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COHORTE CONCEPT​​​​​​​

À propos du Cénacle, concept dans l'article 31 #RIPE, voir le site Cénacle | 2020


#INKTOBER2019 #DARK
October 26, Official 2019 prompt list: 26_DARK


Puisque c’est le crépuscule, fermez-la, qu’on en profite en guerre. [26/31 #Inktober]

« Ce monde s’enlaidit et s’ensauvage », Finkielkraut, le 23/10. Quand, avec lui, a-t-il été ailleurs que sur cette voie funeste ? Impossible de survoler l’info sans se cogner un mec de 70 ans encore aux micros, encore à parler, encore à donner son avis depuis 50 ans. C’est notre monde, cette fois, sombre, triste, lugubre, méchant, mauvais, dark à mort, ahlàlà, affreux. Notre monde, plus le vôtre.*

Notre monde. Notre sombre monde à nous, sombre et triste génération des quadras.

Je crois que le taux d’irresponsabilité des grabataires de la pensée est optimal. Et je dis « grabataires » sans gérontophobie vu que je ne connais que des septuagénaires qui, eux, ont travaillé toute leur vie pour tenter de sauver la peau des générations qu’ils avaient mises au monde, au lieu de se croire les seuls à jamais prioritaires et dominants éternels. Les alphas pour toujours, en tout. Les bébés du monde qu’il faut encore choyer, torcher et écouter brailler, centre d’eux et de tout.

Nos intellectuels, et si on étend à la Culture : de même, sont dans un état de décomposition, mais ce n’est pas très récent. C’est depuis 50 ans. Tous, TOUS. TOUS. Ceux qu’ils ont laissé passer d’autres générations sont les mêmes qu’eux et déjà dans le même état qu’eux. Ils empestent, ils sont répugnants, ils sont egocentrés. Il faut que l’arrière-garde raccrochent. Le combat est déjà largement assez impossible avec leurs dauphins bornés, simplistes et dangereux.

Il y a distinctement 4 questions, dans cette affaire. Moi, j’y ai répondu, en long, en large et en travers, et encore une fois depuis le début, 1er octobre du challenge #Inktober revu par PUCK, et jusqu’à sa fin, le 31 octobre. La plus vaste, si on veut seulement en rester aux thématiques, concerne les « dates ». Le Temps. Je disais, dans le chapô, « QUAND ?», quand le monde n’a pas été fini pour les « intellectuels » français depuis 50 ans ? Si on prend cette citation qui a servi de titre à l’article (La Voix du Nord) sur le dernier bouquin ouin-ouin de Finkielkraut : « Ce monde s’enlaidit et s’ensauvage ». Okay. DEPUIS QUAND ? ET PAR RAPPORT À QUAND ? La deuxième question, c’est « POURQUOI ?». Pourquoi « ce monde s’enlaidit et s’ensauvage » ? (Et comme réponses, ce serait bien d’en donner d’autres que quelconque turfiste puisse filer avec la monnaie de son ballon.) La troisième question, c’est : « À QUOI ? » À quoi sert-il de le dire ? …EEEEEEEnnnnnnnnccccccooooore « Ce monde s’enlaidit et s’ensauvage » ? Avec cette putain d’assonance redondante ? Quatrième question c’est « ET ENSUITE ? » Demain, après-demain, l’année prochaine, dans dix ans, voire 50 ans. De quoi demain ?


Le brouillage générationnel, en France, est un cancer. Et la virtualité absolue de l’âge de Macron, qui est une résultante de cette maladie auto-immune, est le pire qui pouvait arriver : il simule une rémission, or c’est un leurre.
Cette semaine, sur Facebook, un commentaire rarissime, unique, dans un des groupes Gilets Jaunes disait : « Ce qui est gonflant avec ce mec, c’est qu’il a le même âge que nous, donc on sait qu’il est incapable pour la fonction. » C’est immense comme conscience, et la preuve d’une lecture glacée et attristée de la situation, c’est 100% vrai et 100% faux. Et pas 100% vrai « mais » 100% faux. La dernière chance des quadras est dans ce « et », s’il devient conscient, l’avenir pourrait bien rééxister. Cette génération est capable, et c’est un tour de force, de s’appuyer sur une conscience tendant à l’exhaustivité, de même en étant consciente de ne pouvoir jamais qu’y tendre.

Nous sommes effectivement, tous les quadras, incompétents, cruellement, en tout, professionnellement, familialement, intimement, et nous sommes la génération la plus incroyablement « encore » compétente et ultra-performante, la dernière d’une ultra-organisation qui tient du réflexe et la dernière aux bases denses et classiquement formées.
Macron ne fait partie d’aucune génération : il l’a décidé, il n’a voulu que suivre sa petite idée et faire plier tout le reste. Pendant qu’il s’amusait à ça, dans une grande comédie à laquelle il a fini par croire, faire plier, parler, fomenter, parler, détourner, parler, fuir, parler, séduire, refuir, parler, gagner, pour une seule toute petite idée, vraiment pas très intelligente, en plus, il est donc passé à côté du monde. Le monde entier sacrifié à une ambition de 2 à 6 millilitres.

Je [les quadras] suis lasse de me sentir humiliée et d’observer comme toute ma vie ne sert à rien, n’est plus que vide dès qu’il l’ouvre, dès qu’on parle de quoi que ce soit qu’il ait fait. C’est de la négation. Je n’existe pas, effectivement, en tant que quadragénaire, s’il doit avoir le pouvoir qu’il a. C’est 0 ou 1. Les quadras ou lui.
À sa décharge, ce n’est vraiment pas de sa faute, le pauvre. Il n’a vraiment rien fait pour en être là, rien. Il n’est qu’une extrême, extrême conséquence à un problème sans comparaison plus massif et important que lui. Il n’est que lui, loin, loin, loin, très, très loin de la première conséquence. Le souci, c’est ce « loin », justement : c’est ça qui fait que le moindre de ses mots et actes prend une ampleur incontrôlable, c’est l’éloignement entre lui/insignifiante conséquence, et la première conséquence/réalité.
Les vrais responsables sont tous ceux qui font la chaîne pour combler le vide énorme : et ils sont nombreux parce qu’il en faut une quantité invraisemblable, toutes compétences confondues, pour faire croire que cette distance n’existe pas. Je me fous de la chaîne constituée avant qu’il ait la prétention de devenir un personnage public dirigeant la société, par contre, les premiers coupables de ce cirque, les tout premiers, sont alors ceux qui ont constitué une chaîne entre le langage Macron et jusqu’au CNRLT. À l’évidence, cette chaîne n’a pu finir par exister qu’en éliminant l’un des points, ici, c’est le CNRLT.
Voici un des schémas conceptuels expliquant et décrivant l’installation d’un régime totalitaire. Chaque maillon de la chaîne ferrée seulement sur un point (toute source et toute réalité perdue, chaîne qui peut donc aussi, soudain, se mousqueter à n’importe quoi, strictement n’importe quoi) emploie tout un petit monde qui doit suivre ou plus rien. Lui-même emploie tout un petit monde, etc, etc, etc… et toute la chaîne, ensuite, doit bouger en emportant tous ceux la composant : il y a drôlement intérêt à suivre le mouvement si on ne veut pas lâcher ce qui, finalement, devient le seul point fixe et réel.

Qui n’a aucune idée du monde, ou celle qu’il veut qu’il soit. Il ne sait pas quel âge il a. Il ne peut pas savoir. Il ne peut se référer à rien. Il est out, et c’est démontrable en tout, absolument tout : son incompétence, son irresponsabilité, ses stratégies immatures, son langage délirant, ses attitudes : tout vient uniquement d’un caractère et d’un historique non-miscible à aucun concept sociétal qui fasse norme et loi en travers de sa propre génération. Il ne faut rien comparer de ses pensées, actions, mots, rien, rien, rien avec ce que pourrait, si elle reprenait confiance, mettre en œuvre la génération des quadragénaires, aujourd’hui. Macron n’a jamais eu et n’aura jamais la quarantaine. Il y a des amuseurs et des abuseurs dans toutes les strates d’âges, il les couvre toutes ; cette universalité est pathétiquement révélatrice de l’idiotie de ceux qui l’ont cru, donc d’un autre placement aux postes influençables d’un éventail générationnel lui-aussi non représentatif.
En dessous de cet éventail vibrant et bavard, apersonnel, ailleurs, ou poussés presque hors de la société se trouve, mais plus pour longtemps, la dernière énergie brute française.
Elle n’a pas encore agi, ni parlé, elle n’a fait, depuis toujours, que performer pour rien et subir. Elle ne sait plus du tout ce dont elle est capable, elle ne sait même plus ce qu’elle n’a jamais atteint tant, dans une tentative de survie, elle a dû se forcer à croire que ce qu’elle possédait en ce moment était ce qu’elle « méritait », ce qu’elle avait « gagné », et le maximum qu’elle puisse. Elle est trompée sur ses résultats, le qualitatif et quantitatif de ce qu’elle possède, sur son avenir, sur son rôle sociétal, sur son opinion d’elle depuis l’instant où elle est arrivée dans le monde professionnel. Elle ne savait pas qu’elle était attendue pour échouer, uniquement.

Elle a, grâce à la perpétuelle domination subie, (sinon, ça ne se passerait réellement pas aussi bien), une facilité correcte avec les quinquas et les trentenaires avec lesquelles elle ne partage quasiment rien, sauf quelques convictions : qui sont donc non générationnelles mais universelles, et qui peuvent largement suffire comme vecteur pour tous les thèmes, dont le pro, à condition qu’il soit activable. Les quadras forcent cette facilité, et des 3 générations se côtoyant professionnellement, ils sont les seuls à « forcer », à tenter l’osmose, à nouveau juste pour respirer.

Les quadras sont nés avec une succession de crise ; ils ne bougent plus, ne ressentent plus rien quand une nouvelle arrive, quand on leur fait croire qu’elle est passée. Ça va mieux, ça va plus mal : ils s’en foutent. Pour eux, rien n’a jamais bougé, rien ne s’est jamais ouvert, rien n’a jamais évolué, tout ce qui se meut dans leur vie est « désiré » positif, même sans preuve, toujours pour des raisons de survie. Les guerres, partout, sont un quotidien visuel, émotionnel, neutre pour les quadras. Ils n’en ont commencé aucune.
Ils sont la génération coupable de rien, techniquement. On ne leur a jamais laissé l’occasion de se planter, ils étaient plantés, alors qu’ils ont été élevés pour se battre (pas entre eux, contre le chômage/le destin), pour limiter impérativement le nombre d’erreur, pour être stratégiques, pluridisciplinaires, des « closers ». Ils vont bientôt porter la faute générale et nationale : c’est hors de question. Hors de question.

Leur échec a été désiré, sciemment construit, organisé. C’est « le » truc qu’il n’ont pas vu venir parce qu’irréprochables dans une quantité de domaines. Leur vie a démarré comme un challenge impossible à relever ; on leur a dit : il y a des millions de participants, un seul vainqueur, plais, sacrifie-toi, prends tout, ne crache sur rien, tiens le coup, ne te mets jamais en danger : car il n’y a pas de travail, il n’y a pas de travail, chômage, chômage, chômage. Les quadras n’ont jamais vu venir l’instant où les coups de fouet reçu ont cessé, ils n’ont jamais cessé, mais personne d’autre, dans la société, ne les a reçus : le monde était passé à autre chose, le monde de qui, au fait ?

Ils ont été élevés dans la terreur de ne jamais rien posséder : ils possèdent à peine. Ils avaient de l’ambition et les moyens de la nourrir : le monde du travail dans lequel ils ont débarqué l’a parfaitement compris. Cette génération a été l’esclave, corvéable à merci. Elle a été éreintée, cassée, brisée, x fois, mais elle n’a rien senti, rien compris. Elle a vécu ça comme une normalité. À 30 ans, cette génération arrivant à pleine puissance s’est pris un mur qui l’a explosée jusque dans son intimité, elle ne le sait pas.
Qui, dans la société, a placé ce mur ?

Les quadras ont un injuste problème avec leurs propres enfants, ils sont au bord de les haïr. Évidemment qu’ils les aiment inconditionnellement, mais ils en étouffent. Ils doivent se venger, et comme ils n’ont pas compris contre quoi, ni qui, ils regardent des gosses, bientôt adolescents, qui sont bien « d’eux », « eux », et qui trimballent avec arrogance leur cerveau plus vide qu’une baudruche, font étalage d’une inconnaissance absolue, se foutent de posséder la moindre compétence, sûrs de les avoir toutes, évitent de souffrir, tiennent des discours renversant de rien avec un cran stupéfiant, n’ont aucun sens de l’organisation, et pas le moindre de l’effort. Ces enfants entendent toute la journée « je n’arrête pas pour toi », « je bosse pour toi », « je n’ai pas une minute, et je te donne quand même mon temps », « à ton âge, je », « bouge-toi, travaille, arrête de te prendre pour le roi du monde, fais un effort. ». Les quadras sont si sans réalisme face à leur propre situation qu’ils ne parviennent pas à trouver où ça a pu clocher et quand, et pourquoi, avec un résultat privé : leurs enfants.
Ils restent des enfants de quadras. Le modèle qu’ils ont sous les yeux depuis leur naissance existe bien, mais il est un échec. Les enfants le savent « quelque part », les parents n’ont plus aucun, aucun, aucun moyen de se « donner en exemple » : « regarde, moi, ce que je fais. » Parce qu’il n’y a rien. Aucune preuve. Plus de 40 ans de vie acharnée à travailler et pas de pouvoir, pas de réussite, pas de preuve, nulle part, pas même, pour la majorité, matérielle.
Toutes les échelles, toutes les mesures, tout, dans la vie des quadras est faux, alors qu’ils avaient tout pour changer le monde.
Ils n’ont jamais rien eu, pas de nantis, aucun tapis rouge.

« Voici venir les Barbapapa / Toujours contents / Papa et Maman Barbapapa /Et leurs enfants /Les p'tits et les grands /Se transformant à volonté /Ronds ou carrés » Les quadras font regarder ça à leurs enfants, ils le regardaient. Visuellement, les quadras, tout petits, n’ont jamais eu à se poser la question du racisme, de la ségrégation, de l’incompatibilité, de l’individualisme, ni de forme, ni de couleur. « Préserver » la planète et la respecter était évident. « La pauvreté » était vaincue avec le partage et ils en avaient conscience. Ils étaient conscients d’être les forts, donc conscients qu’ils devaient aider les faibles. L’état du monde leur a été présenté sans la moindre entourloupe, sans filtre, sans bonheur, sans licornes : le monde « était ». La tolérance n’a jamais été apprise, parce que « l’égalité » non plus, elle « était ». Les quadras ont dû subir un monde fait par d’autres, subir chaque esclandre concernant la liberté, égalité, fraternité quand, eux, faisaient leur vie largement « après » cette ligne d’évidence, puisque c’était celle de départ. Ils ont dû reculer pour aller s’empêtrer dans une sorte d’éternel remise sur le tapis des gains à peine acquis. Jamais ils n’ont donc eu les moyens de travailler largement en aval d’eux.
« Reculer », c’est tout ce qu’ont fait les quadras, et ils ne le savent pas. Pour ceux qui s’en doutent, beaucoup n’ont plus la force de l’admettre. Ils regardent ce qu’ils ont à peine pu « préserver » qu’ils avaient depuis toujours et cachent les trous avec honte ou en choisissant l’inconscience, dont la superficialité subite. Certains arrivent à modifier totalement leur comportement pour échapper à l’explication de ce qu’ils ont et vivent seulement.

Leurs enfants ne sont pas dupes. Ils voient bien que leurs parents n’ont la main sur rien au monde. Rien. Les enfants peuvent encore croire que « le » monde soit assez peu accessible pour le modifier, mais ils voient bien que leurs parents rament pour tout, absolument tout. Dans le privé, et dès qu’ils mettent un pied dehors. Les quadras font la démonstration du soir au matin à leurs enfants qu’ils ne dominent rien et subissent tout, au point, parfois, qu’ils ne parviennent même plus, ou pas, à se battre pour leurs propres enfants. Donc ils arrivent à les mettre en danger, par défaut. Soit qu’ils les abandonnent au système, dont l’Éducation, soit qu’ils ne trouvent plus en eux le chemin d’arguments entre un sentiment-réflexe « ça déconne » « non » et « réagis, vas-y, immédiatement. »

Si cet état n’était pas réel et étendu à toute une génération, sauf quelques-uns qui ne sont pas comptabilisables parce qu’ils ont, de toujours, été hors des crises, hors de la performance par les connaissances, hors du combat biaisé : rien de la France, rien, rien, rien, ne serait dans cet état-là. Impossible. Une masse pareille ? Une masse aussi volontaire et compétente ? Non. Par contre, on peut croire que si la France ne s’est pas encore cassé la gueule plus bas, c’est grâce à une sorte de mortier interstitiel, partout, qui compense, qui absorbe.
Ça ne va pas durer. Pour des raisons qui n’ont STRICTEMENT rien à voir avec celles qu’on évoque concernant l’individualisme, le rien-à-foutre, mais tout avec une impuissance orchestrée, ce mortier antichoc va se désagréger. Avec tout ce qu’il subit ? Dans l’inconscience générale de sa seule présence ? De l’énormissime matière qu’il aura investie à perte pour toujours ? C’est bientôt fini. Les quadras sont prêts, dressés À LA PUNITION, à se retirer, cesse de lutter.

Il y a des quadras à des postes moteur, clé, de direction, très peu, et qui sont-ils ? Les quadras étaient la première génération unilatéralement montante : la différence de classe sociale, pour la première fois, avait ses limites en deçà du flot, elle serait submergée. Les professions libérales, les entrepreneurs partant de zéro, l’ambition saine, sans quota de caste. Pourquoi, alors, un ministre fait son beurre en vendant sa mère femme de ménage ? du bac à ministre, combien de fois il a vendu l’histoire de sa mère et pour faire pleurer qui ? Parce que, il faut le savoir, quand même : tous les quadras ont une mère, aussi.
Alors, qui ? Qui a trouvé que ça méritait à ce point d’être souligné, et pas seulement parce que le petit avait le bac, hein ? Mais depuis plus de 20 ans. …Ne cherchez pas, ceux qui regardent la société par le seul filtre qu’ils connaissent, leur vie, un filtre qui a 50 ans. OU par ceux qui regardent la société par le filtre d’une classe sociale, ce qui revient au même au niveau d’une inconnaissance crasse de la société, et au niveau d’un archaïsme de jugement sidérant.

Les conséquences de cette erreur de filtre, non-ajusté à « une autre et nouvelle » génération, L’EXACTE, JUSTE, ET ÉQUILIBRÉ RÉSULTAT DE L’HISTOIRE (elle ne s’est pas « inventée », elle « était », en tout, conséquence de causes CONNUES), sont tout simplement infinies. Et magistrale peut être ainsi l’évaluation de ce que la France a manqué d’elle en plus de 50 ans.

Les quadras veulent se faire croire qu’ils ont atteint un stade adulte, ce ne sont que des imagos, souffrant de leur état. « L’ADULTE » en eux n’a jamais été toléré nulle part et ils n’ont jamais pu en faire la preuve à cause de la série d’échecs qu’ils ont essuyés, du travail à leur lit, toute leur vie, qu’ils ne peuvent s’imputer. Pour éviter ces échecs, ils auraient dû, en plus du reste, s’être analysés avec une sorte de préscience de leur état, ou de suspicion limite paranoïaque, qui n’étaient pas dans leur nature, uniquement stratégiques sur le « fait » ou « l’option » ou « la projection », les 3 scientifiquement établis.
Les quadras, et même ceux qui vraiment ne captent rien aux maths, sont scientifiques. Jusque dans leur compétence littéraire, sociale, économique, leur éducation a systématiquement injecté un esprit scientifique, de la logique, de la démonstration, une grande notion de la cause/conséquence. Ils sont capables de démêler une réaction en chaîne. Ce potentiel a été inculqué à l’école au détriment du littéraire parce que la seule voie possible pour se sauver la vie future était : les sciences. Là, les meilleurs s’en sortiraient, auraient du travail. Jusqu’au bac, cette génération a été élevée à coups de science ou de ces pouvoirs quand la matière n’était pas concernée. La performance même était évaluable et perfectible.
Les quadras n’ont jamais connu, lors de leur éducation, « l’autoévaluation » dont ont été, pour leur malheur, abreuvés les trentenaires. Les quadras l’ont découvert dans leur travail, ahuris ; ensuite, en bons petits soldats, ils ont cherché ce qu’ils devaient corriger. Mais où les trentenaires savaient le présenter naturellement comme « positif » et s’arrêtaient à la reconnaissance de leurs limites, ces cons de quadras ont pris au sérieux qu’ils puissent faire mieux et d’ailleurs, avec cœur et force et une sincérité qu’ils les tueraient, ils le disaient fièrement à leur DRH, persuadés que c’est ce qu’elle (elle) souhaitait entendre. Les trentenaires font un constat, tranquilles, les quadras se font hara-kiri avec joie. Ils ont été programmés à faire mieux, à tout considérer perfectible. Ils n’ont jamais vu, ou bien trop tard, que le monde s’arrêtait bien avant leur ambition. Largement avant. Tout comme ils n’ont pas vu que les générations précédentes n’étaient jamais allées aussi loin qu’eux, en rien, nulle part, à quelconque poste.

Les quadras croient encore qu’il existe un « parent » supérieur quelque part puisqu’ils ont toujours été considérés « les enfants ». Ils ont immédiatement confondu « parent » et « hiérarchie » et comme ils ont dû se déplacer en crabe, professionnellement, toute leur vie, ce statut « d’enfant » a perduré et a des conséquences psychologiques qui seront difficiles à débraquer. C’est la part 100% vraie dans la remarque de ce Gilet Jaune, sur Facebook : « Ce qui est gonflant avec ce mec, c’est qu’il a le même âge que nous, donc on sait qu’il est incapable pour la fonction. » : l’impuissance « mise en œuvre » par d’autres des quadras face à tout d’eux a ruiné leur confiance.
Parce que cet état est étendu à une génération, l’insécurité, l’inquiétude, la tristesse, l’impuissance, la solitude qu’elle se procure à elle-même sont très très grandes. Les trentenaires ne se font pas confiance entre eux et ne se battront pas pour le bout de gras ; ils sont plus épargnés par leur statut qui est l’outrance de celui des quadras parce que le top départ avait de grandes variantes. Mais il va bien falloir qu’ils se rendent compte aussi qu’ils ne sont toujours pas considérés « adultes », eux non plus.

C’est pourquoi l’alliance entre quadras et trentenaires conscients de leurs tares générationnelles doit être effective pour la suite. Conscients. Donc non-ennemis et sans compétition. C’est primordial : ils ont tant des codes différents concernant la compétition qu’ils pourraient à nouveau rater leur objet.

L’épuisement réel, très grave, des quadras, parvient à leur faire oublier qu’ils ne sont sans doute qu’à la moitié de leur vie et que les années qui arrivent sont décisives pour eux et leurs enfants. Ils doivent sauver leurs enfants : ils doivent prendre le pouvoir. Ils ont été élevés pour ça, en spartiates contemporains. Ils doivent se souvenir, tant qu’il est encore temps.
Ils sont la seule génération, très nombreuse, parfaitement frontale, à, sur le papier, ne pas craindre l’état du monde, ne pas le voir comme une faillite mais un challenge et pouvoir le gérer avec un calme scientifique et avec justice. Même leur candeur, leur immaturité réelle, si elles sont admises, « conscientes », peuvent se transformer en fraîcheur, en énergie, en invention, en création, aussi. En révolution. Ils ont été, tous, tous, quel que soit leur niveau intellectuel, fabriqués pour être des locos. C’est en eux. C’est en court de démembrement, c’est même proche d’être la fin du démembrement.

Les quadras, c’est l’Alsthom, quand ce nom avait encore un h, comme humain. Il n’en reste bientôt plus que la honte écœurée, usée de sa tristesse et des larmes une fois par jour, solitaires. C’est monstrueux ce qui a été fait. Il s’agit finalement d’une expérience à grande échelle sur des enfants, avec une cohésion politique, une volonté politique et sociale, et pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale : la pression du monde et de son état de crise comme seul décideur.
Les quadras sont la première génération à laquelle on a demandé de se préparer pour gagner « contre l’état du monde », et aujourd’hui il faudrait qu’ils entendent des leçons d’une ado ? D’un petit coquelet au pouvoir qui n’est pas de leur race ?

Il faut se méfier de la tolérance des quadras. De même, ils sont arrivés bien après qu’elle ramène ses dogmes de 68, fin des années 80, en fait. C’était bien trop tard pour les quadras, leur propre tolérance avait totalement d’autres codes, non inculqués, sans lois strictes, sans dictature et sans bible à apprendre par cœur. Les quadras sont assez muets, ceci expliqué par cela, mais il ne faut pas croire une seconde qu’ils gobent tout, ni cautionnent. Ils ne suivent pas tant que ça, voire pas du tout ; ils ont choisi le retrait parce que, en fait, leur propre tolérance qui était l’évidence, et qui se basait tout entière sur le droit de comparer, n’est plus tolérée. Celle-ci donnait raison à la justice. Celle qu’on leur présente comme obligatoire aujourd’hui donne raison à la faiblesse. Ils ne peuvent intrinsèquement pas admettre ça, ni presque le comprendre. Leur demander de ralentir pour que des wagons sans loco passent ? Pour eux, c’est une ineptie, mais encore une fois : ils n’ont aucune preuve personnelle et ils n’ont aucune tribune, nulle part, où le défendre. C’est à peine s’ils en sont encore conscients. Ils le savent, mais ils ne savent plus où. Et quoi qu’il en soit : de façon pratique, partout dans leur vie, ils ont été forcés de ralentir pour laisser passer des wagons, poussés par eux.

Voilà comment les quadras réagissent, aujourd’hui .
Ceux qui ont viré bobos, les 2.0, tournent le dos et font un peu de pâtisserie avec des fruits secs achetés au marché. Ceux-là ne sont pas méchants, ils sont les seuls à avoir poursuivi l’entretien d’une très massive culture de base et donc à avoir notion de celle actuelle, aussi désespérément pauvre soit-elle. Ils ont les mêmes défauts que l’ensemble des quadras mais pas ceux des bobos 1.0 pour autant, parce qu’ils ont souvenir de leur sens critique, quand bien même il leur semble être le bestial en eux qu’il faut faire taire et que ça leur prend tout leur temps. Les bobos 1.0 n’ont pas de fauve à calmer. Les 2.0 si. Mais ce sont des « gentils », ils sont juste insupportables aux autres à cause de leur manifeste incohérence de comportement face à la réalité. Ils ont à l’évidence décidé de « nier » et s’en sortent. Tout le monde n’a pas les moyens financiers de cette « négation de survie. » Ils ne sont pas forcément empathiques, parce que leur statut leur permet un certain égoïsme, une sorte de petite plateforme de sécurité et ils ont compris que l’empathie en avait noyé un paquet autour d’eux.

Ceux qui sont pauvres, sont de loin les plus solides, de loin ceux qui se sont le moins suicidés dans leur carrière, et de loin ceux qui ont pu préserver leurs acquis. Le temps faisant, par contre, cette matière s’est bien fait aussi avoir et pour résister elle s’est systématisée, frôlant de devenir archaïsme, d’avoir un langage borné, de fonctionner avec des recettes. Étant donné que tous ces travers ne sont qu’obligation de survie, comme pour les autres quadras, et qu’ils sont nés de l’empêchement d’épanouir et de faire grandir, et s’enrichir, même si ce n’était pas sonnant et trébuchant, des compétences immenses, notamment humaines, le côté borné est rectifiable. Il y a une bonté chez les quadras, fondamentale, provenant de leur « non-apprentissage » du partage, de l’entre-aide, de la tolérance, de l’équité ou de l’égalité. Tout ça, pour eux, est presque inné tant tôt ça a été présenté.
Comme dit plus haut : les quadras commencent « après » la ligne, le temps qu’ils ne perdent pas à se réfléchir des concepts aujourd’hui étalés d’ici à Jupiter, se nomme, dans un monde idéal : l’efficacité. Donc du temps de gagner. Avec justice. Non réfléchie, elle aussi.

Ceux qui sont riches, évidemment, ont le choix : l’autruche et l’imitation, une autre version de la négation bobo 2.0, ou mettre à profit leur tranquillité en « s’engageant » avec les autres, de moins ou vraiment moins de moyens. La froideur des quadras, tous leurs parcours, les laissent sans utopies face à la domination de l’argent : encore une fois, ils ont été élevés pour dominer, pour gagner de l’argent. Pour eux, l’argent n’a rien de ce sujet bourgeois dont il ne faut jamais parler, surtout quand on en a. Les quadras ont une vision très vulgaire, très crue, très réaliste de l’argent. Le tabou, ils n’ont jamais eu le loisir de le connaître. Bon, d’accord, certains ont trouvé que c’était chic de ne plus en parler, mais ils se leurrent, c’est une pantomime qui est de loin plus vulgaire que d’éviter le sujet. Et s’ils croient qu’elle passe inaperçue dans certains milieux c’est qu’ils ne sont pas assez fins pour comprendre qu’on sourit avec mépris dans leur dos. Rares sont les quadras argentés qui ont une certaine classe avec l’outil « argent », mais il y en a. Les uns ou les autres ont une grande notion de qui commande, qui a le pouvoir et grâce à quoi. Combiner compétences (peu importe le compte en banque) et prise de parole (d’autant mieux entendue que le compte en banque sera rempli), sans que, puisque de deux natures distinctes, conscientes et voulues une alliance frontale, les comptes en banque se jalousent, pourrait avoir un effet révolutionnaire sur chaque élément de la vie sociale, de l’école des enfants jusqu’au respect exigeable des « alphas » de la société.
Si « tous les quadras » disaient qu’ils retirent leur gamin de l’école jusqu’à ce que l’Éducation nationale reprenne ses esprits, ils changent la France. Hé oui.

L’obstacle majeur, chez les quadras, depuis toujours, c’est l’état du monde qu’on leur a présenté comme justification pour les dominer. Cet état a toujours servi les alphas et le pouvoir. Mais jamais les quadras n’ont pris le temps de comprendre qu’ils n’ont jamais connu qu’un monde sombre. Sortis de leur petite enfance, si elle n’avait pas été elle-même, pas à cause du monde, mais juste de l’humain, terrible, ils n’ont jamais connu qu’un monde sombre. Il n’est pas pour eux une « énigme », mais les alphas et les pouvoirs persistent à le présenter ainsi. 50 ans d’humanité qu’ils laissent dans la nuit, sans, à chaque génération, rien de rien de rien espérer pour elle. Rien. Et surtout jamais qu’elle puisse faire évoluer quoi que ce soit.
Ce décalage incroyable entre une génération adulte et le statut d’adulte, toujours possédé par les « parents » qu’ils soient réels ou systémiques, fait que la responsabilité d’une évolution et la compétence pour la mettre en œuvre font un bond sidérant et hop, tombent sur ceux qui ont 15 ans. …D’accord. Pourquoi eux ?
C’est très simple : jamais les alphas ne les verront adultes. Ils sont la génération que le « systémique parent » n’a pas à « craindre », puisqu’il sera mort.
C’est tout. C’est aux quadras de signaler qu’ils sont vivants et qu’ils prendront les commandes avant la mort du parent systémique.

C’est un peu ce qu’il faut que Finkielkraut comprenne, en fait. Il chouine, il semble, encore, dans son livre, (que je ne lirai jamais, ça va, j’ai lu les autres), qu’il n’entend que « dégage ». Il a de la chance, il ne l’a entendu, finalement, qu’avec son propre nom, sous sa propre identité, avec sa propre bio, ses propres livres, ses idées (même si pas une ne mérite ce nom) signées par lui. C’est bien à lui, « Finkielkraut » qu’on dit, un « on » collégial, « dégage. » Je ne fais pas partie de ce « on » là, il est lui-même creux et sans thèse et, d’office, il va poser problème.
C’est drôlement bien, quand même, je trouve, de savoir qu’on est attaqué « soi » pour « soi », ni plus, ni moins. Les quadras n’ont jamais été « eux », mais toute leur vie, ils ont entendu « dégage », et pas sur des points très précis, pas sur des idéologies, des concepts, juste leurs compétences : « dégage avec ton ambition » « degage avec ta culture » « dégage avec ton diplôme » « dégage avec ton perfectionnisme » « dégage avec ton efficacité » « dégage avec ta bonne volonté « dégage avec tes idées » « dégage avec ton sens critique » dégage avec tes solutions » « dégage avec ta rigueur » « dégage avec ton investissement » « dégage avec ta gentillesse » « dégage avec ton empathie » « dégage avec ton analyse » « dégage avec ton opinion » « dégage avec ta maîtrise du temps » « dégage avec ton sens de l’effort » « dégage avec ton âge » « dégage avec ta volonté » « dégage pour tout, je veux vivre, je ne te laisserai pas ma place, jamais, jamais, jamais, jamais, tu vivras selon moi, toujours, et je suis prioritaire : je suis ton parent et ton enfant, à jamais. Je grandis, tu dois vieillir et on en reparlera. Plus tard. Plus tard. Plus tard. Plus tard. Au fait : dégage. »

Comment ça se passe, quand on est un « Finkielkraut » ? On déplore depuis 50 ans que tout ce qui a dégagé en 68 dont on a aidé, déjà, au micro, au déménagement, (on n’a pas l’air de se souvenir, mais enfin : il y a des enregistrements, et des livres, les siens, hein ? On se souvient, là ?) Et c’est tout.
Ça a l’air cool, comme job, ça s’appelle « philosophe ». Ou « intellectuel ». Pas une pensée, pas une analyse justes en 50 ans, juste un petit diplôme en philo. Et ça suffit.

Si le président était un quadragénaire, et là, franchement, les paragraphes vont tenir de la science-fiction puisqu’historiquement c’est impossible sans un retournement incroyable de situation : je vous jure que tout le monde le sentirait passer.

Ce serait un dominant, pas un roitelet comédien, il serait vrai parce qu’adepte de la preuve pas parce qu’il l’a décidé, il saurait douter parce que scientifique (ben là, pas de contre-exemple, le doute est hors du macronisme) ; il saurait déléguer dans une horizontalité de compétence au lieu de jeter à ses chiens ce qui l’ennuie ; il parlerait avec pédagogie, son discours simple et maîtrisé, efficace, pas en dégueulant un blob suivant la grammaire Macron, le bescherelle Macron, le petit Macron des noms communs. Sa culture serait avérée, testée et assez sédimentée pour lui autoriser l’argumentation au lieu d’être prostituée à une argumentation infondée. Il ne serait pas source de lui-même (au lieu de…), mais déjà conséquentiel et volontaire pour devenir la cause d’un bouleversement réfléchi. Il serait rassurant parce qu’ayant vécu, il saurait ce qu’est l’effort parce que l’ayant hautement pratiqué, et saurait reconnaître quand l’effort demandé est injuste, insensé, un stratagème. Il serait à sa tâche par compétence, il saurait qu’un homme seul n’est plus capable de vision mais qu’il fait être définitivement et à jamais un collège. Peut-être que ce président-là révolutionnerait la politique dans le pays des Droits de l’Homme. On saurait à qui on s’adresse, la confiance serait un repos. Il saurait, d’ailleurs, que la France demande à souffler avant tout. Il redonnerait au Temps sa mesure vrai, relancerait les horloges.

Jamais, jamais, jamais il n’utiliserait le mot de « destin ». Contrairement au président actuel, qui ne parle pas d’avenir, ni de futur, mais de « destin », toujours. Je ne sais pas, mais… Enfin, Tous les psys sont morts ou quoi ? Il va falloir le croire.
D’ailleurs, la psychologie et les quadras, ce n’est pas ça. Elle est l’apanage des quinquas qui ont eu les millennials. Les quadras, eux, je crois que c’est finalement une chance, n’ont pas été épluchés, câlinés, « autorisés », ils n’y ont pas eu « droit ». Elle a manqué comme soutien, elle a manqué pour comprendre, elle a manqué culturellement, mais au moins elle ne les aura pas encore plus affaiblis. Ils ont essayé d’aller y chercher une explication de vie, mais, même là, ils « savaient », ils ne l’ont donc pas crue, pas assez compétente, proposant trop de choix et surtout : une remise en cause. Ça irait comme ça, merci.  La psychologie, chez les quadras, est au mieux une culture acquise, un outil, pas une culture en soi.
Un quadra connaît la définition du mot destin. Il ne l’emploiera, scientifiquement, que s’il faut. Jamais en équivalent d’« avenir». Le destin, pour celui qui ne sait pas est un avenir écrit auquel on ne peut échapper. L’avenir, passe-le moi, et je te montre comment on peut y échapper à ton destin.
 
Si Finkielkraut était un philosophe, un intellectuel, un penseur même format chausse du 2, il saurait tout ce que je viens d’aligner. Et même s’il devait rejeter l’ensemble d’un « oui, bon » pour parler lui (ce qui est quand même l’essentiel) je lui demanderais d’aller rechercher la balle, et j’observerais s’il la retrouve, je pense que non. Et même s’il avait les arguments opposés, contre : …alors, on ne serait pas du tout, du tout, en France, aujourd’hui.
C’est fini, quand on en arrive là, intellectuellement : faire la preuve que mon analyse est fausse c’est faire celle de sa propre incompétence, donc c’est impossible, on est d’accord ? Moi, toute ma vie, j’ai su dire que j’avais échoué, c’était l’unique solution pour ne pas me faire emporter totalement par le lessivage permanent de ma génération, il fallait que je reste le plus hautement consciente de mon échec, et de comment, et de pourquoi. Mais un septuagénaire de quelconque pouvoir et audience ne peut pas dire, aujourd’hui, « j’ai échoué ». Parce que les questions suivantes, et je les poserais, c’est « À quoi ? » | « Pourquoi ? » | « Quand ? »

« Et ensuite ? »


À demain.


* cet article fait partie d’une série de 31 commencée le 1er octobre, dans le cadre du challenge #INKTOBER 2019, détourné par clairecros.com | puck.zone | 17SWORDS | PUCK sur YouTube

Aujourd’hui THE OFFICIAL 2019 PROMPT LIST donnait le mot :
26_DARK [avec peu ou pas de lumière | (couleur) sombre/proche du noir/nuit (bleu, nuages, chevelure) | sombre, triste, sans espoir, lugubre | mauvais, méchant, menaçant | secret/caché | (lieu/moment) le fait d’être sans lumière | crépuscule, à la nuit]
Demain :
27_ COAT [manteau | poil, laine, fourrure couvrant un animal | couche d’une matière (peinture) couvrant quelque chose | couvrir quelque chose avec une couche d’une matière particulière]



#INKTOBER2019 #COAT
October 27, Official 2019 prompt list: 27_COAT


Totalitarisme de France | ensevelir couche après couche en évidant [27/31 #Inktober]

GJ | La France est un pays totalitaire. Au XXIe siècle, un régime totalitaire se plaque sur une société elle-même déjà totalitaire, sans aucun idéal « final » : l’apogée déjà atteint, il devient stridence. La démocratie n’en finit plus de se vouloir démocratique, la surdémocratie s’enfonce sous la ligne de ses principes, s’étend, couche le pays qui perd ses sens et pour respirer encore, s’évide.*

Les gens aiment bien le mot « totalitaire », ou comme plus important : « totalitarisme ». C’est un grand mot, un mot drame, un mot Histoire. Il ne suffit pourtant pas aux clowns dits « intellectuels » qui lui rajoutent « postmoderne ». Je me retrouve alors très seule dans le public à rire à cet adjectif.
Les gens ne savent pas ce qu’est un totalitarisme, et dans « les gens », il va falloir mettre les intellectuels apparemment ; de loin, ils le raccrochent encore bien au nazisme, mais le cas de l’URSS est déjà plus flou, ils oublient la Chine, et ils ne parviennent pas à le penser en tant que système, encore moins conceptuellement, détaché d’un sol et de dates donc du passé.
Ils apprécient, retrouvant un cercle d’apprentissage que Proust a relevé, (…c’est horrible comme je vais finir par louer certaines pages de La Recherche justement à cause de la situation. La preuve que vraiment ça déconne si je dois en appeler à seulement l’aplat.) de le répéter, genre deux minutes après qu’ils l’ont entendu, si j’ai eu le loisir d’en placer une et celle-là, et en général, ils me l’enseignent d’un « Qu’est-ce que tu veux, on est dans une société totalitaire. » …Okay. Ils prennent le grand mot et le recollent dans un soupir d’ennui, de rien à foutre, d’impuissance et de bêtise dans une phrase de conclusion de rien, sur rien, pour rien et espèrent que je vais parler d’autre chose pour expliquer leur vie et les plaindre, quoiqu’ils n’attendent même plus un soutien, un accord, de l’empathie, ils veulent juste parler.
Vous avez remarqué qu’on en est là : les gens ont même peur qu’on prenne trop au sérieux ce qu’ils disent, qu’on s’y intéresse trop, pour s’investir dans « leur » sujet et respecter sa particularité, (quand bien même ce serait bateau : travail, le chef, les horaires, les congés, le fils ado), parce que c’est « eux » et pas quelqu’un d’autre. Ils reculent, c’est physiquement visible, en protection. Il semble qu’ils prennent l’échange d’une simple conversation entre deux portes comme la prostitution et la perte définitive d’un bout d’eux-mêmes : ils veulent bien parler, mais le deal est « qu’il n’y ait ni réponse, ni explication, ni comparaison, ni soutien. » Un « je comprends » est déjà une atteinte à l’intégrité. Ça explique le malheur de ceux qui disent « Je n’ai pas résisté, j’ai vidé mon sac. » et se considèrent victime d’un vol à la tire, facile, de leur faute, parce qu’ils ne faisaient pas attention, parce que la bandoulière était trop longue, parce qu’ils n’ont pas su résister. L’aveu de faiblesse n’est pas dans ce qui est livré, mais dans le fait de l’avoir livré. Il y a soumission devant le regard de l’autre, qu’il comprenne et compatisse n’y change plus rien : les gens ne se supportent plus égaux, même dans le malheur ou la tristesse. C’est devenu une force en soi de dire en entendant « moi aussi », « Oui, tu comprends. »
Prononcer le « moi aussi » ou « je comprends » est un autre obstacle. Dans 99% des conversations, on préféra expliquer à son interlocuteur le fonctionnement de la sécurité sociale, de la Justice, de la République, de l’Univers plutôt que de rester au ras de ses mots. Ses deux attitudes : refuser la compréhension/répondre par le grand général pour minimiser et rejeter encore vivant le sujet à une « norme » ne sont pas la poule et l’œuf. Le « général vers la norme » est arrivé en premier.

Je ne crois pas aux « gens », « les gens ». Tous les gens sont « les gens » des autres. En passer par « les gens », dans le système actuel, c’est du négationnisme, sauf que « les gens » ne le savent pas non plus. C’est strictement vain, suicidaire, de tenter de sceller l’attention de quiconque et l’extraire des « gens » puisqu’il est impensable pour lui d’en faire partie.
C’est ainsi, historiquement, que tout un pays peut reculer, un par un, pour regarder ahuri non pas son « centre » qu’il aurait dissimulé de sa masse, qui n’aurait été connu que de quelques-uns, très proche de lui, mais son propre sol, la couche même sur lequel il repose, et toutes les couches transversales en lui-même qui lui donnaient « innocemment » son unité, du plus bas au plus haut, du plus jeune au plus vieux. Il ne peut pas y croire, il ne peut pas l’admettre, il ne peut pas le penser, il ne l’a pas en souvenir, il ne comprend pas comment ça a pu arriver alors que tout le monde, tout le monde est concerné, au final. Il faut une putain d’horreur, de catastrophe, il faut l’énormité de preuves, et encore pas mal de temps, avant que le pays conçoive, un par un, que quelque chose était bien là, en train de se passer et que cette innocence devient complicité.
Quand il n’y a pas « l’horreur » historique, comprendre le totalitarisme et sa couverture stratigraphique totale est évidemment au-delà du complexe. Et même bien cadrer les choses en argumentant qu’il n’y aura jamais, plus jamais rien de comparable entre les conséquences historiques des totalitarismes historiques et celles d’un totalitarisme aujourd’hui, c’est immédiatement voir le sujet repoussé parce que, du coup, « y a pas mort d’homme, et y aura pas. » Personne n’envisage que si, mais « évidemment » ça ne sera pas dans des camps de concentration en Pologne.

Une autre difficulté à parler de totalitarisme, c’est ça : c’est décrire une grille d’évaluation qui a été reformatée par le temps qui peut s’éloigner de sa dernière date « populaire ». Le facteur « temps » est constitutif, or, aujourd’hui, il est très exactement la terreur des gens, la poubelle où par miracle tout trouve une explication, le coupable, le volé, le perdu, il « est » les gens à chaque instant t et on l’a privé, chacun ne fait qu’en parler, de sa « longueur », de sa « durée ». Les gens l’admettent bien à l’échelle d’une journée, d’une semaine, ça devient plus dur quand on parle en mois, même professionnellement. On parle de « visibilité » quand on s’imagine au grand pire trois mois après, on parle immédiatement « d’enseignement » et de « bilan » sur, au mieux, les trois derniers mois. Le totalitarisme est une durée, sa mise en place, son épaississement par mille couches, demandent des années.
Des années. Même pour leurs propres enfants, les gens n’envisagent plus cette durée, ni comme souvenirs où la mémoire s’efface, ni comme avenir, rendu impossible à seulement imaginer. Pour eux-mêmes, ils perdent conscience de leur chaîne causale et c’est normal, on ne peut pas vivre, croyez-moi, c’est inhumain, en tirant la totalité du train de sa vie, voire en ajoutant des wagons plus on avance qui font que jamais la queue du train ne quittera la gare. Ce n’est pas la vie ; la vie, c’est oublier, par nature, garder le plus important, ou pas, seulement le meilleur, ou rien, aussi, et faire un geste fataliste. L’actuelle confiance à propos de tous les systèmes de conservation de la mémoire, externes à chaque mémoire humaine, n’incite pas à entraîner ses souvenirs pour recomposer ses propres paysages. Cette confiscation désirée du poids de la mémoire et suivie de celle de son utilisation comme matière vivante. La notion du temps reste extrêmement soumise à la chronologie, avant, après, celle de mémoire aussi, quelle que soit leur indépendance : la mémoire figure un temps non soumis au Temps. Mais dans l’éloignement des deux, la mémoire perd sa différence.

La « durée » en année devient inconcevable, « décennies » est folie. C’est ainsi qu’un astrophysicien, né en 73, qui manipule la physique quantique, qui travaille sur les trous noirs, soupirera moqueur et surpris si au hasard d’une interview le sujet de 68 est amené : le scientifique ne verra pas le moindre lien, devra chercher pour en trouver avec son analyse de l’époque et ne manquera pas de commenter que « C’est Mathusalem ! Ça existe encore ça ? » 5 ans avant sa naissance.
Quel que soit l’angle, historique, mnémonique, …scientifique, aucun ne résiste au « rejet » humain aujourd’hui, largement présenté comme « évident » qu’il soit « caissière » ou « astrophysicien » deux modèles bien admis opposés dans la conversation courante. Le temps « passé » n’a rien à voir avec le temps actuel. Rien. L’astrophysicien n’a même pas l’idée, la curiosité intellectuelle, l’intuition, d’user de ses connaissances rares et maîtrisées pour annuler la vision du temps traditionnelle et faire tenir deux moments ensemble. Non. Rien.

Alors, à quoi se réfère-t-il ? Comme la « caissière», comme les « gens » : à lui, aujourd’hui, peut-être tout juste hier ; tout content, quand il parle, d’être le dernier qui a parlé qu’il peut suivre.
Le temps n’est pas forcément une donnée sociale et partagée, il est sans doute bien plus « l’être » même, d’où le simplisme de l’accusation de l’individualisme pour tout expliquer. Plus de temps uni, autant de temps que d’individus : le temps ne passe plus, les gens vivent. Ça pourrait être vu comme une application, parmi des milliers, du présentisme, sauf qu’il faudrait que chacun le vive en affirmant que ni passé ni futur existent. Ce n’est pas le cas.
Dans cette référence désastreuse à soi, il est simple de négliger les liens temporels forcément preuve d’évolution avec ses propres enfants. Se déterminer un statut tel oblige à procurer le même à ses enfants, sinon, on doit les considérer eux-mêmes une « durée », ce qu’ils sont le plus purement, pourtant, et ainsi il faut les considérer pour pouvoir évaluer leur grandissement et épanouissement. Mais puisque tout de ces deux états a été nié comme évaluable, comparable, et n’a plus aucune norme, plus aucun critère : le statut de « non-durée » convient. La société-parent a installé ses enfants dans un temps dont ils sont privés comme espace de leur propre vie : ils « sont » à chaque stade, c’est tout. D’où sont-ils, vers où, sont des portes battantes qu’on peut prendre autant de fois qu’on veut et dans les deux sens, gratuitement, qui n’existent plus dans le temps des enfants. L’illusion générale est qu’ainsi ils profitent pleinement de leur vie, de leur temps d’enfant.

Dans un temps sans durée, l’argumentation n’est plus nécessaire, le constat non plus, l’exemple permanent suffit. La comparaison est toujours horizontale dans l’instant t, jamais de tangente. La géométrie de la démonstration, aujourd’hui, n’existe pas. Il n’y a donc pas besoin de plan à un discours, d’architecture à un langage. Les outils même qui permettent de dérouler une explication ne sont plus utilisés. Parmi eux, celui le plus brut et très controversé, car populaire, le « bon sens » vit de très mauvais moments. Il est dangereux, très dangereux, on lui a donc créé une très très mauvaise réputation : il est archaïque, borné, raciste, antisémite, misogyne, sous-cultivé, intolérant, égoïste, la liste est longue. Il est hors de question de faire preuve de bon sens dans certaines strates sociales ou profession, ou alors il faut réellement s’excuser de cette vulgarité et montrer sa honte à y avoir recours.

Nos gens ne sont pas très forts, souvent, en math. Les théorèmes, les démonstrations, la récurrence, les « si » scientifiques, ce n’est pas avec ces rotules et chevilles là que leur propos avance. Mais si on leur retire leur bon sens, s’ils en doutent au point de préférer l’ignorer, il ne reste pas grand-chose puisqu’ils ont déjà écarté la comparaison et donc la critique. Ils ne savent plus vraiment quand ça s’est passé, ni comment. Ils se souviennent de certains vieux qui disaient « maintenant, on a plus le droit de rien dire », en parlant entre eux de leurs propres enfants. Mais, les gens ne se souviennent plus à propos de quoi ils disaient ça, ni quand. Et c’est loin.

Peut-être même que la confusion entre totalitarisme et dictature a un lien avec ce rejet de la « durée ». On veut bien croire à quelque chose « d’autoritaire », parce que c’est comme ça : quand on est sûr d’appartenir à autre chose que les élites, quelles qu’elles soient, être victime et oppressé, c’est le minimum syndical, mais on ne veut pas le comprendre « installé dans le temps », donc on « traduit » qu’on subit depuis peu une autorité abusive et écrasante. Une dictature peut être installée sans délai.
Un coup d’État, ou pas, d’ailleurs, une élection, parce qu’on est une démocratie, et soudain le Pouvoir ne tient plus compte d’aucune opposition et applique sa volonté sans choix. Si ce Pouvoir est démonstrativement naïf face au luxe et n’en fait pas un usage évident, fonctionnel, le peuple, c’est comme ça, voit comme jamais de quelle richesse le Pouvoir est entouré, la fantasme autant que le Pouvoir, les deux la voient 100 fois plus diamantée, sauf que lui, le peuple, la trouve gaspillée et boude très fort car il s’agit démocratiquement de « sa » richesse, pas celle du « prince ». Le peuple va trouver que la dictature est monarchique, formellement au moins. Tout cela se compresse et nous voilà, avec d’un côté l’analyse d’un totalitarisme et de l’autre l’illusion nationale de vivre dans une monarchie autoritaire parce que le peuple va se focaliser sur une figure « centrale », unique, tout en haut, juste en dessous de Dieu. Et encore, c’est à se demander se dit le peuple.
Une fois que l’analyse s’est bloquée sur une vision et une formule fausses mais utilisées abondamment par tout le monde, tous les médias, tous les intellectuels, de la caissière à l’astrophysicien en passant par le rappeur, difficile d’argumenter encore avec la « durée systémique ». L’aspect monarchique tient à une personnalité très pauvre et hystérique, s’il y a une cour autour d’elle qui l’applaudit et la vante et se pâme, la cour sait pourquoi et le chantage qu’elle adore subir reste de l’ordre de la petite histoire. Si elle se croit grandie de cette admiration, ça, c’est un cas pour les psys. Mais ce n’est pas ça qui est vécu.

On peut faire remarquer aux gens qu’il est tout de même curieux, dans une démocratie, que quiconque, quel que soit son intellect, sa fonction, s’accorde à parler de monarchie : à un bout avec haine, à l’autre avec une tendresse condescendante. L’idée est transversale, dans la société, et va du noir flambant au bleu petit garçon. Et c’est par cet éventail de teinte qu’on se croira encore en démocratie. Oui, il y a l’éventail de toutes les opinions. …Et alors ?
Est-ce qu’on critique réellement quelque chose quand il ne s’agit que d’un « ressenti » entre l’irritation, la jalousie, et autre chose, mais on ne sait pas trop quoi, et qui, non seulement bénéficie de toute la tessiture démocratique pour être qualifié mais n’est pas remis en cause, jamais, nulle part, ou d’une façon très primaire, par l’extrême gauche ou l’extrême droite ?
Une fois qu’on a dit que telle attitude n’était pas convenable pour un président de la République, on va où ? Les médias vont où, avec ça ? Oh, le vilain petit roi ! Oui. Et donc ? Comment il est arrivé là, le petit roi ? Parce que c’était lui ou la vilaine sorcière ? Non. Comment on en est arrivé à n’avoir qu’eux deux comme choix ? À cause de l’effondrement des partis et de l’affaire révélée par tel journal ? Non. Comment et pourquoi les partis politiques se sont effondrés ? …Parce qu’il y avait des tensions à l’intérieur ! Non. Pourquoi ?
Mais là, on est déjà loin dans le temps, les astrophysiciens sont complètement perdus. 3 ans. Mathusalem, comme ils disent, les astrophysiciens.

Le président a une attitude de monarque, mais la France n’est pas une monarchie, et ça s’arrête là. Tout le monde à sa version. Mais bon. À qui ça ne plaît pas ? Tout le monde ? Et alors ? Ils laissent couler, non ? Sauf les Gilets Jaunes, c’est sûr. Techniquement, les lois fantasques, à l’arrache, sont surveillées et refusées par le Conseil constitutionnel, donc tout va bien, non ? Où est le problème ? Mitterrand avait une tout autre carrure comme monarque, vous vous souvenez, ou c’est trop loin ? Où est le problème avec le président actuel ?

L’idée de la monarchie est apparue très vite, parce que le sujet était assez vulgaire pour ne pas désirer qu’on ait une autre image de lui, et parce qu’évidente : c’est parfait : l’idée que l’un se fait de lui est parfaitement reçue comme telle par la masse. Que demande le peuple de plus que telle osmose et telle entente ? L’idée s’est généralisée et en deux jours elle avait trouvé ses limites strictes, le troisième, elle était intégrée par les médias dans quelconque commentaire de l’actualité grâce à leur petit mot préféré du moment (que quand ils l’ont dit, ils en peuvent plus) « régalien ». Voilààààà. Là, tout va bien.
Alors que tout le monde est bien d’accord avec cette apparence de monarchie autoritaire et que rien là-dedans ne les empêche de traiter les actions présidence/gouvernement autrement quand les commentant avec le plus grand sérieux, certains veulent continuer de s’énerver très fort contre la monarchie présidentielle. Mais le sujet est clos et il est sans suite. Ils ne trouvent pas les clés et les arguments pour dire pire que ça. C’est dit, c’est intégré, c’est fini. Il n’y a aucune poursuite possible, continuer à protester « monarchie, encore un coup de la monarchie, la monarchie ci et ça » c’est participer à un concours d’arguments entre poivrots.

Tout ce qui apparaît, qui semble critique, s’étale ou est étalé, par les médias, par elle seule, adjuvante, sur toute la société. Il lui faut quelques heures, jours, semaines, mois, qu’elle ne peut pas mesurer, mais plus jamais plus, et elle en sera totalement imprégnée. Cette couche connaîtra une polymérisation bloquant constitutivement sa modification, son évolution et sa réactivité à quoi que ce soit. Elle ne sera plus productive, elle sera simplement dans toute la société. On pourra alors étendre une autre couche, que la société verra ou non, une couche de grande comptabilité avec la précédente, et de même, cette couche rentrera dans tous les interstices possibles, séchera, perdra une part volatile de son liant : c’est cette excitation passagère dans les médias, puis se figera. Et on recommencera. Et la société absorbe, absorbe, absorbe.
Pourquoi le seul endroit d’elle où rien ne rentre est le mouvement Gilets Jaunes ? « Qui sont les Gilets Jaunes ? » Pourquoi on dirait avec eux que tout reste en surface d’eux, qu’ils refusent d’intégrer, de laisser passer, le moindre truc ?
C’est vrai qu’il n’y a aucune analyse situationnelle ou systémique côté Gilets Jaunes. Ce n’est pas à eux de la faire, et c’est vrai qu’ils n’ont pas eu les moyens de résister aux appellations de « régime autoritaire », de « dictature » ou de « monarchie », encore moins de douter, encore moins de comprendre en quoi aucun des termes n’est fertile pour une argumentation de lutte, de révolution. Ni, qu’au contraire, ils tournent en rond depuis qu’ils sont là, ils ne peuvent plus qu’accumuler les preuves et résister à absorber ce qu’ils peuvent nommer « propagande ». Mais c’est tout. Par contre, ils font la preuve que cette matière que la société absorbe n’est pas vivante. Elle est là, c’est tout.

Les Gilets Jaunes aiment la répétition, et elle est une de leur force, ils en ont la capacité, encore. Ils se répètent, et ils observent et relèvent comme partout le monde protestataire est dans cette répétition, aussi. C’est impossible de nier que cette répétition s’oppose à une surdité pathologique : nulle part elle n’obtient de réponse que la violence, et la France a donné l’exemple. Pourtant, cette violence est elle-même stérile. Elle est, elle a été, elle continue ailleurs, elle apparaît avec systématisme. Elle ne change rien, ne transforme rien, sauf ce qu’elle a abîmé à jamais ou tué. Mais si elle convoque plus de colère, elle finit par avoir ce qu’elle veut à moins que la volonté protestataire soit prête à se suicider pour sa cause, comme à Hong Kong, où les jeunes amoureux prévoient sur eux ou chez eux une lettre d’adieu, à chaque manifestation. Le discours supérieur n’a pas lieu, nulle part. La répression est générale. On peut s’arrêter chronologiquement à celle ayant eu lieu en France, parce que c’est la France.
On sait comme elle a été niée, on sait que le président de la République est resté « royalement » en dehors de toute cette merde, trop basse pour lui. Mais c’est tout.

Dans son propre abandon, la violence a coulé du ministère jusqu’à la populasse. La preuve, elle peut à présent faire son show sur une chaîne publique. C’est ainsi que la violence est étalée en couche, son importance, sa gravité, traînée sur toute la société, via les médias, tous, dont les populaires, dont les publics, pendant les heures de grandes audiences, et qu’elle va être absorbée dans la société. Ce n’était pas ce que voulaient les Gilets Jaunes ? Qu’on en parle ? C’est fait. Et alors ? Admise ou niée, erreur ou pas, abus ou non, montrée ou pas, à ciel ouvert à présent : et alors ? Est-ce que c’est dans une émission grand public qu’on débat réellement de la réalité ? Ou est-ce que c’est exactement quand « une « réalité atteint cette confortable place, s’étendant finement sur le canapé de tous les foyers qu’il devient à jamais impossible d’atteindre « la » réalité, celle encore réactive aux arguments, celle encore causale, celle encore élément d’analyse ?

Où doit se porter l’analyse ? Où sont encore les éléments « mystérieux », « secrets » ? Quelconque matière qui ne soit pas étalable sur la société jusqu’à sa disparition intégrée, sa stérilisation physico-chimique, intellectuelle, de conscience ?
Il n’y a plus que « Qui sont les Gilets Jaunes ? » cette phrase incroyablement répétée depuis bientôt un an et qui le sera certainement encore après l’acte LIII et qui n’a jamais, jamais, quiconque ait voulu y répondre, trouvé de réponse. C’est le dernier mystère, et c’est la clé.

Les Gilets Jaunes n’ont pas commencé avec une « rage » « unidirectionnelle » « contre » « le chef de l’État en 2018 ». Conceptuellement, mais aussi historiquement (même si « historiquement » sera pour plus tard, nous n’y sommes pas), le point de départ, le phénomène rassemblant mais pas unifiant, ce n’était pas lui, et ce n’était pas l’augmentation de l’essence, la fiscalité and co, l’amorce, qui n’était pas de la colère, était aussi large que le flot Gilets Jaunes, les raisons de celle-ci aussi : c’était une « durée » à laquelle les Gilets Jaunes ont mis fin. Quelle durée ? Pourquoi ? Comment ? J’en parle assez ailleurs. Ici, on ne garde que ça : « durée achevée autoritairement = naissance du mouvement Gilets Jaunes. »
La focalisation contre la tête de la France est apparue ensuite. Elle a été merveilleusement bien reçue : comme une reconnaissance, elle était tant attendue. Ce qu’elle a permis, dans un parallélisme total (et sûrement pas confondu, parce qu’il y avait entre les Gilets Jaunes qui ne pouvaient plus monter les Champs et Macron qui descendait dans les mairies de France autant de distance que 50 ans) à travers l’immense espace médiatique créé par les Gilets Jaunes que même Macron ne pouvait rêver plus sublime pour son apparition parmi les hommes : c’est bien cette descente.
Le Pouvoir était parfaitement représenté par une seule personne, sans personne interpellé entre les Gilets Jaunes et elle, il était « enfin » été reconnu le plus haut, le plus inaccessible, le plus sourd aux constats seuls, aux demandes, aux revendications, aux sondages même, donc le plus « total », ce qui ne s’était pas fait, au contraire, avec son élection, ni depuis, ni malgré le nombre de sidérantes hypocrisies négationnistes à sa gloire, (non comptabilisées par les Gilets Jaunes parce que sur des domaines qu’ils ne parcourent pas souplement). Et il a touché le sol : au milieu des Français, ou en a-t-il orchestré l’illusion.
Les Gilets Jaunes ont permis la totalitarisation démocratique, ce sont eux qui ont permis au Pouvoir d’effectuer ce mouvement, de pointe de la pyramide, jusqu’à sa base, et par ce mouvement uniquement, se faire reconnaître comme pointe de la pyramide quand il y est retourné. Lui, le « Pouvoir », n’a en fait rien fait du tout. La seule stratégie répond à un ego hors-mesure et infantile, ce n’est pas de la politique, il ne faut jamais soupçonner le moindre début d’une organisation, d’un montage subtil pour arriver à ses fins : il n’y a rien, c’est impossible. Il n’y a RIEN. Par contre, dans le mouvement du Pouvoir, de haut en bas puis de bas en haut, à chaque strate passée, chaque couche descendue, et chaque couche remontée, on a pu comprendre qu’il n’y avait strictement aucune résistance. Aucune. Nulle part.
Quoiqu’il se soit passé depuis, quoiqu’il soit arrivé, quoi qu’il se passe en ce moment, et ça va continuer, chaque fois, l’événement quelconque, une loi, un discours, descendent sur la société par cet ascenseur exclusif resté ouvert de façon maximale et qui est à usage privé. Ils s’étendent ensuite, longuement lissés/absous/rendus très fluides par les médias, et imprègnent la société. Il n’y a plus de pyramide, plus de pointe qu’un ego qui a obtenu le droit absolu d’être uniquement lui, quasiment de façon distincte de la fonction qu’il occupe. Il est dans son trip. Mais, en attendant, quelque chose fonctionne, sans lui, en fait, et descend, et descend, et s’étale et attend jusqu’à absorption avec la garantie que, oui, ce sera absorbé. Parce qu’avec ce qui s’est passé aux moments les plus terribles du mouvement Gilets Jaunes : personne n’a bougé dans la société. « Les gens » ont regardé, sans un mot. Ce n’est pas pour autant que leurs pensées étaient absentes, ou qu’ils croient tout ce qui a pu être dit, mais l’inertie était quand même magistrale. Anormale, et anomalie qui n’a été relevée nulle part. À nouveau, c’est que l’anomalie n’ait pas été relevée qui est révélateur.

Le mouvement Gilets Jaunes, seuls, a l’expérience qu’il s’est seul donné, pendant des mois, pour ne pas être intéressé par le côté « grand mot d’Histoire » de « totalitarisme ». Il a accumulé des réserves de mémoires, celles des vies en jeu, et une plus vaste. Ils ont fouillé, ils ont trouvé, ils ont énormément appris. Cette quête a démarré quand ils se sont retrouvés « seuls », avec leurs mots, avec leurs requêtes, avec leur RIC, ignorés avec une violence qui devait arriver. Ils ont coché des cases qu’ils ignoraient exister, mais qui étaient nécessaires à la validation de leur statut conceptuel à l’intérieur de la France du XXIe siècle. Une France totalitaire, qui, aboutie en elle-même, a appelé, compatible et volontaire, un régime totalitaire. Les Gilets Jaunes se sont extraits d’un totalitarisme sociétal, leur présence et l’attitude de la société l’ont déterminé. Grâce à eux, une « démocratie totalitaire » a pu, à ciel ouvert, se mettre en place. Sans les Gilets Jaunes, même si ça ne sert vraiment à rien de l’imaginer, la même chose serait arrivée, au niveau systémique, à cause de l’état de la société, « totalitaire ». Le totalitarisme sociétal avait été dénoncé en 2004, ainsi que sa conséquence politique irréversible.

Le totalitarisme, au XXIe siècle, ne peut pas être enrayé, ne peut pas s’achever si on attend qu’il révèle ses atrocités dans un schéma de « copie historique ». C’est vraiment l’erreur très vulgaire commise par les médias de gauche, et elle aussi trop de fois répétées, et donc : stérile. Avoir établi une comparaison brutale entre quelconque dictature à travers le monde, quelconques photos de nazi entouré d’enfants, et la situation politique en France, avoir soutenu la propagande visuelle, la simplification historique n’est vraiment pas brillant. Et c’est révélateur de l’état de la machine analytique en coulisse : rouillée, buguant sur un seul programme, archaïque. Il n’y a aucun renouvellement de la critique médiatique ou intellectuelle pour l’instant. Il y a un effet copycat, et personne n’a encore compris que ce qui était copié était cause de l’état de la France bien avant Macron.

Le président est le leurre total, quelconque thèse le gardant au centre est vaine et fausse. Il se situe à l’extrême périphérie du problème. On ne l’a en fait jamais vu face au mouvement Gilets Jaunes, il en a toujours parlé en regardant ailleurs. Donc, malgré l’énormité de sa présence, il faut, de même en parler en regardant obstinément ailleurs et l’ignorer pour observer comment un totalitarisme politique est posé sur une société totalitaire et comment il va se rendre indissociable de toute la société. Députés, maires, administrations, universitaires, intellectuels, artistes,  et même ceux contre participeront du l’ensevelissement de la société dans un désarroi terrible, qu’elle ne ressent plus qu’à peine, pour lequel elle n’a pas le début d’une explication.

Grâce à quelle capillarité le totalitarisme va être absorbé ? D’où vient tant d’osmose avec lui ? Comment peut-il y avoir autant de place, et où, dans la société pour toujours qu’elle absorbe sans jamais sembler saturer, sans jamais « sembler » montrer aucun signe d’une saturation : une surbrillance, un effet miroir, un bouillonnement, le séchage ralenti ou impossible par endroits ? Pourquoi les Gilets Jaunes ont ressenti, eux, une saturation ? Laquelle ?
Il faudra poser l’hypothèse que la société crée autant de vide qu’il faut, en elle, pour laisser de la place à la multitude de couches qui la lisse elle-même. Comment crée-t-elle cet espace toujours possible ? Comment se libère-t-elle et de quoi ? Pourquoi accepte-t-elle de faire du vide ? Pourquoi rien ne semble jamais lui manquer de ce qu’elle doit forcément abandonner ? Sait-elle, en fait, qu’elle s’évide sans qu’on lui demande plus ? Qui et quoi l’a habitué à ce mouvement-là, tenant du réflexe ? Pourquoi, et quand ?
Dans ce qu’elle a encore de zone sociale définissable : où l’absorption se fait-elle le mieux et le plus rapidement, où le plus lentement et difficilement ? Il faudra soupçonner que la surface n’est pas traîtresse de ce qui pourrait se passer en dessous, il faudra tenir compte des naissances et du vieillissement de la société, de certaines de ces générations. D’ailleurs quelles sont les générations distinctes, réelles ? Quelle osmose entre elles ? Quel espace libre entre elles ?
Sur quoi repose toute la France ? Est-ce que son support est capable de résister à l’accumulation de couches contraignantes ? Il y a-t’il une rupture plastique à craindre ou une acidification de l’ensemble, létale ? Est-ce que tout est si sec en profondeur ? Est-ce que les couches totalitaires n’entraînent pas à chaque fois un peu plus de la matière sociétale, à travers elle, en deçà de ses limites et principes ?
Que faut-il à une société totalitaire mais démocratique pour s’inquiéter de sa paralysie dans un ambre qui l’écorche au moindre mouvement, à la moindre idée, au moindre sentiment, au moindre espoir ?
La liste est longue. (…Quand on connaît les réponses, les questions sont plus faciles à poser.)

Tant que, quoi qu’il se passe et quoi qu’il se dise, tous les partis opposés à la politique actuelle continueront à argumenter sur le « même » terrain, il n’y aura pas de rémission au totalitarisme mais accentuation. Tant que personne ne voudra cesser pour entendre que c’est la société qui va être sacrifiée et avant tout ses enfants, en masse, et que ce sacrifice a commencé il y a des décennies : tout le monde sera complice du résultat.
Tout le monde, un jour, s’écartera de son voisin, regardant le sol qu’ils partagent, sans comprendre de quoi il est accusé.
L’ingérence des élites a été démontrée sur des décennies, puis à l’élection de Macron, à l’apparition des Gilets Jaunes, et lors de la sortie triomphante du tombeau de Macron à la fin du grand débat avec les docteurs. Ce qui importe, et seulement, c’est : « sur des décennies » et « apparition des Gilets Jaunes. »
Tout le reste se défera avec le craquèlement par différentiel de tensions, ou la dissolution morale de toutes les couches accumulées transversalement dans la société.

On aime parler d’urgence, et de trop tard, en ce moment ? Là aussi, c’est urgent, et trop tard. …Il doit y avoir un lien, d’ailleurs, non ?


À demain.


* cet article fait partie d’une série de 31 commencée le 1er octobre, dans le cadre du challenge #INKTOBER 2019, détourné par clairecros.com | puck.zone | 17SWORDS | PUCK sur YouTube

Aujourd’hui THE OFFICIAL 2019 PROMPT LIST donnait le mot :
27_ COAT [manteau | poil, laine, fourrure couvrant un animal | couche d’une matière (peinture) couvrant quelque chose | couvrir quelque chose avec une couche d’une matière particulière]
Demain :
28_RIDE [monter (en équitation « à cheval » est induit aussi, savoir monter à cheval / faire du cheval/chevaucher) | s’asseoir sur vélo/moto/cheval et se déplacer avec en contrôlant ses mouvements/faire un tour (sur les mêmes) | se déplacer/voyager à bord de voiture/bus/train | faire un tour (gratuit) en voiture jusqu’à/ la personne même qui conduit la voiture | essayer de contrôler quelqu’un (par la critique) pour l’obliger à travailler, mieux, comme voulu]



#INKTOBER2019 #RIDE
October 28, Official 2019 prompt list: 28_RIDE


Tiens, hier, j’ai fait un tour en bagnole du côté de Maconscience. [28/31 #Inktober]

Ah ouais ? Ça fait des plombes que je ne suis pas allé par là.
C’est le gamin qu’a proposé, pour un coup qu’il voulait se bouger, j’ai dit pourquoi pas ?
C’est pas la porte à côté.
Non, mais on est parti assez tôt.
C’était bien, alors ?
Ben… Figure-toi que j’ai pas trouvé. Le GPS disait qu’on y était, en plein dedans, même, mais rien de rien. Je te jure. C’était le désert.*


T’as pris quelle route ?
Celle de d’habitude. Celle qu’on avait prise avec tous les autres, la virée en 2002, tu te souviens ?
Ça. La première fois qu’on votait à droite, ça se fêtait. La dernière fois, j’y suis allé tout seul, je crois, comme ça, faire un tour, ça devait être juste avant le divorce. Mais je sais pas, c’était pas pareil, j’ai trouvé ça vide.
C’était quand déjà, ton divorce ?
Attends… Y a des trucs, ça ne marque pas. …Hugo devait avoir un an. Je me souviens qu’il ne marchait pas encore, ma mère le gardait. Ça fait six ans. Ouais, six sept ans maintenant.
J’arrive jamais à me rappeler une date en pensant à l’âge des gosses. Faut dire que leurs mères veulent toujours les avoir pour les anniversaires et Noël, du coup, moi, je les ai en décalé, pas en même temps, en plus, et ça fait pas une date, quoi.
T’as qu’à leur dire que cette année, Noël, c’est chez toi.
On a déjà la résa pour le ski. Elles avaient qu’à en parler avant. Julie est avec son nouveau copain, c’est leur premier Noël ensemble, et Stéphanie, c’est toujours chez ses parents sous prétexte qu’ils ne seront pas toujours là, tu m’excuseras, mais depuis 11 ans, ils sont encore là, hein, donc, entre-temps, ça aurait pu se passer ailleurs au moins une fois. De toute façon, avec elle, c’est toujours comme elle veut, j’ai abandonné. C’est toujours elle qui fait le mieux et c’est toujours chez moi pour les couilles. C’est bon. J’ai l’habitude. Elle a confiance que si il est chez ma mère. …Attends, les oreillons, tu m’excuseras, que j’ai oublié parfois de lui brosser les dents, je n’pense pas que ça a un lien.
T’es bien placé pour le savoir.
C’est ce que je lui ai dit.
Tu peux emmener le chien, à l’hôtel ?
Limite si on a pas choisi la station en fonction de ça. Sabrina va nulle part sans son chien. Des fois, je lui dis que je sais que j’arrive après lui. Je vais te dire, je ne sais pas à quel point ça m’arrange. Au moins, elle ne me cherche pas, si je n’ai rien à dire ou que je suis crevé, elle parle à son chien, et il lui répond, lui. Non, pis il est sympa sa vieille patate. Il va pas durer, il a 14 ans, pour un grand chien, ça va se terminer en tumeur. Elle ne veut pas l’entendre. Pour elle, il est éternel. Tout ce que j’espère c’est qu’il ne va pas nous faire sa tumeur ou une paralysie des hanches pendant les vacances, j’attends ça comme le messie.
Elle est toujours vegan ?
Ah non, ça, c’était Noémie.
Ah, oui. Elles se ressemblent, c’est pour ça. Même taille, un peu.
Tu en reprends un ?
Allez. J’ai arrêté de sucrer, au fait, t’es content ?
C’est pas trop tôt, j’en soigne assez des mecs qui continuent de sucrer.
Ça n’me manque pas, c’est drôle. On s’habitue vite. Pourquoi ils continuent à mettre des sachets de sucre dans les soucoupes, il y a encore des gens qui sucrent. C’est un de ses gâchis. À force, ça doit quand même faire une somme.
Ouais, et c’est nous qui le payons, ce qui part à la poubelle à chaque tasse. Tiens, je l’ai revue, Noémie, elle était gérante chez Sokiaphot, là, tu sais, rue Belphy ? Hé ben, maintenant, elle a changé, elle gère un établissement genre spa luxe.
Elle est passée des photocopieurs au spa ?
C’est de la gestion, peu importe. Et pis, c’est quand même plus d’équerre, un spa que des photocopieurs, pour une vegan.
C’est pas faux. Et qu’est-ce que tu foutais là-bas ?
J’y suis allé pour l’anniversaire de Sab, prendre un coffret cadeau, là, et je suis tombée sur elle. Ben, elle a eu un gosse, fille ou garçon, je ne sais plus, il a deux ans, le temps passe, comme on s’est dit. Elle est déjà plus avec le père, le gosse, ça ne l’intéressait pas, elle a failli avorter au dernier moment et il paraît qu’elles morflent quand c’est un peu tard, donc elle n’était pas à la noce à attendre si oui ou merde il en voulait, et pis elle s’est barrée, à cause de son âge.
Pourquoi ?
Ben, elle avait déjà 37.
Ah oui ? Oh dis donc, elle les faisait pas, à l’époque.
Ben non, sinon merci, hein, enfin, je veux dire, à l’époque. Et donc, du coup, les horaires et tout, au spa, c’est plus cool, elle a moins de nounous à payer.
Vivement qu’ils se gardent tout seuls, tu m’étonnes.
Tiens, d’ailleurs, n’empêche, quand j’ai essayé de bouffer que du soja et ses recettes, là, je peux te dire que les chiottes, jamais c’est allé comme ça.
Ah ouais ? J’aurais pas cru, au contraire. D’accord, les fibres et tout, mais enfin, tout est de la flotte, quoi. Y a rien de consistant.
Je suis la preuve vivante que si. Y a quand même du bon, à ces régimes-là. Mais tout le temps, non, ça, par contre, avec la vie qu’on mène ? Pour la garde, toi, y a ta mère.
Ouais, mais je le paie autrement. Je ne peux pas déposer Hugo sans une réflexion. « Ouais, je vous ai pas élevés comme ça ! Vous faites des gosses pourquoi si c’est toujours pour qu’ils soient ici ! » Je ne sais pas ce qu’elle croit : on bosse ! Ma sœur, même refrain, et elle, en plus, elle en laisse deux, donc elle a double couche. Comme si ils étaient malheureux. Ils ont tout ce qu’il faut, et largement plus, on s’occupe d’eux tout le temps. Ça va, ils ne sont pas abandonnés, non plus. Un bureau d’études, ça roule pas si le patron dit qu’il se barre à 15h30. De toute façon, pour Hugo, il a ses activités, c’est une étudiante qui l’emmène au judo et au piano, ils font tout en bus, donc déjà, deux soirs par semaine, elle a pas à aller le chercher. Et pour Sirayne, l’année prochaine, pour la grande section, ils font garderie jusqu’à 19h30.
19h30 ? Ah, c’est bien !
C’est bon, quoi, on a fait pression, avec les autres parents. Tu sais que la directrice nous a menacés de fermer et laisser les gamins sur le trottoir ? Non, mais, sérieusement. Tu vois jusqu’où ça va ? Déjà qu’ils ne prévoient rien du tout, ils les installent comme des animaux dans une grande salle avec un écran géant et des dessins animés, c’est à peine si ils surveillent. J’ai vu des gosses qui s’étaient endormis par terre. Par terre, sans rire, à même le sol, là où tout le monde marche, c’est forcément sale. Ils ont qu’à mettre de la paille, tant qu’ils y sont. Enfin bon… C’est l’  Éducation, maintenant, ils leur apprennent plus rien d’un côté et de l’autre ils les azimutent et après, c’est de notre faute et on a des grandes messes sur le temps d’écran. C’est ça. Tu parles.
Moi, ils céderont jamais pour l’horaire. 17h30.
Non ? Merde, comment tu fais ?
Je ne fais pas, qu’est-ce que tu crois ? Surtout qu’à cette heure-là, la secrétaire s’est barrée depuis une heure, donc je dois tout faire par patient. Et attends, Katia vient de m’annoncer qu’elle était en cloque, elle va me claquer entre les doigts. Et les assistantes dentaires, je peux te dire, c’est pas comme l’intérim où tout s’adapte à l’embauche, faut quand même un minimum être coordonnés pour ne pas en éborgner un.
Ouais, tu m’étonnes.
Donc, je vois bien le coup, dans trois mois il faudra qu’elle prenne trois semaines et ça va être du morse jusqu’à la fin, ensuite le congé mat’. Enfin, bref, du coup, pour te finir, j’ai deux nounous et elles se passent le relai, qu’est-ce que tu veux. Ça pose problème pour les devoirs parce que Rachja parle la langue mais elle ne l’écrit pas très bien, mais il n’y a pas le choix. Elle les couche si je dois mettre des rendez-vous jusqu’à 20h00, le temps de ranger, voir tout ça, la paperasse, ça fait du 21h30 au mieux chez moi. Tu penses bien que j’ai pas la tête à régler un problème. Non, c’est mal foutu, c’est sûr. C’est plus comme avant, tout le monde sortait de l’usine à 16h00, l’usine était à côté de l’école, les mères ne travaillaient pas. Même mes parents, finalement, ils n’ont pas connu ça, alors. Depuis le temps, tu ne crois pas qu’ils auraient pu comprendre ? Pourquoi ils n’étalent pas les cours, ou plus de rattrapage, aussi ? Ils n’ont qu’à trouver des profs pour ça. Tu parles, eux, par contre, ça sonne, et ils sont bien dehors avant les élèves et eux, ils vont retrouver leurs gosses et ils ont leur soirée. Je t’en foutrais.
Ouais, après, ils ont la paye qui va avec, je n’sais pas si c’est à envier.
Hé ben ils en veulent plus ? Ils bossent plus, c’est tout. C’est les seuls qui ne savent pas dans quel monde on vit et ils sont devant nos gosses à leur apprendre quoi ?
Tiens, ma sœur, convoqué par le proviseur, pour mon neveu. Il a téléchargé du porno et il le faisait payer aux copains. Comme elle lui a dit : et ceux qui ont payé, ils sont où, leurs parents ? D’accord, c’est Octave qui a merdé, mais il a trouvé la clientèle, et même des filles.
Nous, c’était des magazines, c’était les terminales qui nous surveillaient qui nous les filaient. On s’est jamais fait tauper.
Ce que je trouve sciant, c’est qu’ils avaient tous du fric. Il s’est fait plus de 500 euros en quoi, deux jours ?
Dans deux ans, il n’y aura plus que des cartes. Le liquide, c’est fini.
Ouais, mais ils font des systèmes, aussi, avec les portables. Ils trouveront toujours. Moi, je ne m’y fais pas. J’ai ma carte dans mon portable, mais je la sors quand même, j’oublie tout le temps. J’devrais pas, parce que c’est plus sûr du tout, avec le sans contact, les mecs passent derrière toi avec des appareils et hop, tu sans contactes tu sais même pas quoi et ensuite la banque appelle. Heureusement qu’il n’y a pas de frais pour ce genre de conneries. À coup de 30 euros trois fois par jour, ça peut le faire. T’imagines ? T’es dans le métro, tu rentres à sec à Gallieni, tu descends plein aux as à Levallois ? Ben merde.
Je comprends pas, ton histoire de porno, y en a partout, maintenant, pourquoi il l’a téléchargé ?
Les autres, ils ont, tu sais, la sécurité parents, avec des codes. C’est Google la nounou, là, pas cher, celle-là.
Ils contrôlent vraiment tout, eux. Tu te crois chez toi à faire ce que tu veux et c’est lu à l’autre bout du monde et des statistiques et tu ne sais même pas que les sièges de la prochaine bagnole que t’achèteras aura été pensée pour te correspondre. Maxence veut qu’on prenne une électrique, la prochaine fois. Je lui ai dit quand tu pourras te l’offrir, je t’en prie, n’hésite pas. Il m’a gonflé avec ça tout le trajet jusqu’à Maconscience.
Ça les amuse de faire de nos gosses des idéalistes, c’est bien, on voit que c’est pas eux qui ramasseront les pots cassés quand ils vont affronter le vrai monde avec des idées complètement irréalistes. Je te dis pas, il faut faire quelque chose, mais pas arrêter la planète de tourner, non plus.
Et Doriane, ça va ?
Le boulot la gave, sa fille fait chier, aussi. 13 ans, c’est hard. Elle lui répond, faut voir. Moi, je ne m’en mêle pas. Ça crie, je ne dis rien. J’attends qu’il y ait une porte qui claque. Chacun gère ses gosses, c’est mieux, sinon on passe sa vie à parler des ex, à la fin. Bon, c’est sûr que pour les miens, quand ils sont là, ça les gave d’entendre gueuler pour tout, mais ils ont leurs casques.
Je repense à Maconscience, ça me rappelle Laurent, tu sais, quand il avait voulu regarder les prix pour une maison de campagne.
Ah ouais, sa période zen à la con, retour à la nature je veux mes œufs de mes propres poules. Ça a duré quoi ?
2 semaines, après il a accepté le poste à Shanghai. Ça, c’est de la cambrousse. Mais quand même, j’ai failli y croire, à sa crise, à remettre tout en cause, à se torturer pour tout, à plus vouloir bosser dans l’agroalimentaire, plus dans le système.
C’est la mort de son père, je crois, ça n’a pas aidé. Rupture d’anévrisme, quand t’as pas réglé tes comptes avec, y en manque un bout, c’est sûr. Les gens ont qu’à se parler, aussi. Tout le monde attend sans penser à la mort, et ensuite, tu dis ses quatre vérités à qui ? Une urne ? T’es sûr d’avoir le dernier mot. Non, ça lui avait vraiment filé un coup. Il a pris le poste pour ça, je pense, d’ailleurs, pour s’éloigner.
N’empêche à un moment, ça ou ONG ou un truc du genre, aussi.
Non, non, il était vraiment parti loin dans son trip.
Maxence, tiens, aussi, qui me parle de son avenir, quand on roulait pour nulle part. Je lui dis « Hé, t’as le temps, tu sais », mais non, il le présentait comme si c’était pour demain, angoisse totale. Il s’en fait moins pour ses devoirs quand il a oublié de les faire chez sa mère, tiens, ou quand il oublie ses bouquins chez elle et du coup, il ne peut pas bosser. Non, là, y avait urgence, et il y aurait fallu que je panique aussi. Je n’ai pas compris. Ils se foutent des trucs dans le crâne, ça doit être la mode dans les mangas, les quêtes, genre.
Hugo, en ce moment, son truc c’est de comptabiliser toutes les erreurs que je fais en conduisant, si je ne m’arrête pas assez longtemps au stop, si je passe à l’orange. Et c’est pas tout le temps mais on dirait que parce qu’il veut le voir, ça arrive. C’est pénible quand tu conduis, les gamins qui te parlent, la petite, on la comprend toujours pas, en plus et il faut quand même lui répondre a dit l’orthophoniste, alors, je ne te dis pas les conversations débiles. C’est bon pour plus être concentré sur la route et c’est comme ça qu’on a un accident. Tu le vois devant les flics ? « Vous étiez au téléphone ? » « Non, je répondais à ma fille. »
Tu lui dis quoi, alors ?
Alors, j’ai trouvé, en plus, quelque part, je gagne du temps, je répète mes speechs aux clients, valorisation des terrains après l’installation de l’extraction continue du radon, blablabla. Elle ne comprend rien, pour l’instant, donc, ça fait illusion. Et au pire, si j’ai une idée, je branche le dictaphone sur le mains-libres.
C’est pas con. Je pourrais faire ça pour mes dossiers clients, mais je n’ai pas de mémoire. Je serais incapable de dire qui j’ai vu ce matin. Je bachote avant chaque patient. Aucune mémoire. Et ça ne va pas en s’arrangeant. Bon, après, pour ce qu’il y a à se souvenir, aussi. Doriane, elle, c’est l’opposé, elle n’oublie rien. C’est assez chiant aussi, en fait. Elle peut remonter comme ça, six mois en arrière, sans souci.
Y a des gens comme ça. Tout le monde n’a pas les mêmes casiers, là-dedans. T’es plus dans l’effectif, dans l’instant, la prise de décision.
Voilà. Après, ça peut servir de se souvenir où sont les clés, je ne dis pas, mais je n’ai plus besoin de clé pour ouvrir ma bagnole, elle sait que c’est moi. Le monde est bien fait. Maxence qui me sort quand je m’énervais à tourner en rond pour trouver Maconscience, toujours à propos de ma bagnole, que je la laisse prendre tellement de décisions à ma place qu’elle finira pas être tellement plus intelligente que moi et genre, elle me montera sur le dos pour aller où elle veut, où elle prendra le contrôle de la route et de toute ma vie, en me jugeant au passage, ou un truc comme ça.
Ah, les gosses et leurs leçons. Merci la propagande.
Ils recrachent ça, c’est même pas digéré, des petits perroquets, pédants. Et ils tiennent tête, hein. Pas capable d’écrire un texto de 3 mots sans 16 fautes, jamais lu un livre de leur vie, mais ils savent tout et ils te critiquent pour te mener où ils veulent. À consommer, de toute façon.
Le système gagne à chaque fois. Ils ne s’en rendent pas compte. Comment tu veux ? Ils sont nés là-dedans, ils ne se posent aucune question.
Je lui ai dit, à Maxence, l’alphabet, c’est avec des lettres, 24, pas des émojie, même si y en a 3 millions, on écrira jamais les Droits de l’homme avec. C’est quoi, les Droits de l’homme, qu’il me demande. Mais qu’est-ce qu’ils leur apprennent ? Non, mais franchement ?
Moi, j’ai regardé le cahier de lecture d’Hugo. Écoute, à notre époque, ça prenait moins de pincettes, mais au moins, on savait lire. Là, il ne sait toujours pas. Il confond les lettres, y a pas moyen. Il paraît qu’il y a un déclic. J’attends de voir. Le « g », quand même, c’est dans son prénom, il sait l’écrire depuis qu’il a 2 ans, hé ben, en minuscule, il ne le reconnaît jamais. Ou il le dessine à l’envers.
On se demande comment font les chinois.
J’attends le déclic. Et s’il n’y en a pas, hé ben, ce sera les cours privés. Tout le monde fait ça, il faut y passer. C’est super, quand même, leur éducation publique, il faut tout doubler en privé. Et après il s’étonne qu’on vote à droite. Faut se donner les moyens, aussi, de retenir le client. Si je traitais les miens comme ça sur un projet, qu’ils doivent tout aller faire vérifier ? Il a raison, l’autre, de vouloir traiter l’État comme une entreprise, il va peut-être y arriver, comme ça. C’est une entreprise, rien d’autre.
C’est sûr, à force de le voir comme un hôpital gratuit, voilà où ça mène. …Attends, tu sais pas ce que j’ai appris ? Fabien, tu sais, mon ex-beau-frère ?
Le facho ?
Mais non, ça c’était le mari de mon ex-belle-sœur. Fabien, le jardinier, enfin, pépiniériste ? Accroche-toi. Il est Gilet Jaune.
Tu rigoles ?
Je te jure. …Le mec qui n’aurait pas fait de mal à un de ses sapins, là ? Allez, engagé et tout, à tenir un rond-point je sais pas où et avoir la réunionite avec d’autres. Enfin, quand même, il n’a jamais été millionnaire, mais quand même, il gagnait sa vie. Je n’ai pas compris. Il n’a rien à voir avec les Gilets Jaunes. Je ne sais pas. C’était un solitaire, peut-être qu’il en a eu marre. C’est sûr que depuis la mort de Béatrice, là, même si ils étaient pas mariés, il élève seuls trois gamins, mais, je ne sais pas, ça ne justifie pas, si ?
Ça n’a rien à voir.
C’est ça. Rien à voir. Donc, je ne sais pas. Et alors, manque de bol, j’apprends ça quand je faisais la queue au tabac avant d’aller à Maconscience, de, justement, un des employés de Fabien qui était juste derrière moi. Y avait un monde fou, ça n’en finissait pas et Maxence qui était là a tout entendu. …Ah, j’en ai bouffé, pendant le voyage, du Gilet Jaune. Gilet Jaune mon héros, quoi. Alors, là, je n’ai pas laissé passé, quand même. Déjà, à son âge, parler de ça, où on va ? Et ensuite, faut entendre ce qu’il disait du président ?
Quoi ?
Qu’il n’avait même pas son âge.
Ton fils ?
Non, le président ! Non, mais, je te jure. Il réalise pas du tout que j’ai le même âge. Renseigné comme tout sur les manifs. Ils doivent en parler dans la cour. Tu sais comment les gosses l’appellent ? Au mieux ? Je n’sais pas moi, il n’y a plus de surveillants, pour entendre ça ? Et il m’a dit qu’ils en parlaient aussi pendant l’heure de je sais pas quoi, là, qui n’est pas notée, où ils font un point sur l’actualité, où des questions comme ça, et ils y répondent ensemble. Les gamins doivent répéter tout ce qu’ils entendent à la télé et il n’y a personne pour les arrêter puisque c’est l’heure du droit à dire n’importe quoi.
Il va aller dire que son tonton est Gilet Jaune.
Tonton Gilet Jaune, c’est tout à fait ça, pas prolo, déjà. Enfin, Maxence ne le savait pas, non plus. Donc je compte quand même que Bérénice ne s’en vante pas, si elle-même le sait. Ils n’ont jamais eu trop de liens. On comprend mieux pourquoi.
De toute façon, ils n’iront nulle part.
C’est sûr. C’est la buraliste, justement, qui disait que les Hippies faisaient des colliers de fleurs et les Gilets Jaunes des colliers de rancœurs.
Ouah, ça, c’est de la poésie.
C’est à cause du nombre de vitrines pétées, elle est solidaire, c’est normal, elle a un commerce.
Elle n’a pas tort, ce qui les rassemble, c’est leurs emmerdes qu’ils n’ont pas avalées. C’est pas à l’État de les régler. Ni à nous de payer encore plus pour eux, ou pour ça, le moindre truc qui ne va pas.
Va expliquer ça à un gosse qui ne voit que le groupe de rebelles. Rebelles à quoi ? comme je lui ai dit. On est en France ! Sur le papier, il n’y a pas mieux, quelque part. Il faut relativiser, parfois. Rebelles, en France. Ils doivent rire les vrais rebelles dans les pays où on comprend bien qu’il y en ait.
Je vais te dire, moi, j’ai une politique. Avant d’aller gueuler plus loin, plus haut, plus fort, il faut peut-être balayer devant chez soi avant. C’est plus facile, quand on voit pas la merde chez soi, d’aller accuser l’État de tout. Commencer pas se remettre en cause, ça ne serait pas plus mal. Mais, ça, les gens, ils ne le font plus jamais. On les a habitués : l’État, c’est la solution. Mais l’État, c’est nous, c’est tout le monde, et je ne suis pas la solution de tout le monde. Non ?
Mais exactement. Tu prêches un convaincu.
Dis donc, super idée de vouloir aller à Maconscience.
J’ai dégusté tout le long et en plus pour ne rien trouver au bout. De l’essence pour rien, c’est tout ce que je vois. Maxence a fait la gueule tout le trajet du retour, super. Je pensais qu’on aurait une journée à nous, tu vois, à parler, de je ne sais pas quoi, mais bon, c’était l’occasion, on ne se voit pas non plus beaucoup dans le rythme de la semaine. Donc, là, je savais depuis un moment que je n’irais pas au congrès, là, comme chaque année, parce que Sabrina avait dit assez à l’avance que ce serait son week-end avec ses cousines. Donc, je devais garder les gosses, et en fait, une de ces cousines s’est pété le genou juste la veille, un truc super con, en sortant de sa bagnole. Faut le faire. Donc, du coup, Sab pouvait garder les gosses, j’étais libre. Alors, va pour Maconscience. Hé ben non. Gavant à l’aller, rien, et retour avec un pré-ado qui fait la gueule, pour rien, évidemment, fermé comme une huître. Oh, je laisse couler, ça lui passera.
Quand ils n’ont pas ce qu’ils veulent.
Ah, c’est toujours tout, tout de suite. Et s’il n’y a pas, ils font la gueule ? Hé ben, fais la gueule, qu’est-ce que tu veux que je te dise ?



À demain.


* cet article fait partie d’une série de 31 commencée le 1er octobre, dans le cadre du challenge #INKTOBER 2019, détourné par clairecros.com | puck.zone | 17SWORDS | PUCK sur YouTube

Aujourd’hui THE OFFICIAL 2019 PROMPT LIST donnait le mot :
28_RIDE [monter (en équitation « à cheval » est induit aussi, savoir monter à cheval / faire du cheval/chevaucher) | s’asseoir sur vélo/moto/cheval et se déplacer avec en contrôlant ses mouvements/faire un tour (sur les mêmes) | se déplacer/voyager à bord de voiture/bus/train | faire un tour (gratuit) en voiture jusqu’à/ la personne même qui conduit la voiture | essayer de contrôler quelqu’un (par la critique) pour l’obliger à travailler, mieux, comme voulu]
Demain :
29_INJURED [blessé (corps, orgueil) | endommagé/lésé | les blessés (groupe)]



#INKTOBER2019 #INJURED
October 29, Official 2019 prompt list: 29_INJURED


La société et ses enfants volontairement blessés, endommagés, lésés [29/31 #Inktober]



Aucun adulte, à moins d’enfance maltraitée physiquement et psychologiquement, caractérisée, n’aura subi ce qu’il fait subir à ses/aux enfants du XXIe siècle ou leur laisse subir, en s’en lavant les mains et trouvant comme coupables : l’autre géniteur, l’époque, l’école et une société dite individualiste et débordée qui trouve quand même le temps de planifier et appliquer sa stratégie de bourreau.*


Cet article est en 2 parties indissociables, la suite dans :  Les enfants : rattrapez-les tous ! [30/31#Inktober]


Quand on écrit des articles, comme ça, un par jour, en tenant sa ligne, faire un bref tour, le plus superficiel (parce que je n’ai pas le temps, là, c’est Halloween dans deux jours, entre apprendre les paroles des chansons de Jack l’Épouvantail/ Marilyn Manson et tout décorer, plus les gâteaux en série, et prévoir l’atelier vraies citrouilles d’Halloween à creuser, toutes lisse, toutes belles, toutes méga oranges, x formes pour faire x expressions, tout ça), donc faire un tour, le plus superficiel de l’actualité (Non, mais c’est que j’adore Halloween. C’est mon côté gothik, c’est lié aux pirates, aussi, à cause des crânes, ça date de très très loin, en plus visuellement c’est ultra-graphique, et j’adore l’ambiance, tout ça, les araignées, les rats) et se prendre la connerie de celle française qui s’aggrave à vue d’œil (et j’ai fait chirurgien ortho toute la matinée, à percer les os en plastique d’un squelette tellement pas cher qu’il n’y avait pas de tibias, pas de péronés, pas de radius ni cubitus, ni bassin, ni côtes, ni omoplates ni clavicules, et le crâne a la mâchoires fixe et les pieds et mains sont d’une pièce. Mais ça y est, je me suis débrouillée, il est monté, parce que Tatie n’abandonne jamais, jamais, jamais, et il est exposé) …où j’en étais (je ne plaisante pas non plus avec la pâtisserie, ni le carrot cake, et encore moins son glaçage, le premier en forme de citrouille et le glaçage à part, démoulé de formes de chauve-souris, il faut aussi faire des doigts de sorcières pour l’entrée) (…sablés au curry, avec des pustules graines de courges et des ongles pointus dégoûtants en olive noire) (c’est un job, Halloween) …Ouais, donc : quand on écrit des articles comme ça, par jour, (le squelette s’appelle Oscar, bien sûr) Quand on écrit des articles comme ça, par jour, qu’on sait où on va, pourquoi et comment, et qu’il faut en plus comprendre que plus on résiste, plus la situation générale fait exprès de s’éloigner sur le plus de fausses pistes et de déni possible : ce n’est pas que ça lasse, c’est que ça fait sourire de rage et surtout ça dégoûte. Un dégoût physique. Je suis saturée de cette putain de médiocrité, de méchanceté, de bêtise à hurler. Jamais, jamais, jamais, et ça fait un moment, quand même, que je ne lâche pas ce qui se passe, ça n’a été aussi bas. Jamais. C’est sidérant.
Tout regarder aller dans le mur, voir le mur, savoir pourquoi ça y va tout droit, c’est à abandonner, mais j’ai un courage blessé à mort depuis si longtemps, son agonie au quotidien on s’habitue super vite, c’est à croire que ça ne crève jamais, c’est cool.
À Halloween, on peut tuer en pensée, et raconter un tas d’horreurs, c’est permis ; et c’est ultravalidé, j’y crois, par le souvenir des Défunts. Je ne plaisante jamais non plus avec le 1er et le 2 novembre.

J’ai tout dit dans le titre et les 400 premiers caractères. Les adultes me révulsent.

La suite dense : demain. Et ensuite, dernier article #Inktober. Je devrais l’écrire aujourd’hui, je pense qu’il serait exhautivement ça : «  . ». D’ailleurs, pourquoi pas, on est conceptuel ou on ne l’est pas.


À demain.


* cet article fait partie d’une série de 31 commencée le 1er octobre, dans le cadre du challenge #INKTOBER 2019, détourné par clairecros.com | puck.zone | 17SWORDS | PUCK sur YouTube

Aujourd’hui THE OFFICIAL 2019 PROMPT LIST donnait le mot :
29_INJURED [blessé (corps, orgueil) | endommagé/lésé | les blessés (groupe)]
Demain :
30_CATCH [(objet) attraper/rattraper | récupérer/collecter | (voleur, fuyard) attraper | (fautif/virus) surprendre/prendre/découvrir/voir | (chose/moment/furtifs) saisir | (attention) saisir/retenir/capter | (transport) prendre/attraper | (maladie) attraper | (dans) se prendre | (début) ne pas manquer/rater | (son) capter | (non intentionnellement) frapper | être pris dans (une fusillade)]



#INKTOBER2019 #CATCH
October 30, Official 2019 prompt list: 30_CATCH


Les enfants: : rattrapez-les tous !  [30/31 #Inktober]


Ils sont loin, les Millennials, Y et Z, séparables en niais savants sans base, linéaires heureux et en isolés sans sources, oppressés par un vide pas assez agressif pour les faire réagir. Les générations qui montent sont massacrées. Inutile d’essayer de les détacher en groupes rassurants, calculés sur l’échelle de leur consommation de pixels : c’est la fin de ces excuses d’irresponsables lâches.*


Cet article est en 2 parties indissociables, lire la première partie : La société et ses enfants volontairement blessés, endommagés, lésés [29/31 #Inktober]


L’économie, les réseaux, la télévision, internet, toutes les grandes masses qui ont tant passionné les plus âgés de nos penseurs complètement dépassés par elles, de toujours si simples à accuser, pouvant absorber, comme critique, le monde même, sans qu’un cil ne tombe : c’est terminé.
Nous en sommes enfin arrivés à un stade où les seuls coupables sont stupidement humains. Tous. Et parmi eux, les plus grands coupables sont l’intelligentsia, nos âgés penseurs, quiconque  de quelconque âge aura travaillé ou travaille dans la Culture et à l’Éducation. Pas d’inquiétude : à peine derrière arrive la totalité des adultes. Mais cette totalité-là, en majorité, à des immenses circonstances atténuantes.

Toujours, toujours, toujours, quand un sujet est abordé en accusant « toute » la société, un par un, la société niera. Rien n’est plus crispant qu’un parent aujourd’hui qui déblatère sur la brillance de ses choix concernant son enfant. Oh, mais bien sûr, évidemment qu’il ne ferait rien de rien de tout ce dont on peut accuser la sphère adulte lointainement autour d’un enfant. Mais à moins qu’il ait déscolarisé son enfant, il est coupable de négligence, de maltraitance, de privation de droits.
Toute la société, qu’elle soit parent ou grand-parent ou non, est coupable. Et comme elle est tenue ensemble par un autre tout auquel elle a délégué ses pouvoirs : l’État est évidemment coupable aussi. De négligence, de maltraitance et de privation de droits.

Les si cools, nés victorieux, ex-enfants-rois Millennials, ont totalement masqué dans leur épanouissement ridicule, stérile pour l’instant, qu’une partie des jeunes de cet âge vivent un mal-être sans objet. « Sans objet ». Les « Sans-objet » sont peut-être la première génération, qu’on a vaguement essayé d’accuser de vivre dans le vide genre no-life, qui vit une dépression chronique sans objet. Juste un état, que certains parviennent à ignorer, et qui va bousiller leur première vie adulte. On ne pourrait les soutenir qu’en leurs fournissant un portrait réaliste de la société. Ils le comprendraient, ils en feraient une base dans leur vide, ils s’en serviraient. Ils seraient rassurés, soulagés. Il est impossible de les regonfler avec ce qu’ils ne possèdent pas, mais détruire l’illusion dans laquelle ils évoluent, qu’ils ne comprennent pas et dans laquelle ils se sentent étrangers sans savoir pourquoi, c’est déjà écarter l’air autour d’eux, ils pourraient respirer à plein. La société les oppresse juste d’exister, c’est ignoble.

Les Sans-objet arrivent après des trentenaires diagnostiqués isolés et angoissés et des quadras d’une tristesse exténuée.
Les moins de 20 ans, aujourd’hui, sont en destruction. Ils sont les enfants de la première génération de l’échec tu, dans la société. Les enfants des fantômes.

Exposer dans quel espace épouvantable, qu’on continue d’appeler une vie, les enfants des quadras vivent, c’est directement sortir les canons contre ces quadras, particulièrement, pour les femmes, la vie est proprement un enfer. Ce n’est pas envisageable, pourtant il faut attaquer, et il faut que les adultes supportent d’être blessés. En tout cas, plutôt eux que leurs enfants.

Sur toute la ligne, il est trop tard pour un diagnostic de confort ; la répétition des erreurs de diagnostics, des traitements et sur-traitements, des traitements pour traiter les dommages causés par les traitements antérieurs : autant se représenter pris dans une fusillade.

L’éducation, quelle qu’elle soit, aujourd’hui, revient à traîner son gosse, qu’il ne marche pas encore ou ait 17 ans, sur un parcours de bonnes intentions et lui dire, « Désolé mais si tu marchais plus vite aussi ! » quand il butte, « Désolé, mais si tu regardais où tu marches aussi ! » quand sa tête se cogne à tout et n’importe quoi, « Désolé, mais tu ne pourrais pas marcher à côté de moi ! » quand dans le mouvement, il oscille, tord son bras et se retrouve adossé à l’adulte, à marcher à reculons, et chuter, pendre et tirer sur l’épaule du parent qui s’en déséquilibre. Le réflexe est alors de tirer un grand coup : on déboîte l’épaule des plus petits, la paralysie soudaine chez les plus grands est moins visible. Aux petits, on leur remet vite, ils oublieront se dit-on mort de culpabilité. Mais on n’aura pas visualisé dans son propre physique le deboîtement causé aux plus grands, il se soignera systématiquement mal.

Le trajet profondément débile, étape par étape, qu’a subi l’éducation normée des enfants depuis 50 ans s’est arrêté au bord de sa propre falaise il y a maintenant plus de 15 ans. C’est terminé : tous les vieux codes psycho, tous les principes : au mieux, les parents les dégainent la première année de la vie de l’enfant, peut-être deux ou trois pour les plus donneurs de leçons, qui font plier toute leur famille avec leurs grands discours, et ça s’arrête. En général, l’arrêt correspond au divorce ou à la séparation. Parce qu’autant se féliciter à deux de la façon dont on règne, de concert, sur une voie pure d’éducation, suivant les conseils de l’ONS fait les beaux jours des petits-déjeuners philo à deux balles, autant tenir quand la communication se limite presque à un post-it collé sur le gamin avant de le jeter d’une portière à l’autre, c’est plus compliqué.

La volonté de tenir une ligne dans l’éducation donnée est volatile, c’est moins à cause de la volonté que de la sensation rapide que c’est intenable parce que toute la société tire dans l’autre sens et que ce qu’on récupère de son enfant quand on le laisse quelques heures dehors est d’office trop loin de ses belles idées. Elles semblent passer comme à travers d’une matière poreuse alors qu’on aime répéter que les enfants sont des éponges. On dirait même qu’ils ne captent et retiennent que ce qu’ils veulent. C’est bizarre, ça, hein ?

Les quadras, sauf exception bobos 2.0, n’ont pas poursuivi avec la grande nunucherie de l’observation de son enfant, attendant tout de lui, et s’empêchant d’y mettre quoi que ce soit, de peur d’entraver son épanouissement. Les quadras ont rompu avec la psycho, ils n’ont pas été élevés avec, ça s’est, (là-aussi c’est très bizarre), juste arrêté à leur naissance. Massivement, il n’y a pas l’influence nette des belles idées de 68, vite résumées, (ce qui est faux mais bon), à Dolto ou à la méthode Montessori, au laissez-vivre et interdit-d’interdire. Par contre, chez les quadras, il y a, ancrés, tous les effets dévastateurs de leur différentiel avec 68 qui n’a jamais pu trouver sa victoire.

Chez les femmes, la colère, la revanche inconsciente, la haine de leur propre vie, de même toujours pas arrivées jusqu’à se montrer dans leur reflet ; tout travaille en sous-marin dans leur retour sur investissement, concernant leurs enfants.

Chez les hommes, fréquemment le taux d’incompétence est optimal. Eux ne se sortent pas de ce que leur propre éducation à fait d’eux. Les plus arrogants rejettent la faute sur leur ex, ils trouveront toujours une autre compagne pour leur dire qu’ils ont raison. Mais la maladresse, la peur, l’instructure, le manque de carrure, d’énergie, tout ce qui a désespéré les mères de leurs enfants, tout ce qui a fait que le couple devenait un plan comique pour les nerfs qui tenait jusqu’à la procréation (l’objectif stratégique) fait d’eux des pères immatures, fait d’eux autre chose que des pères, et, non, ce n’est sûrement pas « des mères » ; comme ils ont été « autre chose » qu’un compagnon, un mari, un amant, et tellement autre chose qu’ils se sont retrouvés dès le premier enfant, déprimés et mis à la porte, et soulagés de voir le paillasson à l’entrée pour la dernière fois. Un poids, un poids à gérer, pour les femmes. Un enfant plus son père, il y en a un que les mères ne pouvaient plus jeter, pour l’autre, ça a été facile.
Pour les pères, l’enfant est l’accusateur de leur insuffisance multi-sujet. Aucun réflexe, aucun bon sens, aucune rapidité à la prise de décision : perdus, totalement perdus. Rien de ce qui tenait encore jusqu’à l’accouchement ne vaut encore quelque chose, un physique, une personnalité, de la tchatche, de la culture, de l’humour, pas trop pourri au lit : rien ne sert devant un nourrisson. Les hommes quadras ont été massacrés, ils ne peuvent pas se sortir de ce massacre, et un enfant ne les aidera pas. Beaucoup abandonnent, passent en surrégime, aboient.
Personne ne dit qu’ils n’adorent pas leurs enfants, mais pour beaucoup, par pitié pour eux et pour préserver l’enfant, il faudrait qu’ils n’aient qu’à faire ça, et rien d’autre.

Ils passent à côté de leur paternité. Ceux qui aiment en parler avec une théorie grandiloquente sont à soupçonner les premiers d’être incompétents. Les hommes quadras avaient une tâche terrifiante : ils devaient réinventer la paternité, mais avant ça, ils devaient, au maximum de l’aberration de 68 : réinventer l’homme/mâle. La première réinvention a été un brouillon illisible, resté à l’état d’ébauche, la seconde était irréalisable. Ils n’ont pas eu le temps, ni aucune aide depuis leur naissance, pour seulement réinventer leur propre statut de mâle, face au globe entier, alors, la paternité ?

Ils surnagent dans un leurre, tente de se persuader ; les plus bêtes et bornés sont tout simplement dangereux pour leurs enfants. La plupart des plus doux et tendres passent de la colère au miaulement dans un grand déséquilibre, leur ligne d’éducation est en dents de scie, leur mémoire est purgée aussi vite, il leur faut trop de concentration à chaque geste, chaque mot. L’enfant, l’ado, le jeune adulte, en eux, qui n’a jamais eu la possibilité de respirer heureux à plein une seule fois, étouffe sous le poids des responsabilités, la solution est donc de les nier : par défaut, ils aimeront voir leurs enfants plus vieux qu’ils ne sont, plus indépendants, plus capables, enfin, tout, tout, tout ce qui leur épargnera de devoir se remettre en cause, réfléchir, faire un effort, prendre le temps. Ce n’est pas qu’ils ne veulent pas, c’est que leurs propres muscles, cerveau compris, n’ont pas les acquis. On ne recrée pas des acquis : la société, la culture et l’éducation les ont déprogrammés. On a même réussi, pour les soulager d’eux, à leur faire croire que de tout temps, avant tout, l’homme était un sombre incapable, lâche, et que l’Histoire même n’a jamais tenu qu’aux femmes. Ils le réalisent tous les jours, de leur mère à leurs copines : elles sont effrayantes. Ils dégainent la brute dans des moments de panique. Leurs fils feront de même, en cent fois pire.
68 a créé la future violence des futurs hommes adultes, décervelée, apeurée, résultat de la bouillie culturelle et de l’insexualité.

De même, pas la peine d’aller chercher jusqu’à la tendance sidérante qui consiste, outre-atlantique à dire « they » « them » « their », un pluriel on dira « neutre » à un enfant en considérant qu’il a en lui les deux genres et qu’il faut lui laisser choisir duquel il se sent.
Bien avant ce délire parfait, et qui doit beaucoup à la langue même anglaise : avec sa neutralité au niveau des adjectifs, des noms communs, sauf rare exception : il se pose en France le problème de l’insexualité, la désérotisation des enfants.
Les enfants des quadras n’ont pas vraiment ces chouettes trucs freudiens, Œdipe and co, parce que les parents leur semblent, depuis la naissance, assez peu érotisés voire pas du tout, et même assez peu sexués : l’enfant ne calcule pas ça, contrairement à ce que la superpuissance de 68 a voulu faire croire à tout le monde, traumatisant les adeptes de sa secte et produisant des cinglés et pervers en série. C’est juste dans la vision des comportements : la frontalité est sans échange. L’enfant voit des masses en opposition, mais « réellement » en opposition, incompatibles, du matin au soir et pour chaque geste, chaque mot. L’érotisme d’un couple présentable à un enfant, non sexuel, donc, s’il faut préciser, se place dans la continuité et l’équilibre un geste est poursuivi par l’autre, une phrase est terminée par l’autre, un geste est anticipé par l’autre, deux actions sont produites en une, sans six réunions, 10 textos, et deux appels finaux pour valider et signer le BAT. L’osmose comportementale suffit. Tout ce que certains ont compris de cette alliance égalitaire, c’est le partage des tâches ménagères. Donc, ça vole très haut. LA pub sait mettre en scène des hommes en tablier, forcément, ils savent donner des leçons : il faut admirer, suivre, s’étonner de surprise flatteuse : ce qu’ils font est dingue, dingue. Les pubs étrangères qui montrent la même chose ont soit de l’humour, soit un naturel qui replace le produit devant, au lieu d’un nigaud. Évidemment, la pub, grande sociologue, a aussi mis les grands-pères en scène, dans la cuisine.

Parce qu’il n’y a pas que les mâles quadras qui n’ont pas pied : leurs propres pères ne sont pas à la fête, mais leur propre éducation les préserve de l’introspection et, souvent, leur compagne, qui, incroyablement, est souvent encore leur première femme, assure, donc ils assurent aussi. En couple, ils ont su laisser tomber, aussi, de comprendre ce qui arrivait à leur fils. Difficile pour les mères de jouer la carte de la protection. Elles s’entendent souvent bien avec toutes leurs ex-belles-filles, enfants concernés ou non, d’ailleurs.
Les grands-parents, au premier petit-enfant, se sont frappé la tête contre les murs, ils ont vite cessé, plus le temps : grand compensateur du déséquilibre institué en norme de leurs enfants, ils doutent avec eux, toute la journée, week-end compris. Entre grands-parents, ils parlent et se rendent compte qu’ils sont tous logés à la même enseigne, subissant en plus une assez remarquable ingratitude de leurs enfants. Ce qui est drôle, c’est que leur placement sociétal, joint entre deux, voire trois générations, semble ne pas être étudié. Peut-être parce que ça en dirait beaucoup trop sur l’état de la société. Ce qui est encore plus drôle, c’est que leurs enfants, tous dans le même cas, par contre, ne se voient pas comme groupe sociétal, comme si leurs difficultés n’étaient pas reconnues, peut-être parce que ça éclairerait tellement d’autres sujets dont certains ne veulent surtout pas entendre parler, peut-être parce que, tout simplement : ce n’est pas su. Ce qui est encore plus drôle, c’est que les profs et tout personnel de l’Éducation sont souvent dans la situation des fantômes quadras et voient, tous les jours le désastre se répercuter sur les enfants. Mais ils en parleraient pourquoi ? Analyser leur propre situation et le même désastre à domicile ?

Beaucoup, beaucoup, beaucoup, de l’inertie sociétale actuelle vient de cette paralysie, mensonge, pudeur, et surtout inconscience, non-reconnaissance, d’une situation parfaitement généralisée aux conséquences identiques et généralisées.
Toute la société fonctionnant sur le même modèle et s’en détruisant parce que toute la société n’en parle pas et que ceux qui devraient en parler pour elle sont dans le même cas de déni débordé ou ignorent totalement la situation. À se demander à quelle époque et dans quelle société ils vivent.

Les mères ont abandonné depuis un moment la guerre de leur première jeunesse qui consistait à se prouver et à démontrer à la société qu’elles valaient, en tout, un homme. Elles ont arrêté quand elles ont découvert qu’il n’y avait plus du tout, nulle part, l’espèce de modèle qu’elles devaient doubler et qu’elles se retrouvaient seule à soulever un frigo pendant un déménagement. Mais aussi seules à se tenir la porte pour passer, seules à tenir les comptes, seules à tenir leur maison, à prendre une décision au-delà du choix entre deux couleurs de chemises.
Les quadras ont frôlé de croire que les rôles s’étaient inversés pendant leur aveuglée course à la preuve qu’un cerveau vaut des muscles et des testicules. Mais l’histoire est allée bien plus vite qu’elles : le monde gay a explosé, les hétéros se sont engouffrés dans l’attitude gay si ce n’était leur sexualité, dans un bordel incroyable de stéréotypes, largement offensant et dégradant pour les homosexuels et les hétérosexuels. Les seconds se sont trouvés presque glorieux de se faire nommer métrosexuels. Ça n’a pas duré longtemps, les gars ont arrêté, sans doute parce que ça leur a coûté super cher, au propre, financièrement, comme moralement, en moins de 5 ans, mais le décalage est resté intégré. Une féminisation moyenne s’est insinuée, parfaitement construite, elle-aussi sur une comédie à laquelle les hommes ont cru, qui consiste à être heureux de sa faiblesse, de sa fragilité, de ses humeurs changeantes. Beaucoup de quadras ont à présent, moralement, le droit à de la versatilité, même sans avoir de règles. Pour beaucoup, ils ont oublié que leur propre cerveau n’est pas celui d’une femme.

Les hommes vivent leur désastre sans joie. Ils n’existent pas, nulle part. Leurs enfants ne les stigmatisent pas non plus comme la partie mâle de leurs parents, mais seulement de leurs géniteurs. L’abstraction des sexes a atteint la famille entière, à ce jeu-là. Les petits doutent, fille ? Garçon ? Ils ne situent plus personne dans un rôle, mais dans un statut : chef, pas chef, selon les tâches pratiques, et qui a le dernier mot. Souvent, même en vivant à 50/50 chez la mère et le père, « chef » ira côté mère. Les enfants ne sont pas dupes. Les restants freudiens font que les filles défendent leur père, mais ce sont des filles, elles savent qu’elles mentent. Les fils, par contre, sont illisibles, ou font varier leur détestation de neutre à rien à foutre. Le modèle est commercial, mais pas senti.
La preuve dans la pub, même elle ne parvient pas à représenter une relation père/fils. Elle a décidé de se laisser dominer par la propagande qui aura des effets monstrueux, qui consiste à ne mettre en valeur que des garçons, de tous les âges, qui se poussent, de tout d’eux, pour que les petites filles existent. Leurs compétences propres, leurs loisirs, leurs attitudes, leurs fringues, leurs jouets : il faut tout céder, tout, tout, tout, tout. Tout.
Penser ça, le mettre en œuvre, le mettre en image, le soutenir, en dégainant comme un idiot fini qu’il est nécessaire que cette égalité absolue bouche l’horizon occidental cultivé afin de soutenir les petites filles des pays qui leur refusent l’accès à l’éducation : c’est une telle erreur, c’est une telle démonstration qu’on ne sait rien du tout de la bombe sur laquelle on est soi-même assis, du tort qu’on fait aux enfants des deux sexes des pays éduqués occidentaux, c’est si lâche, si moutonnier, c’est si primitif ?
Le pire, c’est que ça n’enrayera aucun extrémisme à l’autre bout de la planète, et presqu’au contraire, car le décalage moral et une certaine culture vide, en France par exemple, aux choix indiscutablement minables, ne font que desservir quiconque se base avec confiance sur ce pays pour trouver le chemin d’une libération et d’un épanouissement féminin. Quant aux extrémismes : ça va en créer ici. C’est d’ailleurs fait. Et les victimes sont les futures femmes occidentales.

On dit souvent qu’il ne faut pas rater le début. Pour ceux qui au lieu d’être là à temps en ont tellement parlé qu’ils ont fini par le manquer, c’est réglé. Mais beaucoup des quadras n’ont pas enclenché le chrono avec la naissance, elle était faussée : elle-même n’était pas un début, mais une « étape ». L’ultra-insérénité de la vie des quadras, notamment celle des femmes, la pression écœurante de la société, de leur vie professionnelle, sur leur régulation privée, font que choisir d’avoir un enfant a été, avant tout, un élément d’une stratégie. Rien de fondateur, rien d’une cerise sur le gâteau, certainement pas la résultante d’un grand amour heureux. Les femmes ont, comme jamais, calculé leur grossesse. Ce bel exercice a une conséquence presque 20 ans après : le discours délirant autour de la PMA.
Presqu’aucune des quadras n’a eu le choix de son propre planning pour avoir un premier enfant. Elles se sont dit qu’elles rectifieraient ça au suivant, rares sont celles qui ont encore tenté de se doubler elles-mêmes pour un troisième. Ne jamais, jamais, imaginer qu’une femme quadra aujourd’hui ne sache pas ce qu’elle fait : elle a été élevée, programmée, dressée, à le savoir. Qu’elle n’en soit pas consciente ne fait d’elle qu’une femme, or rares sont celles dépourvue de stratégies. Elles sont impropres à la compréhension des hommes, souvent, mais comme maintenant tout le monde est à égalité, ce n’est plus un problème, ils doivent comprendre, maintenant. À moins que l’égalité ne soit que dans un sens ?

Que la femme quadra ne veuille plus s’avouer ses stratégies, qu’elle soit lasse à en pleurer de n’avoir pas un centième du bonheur auquel elle prétendait et ne supportent plus de seulement l’espérer encore, prête alors à se rabattre sur un n’importe quoi tel qu’il est « hors d’elle », contre nature, c’est une chose : mais elle pense et réfléchit et planifie. Et rien ne l’arrêtera. C’est la quadra. On n’en connaît, dans la société publique, que les exemplaires les moins intelligents, et de beaucoup trop de pouvoir non mérité, obtenu à coups de serpe gratuits, les acharnées, sans cœur, qui utilisent leurs facilités pour tout coucher devant elle. Ce prototype très répugnant n’a rien en commun avec 99% des quadras. Celles-ci n’ont dû coucher devant elle que toute leur fierté, leurs espérances, leurs rêves, leur énergie, leurs sourires, leur puissance aussi, et marcher dessus pour continuer à avancer. Leur fatigue vient de là, de l’obligation, pour elles, pour continuer à tenir debout, à tout sacrifier.
Dont leurs enfants.

Ce n’est pas activement mis en œuvre, mais c’est effectif. Tout est amalgamé : le combat qu’elles continuent de mener « dehors » et tous ceux qu’elles ont dû mener « dedans » sans jamais souffler et toujours assez seules ont créé cette habitude du « contre systématique ». On peut comprendre qu’après 20 ans à ne tout faire qu’en « contre » et souvent « contre soi », même cette quête funeste d’égalité, le recul est happé par la courroie du « régler le problème le plus efficacement et le plus vite possible ». Il y a très peu de différences entre un rythme de dingue à l’extérieur et le rythme dans le privé. La décélération est prise comme une trahison et peu importe à qui. Tout est très flou, tout se ressemble, tout est ingrat, il n’y a pas de merci. Les enfants dès la naissance sont emportés par la tourmente d’un métier sans reconnaissance, et de l’agression de la société car : tout semble agression. Il n’y a pas de lever tranquille pour aller les uns à l’école, les autres au travail : il y a un lever pour aller être bousculé, en soi, physiquement, professionnellement. C’est le jeu de la société entre elle, se secouer, pour se venger d’elle. Les enfants, en réponse, se ralentissent : le mouvement demandé est non seulement en dehors de leur compréhension mais de leur physique aussi. Ils ne peuvent pas, c’est constitutif « comprendre » la vie de leurs parents, tout le jour. Or, les parents ne font que leur reprocher cette incompréhension. Les enfants ont toujours morflé au retour à la maison de leurs parents quand les parents n’avaient pas le réflexe évident de scinder leur temps en leur présence et de ne pas leur faire participer à leur journée, pour la raison qu’ils étaient des enfants. La simple domination des parents venait aussi du mystère de leur journée. Il n’y a plus de mystère : qu’ils comprennent ou non, les enfants recueillent toute la puanteur de la journée de leurs parents et doivent aussi supporter d’en être presque fautifs. Les adultes ont tant à mâcher et remâcher de leur journée qu’ils n’ont pas le temps de demander à leurs enfants comment s’est passée la leur. L’école passe en second, l’école est sans importance, l’école n’est que l’école : elle ne fait pas souffrir.

Souffrir. Les quadras mesurent énormément de leur vie, de la qualité et du mérite de leur vie sur une échelle de souffrance. On ne peut pas dire pourtant qu’ils ont tous été élevés dans un catholicisme ferme, sinon, d’ailleurs, ils ne pourraient que remercier le ciel de les mettre à l’épreuve comme ça. Ce n’est pas non plus du masochisme. Par contre, pour certains, c’est du sadisme, quand ils peuvent faire souffrir l’autre, au travail. Il y a un courant sadique, professionnellement, chez les quadras, et sans la moindre intelligence. Il y a une certaine haine, dans cette génération, qui sait se déverser, acide, sur l’autre. C’est le contrecoup d’un privé en toc, d’une vie superficielle, d’un manque de fond et souvent de compétences. Les quadras sont ultra-compétents : encore une fois, gare à leurs exceptions : ils sont mieux placés dans la hiérarchie, ils mènent une vie de loisirs, ils mentent quant à leur bonheur qui sonne faux, aigre, et qui a besoin, toujours, d’un public pour l’écraser avec.
Il y a, chez les quadras, des brutes empoisonnantes, professionnellement parlant ; le tort qu’ils font les fait bander, les venge et ils sont de vraies plaque-tournante : ils distribuent dans un bâillement un cynisme ravageur. De toute façon, la société des quadras tient du jeu de domino de la vengeance inconsciente (ou non) tant la simple vie est une lutte sans répit. Aucun n’a pitié de l’autre, ce n’est plus possible.
Aucun n’a pitié n’ont plus de ses enfants.
Aucun n’a de regard pour l’autre, c’est trop insupportable, c’est comme sentir tout ce qu’il reste d’énergie être absorbé : la solitude triste reste donc la meilleure option, même à deux, à condition que l’un, souvent l’homme, ne se trouve pas terrassé par son incapacité à mettre un peu de côté sa vie de petit célibataire. « Son » temps.

« Je prends un peu de temps pour moi. J’y ai droit, quand même, oui ! 5 minutes ! » Le temps qui est demandé aux enfants de laisser à l’adulte n’a même pas trouvé de repos dans les séparations. La preuve qu’elles sont conséquences d’autre chose, et pas cause de la problématique interne aux lambeaux familiaux. S’il y a vraiment un 50/50, on peut croire que plus de 3, 4 jours par semaine, l’un des deux parents est libre. Mais le bénéfice de ce temps qui n’a plus qu’à être séparé en travail et en loisir n’est nulle part. Tout sera quand même à la bourre, le temps manquera de tous les côtés.
Comment un enfant peut ressentir que, qu’il soit là ou non, le temps manque ? Il est donc aussi coupable du temps manquant en son absence ? Qu’il soit là, ou non, il bouffe le temps de ses deux parents ? Comment peut-il classer ça, en lui ? C’est toujours lui qui dérange, toujours lui qui est en trop, là, ou non. Il pourrait croire que quand il n’est pas sous les yeux de l’un de ses deux parents, il est oublié. On se débarrasse de lui, on ne veut plus rien savoir, d’ailleurs, du temps qu’il aura passé ailleurs sauf pour mesurer tout ce qui n’aura pas été fait pendant ce temps-là. Et quand il revient, d’une semaine ou de quelques jours dont le parent récupérateur ne veut plus entendre parler dès lors que l’enfant a 6, 7 ans, il n’a apparemment pas le bon rythme.
Les enfants passent leur propre temps à se coordonner. C’est normal qu’ils abandonnent de le faire. C’est insensé, pour eux, de produire un tel effort sans jamais aucun retour. Eux ont compris ce que leurs parents n’ont pas réussi à mettre en place en tout une carrière d’esclaves : ralentir. Se préserver. Ne pas faire. Traîner. Les quadras si actifs ne comprennent pas, chez leurs enfants, alors qu’ils les voient se démener comme des fous furieux, leur capacité à ne pas considérer le temps qui passe. À être en retard pour tout, mal s’organiser, ne rien prévoir, être non stratégique, ne pas marcher à la récompense, abandonner de se faire bien voir.
Les enfants seraient incapables de garder leur poste, c’est presque ce que pensent leurs parents adultes.

Il n’y a pourtant pas de rapport malsain entre les quadras et leurs enfants. Les enfants regardent leurs parents comme ils voudraient être regardés et tôt participent aux énervements contre untel au travail, contre tel copain, telle copine. Ils sont au bord d’être les potes préférés. Ils sont les confidents. Ils conseillent. Ils ont de l’empathie, mais apprennent vite l’hypocrisie que leurs parents n’ont jamais assez pratiquée. C’est un système de survie qu’ils pratiquent tous : il faut, par foyer, qu’ils se garantissent un coin à eux et qu’on ne vienne pas les emmerder. Il ne faut pas qu’ils soient surpris à défendre une autre cause familiale que celle qui les héberge à l’instant t. Ils se dédoublent donc, et le manque de dialogue entre les parents leur permet.
Les enfants, dès sortis de la première enfance, deviennent doubles. Comme tout ce qu’ils possèdent, qui est en double, chez l’un et chez l’autre. Pendant qu’ils se construisent deux fois, ils ne se construisent pas, où sur ce qu’ils saisissent d’eux entre deux lieux. Il leur reste l’école, soit une immense plaisanterie, et les copains. À eux tous, ils font évidemment baisser le QI total au plus bas, attrapent les bêtises et les doutes de l’autre, s’échangent leurs désarroi comme de l’orgueil, évide leur vide joyeusement. Garçons et filles tous égaux font un tas d’eux-mêmes et se marrent et se donnent de grandes leçons d’une bêtise abyssale sur tout.
Leurs parents sont persuadés incroyablement qu’ils sont connectés au monde, ils connaissent à peine leurs pieds.

Ce n’est pas ce que la société laisse croire ? Ces beaux enfants qui pleurent pour la planète et qui s’investissent ? S’ils en sont là, c’est qu’ils sont mûrs, qu’ils ont réfléchi. Pendant le « grand débat des idées » un attardé à dit que les enfants avaient beaucoup de choses à dire et qu’il fallait les laisser parler. La semaine dernière, La marque Always a retiré le symbole féminin de ces paquets sous la pression d’avocats représentant des personnes transgenres : sous prétexte que « certaines » n’avaient pas leurs règles, il était offensant qu’il soit signalé que les serviettes hygiéniques sont pour les femmes. Chez les adolescents, dans l’instant, l’annonce a fait le tour, et ensuite, le dialogue majoritaire concernait l’affirmation qu’il n’y avait pas que les femmes qui avaient leurs règles.
Du temps des quadras, adolescents, c’est le sida qui était sujet ; eux, comme toute la planète ne parvenaient pas à savoir comment il pouvait seulement être transmis : en une journée, sur décision de l’État, les ados de l’époque ont dû tout entendre sur le rapport bucco-anal. Avec diapos. Deux heures pour halluciner, même pour ceux qui avaient déjà eu des rapports et ceux victimes d’incestes. La violence de l’irresponsabilité des adultes alors a atteint des sommets.
Les enfants des quadras n’auront pas ce choc : ils vivent avec. Ce n’est pas des claques qu’ils se prennent, depuis toujours, c’est une louche de vase, et circuler dedans c’est, pour aux, comme remuer dans des sables mouvants, c’est couler. Ils le savent, ils le sentent.
Ils ont accès à un monde de renseignements : ils n’y vont que par provocation. Ce qu’ils lisent, ils ne le comprennent pas. Ils ne savent pas comment on organise une recherche, ils veulent la réponse rassurante, et surtout : la première. Ils n’ont aucune vision de l’énormité de données derrière leurs écrans. C’est très très limité puisque c’est fonction de leurs compétences.
Les parents n’ont toujours pas séparé ces deux données : ce n’est pas parce qu’il y a tout que leurs enfants en ont conscience, ou prescience. Les enfants iront où ils peuvent, physiquement et mentalement, aller. 99,9999 % du monde que leurs parents sont persuadés qu’ils manipulent n’existent pas pour eux, et nulle part on leur enseignera.
Nulle part. Certainement pas à l’école.

Dans le temps que les quadras ne gèrent plus pour leurs enfants, il y a l’école. Et c’est réellement le point clé. Ils abandonnent leurs enfants à l’école. Ils font confiance à un système alors que 100% de ceux autour d’eux les tuent, alors que toute leur vie provient d’une catastrophe systémique jusque dans leur vie privée.
C’est la preuve que les quadras n’ont aucune prise sur leur propre temps, qu’ils en sont des victimes. Ils font de leurs enfants des victimes, ils ne pourront jamais se justifier de leurs actes, jamais. Comme toute la société ne pourra jamais se justifier. Mais il reste que les quadras sont, hommes et femmes, pour des raisons distinctes, des victimes.

On aime bien voir les enfants petits, rieurs, se tenant par la main, sagement, en rangs, on aime bien voir les ados tous pareils, un peu bêtes et creux, mais ça se rectifiera. On les voit comme ça, de loin. La société les voit comme ça. La propagande, c’est qu’ils sont engagés, qu’ils veulent se battre, pour la planète.
Ils sont tous en train de fuir leur vie, dont ils ne savent rien. Une vie éclatée sur divers plans, où ils ne sont nulle part les bienvenus, où ils ne doivent pas rester trop longtemps. Deux chez soi, et ils courent toujours le risque de se retrouver entre deux non-communications, à la rue. Le monde pour eux, n’est rien. Ils ne sont pas engagés, ils sont bourrés d’idées courtes. Toute leur vie est injustifiable, la seule raison qu’on leur donne : c’est le manque de temps.

Est-ce qu’un adulte, parent ou non, grand-parent ou non, n’importe quel adulte dans la société, pourrait juste faire l’effort de capter sa propre attention, s’asseoir et imaginer seulement ce qu’est la vie d’un enfant, en France, aujourd’hui ?
Il pourrait se surprendre à frémir. Parce qu’il ne pourrait projeter cette vie vers rien. Rien du tout. Aucun avenir.
Aucun avenir.

Les enfants fuient. Ils passent leur vie à fuir. Ils sont pourtant si statiques, semblent tout gérer, s’adaptent, mais ils fuient. Ils fuient tout ce qui les entoure et qui, plus ils grandissent, les paniquent. L’incompréhension est leur quotidien. Ne jamais être là où il faut à faire ce qu’il faut dans le bon timing : c’est tout ce qu’ils savent être.
Il y a des enfants qui s’en sortent, qui travaillent très bien, qui ont de bonnes bases, de la culture : laquelle ? Quelles bases ? Ils travaillent bien d’après quels programmes ?
Les enfants fuient la non-surveillance des parents, ils savent qu’ils ne seront jamais rattrapés. Ils gèrent eux-mêmes cette surveillance. Leurs parents leur demandent ça très tôt, d’être leurs matons, leurs censeurs, leurs coaches, leurs professeurs, le porte-parole de l’autre parent, le négociateur.
Dans la non-surveillance dans laquelle les quadras laissent leurs enfants : il y a l’école. Les adultes ne surveillent plus l’école. Ils devraient.

Parce que les parents des moins de 20 ans, aujourd’hui, sont déjà tous, sauf les saloperies et les bourreaux de toujours, des victimes, de chaque système, ils devraient, pour leurs enfants, avoir l’intuition que rien n’a été rectifié en 30 ans d’écart. Ils ont vécu toutes ces années, ils ont bien vu que leur vie n’a fait que décliner, d’où tirent-ils cette aberrante confiance en l’école ? Pourquoi serait-elle absoute de tout ce qui, ailleurs, n’est que broyage et acidification, désertification et non-sens ? Pourquoi, seule, devrait-elle être un havre de perfection et d’idéaux humains, bien structurés ? Qu’est-ce qui est enseigné, et comment, pour faire quoi des enfants, pour les conduire où ? Leur donner quelle culture ?
La vie seule des quadras devrait faire sonner toutes leurs alarmes. Mais elles ne sonnent plus. Pourquoi ?
Le mieux qui soit fait, qui soit transmis, qui soit construit comme environnement familial ne pourra pas échapper au rythme sociétal, néfaste pour lui-même. Mais il n’est jamais dénoncé.
Ce qu’on dénonce c’est « externe », ensuite, il y a à la vitesse de la lumière, un vide qui est passé, et on arrive à quoi ? Où ?

Les enfants fuient, ils sont bien meilleurs que les Pokémon d’il y a 3, 4 ans, il n’y a pas d’appli pour les rattraper, pas même au bord du vide où ils marchent presque dès la naissance.
Il faudrait seulement que tous les adultes s’arrêtent 2 minutes, oublient la « petite histoire », sachent qu’à ce jeu : tous les adultes jouent à cet instant-là aussi. Que plus personne ne cherche à dire « moi, je », ni à se rassurer, ni à ne pas se sentir concerné, ni à juger l’autre pour se croire sauvé. Et qu’ils s’imaginent, le soir, devoir faire un sac pour changer de lieu, peut-être même pas vers quelque part, peut-être qu’ils ne sauront pas où ils dorment le soir, 3, ou 4 possibilités, à eux de prévoir, et pour leur devoir aussi. Et dans deux jours, ça recommence. Et comme ça pendant 15 ans.
Il faudrait seulement que les parents refassent le compte de ce qu’ils reprochent à leur gamin et pendant ces deux minutes, se haïssent eux, se foutent la honte, tous ensemble, tous, tous, tous.
Toute la société est coupable de ne pas vouloir comprendre comment et pourquoi depuis 50 ans, chaque génération est plus détruite que l’autre. Elle est ces générations. Elle le sait. Elle le nie, parce qu’elle ne sait pas qu’elle le nie.

La France est une société totalitaire, son projet organisé, administrativement, déployé sur chacun de ses membres qui y met toute son énergie et tout son savoir-faire, jusqu’à se féliciter de survivre à la tâche et même de s’investir toujours plus pour être remarqué enfin, car on y sacrifie sa vie, dont on parle en famille, et dont on n’a jamais assez de temps pour le réaliser, est le massacre de ses innocents. Parce qu’ils sont impropres à la vie dans cette société.
Il n’y a plus de lettres après « Z », ce n’est pas pour rien que pour les générations après la Z la com’ ne leur a pas trouvé de nom. Alors ? Pourquoi ?


À demain, pour le dernier article d’#Inktober détourné par PUCK.


* cet article fait partie d’une série de 31 commencée le 1er octobre, dans le cadre du challenge #INKTOBER 2019, détourné par clairecros.com | puck.zone | 17SWORDS | PUCK sur YouTube

Aujourd’hui THE OFFICIAL 2019 PROMPT LIST donnait le mot :
30_CATCH [(objet) attraper/rattraper | récupérer/collecter | (voleur, fuyard) attraper | (fautif/virus) surprendre/prendre/découvrir/voir | (chose/moment/furtifs) saisir | (attention) saisir/retenir/capter | (transport) prendre/attraper | (maladie) attraper | (dans) se prendre | (début) ne pas manquer/rater | (son) capter | (non intentionnellement) frapper | être pris dans (une fusillade)]
Demain :
31_RIPE [(fruit/culture) mûr/prêt à être cueilli, récolté, moissonné | (fromage) fait | (odeur) fort/déplaisant | (âge) très avancé) | (langage) dur/grossier/abrupte]


#INKTOBER2019 #RIPE
October 31, Official 2019 prompt list: 31_RIPE


La France n’est pas mûre pour récolter ce qu’elle n’a pas semé. [31/31 #Inktober]


Moins de 2 ans pour arrêter la France seulement 2 minutes. C’est le temps qu’il faut pour la révolutionner avant 2022. C’est jouable si une chaîne de télévision accepte de laisser 8 heures au stream d’un cénacle. Laisser la France, seule avec ce qu’elle vit, se moissonner au sang en 2022 est inhumain, non éthique, irresponsable devant l’Histoire. Il est temps que débute le XXIe siècle.*


Au mouvement Gilets Jaunes


Quand on est souvent sur twitter à laisser défiler, on se prend des dizaines de leçon par jour, qui tiennent en 280 caractères max. Ce sont des analyses foudroyantes de l’actualité, avec un recul de 2000 ans, au moins. Elles défoncent l’air après avoir passé un couloir de double portes gigantesquement ouvertes, et emprunté, d’abord, un pont-levis baissé au-dessus de douves comblées. On a envie de commenter à chaque fois « Et alors ? »
Ce sont ceux qui travaillent à la fois côté universitaire ou engagé ou politique « et » côté médias qui en sont les spécialistes. Peut-être qu’ils regardent leur profil, parfois, étonnés de leur investissement à la fois si pédagogique et brillant ? Ils sont dans une position qui doit avoir sa torture : jamais ils n’ont l’occasion d’une thèse longue, ils doivent donc passer par l’elevator pitch, sauf que, sur Twitter, le pitch descend, inexorablement. Quand c’est dit, c’est fini, ça disparaît. Ainsi du passage dans une émission. Il ne peut donc pas y avoir de thèse filante, en construction permanente. Impossible de reprendre un point pour le rallonger de 280 caractères ou de 8 minutes de speech tout compris lors de la prochaine émission.
Le taux de contrainte peut être annulé par la publication d’un livre, mais il ne sera pas défendable sur un plateau où on anime, où on est invité régulier, et sa communication subira le sort de l’elevator pitch inversé. Ceux qui choisissent de représenter plus qu’une expertise, mais un engagement, dans les médias, sont pris au piège du « très court ». Ils doivent espérer que quelque chose reste un peu et qu’ils parviennent à modifier, à raison d’un ton particulier ou d’un enchaînement d’arguments, l’idée que le public se fait de la matière qui fait l’actualité. Mais ce qu’ils obtiennent seulement, c’est au mieux de la personnaliser, et sinon de se priver, par leur faute, de la matière globale. À n’avoir que le temps d’esquisser son sujet, on n’a pas le choix de déjà prélever la seule part qui le mettra en valeur dans l’actualité.
Il n’y a donc jamais la place pour une analyse totale, peut-être même pas l’objectif, si ce n’est général, de son seul engagement. Et il n’y aura jamais la place, par la faute du chrono et du rôle des médias qui n’est pas de tout couper pour que s’étende une pensée.
Le rythme des médias est le leur, point. Ils ne sont pas contraignants sauf si on veut passer par eux pour placer une réflexion dense.
Beaucoup de ceux investis dans la parole fréquentent aussi le « forum », sous diverses formes dont conférences avec échanges, rencontres avec échanges. Ils laissent le public investir leur côté, parce que c’est le public qui manque ailleurs, notamment dans les médias. Répondre à des questions lors des émissions ou lire des commentaires de ses tweets n’a rien à voir avec l’espèce de faux dialogue des formes hors-médias, pro-université, salon/festivals de l’idée souvent thématiques.
S’il y a pensée, alors elle préfère s’infiltrer dans les réponses au public, quel que soit son niveau, sa spécialisation, plutôt que de tomber en rideau devant lui presque comme s’il n’existait pas, d’une façon magistrale. L’enseignement aime à se croire dans l’échange, ce n’est pas très récent, voir Platon, le Christ : questions ? Réponses, ou plutôt « propositions ». Mais est-ce que la pensée/idée/thèse/analyse aime cette forme d’aller-retour qui peut être dépourvu de condescendance, ou est-ce qu’elle ne peut supporter que cette forme-là, important, finalement, la contrainte des médias et réseaux à l’intérieur d’un forum, amphi, salle de conférences, …café littéraire ?
Quand les concepts de chaque analyste ont-ils l’occasion de marcher dans le vide, construisant seuls leurs ponts, sans l’aide d’aucun petit architecte d’intérieur ? Quand peuvent-ils réellement jouer leurs cartes sans croupier dans une émission ? Quand, sans public quelque part ramasseur de balles ? Jamais.
Est-ce qu’il n’est pas étrange qu’aucun concept ne cherche à se dégager de ce « jamais », pour lui-même ? Un concept, (ou une thèse pour ceux plus formels), ne peut pas tenir compte des contingences, ou c’est qu’il n’est qu’une petite proposition vague. Constitutivement, le concept ne peut commencer par borner sa propre nature.
Je crois que si tout ce qui se fait passer pour de l’idée, en France, ne cherche jamais à s’imposer, ni à se présenter sous une forme inédite, c’est qu’aucune idée existe. Il y a une sorte d’éternelle défense d’un client, qu’il soit accusé ou pas, mais c’est tout.

Imaginons, follement, qu’une chaîne de télévision, d’audience large, accepte un soir à partir de 21 heures, d’accorder 8 heures à un cénacle.
8 heures, c’est le temps que ceux appelés « intellectuels » ont passé à écouter le président délirer et jouer à la toupie, physiquement, et langagièrement, dans son vide. 8 heures, pour rien.
« 8 heures » n’est plus un temps insensé pour aucun média : il y a jurisprudence, alors que nous ne sommes pas dans un pays à chaîne unique et étatique.

Il faut que le média soit impérativement une chaîne de télévision, et qu’elle ne refile pas le stream à une radio, ou YouTube, parce que tout le monde n’est pas capable de suivre sans image, ou d’aller sur YouTube. Il faut l’outil le plus densément populaire. Que les 8 heures ne soient pas suivies en entier, peu importe, évidemment ce sera reproduit sur les réseaux qui peuvent supporter ce format. Est-ce qu’il faudra réellement 8 heures ? Rien n’est moins sûr. Mais il faut ce temps, parce qu’il est aujourd’hui le plus large qui ait été imposé et que commencer à trouver des arguments pour s’opposer à cette longueur peut mettre très très vite tout le monde très mal à l’aise. Dire « hors de question » et filer est la seule autre solution à part « okay ».

Imaginons que le format est accepté : la révolution commence. Inédite, et historique, la communication sera vite vue.

Dans ce cénacle, imaginons 17 personnes. Un nombre impair pour qu’il n’y ait pas de parité, qui tient encore à la table d’une réunion de famille dans une maison sans prétention, sans grand salon, à échelle humaine. 17 personnes mûres, et encore loin d’un certain âge, et surtout d’un âge avancé.
Aucun public, uniquement le staff technique.
Aucun médiateur, mais une charte stricte, dont (c’est un début très vite décrit) :

Chaque personne s’engage à atteindre l’objectif du cénacle qui n’est pas d’apporter des solutions mais de démontrer le problème de la France à l’instant du cénacle en acceptant l’hypothèse de départ :
« la société française est totalitaire ».
Le cénacle s’engage à changer cette hypothèse en affirmation ou à démontrer qu’elle n’est pas exacte et donc à redéfinir le problème de la France à son instant.

Chaque personne s’engage à rompre avec l’actualité sauf exemple conclusif et à étendre son analyse sur un minimum de 50 années passées extensible à 100 ans.

Chaque personne admet, devant l’hypothèse proposée que, vraie ou fausse, elle ne peut que générer une démonstration et une recherche collégiale qui la rendant vraie ou non auront quoi qu’il en soit diagnostiqué le problème de la France, lister les causes et conséquences.
Chaque personne admet que l’énonciation d’une analyse critique de la France peut seule suffire à sa révolution conceptuelle mais qu’il n’est pas la prérogative du cénacle, ni son ambition de se faire l’exécuteur testamentaire de cette révolution. La démonstration du cénacle sera en elle-même, c’est tout. Jamais, en rien, elle ne prétend se simplifier en loi, en dogme, en recette, jamais elle ne pourrait être politisée par des partis existants, inclus, tous, de force, dans le problème de la France.

Chaque personne admet que la critique devra se séparer de peut-être 100% des assurances actuelles populaires ou « élitistes ».

Chaque personne accepte, lors de ce cénacle, quoi qu’elle dise, de le dire sans pression, sans haine, sans esprit de vengeance, mais aussi sans remord, sans pudeur, sans inquiétude non plus. Chaque personne doit être puissamment libre et cette liberté doit assurer que ce qu’elle avancera est sans regret. Ça ne signifie pas que le secret et le mystère sont exclus mais que la matière ajoutée à celle travaillée par tous est libre et que le crédit du cénacle repose sur cette liberté intellectuelle, exclusivement.


Aucun des sujets médias, réseaux, économie/capitalisme, extrémisme, individualisme, la liste n’est pas exhaustive, ne doit être autre chose qu’adjuvant. Jamais centre du sujet, jamais cause unique, voire plutôt traité conséquenciellement ou, s’il faut, à redémontrer. En général : aucune des grandes masses accusées dans la conversation courante de n’importe qui ne doit plus exister pour elle-même, mais uniquement comme élément d’une architecture qui dépend de lui pour lui-même, mais qui tiendrait debout sans lui.

Chaque personne s’engage à user de la totalité de ses connaissances, dont une spécialité, et de ne pas faire d’elle un filtre restrictif.

Chaque personne amène à la table sa compétence qu’elle accepte de « re » voir dans un esprit humaniste (de la Renaissance + pro-humain) sans aucune traduction, aucune école, aucun réflexe, tous ses chemins à nouveau praticables. Si on est sociologue bourdieusien : plus de Bourdieu sauf si le stream généré est épaissi d’une réponse qui se trouve être bourdieusienne mais dont la paternité n’importerait qu’à cause de sa datation, par exemple. Si on est économiste privilégiant une thèse de redistribution : on se sépare de cette vision ; ce n’est pas que chacun doit abandonner sa foi, si ses convictions vont jusque-là, c’est qu’elle réduit sa compétence : voir plus haut pourquoi, et surtout celle des autres.  
Aucune des 17 personnes ne sera culturellement innocente de telle et telle idée. Mais l’objectif est de permettre au stream de monter en puissance, et pas de prendre des voies à écluses. Quelconque spécialiste très avancé dans sa matière sait lui-même qu’il a procédé lors de sa progression à des choix, en établissant un différentiel : c’est lui, le différentiel, qui importe. Il faut donc que le spécialiste soit capable de rétrograder pour se souvenir de l’arborescence de sa progression, de tous les chemins de traverse, du tronc principal, des ramifications. Si la spécialisation d’une personne s’est faite avant un choix dans la masse totale mais dirigée par un a-priori trop fort, elle ne peut rien apporter au cénacle à moins d’en être consciente et que la suite de son parcours ait, quoi qu’il en soit de son amorce, admit la totalité qui aura peut-être fini par redémontrer l’hypothèse de départ.

Chaque personne s’engage à signaler, si elle sait que la ligne moyenne de son discours en souffre, ses forces et ses faiblesses qui lui sont indispensables pourtant pour le construire. Il ne s’agit pas d’avoir fait son analyse, ni d’imposer une neutralité et une monotonie à l’analyse, qui, même idéalement atteintes, rendraient fictive l’analyse. Par contre, on est ce qu’on est, et rien, pas même un bagage intellectuel n’est dissociable d’une personnalité, de ses expériences. Il s’agit seulement d’avoir une vision mature de soi qui par défaut donnerait une valeur à l’objectivité du regard sur l’autre, et à la critique. Si une femme n’a que le féminisme à la bouche : elle n’a rien à faire dans le cénacle. Si un ego pense s’y épanouir : de même.
Chaque personne s’engage à s’effacer derrière la mise en commun des analyses et réflexions et à devenir le « second » de l’autre.

Chaque personne s’engage à perdre tout schéma de discours victime des standards de sa profession et à parler avec urgence et efficacité face à un timing, à ne rien élaborer stylistiquement parlant mais laisser la forme être juste la parfaite expression du fond, à ne perdre aucun temps à digresser.
Le cénacle se doit d’estimer son public comme le plus brillant, réceptif et dépassant, à lui tout entier des millions de fois son expérience et son savoir. Chaque personne s’engage donc à une pédagogie courante, mais tenant compte de la moyenne culturelle du cénacle. Si un scientifique ne parle plus qu’en formule et un chef d’orchestre en notes, c’est hors sujet, mais certaines notions doivent s’extraire de la volonté de « se faire comprendre » par d’autres esprits moins développés culturellement ou intellectuellement afin de gagner du temps et encore une fois : de ne jamais sous-estimer la perception du public.
Chaque personne s’engage comme elle analyse et critique le « sujet/patient France » à parler devant elle en termes qu’elle comprendra forcément, quand bien même certaines définitions lui échappent, parce qu’elle reconnaîtra sans aucun mal qu’on parle d’elle. Sa propre mémoire devra être convoquée, son vécu, son expérience, sa vie.
Chaque personne s’engage à ne pas quitter cette ligne-là du regard : la vérité.


Imaginons que se réunisse assez d’honnêteté intellectuelle pour « savoir » et « pouvoir démontrer » que ce qui, à quelques semaines de l’acte LIII, forme l’opinion conceptuelle du mouvement Gilets Jaunes de la France, est vrai.
Je ne dis pas que le mouvement Gilets Jaunes est conscient du concept de société totalitaire, ni même de son propre concept face à l’état de la France, mais il l’est d’une vérité qui n’est pas dure et abrupte, qui a été grossière parfois, mais largement le plus souvent particulièrement subtile, dont l’isolement l’a empêché d’atteindre une forme mûre, dont la culture ne s’est pas étendue, n’a bénéficié d’aucun, aucun, aucun climat favorable, aucune attention, et donc n’a pas pu se développer, ne peut rien récolter d’elle-même que de quoi nourrir le mouvement même, mais personne de plus. Ce mouvement est la France sur 8 décennies. Un seul pour 8 décennies. Un très petit pourcentage, au mieux 0,6% de la société. Au XXIe siècle.
Une question perdure depuis bientôt un an : « qui sont les Gilets Jaunes ? » Le Pouvoir, de la façon la plus transparente possible, l’a voulu quelque chose de bordé, cerné, de sorte qu’il soit, quand le Pouvoir a décidé qu’il était assez fait pour être consommé : consommé, puis de sorte qu’il soit, quand le Pouvoir a décidé qu’il n’était plus consommable, apte à pourrir sur lui-même et éloigner de dégoût tout le monde. Le Pouvoir a pu dire et faire tout ce qu’il voulait : la vérité reste, change en nombre, en forme, sa systématisation n’a pas fonctionné. Elle ne parvient à subsister que dans sa liberté, hors hiérarchie, hors secte.

Imaginons que la « vérité Gilets Jaunes » traverse 17 saisons de mûrissement en 17 minutes, bénéficie d’une attention unique, ultra enrichie, que son développement dépasse toute mesure espérée, que le stade du concept soit si rapidement acquis qu’on puisse en récolter les fruits et aussi vite réensemencer ? À quoi aboutirait-on ?




Imaginons les objections à tel cénacle et à ce début de charte.
Qui pourrait s’y opposer ?
Pourquoi ?

Qui pourrait y participer ? Forcément, pour commencer, des personnes qui savent qu’elles ne sont qu’elles. Qu’elles ne sauraient se prétendre autre et, justement, comme cité, ce serait une de la garantie intellectuelle de cénacle.
Ce peut être 17 inconnus du grand public. Sinon, qui, dans ceux qui parlent, aujourd’hui ?

J’ai parlé dans le chapô de 2 minutes. J’ai souvent parlé dans les articles #Inktober 2019 de « 2 minutes ». Et de s’arrêter, tout faire cesser. Tout.

J’estime que sur 8 heures, on peut compter que la totalité ou presque de la France ait au moins vu 2 minutes. Pour ceux qui n’auront pas pu, d’autres les auront vues pour eux.
J’estime que ces deux minutes, où qu’elles soient parmi les 8 heures, peuvent suffirent à soulager jusqu’à une reprise d’air n’importe qui si le cénacle applique la charte exhaustive.
2 minutes suffisent à une révolution inédite.

C’est un challenge intellectuel jamais mis en œuvre.
Il n’existe aujourd’hui 31 octobre 2019, ici, en France, aucun argument contre sa réalisation qui ne valide l’hypothèse de base.
Mais le plus complexe n’est même pas de trouver à persuader une chaîne : c’est de rassembler 17 personnes capables de signer ne serait que le rapide brouillon de la charte.
Ce qui, aussi, valide l’hypothèse de base et en fait un concept.

Pourtant, il faut que ce cénacle existe avant 2022.


Merci à ceux arrivés jusqu’ici, 31e article.


FIN D’#INKTOBER 2019 DÉTOURNÉ PAR PUCK.


* cet article fait partie d’une série de 31 commencée le 1er octobre, dans le cadre du challenge #INKTOBER 2019, détourné par clairecros.com | puck.zone | 17SWORDS | PUCK sur YouTube

Aujourd’hui THE OFFICIAL 2019 PROMPT LIST donnait le DERNIER mot :
31_RIPE [(fruit/culture) mûr/prêt à être cueilli, récolté, moissonné | (fromage) fait | (odeur) fort/déplaisant | (âge) très avancé) | (langage) dur/grossier/abrupte]

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