:31.690
tableaux impressionnistes chez eux,
qu'ils arrivent un petit peu
0:16:31.690,0:16:36.520
au tableau surréaliste, puis après, l'abstrait,
0:16:36.520,0:16:44.350
il y a en a partout mais il a été quelque
part doublé par le design et
0:16:44.350,0:16:48.160
l'œil est habitué maintenant à voir
des choses qu'il ne comprend pas. Mais il
0:16:48.160,0:16:53.960
n'empêche qu'au niveau de la
conscience des gens de l'histoire de l'Art,
0:16:53.960,0:16:57.540
elle s'arrête en fait au début
XXe avec Picasso, et les gens,
0:16:57.550,0:17:03.160
massivement, ont du mal à aller beaucoup
plus loin au niveau de l'histoire de l'Art,
0:17:03.160,0:17:07.180
parce que l'histoire de l'Art a
refusé ce qu'elle était, parce que les
0:17:07.180,0:17:10.959
artistes ont refusé de montrer ce qu'ils
étaient en train de faire à d'autres
0:17:10.959,0:17:14.680
personnes que des artistes, comme ça, au
moins, il n'y avait pas de jugement, et parce que
0:17:14.680,0:17:19.240
tout la traduction était faite finalement
de plus en plus par les médias. Et
0:17:21.020,0:17:28.520
la rencontre production artistique / public,
ça fait un siècle qu'elle ne se fait plus vraiment.
0:17:30.820,0:17:35.200
Le public, en France, a perdu sa liberté d'appréciation et
0:17:35.200,0:17:41.740
sa liberté de jugement dans le courant
XXe et il n'a jamais récupéré. Et depuis,
0:17:41.740,0:17:50.560
il fait obtusément confiance à la critique, pour tout.
0:17:51.740,0:17:56.380
Il mettra systématiquement entre lui et une
quelconque production artistique :
0:17:56.380,0:18:00.370
la critique.
Et qu'est ce que la critique en France ?
0:18:00.370,0:18:04.300
Qui la manipule ? Qui est-ce qui écrit ? Pour
dire quoi ?
0:18:04.320,0:18:08.460
Là, maintenant, ça a quitté le
milieu culturel et le milieu
0:18:08.470,0:18:11.410
intellectuel pour arriver dans la vie
publique et dans la vie politique,
0:18:11.410,0:18:14.200
et dans la vie économique mais
0:18:14.200,0:18:20.800
c'est la même crise, en fait, de
distances : il y a une énorme distance
0:18:20.800,0:18:27.310
physique et il y a une distance temporelle
énorme, de dizaines d'années, entre le
0:18:27.310,0:18:30.490
public et l'œuvre mais ce que le
public ne capte pas c'est qu'il y a la même
0:18:30.490,0:18:34.840
distance entre lui et quelconque
information qu'on lui donne : elle est fausse
0:18:34.840,0:18:36.340
et pourtant
0:18:36.340,0:18:41.950
tout le monde a cette image sous les
yeux, mais un œil qui n'est plus éduqué,
0:18:41.950,0:18:46.210
un œil qui n'a plus été habitué à être
critique, un œil qui ne sait plus si
0:18:46.210,0:18:51.010
c'est beau ou pas, s'il doit
aimer ou pas, est un œil qui n'a plus
0:18:51.010,0:18:54.100
aucune culture derrière lui pour
commencer à bâtir un petit peu des
0:18:54.100,0:18:59.799
barrières, des sécurité, une armure, et si on ne lui permet pas le recul
0:18:59.799,0:19:02.559
tellement la information est bombardée en
permanence, en permanence, en permanence
0:19:02.559,0:19:05.620
…Parce que le jeu c'est ça : c'est zéro
recul parce qu'en permanence ça tape, ça tape,
0:19:05.620,0:19:08.760
ça tape. Qu'est-ce qu'il fait Macron depuis le début ?
0:19:09.340,0:19:12.279
Il empêche que quoi que ce soit
soit analysé en ramenant, ramenant,
0:19:12.279,0:19:15.340
ramenant, ramenant quelque chose et en
pondant des idées à la queue-leu-leu
0:19:15.340,0:19:19.660
alors qu'il a aucun ministère derrière qui peut suivre, aucune administration,
0:19:20.660,0:19:27.220
mais en faisant ça, il éparpille tout le monde, la concentration
0:19:27.220,0:19:30.909
et les médias adorent ça parce que,
comme ça, ils renouvellent leurs
0:19:30.909,0:19:35.289
émissions en permanence. Donc le temps qui manque à tout le monde,
0:19:35.289,0:19:42.880
il peut être remplacé, dans la seconde,
par la culture nécessaire et par
0:19:42.880,0:19:50.289
la construction de quelque chose qui,
en lui-même, va avoir la distance et va
0:19:50.289,0:19:55.659
ralentir le temps pour arrêter les
images, pour faire une pause dans le
0:19:55.659,0:19:57.820
direct : laisser les choses dans leur défilement,
0:19:57.820,0:20:02.830
même mettre quand même une pause pour
bloquer les choses et pour voir la
0:20:02.830,0:20:07.750
réalité au milieu de tout, parce que
ça va durer quelques brèves secondes et
0:20:07.750,0:20:12.180
après ce sera détruit et dans l'heure, ça
n'existera plus.
0:20:14.140,0:20:20.920
C'est terrible ce qui est en train de se
passer. Je ne peux pas croire que
0:20:20.929,0:20:25.490
les gens ne voient pas à ce point. Et d'un
autre côté, je commence vraiment à
0:20:25.490,0:20:30.490
m'inquiéter qu'il n'y ait rien qui craque,
parce que, finalement, même ceux qui
0:20:30.490,0:20:37.580
gueulent, même ceux qui seraient
plutôt sur le pourtour des médias et pas
0:20:37.580,0:20:42.770
directement concernés par la dernière
image, qui n'ont pas les premiers micros
0:20:42.770,0:20:46.850
donc qui peuvent être quand même un
petit peu à l'arrière et arriver après
0:20:46.850,0:20:48.520
deux-trois idées… [Non.]
0:20:49.660,0:20:52.340
Ils sont, eux aussi, au bout
0:20:52.340,0:20:56.480
d'une chaîne mystifiante, et ils
ne voient pas ce qui est en train d'être
0:20:56.480,0:21:03.220
produit qui n'a même plus besoin d'être
entouré par ses propres producteurs :
0:21:03.220,0:21:11.659
ça fonctionne strictement tout seul
c'est indépendant, c'est un truc
0:21:11.659,0:21:14.429
absolument monstrueux.
0:21:14.429,0:21:18.060
Cette chaîne d'informations ne relaie rien.
0:21:20.260,0:21:26.220
Hier matin, il y a eu une émission, tôt, c'était un historien qui était invité.
0:21:26.230,0:21:32.440
À un moment donné, l'historien, il a dit "Parce que entre l'Arc de Triomphe qui
0:21:32.440,0:21:37.540
est saccagé, qui est tagué, tous les
Champs-Élysées qui sont détruits" …et on
0:21:37.540,0:21:42.550
remontait comme ça dans Paris, …"les
grilles du jardin des Tuileries qui sont
0:21:42.550,0:21:46.840
tombées et maintenant la cathédrale qui
brûle : les gens ils vont se dire mais
0:21:46.840,0:21:52.930
qu'est ce qui se passe à Paris" (en fait, il a dit en "France"). Vous avez
vu le lien ? L' Arc de Triomphe tagué et on
0:21:52.930,0:21:58.390
remonte les Champs-Élysées, on prend
Rivoli, on pète les Tuileries, on passe le pont
0:21:58.390,0:22:02.110
on arrive sur la Cité et il y a la cathédrale qui crame ?
0:22:02.110,0:22:05.640
Il n'y a aucun lien entre les deux, il n'y a aucun lien : "historien", le mec.
0:22:06.780,0:22:09.580
Et après on lui a demandé quel était
0:22:09.580,0:22:14.040
le sentiment des Français (à propos de Notre-Dame) …Hé ben : il a répondu …parce qu'il est historien.
0:22:14.820,0:22:18.080
Mais il ne sait pas non plus comment on en est arrivé là : …parce qu'il historien.
0:22:18.080,0:22:23.260
L' Histoire, c'est ce qu'on peut lire avec un minimum de recul et qui est dans le passé, ce n'est pas
0:22:23.260,0:22:26.830
la dernière seconde : ça, c'est le problème
éventuellement des journalistes, de
0:22:26.830,0:22:31.150
quelques experts, de quelques grands
lecteurs et de cerveaux qui vont
0:22:31.150,0:22:34.840
peut-être un peu plus vite au niveau de
la réflexion que n'importe qui, mais pas
0:22:34.840,0:22:40.690
un historien. Ça m'a scotché ça aussi. C'est
une énorme connerie de comparer,
0:22:40.690,0:22:43.450
de faire une ligne,
surtout qu'il faut passer un pont, quoi.
0:22:43.450,0:22:47.480
Il n'y a pas la ligne : il fait aller sur une putain d'île.
0:22:57.800,0:23:02.860
À force de ne pas avoir voulu que
l'œuvre d'art se trahisse, à force d'avoir
0:23:02.860,0:23:09.010
refusé de dire : ce n'est pas une
œuvre d'art, ce n'est pas de l'art ou
0:23:09.010,0:23:14.770
ce n'est pas bien, ou ce n'est pas beau ou ce n'est pas moral ou ça, c'est hors zone
0:23:14.770,0:23:19.960
ou ça, c'est hors bornes ; à force d'avoir
d'avoir voulu tout accepter, à force que
0:23:19.960,0:23:24.460
tout ait eu raison d'exister et puisse
exister et soit en droit d'exister et au
0:23:24.460,0:23:28.000
même niveau que n'importe quoi : on se
retrouve devant des choses qui
0:23:28.000,0:23:31.390
sont incritiquable, qui n'ont plus de
mesures, qui n'ont plus d'échelle,
0:23:31.390,0:23:34.330
qui n'ont plus de limites, qui n'ont plus
d'arètes, qui n'ont plus de bords, qui
0:23:34.330,0:23:37.930
ne tiennent sur rien, qui sont
complètement informes, qui participent
0:23:37.930,0:23:42.610
de tous les systèmes ; que
les choses soient historiques : elles vont
0:23:42.610,0:23:44.830
parler de psychologie, que les choses
soient politiques :
0:23:44.830,0:23:48.910
elles vont faire de la comédie, que les
choses fassent partie des médias et
0:23:48.910,0:23:52.460
ils vont faire de l'invention, comme s'ils étaient écrivains, comme s'ils écrivaient un roman,
0:23:52.460,0:23:56.080
ils vont écrire le roman du réel, en direct.
0:23:57.480,0:24:01.900
Et le public, il est toujours aussi connement "le
public". Lui, il a le droit de n'être rien
0:24:01.900,0:24:05.180
d'autre que "le public" "démocratique".
0:24:06.500,0:24:11.819
Une par une les personnes sont elles-mêmes des bouts d'un tas de trucs sauf d'eux-mêmes,
0:24:11.819,0:24:14.759
mais comme ils ont eu droit de faire
0:24:14.759,0:24:17.969
ces amoncellements qui ne ressemblent
strictement à rien, qui n'ont aucune beauté,
0:24:17.969,0:24:21.329
qui n'ont aucune pérennité, qui ne
survivent pas dans le temps, qu'il faut
0:24:21.329,0:24:23.729
recommencer tous les deux jours, toutes
les deux semaines, tous les mois : comment
0:24:23.729,0:24:26.720
ils pourraient critiquer ? Ils ont
une vie qui ne tient pas debout,
0:24:27.480,0:24:30.560
ils n'ont rien dans leur passé auquel
s'accrocher, et non pas de hiérarchie
0:24:30.569,0:24:34.739
eux-mêmes de cause / conséquence ; ils sont obligés de gober la seconde qui vient
0:24:34.740,0:24:37.860
parce qu'ils ne voient pas non plus, eux, où ils vont.
0:24:39.820,0:24:41.399
Tout ça, tout ça, tout ça,
0:24:41.399,0:24:46.259
c'est monstrueux pour les enfants qui
sont en train de grandir, cette manque de
0:24:46.260,0:24:49.639
maîtrise de chaque seconde qui est en
train de passer.
0:24:50.500,0:24:53.660
Ils n'ont aucune idée du Temps, pour la
plupart, les tout-petits ; aucune idée du
0:24:53.669,0:24:57.269
Temps : ça arrange les adultes.
Quand est-ce que ça commence à déconner
0:24:57.269,0:24:59.540
avec les enfants ? Quand il y a des
horaires,
0:25:01.760,0:25:03.020
quand tout d'un coup l'enfant
0:25:03.020,0:25:06.659
s'inscrit à l'intérieur
d'un temps, et va en imposer un autre
0:25:06.659,0:25:11.369
aux adultes. Alors, déjà que aller
travailler, ça impose des horaires, ben
0:25:11.369,0:25:15.569
merde alors, et en plus son gamin aussi,
et l'école aussi, et la crèche, et ci et ça,
0:25:15.569,0:25:19.589
et les gens ne sont plus que des secondes
qui sont harcelées par les secondes
0:25:19.589,0:25:26.189
et ne construisent rien. On va dans un mur chacun. Chacun aura
0:25:26.189,0:25:31.229
son petit mur, mais ça ira du président
jusqu'à nous. Il n'est pas à
0:25:31.229,0:25:35.969
l'abri de son mur, lui, et il pourrait bien
être le mur le plus égoïste qui soit
0:25:35.969,0:25:43.049
avec un petit drame perso, avec quelque chose qui implose
0:25:43.049,0:25:47.080
et qui sera à l'image de l'époque
c'est-à-dire "moi d'abord",
0:25:48.160,0:25:53.659
et il faudra bien regarder ça, parce
que je soupçonne que ce soit tellement,
0:25:53.659,0:25:57.899
tellement délirant, que rien que pour le
panache, il puisse y arriver quelque
0:25:57.900,0:25:59.220
chose d'irrémédiable.
0:26:01.800,0:26:05.140
Ça déconne à tel point,
0:26:10.540,0:26:16.540
sans déconner, il commence à vraiment à m'inquiéter, vraiment, vraiment,
0:26:16.540,0:26:23.160
à m'inquiéter,  je veux dire humainement parlant, il y a un souci. Il est en sur régime,
0:26:23.160,0:26:26.980
il ne tiendra pas, ce n'est pas possible, il est au taquet de tout ce
0:26:26.990,0:26:34.070
qu'il peut inventer et sa comédie et son espèce de séduction, ça ne fonctionne plus,
0:26:34.070,0:26:37.789
il ne va plus avoir d'essence, son expérience ne va plus servir à rien, il
0:26:37.789,0:26:42.169
va y avoir un problème. Pour détourner
l'attention, pou finir par avoir
0:26:42.169,0:26:45.060
gain de cause, pour je ne sais pas,
mais…
0:26:49.260,0:26:50.539
Il faut prendre ses responsabilités, il faut
0:26:50.539,0:26:55.879
prendre des décisions et il faut dégager
vers un ailleurs, au moins
0:26:55.879,0:27:00.619
au niveau du sens.
Est-ce qu'on veut donner du sens à
0:27:00.619,0:27:03.230
ce qui se passe ?
Ou est-ce qu'on décide qu'on ne peut pas
0:27:03.230,0:27:09.259
donner de sens à ce qui se passe et
qu'on peut juste le décrire
0:27:09.260,0:27:16.120
pour ce que c'est, mais le laisser en
place et s'en éloigner. C'est tout.
0:27:18.660,0:27:22.540
Il va falloir braquer et partir vers
ailleurs en laissant les choses là où
0:27:22.549,0:27:27.889
elles sont continuer à dériver,
mais seules, quoi. Il est temps, cette fois, il
0:27:27.889,0:27:32.299
est temps de décider que l'insensé doit continuer son chemin tout seul,
0:27:32.299,0:27:41.389
quoi qu'il dise, quoi qu'il fasse, quoi
qu'il se passe, parce que, sinon, on va
0:27:41.389,0:27:46.940
tous être entraînés, on y restera.
Ça ne sert à rien. Ça ne sert à rien. Il y a
0:27:46.940,0:27:50.840
des vies entières qui sont en train de
se passer, là, des jours, des mois, des années
0:27:50.840,0:27:53.185
qui sont en train de se passer, qui sont perdus,
0:27:53.185,0:27:54.740
les gens n'ont rien vécu,
0:27:57.760,0:28:03.080
ils vont se retourner, il y a des
générations qui vont se retourner sur
0:28:03.080,0:28:08.980
les 10, 20, 30 dernières années
en disant : "J'étais où ? Qu'est ce qui s'est passé ?"
0:28:08.980,0:28:12.879
Ça va être terrible, terrible.
Ce qui fait tenir les gens debout,
0:28:12.880,0:28:19.180
aujourd'hui, n'existe pas. C'est inhumain,
c'est inhumain.
0:28:24.220,0:28:29.000
Même une cathédrale en flammes n'est
pas arrivée
0:28:30.280,0:28:33.060
…Une cathédrale en flammes n'est pas arrivée
0:28:35.500,0:28:38.360
à éclairer la réalité.
Back to Top