VOIR COHORTES POUR D'AUTRES ÉPISODES LIÉS  



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Le 18 mars dernier, dans le cadre du « Grand Débat », 65 intellectuels [8 philosophes, 10 sociologues, 12 économistes, 11 scientifiques, 9 écrivains/« think tanks », 6 historiens, 6 politologues, 3 juristes], invités par le président Macron, se sont réunis en sa présence à l’Élysée pendant 8 heures 10 minutes. 29400 secondes, soit de façon optimale : 29400/(65+1) = 445,45 secondes de temps de parole par personne (7 minutes, 25,45 secondes).
Mais plutôt, considérant l’hôte : (29400/2)/65 = 226,15 secondes, 3 minutes 46,15 secondes de temps de parole par intellectuel.

L’Élysée a parlé d’une centaine d’invités. Des 35 manquants, un a fait savoir en public et à grands cris pourquoi il n’irait pas, une petite douzaine aurait justifié poliment son absence, ce qui ne justifie pas l’absence d’intervention par un autre biais. Les autres sont inconnus.

Je tente 8 prises de paroles. Moins de 1809,23 secondes, 30 minutes 9,23 secondes.
Le texte intégral est disponible sur puck.zone, les concepts inédits sont signalés par un astérisque*.



1.

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3 minutes 44 seconds


Nous avons mis à la tête du pays, élu par moins d’un quart de la France, en majorité acculé, quelqu’un qu’on pourrait décrire s’il était un personnage de fiction, comme un enfant un jour, un mauvais comédien l’autre, qui plaquerait sur la politique l’unique modèle opératoire de triomphe qu’il connaîtrait, lié à l’excitation et l’affectif, ayant scellé un cerveau fragile parce qu’en pleine construction, empêché d’atteindre jamais une maturité de jugement, notamment de soi. Modèle qui serait : « seul contre l’opinion générale ».
Ainsi d’une addiction, il lui faudrait cette configuration qu’il pratiquerait depuis plus de 25 ans. Les Gilets jaunes lui offriraient.

Il jouerait ensuite en suivant un protocole scénique rôdé, référencé, que connaissent bien les adolescents et qu’on peut confondre avec les us des politiques tels que l’ignorance, les promesses, le détournement de l’attention par exemple avec un « Grand Débat », la fuite, l’illusion, l’usage de complices, l’usure, le cloisonnement des publics montés les uns contre les autres, pour, unique stratégie : gagner du temps et y épuiser tous les fronts, y dissoudre les efforts, y faire oublier la loi, la rage, la raison et le droit, jusqu’à la capitulation devant une fin légale. Il n’aurait pas connu l’échec, enfant, contre les adultes ; alors adulte, par l’âge, il voudrait une victoire contre son pays, puis l’Europe, puis le monde.

Il ne saurait rien de la vie, mais c’est la mort qui le trahirait, sa comédie devant l’un des actes primaux de l’Humanité : enterrer ses morts. Il ne pourrait pas anticiper, même alors qu’il aurait dupé depuis tant d’années ce qu’il croyait être de l’intelligence, parce qu’hautement diplômée [l’intelligence] ou parce que riche ou parce que publiquement autorisée à parler, qu’il n’aurait pas celle nécessaire pour duper la gravité.

Les comédies orales, gestuelles, comportementales qu’il manquerait totalement de préparer et répéter assez, surestimant une fois de trop l’improvisation, sont celles dont il userait devant la mort, mimant la solennité à faire sourire d’incrédulité, se trompant dans la vitesse de son pas à en impatienter la vue, montrant trop lentement comme il s’agenouille pour déposer une gerbe à presque en pencher un public sidéré pour l’aider, et composant avec excès une expression noble à faire oublier celle de ceux pour qui elle était évidente.

Ce qui éveillerait le doute premier, ferait froncer, très loin dans les consciences, si loin que c’est leur restant de part d’instinct qui vibrerait avec alarme, c’est son manque de naturel devant le drame, la mort, la guerre ou une seule tombe, et qu’il empoigne des enfants pour achever son tableau.

Si d’autres sont aussi des clowns à la tête du monde, ils livrent avec un naturel irréprochable leur sentiment : ils ne font pas semblant. Il pleut, Ils n’ont pas envie d’aller se mouiller dans un cimetière de soldats pour leur rendre hommage, donc ils n’y vont pas. Effroyable mais franc, donc au moins sans perversions dans les conséquences qui seront effroyables et franches aussi. Alors que si le président français ne sait pas se tenir devant une seule tombe, ancienne ou pas, si sa comédie est visible, c’est un frais charnier d’enfants anonymes qui apparaît à l’autre bout du monde.

La présidence s’organiserait donc autour d’un jeu érotique et d’une addiction. Ce n’est pas de la politique. Les Gilets jaunes signalent une barrière de sécurité adulte : un adulte saurait qu’il doit reculer avant le pire, mais l’enfant enragerait seulement d’avoir trop tôt choisi un camp facile quand il jouirait à présent bien plus en face. Il le ferait contre l’Europe. Ce serait jusqu’à l’overdose.
Pour un enfant, un soldat est un jouet.



2.

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3 minutes 25 seconds


La platitude de l’analyse du comportement du président Macron ne parvient pas à effleurer. Pas plus la grande inquiétude que devrait susciter la froide, raide, étrangement scrupuleuse et tranquillement tenace, dominatrice et autoritaire mais si discrète attitude du premier ministre, qui poursuit dans le vif une ciselée œuvre, privée, mécanique, cruelle puisque sans anesthésie, sans aucune surveillance ni opposition, dans un cadre peut-être insonorisé mais certainement désensibilisé.

Le gouvernement, comme le Parlement, est composé de personnes de la société civile : l’idée était de faire la démonstration que, contrairement à de purs politiques, ils auraient la pratique du terrain, ils auraient déjà travaillé dans leur vie, ils auraient la même expérience que la société. La société y a cru, elle s’est dit : ils sauront. Et, oui, ils savent, penser comme n’importe qui, à leur toute petite échelle, de un à un, n’ayant retenu de leur vie que des détails qu’ils règlent à présent en créant des lois qui ont tout de vengeances personnelles, ou avec la même vision d’un vantard sûr de lui quand il clame qu’il ferait mieux que le grand patron. « Si j’avais le pouvoir » se disait chacun. Voilà le résultat.

Autre « atout » du gouvernement et du Parlement : la jeunesse, qui n’a jamais travaillé, n’a aucune expérience de rien, explique la vie, fait de grandes leçons, a de grandes solutions données sur un ton assuré, mais surtout : sans générosité. Le vide.

Quant au Parlement « de la République en marche », si ce n’est français, résultat d’une loterie, il n’aura jamais été qu’une parenthèse comble d’esclaves volontaires et de claqueurs.

On ne gouverne pas avec ses petites idées. Et la société doit maintenant comprendre qu’il ne s’agit pas de régler ses comptes à l’aune de sa seule expérience quand on gouverne, et que, c’est incroyable à dire : les politiciens le savent. Ils sont obligés de se référer à l’opinion publique : ils sont conscients qu’ils n’en savent rien et la craigne.

La vie publique française est une farce. Ni une dictature, ni une tyrannie, ou l’Histoire serait insultée. Le Grand Cirque de France suffira. Venez applaudir les trapézistes, jongleurs, lanceurs de couteau, magiciens et danseurs de corde, et le clou du spectacle : Guguss, son contre-pitre, et Monsieur Loyal.

Le spectacle va continuer parce que l’élite actuelle, toute l’élite, pour survivre, doit et veut la prendre au sérieux, même luttant, sans idées, contre.

Personne ne devrait le prendre à la légère : il y a en cours une tension dérégulante de la réalité et du réalisme, néfaste, ingérée, gravissime, qui appelle un drame.

Le problème est qu’il ne s’agit pas d’expliquer comment on en est arrivé aux Gilets jaunes en commençant l’analyse à 2017. Les deux dernières années ne sont certainement pas à isoler pour elles-mêmes : faire ressembler le présent à une génération spontanée événementielle est un moyen de terroriser la société, le présent comme un attentat permanent, un imprévu ; maintenir dans tous les discours que nous vivons dans une époque « d’incertitudes », n’est qu’un moyen, pour le Pouvoir, de faire croire aux populations qu’elles sont au bord d’une falaise qui, en fait, n’existe pas ; et pour les élites qui usent aussi abondamment du mot « incertitudes », ce n’est pas stratégique, hélas, ce n’est même pas une façon de masquer leur incompétence : elles croient à la falaise. Pire, elles la désirent. Ainsi l’élite de l’extrême gauche, avec une inconscience révoltante, y poussent les Gilets jaunes.
Mais ils n’iront pas.
Pourquoi ?



3.

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2 minutes 50 seconds


En plus de 4 mois, aucune thèse n’est venue d’une élite pour résoudre le mystère de l’apparition des Gilets jaunes, pas plus pour les soutenir sauf dans des parlements énervés (mais deux mois après le commencement) où, de la tribune diplômée et activiste, on se fait fort de prendre le langage caricaturé qu’on croit le leur. Ceux des droites y ont vu des acéphales arrogants, violents, nihilistes et antisémites, à faire taire et tuer vite fait par les forces de l’ordre, et ceux des gauches, une manne, forcément de leur bord, à échauffer, pour qu’elle les porte.

Aucune thèse n’a, encore moins, tenté d’avancer qu’une des énigmes des mouvements du monde venait d’enfin livrer un indice, offert sous une forme stable et relativement concentrée, dans un des pays les plus éduqués, les plus brillants, et celui des Droits de l’homme ; l’Humanité s’est avancée jusque-là, certainement pas avec sa lyre, une héroïque verve littéraire et déjà sa propre thèse voire des lauriers et un programme. Mais elle : brute.

Que les élites de droites n’envisagent pas qui sont les Gilets jaunes, où est le drame des Gilets jaunes, que les élites de l’extrême-gauche ne les aient ni anticipés, ni reconnus non plus et ne parviennent pas à les récupérer, qu’aucun commentateur ne parvienne à rejoindre dans une analyse de cause à effet les actions du gouvernement et les revendications des Gilets jaunes, que les Gilets jaunes n’en aient rien eu à faire des premières propositions financières pour les calmer, que les sociologues se trompent totalement en les décrivant, que les médias aient passé deux mois à les interviewer pour comprendre qui ils étaient, que le gouvernement même, pour finir, et le président, ignorent le mouvement, jouent l’évitement et inventent des solutions parallèles de résolution qu’ils reportent sur l’ensemble de la société, stupéfaite d’être convoquée au tableau quand elle regardait obstinément ailleurs,
Rien de tout ça n’est mystérieux.

Il y a un an, l’élite s’est posé la question « Comment on en est arrivé là ? » Le [là] étant tellement tout, du plus petit à l’infini, qu’il n’avait pas besoin d’une définition. La réponse unanime, tranquille, évidente, riante, a été « On ne sait pas. »
De façon concomitante, l’élite s’est posé la question, « De quoi demain ? » Et la réponse, unanime, évidente, encore plus riante, a été : « On ne sait pas. »
Le passé est donc aussi inconnu que l’avenir.
Personne dans l’élite ne sait qui sont et pourquoi les Gilets jaunes parce qu’avant ça, personne dans l’élite ne peut expliquer « comment on en est arrivé “là” ».

Et cette question a été posée exactement entre l’élection de 2017 et l’apparition des Gilets jaunes. À ce moment-là, l’opposition au président Macron était basse et brouillonne, malaisée, l’opinion générale médiatique était qu’il avait un cap, une philosophie.

Que s’est-il passé, en moins d’un an, pour générer le mouvement des Gilets jaunes ?
Il s’est passé 50 ans.



4.

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3 minutes 27 seconds


Les Gilets jaunes sont composés d’une majorité d’actifs nés après 73 de ceux qui avaient 18 ans en 68, n’ayant connu que les crises, élevés en spartiates, parfois sur-éduqués, surdiplômés, lancés comme des boulets, à s’y fracasser des années, contre le chômage ; puis seulement roulant, las d’échouer, n’ayant trouvé en paysage que la tristesse le long de routes barrées, ayant dû reculer, chaque fois, quel qu’ait été le volume d’efforts en bélier, forcés d’inventer, creuser, défricher, paver, payer de leur jeunesse adulte leur propre chemin et le droit de l’emprunter ; n’ayant obtenu une vie privée que trop tard, déjà en faillite, mais jamais la moindre pitié, n’ayant parfois pour survivre que la chance d’avoir des parents encore, donc des retraités, et faisant la démonstration que tout ce dont on pouvait si bien se passer selon 68 était tout ce qui sauvait du naufrage physique et mental ou de finir à la rue.

Ce mouvement s’est avancé pour ses enfants, celui de 68 désirait la mort de ses parents : le premier semble enfin reprendre avec logique le sens de la vie. La vie n’a pas à « se fédérer » ni à aller « négocier des revendications », c’est un non-sens. La vie n’a pas de « classe sociale », n’a pas à produire un programme, n’a pas à se faire élire.

Le gouvernement ne pouvait pas savoir que ces générations-là décideraient que leur non-vie s’arrêterait à eux, qu’ils ne la lègueraient pas, ni que les retraités seraient alors le dernier bastingage humain et financier entre leurs petits-enfants et le vide, ni que tous ces chemins inventés, de survie, devraient au bout du compte être inscrits sur de nouvelles cartes.

Ainsi, les générations des crises ont fait disparaître l’entité « classes sociales ». Aussi alambiquées pouvaient-elles être décrites pour s’accrocher au vrai. La MÀJ est colossale et demandera un changement de système de mesure sociale : ce sont à présent des « zones sociales » qui traversent et imbibent les couches d’un modèle dépassé et dont les critères de formations, les paramètres internes, intègrent bien plus de données, donc bien plus de complexité.

Ne le sachant pas, depuis deux ans, le gouvernement passe en revue des dossiers surannés, avec méthode, dans le but à chaque ratissage de ligne, de gratter 0,0000003 centimes ; chaque loi, en trombe, déplace aussi vite les lignes, prêtes à un nouveau ratissage, et le gouvernement recommence, et encore, et encore, et il est parti comme ça pour 3 ans encore. Mais faisant ça, en tout petit et mesquin comptable le front collé sur ses papiers : il opère un découpage aléatoire, injuste, un vrai massacre, et fait de la charpie du tissu sociétal, en déconcertant, perdus, encore plus, les plus de 65 ans, dont aux larmes les plus étranglés, qui ont appris qu’ils faisaient partie de la classe moyenne il y a peu, et très peu de temps après, le surlendemain : considérée riche.

Le gouvernement opère un corps social qui n’a plus rien à voir avec les planches anatomiques qu’on possède de lui. Donc, ça fait très mal, d’où les cris pour que ça s’arrête. Et quand ça hurle et qu’on continue, on peut être appelé un bourreau, malgré les médias qui tentent en ce moment d’expliquer, comme on le dit aux enfants : « c’est pour ton bien, tu verras plus tard. »

Il y a bien quelque chose qui tient de la torture. Et c’est insoutenable.

Mais pourquoi seuls les Gilets jaunes hurlent quand c’est la société entière qui est concernée ? Sont-ils les seuls à sentir la douleur ?
Non.
Alors pourquoi toute la société ne hurle pas ?



5.

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3 minutes 20 seconds


Les Gilets jaunes, dans leur cacophonie réellement pénible, c’est vrai, sur les réseaux, parviennent toujours à maintenir une vibration moyenne unique et, finalement, à presque la majorité, réfutent une préférence vers les extrêmes. Ils sont « les Gilets jaunes ». Et personne n’en fera autre chose. Là est leur force, et elle est exceptionnelle.

La séduction même des médias est sans pouvoir : les Gilets jaunes sont les plus critiques et indupables, adeptes des para-systèmes d’informations, ils ne prennent que ce qu’ils veulent ; la vérité passe toujours un sale moment, parfois drôle, en cycle long et bouillant dans leur tambour, mais elle ressort le plus souvent blanchie et propre ; ils règlent leur compte en interne ; ils ne sont pas à acheter, ils l’ont démontré. Ils ne cessent de le démontrer.

Mais le mouvement des Gilets jaunes a mis en valeur la radicalisation, exceptionnelle aussi, de l’élite intellectuelo-médiatique ; en deux ans, en miroir de celle politique qui a perdu ses blocs de toujours, devenus modérateurs, la simple droite, la simple gauche, et n’a plus qu’une boussole hystérique pour figurer le centre. Le statut d’élite donne l’immunité pour innocemment glisser d’un des extrêmes au centre sans que le trajet même puisse être visible. Sauf qu’il l’est.

En deux ans, l’élite a fait passer ses préférences idéologiques hérissées de sidérantes nuances pour se préserver d’être trop traîtres, résumables et accusables, de derrière elle à devant elle. L’histoire est longue, et n’a pas ici le temps de sa démonstration, elle a un début, qui n’est pas le seul, en 1968. En 2005 : l’Olympe des penseurs s’est trouvé au complet, les commentateurs habituels ont choisi leurs adjuvants et leurs opposants. Dès 2010, la seule voie d’indépendance possible, de l’intérieur même, était de promouvoir une affiliation intellectuelle aux motifs de l’extrême gauche. C’est elle qui a favorisé l’épanouissement de l’expressionisme des tendances radicales, de droite, chez l’intelligentsia. Depuis, elles s’entre-émulent, jouent avec les références historiques dont particulièrement le nazisme, la Shoah, et comme des gamins avec des mèmes. C’est horrifique. Et l’éthique est en alarme rouge.

Paris est la cité des deux élites et tout était l’une, et tout était l’autre. Elles s’enlacent, se chamaillent, s’insultent, ironisent, et à chaque pas de valse, se fixant, s’éloignent de tout réalisme. Mais peu importe : puisqu’elles décident de ce qu’il doit être.

Elles sont devenues les adjuvantes des deux populismes français, plus le populisme macronien, par défaut. Populismes dont elles accusent tout le monde sauf elles, dont elles parlent toute la journée comme quelque chose d’extérieur à leur devoir de les dénoncer, voire, et c’est effarant, elles utilisent le mot « populisme » pour désigner la nature du mouvement Gilets jaunes. Elles inversent son sens même et le font provenir de là où il devrait se diriger depuis les partis politiques.

Les décalages entre la réalité et la retranscription analysée de celle-ci sont à présent de l’ordre de l’abysse.
Et chacune des élites se prive de l’ensemble du langage nécessaire pour démontrer « comment on en est arrivé là. » Elles ne savent pas comment, mais leur attitude démontre qu’elles ne veulent pas savoir. Le Présent leur convient délicieusement, occupées uniquement à se dévorer elles-mêmes.

Ce ne sont pas des élites contemporaines.



6.

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3 minutes 29 seconds


Qui sont les Gilets jaunes ?
J’ai une autre question. Ma fatale question amusée : si personne ne sait qui sont les Gilets jaunes, qui sont les 99,4, 99 au mieux, autres % de la société française ?

Le président Macron n’est pas au Pouvoir à cause de la faillite des partis politiques, pas plus que les Gilets jaunes ne sont dans la rue à cause des dernières lois. Les deux sont les produits d’une société non analysée depuis plus de 50 ans*.

Que l’élite soit parfaitement incapable de le démontrer, voilà la seule comparaison situationnelle, conceptuelle, un laboratoire de recherche en direct et pourtant historique déjà de comment on en est arrivé …à 1933.
On s’énerve beaucoup sur 33, en France et internationalement, en faisant une grave erreur, en le coupant de 32, en le prenant comme point de départ, alors que c’est la chute.
Ce qui est drôle, c’est que les médias, tout récemment, s’étonnaient qu’avec autant de journalistes à Berlin alors, aucun n’ait rien vu venir.
Le propos n’est pas comparativement ce qui est « après 33 ». De toute nos forces et technologies, jamais on ne fera pire, jamais on n’égalera seulement le post-33. C’est fait à jamais. Le propos est uniquement « comment et pourquoi 33 »*.

Personne ne sait qui est la société française depuis 50 ans. Ce n’est pas que, sinon, on saurait qui sont les Gilets jaunes et pourquoi ils sont les seuls à hurler de douleur, c’est que si on savait qui est la société française, les Gilets jaunes n’auraient jamais existé.
La réponse à strictement tout est :
La société française est une société totalitaire*.
La France étouffe d’angoisse parce qu’en 50 ans, sa société est devenue une société totalitaire*.

Les Gilets jaunes sont ceux, dans la société, que le totalitarisme sociétal n’a pu absorber dans ses couches parce qu’ils ont un langage libre*. L’enfer est que c’est à cause de cette liberté que ce langage n’est pas entendu, et eux ne peuvent pas fuir ailleurs, même silencieusement.
Le mouvement des Gilets jaunes est non suivi par la société qui par son totalitarisme propre, qui lui est par essence parfaitement inconnu*, ne sait que les regarder, muette, ni intéressée, ni désintéressée ; quelque part, elle se souvient vaguement de quelque chose, d’elle, et elle l’oublie aussi vite.

Les élites ratent, en France et dans toute l’Europe, que ce n’est pas l’extrême droite qui « monte », ce sont les sociétés totalitaires qui ont entamé leurs ultimes soudures les paralysant en elles-mêmes, qui laissent ainsi un vide quant à leur réalité*, et donc une liberté totale à la propagande. Le parti capable de la plus forte, médiatiquement, internationalement, l’emportera. C’est trop « simple », « la montée de l’extrême droite », le problème est infiniment plus complexe.
Et nous l’avons vécu en France : on peut gagner une élection sans être élu. On ne peut plus juger d’un pays sur sa tête, présente ou à venir. Toute l’Europe deviendrait bleu marine que, réellement, 70, 80% ne l’auraient pas voulu.

La société totalitaire est antérieure à quelconque régime totalitaire et le permet.
Aucune des causes à la formation d’une société totalitaire n’est inconnue. Mais où peut-on le dire ? Et qui écoutera ? Personne.
En 33 : les élites fuyaient. Aujourd’hui, elles restent et une faible part du peuple, encore capable, tente la fuite, forcément immobile, parce que nous sommes en France.
En France.



7.

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3 minutes 16 seconds


Les Gilets jaunes savent ce qu’est un soldat. Il y a autant chez eux de black ou yellow blocs que d’hommes qui frappent des femmes et des enfants dans la société. Ils sont la société. Ne les considérer que violents et casseurs, c’est dire à toute la société qu’elle est un monstre.

Les Gilets jaunes sont là pour leurs enfants. Les enfants sont les victimes des élites depuis 50 ans et la tendance s’accélère épouvantablement. Toute la société le sait puisqu’elle est complice impuissante, triste et exténuée.

Les Gilets jaunes ont quelque chose d’un imaginaire équipage pirate, à la fraternité libre et égale en elle, mais ils sont à terre ; ils désirent un navire, ils désirent un océan. Jamais ils n’ont nié que la France avait besoin d’un capitaine, détail qui aura échappé au Pouvoir et aux élites : il n’y a pas d’anarchie ni de terrorisme dans ce mouvement, au contraire, il est pro-votes, incroyablement il demande de la politique, de l’ordre, des décisions, de la fermeté, de la hiérarchie, de la justice, donc un tri, donc des compétences, donc des meneurs, de ceux qui savent lire les cartes, et, même sans instruments de navigation, se repérer grâce aux étoiles. Mais, donc, rien de ce qui est en place.

Les Gilets jaunes sont la résurgence inespérée d’un massif sentiment politique en France, la reprise d’un sérieux, et adulte, la révision par le peuple de ses sources et ses moyens, et la démonstration inouïe de la progression de sa connaissance des enjeux de la place publique ainsi que de son respect pour ses institutions, si péniblement érigées. Ils sont la preuve que la France est toujours et à nouveau la France, qu’un souvenir un peu mythique peut muter avec un naturel confondant, quitter un éther historique, et se réincarner, debout, dans le vivant, sans vocabulaire que le sens et la conscience, à déplacer le nano-poids suffisant pour que l’Humanité repasse du côté de la volonté et de l’espoir.

Ils demandent la restructuration globale, et jusqu’aux idées : la fin de la simplicité, du court, du raccourci, du facile, de l’inhumain tout simplement, pour une nouvelle complexité, un nouvel opéra, au clavier à nouveau humaniste.

Ils croient aux mythes, et les mythes sont éternels.

La conduite des élites françaises est un archaïsme ET un anachronisme ; elle interdit l’analyse des 50 dernières années depuis la première et donc, celles antérieures, et promeut l’enroulement du Présent sur lui-même*. Nous ne pouvons pas atteindre notre Contemporain*. Nous avons débuté, depuis des décennies, nous étranglant, un pourrissement dont une des conséquences est la marche de siège des Gilets jaunes, et pas l’inverse. Les Gilets jaunes ont été accusés d’avoir fracassé le visage d’un moulage de la Marseillaise, à l’intérieur de l’Arc de Triomphe. Il faut voir le mouvement inversé : le poing d’un Gilet jaune est apparu ayant reformé un visage saccagé, ayant redonné le regard complet. Il faut remonter le temps si on veut accéder à la démonstration.

Les Gilets jaunes sont des « Siégeants ». Des Migrants sédentaires. Ils n’ont qu’une avenue pour marcher, vers nulle part, ou des ronds-points à tenir, puis ils rentrent chez eux : une marche de siège. Le Pouvoir vient de reprendre l’avenue, mais c’est vain, puisque le mouvement des Gilets jaunes s’est immobilisé au lieu de suivre un Présent éternel* et pourrait être le premier en France, par cette immobilisation, à obtenir la « vitesse de libération »* suffisante et échapper à son orbite, pour enfin, pionnier, atteindre le Contemporain*.



8.

0:26:19.620

2 minutes 54 seconds


Le président Macron, pour sa campagne pour les élections européennes, a choisi le mot « renaissance », mais il l’a traduit, en anglais, parce que Google traduction a encore ses limites si ce n’est lui, « renewal », qui veut dire « renouvellement » dans le sens de « reconduction » ou « prolongation » de contrat. Donc, comme d’habitude, un contre sens.

Peu importe les élections tant qu’il n’y aura personne à élire. Et peu importe qui est élu tant que la société est consciente que voter par terreur de l’avenir, à l’harangue hystérique à la limite de l’appel à la haine, d’un adolescent, et pour une histoire dont il est le seul héros, n’existe pas. Encore moins quand on ne sait même pas d’où vient le Présent, qu’aucune élite politique, intellectuelle ou médiatique n’est capable de le dire, mais qu’on subit, par contre, sa terreur, chaque jour, depuis toute une vie adulte, donc toute une vie d’enfant, sauf qu’eux ne le savent pas.

Assiéger le Présent et son infernal mouvement destructeur est un état d’esprit : faire cesser, s’arrêter, prendre le temps, s’apaiser, réfléchir sans agir, reporter l’action, la course à perte, chérir à nouveau ses secondes, retrouver un langage libre, remettre des mots à la place du vide, un sourire à la place de rien, la compétence avant tout, observer l’autre et se respecter soi, protéger ses enfants, son chien, et son jardin, de l’époque, quiconque soit faible, végétal, animal, humain, si on est juste un peu plus fort que lui en comptant qu’il y ait plus fort que soi pour nous protéger, apprendre, comprendre, critiquer et juger pour apprendre et comprendre, résister. Et résister. Résister en tant qu’humains. C’est déjà une révolution. Donner un nouvel esprit, un cœur et une vie à la France. En être doucement fier, y trouver une joie et en premier lieu, urgemment, un soulagement.

La génération de la première crise pétrolière a été la première en France à être unilatéralement massivement éduquée et on l’a désirée armée d’une rage combattante par cette éducation, qu’elle les retrouve et qu’elle les démontre.

Il faut qu’arrive une élite intellectuelle et esthétique
[Banksy, si tu m’entends]
qui ait intrinsèquement, preuve de son évolution et de sa domination sur elle-même, de sa conscience, dépassé à jamais d’appartenir à une tendance politique et qui n’œuvre que pour l’Humanité, sous peine, sinon, de passer un jour à côté d’un cadavre d’enfant considéré comme un produit puis un déchet.

Il faut embarquer vers une néo-Renaissance*, neo-Renaissance*, en anglais, parce qu’aboutissement et sortie d’un néo-Moyen-Âge*.
Le néo-humanisme* ou plus rien.

Pour le plus rien, c’est tout simple : continuez, ne vous retournez pas, et ensuite : chutez.



26 minutes 25 secondes​​​​​​​
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